1997-2014 : Ballon d’Or, le triumvirat Brésil / Argentine / Portugal
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1997-2014 : Ballon d’Or, le triumvirat Brésil / Argentine / Portugal

Depuis 1997 et l’éclatante victoire d’Il Fenomeno Ronaldo aux airs de plébiscite, les Latins ont fait du Ballon d’Or leur chasse gardée. Sur 18 élections, le Brésil avec 5 victoires (Ronaldo 1997 et 2002, Rivaldo 1999, Ronaldinho 2005 et Kakà 2007), le Portugal et l’Argentine avec 4 victoires chacune (Luis Figo 2000, Cristiano Ronaldo 2008, 2013 et 2014 pour le Portugal, Lionel Messi 2009, 2010, 2011 et 2012 pour l’Argentine) en ont remportés 13.

Seules la France (Zinédine Zidane en 1998), l’Angleterre (Michael Owen en 2001), la République Tchèque (Pavel Nedved en 2003), l’Ukraine (Andrei Shevchenko en 2004) et l’Italie (Fabio Cannavaro en 2006) ont brisé l’hégémonie des trois pays dominateurs entre 1997 et 2004.

Comment Brésil, Argentine et Portugal ont-ils pu imposer à tel point leur férule sur le trophée si prisé ?

Pour les deux géants sud-américains, 1995 a été l’année décisive, à double titre. La polémique née des Ballons d’Or restés utopiques pour Diego Maradona en 1986 ou le Brésilien Romario en 1994, faute d’un règlement dépoussiéré et encore réservé aux seuls Européens, a convaincu France Football de réaliser la première métamorphose du trophée … L’arrêt Bosman ayant permis de disposer d’étrangers issus de l’Union Européenne, l’explosion du nombre de Brésiliens. La victoire du Brésil à la World Cup 1994 avec un style européen critiqué à Rio de Janeiro et Sao Paulo avait convaincu les joueurs de tenter l’exode massif en Europe, suivant les traces des pionniers Falcao (AS Rome), Zico (Udinese), Socrates (Fiorentina), Careca (Naples), Dunga (Pise, Fiorentina), Jorginho (Bayern Munich), Romario (PSV Eindhoven, FC Barcelone), Mozer (Benfica Lisbonne, Olympique de Marseille), Taffarel (Parme), Valdo (Benfica Lisbonne, Paris SG), Rai (Paris SG) et autres Bebeto (La Corogne) …

Le Brésil, réservoir inépuisable de talents offensifs, avec Leonidas, Didi, Garrincha, Pelé, Tostao, Rivelino, Zico, Socrates, Rai puis Romario, a donc logiquement fait main basse sur le trophée avec des individualités de premier plan : Ronaldo en 1997 grâce à ses buts inoubliables pour le Barça puis l’Inter Milan, avec à la clé un transfert record pour l’époque … Le même Ronaldo en 2002, phénix de la Coupe du Monde asiatique, tel Paolo Rossi en 1982 en Espagne oubliant ses déboires (Totonero pour l’Italien, les blessures à répétition pour le Brésilien).
Entre temps, le virtuose Rivaldo avait été élu facilement contre le Mancunien David Beckham en 1999. En 2005, ce fut le tour du troisième élément du puzzle magique de Luiz Felipe Scolari de la penta de 2002 : Ronaldinho, devenu le meilleur joueur du monde au sein du Barça de Rijkaard, où il formait un trio redoutable avec Deco et Samuel Eto’o.

En 2007, le brio étincelant de Kakà au Milan AC sacré champion d’Europe lui ouvrit en grand les portes du Ballon d’Or. Orphelin de sacre depuis 2007, le Brésil sait qu’il peut compter sur Neymar pour les années futures …

D’autres podiums avaient marqué la montée en puissance des Auriverde : Ronaldo dauphin de Sammer en 1996, Roberto Carlos 2e en 2002 mais aussi Ronaldo 3e en 1998 derrière Zidane et Suker, Ronaldinho 3e en 2004 derrière Shevchenko et Deco, un Brésilien naturalisé Portugais !

Quant à l’Argentine, orpheline de Diego Maradona pour son entrée dans le nouveau règlement du Ballon d’Or en 1995, elle disposait de deux génies à la fin des années 90, Gabriel Batistuta et Fernando Redondo.

Buteur de grande classe, extrêmement prolifique, Batigol souffrit du manque de compétitivité de la Fiorentina. En Toscane, l’Argentin avait marqué les esprits. Seul un Scudetto avec la Viola avec un titre de meilleur buteur du Calcio conjugué à une victoire éclatante de l’Albiceleste en Copa America, ou bien entendu un succès en Coupe du Monde aurait pu lui ouvrir les portes.

Quant à Redondo et sa technique de velours, figure de proue du Real Madrid champion d’Europe 2000, notamment dans la joute d’anthologie contre Manchester United en quarts de finale, il était trop peu médiatique. Parti au Milan AC à l’été 2000 où il se blessa aussitôt, l’ancien joueur de Tenerife fut remplacé chez les Merengues par Luis Figo, élu Ballon d’Or 2000.

Le salut vint de Lionel Messi, génie et clé de voûte de la Dream Team barcelonaise mise sur pied par Pep Guardiola entre 2008 et 2012. De 2009 à 2012, la Pulga confisqua le trophée, s’appuyant sur son entente presque viscérale avec Xavi et Andres Iniesta au Barça plus que sur ses performances en sélection argentine. Messi culmina en 2012 avec une année où il battit le vieux record de buts de Gerd Müller sur une année civile : 85 buts pour Der Bomber en 1972, 91 buts pour la Pulga en 2012. Egalement 3e en 2007 derrière Kakà et Cristiano Ronaldo, 2e en 2008, 2013 et 2014 derrière Cristiano Ronaldo, l’enfant de Rosario cumule déjà huit podiums consécutifs, pulvérisant l’ancien record de podiums consécutifs, détenu depuis 1959 par Raymond Kopa, quatre fois d’affilée sur le podium entre 1956 et 1959.

L’Argentine, sacrée par procuration via ses Oriundi, l’Espagnol Alfredo Di Stefano en 1957 et 1959 ou l’Italien Omar Sivori en 1961, regagnait à travers Lionel Messi la fierté d’un grand pays de football : Di Stefano, Sivori, Kempes, Maradona, Redondo, Batistuta, Crespo, Zanetti, Veron, Riquelme, autant de joueurs de génie que Messi a vengé au palmarès du trophée, même s’il ne fut pas oublier quatre de ses contemporains aussi brillants que Javier Mascherano, Sergio Kun Aguero, Angel Di Maria et Carlos Tevez.

Le Portugal, lui, ne comptait qu’un trophée fin 1996, celui de son buteur vedette Eusebio, la panthère du Mozambique, Paulo Futre ayant été dauphin de Ruud Gullit en 1987. Issu des colonies, le héros national Eusebio vit deux virtuoses lui succéder au palmarès : sans aucun titre en 2000 (dauphin de la Corogne en Liga avec Barcelone, demi-finaliste de la C1 puis de l’Euro, finaliste de la Supercoupe d’Europe et de la Coupe Intercontinentale), Figo était l’outsider naturel de Zinédine Zidane, pierre angulaire du triomphe français à l’Euro 2000 dans un tournoi où la star de la Juventus avait marché sur l’eau tel Diego Maradona en 1986 au Mexique.

Mais trois éléments vinrent sonner le glas de ses espoirs de Zidane : primo, son Scudetto 2000 envolé sur la pelouse de Pérouse et la cruelle défaite au classement contre la Lazio Rome, secundo, son carton rouge avec la Juventus contre Hambourg en C1, tertio, la médiatisation du transfert record de Figo, premier des Galactiques de l’ère Perez, qui réussit en un temps éclair son adaptation auprès du crack madrilène Raul …

Comme Van Basten en 1992, Figo avait construit son Ballon d’Or à l’automne en frappant très fort avec le Real Madrid, même si ses performances avec Barcelone (notamment le fameux 5-1 a.p contre Chelsea) ou le Portugal (3-2 contre l’Angleterre, avec un but de Figo catalyseur de la remontée lusitanienne) avaient déjà marqué les esprits.

Le jury tout comme Louis Van Gaal, entraîneur du Barça, avaient reconnu qu’en 1999, le Ballon d’Or de Rivaldo était déjà un peu celui de Luis Figo, étincelant avec les Blaugrana.

Figo portant l’estocade à Zidane et succédant à Eusebio, le meilleur était à venir pour le Portugal avec la naissance d’un enfant prodige. En 2004, le Portugal accueille l’Euro avec trois joueurs de classe mondiale : Figo, le passé, capitaine symbole d’une sélection crucifiée par la Grèce de Rehhagel, Deco, le présent, Brésilien naturalisé qui fera des merveilles à Porto comme à Barcelone, Cristiano Ronaldo, l’avenir, propulsé du Sporting CP à Manchester United en seul match amical en août 2003, pour l’inauguration du stade José Alvalade.

2004 vit Deco échouer à la deuxième place derrière le buteur ukrainien Andrei Shevchenko, champion d’Italie et meilleur buteur du Calcio dans une année dominée par un Euro sans grande star dominante comme en 1984 (Platini), 1988 (Van Basten), 1996 (Sammer) ou encore 2000 (Zidane). Comme en 1992 où Stoïtchkov vainqueur de la C1 avait cédé face à Van Basten, Deco champion d’Europe avec le FC Porto s’inclina contre Sheva, qui tira les marrons du feu après le titre de la Grèce à l’Euro. Mais le Portugal allait prendre sa revanche quatre ans plus tard, malgré un Euro remporté par l’Espagne.

Natif de Madère, Cristiano Ronaldo se montre très vite digne du numéro 7 porté jadis par George Best, Bryan Robson, Eric Cantona et David Beckham. Il y a eu plusieurs joueurs désignés comme le nouveau George Best depuis quelques années, mais c’est la première fois que c’est un compliment pour moi, disait l’enfant de Belfast à propos de Cristiano Ronaldo à son arrivée à Carrington.

Meilleur joueur qu’ait jamais entraîné Sir Alex Ferguson malgré les Robson, Cantona, Giggs, Beckham, Van Nistelrooy, Tevez et autres Rooney, CR7 remporta trois fois le prestigieux trophée. La première fois en 2008 sous les couleurs de Manchester United, champion d’Europe des clubs cette année-là, la deuxième fois en 2013 avec le Real Madrid, la troisième fois en 2014 toujours avec les Merengue.

Engagé depuis 2008 dans un duel d’anthologie avec Lionel Messi pour le sceptre de meilleur joueur du monde, le Portugais a repris le dessus sur l’Argentin depuis 2013. Dauphin de Kakà en 2007, puis de Messi en 2009, 2011 et 2012, Cristiano Ronaldo s’est fait une place au soleil  ne manquant le podium qu’en 2010, année où le Barça de Guardiola confisqua le podium tel le grand Milan AC en 1988 et 1989 : 1er Messi, 2e Iniesta, 3e Xavi.

Grands perdants, Iniesta et Xavi ont multiplié les accessits tout comme l’Espagne, malgré trois succès chez les nations pour la Roja entre 2008 et 2012 : Euro 2008, Coupe du Monde 2010, Euro 2012, un enchaînement de titres jamais vu depuis les années 20 et 30 (médailles d’or olympiques 1924 et 1928 puis Coupe du Monde pour l’Uruguay, Coupes du Monde 1934 et 1938 puis médaille d’or olympique en 1936 pour l’Italie).

Collectif sans visage, l’Espagne a vu ses stars se voler les points et donc se neutraliser face aux superstars Cristiano Ronaldo et Messi : Fernando Torres 3e en 2008 devant Iker Casillas 4e et Xavi 5e, Andres Iniesta 2e et Xavi 3e en 2010, Andres Iniesta 3e et Xavi 4e en 2012.

En 2009 et 2011, le résultat fut le même au sein du grand Barça de Pep Guardiola, Xavi 3e et Iniesta 4e derrière Messi 1er et Cristiano Ronaldo 2e.

Seuls cinq joueurs parmi la longue liste de brillants éléments espagnols auraient réellement pu briguer le Ballon d’Or : Raul, Iker Casillas, Cesc Fabregas, Xavi et Andres Iniesta. Ce n’est pas faire injure à David Villa, Fernando Torres, Carles Puyol, Fernando Hierro, Sergio Ramos, Fernando Morientes, Luis Enrique, David Silva, Jesus Navas, Xabi Alonso, Marco Senna, Victor Valdes, David de Gea ou Gérard Piqué que d’affirmer qu’ils évoluaient un ton en-dessous.

Pour Raul, le problème fut simple dans une période de jachère pour la Roja. Dauphin d’Owen en 2001, le Madrilène eut le malheur de voir le Real Madrid gagner les années paires en 1998, 2000 et 2002, où la Coupe du Monde 1998 (Zidane / Suker / Ronaldo), l’Euro 2000 (Figo / Zidane) et la Coupe du Monde 2002 (Ronaldo / Roberto Carlos / Kahn) dessinèrent le podium du Ballon d’Or, où se greffa le génial Shevchenko en 2000, joyau du Milan AC.

Iker Casillas avait un handicap majeur, son poste de gardien. Personne depuis 1963 et Lev Yachine n’a pu soulever le trophée, pas plus Dino Zoff, Sepp Maier, Jean-Marie Pfaff, Andoni Zubizarreta, Peter Schmeichel, David Seaman, Fabien Barthez, Oliver Kahn, Edwin Van der Sar, Gianluigi Buffon, Petr Cech que Manuel Neuer et probablement pas Thibaut Courtois à l’avenir.

Héros d’Arsenal orphelin d’Henry entre 2008 et 2011, Fabregas fut victime ensuite en sélection comme à Barcelone de la terrible concurrence de Xavi et Iniesta, avant de revenir à Londres en 2014, sous le maillot de Chelsea …

Brillantissime en 2008 et 2010 avec la sélection espagnole, Casillas est donc victime de l’apartheid fait aux gardiens de but … Quant à Xavi et Iniesta, joueurs d’exception à la technique redoutable, ils ont été victimes de la sur-médiatisation de Lionel Messi et Cristiano Ronaldo pérennisant les exploits et surtout les buts.

Lionel Messi et Cristiano Ronaldo entre 2009 et 2012 furent les John Lennon et Paul McCartney du football mondial, Xavi et Andres Iniesta étant dans l’ombre, George Harrison et Ringo Starr. Des Beatles dans les années 60 au Cavern Club de Liverpool ou au Reeperbahn d’Hambourg aux idoles de Barcelone et Madrid au carrefour des années 2000 et 2010, la logique est la même … Un carré d’as ne peut avoir la même exposition médiatique.

Orpheline de Ballon d’Or depuis 1996, l’Allemagne a été victime du même problème que l’Espagne, les titres européens du Bayern Munich en 2001 et 2013 et la couronne mondiale de la Mannschaft s’étant dilués au profit de joueurs étrangers …

Oliver Kahn 3e en 2001 et 2002, Michael Ballack 5e en 2002, Manuel Neuer 3e en 2014, Thomas Muller 5e en 2014, l’Allemagne est surtout une machine collective, malgré de très belles individualités depuis vingt ans : Andreas Köpke, Stefan Effenberg, Oliver Kahn, Michael Ballack, Torsten Frings, Philip Lahm, Bastian Schweinsteiger, Miroslav Klose, Lukas Podolski, Mesut Ozil, Sami Khedira, Thomas Muller, Manuel Neuer … De très grands joueurs, mais aucunfuoriclasse du niveau de Beckenbauer, Rummenigge ou Matthaus. C’est l’éternelle lutte de David contre Goliath.

Les Pays-Bas ont été victime du même problème. Gavés comme une oie à l’époque des Cruyff, Gullit et Van Basten, les Hollandais attendent depuis 1992. L’injustice fut grande en 2010 où Wesley Sneijder  tutoya la perfection avec l’Inter comme avec les Oranje. Auteur du triplé C1 – Scudetto – Coupe d’Italie avec les Nerazzurri, finaliste et meilleur buteur de la Coupe du Monde 2010, Sneijder a été victime de plusieurs éléments : la médiatisation de son entraîneur en Lombardie, le Special One José Mourinho, secundo la défaite contre l’Espagne en finale à Johannesburg sans quoi il aurait décroché la timbale, tertio la concurrence de trois autres meilleurs buteurs en Afrique du Sud (Diego Forlan également vainqueur de la C3 avec l’Atletico Madrid, David Villa champion du monde avec l’Espagne, et Thomas Muller grande révélation), quattro la fusion entre le FIFA World Player et le Ballon d’Or France Football, effective en 2010 avec le FIFA Ballon d’Or. Elargi en 2007 à un collège mondial de journalistes et non plus seulement européen, le Ballon d’Or entra dans une nouvelle ère en 2010. La poule aux œufs d’or allait prospérer non plus à Paris mais à Zurich, sous l’égide de Sepp Blatter enfermé dans sa tour d’ivoire … L’aéropage fut élargi aux sélectionneurs et capitaines d’équipes nationales … Elu par les journalistes en 2010, Sneijder déchanta car les deux autres collèges de votants n’ont pas voté pour le meilleur joueur de l’année (Wesley Sneijder) mais pour le meilleur joueur du monde (Lionel Messi) certes étincelant mais au palmarès collectif plus que réduit : champion d’Espagne 2010 et Pichichi, avec deux échecs cinglants en demi-finale de la C1 avec Barcelone et en quarts de finale du Mondial sud-africain avec l’Argentine (camouflet 4-0 contre l’Allemagne), que la Pulga avait transformé comme un fantôme, sans aucun but marqué. L’épée de Damoclès tomba sur Sneijder en 2010, 4e au pied d’un podium qu’il méritait tout autant que les trois Catalans Messi, Xavi et Iniesta.

4e en 1997, Dennis Bergkamp ne réussit jamais à conquérir l’Europe avec Arsenal pas plus qu’un titre avec les Oranje même à l’Euro 2000 à domicile, ce qui aurait pu couronner sa fantastique carrière, lui l’héritier de Marco Van Basten. 6een 2003 avec Manchester United, 6e encore en 2007 avec le Real Madrid, Ruud Van Nistelrooy tomba dans des périodes de jachère de ces deux immenses clubs. Entre les époques Beckham et Cristiano Ronaldo chez les Red Devils de Ferguson, entre les deux époques galactiques en Castille où le club était orphelin de Zidane et pas encore CR7 dépendant, malgré le beau collectif monté par Fabio Capello en 2007 autour de Raul, Van Nistelrooy et Beckham …

Enfin, Arjen Robben fut de loin le meilleur joueur du Mondial sud-africain en 2014, malgré Neymar, Manuel Neuer, Angel Di Maria ou James Rodriguez. 4e en 2014, Robben s’était fait brûler la politesse en 2013 par Franck Ribéry, le Bayern Munich axant toute sur communication sur le Français, 3e derrière l’aigle bicéphal Cristiano Ronaldo / Messi. Troisième de la Coupe du Monde avec les Pays-Bas, Robben avait subi une cinglante défaite en demi-finale avec le Real Madrid (1-0, 4-0), qui vengeait le football espagnol sur lequel l’ogre bavarois avait marché un an plus tôt (4-0, 3-0) face au Barça de Tito Vilanova.

L’Angleterre décrocha les lauriers avec Michael Owen en 2001, deux ans après la place de dauphin de David Beckham en 1999, qui tira les dividendes du triplé de Manchester United en Premier League, FA Cup et Ligue des Champions, le Spice Boy étant également quatrième en 2001. 2e et 3e en 2005 derrière l’intouchable Ronaldinho, Frank Lampard et Steven Gerrard furent avec Wayne Rooney les deux meilleurs joueurs anglais de l’après Owen / Beckham. Vainqueur de la C1 en 2012, Frank Lampard avait déjà passé ses plus belles années avec Chelsea. Inversement, il était trop tôt pour Steven Gerrard en 2005, avec le scénario de l’invraisemblable finale d’Istanbul que certains jurés purent considérer comme la défaite du Milan AC plus que pour la victoire du Liverpool FC, vingt ans après l’horreur du Heysel. Portant Manchester United sur ses épaules en 2010, Wayne Rooney avait su limiter la perte de Cristiano Ronaldo pour les Red Devils. Vice-champion d’Europe en 2011 avec MU, année où il fut classé 5e derrière le quatuor majeur de la Liga, l’ancien joueur d’Everton fut victime de plusieurs injustices en 2010, année où il vit Manchester United perdre son titre national contre Chelsea, puis subit une blessure avant la Coupe du Monde où l’Angleterre de Fabio Capello fut victime de terribles injustices arbitrales contre une solide équipe d’Allemagne.

La France sacrée avec Zinédine Zidane en 1998 ne profita pas assez du talent exceptionnel de l’enfant de Marseille. Le Phocéen aurait pu l’emporter en 2000 et 2006 sans deux cartons rouges avec la Juventus contre Hambourg et surtout avec la France contre l’Italie, car il avait dominé l’Euro 2000 à la Maradona puis ébloui la Coupe du Monde 2006 à la façon de Roberto Baggio en 1994 : premier tour anonyme avec un remplacement (contre la Norvège pour Baggio en 1994, contre le Togo pour Zidane en 2006), matches de génie entres huitièmes de finale et les demi-finales (doublé de Baggio contre le Nigeria, but décisif contre l’Espagne et doublé contre la Bulgarie en 1994, but de Zidane contre l’Espagne, passe décisive pour Henry contre le Brésil, pénalties contre le Portugal et l’Italie), queue de poisson en finale (tir au but manqué pour Baggio en 1994, carton rouge en prolongations pour Zidane en 2000). Ayant franchi deux fois le Rubicon, Zidane manqua l’occasion de rejoindre le club des doubles (Di Stefano, Beckenbauer, Keegan, Rummenigge, Ronaldo) voire triples Ballons d’Or (Cruyff, Platini). Dommage pour un joueur qui fut le meilleur du Real Madrid galactique, de loin le plus grand du club après Di Stefano et avant Cristiano Ronaldo (n’en déplaise aux Puskas, Kopa, Gento, Juanito, Santillana, Butragueno, Hugo Sanchez, Raul, Figo et autres Ronaldo), élu par l’UEFA meilleur joueur des cinquante dernières années.
Quant à Thierry Henry, lévrier de grande classe à Arsenal, il rata deux belles occasions en 2003 et 2006. Mais Nedved fut génial en 2003 avec la Juventus Turin, malgré son absence en finale de C1 à Old Trafford contre le Milan AC. La Coupe des Confédérations était un théâtre trop modeste pour Henry en 2003, sorte de victoire à la Pyrrhus qui confortait les arguments de ses détracteurs : génial, mais pas dans les contextes les plus difficiles. En 2006, battu par laDream Team barcelonaise de Rijkaard en finale européenne, le diamant de Wenger fut dans l’ombre de Zidane en Allemagne, malgré son but contre le Brésil de Kakà et Ronaldinho … En 2000, il était encore trop tôt pour le Gunnerdans l’ombre de Zidane en équipe de France, en 2009 trop tard dans l’ombre de Messi à Barcelone. C’est entre 2003 et 2005 qu’Henry manqua sa chance, dans ses plus belles années.

L’Italie a toujours eu de grands joueurs, et Fabio Cannavaro émerge avec son Ballon d’Or en 2006, réussi malgré le contexte explosif du Calciopoli ayant fait scandale sur la Juventus de l’ère Moggi. Toute la Botte jeta l’opprobre sur laVecchia Signora déchue des Scudetti 2005 et 2006, et Cannavaro profita du Mondial allemand pour être le troisième défenseur élu Ballon d’Or après Beckenbauer et Sammer, Graal que ni Giacinto Facchetti, ni Gaetano Scirea, ni Franco Baresi, ni Paolo Maldini n’avaient atteint en leur temps. La mort de Scirea en septembre 1989 lors d’un déplacement en Pologne pour superviser un adversaire européen de la Juventus avait créé un élan pour faire élire Baresi en 1989, finalement dauphin de son coéquipier milanais Van Basten. 2e en 1989, le génial libero lombard fut 6e en 1993, son héritier rossonero Paolo Maldini finissant 3e en 1994 et 2003. La Squadra Azzurra de 2006 avait atteint la quadrature du cercle sur le plan défensif, et le capitaine Cannavaro devança d’autres pierres angulaires du succès acquis outre Rhin, tels Buffon et Pirlo. Ce succès sentait le soufre, à l’inverse de celui de 1982 qui sacrait un paria devenu héros, Paolo Rossi, ou ceux de 1969 et 1993 qui avaient conduit à l’élection de purs orfèvres du ballon rond, des pourvoyeurs de caviars, des électrons libres et premiers violons, alchimiste du jeu de football : Gianni Rivera et Roberto Baggio, tout l’inverse du stakhanoviste Fabio Cannavaro, homme de l’ombre et joueur italien de devoir mais sans génie. En effet, depuis 1997, les joueurs italiens plus méritants que Cannavaro sont légion : Paolo Maldini tout d’abord (3e en 2003, 6een 2005), Gianluigi Buffon (2e en 2006), Andrea Pirlo (5e en 2007), Francesco Totti (5e en 2001), Christian Vieri, Alessandro Del Piero (4e en 1995 et 1996 avant de connaître une carrière à la Bergkamp, régulier mais trop peu médiatique), Alessandro Nesta, Filippo Inzaghi, Mario Balotelli l’enfant terrible …

Reste le cas de l’Afrique, sacrée avec le Libérien George Weah en 1995, couronne sans lendemain voire victoire à la Pyrrhus puisque ni l’Ivoirien Didier Drogba, ni le Ghanéen Michael Essien, ni Samuel Eto’o ni Yaya Touré n’ont atteint le podium que leur talent méritait, et de quelques autres pays dont les joyaux ont du se contenter d’accessits voire d’absences cruelles de la liste des nominés : la Suède d’Ibrahimovic (4e en 2013), l’Uruguay de Forlan et Suarez (5e et 6e en 2010), la Belgique d’Hazard et Courtois, la Croatie de Modric, la Serbie de Vidic, la Bulgarie de Berbatov, leTogo d’Adebayor, le Maroc de Benatia, la Colombie de Radamel Falcao et James Rodriguez, la Bosnie de Dzeko, leMonténégro de Jovetic.

Le futur du trophée appartient aux Belges Eden Hazard et Thibaut Courtois, à l’Espagnol Diego Costa, aux Brésiliens Neymar et Oscar, aux Allemands Manuel Neuer, Toni Kroos et Thomas Muller, aux Français Raphael Varane et Paul Pogba, aux Argentins Angel Di Maria et Kun Aguero, aux Anglais Luke Shaw, Daniel Sturridge et Raheem Sterling, à l’Italien Marco Verratti, aux Néerlandais Kevin Strootman et Daley Blind, au Colombien James Rodriguez, voire à l’Uruguayen Luis Suarez s’il cesse de jouer aux Al Capone des pelouses en se faisant justice comme les Italiens faisaient régner la terreur dans le Chicago de la prohibition …

Le présent, lui, appartient encore à Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, deux buteurs stratosphériques qui ont propulsé leur talent au pinacle et les records de buts, offrant des montagnes russes d’adrénalines aux publics de l’Europe entière, cannibalisant le trophée entre 2008 et 2014 pour un septennat hégémonique, avant que les deux titans ne tombent du Capitole à la Roche Tarpéienne, victimes du péché d’orgueil mais plus surement de l’inexorable érosion du temps, accompagnée de l’usure du pouvoir. Car pour leurs contemporains, l’effet underdog des outsiders a disparu, l’effet bandwagon marche à plein régime, et le boomerang parti de Zurich reviendra trop tard sur les rives de la Limmat, quand le Ballon d’Or sera devenu une imposture aux yeux du plus grand nombre, problème dont la FIFA se lave les mains à la façon de Ponce Pilate jadis sur le mont des Oliviers à Jérusalem. Avatar de Barabbas, Messi fut un voleur plus qu’un usurpateur en 2010, Wesley Sneijder étant sacrifié sur l’autel du marketing. Golgotha du Néerlandais, le Ballon d’Or fut aussi celui de Franck Ribéry en 2013. Proches du panthéon, finalement condamnés au purgatoire, Sneijder et Ribéry n’ont pas bu le nectar et l’ambroisie réservés aux immortels, aux dieux de l’Olympe, Cristiano Ronaldo et Messi … Les trois dernières élections sujettes à polémiques, celles de 2010, 2013 et 2014, marquent la défaite des trois pays ayant dominé le Ballon d’Or jusqu’en 1996, faisant cavalier seul en Europe : les Pays-Bas de Cruyff et Van Basten, la France de Platini ainsi que l’Allemagne de Beckenbauer et Matthaus.

  1. avatar
    17 février 2015 a 20 h 52 min
    Par thiam

    Oui ils ont remporté 10 des 18 dernières élections.mais à part Messi lequel d’eux est resté dans le haut niveau ??? Je.n’en vois pas
    et sachez que ça perdura si les critères d’élections ne sont pas changés

  2. avatar
    17 février 2015 a 22 h 20 min

    Magnifique.

    On relit le texte dans 5 ans et 10 ans pour voir si tu as correctement prédit les futurs lauréats du Ballon d’or.

    Ça devrait être le cas, sauf si un jeune génie éclôt dans un futur proche.

  3. avatar
    19 février 2015 a 20 h 17 min

    Salut Fabrice,

    Il faut rajouter deux joueurs du Real Madrid que j´ai oublie : Gareth Bale, Toni Kroos et pourquoi pas le jeune Norvegien Martin Odegaard

    @Thiam, tu peux reprocher a Ronaldinho et Kaká d´avoir flanche en effet mais tous les autres ont dure de belles annees apres leurs BO, Ronaldo, Rivaldo ou encore CR7

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