L’Islande comme une grande
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L’Islande comme une grande

L'Islande affronte ce vendredi la Croatie dans le tout premier match à enjeu de son histoire. Elle aborde ces barrages en tant que petit poucet, avec l'espoir un peu fou de devenir le plus petit pays participant à une Coupe du Monde. Pas une mince affaire, quant on sait que 3 Stade Azteca bondés suffiraient à contenir toute la population de l'île.

Il y a un peu plus d’un an désormais, j’avais fait le point sur la situation de l’Islande dans son groupe de qualification au Mondial 2014. Au sortir de son 3ème match de poule, soldé par une victoire 2-1 en Albanie, l’équipe de Lars Lägerback pointait à la deuxième place de son groupe, derrière la Suisse qu’elle se préparait à affronter. La défaite qui s’en suivra n’aura finalement pas de conséquence. Car six matchs et un an plus tard, les insulaires ont validé leur deuxième place, malgré un parcours tortueux qui les aura vus stresser jusqu’au bout. C’est donc une qualification historique qu’a décrochée la bande à Sigurdsson, qui affrontera la Croatie lors des barrages. Jamais Brésil et Islande n’ont été si proches.

Si l’exploit peut sembler trivial pour certains, la performance d’ensemble de l’Islande mérite pourtant un immense coup de chapeau. Le simple fait de se qualifier pour les barrages est une prouesse majuscule. Imaginez seulement que lors du tirage au sort des groupes de qualification, elle accompagnait dans le dernier chapeau les redoutables Saint-Marin, Luxembourg, Kazakhstan, Liechstenstein, Pays de Galles, Malte et Andorre… Pis, sur les 53 nations classées à l’UEFA, elle était 48ème à l’époque (juillet 2011). Aucun superlatif ne saurait être excessif pour décrire la belle réussite islandaise. Alors bien sûr, impossible d’échapper au sempiternel débat sur le niveau du groupe, d’une éhontée faiblesse diront certains. Et difficile de leur donner tort : Norvège, Slovénie, Suisse, Albanie et Chypre ne sont pas tout à fait des ogres européens. Mais quoi qu’il en soit, cela ne peut et ne doit pas dévaluer la performance de l’Islande. Sa force est d’avoir su profiter d’une occasion que de nombreux petits pays n’auraient pas su saisir.

Les coulisses de l’exploit

La revue d’effectif opérée il y a un an mérite une mise à jour. Car de l’eau a coulé sous les ponts depuis, et certains joueurs ont vu leur situation évoluer. Au cours de ces éliminatoires, Lägerback s’est appuyé sur quelques cadres, hommes de base d’une équipe qui a tout de même connu des modifications. Au gré des blessures et formes du moment, l’entraineur suédois a dû composer avec un groupe assez large. Au final, quatre joueurs ont été alignés dans chacun des dix matchs éliminatoires.

Parmi eux, le gardien Hannes Halldorsson. A 29 ans, il est le dernier international régulier à évoluer encore au pays. Et même s’il garde les cages du champion sortant, le KR Reykjavik, il n’est pas un rempart infranchissable. Au reste, la défense qu’il dirige n’incite pas non plus à l’optimisme. Elle a beau être menée par le solide Ragnar Sigurdsson, également présent lors de tous les matchs et habitué aux joutes de la Ligue des Champions avec le FC Copenhague, elle reste le point faible de la sélection.

Lors de la plupart des rencontres (8 matchs), ses compères de l’arrière garde ont été Kári Árnason, défenseur central émérite de Roterham United, en 3ème division anglaise et Ari Skúlason, latéral gauche à l’OB Odense. Son pendant à droite, Birkir Sævarsson, qui officie dans le club norvégien du SK Brann (ex Brann Bergen), a lui débuté 7 rencontres, dont les cinq dernières. Des joueurs d’un niveau honnête, pas forcément à l’aise en matchs internationaux, à l’image de Skúlason qui découvre le poste, lui le milieu de formation. Ils constituent une défense qui, si elle est très solidaire, n’en demeure pas moins friable.

Un autre joueur à n’avoir pas manqué un match n’est autre que le capitaine Aron Gunnarsson. Malgré son jeune âge et sa relative inexpérience, le brassard lui sied bien. A 24 ans, il évolue en Angleterre depuis 2008. Après Coventry, il défend actuellement les couleurs de Cardiff City, dont il a marqué le premier but en Premier League contre Manchester City en début d’année. C’est un milieu défensif efficace, besogneux et pas avare d’efforts, pour reprendre des termes éculés mais qui s’appliquent bien à son cas.

Les pions qui venaient du froid

La force de l’Islande réside indéniablement en ses joueurs offensifs. Certains sont déjà relativement connus, d’autres le seront sans doute bientôt.

A 24 ans, Gylfi Sigurdsson est le porte étendard de l’équipe nationale puisqu’il évolue dans le championnat le plus suivi au monde, la Premier League. Son début d’année chez les Spurs a laissé entrevoir de belles promesses, qu’il peine à confirmer cependant. Gylfi a débuté la majorité des matchs de Tottenham, et a connu un mois de septembre faste avec quelques buts à la clé. Mais ce statut de titulaire (souvent sur une aile, où il est moins à l’aise qu’en meneur de jeu) est désormais fragile suite à des prestations quelconques ces derniers matchs. Dans une équipe au secteur offensif étoffé, il semble peiner à hausser son niveau de jeu. Cela dit, c’est l’équipe londonienne dans son ensemble qui n’est pas au niveau espéré. Sa situation en sélection nationale est naturellement plus stable. Leader technique du milieu de terrain, il a débuté 9 des 10 matchs de qualification, et a marqué à 4 reprises. Il fut donc un artisan du beau parcours islandais, et un élément indispensable à sa formation.

Kolbeinn Sigthorsson est l’autre star de l’équipe. Ses qualités sont évidentes, et il est très connu au pays depuis son enfance. A 23 ans, enfin épargné par les blessures, il a bien commencé l’année avec l’Ajax (6 buts en 13 matchs). C’est un excellent joueur qui aura probablement l’opportunité de jouer dans un championnat supérieur à l’Eredivisie dans un futur proche. En sélection, il est le fer de lance d’une attaque talentueuse. Sur le flanc au début de la campagne de qualification, il a disputé les 6 derniers matchs, et reste sur 4 buts en autant de rencontres. Par ailleurs, avec 13 buts en 19 sélections, Kolbeinn deviendra rapidement le meilleur buteur de son pays.

Mais pour ce faire, il faudra dépasser les 24 buts d’Eidur Gudjohnsen, vieux routard qui guide la jeune génération. Lui qui a connu les périodes les plus difficiles a été titulaire pour les 3 derniers matchs. Son expérience, à n’en pas douter, est bénéfique pour ses cadets.

L’aile gauche est propriété exclusive d’un chevelu de 25 ans : Birkir Bjarnason, qui est le dernier élément à avoir disputé tous les matchs de qualification. Sa crinière blonde se démène sur les terrains de Serie A avec plus ou moins de succès. Si son passage à Pescara n’a pas marqué les esprits, il a plu aux dirigeants de la Sampdoria, où il a été transféré en fin de mercato. Dans une équipe à la peine en championnat, il apporte sa combativité et sa percussion. En sélection, avec 3 buts lors des qualifications, il fut fort utile, même si sa relative maladresse est parfois agaçante.

Pour finir, le flanc droit est animé par Johann Berg Gudmundsson, qui fait ses classes à l’AZ. Double buteur en Europa League cette saison, il est bien installé dans le championnat néerlandais. A 22 ans, et pour sa 4ème saison alkmaaroise, il fait montre de son talent de plus en plus souvent. En étoffant son volume de jeu, il a également gagné sa place en sélection, puisqu’il fut aligné lors des 4 derniers matchs (avec un triplé face à la Suisse).

Abondance de biens…

Les 11 joueurs susmentionnés ont formé l’ossature des récents matchs de qualification. Mais naturellement, d’autres ont été utilisés, et continuent de l’être. Parmi eux se trouve l’un des meilleurs buteurs d’Europe actuellement. L’Islande peut en effet se payer le luxe de mettre Alfred Finnbogason sur le banc. La gâchette de Marco Van Basten à Heerenveen marche sur l’eau, dans la lignée de sa saison précédente, et enquille les buts : 14 en 11 matchs (meilleur buteur du championnat néerlandais). Il a pris part à 8 matchs de qualification (2 buts), mais Gudjohnsen lui a été préféré en fin de campagne. Difficile de l’imaginer rester sur le banc très longtemps, même si l’expérience d’Eidur permet de rassurer ses équipiers.

Citons aussi Rúrik Gíslason, le milieu de terrain du FC Copenhague, qui joue régulièrement mais a perdu sa place de titulaire au fil des matchs. Rouquin trentenaire et joueur important du Hellas Vérone, la bonne surprise de Série A, Emil Hallfredsson a disparu de la circulation après 5 titularisations. Il siège sur le banc désormais, au côté de Helgi Danielsson et Eggert Jonsson, les joueurs de Belenenses, au Portugal. Grétar Steinsson est parti à la retraite pendant les qualifications, tandis que Sölvi Ottesen, l’ancien de Copenhague aujourd’hui à Iekaterinbourg, a vu Kári Árnason lui passer devant dans la hiérarchie des arrières centraux. En outre, appelés sans pour autant jouer dans ces qualifs, les jeunes Arnor Smarason, Victor Palsson ou Hólmar Örn Eyjólfsson auront leur mot à dire dans le futur.

Enfin, un atout de poids a glissé entre les mains de l’équipe nationale. S’il y a un an, l’Islandais Aron Jóhannsson surnageait dans le championnat danois, c’est aujourd’hui un joueur américain qui étale sa classe aux Pays-Bas. 3ème meilleur buteur d’Eredivisie, l’Islandais de naissance est devenu un yankee qui terrorise les défenses adverses. Il a ainsi marqué son premier but pour le pays à la bannière étoilée face au Panama il y a à peine un mois.

Bem-vindo ao Brasil ?

La revue des forces en présence met en lumière plusieurs éléments. D’abord, l’atout numéro un de la petite île volcanique est sans conteste son secteur offensif, bien garni pour un si petit pays. Des joueurs jeunes, qui évoluent en Europe continentale depuis longtemps, et sont donc rodés aux exigences du haut niveau. Certains ont aussi vécu l’aventure de l’Euro Espoirs en 2011. Lägerback exploite bien les arguments de sa sélection, mais peut regretter de ne pas compter en ses rangs des défenseurs du même acabit que ses attaquants. Car les largesses défensives risquent d’être rédhibitoires à ce niveau. La Croatie, avec ses maîtres artificiers, ne se fera pas prier pour punir l’Islande à la moindre erreur. La clé du match résidera en l’aptitude des insulaires à faire douter les Croates lors du match aller en Islande. La rudesse du climat local et l’exiguïté du Laugardalsvöllur, stade national situé à Reykjavik, devraient jouer faveur des autochtones. S’ils obtiennent un bon résultat à domicile, le match retour sera passionnant. Même si, convenons-en, il y a fort à parier que la Croatie douchera rapidement les espoirs islandais.

Quoi qu’il en soit, l’avenir est tout de même souriant. Les sélections de jeunes ne sont pas ridicules, et certains joueurs de moins de 20 ans évoluent déjà en Europe. L’émulation de leurs jeunes aînés peut les aider à franchir les paliers, et cette épopée de 2013 augmentera sans doute encore l’attrait pour le ballon rond, déjà fort sur l’île. Ces deux matchs de barrages doivent conforter la petite nation dans l’idée que le bon travail engagé depuis un peu moins de dix ans porte déjà ses fruits. Aidée par l’amélioration de son classement FIFA, l’Islande aura une carte à jouer lors des prochaines compétitions, et est au commencement d’une période excitante.

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Le groupe de l’Islande face à la Croatie :

Gardiens: Gunnleifur Gunnleifsson, Hannes Þór Halldórsson, Haraldur Björnsson

Défenseurs: Birkir Már Sævarsson, Ragnar Sigurðsson, Kári Árnason, Eggert Gunnþór Jónsson, Ari Freyr Skúlason (OB), Hallgrímur Jónasson, Kristinn Jónsson, Sölvi Geir Ottesen Jónsson

Milieux de terrain: Aron Einar Gunnarsson, Emil Hallfreðsson, Helgi Valur Daníelsson, Jóhann Berg Guðmundsson, Birkir Bjarnason, Rúrik Gíslason, Ólafur Ingi Skúlason, Gylfi Þór Sigurðsson, Guðlaugur Victor Pálsson

Attaquants: Eiður Smári Guðjohnsen, Kolbeinn Sigþórsson, Arnór Smárason, Alfreð Finnbogason

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