9 questions à se poser après cette coupe du monde
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9 questions à se poser après cette coupe du monde

A peine le rideau baissé, et déjà l'opinion a tranché, bien aidé par les médias. Cette coupe du monde, ça aura été l'élimination de l'Espagne et de l'Italie au premier tour, la reconquête du public pour l'équipe de France, la morsure de Suarez, la réussite des gardiens, l'humiliation du Brésil en 1/2 finale, le talent de James Rodriguez et Arjen Robben, la solidité de l'Argentine et bien évidemment le sacre collectif de l'Allemagne. Oui, mais il n'y avait pas que ça, histoire de ne rien oublier, petit retour à travers 9 questions sur la 20ème édition de la coupe du monde.

 John Boye a-t-il été le plus mauvais joueur de cette coupe du monde?

Si un joueur a marqué le premier tour de la coupe du monde par sa fébrilité et sa maladresse, c’est bien le défenseur ghanéen. Auteur de sorties incongrues et d’envolées aériennes kamikazes,  son chef-d’oeuvre restera un CSC absurde  contre le Portugal lors de la dernière journée du groupe G. Il faut dire qu’il avait commencé la compétition de la plus terrible des manières en restant statique devant la percée de Dempsey dès la 30ème seconde du match contre les USA  avant d’être victime d’un marquage plus que lâche sur John Brooks, buteur à la 86ème minute. Rajoutez à cela que le bonhomme aura réussi à faire saigner abondamment le nez de Clint Dempsey  et celui de Thomas Müller sur des duels aériens, et on tient là un prétendant sérieux au titre de soulier de plomb. Pour couronner le tout, il a été pris en photo en train d’embrasser sa prime  reçue par avion présidentiel avant le match contre le Portugal. Pas sûr que le joueur, dont le contrat n’a pas été reconduit par le stade rennais, retrouve rapidement une place dans un club de l’élite.

Le Mexique était-elle la véritable équipe-frisson de cette coupe du monde?

Il y avait les sceptiques qui insistaient sur le fait que le Mexique avait galérer durant toute la phase de qualifications et n’avait dû son salut qu’à un but des meilleurs ennemis américains à la dernière minute contre le Panama. Et puis il y avait les optimistes, qui défendait cette équipe talentueuse et régulière en coupe du monde (sixième 1/8ème de finale consécutif cette année). Au final, le Mexique aura encore atteint ce stade et n’aura surtout jamais été aussi proche du top 8, place qu’elle méritait au vu du niveau des autres équipes. On aura beaucoup parlé du Chili, solidaire et spectaculaire, mais parfois désorganisé et auteur seulement de deux matches pleins, contre l’Espagne et le Brésil. On aura aussi beaucoup félicité la Colombie, sortie sans encombres d’un groupe peu farouche, tombeur tout aussi facile d’une Uruguay démotivée mais coupable d’un manque d’intensité physique et de volonté contre le Brésil.

Ce Mexique aura joué avec ses moyens jusqu’au bout, emmené par l’entraîneur le plus fou du tournoi, Miguel Herrera. Un Ochoa en feu, une défense à 5 avec un Marquez qui semblait avoir 10 ans de moins et des latéraux généreux (Layun et Aguilar), un milieu porté par une des révélations de ce mondial, Hector Herrera, et une attaque talentueuse avec Peralta, Dos Santos et Chicharito en joker de luxe (4 des 5 buts mexicains marqués après ses entrées en jeu). Il s’en est fallu de 5 minutes et d’un penalty généreux pour les Pays-Bas pour que le Mexique ne s’offre un duel contre le Costa-Rica. Rendez-vous est pris en 2018, au moins pour les 1/8ème de finales avec la génération championne olympique en 2012, et peut-être quelques champions du monde U17 de 2011. (Je vous envoie pour plus d’informations vers cet excellent article de Shizao).

Etait-ce vraiment le mondial des gardiens?

Il est difficile de nier les performances énormes de M’Bolhi, Navas, Neuer, Howard, Ochoa, et ce n’est pas le but de cette question. Mais à force de se le répéter, on en viendrait à oublier que certains gardiens sont passés au travers. C’est ainsi le cas d’Akinfeev, ex-futur meilleur gardien du monde, bien connu des adeptes de Football Manager, auteur de LA bourde du mondial  contre la Corée du Sud, et pas beaucoup plus heureux sur l’égalisation algérienne alors que son équipe tenait la qualification. On pourrait aussi citer Charles Itandje, le gardien camerounais, qui comme sa sélection est totalement passé au travers avec 9 buts encaissé en 3 matches, ou encore Fatau Dauda, le gardien ghanéen, qui fait une offrande à Cristiano Ronaldo qui n’en demandait pas tant pour enfin réussir à trouver le chemin des filets dans cette coupe du monde. Casillas n’aura pas aidé sa défense lors des deux défaites de la Roja. Triste pour un gardien de cette classe. On peut citer aussi Pletikosa, le gardien croate, auteur de prestations très faibles, notamment lors du match d’ouverture.

Et si on posait la question autrement : était-ce le mondial des gardiens remplaçants? Du côté des Pays-Bas on a bien entendu vu l’entrée de Tim Krul contre le Costa-Rica à la 120ème minute, coup insensé de Van Gaal alors que ce gardien n’est en rien un spécialiste des pénaltys, contrairement à Michel Vorm, 3ème gardien hollandais, qui aura lui connu ces 2 minutes de gloire contre le Brésil. Van Gaal a ainsi fait entré ses 23 garçons lors de la coupe du monde. Mais le grand changement de gardien de cette coupe du monde aura été celui de Mondragon, 42 ans, entré à la place d’Ospina contre le Japon et ainsi nouveau détenteur du record du joueur le plus âgé en coupe du monde. Enfin, Romero, le gardien remplaçant de l’AS Monaco aura été auteur d’une coupe du monde exemplaire, à l’image de son équipe.

Benzema aurait-il pu finir soulier d’or?

Oui, il aurait même pu repartir avec le trophée dès la fin du match contre la Suisse, car l’histoire lui aurait donné raison. Depuis la coupe du monde 1978, le total du meilleur buteur n’a jamais dépassé 6 buts, mis à part Ronaldo en 2002, auteur de 8 buts. Mieux, en 2006 et 2010, Miroslav Klose et Thomas Müller n’avaient marqué ‘que’ 5 buts. Or Benzema, auteur officiellement de 3 buts, aurait pu voir son total multiplié par deux. Une balle sur le poteau contre le Honduras qui rebondit sur le gardien Valladares et rentre dans le but + un penalty raté contre la Suisse + un but magnifique marqué moins de deux secondes après le coup de sifflet final contre la Suisse alors que la France menait une attaque concrète à 30m des buts de Benaglio. 6 buts après 2 matches de coupe du monde, 2 triplés consécutifs, on tenait sûrement des records. Même si on aurait juste préféré que Benzema n’en marque qu’un en plus de ces trois premiers buts à la dernière minute du match contre l’Allemagne.

Le spray fut-il une réussite?

Oui, sans aucun doute. La petite bombe magique utilisée par les arbitres pour marquer l’emplacement du ballon sur les coups-francs et surtout empêcher les joueurs d’avancer dans les murs aura prouvée son efficacité. Les murs sont restés à leurs places, et nous n’avons plus vu cette démarche agaçante des joueurs qui grappillent un voire deux mètres. Le succès est tel que l’on pourrait revoir cette mousse sur les terrains de ligue 1 et de ligue 2, en plus que sur ceux de coupe d’Europe. Bien sûr, cela reste une avancée minime, et l’on aimerait voir la FIFA avancer plus vite sur des dossiers plus importants liés au jeu.

Pour revenir sur le spray, deux petites anecdotes à noter quand même : premièrement, les chaussures repeintes de Bruno Martins Indi, qui n’en demande pas autant pour faire les gros yeux; deuxièmement, les colères répétées de Stefan Lichtsteiner envers le corps arbitral et un joueur équatorien qui avait tendance à positionner le ballon en dehors du demi-cercle tracé par l’arbitre. Excédé, le défenseur suisse a donc avancé d’un mètre devant la ligne de mousse. A surveiller du côté du corps arbitral. Tout comme les joueurs qui ont la fâcheuse tendance à placer le ballon en dehors de l’arc de cercle au poteau de corner quand ils tirent du côté opposé à l’arbitre assistant, où les touches jouées à 10 mètres du lieu où est sortie la balle. J’en profite aussi pour dire que si la combinaison allemande  était ridicule, inefficace et vouée à l’échec, celle de la Colombie sur corner était tout à fait valable et intelligente et aurait permis de voir des actions moins stéréotypées, plus dynamiques et déstabilisantes si les arbitres avaient laissées jouer… Enfin, le prix de la plus belle combinaison sur coup-franc revient aux USA , contre la Belgique (visible à 1:36). 

L’Afrique a-t-elle ratée sa coupe du monde?

On connaît la musique, tout les 4 ans les sélections africaines sont regardées de manière condescendante. On espère qu’elles réussissent, on s’entiche d’une sélection, on vante la qualité de ses joueurs sous-côtés, et puis quand il arrive qu’elles se ratent, on dit qu’on le savait, que c’est toujours comme ça et que rien ne changera. Bien sur, il y a eu le Cameroun, au niveau et au comportement indigne de cette coupe du monde. Il y avait un groupe difficile, c’est vrai, avec le pays organisateur et favori, et deux équipes expérimentées et difficilement manœuvrables, il y a eu la blessure d’Eto’o aussi, mais ces excuses n’expliquent pas un fiasco prévisible dès l’histoire du faux-départ au Brésil. Il y a eu le Ghana, minés aussi par des problèmes internes et par une histoire de primes peu reluisante. Les Black stars, qui aurait dû être la première équipe africaine demi-finaliste en 2010, eurent le malheur de tomber dans le groupe le plus relevé de ce tournoi, et n’auront briller que par intermittences contre les Etats-Unis et le Portugal, et lors d’un match sublime face à l’Allemagne.

La Côte d’Ivoire a déçu pour d’autres raisons car cette équipe, contrairement aux deux premières, avait un groupe (enfin) à sa portée hormis la tête de série colombienne. Il s’en est fallu d’une minute contre la Grèce et d’un pied de Giovanni Sio pour atteindre enfin le stade des 1/8èmes de finale. Oui, mais, cela ne doit pas cacher un jeu trop pauvre et mécanique, un manque de cohésion, de grosses carences défensives et surtout de grosses différences de niveau entre des talents comme Gervinho, Yaya Touré ou Serge Aurier et des joueurs beaucoup trop limités. Enfin, il y a eu le Nigeria et l’Algérie, deux équipes solides et disciplinées. La première a atteint les 1/8èmes après une victoire litigieuse contre la Bosnie et suite aux exploits d’Enyeama. Elle a toutefois livrer un match généreux face à l’Argentine et aura su faire douter la France avant de sombrer physiquement dans les 20 dernières minutes. La seconde aura été l’une des surprises de ce mondial, après un début timide face à la Belgique elle aura fait preuve de discpline, d’allant et de volonté qui en a fait l’une des équipes les plus plaisantes à suivre. Quel bilan peut-on tirer pour l’Afrique? Positif ou négatif? Beaucoup vous diront négatif, or pour la première fois de l’histoire, deux équipes issues du continent africain ont atteint les 1/8èmes de finale. Il aurait été intéressant d’entendre cela avec plus d’insistance dans les médias, plutôt que de toujours nous tancer avec cette hypothétique place de demi-finaliste.

Il y a-t-il eu un miracle américain ?

On se souviendra de la partie héroïque de Tim Howard contre la Belgique, nouveau détenteur du record du nombre d’arrêts dans un match de la coupe du monde. On se souviendra, toujours dans le même match, de la réduction du score dans les prolongations, et de la possibilité folle d’un retour de 0-2 à 2-2. On se souviendra de ce but du capitaine Clint Dempsey dès la 32ème seconde contre le Ghana après une prise de balle magnifique. On se souviendra de ce maillot bleu-blanc-rouge, le plus beau de cette coupe du monde. On se souviendra de ce but de Jermaine Jones contre le Portugal et d’un des meilleurs publics de cette coupe du monde. Mais le vrai miracle américain n’est pas pour tout de suite, il faudra attendre encore 4 ans. La coupe du monde a rencontré un véritable succès aux Etats-Unis et la MLS est en train de devenir un championnat de plus en plus crédible et intéressant, la sélection ne pourra donc que progresser.

Il y en a quand même eu un, de miracle, pour les Etats-Unis dans cette coupe du monde. On l’avait entrevu lors de Portugal-USA, il a vraiment eu lieu à la 32ème minute contre la Belgique, ce fut l’entrée en jeu de DeAndre Yedlin. Même pas 21 ans, latéral droit des Seattle Sounders, une boule d’énergie, explosif, endurant et habile balle au pied, il aura fait souffrir Hazard et Vertonghen sur son côté. Même pas 50 matches de MLS et déjà All-Stars, il devrait vite grimper les échelons et débarquer en Europe. Il faudra aussi se souvenir de Julian Green, 19 ans, joueur du Bayern Munich, buteur sur son premier ballon contre la Belgique. Les Etats-Unis vont peut-être enfin changer de dimension sur la planète football.

Les éliminations de l’Espagne et de l’Italie ont-elles ouvert la voie trop facilement à l’Allemagne?

Le constat est simple voire simpliste : en 2006, l’Italie élimine l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du monde, en 2008, l’Espagne bat l’Allemagne en finale de l’Euro, en 2010, l’Espagne bat l’Allemagne en demi-finale de la Coupe du monde, en 2012, l’Italie bat l’Allemagne en demi-finale de la coupe du monde. En 2014, ces deux bourreaux sont éliminés au premier tour de la coupe du monde et l’Allemagne n’a plus qu’à faire cavalier seul jusqu’à la couronne promise, son ennemi principal devenant alors elle-même au vu de sa supériorité sur les autres équipes. Il ne faut enlever aucun mérite à cette équipe d’Allemagne, elle a su construire son titre, elle a même dû changer son système en milieu de parcours et a connu des matches compliquées, sans toutefois n’avoir jamais été mise dos au mur.

Bien entendu, les Allemands n’y sont pour rien dans l’élimination de l’Espagne et de l’Italie qui sont méritées toutes les deux sur l’ensemble des 3 matches du premier tour. Oui, mais, cette victoire laisse un petit goût d’inachevée, comme si on n’avait pas tout à fait vu le tournoi que l’on attendait. On attendait quoi au juste? Des oppositions de style, une explication entre patrons. On voulait pouvoir dire de manière définitive que l’équipe qui allait au bout était la meilleure du monde. Au final, il faut être un peu de mauvaise foi et/ou être allemand pour dire que l’Allemagne domine le football mondial. Comme il faudrait l’être pour dire dans une semaine, si Nibali remporte le tour de France, que celui-ci est le meilleur cycliste au monde. L’Euro 2016 pourra nous offrir un combat magnifique, en espérant que cette fois-ci tout le monde soit prêt dès le premier match.

Et Joel Campbell, c’est du poulet?

Ils sont bien beaux les noms sur la liste des nommés pour le titre de meilleur joueur de la coupe du monde : 4 allemands (Hummels, Kroos, Lahm, Müller), 3 argentins (Di Maria, Messi, Mascherano), 1 brésilien (Neymar), 1 hollandais (Robben) et 1 colombien (James Rodriguez). 5 nationalités, 5 clubs, 3 championnats. Certes, il y a du beau monde, mais c’est du déjà-vu et de l’attendu, comme la liste pour le ballon d’or.  Alors oui, une fois de plus, c’est mérité, quoi que si Hummels a fait un énorme quart contre la France, il n’a pas été meilleur que Ron Vlaar ou Garay sur toute la compétition. Neymar a fait du Neymar, Robben a fait du Robben, Messi a fait du Messi, tout les trois avec une efficacité limitée une fois le premier tour passé. On encourage le talent c’est bien, mais on encourage toujours les mêmes, déjà habitué au tableau d’honneur. Ne revenons pas sur le débat des gardiens marginalisés et du grand foutoir de comparer ensuite le boulot et le rendement d’un Mascherano ou d’un Lahm à celui d’un Robben ou d’un Müller.

Un joueur aura marqué le tournoi par son talent et son abnégation, il s’agit du costaricien Joel Campbell. Connu des observateurs avertis de la Ligue 1 depuis son passage à Lorient en 2011-2012, le joueur appartenant à Arsenal a, à l’image de son équipe, su créer la surprise et faire preuve d’une combativité énormissime. Intelligent dans la conservation du ballon, doté d’une grande finesse technique et sachant faire jouer ses coéquipiers, il a été l’un des artisans d’un des exploits de cette coupe du monde : le Costa-Rica premier du groupe D, composé de l’Italie, l’Uruguay et l’Angleterre. Cela sans perdre un match et en encaissant un seul but sur penalty. Il faut resituer l’exploit, c’est un peu comme si Rosenborg sort premier d’un groupe de ligue des champions composé de la Juventus, de Manchester United et de l’Atletico Madrid. Keylor Navas était nommé pour le titre du meilleur gardien, ce qui n’était que justice, mais la performance du Costa-Rica, notamment au premier tour, n’est pas dû qu’au talent énorme de son gardien. La présence de Joel Campbell dans la liste aurait permis de démontrer que la FIFA n’oublie pas les ‘petites’ équipes, les joueurs méconnus qui sont une majorité à participer à la coupe du monde et qui, malgré leurs efforts pour tenir tête aux grosses équipes et être digne de cette compétition si spéciale et exigeante, sont souvent les grandes oubliées des bilans finaux.

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