1989, 1991, 1993 et 1995, les quatre années qui ont (presque) tout changé dans le cyclisme professionnel
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1989, 1991, 1993 et 1995, les quatre années qui ont (presque) tout changé dans le cyclisme professionnel

La légende voulant que Greg LeMond ait posé les nouvelles bases du calendrier cycliste n’est que partiellement vraie. Certes, l’Américain a bouleversé les mœurs du peloton européen en 1989 et 1990 en ne visant que le Tour de France et le Championnat du Monde, mais d’autres champions, bien avant lui, avaient peu d’objectifs, bien ciblés … LeMond, tout comme son héritier espagnol Miguel Indurain, n’ont que remis au goût du jour d’anciennes pratiques du peloton rangées au placard dans les années 70 et 80 par les ogres boulimiques affamés de victoires que furent Eddy Merckx, Bernard Hinault et Sean Kelly. En 1991, l’EPO défigure le visage du cyclisme professionnel façon Armageddon en revisitant la citation d’Oppenheimer après la première bombe atomique américaine en juillet 1945 dans le désert d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique, citation issue du livre sacré de l’hindouisme, le Bhagavad-Gîta : Je suis la mort qui ravit tout, qui ébranle les mondes ... 1993 voit elle le prestigieux record de l’heure tomber en ruines après un premier coup de bélier signé du tandem italien Moser / Conconi en 1984. Quant à 1995, elle pose les bases d’une nouvelle surenchère entre Giro et Vuelta de par un calendrier totalement refondu par l’UCI depuis sa tour d’ivoire du Lac Léman.

Le 18 novembre 1987 à Rouen, Jacques Anquetil décède d’un cancer de l’estomac. Celui qui ne faisait rien comme les autres, ni dans le peloton pas plus que dans la vie, part sur une ultime boutade à Raymond Poulidor : “Vous voyez mon vieux Raymond, je suis encore le premier.”

Anquetil, qui a vécu chez Guy de Maupassant à la Neuville Chant-d’Oisel, était un coureur pittoresque, presque romanesque et symbolisait le panache cycliste comme d’autres légende de naguère : Gino Bartali, Coppi, Koblet, Bobet, Gaul, Ocaña, Eddy Merckx ou Bernard Hinault. Mais il avait quelque chose en plus, que sa citation restée célèbre : “Si tu ne fais que vaincre, tu as ton nom dans les statistiques. Si tu convaincs, tu entres dans le livre de l’imaginaire.”

Trente ans après le décès du champion normand, auteur du plus bel exploit de l’Histoire du cyclisme en 1965 par son mythique doublé Critérium du Dauphiné Libéré / Bordeaux-Paris (Anquetil quittant Avignon pour Nîmes le dimanche soir avant de s’envoler pour Bordeaux via un Falcon Mystère 20 affrété par le général de Gaulle en personne !), bien peu de coureurs peuvent réclamer le label du panache. Ils se comptent sur les doigts de deux mains. Claudio Chiappucci, Richard Virenque, Marco Pantani, Alexandre Vinokourov, Joaquin Purito Rodriguez, Fabian Cancellara, Alberto Contador, Vincenzo Nibali, Peter Sagan.

Bien d’autres champions de l’ère moderne incarnent un cyclisme plus calculateur, froid : Greg LeMond, Miguel Indurain, Gianni Bugno, Tony Rominger, Abraham Olano, Jan Ullrich, Lance Armstrong, Alex Zülle, Roberto Heras, Ivan Basso, Andreas Klöden, Cadel Evans, Andy Schleck, Bradley Wiggins, Christopher Froome, Alejandro Valverde, Nairo Quintana … Car le cyclisme a bien changé depuis 1987, avec quatre années médiatrices qui ont façonné son évolution, pour ne pas dire sa révolution (copernicienne) : 1989, 1991, 1993 et 1995. Tout commence dès le printemps 1987, quelques mois avant que Jacques Anquetil ne s’envole pour un autre monde.

Lundi 20 avril 1987, Rancho Murieta. En ce lundi de Pâques, Greg LeMond est victime d’un accident de chasse. Le Californien, maillot jaune du Tour de France en 1986, frôle la mort mais personne ne le voit un jour capable de reprendre le fil de sa carrière, dans un peloton encore orphelin de Bernard Hinault parti à la retraite fin 1986.

Le Tour de France 1987 se déroule sans le Yankee, patron du peloton convalescent, et malgré l’exploit de Jean-François Bernard sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, c’est le tandem hispano-irlandais, Pedro Delgado contre Stephen Roche, qui se livre une joute d’anthologie pour la Toison d’Or.

Après des montagnes russes d’adrénaline, c’est Roche qui gagne le Tour de France à Paris, et réalise le doublé Giro – Tour. L’Irlandais, en état de grâce en cette saison 1987 hégémonique pour lui, réalise même le triplé Giro – Tour – Mondial que seul le Cannibale Eddy Merckx avait réussi jadis en 1974.

Mais le Bruxellois étendait sa férule à l’ensemble du cyclisme, gagnant les classiques de printemps, flandriennes comme ardennaises, asphyxiant de sa toute-puissance. La haine de la défaite habitait viscéralement le champion belge, qui ne vivait que pour la victoire … Les mots renoncement et défaite ne faisaient pas partie de son vocabulaire ?

Avec un panache non dissimulé et un orgueil exceptionnel, Bernard Hinault avait su repousser l’usure du pouvoir saison après saison.

Quant au troisième Pantagruel des routes d’Europe, l’Irlandais Sean Kelly, il combattait avec ardeur du Nord au sud, d’Est en Ouest, de Paris-Nice au Tour de Lombardie, de la fin de l’hiver aux premières feuilles mortes de l’automne … Gladiateur insatiable, conquérant de l’impossible, Kelly ne s’imposait aucune limite en terme de calendrier. Stakhanoviste de la compétition comme d’autres sont esclaves de l’entraînement, Kelly fut le dernier coureur à vraiment courir toutes les épreuves de la saison cycliste.

En 1988, le fantôme de Greg LeMond est de retour dans les pelotons. Pour beaucoup, l’Américain est un has been, bon à jeter aux oubliettes de l’Histoire. Il est utopique de croire à un retour au pinacle du sport cycliste.

Pourtant, en 1989, l’espoir renaît quand le Californien termine deuxième de l’ultime étape du Giro, un contre-la-montre remporté par le Polonais Lech Piasecki.

Un mois plus tard, le même LeMond aux airs de phénix prend le maillot jaune après le chrono Dinard – Rennes sur le Tour de France.

Après plusieurs chassés-croisés avec son ancien coéquipier Laurent Fignon en tête du classement général, l’Américain remporte sur le fil la Grande Boucle pour la deuxième fois, pour 8 misérables secondes, un fond invisible de sablier.

Moins de cent mètres séparent les deux coureurs si l’on calcule la position de Fignon. Une feuille de papier à cigarette comparée au marathon de thermidor.

Aux championnats du monde, LeMond frappe un nouveau grand coup en enlevant le maillot arc-en-ciel, comme en 1983. Après sa victoire sous la pluie de Chambéry, le champion du monde et vainqueur du Tour s’éclipse et joue les intermittents du spectacle cycliste.

Après avoir tutoyé la perfection et s’être attiré tous les superlatifs, LeMond retourne auprès des siens. La presse européenne lui jette l’opprobre mais c’est pourtant un secret de polichinelle, une tautologie, qu’un homme ayant frôlé la mort voit la vie autrement, avec un œil neuf.

Or LeMond voit le cyclisme comme un métier plus comme une passion. Avec Bernard Tapie chez La Vie Claire puis avec Roger Zannier chez Z (1990), LeMond va participer à l’inévitable inflation des salaires dans le peloton cycliste, dont tous les coureurs européens tireront profit, Miguel Indurain le premier chez Banesto. Franc-tireur, l’Américain s’offre le luxe de choisir son calendrier, comme un perchiste qui multiplierait les impasses le jour du concours olympique, pour s‘offrir la médaille d’or. Aux yeux de beaucoup, LeMond a franchi le Rubicon en méprisant les monuments du cyclisme tels que les classiques de printemps.

Sorte de cancre surdoué, LeMond mise tout sur le Tour de France et le Mondial de nouveau en 1990. Au Futuroscope de Poitiers lors du prologue, le double maillot jaune est clairement en surpoids dans son beau maillot irisé après un printemps médiocre : testé négativement à la mononucléose et à l’hépatite, le Californien a été recruté par Z (avec garantie bancaire du Crédit Lyonnais, sponsor du Tour de France depuis 1987) pour un salaire record, accélérant encore l’inflation salariale initiée par Bernard Tapie en 1984-1985. 130e du Giro 1990, 10e du Tour de Suisse, LeMond coiffe sur le poteau l’outsider toscan Claudio Chiappucci et le solide coureur néerlandais Erik Breukink.

L’Américain a couru en épicier mais il triomphe finalement. Chiappucci avait planté une terrible banderille dans le dos des favoris au Futuroscope lors de la première étape en ligne, mais l’Italien rata l’estocade sur la route de Luz Ardiden, attaquant dans le col d’Aspin et brûlant un précieux joker avant l’ascension finale, le money time où LeMond suivit un Miguel Indurain de gala. Chiappucci avait commis le péché d’orgueil, attaquer en jaune dans un costume encore trop grand pour lui. Le boomerang lui revint en pleine face, avant que Greg LeMond n’expédie les affaires courantes au Lac de Vassivière. Cinq secondes de retard sur Chiappucci, une formalité pour le tenant du titre.

L’effet underdog a failli couronner le grimpeur toscan Claudio Chiappucci, mais c’est finalement l’effet bandwagon qui triomphe avec le troisième yellow jersey de Greg LeMond.

Au Mondial japonais, LeMond échoue à la quatrième place derrière un autre animateur du Tour, Gianni Bugno, Italien sauvé par la musicothérapie qui a vassalisé le Giro au printemps 1990.

En 1991, l’Américain refait le coup. LeMond tentait bien de faire croire que le Giro était aussi un objectif, mais ses déclarations tenaient plus de la politique qu’autre chose, car il fallait bien caresser le co-sponsor italien de la Z en Italie (les glaces Sanson) dans le sens du poil. Officieusement le Giro lui servait de préparation pour affiner sa condition. Mais face à sa myopathie naissante et à la maîtrise de l’EPO par la Banesto de Sabino Padilla pour Miguel Indurain, le Carrera de Claudio Chiappucci et la Gatorade de Gianni Bugno (préparés par Francesco Conconi, le pape du dopage !), l’Américain fait vite figure de figurant dans les cols pyrénéens, incapable de suivre la première grande accélération, celle de Chiappucci à l’approche du sommet du Tourmalet.

Tous les meilleurs coureurs par étapes des années 1990, 2000 et 2010 vont calquer leur stratégie sur LeMond, en axant leur saison sur le Tour de France. Cette gestion riscophobe du calendrier va être accentuée par les bénéfices de l’EPO, élixir de puissance qui donne sa pleine mesure dans les courses par étapes, où la récupération est la clé de voûte du succès.

De Miguel Indurain à Chris Froome en passant par Bjarne Riis, Jan Ullrich, Marco Pantani, Lance Armstrong ou Alberto Contador, tous n’auront comme obsession que le Tour de France. Ceux qui gagneront d’autres grandes courses l’auront fait par opportunité ou besoin de sauver une saison ratée, et non par appétit digne de Pantagruel

-  Miguel Indurain fit deux fois le doublé Giro – Tour, en 1992 et 1993. Venu se préparer en Italie sur le Giro 1992, le Navarrais mata la meute de loups italiens attachés à sa perte Chioccioli et Chiappucci. Fidèle au rendez-vous mondial, le champion espagnol ne put jamais ceindre le maillot irisé, 3e à Stuttgart en 1991, 6e à Benidorm en 1992, 2e à Oslo en 1993 et 2e à Duitama en 1995. Recordman de l’heure en 1994 à Bordeaux (nouvelle tentative avortée en octobre 1995 dans l’altitude de la Colombie), champion du monde du contre-la-montre en 1995 puis médaillé d’or olympique aux Jeux d’Atlanta en 1996, Indurain se fit cependant une spécialité du Tour de France entre 1991 et 1995. Comme le bon vin, l’Espagnol s’améliorait chaque année, fort d’une expérience acquise en montagne où il contrôlait les grimpeurs.

-  Jan Ullrich gagna la Vuelta 1999 mais sa venue en Espagne était la conséquence de son forfait sur la Grande Boucle, qui laissa le champ libre à Lance Armstrong dans une édition du Renouveau également orpheline de Marco Pantani. L’Allemand remporta également deux titres mondiaux du contre-la-montre, à Trévise en 1999 et Lisbonne en 2001, pour étoffer un palmarès en manque de maillots jaunes, trophée suprême après lequel l’ogre de Rostock courait sans succès depuis 1997. Pour la même raison, Ullrich gagna la médaille d’or de la course en ligne des Jeux Olympiques en 2000 à Sydney.

-  Marco Pantani réalisa le doublé Giro – Tour en 1998. Sans nier le talent exceptionnel de ce grimpeur virtuose, escaladeur digne des plus grands du passé (Bartali, Coppi, Bahamontes, Gaul et autres Fuente), l’Italien profita de quatre éléments pour construire son exploit : l’effondrement d’Alex Zülle dans les Dolomites sur le Giro, celui de Jan Ullrich aux Deux-Alpes sur le Tour de France, l’exclusion des Festina de cette même Grande Boucle et l’absence de pression en France liée à une double cause : saison 1998 réussie avec le Giro en poche et parcours non favorable (deux arrivées au sommet au Plateau de Beille et aux Deux-Alpes, contre près de 114 kilomètres de CLM individuel en Corrèze puis en Bourgogne, sans oublier le prologue initial de Dublin)

-  Lance Armstrong remporta la médaille de bronze du CLM aux Jeux Olympiques de Sydney 2000 après une victoire au Grand Prix des Nations en guise de préparation, mais ne tenta ni le record de l’heure ni le doublé Giro – Tour durant son septennat d’imposture. Le Texan fut celui qui poussa le plus à l’extrême, avec pour seules victoires celles au Tour de Suisse (2001) ou au Dauphiné Libéré (1999, 2000) pour préparer ses quêtes du Graal, ramener le maillot jaune à Paris sept fois consécutivement entre 1999 et 2005. Sorte de génie maléfique sorti de la lampe magique du Renouveau, qui était en fait la boîte de Pandore du dopage, Armstrong s’est contenté du strict minimum là où son système de dopage de pointe, avec préparation par Michele Ferrari et protection par le Ponce Pilate de Lausanne (Hein Verbruggen) aurait pu lui autoriser d’autres exploits, bien avant de tout perdre en 2012 sous la pression de l’USADA. Aux routes italiennes du Giro et espagnoles de la Vuelta tout comme aux vélodromes d’hiver, le Texan préféra renforcer sa position de parrain du peloton, solidifier l’omerta cycliste et se murer dans une tour d’ivoire, si loin du public, lui qui craignait un coup du destin tel celui qui frappa en 1975 Eddy Merckx au Puy-de-Dôme. Lance Armstrong préférait le silence de cathédrale de la montagne, les cols alpestres et pyrénéens au printemps, planifiant tel un ordinateur de la NASA à quel moment ses missions Apollo arriveraient sur sa propre Lune, celle de maillots jaunes usurpés aux yeux de tous, avec arrogance et assurance assumées. En juillet 2000, le Texan explique au mensuel français Vélo Magazine qu’il désirerait découvrir le Giro : Avant la fin de ma carrière, je voudrais tenter de courir le Tour d’Italie. Mais je ne pourrai le faire qu’à condition d’avoir une équipe plus étoffée. Ce n’est pourtant pas ce qui a manqué à l’US Postal après la saison 2000 malgré le départ de Tyler Hamilton en 2002 vers Phonak, avec les arrivées de Roberto Heras (2001), Jose Luis Rubiera (2001), Floyd Landis (2002), Victor Hugo Pena, Manuel Beltran (2003), Pavel Padrnos (2003), Jose Azevedo (2004) ou encore Yaroslav Popovych (2004) et Paolo Savoldelli (2005) parmi les recrues phares du team dirigé par Johan Bruyneel. En mars 2003, voici pourtant ce que déclarait Lance Armstrong au sujet d’une participation au Tour d’Italie : Ce serait criminel de ne pas disputer le Giro au moins une fois avant de prendre ma retraite. Certains espéraient une venue de l’Américain en 2005 dans la Botte, dix ans après la mort de son coéquipier italien Fabio Casartelli sur le Tour de France. Malgré cet anniversaire d’un décès qui avait profondément marqué le jeune Armstrong (vainqueur d’étape à Limoges en hommage à feu le champion olympique de Jeux de Barcelone en 1992). Il faudra attendre 2009, et le come-back du King, pour voir le Texan sur les routes de la péninsule transalpine.

-  Alberto Contador a gagné le Giro (2008 et 2015) et la Vuelta (2008, 2012, 2014) en dehors de ses deux victoires sur le Tour de France en 2007 et 2009. Les victoires de 2008 s’expliquent par la suspension qui frappa l’équipe kazakhe Astana cette année là, après les scandales de dopage ayant impacté Alexandre Vinokourov sur le Tour 2007 … Elles permirent à Contador de rejoindre Jacques Anquetil (1963), Felice Gimondi (1968), Eddy Merckx (1973) et Bernard Hinault (1980) comme seuls coureurs ayant gagné les Tours de France, d’Italie et d’Espagne dans leur carrière. En 2012, Contador gagna la Vuelta après son retour de suspension pour dopage, et il triompha de nouveau en Espagne en 2014, deux mois après son abandon dans les Vosges dans un Tour de France alors dominé par Vincenzo Nibali. En 2015, le Pistoleros’impose au Giro pour la deuxième fois, puisqu’il avait perdu son maillot rose de 2011 sur tapis vert (tout comme son maillot jaune du Tour de France 2010). L’Espagnol a aussi remporté deux fois la course au soleil, Paris – Nice (2007, 2010), ce que Lance Armstrong ou Jan Ullrich n’avaient jamais fait …

-  Cadel Evans a remporté la Flèche Wallonne en 2010 et surtout le championnat du monde sur route de Mendrisio en 2009, soit avant d’accéder à son bâton de maréchal, le Tour de France 2011. Sorte de Poulidor des années 2000, Evans avait été dauphin de Contador en 2007 puis de Sastre en 2008 sur la route du Tour de France. L’Australien profita du parcours très montagneux de Mendrisio, celui qui avait permis en 1971 à Eddy Merckx de laver l’affront d’un Tour de France certes victorieux mais hanté par l’ombre de Luis Ocaña, pour s’adjuger le maillot arc-en-ciel, qu’il honora six mois plus tard au sommet de Mur de Huy par une victoire sur la Flèche Wallonne.

-  Bradley Wiggins réalisa une saison triomphale en 2012 mais sa victoire dans le Tour de France reste un trompe-l’œil : édition orpheline d’Andy Schleck et Alberto Contador, tenant du titre Cadel Evans sur le déclin, Alejandro Valverde encore trop court suite à son retour de suspension, coéquipier Chris Froome muselé par Dave Brailsford (tel Greg LeMond tenu en laisse par Paul Koechli en 1985 chez La Vie Claire face au maillot jaune Bernard Hinault), sans oublier un parcours de rouleur digne des plus belles années de Miguel Indurain, avec deux chronos idéaux pour l’Anglais, à Besançon et Chartres. Egalement lauréat de Paris-Nice, du Tour de Romandie, du Dauphiné Libéré et de la médaille d’or des Jeux Olympiques de Londres dans l’épreuve contre-la-montre, Wiggins a aussi profité de l’écrasante supériorité de l’équipe Sky en 2012 sur le reste du peloton, gagnant par défaut les épreuves de préparation faute de concurrence au diapason. Champion du monde du chrono en 2014 en Espagne, Wiggo boucle sa carrière en beauté par un record de l’heure en juin 2015 à Manchester, étant seulement le cinquième vainqueur du Tour à s’emparer du prestigieux record : Coppi, Anquetil, Merckx et Indurain l’avaient devancé.

-  En 2013, Christophe Froome fit une copie carbone de la saison 2012 de Bradley Wiggins, exception faite bien sûr de la médaille d’or olympique. L’ermite kenyan du volcan Teide renversa tout sur son passage à l’exception de Tirreno – Adriatico : victoires sur le Tour de Romandie, le Dauphiné Libéré et bien entendu le Tour de France, où personne ne put contester son insolente domination, pas plus Contador que Valverde, Rodriguez ou encore Quintana. En 2015, 2016 et 2017, le Kenyan Blanc a de nouveau gagné le Tour de France, tentant un doublé Tour / Vuelta inédit depuis le changement du calendrier de 1995 (le Tour d’Espagne passant en 1994-1995 d’avril à septembre) et non réalisé depuis Bernard Hinault en 1978.

-  En 2014, Vincenzo Nibali entre dans le gotha cycliste avec un exploit colossal, remportant le Tour de France avec quatre étapes à la clé. L’Italien succède au palmarès à Chris Froome qui a abandonné en début d’épreuve, tout comme Alberto Contador. Le Requin de Messine put rejoindre Jacques Anquetil (1963), Felice Gimondi (1968), Eddy Merckx (1973) et Bernard Hinault (1980) comme seuls coureurs ayant gagné les Tours de France, d’Italie et d’Espagne dans leur carrière, après ses victoires au Giro (2013) et à la Vuelta (2010). Quoi de plus normal pour un coureur italien de triompher sur ses terres ? Même Moser et Saronni, faibles montagnards, sont parvenus à ramener le maillot rose, certes avec la complaisance de parcours édulcorés évitant certains cols trop pentus. Quant à la victoire de Nibali sur le Tour d’Espagne en 2010, elle répond à une logique certaine, celle de prendre l’expérience dans les courses de trois semaines avec moins de pression, avant de venir se frotter à l’élite sur le Tour de France, ce que l’Italien fit en 2012 (3e) puis 2014 (1er) et 2015 (4e).

A l’exception de la boulimie de victoires de coureurs complets comme Fausto Coppi, Louison Bobet, Rik Van Looy, Eddy Merckx, Bernard Hinault ou Sean Kelly, la norme était déjà de ne viser que quelques objectifs ciblés bien précisément, bien avant Greg LeMond et Miguel Indurain que l’on voit à tort comme les pionniers du calendrier moderne, en se focalisant sur le maillot jaune et le maillot irisé des champions du monde, avant que Jan Ullrich et Lance Armstrong ne radicalisent encore plus cette démarche. La légende a la peau dure, mais il est utopique de croire que tout a commencé avec l’Américain et l’Espagnol au carrefour des années 80 et 90. Bien avant, des coureurs, ont tout misé sur une ou deux courses seulement, préférant tutoyer la perfection sur quelques semaines grâce au pic de forme plutôt que de chercher l’Eldorado partout sur la moindre course.

Dès 1924 et 1925, Ottavio Bottecchia, forçat de la route italien, alias le maçon du Frioul, se concentra sur le seul Tour de France. Il est vrai que Bottecchia fuyait le régime fasciste mis en place par Benito Mussolini depuis 1922 dans la péninsule italienne. Loin du Giro (que Bottecchia ne dispute qu’une seule fois, en 1923) qui consacra les premiers fuoriclasse Alfredo Binda, Costante Girardengo, Learco Guerra, Bottecchia imposa sa férule dans l’Hexagone deux étés consécutifs, avant sa mort mystérieuse en 1927, la thèse en vigueur étant en complot des Chemises Noires du Duce … ce que révéla un homme en 1973 mort à New York près des docks. Le mythe d’une mort voulue de Bottecchia est cependant à prendre avec précaution, puisque d’autres thèses font état d’une chute accidentelle du coureur italien, ou d’une rixe avec un viticulteur qui aurait tué Bottecchia de colère, ce dernier lui ayant volé des grappes de raisin. Quoi qu’il en soit, le Frioulan fut un des premiers à ne viser que l’Everest du calendrier cycliste, le Tour de France.

Vainqueur de Liège-Bastogne-Liège en 1966, Anquetil fut avant tout l’homme de trois épreuves, Paris-Nice (cinq bouquets victorieux), le Tour de France (cinq maillots jaunes), et le Grand Prix des Nations (neuf succès dans l’épreuve chronométrée). Certes, le Normand gagna deux fois le Giro en 1960 et 1964, ainsi que la Vuelta en 1963, sans oublier son prestigieux doublé Dauphiné Libéré / Bordeaux-Paris de 1965, défi insensé qui laissa la Grande Boucle orpheline de Maître Jacques et ouvrit la voie au succès inattendu d’un jeune espoir italien de 22 ans, Felice Gimondi. Mais son premier succès italien de 1960 fut suivi d’une absence sur le Tour de France où Roger Rivière défendait les chances françaises, avant que le Stéphanois ne brise sa colonne vertébrale dans le col du Perjuret, chassant le descendeur hors pair qu’était Gastone Nencini, comble du ridicule pour un ancien recordman de l’heure qui avait en ligne de mire un long contre-la-montre de 83 kilomètres entre Pontarlier et Besançon en fin de Tour pour reprendre le maillot jaune des épaules du Lion de Toscane. Le second succès transalpin de 1964 fut une victoire à la Pyrrhus, tant les pertes en terme de fatigue furent dommageables à Anquetil pour le Tour de France qui suivait ce Giro, et le champion normand ne tenta plus jamais tel objectif impérial, malgré les superlatifs qu’il recueillit pour son doublé de 1964.

Recordman de l’heure au Vigorelli de Milan en 1956, à nouveau détenteur du record (non homologué) en 1967, Anquetil aimait le prestige associé aux couronnes de lauriers cyclistes, mais il aimait encore plus la vie et ses plaisirs, l’épisode du Tour de France 1964 du méchoui d’Andorre le prouve bien, tout comme les innombrables soirées avec Michel Audiard ou Raphael Geminiani. Le Normand voulut en 1964 se lancer l’incroyable défi d’égaler Fausto Coppi, pari tenu in extremis dans les Dolomites sur le Giro mais aussi dans les Pyrénées et le Massif Central sur le Tour contre Raymond Poulidor, jeune rival ambitieux qu’Anquetil allait retrouver sur le podium d’un championnat du monde raté au Nürburgring en 1966 derrière Rudi Altig, un des rares échecs du champion normand …

Charly Gaul, alias l’Ange de la Montagne, fut l’homme de deux épreuves, Giro (victoires en 1956 et 1959) et Tour de France (maillot jaune en 1958). Grimpeur virtuose au panache exceptionnel, le Luxembourgeois était la terreur des cols, surtout quand la météo se déchaînait, en témoignent deux victoires d’étape restées dans la légende, en 1956 au Monte Bondone puis en 1958 vers Aix-les-Bains, où Gaul changea le destin contraire de deux courses où tout le monde plébiscitait d’autres coureurs comme vainqueurs potentiels.

Contemporain de Gaul parmi les grimpeurs ailés de la fin des années 50, Federico Bahamontes, alias l’Aigle de Tolède, visait essentiellement le classement de la montagne sur la Vuelta et le Tour de France, avant qu’un certain Fausto Coppi ne persuade l’Espagnol de viser le maillot jaune en 1959. L’ambition nouvelle de l’escaladeur castillan fut immédiatement récompensée, et Bahamontes continua jusqu’en 1964 à être un animateur permanent de la Grande Boucle dans les cols alpestres comme pyrénéens.

Egalement marquée par la création de la Coupe du Monde et des points FICP (ancêtres des points UCI dans la généalogie de ce cyclisme gagne-petit protégeant sa poule aux œufs d’or), 1989 a donc marqué un premier tournant d’importance pour le cyclisme professionnel, accru en 1991 avec l’arrivée de l’EPO dans les pelotons. L’élixir de puissance fit des ravages dans le cyclisme néerlandais avec une série de décès mystérieux en 1989-1990, les médecins ne maîtrisant pas la posologie de ce médicament dont le gène humain fut isolé en 1985 par le laboratoire américain Amgen. La poule aux œufs d’or allait pondre chaque année, et certains vont voir leur sang devenir aussi visqueux que du pétrole, devant se lever la nuit pour le pomper et l’oxygéner. Tous les tricheurs ont le même dénominateur commun, outre le fait d’avoir franchi le Rubicon, ils ont tiré la quintessence de l’élixir de puissance appelé EPO … Sans cette arme absolue, véritable clé de voûte des succès cycliste depuis 1991, année zéro du dopage sanguin, c’est la lutte inégale de David contre Goliath qui prédomine dans l’univers darwinien du cyclisme professionnel sur les routes d’Europe, où les rares moutons blancs portent leur rocher dans les montagnes italiennes, suisses, françaises ou espagnoles, tel un forçat réincarnant le châtiment de Sisyphe. Le cyclisme 2.0 a sonné le glas du sport (relativement) propre et équitable qu’il était jadis, où le bon grain se séparait de l’ivraie. Marqué au fer rouge par le dopage, proche de son Armageddon, le cyclisme est sous transfusion autant que sous perfusion depuis un quart de siècle ubuesque où des seconds couteaux sont devenus des lames aussi tranchantes qu’Excalibur dans les plus forts pourcentages …

Tibidabo, cette colline de Barcelone qui surplombe la capitale de la Catalogne, tire son origine d’une expression latine (Je te donnerai) empruntée à l’Evangile de Saint-Matthieu, le diable étant là pour tenter le Christ : Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et tu m’adores.

Le diable qui veut voler une âme pure, telle est le dilemme de ceux qui font face aux nécromanciens du dopage, tels Eufemiano Fuentes qui tirait la substantifique moelle de ses cobayes via ses fameuses poches de sang cryogénisées à Madrid, avant que la guardia civil espagnole ne mette fin à cette folie dénoncée par le courageux Jesus Manzano, au mépris de l’omerta.

Sous la complicité de l’UCI, perchée dans sa tour d’ivoire de Lausanne et refusant de nettoyer les écuries d’Augias d’un sport gangréné par ce fléau et par une omerta généralisée, bien des coureurs allaient franchir le Rubicon. Le symbole criant de ce cyclisme 2.0 fut l’ascension de l’Alpe d’Huez 1991 par Gianni Bugno et Miguel Indurain. Le premier, autoproclamé patient de la miraculeuse musicothérapie à grands coups d’ultrasons de Wolfgang Amadeus Mozart, l’emporta devant le second, implacable maillot jaune préparé depuis 1987 par Francesco Conconi qui espérait un successeur à Francesco Moser.  Comme le champion italien, le Navarrais avait d’époustouflantes qualités de rouleur, démontrées dès 1984 sur le Tour de l’Avenir. Le Goliath de Pampelune parvint ensuite à perdre du poids et à devenir un protagoniste sur les cols alpestres et pyrénéens à partir de 1989-1990 : victoires finales dans Paris-Nice en se défendant au col d’Eze et en éparpillant la concurrence au Mont Faron en 1990, succès d’étape à Cauterets (1989) et Luz-Ardiden (1990).

A partir de 1991, il ne suffisait plus d’avoir vu les fées du destin se percher sur son berceau pour avoir été nourri au nectar et à l’ambroisie qui sépare les dieux des mortels : Gino Bartali, Fausto Angelo Coppi, Hugo Koblet, Louison Bobet, Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx, Luis Ocaña, Bernard Hinault, Laurent Fignon et Greg LeMond avaient tous logiquement ramené le maillot jaune à Paris de par leurs qualités intrinsèques sur un vélo. Au panthéon du cyclisme, ils seraient rejoints par des imposteurs qui n’auraient jamais pu gagner la Grande Boucle sans dopage : Miguel Indurain (1991, 1992, 1993, 1994, 1995), Bjarne Riis (1996), Lance Armstrong (1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 avant sa disqualification en octobre 2012 par l’UCI) ou encore Bradley Wiggins (2012) et Christopher Froome (2013, 2015, 2016, 2017). Peu de coureurs de grande classe ont pu faire régner l’ordre sur la grand-messe de thermidor sans que leurs qualités intrinsèques ne soient prises au piège d’un coureur mieux préparé par les druides et autres marabouts du caducée : Jan Ullrich (1997), Marco Pantani (1998), Alberto Contador (2007 et 2009), Andy Schleck (2010 sur tapis vert), Cadel Evans (2011) et Vincenzo Nibali (2014).

Malgré le scandale Festina de 1998, la peur du gendarme et l’épée de Damoclès d’un contrôle positif, la tricherie devient le canon de tout un peloton de moutons noirs. On se dope parce qu’on ne sait pas si le rival ne se dope pas, tel Gino Bartali qui fouillait les poubelles de Fausto Coppi à la fin des années 40. Mais les amphétamines du Toscan et du Piémontais ne transformaient pas un canasson en cheval de course …

Durant leur quinquennat et septennat respectifs d’imposture au panthéon de la Grande Boucle, entre 1991 et 1995 soit le mandat du Ponce Pilate de l’UCI, Hein Verbruggen, les deux califes du vélo que sont Miguel Indurain et Lance Armstrong ont eu bien des dauphins usurpateurs (hors Bjarne Riis, Jan Ullrich et Marco Pantani sacrés par ailleurs entre 1996 et 1998, période de transition entre ces deux règnes d’airain) : Gianni Bugno (1991-1992), Claudio Chiappucci (1991-1992), Tony Rominger (1993), Zenon Jaskula (1993), Piotr Ugrumov (1994) et Alex Zülle (1995) pour l’Espagnol de la Banesto qui dresse la guillotine dans le premier grand contre-la-montre individuel du Tour, Alex Zülle (1999), Fernando Escartin (1999), Raimondas Rumsas (2002), Alexandre Vinokourov (2003), Andreas Klöden (2004) et Ivan Basso (2004-2005) pour le Texan de l’US Postal, qui porte l’estocade à ses rivaux dans la première étape de montagne. Les années 1990-2000 marquent le climax, le pinacle, l’acmé, l’apogée du dopage sanguin EPO, produit devenu l’alpha et l’oméga de deux générations de cyclistes, de Faust tentés par Méphistophélès.

Tel Andrew Hampsten, le Snow Rabbit du Giro 1988 sous la neige du Gavia, passant subitement du côté obscur de la force : 22e en 1990, 8e en 1991, 4e en 1992 en gagnant à l’Alpe d’Huez, 8e encore en 1993 … Mais c’est un autre Américain qui va le mieux profiter des années Verbruggen, nommé parmi les membres fondateurs de l’Agence Mondiale Antidopage le 10 novembre 1999 avec le Prince Alexandre de Mérode, président de la commission médicale du CIO. Les dés sont plus que pipés puisque le célèbre professeur Conconi est lui-même ami avec le prince Alexandre de Mérode, membre du CIO depuis 1964, et président de sa commission médicale depuis 1967. En 1998, Mérode se permet cette déclaration pour le moins troublante vu son importance au sein du mouvement olympique : Les contrôles urinaires effectués a posteriori n’atteignent que les plus stupides et les plus imprudents.

L’amitié de Mérode et Conconi était un secret de polichinelle. L’Italien invita en janvier 1992 l’aristocrate belge à l’Université de Ferrare, le faisant docteur honoris causa en médecine et chirurgie… Ce n’était qu’un juste retour, car Alexandre de Mérode avait nommé Conconi membre de la commission médicale du CIO.

Les dés n’étaient même plus pipés, on se croirait revenu dans l’Amérique des années 30, quand Al Capone avait infiltré toute la police de Chicago au temps de l’Inquisition et de l’alcool prohibé.

Lassé en 1994 et 1995 d’être laminé par les Berzin, Indurain, Pantani, Rominger et consorts, Lance Armstrong, puisque c’est de lui qu’il s’agit, prend une décision irréversible avec son colocataire du lac de Côme et coéquipier chez Motorola, Frankie Andreu : se doper à l’EPO. Revenu dans le peloton en 1998 après avoir vaincu le cancer entre octobre 1996 et fin 1997, le phénix du Texas pourrait résumer en trois mots latins hérités de Jules César ses sept campagnes de thermidor sur la Grande Boucle, lui qui n’avait jamais dépassé la 36e place (en 1995), se faisant humilier par Miguel Indurain entre Périgueux et Bergerac en 1994 (plus de 6 minutes perdues sur le champion espagnol) : Veni, Vidi, Vici.

Devenu le symbole du dopage plus encore qu’un Ben Johnson médaillé d’or déchu du 100 mètres des Jeux Olympiques de Séoul, Lance Armstrong tombera en 2012 sous les coups de bélier de l’USADA. L’UCI franchit la porte ouverte par l’agence américaine en oubliant de se nettoyer les pieds sur le paillasson, déclassant le King de se sept maillots jaunes. Mais L.A. réplique sur Twitter …

Entre 1999 et 2005, Armstrong profitera de la complaisance de l’UCI d’Hein Verbruggen, de la descente aux enfers de Marco Pantani après le Giro 1999, et de l’amateurisme de Jan Ullrich, cet ogre allemand devenu un fauve à qui on aurait limé les griffes, loin du tigre implacable du mois de juillet 1997 à Andorre, Saint-Etienne ou Courchevel. Pendant sept ans le Tour de France ressemble à l’Enfer de Dante pour ceux qui osent braver l’hégémonie de Lance Armstrong : Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir.

En 1993, Francesco Conconi fait la démonstration de la puissance suprême de l’EPO, un an avant que son disciple / padawan Michele Ferrari ne tue son père spirituel par une déclaration demeurée culte sur l’EPO et le jus d’orange après un triplé Gewiss édifiant à la Flèche Wallonne 1994. En 1993 donc, le recteur de l’université de Ferrare, ami avec le Prince Alexandre de Mérode (président de la commission médicale du CIO) fait donc une ascension du Stelvio, juge de paix et mythe des Dolomites, dans une course amateur à laquelle participent deux amis du biochimiste, Francesco Moser et Hein Verbruggen. A 55 ans passés, Conconi devance bien des coureurs italiens faisant partie des meilleurs amateurs de la Botte !

Son disciple Michele Ferrari fera mieux encore, car en 1993 deux citoyens de la Perfide Albion réveillent la boîte de Pandore nauséabonde du record de l’heure. En 1984, à 33 ans passés, avant de profiter les largesses de Vincenzo Torriani sur le Giro qu’il vola à Laurent Fignon (étape du Stelvio annulée, hélicoptère aidant Moser sur le chrono final). Graeme Obree et Chris Boardman relançaient la course au record sur les vélodromes de Hamar (Norvège) et Bordeaux-Lac. Le vendredi 23 juillet 1993, le Tour de France dominé par Miguel Indurain et Tony Rominger arrive justement en Gironde le jour où Chris Boardman s’offre le record (52.270 km) quelques jours après son compatriote Graeme Obree (51.515 km). Le jeune blanc-bec se permet de dominer les deux stars du cyclisme mondial lors du prologue lillois de l’édition 1994, Jean-Marie Leblanc faisant démarrer le Tour dans la ville où il travailla jusqu’en 1978 à la Voix du Nord, quotidien régional où il rencontra Jean Réveillon. Humiliés par Boardman avec respectivement 15 et 19 secondes de retard dans la capitale de la Flandre française, les deux crocodiles du marigot cycliste que sont Miguel Indurain et Tony Rominger offrent une réponse cinglante en deux temps. Leur cuir est épais, et Chris Boardman va finir aux mines de sel dès le grand chrono Périgueux – Bergerac. Près de 5 minutes et demie  de perdues sur Indurain (5’27’’ en 64 km), et presque 3 minutes et demie sur son dauphin Rominger (3’27’’). Le jeune insolent venu de la Perfide Albion ne perd rien pour attendre, les deux stars du peloton vont régler son compte en s’attaquant personnellement au prestigieux record à partir de l’été 1994. Avec l’évolution technologique et surtout un dopage de pointe signé Sabino Padilla pour Indurain et Michele Ferrari pour Rominger, la barre des 53 km/h vole en éclats : de 52.713 km réussis par l’Ecossais Obree en avril 1994, le tandem hispano-suisse gagne 3 km/h : 55.291 km pour le Zougois Rominger en novembre 1994 (contre 53.040 à un Miguel Indurain mal préparé en septembre 1994), une autre dimension …

Mais surtout, loin de la souffrance d’antan sur le bois camerounais du Vigorelli de Milan où les ténors du cyclisme juraient qu’on ne les y reprendrait plus à une heure de torture autour d’une piste en bois, le record de l’heure ne faisait plus peur. On se permettait de retenter l’Everest ou la Lune deux fois, trois fois, comme si de rien n’était … Le mythe avait été violé, le Graal avait perdu de sa superbe …

Bloqué par l’évolution technologique, le record porté à 56.375 km/h par Boardman en septembre 1996 à Manchester sera relancé en 2000 par l’UCI, à partir de la performance du Cannibale belge Eddy Merckx de 1972 : 49.431 km/h réussis en altitude à Mexico en octobre 1972. A Mexico, l’ogre de Tervueren réalise donc l’incroyable performance de 49.431 kilomètres dans l’heure. Epuisé, anéanti par cet effort colossal, Merckx jure qu’il ne recommencera plus jamais. Pédaler une heure comme un lion en cage sur une piste de vélodrome, avec pour seul adversaire le temps qui s’égrène, est terrible, tel le supplice de Sisyphe.

Le temps est relatif, comme l’a démontré le cerveau le plus brillant du début du XXe siècle, Albert Einstein, qui a laissé cette célèbre citation à propos de la relativité : “Placez votre main sur un poêle une minute et ça vous semble durer une heure. Asseyez-vous auprès d’une jolie fille une heure et ça vous semble durer une minute. C’est ça la relativité.”

Tous les vélodromes des recordmen de l’heure furent autant de poêles brûlants comme le Dieu Soleil, tel un châtiment de Phoebus. Mais ni Jan Ullrich ni Lance Armstrong ne se sont frottés à ce défi suprême, malgré plusieurs promesses non tenues du Texan, qui remettait toujours aux calendes grecques ce challenge il est vrai non rémunéré. Fin 2004, Lance Armstrong avait pourtant déclaré ceci au journal L’Equipe : “Je veux en faire un grand évènement et ne le tenter qu’une fois. Ce sera certainement une piste construite pour l’occasion […]. Mon staff et moi sommes occupés à étudier le projet. Je ferai une tentative contre le record nouvelle formule homologué par l’UCI mais aussi une sur n vélo de type triathlète pour essayer de battre le record absolu.” Ce projet remonte en fait à 2001, quand le Texan avait mis sur le compte de sa préparation au record ses fameux liens avec le docteur Ferrari. Car en 2000, l’avis du champion américain était différent (et finalement prémonitoire), comme expliqué à Vélo Magazine en interview suite à sa deuxième victoire sur la Grande Boucle : ”Je ne m’y attaquerai probablement jamais. D’autant que les règlements ont changé concernant la position et le guidon. Dans un contre-la-montre sur route, j’ai toujours la possibilité de me relever, de relancer, de me mettre en danseuse, alors que je me vois mal rester assis pendant une heure sur piste. Je n’ai qu’une expérience réduite de la piste, donc s’attaquer à la barre des 56 km/h.” Malgré un changement de position officielle et la langue de bois associée, rien ne sera pourtant entrepris en 2005, Armstrong se « contentant » d’un septième Tour de France, soit la routine vue depuis 1999 à l’US Postal devenue Discovery Channel. Faut-il y voir une attitude mercantile du champion américain ? Mais il avait précédé dans la langue de bois par Bjarne Riis, ce dernier ayant promis une tentative à Athènes sur une piste revue spécialement pour réduire la force centrifuge. L’aigle danois ne vint jamais en Grèce.

En 2000, la chape de plomb Lance Armstrong s’est déjà emparée du cyclisme 2.0, le King ayant fait du dopage et de la mythomanie ses deux violons d’Ingres. L’OVNI texan, rescapé du cancer, fera une mue après chaque olympiade de 1992 à 2012 :

-  1992 (Jeux Olympiques de Barcelone), Lance Armstrong passe professionnel chez Motorola et découvre l’univers impitoyable et darwinien cyclisme européen, ses pièges et ses mœurs, basculant en 1994-1995 dans le dopage sous l’égide de Michele Ferrari, écoeuré par l’insolente supériorité des Gewiss sur les classiques ardennaises.

-  1996 (Jeux Olympiques d’Atlanta), Lance Armstrong doit arrêter sa carrière pour cause de cancer des testicules, passant 1997 en chimiothérapie avant un come-back sensationnel en 1998-1999

-  2000 (Jeux Olympiques de Sydney), Lance Armstrong recrute Roberto Heras chez US Postal pour la saison 2001, après avoir désarçonné Marco Pantani et Jan Ullrich sur la 87e Grande Boucle

-  2004 (Jeux Olympiques d’Athènes), le recordman de victoires dans le Tour et sextuple maillot jaune, Lance Armstrong tente un septième défi sur la Grande Boucle 2005 pour son nouveau sponsor avant une retraite et le scoop de L’Equipedu 23 août 2005

-  2008 (Jeux Olympiques de Pékin), le jeune retraité Lance Armstrong méprise le niveau du peloton symbolisé par le maillot jaune Carlos Sastre et annonce son retour en 2009 chez Astana sous l’égide de Johan Bruyneel

-  2012 (Jeux Olympiques de Londres), Lance Armstrong passe du Capitole à la Roche Tarpéienne, déchu par l’UCI après un long travail de sape de l’USADA. Paria pour les Européens, il le devient pour les Américains mais se venge sur Twitter en posant avec ses sept yellow jerseys dans son salon.

C’est en septembre 1998, sur la Vuelta, que Lance Armstrong comprend qu’il peut viser le must, en l’occurrence le maillot jaune du Tour de France. Nouveau directeur sportif de l’US Postal, un jeune retraité belge du nom de Johan Bruyneel lui fait comprendre qu’il sera sur le podium de la Grande Boucle 1999 avec le maillot arc-en-ciel de champion du monde. Le Belge se trompe et fait mouche à la fois. Le Texan raté l’irisé à Valkenburg fin 1998, contrairement à son exploit d’Oslo en 1993, mais ramène le maillot jaune à Paris en juillet 1999 dans une édition orpheline de Marco Pantani, Jan Ullrich et Laurent Jalabert. Au Musée d’Orsay, le dossard n°181 offre une Rolex à l’anonyme Philippe alias Motoman, qui l’a ravitaillé en potion magique durant toute l’épreuve en suivant la caravane par des routes détournées, retrouvant des sbires de l’équipe médicale.

Le favori du Tour de France 1999 avait pour nom Abraham Olano mais deux étapes symbolisent le monde d’écart entre le leader de la ONCE et celui de l’US Postal. Rattrapé par le Texan dans le chrono de Metz, le basque sombre dans l’étape de Sestrières, lâché avant le dernier col où Virenque, Gotti, Escartin, Dufaux et Zülle comprennent que le cyclisme va changer d’ère après la gouvernance bicéphale Ullrich / Pantani qui a suivi la fin brutale du règne du sphinx espagnol Miguel Indurain. Dans le Piémont, Olano reste le dauphin du phénomène texan au seul bénéfice de la chute d’Alex Zülle au passage du Gois, le Suisse étant le seul à résister un tant soit peu à Lance Armstrong.

En 1995, la Vuelta était donc passée d’avril à septembre. 1995 fut l’occasion pour l’UCI de proposer une réforme du calendrier international, l’instance dirigée par Hein Verbruggen, avait décidé de déplacer le championnat du monde en fin de saison, en octobre et ce, dans la foulée d’une Vuelta qui passa du printemps à l’automne. Le Tour d’Espagne en automne, une première ? Pas tout à fait. A vrai dire, le troisième Grand Tour a toujours cherché un peu sa place au calendrier et en 1950 déjà, elle vit la course s’achever le 10 septembre à Madrid pour y consacrer Emilio Rodriguez. Avant de revenir en septembre il y a 20 ans, la Vuelta ne s’est toujours pas déroulée lors de la dernière semaine d’avril et les deux premières de mai. Elle eut lieu intégralement au mois de mai, puis en mai-juin et même en juin-juillet avant août et septembre en 1950.

Revenir en septembre n’était pas un choix qui fit vraiment l’unanimité, le tout sous fond de mauvaise foi si l’on en croit les éditorialistes à l’époque : “L’Espagne est un pays de contradiction, notait Jose Antonio Diaz de la revue espagnole Ciclismo a fondo. La Vuelta en avril, c’était trop tôt et en septembre, c’est trop tard ! Ce que confirmait Javier Damases, d’El Mundo Deportivo Hein Verbruggen a imposé. Alors par principe, l’espagnol est contre avant même d’avoir vu. Dès qu’il a été question de ce changement de date, j’ai discuté avec des gens du milieu cycliste espagnol. Tous, invariablement, s’y sont montrés opposés mais jamais un argument valable ne m’a été donné. Ensuite, Javier Minguez (qui était un des directeurs sportifs de la Banesto à l’époque), un homme qui parle haut et fort, a dit qu’en septembre, ce n’était pas bon pour le marché. Autant au niveau des transferts qu’à celui des sponsors qui, à cette époque, ont déjà bouclé leur budget. Et tout le monde s’est rangé à son avis.”

La suite ? Le championnat du monde est décalé par l’UCI de début septembre à fin septembre voire mi-octobre, ce qui n’empêche pas les pays nordiques (Copenhague en 2011, Bergen en 2017) de recevoir les Mondiaux, comme jadis (Copenhague en 1931, 1937 et 1949, Oslo en 1993). La Vuelta, pour exister face au Giro et au Tour de France, se lance dans la surenchère permanente en montagne, symbolisée par le terrible Alto de Angliru à partir de 1999, à contre-courant d’une Grande Boucle qui joue le couplet de la réduction des difficultés, même si Galibier, Ventoux, Alpe d’Huez, Tourmalet, Aubisque et Izoard continueront à être empruntés par l’épreuve française après le Tour du Renouveau de l’été 1999, parodie marketing signée Jean-Marie Leblanc, trois décennies après le Tour de la Santé de 1968, signé Jacques Goddet à Vittel, un an après la mort tragique de Tom Simpson le 13 juillet 1967 sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux.

Jouant la surenchère sur le nombre d’arrivées au sommet ou des cols inhumains comme l’Angliru alors que le patrimoine espagnol dispose de cols mythiques comme la Sierra Nevada, les lacs de Covadonga, le Tour d’Espagne fait la roue du paon aux grimpeurs, espérant rafler la mise pour les coureurs locaux plus doués pour la montagne, dénominateur commun de nombreux coureurs ibériques même si le plus grand d’entre eux, Miguel Indurain, fut avant tout un rouleur virtuose, faisant exception à la règle.

L’Angliru mérite que l’on s’y attarde tant ce col a fait couler de l’encre depuis sa première ascension sur la Vuelta en 1999. L’Alto de l’Angliru (1 570 mètres d’altitude) est situé dans la Sierra del Aramo, dont le point culminant est le Pico Gamonal (1 712 mètres d’altitude), au cœur de la région des Asturies, près de la ville d’Oviedo. La montée s’effectue par les villages de La Vega, de Santa Eulalia ou de Grandiella. À l’origine, cette ascension n’était qu’un chemin emprunté par les agriculteurs de la région, un chemin dit d’âne. Elle a été ensuite bitumée pour accueillir des étapes de la Vuelta de España cycliste, la première fois en 1999, en plein œil du cyclone après le scandale Festina de dopage sur le Tour de France 1998.

Avant même d’exister dans le milieu du cyclisme professionnel, ce col était réputé le plus difficile au monde. Dominé par le pic de La Gamonal, au cœur du massif de l’Áramo dans la commune asturienne de Riosa, ce col est resté dans l’anonymat le plus complet jusqu’en 1998. C’est alors que le comité d’organisation de la Vuelta a décidé de redonner de l’éclat à son produit phare, en y ajoutant un nouveau sommet encore vierge de tout exploit mais plus que jamais capable de rivaliser avec les mythiques Monte Zoncolan et col du Mortirolo grâce à ses pentes aux pourcentages impossibles.  Le Mortirolo, nouveau monstre des Dolomites avait été rendu mythique par Marco Pantani, comme le Stelvio en son temps par un duel d’anthologie sous la neige entre Fausto Coppi et Hugo Koblet (1953) sans oublier l’escarmouche de Bernard Hinault et Jean-René Bernaudeau pour le compte de l’équipe Renault (1980). On pourrait aussi citer le Passo di Gavia qui permit à Andy Hampsten de gagner le Giro en 1988, avec le surnom de Snow Rabbit, la neige ayant totalement changé la physionomie de la course … Le Mont Ventoux, également, fait peur à tous avec ses pentes rocailleuses en proie à une chaleur sans répit ou à un froid polaire, dans ce décor apocalyptique qui a vu Tom Simpson expirer son dernier souffle en juillet 1967.

L’Angliru est vite devenu le sujet de toutes les conversations peu de temps avant la présentation du Tour d’Espagne de 1999. Pourtant, sa découverte tient du pur hasard. Elle est due, en effet, à l’article de Mario Ruiz, grand spécialiste espagnol en altimétrie, publié quelques années plus tôt, en 1996, dans la revue Ciclismo a Fondo intitulé Osez grimper le col le plus difficile d’Espagne : La Gamonal, un horrible colosse. En ouvrant la voie à de nouvelles possibilités, cet article a finalement convaincu Miguel Prieto, directeur de la communication de l’organisation ONCE (Organización Nacional de Ciegos Española), alors sponsor de l’équipe cycliste dirigée par Manolo Saiz, de se pencher plus en détail sur ce col, d’abord connu comme La Gamonal en raison de sa proximité avec le sommet. C’est pourquoi il a envoyé une lettre convaincante à Unipublic, l’entreprise organisatrice de la course, qui a alors lancé la création d’un mythe éternel.

Enrique Franco, alors directeur général de la Vuelta, rêvait alors d’inclure dans le Tour d’Espagne une arrivée au volcan Teide (Tenerife), une étape qui s’étendrait au-delà du col de Navacerrada et grimperait jusqu’à la “Bola del Mundo”, et une autre étape qui se terminerait en Cantabrie, sur le sommet de Peña Cabarga, sans oublier une ascension inédite chronométrée entre Pampelune et “La Higa de Monreal” réputée parmi les plus difficiles d’Espagne. Au fil du temps, deux des objectifs de E.Franco ont pu être réalisés. En effet, la Bola del Mundo de Madrid a déjà accueilli à deux reprises une arrivée d’étape et les supporters de Cantabrie ont de nouveau pu profiter de la montagne qui entoure Santander et qui a d’ailleurs vu gagner Chris Froome par deux fois.

À l’époque, l’Angliru ne faisait pas partie des plans de l’organisateur de la course qui n’avait pas encore envisagé l’éventualité sublime de pousser la difficulté à l’extrême. C’est la raison pour laquelle la lettre de Miguel Prieto a joué un rôle décisif dans la création de cette étape infernale. Ce courrier informait l’entreprise organisatrice, et plus concrètement Alberto Gadea, chargé de concevoir le parcours, qu’il existait à seulement 15 kilomètres d’Oviedo une ascension de 12 kilomètres vers un col avec des pentes encore plus difficiles que le convoité sommet “Higa de Monreal”. Enfin, pour conclure et mettre sa proposition en valeur, sa lettre ajoutait : “Soyez assuré qu’une telle réalisation ne manquerait pas de marquer pour toujours l’esprit des téléspectateurs. S’il est naturel de comparer les lacs de Covadonga à l’Alpe d’Huez, il va sans dire que La Gamonal, quant à elle, pourrait devenir l’égal du Mortirolo italien, voire, sans exagérer, le dépasser.”

Ce discours enthousiaste a semble-t-il totalement convaincu les organisateurs et un peu plus d’un an plus tard, la Vuelta de 1999 incluait déjà cette montagne connue sous le nom de La Gamonal qui ne tarderait pas à se faire appeler définitivement L’Angliru. Comme pour commencer à construire un tel mythe, et avant même qu’aucun cycliste professionnel ne commence cette ascension lors d’une étape, il semblait évident qu’elle deviendrait la montée la plus difficile et rigoureuse jamais observée jusqu’alors. D’ailleurs, le maire de Riosa de l’époque, José Antonio Muñiz, a visé juste en déclarant qu’il s’agissait d’un trésor extraordinaire que son village était sur le point de faire découvrir au monde entier : “C’est un joyau qui au lieu d’apparaître dans la vitrine, se trouvait dans l’arrière-boutique.” Et il avait raison. Tandis que les Stelvio, Mortirolo et autres grands décors alpins ou pyrénéens du Tour de France avaient fait vivre la légende pendant des dizaines d’années, ce joyau des Asturies, si difficile à parachever, s’engageait dans une course contre la montre pour rattraper le temps perdu.

L’intégration de l’Angliru à la neuvième étape de la Vuelta 1999 a donné lieu à une véritable folie et a dépassé toutes les attentes. Au point que ce parcours semé d’arrivées en altitude, comprenant notamment l’ascension de ce col redoutable regorgeant de pentes à plus de 20%, avais mis en colère Jean-Marie Leblanc, alors directeur du Tour de France, qui avait fini par déclarer qu’il était surpris du niveau extrême de difficulté de cette course. Cette remarque se justifiait par le fait que le Tour de France avait précisément voulu proposer des étapes moins violentes cette année-là, via l’imposture marketing du Tour du Renouveau enlevé par l’usurpateur texan Lance Armstrong (maillot jaune pendant 15 jours sans jamais être inquiété par Alex Zülle, Fernando Escartin, Laurent Dufaux, Abraham Olano ou Richard Virenque, l’Américain étant vainqueur de 4 étapes au Puy-du-Fou, à Metz, à Sestrières et au Futuroscope de Poitiers, soit le grand chelem des 3 étapes chronométrées et la première arrivée au sommet) pour tenter de lutter contre le dopage, après avoir été entachée par le plus gros scandale jamais connu lors de son édition de 1998.

C’est précisément en pensant à Marco Pantani, vainqueur de ce Tour “de la honte”, que l’organisation de la Vuelta a ajouté l’Angliru au programme. À l’évidence, une lutte au corps à corps dans ces côtes entre le Pirate et José Maria dit El Chava Jiménez aurait été l’image rêvée pour la Vuelta, et pour les passionnés, mais elle ne s’est finalement pas concrétisée. Même si le feu génie italien avait toutes les intentions de concourir dans cette compétition espagnole en septembre 1999, son exclusion du Giro à Madonna di Campiglio l’a définitivement écarté de cette aventure et l’a conduit lentement vers sa chute, comme le raconte Manuela Ronchi dans sa biographie intitulée Un homme seul.

“Si quelqu’un doit avoir peur, ce n’est sûrement pas moi. Il est inutile d’avoir peur, il suffit de choisir le développement adéquat le jour J.” (José Maria Jiménez)

Dès lors, tous les regards se sont tournés vers le grimpeur d’Avila. Sur lui et personne d’autre. Il était, en effet, la coqueluche de l’époque et le favori de la plupart des supporters espagnols. Un reportage diffusé le 8 octobre 1998 montrait un El Chava très souriant en train de repérer le terrain sur le colosse, avec l’aide d’Eladio Llanos, un cyclotouriste, mineur de profession, qui lui avait prêté sa roue à pignon de 28 dents pour l’aider à mieux passer ces pentes ardues et s’assurer, par la même occasion, un moment de gloire dans la presse. Cette ascension fut le baptême de l’Angliru. Quelque mois plus tard, le monde entier a enfin pu retenir son souffle devant la première vraie bataille menée par un coureur imbattable au meilleur de sa forme. Interrogé juste avant le départ de cette Vuelta 1999 à propos de son appréhension à franchir ce col, Jiménez afficha une confiance inébranlable : Si quelqu’un doit avoir peur, ce n’est sûrement pas moi.

Parler de l’Angliru, c’est parler de ses côtes et ses virages impossibles, mais aussi du brouillard, de la pluie et du froid. Cette ascension va de pair avec un ciel gris plombé, un paysage particulier et le spectacle qu’elle laisse à presque chacun de ses passages. El Chava a ainsi remporté la course face à Pavel Tonkov en 1999, en doublant d’abord Roberto Heras dans la brume épaisse, puis le Russe sur la ligne d’arrivée, juste à quelques mètres de la fin. Plus loin, les spectateurs et téléspectateurs ont eu le privilège de voir Jan Ullrich, futur lauréat de cette Vuelta, se mettre en danseuse, fait rarissime pour l’ogre de Rostock, alors en lutte face à Abraham Olano pour le maillot de oro, qu’il récupérait au sommet d’Andorre-Arclais, clin d’œil au maillot jaune acquis au même endroit sur son Tour de France 1997 victorieux. Finalement, le grand vainqueur de cette étape inaugurale de l’Angliru a été le cycliste que tout le monde attendait. Il a su profiter des circonstances en sa faveur et s’est laissé porter par la ferveur du public. Cependant, rien de tout cela n’a pu empêcher la polémique d’enfler. Pavel Tonkov a en effet accusé les motos de l’organisation et les véhicules techniques de l’empêcher d’imposer sa victoire au sprint : Je me suis démené pour gagner l’étape. Perdre de cette manière me laisse un goût des plus amers, a déclaré, contrarié, le vainqueur du Giro 1996.

En revanche, Jiménez s’est montré plus qu’enthousiaste après l’une des plus grandes victoires de sa carrière, qui mettait fin à une saison marquée d’une mauvaise série : C’est ma plus grande victoire. Je doutais de moi-même, de l’équipe et des supporters. Cette ascension était faite pour moi, je ne pouvais pas échouer. Il a d’ailleurs dédié sa victoire à Marco Pantani : “Je veux dédier cette victoire à Marco Pantani qui traverse une période difficile. Je lui fais part de mon soutien.” Ce geste pour son idole et ami n’a pas effacé de l’imaginaire collectif cette première grande bataille qui se serait tenue dans le brouillard si le Pirate avait pu participer à la Vuelta 1999, s’il n’avait pas été suspendu après son exclusion du Giro pour son taux élevé d’hématocrite. Sans aucun doute, il s’agit bien du grand duel auquel tout le monde rêvait d’assister mais qui n’a jamais eu lieu. En juillet 2000 sur le Tour de France, Marco Pantani battra Jose Maria Jimenez pour la victoire d’étape à Courchevel, mais la station jet-set savoyarde n’a ni le prestige de l’Angliru, avec seulement trois passages du Tour de France (victoires de Richard Virenque en 1997, Marco Pantani en 2000 et Alejandro Valverde en 2005).

Si toute la gloire est revenue à José María Jiménez pour cette première ascension de l’Angliru, a posteriori, cette montagne a été le témoin de nombreuses autres histoires tant héroïques que pénibles, voire très douloureuses. Ce sommet a vu gagner Roberto Heras en 2002 suite aux deux victoires confisquées à Óscar Sevilla : celle du maillot jaune de leader et celle de leader de l’équipe Kelme qu’Aitor González a pris soin d’arracher. Vaincu dans la course et au sein même de son équipe, ce dernier a qualifié le colosse des Asturies de montagne inhumaine. Durant cette étape, Sevilla a perdu toutes ses chances de remporter la grande victoire qu’il attendait et qui continuerait de lui échapper jusqu’à la fin. Quant à son compagnon de route surnommé “Superman”, il profita de ce moment particulier pour voler de ses propres ailes et devenir champion de la Vuelta quelques jours après le contre-la-montre au stade Santiago Bernabéu.

Entre temps s’est jouée l’ascension de la Vuelta 2000 avec la victoire de l’italien Gilberto Simoni, qui deux ans plus tard a qualifié l’Angliru de montée pour des vélos de montagne. Mais après le triomphe de l’Italien sur Jan Hruska, et sa remarque ferme voire désobligeante, c’est Roberto Heras qui a imposé sa victoire finale sur Ángel Casero et Óscar Sevilla. Lors de cette édition, les grands écarts à l’arrivée ont bel et bien marqué le dénouement final de la course, comme cela a été le cas depuis et à chaque fois que la course espagnole est venue à bout de l’enfer des Asturies.

Après six ans d’absence et de réticences vis-à-vis de cette montée, l’Angliru a fait son retour sur le devant de la scène en 2008. Ce fut la Vuelta d’Alberto Contador, ce dernier n’ayant pas été invité au Tour de France cette année-là en raison d’affaires de dopage impliquant son équipe Astana. Le cycliste madrilène y a marqué son nom au fer rouge en tant que vainqueur d’étape, mais aussi quasiment en tant que grand gagnant du classement général.

Le jour suivant, il a de nouveau gagné en solitaire à Fuentes de Invierno, fragilisant encore davantage ses principaux rivaux. Il avait toujours rêvé de gagner cette étape, il vivait le meilleur moment de sa carrière et d’une certaine manière, il prenait sa revanche sur l’exclusion d’un Tour de France 2008 qu’il aurait assurément remporté après un succès de prestige au Giro. “El Pistolero” a attaqué au bout de cinq kilomètres, juste dans les virages les plus difficiles et les plus encombrés par un public enflammé. Un chroniqueur de l’époque avait osé écrire qu’il s’agissait des quatre kilomètres d’ascension du coureur les plus brillants et les plus académiques.

“Il existe peu de cols comme celui-ci. Il est mythique et essentiel. Je ne pouvais pas laisser passer cette chance.” (Alberto Contador)

L’Angliru est restée sa plus grande victoire jusqu’à ce qu’il prenne la tête du peloton en 2012 et devance Joaquim Rodríg.

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    23 novembre 2017 a 13 h 40 min

    Le cyclisme d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir ave celui de Merckx et Hinault : oreillettes, casques, calendrier segmenté entre specialistes, dopages physiologique et/ou technologique de pointe, diététique, hyper-médiatisation, salaires royaux des grands leaders …

    Greg LeMond fut celui qui aida le plus les coureurs au niveau salarial en acceptant les offres de Bernard Tapie en 1985 chez La Vie Claire puis des deux Roger (Legeay et Zannier) en 1990 chez Z.

    Depuis, Indurain, Ullrich, Pantani, Armstrong, Contador, Evans, les frères Schleck, Wiggins, Froome et consorts ont suivi, avec un calendrier allégé.

    Mais le Tour de France n’est plus l’alpha et l’omega des grands leaders, l’épreuve hexagonale étant verrouillée par le Team Sky depuis 2012, exception de 2014.
    Quintana (Giro 2014, Vuelta 2016), Dumoulin (Giro 2017), Aru (Vuelta 2015), Nibali (Giro 2013 et 2016) et meme Contador (Vuelta 2014, Giro 2015) ont compris qu’il fallait viser autre chose que la Grande Boucle pour exister face à Chris Froome.

    Chapeau à ceux qui respectent l’Histoire du cyclisme, Peter Sagan, Alberto Contador, Alejandro Valverde, Vincenzo Nibali, Bradley Wiggins ou encore Alexandre Vinokourov, ils sont tellement rares au XXIe siècle.

  2. avatar
    23 novembre 2017 a 13 h 43 min

    la fin de l’article

    L’Angliru est restée sa plus grande victoire jusqu’à ce qu’il prenne la tête du peloton en 2012 et devance Joaquim Rodríguez à Fuente Dé. Là-bas, entre Riosa et La Gamonal, Contador se devait de prendre sa revanche sur deux événements dramatiques : c’est aux Asturies qu’il a mis en jeu sa propre existence en manquant de perdre la vie foudroyé par un hémangiome caverneux, mais il devait aussi épancher sa colère, exacerbée par sa jeunesse, après son exclusion du Tour de France 2008 avec les Astana de Johan Bruyneel.

    Purito, lui, n’a jamais oublié la morsure de Contador en 2012 à Fuenté Dé : Un tueur. Tu savais que s’il devait mourir pour te tuer, il le faisait… mais il te tuait. Tu ne pouvais pas te relâcher une seconde. Maintenant que je ne cours plus, je l’aime, il faudrait plus d’Alberto. Mais quand c’est ton rival…
    Avec le recul, son triomphe et sa méthode nous laissent à penser que peut-être que l’Angliru, la Vuelta et Alberto lui-même doivent beaucoup à l’organisateur de la Grande Boucle pour cette décision polémique en 2008, puisqu’elle a offert au nouveau numéro un des sommets de la Vuelta son vainqueur le plus illustre.

    Voici une autre belle histoire à raconter, témoignant de cette “montagne inhumaine” : c’est celle du plus ancien vainqueur d’un Grand Tour célébrant sa victoire. En 2013, le vainqueur du sommet fut Kenny Elissonde, qui concoure désormais pour Team Sky. Cependant, l’image qui a fait le tour du monde a été celle de Chris Horner embrassant ses assistants et célébrant sa victoire avec un visage d’enfant malgré ses 41 ans. Dehors, assis par terre, en pleine récupération après l’effort fourni, abasourdi par tout ce qu’il venait de réaliser. Pourtant, il a réussi. Non seulement il a résisté aux attaques de Vincenzo Nibali dans les côtes les plus dures, mais il a aussi réalisé l’ascension la plus rapide (en 43 minutes et 6 secondes) juste derrière les 41’55” de Roberto Heras en 2000.
    Même si souvent, les montagnes les plus ardues et les pentes les plus abruptes n’ont pas eu un grand impact au classement général de la course ; trois fois sur les sept où l’Angliru a fait partie de la Vuelta, ce col hors normes a joué un rôle décisif avec un changement de leader au classement général.
    - 1999 : victoire d’étape de Jose Maria Jimenez (Banesto), Abraham Olano (ONCE) conserve le maillot de oro de leader au classement général
    - 2000 : victoire d’étape de Gilberto Simoni (Saeco), Roberto Heras (Kelme) conserve le maillot de oro de leader au classement général
    - 2002 : victoire d’étape de Roberto Heras (US Postal), Oscar Sevilla (Kelme) perd son maillot de oro de leader au classement général au profit de Roberto Heras (US Postal)
    - 2008 : victoire d’étape d’Alberto Contador (Astana), Egoi Martinez (Euskaltel Euskadi) perd son maillot de oro de leader au classement général au profit d’Alberto Contador (Astana)
    - 2011 : victoire d’étape de Juan Jose Cobo (Geox), Bradley Wiggins (Sky) perd son maillot rouge de leader au classement général au profit d’Alberto Contador (Astana)
    - 2013 : victoire d’étape de Kenny Elissonde (FDJ.fr), Christopher Horner (Radio Shack Leopard) conserve le maillot rouge de leader au classement général
    - 2017 : victoire d’étape d’Alberto Contador (Segafredo Trek), Christopher Froome (Team Sky) conserve le maillot rouge de leader au classement general

    Dans ses premières éditions, cette étape était toujours placée en milieu de parcours de la course puisqu’il s’agissait d’une nouvelle expérience. Peu à peu, elle s’est trouvée parmi les étapes finales, pour devenir la dernière étape en 2013, se muant ainsi en montagne décisive. Ce même scenario, où tout ou presque va se jouer, est sur le point de se répéter lors de cette édition 2017, dans la Vuelta qui tient tant à cœur à Chris Froome.
    En effet, c’est à l’Angliru que Froomey a commencé à perdre la Vuelta 2011, la première grande course qui l’a révélé comme un potentiel vainqueur du Tour de France. Sa mission consistait à seconder son coéquipier Bradley Wiggins, qui avait vu s’effondrer toutes ses chances de gagner son premier Tour à cause d’une chute à la première occasion. Ce que les deux Britanniques et leur équipe n’auraient jamais pu imaginer, c’est qu’un rival totalement inattendu tel que Juan José Cobo finirait par s’immiscer dans leur propre lutte interne pour leur faire vivre leur plus grande défaite.

    Cette dernière a permis au Team Sky de commencer à vérifier et à comprendre l’incompatibilité existant entre Froome et Wiggins au sein d’une même formation. Ce point de vue s’est confirmé au cours du Tour de France gagné par Wiggo un an plus tard, mais la Vuelta 2011 avec son ascension de l’Angliru leur a également été utile pour ne pas commettre les mêmes erreurs à l’avenir. Elles consistaient à partager le leadership, à ne se fier à aucun rival et à toujours garder un contrôle extrême de la course, car celui qui a maintenant gagné quatre fois à Paris avait alors perdu cette Vuelta à 13 secondes près. La défaite de Chris Froome en 2011 était aussi due en grande partie au fait de n’avoir pas choisi les développements appropriés dans les pentes les plus violentes. C’est précisément ce à quoi se référait le premier vainqueur, Chava Jiménez (elle n’est pas si dangereuse, si tu choisis les développements adaptés), et c’est sur ce point en particulier que Juanjo Cobo et son équipe ont travaillé en détail la veille du départ.

    Dans l’équipe Geox-TMC, les mécaniciens ont accompli un travail minutieux sur le vélo de Cobo juste avant cette étape. Le Bison s’était jeté à corps perdu dans la lutte pour le classement général quelques jours avant l’Angliru. Il devait tirer parti des doutes internes de l’équipe Sky entre Froome et Wiggins et, plus que tout, croire en ses propres capacités. La nuit précédente, il avait déjà installé un braquet de 34×32, le même que celui qu’un quelconque cyclotouriste utiliserait pour défier les pourcentages des côtes de cette montagne ou simplement pour rouler avec légèreté en minimisant l’effort fourni pour chacune de ses attaques.
    Cette transmission fut montée et réglée avec précision mais aussi spécifiquement limée à chaque dent pour que la chaîne passe mieux, autrement dit pour que chaque coup de pédale se fasse plus vite et en douceur. Il souhaitait ainsi atteindre une cadence de pédalage accélérée pour grimper dans les meilleures conditions les tronçons de Les Cabanes ou de Cueña les Cabres. Tandis que les deux Britanniques avançaient en danseuse, le coureur originaire de Cantabrie pédalait assis vers la plus grande victoire de sa vie. D’ailleurs, ce n’est qu’une semaine plus tard qu’il a connu le triomphe absolu et inespéré.

    Cobo a terminé leader de l’Angliru en confisquant le maillot rouge à Bradley Wiggins. Chris Froome est sorti de cet enfer en leader du Team Sky, à quelques petites secondes de l’Espagnol, tout en sachant déjà qu’il lui serait très difficile de gagner ce Tour d’Espagne. Froomey n’avait pas encore gagné le moindre grand tour et il en était encore loin, mais il a commencé à comprendre ce qu’il devait faire et plus précisément ce qu’il ne devait pas faire pour le gagner. Une réflexion qui dure encore aujourd’hui, puisque même en ayant été quatre fois vainqueur à Paris entre 2013 et 2017, le Kenyan Blanc n’a cessé de répéter que la Vuelta est la course qui lui tient le plus à cœur.
    En 2014, Cobo a déclaré dans une interview accordée à Zona Cycling que sa victoire à la Vuelta 2011 a presque été un hasard. Physiquement, j’étais en pleine forme, mais cette année-là, la Vuelta n’a pas vu se présenter les meilleurs. Froome, ‘Purito’ et Nibali. Nous n’avions aucune tactique pour gagner contre lui, tout s’est joué aux bonifications et au physique ; lui est parti comme équipier de Wiggins et perdait tous les avantages de la bonification. J’ai mené à 13 secondes mais avec les bonifications, j’en avais 50 d’avance. Son rôle d’équipier lui a un peu pesé. S’il avait été leader et libre de faire sa course, je crois que nous ne serions pas en train de discuter de ma victoire sur cette Vuelta.
    L’Angliru et les doutes de Froome et de Wiggins l’ont mené à la victoire qu’il n’oubliera jamais. Aujourd’hui, Cobo est bien loin du cyclisme professionnel et occupe son temps libre à surfer sur les plages de sa Cantabrie natale. Il remonte occasionnellement sur un vélo, et s’est même rendu à Peña Cabarga pour la Vuelta 2016 habillé en agriculteur pour voir Chris Froome battre Nairo Quintana sur la ligne d’arrivée, tout comme il avait lui-même gagné contre le Britannique au même endroit en 2011.
    L’Angliru, c’est une montée de 12,5 kilomètres de long avec un dénivelé de 1 266 mètres et une pente moyenne de 10,13%. Avec de tels chiffres, l’Angliru entre dans la catégorie des cols les plus ardus dans un grand tour. Si le col portait déjà cette étiquette exigeante avant même de faire partie du parcours de la Vuelta pour la première fois, ses six ascensions et ses histoires de héros, de victoires et de grandes défaites témoignent largement de sa dureté sauvage.

    Les premiers kilomètres d’ascension, dès la sortie de Riosa, présentent une pente soutenue sur 8% avec des pics dépassant largement les 14%. Après le palier de Viapará et son petit moment de détente, il faut gérer plus de six kilomètres à 13,5% et les pires tronçons de Les Cabanes, une côte avec plusieurs virages en fer à cheval de 400 mètres à 19% et des pics de 22%. Près de la fin, la pente la plus mythique et la plus redoutée, Cueña les Cabres, dépasse les 20%, avec 22% sur 300 mètres, et des portions qui dépassent les 23%.

    À partir de là, le plus dur est probablement passé, mais la punition est constante et la pente dépasse à nouveau les 20% dans les zones d’El Aviru et Piedrusines. La torture prend fin au sommet, et la gloire pointe son nez, si le brouillard le permet, lorsque les coureurs terminent la petite détente qui les mène à la ligne d’arrivée. C’est là que tout se termine, à 1 573 mètres d’altitude, loin de constituer le toit du cyclisme professionnel, ce point mérite bien sa réputation de limite de la souffrance extrême.

    Tout le monde sait que les Asturies abritent des cols suffisamment ardus et exigeants pour constituer des étapes spectaculaires et brillantes sans atteindre des extrêmes comme l’Angliru. (Chechu Rubiera)

    La Vuelta 2017 montera à l’Angliru pour la septième fois de son histoire. Encore jeune pour une légende, elle brûle d’impatience d’inscrire un nouveau nom à son palmarès. Le vainqueur de cette 20e étape se fera une petite place dans l’histoire éternelle du cyclisme. D’ailleurs, le monde du cyclisme rêve que Chris Froome ou Alberto Contador confirment une fois de plus leur statut de légende. Cela permettrait au Britannique de valider son dernier grand examen de passage, ou à Alberto Contador de faire ses adieux depuis le point culminant de sa carrière où il est à jamais entré dans les annales du sport.

    Un graffiti encore intact annonce “Ici commence l’enfer”, juste à la sortie de Viapará, avant d’attaquer Les Cabanes et la Cueña Les Cabres. C’est le moment précis où les cyclistes commencent à affronter l’impossible, et se fondent dans des pourcentages irréels et un épais brouillard. Les regards se perdent, les vélos luttent contre la gravité en zigzagant et les oreilles sifflent en raison des cris de dizaines de fervents supporters postés à chaque mètre de cette “montagne inhumaine”. C’est ici, sous un ciel gris plombé, que les tours d’Espagne se gagnent ou se perdent, où cette course épique voit les pourcentages des côtes grimper jusqu’à friser l’absurdité.

    Un Tour d’Espagne sans l’Angliru, c’est comme un marathon de cinq kilomètres. L’auteur de cette phrase, Enrique Franco, a eu du mal à trouver ce lieu rêvé qui, sans le vouloir, a changé sa carrière pour toujours, et repoussé les limites du cyclisme professionnel.

    Le changement de 1995 a donc conduit à l’arrivée de l’Angliru, forçant la Vuelta à sortir de l’ombre écrasante du Tour de France et du Giro, loin de l’image donnée au début des années 80, alors que le pays apprend la démocratie après la mort de Franco (1975) et le coup d’Etat du 23-F (1981), n’ayant pas encore adhéré à l’Union Européenne (1986), comme en témoigne Laurent Fignon, qui aida Bernard Hinault à remporter la Vuelta 1983 dans la mythique étape d’Avila : Tout le monde a oublié cette époque. L’Espagne sortait à peine du franquisme. Là-bas c’était le tiers-monde. Ceux qui y sont allés au début des années 80 savent que je dis la vérité. Pour les coureurs que nous étions, les conditions d’accueil et d’hébergement se révélèrent très complexes. Limite acceptables parfois. Les cyclistes professionnels d’aujourd’hui n’imaginent même pas ce que pouvait être un hôtel en Espagne en 1983, au fin fond des Asturies ou dans les Pyrénées … On mangeait mal. Parfois il n’y avait pas d’eau chaude soir et matin.

    On en est en effet bien loin des conditions impériales d’un maillot jaune tel que Lance Armstrong, avec un mobile-home chez Astana ou redescendant la vallée vers son hôtel avec un hélicoptère affrétée par la toute-puissante US Postal de Johan Bruyneel, qui termina 3e de la Vuelta 1995 derrière Laurent Jalabert et Abraham Olano.

  3. avatar
    26 novembre 2017 a 21 h 40 min
    Par Abdel

    Merci pour ces excellents articles très détaille!

  4. avatar
    27 novembre 2017 a 9 h 09 min

    De rien ! Au plaisir d’en discuter …

  5. avatar
    30 novembre 2017 a 17 h 34 min

    Épique. Il semble que tu as écris l’article il y a quelques temps car Froome a bel et bien remporté la Vuelta cette année.

    J’ai encore du mal à comprendre deux choses:
    - pourquoi tu qualifies l’EPO d’élixir de puissance; selon moi elle favorise plutôt l’endurance via une meilleure oxygénation des muscles. Elle repousse la fatigue et donc la puissance moyenne, plutôt que d’augmenter la puissance maximale.

    - pourquoi l’EPO permettrait plus de transformer des canassons en étalon par rapoort aux autres produits dopants.

  6. avatar
    30 novembre 2017 a 18 h 15 min

    Salut Fabrice,

    C’est un vieil article que j’ai repris et complete, d’où le point sur Froome.

    Je ne suis pas specialiste de l’EPO mais ma comprehension est que le produit apres d’Amgen favorise la recuperation, tout en offrant plus de capacité aérobie donc d’oxygène donc de puissance, à la fois en pic et en durée d’effort donc en puissance moyenne / endurance.

    Pour les canassons transformes en etalons, c’est l’analyse de tous les coureurs et specialists du dopage.
    Bartali, Coppi, Bobet, Anquetil, Merckx, Hinault ou Fignon se sont tous dopes, mais jamais à leur époque un imposteur n’a gagné le Tour, sauf Walkowiak en 1956 mais bon à la faveur d’une échappée comme Oscar Pereiro en 2006.

    Avec l’EPO, des coureurs comme Miguel Indurain, Lance Armstrong et Bradley Wiggins, mais surtout Tony Rominger, Zenon Jaskula, Bjarne Riis, Raimondas Rumsas ou Piotr Ugrumov ont attaint le podium de la Grande Boucle, voire le maillot jaune.
    On parle soit de gars qui ont explosé miraculeusement comme trentenaires comme Rominger, Riis, Rumsas, Jaskula ou Ugrumov, d’un coup, soit d’Armstrong l’usurpateur supreme, soit de grandes carcasses de rouleurs qui ne passaient pas les cols comme Indurain ou Wiggo.
    C’eut été impossible pour eux avant 1991 !

    Pour moi, peu de coureurs avaient vraiment des capacites hors normes, bien que dopes : Jan Ullrich, Alberto Contador, Marco Pantani, Andy Schleck.

    Chris Froome, lui, je ne sais pas trop ou le classer j’avoue … Ses capacities intrinsèques en font un phénomène, mais bon il n’a percé qu’en 2011 à 26 ans, et chez Team Sky seulement … Les images du Ventoux 2013 et de la Pierre St Martin, avec cette façon de larguer des pontures comme Contador en Provence ou Quintana dans les Pyrénées, me restent en travers de la gorge. Sans parler de ce vélo qui avance tout seul après l’arrivée d’une étape de la dernière Vuelta.
    Ce qui laisse penser que Sky est sans doute la première équipe à maîtriser les 2 dopages en meme temps : le sanguin/physiologique et le mécanique / technologique.

    Les autres avaient éclos bien plus tôt que le Kenyan Blanc, dès leurs débuts pros : Ullrich en 1994 à 20 ans (3e du Mondial CLM de Catane), Pantani en 1994 à 24 ans (2e du Giro et 3e du Tour), Andy Schleck à 22 ans en 2007 (2e du Giro), Contador à 24 ans en 2007 (vainqueur de Paris-Nice et du Tour de France).

  7. avatar
    1 décembre 2017 a 17 h 19 min

    Merci pour les précisions !

    J’ai fait un peu de recherche pour les effets de l’EPO.
    Cette page mentionne une étude sur des sportifs amateurs:
    http://sportsscientists.com/2007/11/the-effect-of-epo-on-performance/

    Résultats: augmentation de puissance de 13% (dans l’article c’est VO2 max, cependant je ne comprends pas trop le lien avec la puissance), augmentation d’”endurance” (effort submaximal) de 54%.

    Deux problèmes: ce ne sont “que des amateurs” donc les pourcentages seront moins importants chez des athlètes d’élite.

    Deuxièmement, pour des raisons d’éthique, le groupe qui a eu l’EPO devait savoir qu’ils en recevaient. (ceux qui avaient le placebo ne savaient pas). Donc il y a sûrement une composante psychologique dans l’augmentation des performances.

    Voici l’étude qui a servi à l’article: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17668232
    J’ai pas réussi a accéder à l’article (40$ US pour y accéder: https://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00421-007-0522-8)

    Ironiquement un des auteurs s’appelle Rasmussen !

    Selon moi, plusieurs des imposteurs que tu cites semblent avoir des capacités intrinsèques élevées. Par exemple les VO2 max de Indurain et Armstrong sont particulièrement élevés (voir wiki). Or on vient de voir que l’EPO n’augmente que légèrement le VO2 max.

    Mais ce qui explique le plus la capacité de ces colosses (Indurain, Armstong, Wiggins, Froome) à passer les cols dans les Grands Tours, c’est avant tout une perte de poids. Indurain est passé de 85 à 78 kg, Armstrong j’ai pas trouvé, et Wiggins et Froome font tous les deux environ 1m90 pour 69 kg ! En montée le poids est un ennemi majeur! D’ailleurs Pantani pesait seulement 57kg, mais Bahamontes: 62 kg, Gaul 64 kg, Virenque 65 kg, pas très loin de nos Britishs.

    On a donc des géants (avantage mécanique pour plus de puissance ?) au poids plume à peine supérieur aux meilleurs grimpeurs de l’histoire, cela explique certainement leur performance.

    Maintenant, par quels procédés ont-ils perdu tout ce poids, des médicaments (légaux ou non) ne sont pas à exclure, mais la seule combinaison diététique et entraînement est peut-être suffisante. Les cyclistes, contrairement aux combattants comme les boxeurs, n’ont pas besoin de faire varier leur poids.

    Enfin pour Froome, son éclosion tardive s’explique selon moi par son parcours: il est passé pro à 22 ans seulement, et encore dans une équipe sud-africaine, on peut supposer que l’entraînement et le matériel n’étaient pas aussi pointus que pour les équipes européennes.

    Tout ceci étant dit, il y a clairement de nombreux cas où le dopage (à l’EPO principalement) a permis à des athlètes d’en dépasser d’autres, surtout vers la fin des années 80-début 90, avec les Chiapucci, Indurain et consorts qui ont dépassé brutalement les LeMond. Cependant à mon avis à mesure que l’EPO s’est généralisée dans le peloton, les différences intrinsèques aux niveaux physique et mental ont de nouveau pris le dessus. Donc on peut dire que Indurain était bien le meilleur dans la première moitié des années 90.

    La vraie question qu’il faut poser est: est-ce que certains ont pu bénéficier d’un dopage significativement plus efficaces que les autres ? Pour Indurain, je ne suis pas sûr (du moins je n’ai pas d’avis).

    Par contre pour Armstrong, ce que nous avons appris au niveau de la complicité au plus haut niveau indique qu’il pouvait probalement se doper beaucoup “plus” ou “mieux” que les autres.

    On peut aussi regarder l’affaire Festina dans cette optique, ou seule une équipe a été exclue, mais où tous les autres étaient tout aussi dopés.

    Dermier point, tout ceci concerne la première vague d’EPO ainsi que le dopage par auto-transfusion. On ne sait pas trop quelles sont les dernières avancées en terme de dopage.

    PS: pour le dopage mécanique je suis relativement sceptique. J’ai vu la viédo de Froome sur la Vuelta (celle ou le mécano le lâche, puis il avance tout seul), mais je pense que cela s’explique par une légère pente à cet endroit, mais que cela ne paraît pas sur la vidéo.

    Évidemment j’ai aussi vu la vidéo avec la chute de Cancelara et le pédalier qui continue de tourner. J’ai aussi vu la vidéo avec ce fabricant de vélo qui place des moteurs et des batteries compactes non seulement dans le pédalier, mais aussi dans les jantes des roues.

    En conclusion s’est tout à fait possible que la triche se fasse (aussi) à ce niveau, mais pour cela nous n’avons pas le choix de faire confiance aux institutions (et elle ne sont justement pas très fiables).

  8. avatar
    2 décembre 2017 a 8 h 51 min

    Salut Fabrice,

    La VO2 max contribue à la puissance, plus d’oxygène permet un effort plus soutenu aux muscles, et plus longtemps.

    C’est pour cela que LeMond aurait gagné 5 ou 6 Tours dans un scénario idéal : pas d’accident de chasse en 1987, pas d’EPO à partir de 1988-1989 et pas de myopathie. Sa VO2 max était exceptionnelle haute.

    Pour la perte de poids, c’est vrai, mais c’est le rapport puissance/poids qui en effet fait tout, et là Indurain et ARmstrong ont du agir sur le numérateur comme sur le dénominateur.

    Dans son bouquin, Tyler Hamilton explique que selon le Dr Ferrari, le rapport qui t’offre le maillot jaune à coup sûr, c’est 6.7. Autrement dit, pour un coureur de 70 kg, une puissance de 469 watts, donc un dopage mutant selon Antoine Vayer.

    Pour Sky, on a beaucoup parlé de l’AICAR. Mais voir des Froome et Wiggins faisant près de 1/90 m avec des jambes fines comme des roseaux ou des mikados, cela fait sourire.
    Comme pour Indurain, Zulle, Ullrich ou Riis dans les années 90.

    Le seul qui avait un poids logique par rapport à sa petite taille, c’était Marco Pantani en effet. Mais il était aussi bien chargé !

    Pour Indurain, non, c’est faux. Il était le meilleur en CLM, mais pas au global ! Sabino Padilla et Francesco Conconi maîtrisaient parfaitement l’EPO dès 1991.

    L’ensemble du peloton a basculé vers l’EPO en 1995-1996 en réaction au triplé Gewiss d’avril 1994 sur la Flèche Wallonne : les Festina de Virenque, les ONCE de Jalabert et Zulle, les Motorola d’Armstrong …

    Ils rejoignaient ainsi les Banesto d’Indurain, les Carrera de Chiappucci et Pantani, les Mapei Clas de Rominger.

    C’est pour cela que le Luxembourg 1992 n’est pas selon moi – le plus grand exploit d’Indurain en CLM, c’est pour moi Bergerac 1994 avec des écarts énormes. Ditch l’avait bien expliqué sur sportvox à l’époque dans ses chroniques. Mettre la moitié du peloton à plus de 10 minutes en 1992, dans un sport pro, sur seulement 65 km (donc plus de 10 secondes au km), cela montre bien que tout le monde n’avait pas connaissance ou maîtrise de ce produit miracle. Sans parler des décès de Hollandais entre 1989 et 1990, Bert Oosterbosch ou Johannes Draiijer (voir la passionnante série Maillot Noir du Monde, signée Stéphane Mandard), phénomène étouffé par un certain Hein Verbruggen.
    Pour le roi Miguel, voir cet article que j’avais écrit sur le sujet l’an passé

    http://yourzone.beinsports.fr/cyclisme-indurain-et-le-contre-la-montre-bergerac-94-plutot-que-luxembourg-92-116770/

    A ceci près que tous dopés ne signifie pas que le 1er est le meilleur. Car tout le monde ne réagit pas de la même manière aux produits ! Indurain et Armstrong, visiblement, en ont tiré la substantifique moelle.

  9. avatar
    3 décembre 2017 a 0 h 57 min
    Par Abdel

    J’ai déjà pris de la dhea de la testostérone et de l epo à titre personnel pour juger de l efficacite et je peux vous affirmer que l epo augmente la puissance de façon considérable surtout si elle est utilisée avec du fer et de l acide folique et surtout la puissance sur une durée prolongée contrairement à la testostérone qui permet plutôt une récupération post entraînement , J’ai pu passer de 290 watt de moyenne à 380 en l Espagne de 6 semaine de cure , par contre les effet secondaire sont terrible

  10. avatar
    6 décembre 2017 a 9 h 15 min

    Salut Abdel,

    Tu étais coureur amateur en Espagne ?

  11. avatar
    6 décembre 2017 a 19 h 16 min
    Par Abdel

    Desolé , je voulais dire en l’espace de 6 semaines , je suis un cyclotouriste qui voulait expérimenter étant donné les ont dis sur l’efficacité du dopage ,et il est clair que vu les dosages des professionels tu as tout a fait raison de dire que Indurain , armstrong etc n’aurait jamais été les rois du tour sans EPO ,
    c est tellement efficace que ça fausse complètement le classement ” naturel” , mais ca reste des champions hors du commun malgré tout
    Ps : surtout qu’il mélange EPO , DHEA, hormone de croissance , insuline , anabolisant , testosterone , cortisone , et des facteurs de croissance , ca change un homme!

  12. avatar
    7 décembre 2017 a 13 h 48 min

    Salut Abdel,

    Oui en effet loin de moi l’idée de dire qu’Indurain et Armstrong sont des minables qui ont gagné le Tour par hasard.

    Pour moi, Miguel Indurain avait d’énormes qualities. Primo ses talents de rouleur, secundo son sang-froid et sa capacité à ne pas paniquer (visible dans l’étape de St-Gervais en 1992, ce qui rendit fou Bugno et Chiappucci prêts à assurer le poids de la course derrière Stephen Roche échappé !), tertio son sens tactique.
    Sans EPO, le Navarrais valait un top 10, mais pas le maillot jaune.

    Pareil pour Lance Armstrong, monstre au mental en acier trempé, un cancer forge le caractère. Sans oublier son autorité despotique naturelle sur une US Postal dévouée à sa cause, et son côté stakhanoviste à l’entraînement, bref tout l’inverse d’Ullrich, cigale qui chantait l’hiver et se trouvait démunie de maillot jaune une fois l’été venu, avec d’incessants problèmes de leadership partagé chez Telekom entre 1996 et 2005 : Zabel et ses ambitions de vert tout d’abord, Riis, Vinokourov ou Kloden ensuite pour le jaune …

    Pour le Texan, il a su trouver la parade au dépistage de l’EPO par les labos, via les techniques d’auto-transfusion du docteur Michele Ferrari.

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