Les voitures mythiques de la Formule 1
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Les voitures mythiques de la Formule 1

Certaines monoplaces de F1 ont laissé une trace indélébile de par leur avance sur la concurrence ou leur degré d’innovation. Retour sur ces bolides à part dans l’Histoire de la discipline phare du sport automobile.

Alfa Romeo Alfetta 158-159 (1950-1951)

-  Pilotes : Juan Manuel Fangio (6 victoires), Nino Farina (4 victoires)

-  Ingénieurs : Gioacchino Colombo

-  Palmarès : championnats du monde pilotes (1950 et 1951), 10 victoires (Grande-Bretagne, Monaco, Suisse, Belgique, France, Italie en 1950, Suisse, Belgique, France, Espagne en 1951), 10 pole positions, 13 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Nino Farina à Silverstone (GP de Grande-Bretagne 1950)

-  Dernière Victoire : Juan Manuel Fangio à Pedralbes (GP d’Espagne 1951)

L’origine de l’Alfetta est la lutte de la Scuderia Ferrari contre les flèches d’argent de Mercedes à la fin des années 30. En 1937 à Modène, l’Alfetta 158 voit le jour sous l’impulsion de Gioacchino Colombo. Cette voiture était le prolongement de l’Alfa Romeo P3 qui avait triomphé en 1935 dans l’Eifel avec Tazio Nuvolari, le pilote mantouan gagnant au Nürburgring au nez et à la barbe de l’invincible armada germanique des Mercedes et Auto Union. En 1950, c’est Nino Farina qui ouvre le palmarès du Mondial, avec un titre de champion du monde gagné de haute lutte face à son coéquipier Juan Manuel Fangio, qui lui succède dans le gotha en 1951. Mais déjà, Alberto Ascari et la Scuderia Ferrari prennent date pour 1952, s’inclinant de peu à Pedralbes, dans le nord de Barcelone, pour l’épilogue du championnat du monde 1951.

 

Ferrari 500 (1952-1953)

-  Pilotes : Alberto Ascari (12 victoires), Nino Farina (1 victoire), Piero Taruffi (1 victoire)

-  Ingénieurs : Carlo Chiti

-  Palmarès : championnats du monde pilotes (1952 et 1953), 14 victoires (Suisse, Belgique, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Italie en 1952, Argentine, Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique en 1953), 14 pole positions, 13 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Piero Taruffi à Bremgarten (GP de Suisse 1952)

-  Dernière Victoire : Alberto Ascari à Spa Francorchamps (GP de Belgique 1953)

Si l’on excepte l’Indy 500, chasse gardée des pilotes américains, Ferrari n’a mordu la poussière qu’une seule fois en 1952 et 1953, dans son fief italien de Monza en septembre 1953 par la faute du maestro Juan Manuel Fangio, qui défendait les couleurs de Maserati. Ironie du destin, c’est à Monza, en septembre 1952, que Juan Manuel Fangio, alors champion du monde en titre, avait eu un terrible accident au retour d’une course gagnée en Irlande. Après un vol entre Belfast et Paris, le pilote argentin avait pris la route jusqu’en Lombardie, son ami Louis Rosier l’ayant relayé jusqu’à Lyon. Passé par le col du Mont-Cenis sous une météo apocalyptique, Fangio n’avait pas fermé l’œil de la nuit. Ses réflexes amoindris, il quitta la piste au deuxième tour, laissant le champ libre à un monopole rouge en F1, celui d’Alberto Ascari et Ferrari, qui donnera des idées à un petit garçon de douze ans qui deviendrait citoyen américain en 1964 puis champion du monde de F1 en 1978 : Mario Andretti. Mais malgré tous ses titres de gloire, Alberto Ascari ne dépassera jamais l’illustre Tazio Nuvolari, alias Nivola, dans la mémoire collective du sport automobile italien.

 

Mercedes W196 (1954-1955)

-  Pilotes : Juan Manuel Fangio (8 victoires), Stirling Moss (1 victoire), Karl Kling

-  Ingénieurs : Rudolf Uhlenhaut

-  Palmarès : championnats du monde pilotes (1954 et 1955), 9 victoires (France, Allemagne, Suisse, Italie en 1954, Argentine, Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Belgique en 1955), 14 pole positions, 13 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Juan Manuel Fangio à Reims-Gueux (GP de France 1954)

-  Dernière Victoire : Juan Manuel Fangio à Monza (GP d’Italie 1955)

Vingt ans après avoir poncé l’aluminium de ses Mercedes blanches devenues les flèches d’argent, Alfred Neubauer revient sur le devant de la scène. Sa figure de proue n’est plus l’exceptionnel Rudi Caracciola mais Juan Manuel Fangio. Ce dernier, malgré un coéquipier de grand talent nommé Stirling Moss en 1955, fera cavalier seul en 1954 et 1955, l’épopée de la firme de Stuttgart étant stoppée net par le drame des 24 Heures du Mans. L’étoile se retirera pendant plus de trois décennies, avant un retour avec Sauber en 1989 dans la Sarthe. Car BMW (1983) et Porsche (1984, 1985, 1986), respectivement avec Brabham et McLaren, avaient mis à profit l’ère des turbos pour coiffer la prestigieuse couronne des pilotes en F1. En 1993, Mercedes revient sous le nom Ilmor avec Sauber. Puis en 1995 sous son nom propre avec McLaren, avant de phagocyter en 2010 l’écurie Brawn née en 2009 sur les restes du team Honda.

 

Lancia D50

-  Pilotes : Juan Manuel Fangio (3 victoires) et Peter Collins (2 victoires) pour la Scuderia Ferrari, Alberto Ascari pour Lancia

-  Ingénieurs : Vittorio Jano

-  Palmarès : championnat du monde pilotes (1956), 5 victoires (Argentine, Belgique, France, Grande-Bretagne, Allemagne en 1956), 8 pole positions, 6 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Juan Manuel Fangio à Buenos Aires (GP d’Argentine 1956)

-  Dernière Victoire : Juan Manuel Fangio au Nürburgring (GP d’Allemagne 1956)

Maudite pour Ascari qui trouva la mort à Monza au printemps 1955, cette D50 fabriquée par Lancia fut réutilisée par Ferrari en 1956, et offrit à l’Argentin Juan Manuel Fangio son quatrième titre mondial. Mais l’enfant de Balcarce vivait dans un appartement de Milan, loin de Modène où Enzo Ferrari, très paternel, souhaitait voir loger tous ses pilotes … Entre les deux F les plus célèbres du sport automobile du XXe siècle, le courant ne passa pas vraiment en 1956, et Fangio trouva refuge chez Maserati en 1957, la marque au trident étant l’ennemi juré du cheval cabré.

 

Maserati 250 F

-  Pilotes : Juan Manuel Fangio (6 victoires), Stirling Moss (2 victoires)

-  Ingénieurs : Gioacchino Colombo

-  Palmarès : championnat du monde pilotes (1957), 8 victoires (Argentine et Belgique en 1954, Monaco et Italie en 1956, Argentine Monaco, France, Allemagne en 1957), 14 pole positions, 13 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Juan Manuel Fangio à Buenos Aires (GP d’Argentine 1954)

-  Dernière Victoire : Juan Manuel Fangio au Nürburgring (GP d’Allemagne 1957)

Ce bolide de la marque au trident n’était pas la meilleure voiture de course de son époque, mais un Fangio de gala lui offrit la couronne mondiale en 1957, après un Grand Prix homérique sur le majestueux juge de paix du Nürburgring. Le 4 août 1957, dans l’Eifel, le maestro argentin signa la plus grande performance de sa carrière, et même l’une des plus belles courses de tous les temps parmi l’élite des pilotes. Le montage financier était complexe en 1957 autour des frères Orsi.  Omer Orsi, le patron de la marque au trident, avait longtemps financé son écurie via un montage avec le gouvernement argentin. Maserati envoyait des machines-outils en Argentine, l’Italie recevait du blé en paiement, et rémunérait Orsi. En 1957, les machines sont parties, mais le blé n’est jamais arrivé.

 

Cooper T51

-  Pilotes : Jack Brabham (2 victoires), Stirling Moss (2 victoires) et Bruce McLaren (1 victoire)

-  Ingénieurs : Owen Maddock

-  Palmarès : championnat du monde pilotes (1959) et constructeurs (1959), 5 victoires (Monaco, Grande-Bretagne, Portugal, Italie, Etats-Unis 1959), 6 pole positions, 6 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Jack Brabham à Monaco (GP de Monaco 1959)

-  Dernière Victoire : Bruce McLaren à Sebring (GP des Etats-Unis 1959)

La Cooper T51 a révolutionné la course automobile avec le principe du moteur arrière qui deviendra le standard à partir de 1959. Dans le cockpit de cette F1 miraculeuse, le pilote australien Jack Brabham gagne deux championnats du monde consécutifs en 1959 et 1960 chez les pilotes, prouesse qui ne sera pas renouvelée avant 1985 et 1986 par le Français Alain Prost. Stirling Moss, lui, restait encore le champion sans couronne, titre qu’il gardera pour la postérité.

 

Lotus 25 (1962-1965)

-  Pilotes : Jim Clark (14 victoires), Nino Farina (1 victoire), Piero Taruffi (1 victoire)

-  Ingénieurs : Colin Chapman

-  Palmarès : championnats du monde pilotes (1963 et 1965) et constructeurs (1963 et 1965), 14 victoires (Belgique, Grande-Bretagne, Etats-Unis en 1962, Belgique, Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Italie, Mexique, Afrique du Sud en 1963, Pays-Bas, Belgique, Grande-Bretagne en 1964, France en 1965), 14 pole positions, 18 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Jim Clark à Spa Francorchamps (GP de Belgique 1962)

-  Dernière Victoire : Jim Clark à Charade (GP de France 1965)

C’est le 1er janvier 1952 que Colin Anthony Bruce Chapman fonde Lotus, marque qui deviendra mythique au-delà de la seule sphère de la Formule 1, avec notamment la célèbre Lotus Esprit utilisée par James Bond 007 (alias Roger Moore) en 1977 dans l’Espion qui m’aimait, en Sardaigne. Chapman, lui, était un excellent pilote, à tel point qu’en 1956, Stirling Moss indique à Tony Vanderwell, propriétaire de l’écurie Vanwall, de choisir son pilote entre Colin Chapman et le comte Wolfgang Von Trips, le meilleur pilote allemand (avec Stefan Bellof) ayant précédé Michael Schumacher en F1. C’est dire le niveau de Chapman, qui devient ingénieur et directeur sportif de Lotus. C’est par une osmose jamais égalée par la suite avec Jim Clark que Lotus construit ses succès. La Lotus 25 est la première grande réussite de Colin Chapman, avec le premier châssis monocoque de l’Histoire de la F1, en aluminium.

 

Lotus 49 (1967-1970)

-  Pilotes : Jim Clark (5 victoires), Graham Hill (4 victoires), Jo Siffert (1 victoire), Jochen Rindt (2 victoires)

-  Ingénieurs : Colin Chapman, Keith Duckworth, Mike Costin

-  Palmarès : championnats du monde pilotes (1968) et constructeurs (1968), 42 courses, 12 victoires (Pays-Bas, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Mexique en 1967,  Afrique du Sud, Espagne, Monaco, Grande-Bretagne, Mexique en 1968, Monaco, Etats-Unis Ouest en 1969, Monaco en 1970), 19 pole positions, 13 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Jim Clark à Zandvoort (GP des Pays-Bas 1967)

-  Dernière Victoire : Jochen Rindt à Monaco (GP de Monaco 1970)

La Lotus 49 est celle de bien des premières : premier sponsor (Gold Leaf), l’équipe de Chapman délaissant le célèbre british racing green pour une livrée rouge aux couleurs du manufacturier de tabac, démarche qui provoque ce commentaire d’Enzo Ferrari : Mes voitures ne fument pas : façon pour le Commendatore de se démarquer une fois de plus de ces artisans britanniques, qu’il surnomme avec dédain les garagistes … Mais le vœu du pape de Maranello fera pschitt, tel un feu de paille, et Ferrari sera sponsorisée par Marlboro dès la fin des années 80. Mais la Lotus 49 est aussi celle qui ouvre le bal du moteur Cosworth financé par Detroit, Ford voulant tailler Ferrari en pièces après leur rapprochement raté en 1963 … Cosworth, acronyme de Mike Costin et Keith Duckworth, deux brillants ingénieurs motoristes, Duckworth étant diplômé de l’Imperial College et passé par la Royal Air Force. Le DFV (Double Four Valves), V8 mythique, va emporter plus d’une centaine de courses en F1 avant la suprématie des turbos. Toutes les écuries britanniques profitent de ce moteur génial pour rivaliser avec Ferrari : Lotus d’abord, mais aussi McLaren, Tyrrell, Brabham ou encore Williams. C’est Jim Clark qui signe l’entrée en scène de Cosworth en 1967 à Zandvoort, près des dunes de la mer du Nord … Ironie du destin, l’ultime victoire du DFV intervient en 1983 à Detroit, fief de Ford, avec Michele Alboreto et Tyrrell.

 

Lotus 72 (1970-1975)

-  Pilotes : Emerson Fittipaldi (9 victoires), Jochen Rindt (4 victoires), Ronnie Peterson (7 victoires)

-  Ingénieurs : Colin Chapman, Maurice Philippe

-  Palmarès : 2 championnats du monde pilotes (1970 et 1972), 3 championnats du monde constructeurs (1970, 1972 et 1973), 20 victoires (Pays-Bas, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Etats-Unis en 1970, Espagne, Belgique, Grande-Bretagne, Autriche, Italie en 1972, Argentine, Brésil, Espagne, France, Autriche, Italie, Etats-Unis en 1973, Monaco, France, Italie en 1974), 17 pole positions, 9 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Jochen Rindt à Zandvoort (GP des Pays-Bas 1970)

-  Dernière Victoire : Ronnie Peterson à Monza (GP d’Italie 1974)

Biographe de Colin Chapman, Gérard « Jabby » Crombac racontait que ce dernier, en compagnie de Maurice Philippe, avait énoncé, au milieu de la saison 1969, un cahier de charges de cinq points pour la Lotus 72 : forme en coin pour une meilleure aérodynamique, répartition des masses recentrée sur l’arrière pour une meilleure motricité, freins in-board, aileron arrière multi-fentes pour un compromis idéal appui / / traînée, suspension à flexibilité variable … C’est malheureusement dans le cockpit de la Lotus 72 que Jochen Rindt se tue en septembre 1970 à Monza, l’Autrichien décrochant ensuite la couronne mondiale à titre posthume. Emerson Fittipaldi est champion du monde en 1972, année où Lotus inaugure la superbe livrée noire et or John Player Special, sponsor qui suivra l’écurie de Chapman jusqu’en 1986, avant que Camel ne débarque en 1987. Quant à Ronnie Peterson, le virtuose pilote suédois a écrit les plus belles pages de fantastique carrière en 1973 et 1974 avec cette machine diaboliquement rapide, mais trop fragile, comme toutes les créations de Chapman. Cette fragilité que Jochen Rindt avait reprochée en 1970 à Colin Chapman avant d’être fauché en pleine gloire à Monza. Chapman, lui, envisageait la monoplace de F1 idéale comme celle qui se désintégrerait juste après la ligne d’arrivée, dans les premiers mètres du tour d’honneur, une fois le drapeau à damiers reçu par le vainqueur du Grand Prix …

 

Ferrari 312T (1975)

-  Pilotes : Niki Lauda (7 victoires), Clay Regazzoni (2 victoires)

-  Ingénieurs : Mauro Forghieri

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (1975), 9 victoires (Argentine,  Afrique du Sud, Belgique, Espagne, France, Allemagne, Autriche, Pays-Bas en 1975, Brésil, Afrique du Sud et Etats-Unis Ouest en 1976), 10 pole positions, 6 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Niki Lauda à Monaco (GP de Monaco 1975)

-  Dernière Victoire : Clay Regazzoni à Long Beach (GP des Etats-Unis Ouest 1976)

Le T de 312 T ne vient pas de « Turbo » (introduit en 1977 seulement par Renault) mais de « Transversal », épithète lié à la boîte de vitesses imaginée par Mauro Forghieri, génial ingénieur promu au sein de la Scuderia en novembre 1961 par Enzo Ferrari après le fameux épisode du putsch des lieutenants du Commendatore. Cette boîte transversale est installée entre moteur et différentiel, de façon à recentrer les masses. Face à cette nouvelle Scuderia, Lotus et Tyrrell vont tomber du Capitole à la Roche Tarpéienne, seule McLaren pouvant tenir la dragée haute au Cavallino Rampante. Portée par son catalyseur viennois Niki Lauda, l’écurie italienne revient au premier plan en 1975 après une prometteuse saison 1974. Décidée en 1963 par Henry Ford II après le veto d’Enzo Ferrari au rapprochement avec le constructeur de Detroit, l’étouffement de Ferrari par le nombre via le moteur Cosworth (fourni à toutes les écuries anglaises concurrentes de la Scuderia) avait fait long feu, grâce aux trouvailles géniales de Forghieri, lieutenant promu général après l’épisode de la Toussaint 1961. Mais aussi grâce à l’abandon du programme endurance fin 1973, Maranello délaissant les 24 Heures du Mans à partir de 1974, alors que le double tour d’horloge avait fait la gloire du Commendatore entre 1960 et 1965 (six victoires de rang dans la Sarthe).

 

Tyrrell Cosworth P34 (1976-1977)

-  Pilotes : Jody Scheckter (1 victoire), Patrick Depailler, Ronnie Peterson

-  Ingénieurs : Derek Gardner

-  Palmarès : 1 victoire (Suède 1976), 1 pole position

-  Première et Dernière Victoire : Jody Scheckter à Anderstorp (GP de Suède 1976)

Même si elle n’a pas rencontré le succès escompté, la Tyrrell P34 reste une voiture mythique de la F1 avec son concept révolutionnaire des six roues, rendu victorieux par Jody Scheckter en Suède en 1976. Certes, Ken Tyrrell et son écurie avaient leur passé glorieux derrière eux (l’ère Jackie Stewart), mais cette victoire à Anderstorp reste inoubliable pour ceux qui ont pour âge d’or la féconde période des années 70, celles où les ingénieurs pouvaient exploiter le règlement plus qu’actuellement où les ordinateurs imposent leur loi d’airain.

 

Lotus Cosworth 79 (1978)

-  Pilotes : Mario Andretti (5 victoires), Ronnie Peterson (1 victoire) et Jean-Pierre Jarier

-  Ingénieurs : Colin Chapman

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (1978), 6 victoires (Belgique, Espagne, France, Allemagne, Autriche, Pays-Bas), 10 pole positions, 5 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Mario Andretti à Zolder (GP de Belgique 1978)

-  Dernière Victoire : Mario Andretti à Zandvoort (GP des Pays-Bas 1978)

Après que Rubens Barrichello ait conduit la Lotus 79 au Festival of Speed de Goodwood en 2000, il fut surpris de voir qu’il avait les mêmes sensations dans la 79 que dans une Formule 1 moderne. C’est en effet la Lotus 79 qui fut la pionnière en F1 pour le fameux effet de sol, effet aérodynamique importé de l’aviation, Colin Chapman inversant l’aile d’un avion pour plaquer la voiture au sol, l’air circulant en sens inverse d’un avion voulant gagner en altitude. La légende veut que le génial ingénieur ait eu cette idée lors de vacances sur l’île espagnole d’Ibiza ! Chapman imagine ensuite tout un système pour canaliser l’air, avec des jupes coulissantes : la wing car est née, et Mario Andretti sera sacré champion du monde en 1978 avec la formidable Lotus 79, surnommé la flèche noire. Seule ombre au tableau, mais indélébile, la mort de Ronnie Peterson (non imputable à la voiture cependant) en septembre 1978 après un accident à Monza.

 

Brabham Alfa Romeo BT46B (1978)

-  Pilotes : Niki Lauda (1 victoire), John Watson

-  Ingénieurs : Gordon Murray

-  Palmarès : 1 victoire (Suède 1978)

-  Première et Dernière Victoire : Niki Lauda à Anderstorp (GP de Suède 1978)

Variante de la BT46, la BT46 B surpasse la Lotus 79 avec un aspirateur imaginé par Gordon Murray. Avec un tel système, même la flèche noire d’Andretti et Peterson doit s’incliner en Suède, Niki Lauda gagnant à Anderstorp de façon implacable avant que la FISA ne vienne mettre son veto. Mort-née, la BT46 B reste cependant dans la légende de la Formule 1.

 

Brabham Cosworth BT49 (1979-1982)

-  Pilotes : Nelson Piquet (7 victoires), Hector Rebaque

-  Ingénieurs : Gordon Murray

-  Palmarès : 38 courses (Canada 1979 – Canada 1982),7 victoires (Etats-Unis Ouest, Pays-Bas, Italie 1980, Argentine, Saint-Marin, Allemagne 1981, Monaco 1982)

-  Première Victoire : Nelson Piquet à Long Beach (GP des Etats-Unis Ouest 1980)

-  Dernière Victoire : Riccardo Patrese à Monaco (GP de Monaco 1982)

La BT49C tire la quintessence du règlement 1981 par l’imagination virtuose de Gordon Murray. Comme le dit son contemporain Colin Chapman, les règles sont faites pour l’interprétation des sages et l’obéissance des fous(« Rules are made for the interpretation of wise men and the obedience of fools ») … Le règlement technique de la saison 1981 stipule que la garde au sol de la voiture doit être de 6 centimètres quand on la mesure. Oui, quand on la mesure, donc à l’arrêt et non pas quand le bolide est lancé à plus de 200 km/h dans les courbes de Silverstone, Monza, Jacarepagua, Kyalami ou encore Spa Francorchamps ! Gordon Murray imagine donc un système de vérins et doubles amortisseurs pour que la BT49 s’aplatisse sur le sol en mouvement, mais que les 6 centimètres légaux soient respectés à l’arrêt ! Contournant le règlement, ce système ingénieux ne sera pas interdit, et Nelson Piquet devient champion du monde fin 1981 à Las Vegas, aux dépens de Carlos Reutemann qui craque nerveusement sous la pression du money time …

 

McLaren TAG Porsche MP4/2 (1984)

-  Pilotes : Niki Lauda (5 victoires) et Alain Prost (7 victoires)

-  Ingénieurs : John Barnard

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (1984), 16 courses (Brésil – Portugal 1984), 12 victoires (Brésil,  Afrique du Sud, Saint-Marin, France, Monaco, Grande-Bretagne, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Europe, Portugal), 3 pole positions, 8 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Alain Prost à Jacarepagua à Rio de Janeiro (GP du Brésil 1984)

-  Dernière Victoire : Alain Prost à Estoril (GP du Portugal 1984)

L’idée des coques en kevlar ne vient pas de John Barnard mais de Colin Chapman … Mais Barnard apporte à Ron Dennis le carnet d’adresses pour faire fabriquer ce type de coques aux Etats-Unis. C‘est la firme Hercules, travaillant pour l’aéronautique et l’espace, qui fournit dès 1981 sur la MP4/1 les premières coques toute carbone, loin des vieux châssis en aluminium. 1984 va tourner à la démonstration de forces des bolides de Woking. Dix ans après le début du partenariat entre McLaren et Marlboro, l’équipe anglaise lamine la concurrence, forte de deux pilotes d’une dimension supérieure, Niki Lauda et Alain Prost. Malgré une jachère en Amérique du Nord (trois défaites à Montréal, Detroit et Dallas), le Viennois et le Français sont rapidement en duel pour le titre mondial, dans un splendide isolement qui met en relief l’implacable hégémonie des troupes de Ron Dennis. C’est à Estoril, par un nouveau doublé (bien que l’Autrichien Lauda soit parti 11e sur la grille) que Woking met un point final à cette partition sans fausse note aux airs de requiem pour la concurrence.

 

McLaren Honda MP4/4 (1988)

-  Pilotes : Ayrton Senna (8 victoires) et Alain Prost (7 victoires)

-  Ingénieurs : Gordon Murray, Steve Nichols, Neil Oatley et Osamu Goto

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (1988), 16 courses (Brésil – Australie 1988), 15 victoires (Brésil,  Saint-Marin, Monaco, Mexique, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Hongrie, Belgique, Portugal, Espagne, Japon, Australie), 15 pole positions, 10 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Alain Prost à Jacarepagua à Rio de Janeiro (GP du Brésil 1988)

-  Dernière Victoire : Alain Prost à Adelaïde (GP d’Australie 1988)

Le 14 mai 1986, Elio de Angelis se tue en essais privés sur le circuit du Castellet dans le cockpit de la Brabham BMW BT55. Le virtuose pilote italien avait quitté Lotus Renault fin 1985, asphyxié par l’ascension fulgurante d’Ayrton Senna dans l’écurie anglaise. Concepteur génial de cette Brabham à très basse position de conduite, Gordon Murray n’avait pu aller au bout de ses idées faute de budget chez Bernie Ecclestone (qui avait dû laisser partir Nelson Piquet chez Williams faute de vouloir augmenter son double champion du monde), plus occupé à faire fructifier la poule aux œufs d’or du F1 Circus ainsi qu’à mener son bras de fer politique avec Jean-Marie Balestre qu’à gérer l’écurie Brabham qui depuis le début, n’avait été qu’un marchepied vers la prise  de contrôle de la FOCA, puis des droits commerciaux de la F1 via les fameux accords Concorde de 1981. Recruté à Woking par Ron Dennis pour 1987, Gordon Murray travaille sur la McLaren MP4/3 pilotée de main de maître par Alain Prost. Ayant fait capoter les négociations avec Honda pour 1987 après une boulette diplomatique à Tokyo, Ron Dennis parvient à ses fins pour 1988 tant que le motoriste japonais est écoeuré par la gestion quotidienne de Frank Williams et Patrick Head à Didcot. Echaudés par la perte de la couronne mondiale 1986 au profit d’Alain Prost et par la rivalité Mansell / Piquet allant crescendo en 1987 chez Williams,  les troupes d’Osamu Goto vont former une nouvelle Dream Team  avec McLaren. Exit Stefan Johansson à qui il manque l’envergure d’un grand champion. McLaren 2.0 renaît avec Ayrton Senna, choisi après Nelson Piquet qui a refusé Woking pour ne pas s’astreindre aux contraintes du sponsor Marlboro en terme de tournées promotionnelles. Le 31 août 1987 à Monza, Mansour Ojjeh et Ron Dennis présentent leur nouveau tandem en vue de 1988, Alain Prost et Ayrton Senna. En Lombardie ce jour là, les deux patrons de McLaren ne savent pas que le loup est déjà entré dans la bergerie. La boîte de Pandore est grande ouverte, les démons vont se libérer et Senna n’aura d’autre obsession que de déboulonner l’idole Prost, aussi bien au palmarès du championnat du monde que du titre subjectif de meilleur pilote de la planète dont le Français est auréolé depuis qu’il a surclassé, à voiture égale, des calibres tels que Niki Lauda en 1984-1985 puis Keke Rosberg en 1986. Gordon Murray, lui, planche avec Steve Nichols sur une voiture totalement nouvelle, une véritable apothéose de l’ère des turbos destinée à courir seulement un an, avant la révolution atmosphérique de 1989. La MP4/4 sera le prolongement cérébral de cette BT55 restée imparfaite et utopique. Quadrature du cercle aérodynamique, cette redoutable F1 s’appuie sur un moteur turbo Honda à la fois puissant, souple, fiable et économe. Dès ses premiers tours de roue à Imoal en essais privés, la MP4/4 crée un gouffre béant de 2 secondes avec la Ferrari de Gerhard Berger qui avait tourné plusieurs centaines de tours sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari. Ce baptême du feu romagnol sur les chapeaux de roue augure d’une saison en forme de monopole digne de Rockefeller, Ron Dennis n’hésitant pas à parler de Grand Chelem possible en 1988 pour McLaren ! Tirant la quintessence de leur arme fatale, Senna et Prost portent rapidement l’estocade à  toute concurrence. Nourris par les fées du destin au nectar et à l’ambroisie, les deux titans écoeurent leurs rivaux, éparpillés façon puzzle par l’hégémonie insolente de Woking. Piquet, Mansell, Berger, Alboreto, Boutsen et consorts sont laminés à chaque course comme de vulgaires fétus de paille. A Imola dès la deuxième course, le ton est donné, le champion du monde Nelson Piquet (Lotus Honda) termine à un tour d’Ayrton Senna. McLaren Honda impose son sceau avec une rare violence, et cannibalise cette année 1988 comme jamais une écurie ne l’a fait dans l’Histoire de la F1, pas même Mercedes au temps de Fangio en 1954-1955. Avec 15 victoires en 16 courses, la MP4/4 n’est vaincue que par le fantôme d’Enzo Ferrari, qui depuis l’autre monde fait triompher les bolides de la Scuderia à Monza, avec un miraculeux doublé Berger / Alboreto, Prost ayant vu son turbo Honda casser sur le circuit italien, et Senna briser sa suspension en dépassant Jean-Louis Schlesser, alors que le Brésilien risquait la panne sèche. Stratosphériques tout au long de 1988, Ayrton Senna et Alain Prost ont donc effectué une razzia incroyable avec 15 victoires, 15 pole positions et 10 doublés en 16 courses. Qui dit mieux ? Personne, surtout que Ron Dennis laissa les deux titans se battre à armes égales en toute liberté, ce qui fait de la saison 1988 un véritable feuilleton culte pour tous les aficionados de la F1.

 

Ferrari 639 (1989)

-  Pilotes : Nigel Mansell (2 victoires) et Gerhard Berger (1 victoire)

-  Ingénieurs : John Barnard, Giorgio Ascanelli

-  Palmarès : 16 courses (Brésil – Australie 1989), 3 victoires (Brésil,  Hongrie, Portugal), 0 pole positions, 3 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Nigel Mansell à Jacarepagua à Rio de Janeiro (GP du Brésil 1989)

-  Dernière Victoire : Gerhard Berger à Estoril (GP du Portugal 1989)

C’est comme si un chirurgien opérait par téléphone … La phrase de Michele Alboreto sur l’exil de John Barnard à Guilford en Angleterre était terrible. Mais elle exprimait tout le ressenti des Italiens devant cet ingénieur virtuose qui n’était pas venu vivre dans la Botte. Cependant, Barnard va innover avec la 639 qui étrenne de façon triomphale une boîte semi-automatique fin mars 1989 à Rio de Janeiro. Sur le très exigeant circuit carioca de Jacarepagua, Nigel Mansell inaugure sa collaboration avec la Scuderia par une victoire au Grand Prix du Brési, pulvérisant le record d’endurance d’un bolide écarlate qui avait tendance à faire pschitt … Mais en ce 26 mars 1989, la scoumoune qui collait à cette monoplace comme le sparadrap du capitaine Haddock avait décidé de jouer aux filles de l’air, laissant Mansell triompher au pays de son ennemi intime Nelson Piquet. Le pilote anglais gagnerait ensuite à Budapest, avant que Gerhard Berger ne l’emporte à Estoril.  Sorte d’OVNI bien que moins rapide que la McLaren Honda MP4/5, la Ferrari 639 inaugura l’ère 2.0 de la Formule 1, celle de l’électronique qui allait prendre une importance considérable.

 

Williams Renault FW14B (1992)

-  Pilotes : Nigel Mansell (9 victoires) et Riccardo Patrese (1 victoire)

-  Ingénieurs : Adrian Newey, Patrick Head et Bernard Dudot

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (1992), 16 courses (Afrique du Sud – Australie 1992), 9 victoires (Afrique du Sud, Mexique, Brésil,  Espagne, Saint-Marin, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Portugal, Japon), 15 pole positions, 11 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Nigel Mansell à Kyalami (GP d’Afrique du Sud 1992)

-  Dernière Victoire : Riccardo Patrese à Suzuka (GP du Japon 1992)

Avec 11 500 kilomètres d’essais privés pour sa suspension active, Williams Renault avait mis tous les atouts de son côté. En 1988, avant de s’engager comme motoriste de Didcot, le P.D.G. de Renault Raymond Lévy avait demandé à Patrick Faure combien d’années seraient nécessaires pour s’élever au firmament de la F1. L’énarque avait répondu trois ans au polytechnicien, ne se trompant que d’un an. Le merveilleux moteur RS4 conçu par Bernard Dudot et son équipe à Viry-Châtillon allait surclasser ses rivaux Ferrari et Honda, tous deux en V12. La nouvelle McLaren MP4/7 tardant à sortir, Ayrton Senna fut vite mis échec et mat, tandis que Nigel Mansell prenait le reste de la meute pour un punching-ball, enfilant les victoires comme des perles. Titré dès Budapest, l’Anglais était au faîte de sa gloire en 1992, électrisant la foule de Silverstone au point de devoir se réfugier dans une ambulance pour échapper à l’euphorie générale rappelant l’envahissement de la piste de Monza ! Clé de voûte du succès de cette FW14b en tant que pilote, Nigel Mansell pouvait remercier Patrick Head et Adrian Newey pour ses premiers lauriers mondiaux. Si Bernard Dudot avait offert un moteur d’exception à la Williams, les deux ingénieurs de la Perfide Albion étaient d’autres chevilles ouvrières du succès de Didcot, le premier, plus expérimenté, sachant cadrer la féconde créativité du second, boîte à idées inépuisable dans la lignée des Chapman, Forghieri, Murray et autres Barnard. Malgré les contributions exceptionnelles du Losange, du tandem Newey – Head et la combativité d’un Mansell transcendé malgré ses 39 printemps, la victoire resta une perspective utopique en Principauté de Monaco, bastion de l’écurie McLaren qui resta une de fois plus une forteresse imprenable pour Williams. Il faudrait attendre 2003, avec un moteur BMW, à Grove pour s’emparer de la citadelle monégasque.

 

McLaren Mercedes MP4/13 (1998)

-  Pilotes : Mika Häkkinen (8 victoires) et David Coulthard (1 victoire)

-  Ingénieurs : Adrian Newey, Neil Oatley et Mario Illien

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (1998), 16 courses (Australie – Japon 1998), 9 victoires (Australie, Brésil,  Saint-Marin, Espagne, Monaco, Autriche, Allemagne, Luxembourg, Japon), 12 pole positions, 9 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Mika Häkkinen à l’Albert Park de Melbourne (GP d’Australie 1998)

-  Dernière Victoire : Mika Häkkinen à Suzuka (GP du Japon 1998)

Dès sa première course, la MP4/13 fut un véritable épouvantail pour la concurrence, se révélant intouchable. Pour les nostalgiques de Mercedes W196 pilotées par Fangio et Kling, ces flèches d’argent nouvelle génération représentaient une madeleine de Proust. Le reste de la meute à un tour dès la manche d’ouverture en Australie, les deux gladiateurs de Woking qu’étaient Häkkinen et Coulthard avaient ressuscité le fantôme de Reims 1954 ou encore de la saison 1988 dominée de façon insolente par McLaren Honda. Seul Michael Schumacher trouva l’antidote face à la nouvelle merveille d’Adrian Newey durant une saison 1998 qui allait finalement offrir des joutes d’anthologie (Silverstone, Spileberg, Nürburgring) et des montagnes russes d’adrénaline au public, avant que Mika Häkkinen ne vive son soleil d’Austerlitz à Suzuka. A Interlagos, la Scuderia Ferrari avait réussi à faire interdire les fameux steering brakes (freins directionnels) qui avaient tant fait jaser du côté de Melbourne. La boîte de Pandore était ouverte … A Monaco, sur le tortueux et exigu circuit de la Principauté, la MP4/13 parvint quand même à voltiger dans le labyrinthe malgré son empattement long, permettant au Finlandais Volant de se mettre sur orbite vers sa première couronne mondiale. Le seul talon d’Achille de cette McLaren étant la fiabilité, trop souvent prise en défaut.

 

Ferrari F2004 (2004)

-  Pilotes : Michael Schumacher (13 victoires) et Rubens Barrichello (2 victoires)

-  Ingénieurs : Ross Brawn, Rory Byrne, Paolo Martinelli et Gilles Simon

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (2004), 20 courses (Australie 2004 – Malaisie 2005), 15 victoires (Australie, Malaisie, Bahreïn, Saint-Marin, Espagne, Europe, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Hongrie, Italie, Chine, Japon), 12 pole positions, 14 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Michael Schumacher à l’Albert Park de Melbourne (GP d’Australie 2004)

-  Dernière Victoire : Michael Schumacher à Suzuka (GP du Japon 2004)

Rory Byrne peut remercier Jean Todt à double titre au vu du déroule des évènements de l’année 2004. Fin 1996, le Français était venu convaincre le génial ingénieur sud-africain de sortir de sa nouvelle retraite, lui qui venait de quitter Benetton pour s’établir à Phuket afin de se consacrer à la plongée sous-marine : primo, en décembre 2004, l’île thaïlandaise fut dévastée par le terrible tsunami qui frappa l’Asie du Sud-Est, et secundo, Byrne n’aurait jamais réalisé son ultime chef-d’œuvre, la F2004, voiture qui atteignit la quadrature du cercle. Michael Schumacher avait même testé un casque intégral avec trois ou quatre données essentielles du fonctionnement de la Ferrari en hologramme dans la visière, de façon à conserver en permanence la vision de la piste et de la bonne marche de sa monoplace. Ce fut sur son circuit de Spa Francorchamps, piste fétiche la plus proche de son fief de Kerpen, que le Kaiser coiffa sa septième et dernière couronne mondiale. Que rêver de mieux que le juge de paix belge, toboggan des Ardennes, pour coiffer le sceptre, même si la victoire revint à un certain Iceman ce jour là en Wallonnie ? Manquait juste à ce titre la saveur d’un combat face à un grand fauve que n’était pas Rubens Barrichello, solide n°2 à Maranello. Mais jamais Michael Schumacher n’avait piloté en épicier, méritant sans conteste ses victoires de 2004, dont la plus belle avait été celle acquise sur le billard de Nevers Magny-Cours, avec un puzzle tactique magistral signé Ross Brawn, et pour victime Fernando Alonso et le Losange de Renault, battu à domicile au Grand Prix de France.

 

Brawn Mercedes BGP 001 (2009)

-  Pilotes : Jenson Button (6 victoires) et Rubens Barrichello (2 victoires)

-  Ingénieurs : Ross Brawn

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (2009), 17 courses (Australie – Brésil 2009), 8 victoires (Australie, Malaisie, Bahreïn, Espagne, Monaco, Turquie, Europe, Italie), 5 pole positions, 4 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Jenson Button à l’Albert Park de Melbourne (GP d’Australie 2009)

-  Dernière Victoire : Rubens Barrichello à Monza (GP d’Italie 2009)

Pêche à la mouche en 2007 pour Ross Brawn, pêche miraculeuse en 2009 avec cette Brawn BGP 001, bolide blanc immaculé, phénix né sur les cendres du team Honda désintégré fin 2008. Le reste du paddock tomba de sa tour d’ivoire en voyant l’ancien complice de Jean Todt triompher avec un double diffuseur finalement validé par la FIA, seule la Red Bull RB005 à l’équilibre parfait d’Adrian Newey pouvant rivaliser. Dès les Grand Prix d’Australie qui se déroule dans une ambiance de western-spaghetti où chacun se regarde en chiens de faïence pour voir qui va tirer le mieux son épingle du jeu, les masques tombent et Jenson Button surclasse les autres gladiateurs de la vitesse. Avec sa Brawn GP, le pilote anglais va dominer l’élite tout au long de 2009, même si l’électron libre allemand de Red Bull, Sebastian Vettel, lui donnera du fil à retordre en fin de championnat, tout comme le Brésilien Rubens Barrichello, coéquipier de Button du côté de Brackley.

 

Red Bull Renault RB 007 (2011)

-  Pilotes : Sebastian Vettel (11 victoires) et Mark Webber (1 victoire)

-  Ingénieurs : Adrian Newey et Peter Prodromou

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (2011), 19 courses (Australie – Brésil 2011), 12 victoires (Australie, Malaisie, Espagne, Turquie, Monaco, Europe, Grande-Bretagne, Belgique, Italie, Singapour, Inde, Corée du Sud, Brésil), 18 pole positions, 10 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Sebastian Vettel à l’Albert Park de Melbourne (GP d’Australie 2011)

-  Dernière Victoire : Mark Webber à Interlagos (GP du Brésil 2011)

Rarement monoplace aura autant tutoyé la perfection, s’attirant les superlatifs unanimes des observateurs du paddock. C’est ainsi que la saison 2011 de Sebastian Vettel fut stellaire, Helmut Marko s’attachant personnellement à détruire son coéquipier australien sur le plan psychologique avant de favoriser l’enfant roi. Les McLaren Mercedes (Jenson Button, Lewis Hamilton) et les Ferrari (Fernando Alonso) tenteront en vain de jouer les trouble-fête. Car Baby Schumi, libéré de l’épée de Damoclès après avoir évacué la pression de son premier titre fin 2010, n’avait plus de quête du Graal à accomplir. Il restait juste à Vettel à engranger les victoires avec un appétit colossal de Gargantua, jamais rassasié … C’est ainsi que l’ogre allemand livra un combat inégal, celui d’un Goliath esseulé contre quelques David désarmés.

 

Mercedes AMG W05 (2014)

-  Pilotes : Lewis Hamilton (11 victoires) et Nico Rosberg (5 victoires)

-  Ingénieurs : Bob Bell, Paddy Lowe, Geoff Willis et Aldo Costa

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (2014), 19 courses (Australie – Abu Dhabi 2014), 16 victoires (Australie, Malaisie, Bahreïn, Chine, Espagne, Monaco, Autriche, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Singapour, Japon, Russie, Etats-Unis, Brésil, Abu Dhabi), 16 pole positions, 12 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Nico Rosberg à l’Albert Park de Melbourne (GP d’Australie 2014)

-  Dernière Victoire : Lewis Hamilton au Yas Marina à Abu Dhabi (GP d’Abu Dhabi 2014)

Si l’on devait plébisciter la domination la plus insolente de l’Histoire, alors la McLaren Honda MP4/4 de 1988 serait sans doute désignée. Mais la Mercedes W05 aurait des arguments à faire valoir. Comme à chaque changement de règlement technique, les cartes rebattues offrent souvent un carré d’as à une écurie. Nourri au nectar et à l’ambroisie par les fées du destin, Lewis Hamilton domine son coéquipier Nico Rosberg, les deux duettistes de Mercedes apportant la bagatelle de 16 victoires au nouveau top team de la F1. 2014 marquait la deuxième phase de l’engagement de Mercedes en tant que constructeur. Après des saisons en dents de scie avec le Kaiser Michael Schumacher, l’état-major de Stuttgart avait compris qu’il fallait mettre plus d’argent sur la table pour rattraper  Red Bull, tout en misant quelques kopecks sur le retour aux moteurs turbos. Seule Red Bull, via 3 victoires de Daniel Ricciardo, pourra prendre en défaut Mercedes AMG et ses flèches d’argent supersoniques. Mais 2014 fut surtout l’année où le taureau de Milton Keynes tomba de son piédestal, orphelin d’Adrian Newey.

 

Mercedes AMG W06 (2015)

-  Pilotes : Lewis Hamilton (10 victoires) et Nico Rosberg (6 victoires)

-  Ingénieurs : Bob Bell, Paddy Lowe, Geoff Willis et Aldo Costa

-  Palmarès : championnats du monde pilotes et constructeurs (2015), 19 courses (Australie – Abu Dhabi 2015), 16 victoires (Australie, Bahreïn, Chine, Espagne, Monaco, Canada, Autriche, Grande-Bretagne, Belgique, Italie, Japon, Russie, Etats-Unis, Mexique, Brésil, Abu Dhabi), 18 pole positions, 12 meilleurs tours en course

-  Première Victoire : Lewis Hamilton à l’Albert Park de Melbourne (GP d’Australie 2015)

-  Dernière Victoire : Nico Rosberg au Yas Marina à Abu Dhabi (GP d’Abu Dhabi 2015)

2015 ne marque pas l’usure du pouvoir pour Mercedes, loin de là. L’écurie anglo-allemande, vingt ans après son retour officiel en F1 comme motoriste de McLaren (1993 et 1994 avaient été deux saisons où Mercedes se cachait sous le nom d’Ilmor comme motoriste de Sauber), passe la deuxième couche. Reed Bull ne trouve toujours pas l’antidote face au binôme Mercedes / Hamilton, qui entre au gotha des triples champions du monde. Le rôle du poil à gratter ramassant les miettes du festin face au Pantagruel de Brixworth et Brackley est repris par la Scuderia Ferrari, Sebastian Vettel mentant son bolide écarlate à 3 victoires. Mais ni l’Allemand ni personne ne put contrecarrer la marche en avant des flèches d’argent, Lewis Hamilton cannibalisant ce 66e championnat du monde, terminé en boulet de canon par son voisin de garage Nico Rosberg, ce qui augurait d’un duel plus serré entre les deux pilotes Mercedes en 2016 …

  1. avatar
    3 mai 2017 a 22 h 10 min

    Superbe, comme d’hab !
    Les essentielles sont là, notamment les géniales Lotus et l’aspirateur, ainsi que la magnifique MP4/4, alias F688/S dans Gran Turismo 3 (version Us/Japon)

    • avatar
      4 mai 2017 a 12 h 23 min

      Salut Fabrice,

      Je n’ai pas parlé des trouvailles illegales mais on peut citer la filouterie de Ken Tyrrell en 1984 avec ses billes de plomb, ce qui priva Stefan Bellof de sa superbe 3e place obtenue sous la pluie de Monaco cette année là.

      Tyrrell fut innovante en 1990 avec le nez de requin imagine par Jean-Claude Migeot ensuite repris par Benetton.

      1990 fut aussi l’année ou se révéla Adrian Newey avec March Leyton House, Ivan Capelli frôlant la victoire au Castellet sur le billard du circuit Paul Ricard. Roi de France, Alain Prost imposa sa Ferrari à deux tours du but sur le trace provençal.
      Et Newey partit chez Williams dès 1991, étant cadre par le pragmatique Patrick Head à Didcot …

  2. avatar
    4 mai 2017 a 8 h 13 min

    La plus incroyable de toutes ces monoplaces fut sans doute la MP4/4 de 1988 chez McLaren Honda, enjolivée par le duel Prost Senna qui porta la F1 à des sommets d’intensité jamais atteints avant ou après …

    On pourrait aussi rajouter la W07 de 2016, avec 19 victoires pour Mercedes (10 pour Lewis Hamilton + 9 Pour Nico Rosberg), l’article avait été rédigé courant 2016 donc avant la fin de la précédente saison.

  3. avatar
    4 mai 2017 a 15 h 37 min

    Je suis d’accord pour la MP4/4. À priori rien d’exotique par rapport aux autres (nouveau double diffuseur, ou effet de sol, ou 6 roues…), mais tous les éléments poussés à la perfection, et surtout magnifiée par le duel de titans de la F1 à armes égales.

    C’est vrai que la saison 2016 a un peu rappelé ce scénario même si Lewis et surtout Roseberg sont sûrement un cran en dessous de Prost et Senna, quoique Roseberg a le mérite d’inscrire son patronyme au panthéon des champions multi-générationnels de la F1, comme les Hill auparavant (et on me dit dans l’oreillette que Keke est le premier à voir son fils triompher, car Graham était décédé quand Damon fut couronné).

    • avatar
      5 mai 2017 a 9 h 40 min

      Salut Fabrice,

      Pour la MP4/4, il y a deux elements à rajouter.

      Primo Gordon Murray n’avait pu aller au bout de ses idées en 1986 avec la Brabham BT55, faute de budget.

      Secundo Ron dennis et Honda n’avaient que faire du fait que le règlement changeait en 1989 (passage des moteurs turbos aux atmosphériques), ils avaient mis des ressources colossales sur la table pour gagner en 1988, avec le but avoué par Woking de faire le Grand Chelem.

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