Ces histoires qui forgent le mythe du Tour de France
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Ces histoires qui forgent le mythe du Tour de France

Quelques anecdotes et légendes de la très longue histoire plus que centenaire de la Grande Boucle, en coulisses des exploits des géants de la petite reine et autres forçats de la route.

- 1903, l’affaire Dreyfus comme origine : fondateur de Paris-Brest-Paris, Pierre Giffard dirigeait le quotidien Le Vélo et était dreyfusard. Son mécène via la publicité, le comte de Dion, était lui farouchement anti-dreyfusard et décida de financer (avec le baron de Zuylen président de l’Automobile Club de France) le journal rival L’Auto-Vélo, qui paraît le 16 octobre 1900 année des Jeux Olympiques de Paris et de l’Exposition Universelle. Le quotidien deviendra L’Auto en 1903 après un procès gagné par Giffard contre Henri Desgrange et son associé Victor Goddet. Pour ruiner Le VéloL’Auto créera le Tour de France ne 1903, idée venue le 20 novembre 1902 lors d’un dîner entre Henri Desgrange, Victor Goddet et Géo Lefèvre. Le 1er juillet 1903, le premier Tour de France s’élance de Montgeron devant l’auberge du Réveil-Matin. Seulement six étapes composent le parcours de cette première édition, vers Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes puis Ville d’Avray (Paris). Le Petit Ramoneur d’origine italienne, Maurice Garin, devient le premier lauréat du Tour de France cycliste. La popularité de l’épreuve assure la pérennité de L’Auto via des ventes colossales, tandis que Le Vélo se voit porter l’estocade fatale, après les banderilles du comte de Dion …

- 1904, des clous sur la route de Nîmes : après l’exclusion de Payan, ses supporters se muent en hooligans dans l’étape Lyon – Nîmes. Des menaces de mort sont proférées envers Maurice Garin et des clous sont dispersés sur la route menant à Nîmes. Un guet-apens piège certains coureurs, contraints de se déguiser en garçons de café. Avec un sens de la dérision certain, Maurice Gardin indique qu’il pense gagner son deuxième Tour de France s’il n’est pas assassiné d’ici Paris. Ce sera le cas mais Garin sera déclassé quatre mois après l’arrivée, devenant le premier lauréat disqualifié sur tapis vert, plus de cent ans avant Floyd Landis (2006 au profit d’Oscar Pereiro), Alberto Contador (2010 au bénéfice d’Andy Schleck) et bien entendu Lance Armstrong en 2012 (1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 au bénéfice de personne, le palmarès du Tour laissant sept années sans maillot jaune sur décision sage de l’UCI, vu les controverses autour des dauphins du Texan, d’Alex Zülle à Jan Ullrich en passant par Andreas Klöden ou encore Ivan Basso)

 - 1905, un Tour de France par points : jusqu’en 1912, le Tour de France se court non pas au temps mais par points, dans une sorte d’ancêtre du classement par points lancé en 1953 avec un maillot vert distinctif du maillot jaune au temps.

- 1906, Metz première ville étrangère du Tour : en 1870, la France de Napoléon III perd la guerre contre la Prusse de Bismarck, qui annexe deux régions, l’Alsace et la Lorraine. Jusqu’en 1918 et la victoire des Alliés dans la Grande Guerre, les villes de Mulhouse, Nancy, Strasbourg et Metz seront allemandes et non plus françaises. Cette défaite de 1870 a marqué Henri Desgrange, bonapartiste convaincu et le parcours du 4e Tour de France, en 1906, passe par la ville de Metz, première ville étrangère bien que française historiquement.

- 1907, le pseudonyme de l’Argentin : double vainqueur du Tour de France en 1907 et 1908, Lucien Petit-Breton utilisait un pseudonyme, son vrai nom étant Lucien Mazan, lui qui avait grandi en Argentine et dont les parents ne supportaient pas ses activités cyclistes, détestant ce sport et qualifiant ses athlètes de saltimbanques …

1910, journée de repos fatale à Nice : en 1910, la journée de repos sur la Promenade des Anglais tourne au drame pour le coureur Adolphe Hélière qui avait à peine 19 ans. Au départ, des lecteurs de L’Auto ont parié 100 francs que le petit mécanicien ne pourrait pas couvrir plus de trois étapes. Or, il pédale encore entre Grenoble et Nice. A travers les cols, il s’apitoie sur ses adversaires blessés et s’arrête même pour en jucher un sur ses épaules et le déposer dans une ferme. A son tour, il essuie les crevaisons et chute à cause d’un cheval. Il termine dans les huit derniers. Au bord de l’eau, le Rennais s’endort à la belle étoile. Fatigue extrême ou manque d’argent pour se payer un lit ? Hélière n’est pas un as du peloton : il fait partie des «isolés», qui portent bien leur nom. Le lendemain, jour de repos, il place ses économies dans un bon déjeuner et, luxe suprême, s’offre une crème glacée. Quand il décide de se baigner, il est foudroyé par une hydrocution. Les coureurs, les organisateurs et les spectateurs se cotisent : dix mois plus tard, le corps peut enfin être inhumé en Bretagne.

 - 1910, les assassins du Tourmalet : la montagne apparaissant dès 1905 sur le Tour de France via les Vosges ou le Col de la République, Henri Desgrange et Géo Lefèvre inaugurent les cols pyrénéens en 1910 à l’occasion de la 8e édition, avec ce calvaire qu’est le col du Tourmalet. La formule d’Octave Lapize est demeurée célèbre après être passé en tête au sommet du prestigieux col : Vous êtes des assassins !!

 - 1911, les bandits du Galibier : un an après les Pyrénées magnifiées par Roland à Roncevaux, c’est dans les Alpes traversées par les éléphants d’Hannibal le Carthaginois que le Tour de France passe pour d’autres joutes d’anthologie … Dithyrambique, Henri Desgrange s’enflamme sur le col du Galibier dans les colonnes de L’Auto à l’occasion d’un éditorial de légende, avec une phrase demeurée célèbre : Ô, Sappey ! Ô, Bayard ! Ô, Laffrey ! Ô, Tourmalet ! Je ne faillirai pas à mon devoir en proclamant qu’à côté du Galibier, vous n’êtes que de la vulgaire et pâle bibine. Distancé dans l’ascension de ce col, Gustave Garrigou traite les organisateurs de bandits, dans un remake de la phrase choc d’Octave Lapize en 1910.

 - 1911, l’étrange empoisonnement de Duboc : favori de l’épreuve en 1911, Paul Duboc voltige dans les cols et rien ni personne ne semble vouloir l’arrêter tant ce virtuose de la montagne éclabousse de sa classe la course dans le Tourmalet, jusqu’à ce qu’il soit victime de terribles douleurs d’estomac et de vomissements après avoir bu un bidon pris au ravitaillement d’Argelès. Passant du Capitole à la Roche Tarpéienne dans cette étape Luchon – Bayonne qui devait lui ouvrir les portes de la victoire finale, Duboc perd 45 minutes dans ce coup du sort, et ne sera finalement que le dauphin de Gustave Garrigou, sans que l’on sache si le coureur avait été ou non volontairement empoisonné …

- 1913, l’odyssée d’Eugène Christophe : le coureur français brise sa fourche dans les Pyrénées. Cet incident est la conséquence du fait qu’Eugène Christophe ait été renversé par une voiture dans la descente du col du Tourmalet. Après avoir parcouru 14 kms à pied, Christophe effectue une réparation de fortune chez un forgeron de Sainte-Marie-de-Campan. Une plaque commémore désormais cet acte de légende. En 1919, Christophe, premier maillot jaune de l’Histoire, casse à nouveau sa fourche. Perdant plus d’une heure à la réparer seul, sans assistance, il cède le maillot à Firmin Lambot dans l’étape Metz – Dunkerque, la veille de l’arrivée à Paris… Coureur maudit, Christophe brise à nouveau une fourche en 1922, dans la descente du col du Galibier, alors enneigée, rejoignant Saint-Jean-de-Maurienne, sur le vélo d’un prêtre !

1914, un dernier Tour avant la guerre : le départ est donné de Saint-Cloud le dimanche 28 juin 1914, le jour de l’attentat de Sarajevo où l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois, est assassiné dans cette ville des Balkans par un nationaliste serbe. L’escalade vers la guerre est inéluctable dans une Europe où la montée des nationalismes n’a cessé. Philippe Thys l’emporte à Paris le 26 juillet, cinq jours avant l’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet 1914 au Café du Croissant, soit la veille du débit du conflit mondial. Plusieurs vainqueurs du Tour de France vont participer à la Grande Guerre et y mourir, tels l’aviateur Octave Lapize en 1917, le cheminot Lucien Mazan (alias Petit-Breton) en 1917 également ou encore le Luxembourgeois François Faber, membre de la Légion Etrangère disparu en 1915, son corps n’étant jamais retrouvé.

1924, l’abandon des frères Pélissier à Coutances et l’interview d’Albert Londres : célèbre journaliste, Albert Londres revient de Guyane où il a rencontré en 1923 près de Cayenne les pensionnaires du bagne, puis d’Afrique du Nord où il a décrit les terribles conditions des forçats. Le reporter du Petit Parisien interviewe les frères Pélissier à Coutances lors de l’édition 1924, Henri et Francis font un grand déballage sur le dopage. Tenant du titre, Henri Pélissier abandonne dès la troisième étape pour protester contre le règlement d’Henri Desgrange, qui interdit de se délester d’un maillot. Or Henri Pélissier portait plusieurs maillots pour s’adapter à la température extérieure. Les mauvaises langues indiquent que l’abandon de Coutances fut programmé pour éviter un camouflet face au champion italien Ottavio Bottecchia.

1926, un hôtel nommé Aubisque pour Lucien Buysse : vainqueur du Tour de France en 1926, le Belge Lucien Buysse surmonta la douleur d’avoir perdu sa fille aînée avant le départ. En souvenir de son exploit dans l’Aubisque qui lui assura le maillot jaune, il baptisa du nom du col pyrénéen l’hôtel dont il fit ensuite l’acquisition dans la ville de Watern, située dans sa Flandre natale.

1926, premier départ en province : c’est la station thermale d’Evian, sur la rive Sud du Lac Léman, qui obtient le privilège d’être la première ville de province à organiser le départ du Tour de France, en 1926. Il faudra attendre 1951 (Metz) pour revoir un départ en dehors de Paris. A l’époque, le parcours fit tout de même une boucle parfaite d’Evian vers Evian, avant deux étapes finales vers Dijon puis Paris.

1928, Nicolas Frantz et le calvaire de Charleville : ayant cassé son vélo au cours de l’étape Metz – Charleville, le tenant du titre Nicolas Frantz parcourt les 100 derniers kilomètres sur un vélo de femme, bien trop petit pour lui. Finissant l’étape tant bien que mal à 27 km/h de moyenne, le maillot jaune perd 28 minutes sur son dauphin ce jour là, mais le Luxembourgeois, leader de l’armada Alcyon, conserve cependant la première place du classement général.

1930, le passage aux équipes nationales : en 1929, le Belge Maurice de Waele gagne le Tour de France avec l’équipe Alcyon. Bien que malade à Grenoble, à deux doigts de l’abandon, De Waele est aidé par ses coéquipiers à la limite du règlement. Alcyon bloque une course que gagne le maillot jaune, vertement critiqué par Henri Desgrange. On a fait gagner un cadavre, vocifère le directeur du Tour et de l’Auto, la course passant en 1930 à la formule des équipes nationales. André Leducq et l’équipe de France sont les premiers à en profiter en 1930.

1932, André Leducq reconnu pendant la Guerre : en 1932, André Leducq remporte son deuxième Tour de France devant un coureur allemand, Kurt Stöpel. Pendant l’Occupation alors qu’il distribue des tracts pour la Résistance, André Leducq est reconnu par un officier allemand qui le libère après l’avoir complimenté de sa victoire de 1932 …

1933, l’improbable doublé Tour – Mondial de Georges Speicher : vainqueur du Tour de France puis champion du monde à Monthléry en 1933, le Français Georges Speicher (26 ans) n’était professionnel que depuis la saison précédente. Ancien nageur, il avait appris à monter à vélo à 17 ans pour répondre à une offre d’emploi et travailler comme garçon de course, avant  de prendre une licence au vélo-club de Levallois.

1934, René Vietto abandonné à son sort dans le col du Puymorens : à 20 ans, René Vietto, jeune grimpeur né à Cannes, dispute son premier Tour de France. Il sacrifie ses propres chances au profit d’Antonin Magne, perdant une demi-heure après avoir donné sa roue avant puis son vélo au leader de l’équipe de France. Malheureusement pour lui, le Roi René ne gagnera jamais le Tour de France, faisant partie des champions sans couronne : Vietto, Rivière, Poulidor, Agostinho, Herrera, Hampsten, Breukink, Chiappucci, Zülle, Heras, Vinokourov …

1935, la mort de Francisco Cepeda : l’Espagnol fut, en 1935, le premier coureur tué en course. Soixante ans avant Casartelli, il chute dans la descente du Lautaret. Une vieille photo le montre qui essaie de repartir, poussé par des supporteurs. Tel Simpson, il s’écroule quelques mètres plus loin. Aussitôt, il faut frotter les traces de sang. Le lendemain matin, Francesco Cepeda est déclaré hors de danger par L’Auto, le quotidien qui patronne l’épreuve. Il succombe deux jours plus tard à ses blessures à la clinique de Grenoble. Etouffée, l’affaire embarrasse fortement les organisateurs du Tour. L’accident a pour cause un matériel défectueux : de nouvelles jantes en duralumin fournies aux participants. Plus léger et plus rigide que le bois, cet alliage a l’inconvénient majeur de s’échauffer, d’où l’arrachage des pneumatiques – les boyaux. La température s’élève surtout dans les descentes, sous l’effet du freinage. Pour réparer une crevaison, les coureurs se brûlent les doigts. Ils exigent le retour des anciennes jantes. Mais l’organisation, tenue par un contrat de sponsoring avec la Société d’aluminium, cède trop tard aux revendications. Le timide Cepeda, qui faisait le Tour par passion et gagnait sa vie comme commerçant et juge municipal en Espagne, a éclaté son boyau avant.

1937, l’abandon programmé de Gino Bartali : vainqueur du Giro en 1937, le grimpeur toscan Gino Bartali vient tenter le doublé en France sur ordre du Duce Benito Mussolini. Le sport est soumis au diktat de la propagande fasciste. Henri Desgrange a même modifié le règlement en faisant accepter le dérailleur, mais 1937 ne sera pas l’année de Bartali malgré sa démonstration en montagne. Rome ordonne le retour de son champion en Italie pour éviter la défaite. Bartali prend à contre coeur le train du déshonneur entre Marseille et Florence, mais reviendra en 1938 pour un triomphe dans l’Hexagone, un mois après un Giro que le régime fasciste l’aura forcé à ne pas disputer …

- 1938, l’ex-aequo du Parc des Princes : à Paris, les deux coureurs français les plus populaires, André Leducq (double vainqueur du Tour en 1930 et 1932) et Antonin Magne (également double lauréat de l’épreuve, en 1931 et 1934), arrivent ex-aequo sur le vélodrome du Parc en se tenant chacun par l’épaule et, fait exceptionnel, ne sont pas départagés par les commissaires de course. Le Tour de France, quant à lui, est remporté sans discussion par l’Italien Gino Bartali, grimpeur virtuose qui a écrasé la course dans l’Izoard.

1946, Monaco – Paris grâce à Maurice Goddet : frère aîné de Jacques, Maurice Goddet vécut en Principauté de Monaco. En 1946, la course Monaco – Paris fut une sorte de répétition générale avant la renaissance du phénix Tour de France en 1947. C’est grâce à Maurice Goddet que le départ fut donné du Rocher monégasque.

1947, le casque colonial de Jacques Goddet : après l’intérim de 1936, Jacques Goddet est désormais l’unique directeur du Tour de France suite au décès d’Henri Desgrange en 1940. Le patron de L’Equipe arbore un chapeau colonial digne d’un notable anglais exilé aux Indes britanniques, chapeau colonial que l’on retrouvera avec Alec Guinness, l’inoubliable colonel Nicholson du Pont de la Rivière Kwaï (Oscar du meilleur fil en 1957).

- 1947, le mariage porte-bonheur de Robic : la veille du départ du Tour 1947, Jean Robic épouse Raymonde, jeune fille dont les parents sont tenanciers d’un bar, Au Rendez-Vous des Bretons, à proximité de la gare Montparnasse. Le lendemain de sa nuit de noces, Biquet se lève à 7 heures du matin pour faire quelques kilomètres en vélo. Avant le départ, Robic promet à son épouse la chose suivante… Je n’ai pas de dot à t’offrir mais nous seront riches. Je te rapporterai le premier prix du Tour de France ! 500 000 Francs qui changeront notre vie. Le Tour quitte ensuite la capitale. Trois semaines plus tard, Robic tient parole et revient à Paris pour y ceindre le maillot jaune à l’ultime étape, devant le public du Parc des Princes.

- 1947, le cidre de Vietto : dans le contre-la-montre Vannes – Saint-Brieuc (139 km), le roi René perd le Tour de France, jambes coupées. La moto accidentée de son ami Jean Leulliot lui aurait détruit le moral. En 1981, une autre version parvient aux oreilles de Louis Nucera, écrivain niçois amoureux du cyclisme, ami de l’ancien grimpeur. Un Breton, alors adolescent, s’accuse d’avoir donné un bidon de cidre à Vietto, pour se venger de propos arrogants que ce dernier aurait tenu sur Jean Robic. Or, le cidre, comme tout Breton le sait, est l’ennemi n°1 de la bicyclette !

- 1948, le coup de fil de Gasperi : alors que le Tour arrive à Cannes, la situation politique se dégrade fortement en Italie. Le député communiste Palmiro Togliatti a été victime d’un attentat. Gino Bartali, meilleur espoir de victoire finale pour la Squadra Azzurra, reçoit un appel téléphonique du président du Conseil, Alcide de Gasperi. Ce dernier ne pose qu’une question à l’Homme de Fer : Gino, penses-tu pouvoir gagner ce Tour ? A cette seule phrase, Bartali comprend la mission fixée par Gasperi, ramener le maillot jaune à Paris pour détourner l’attention des Italiens, éviter que l’affaire Togliatti ne fasse exploser la péninsule… Impérial dans les Alpes, Bartali sort en triomphateur de la montagne, en maillot jaune hégémonique.

1949, le pacte de non-agression de Chiavari : avec diplomatie, Alfredo Binda convainc Fausto Coppi et Gino Bartali de démarrer le Tour de France 1949 unis et de s’expliquer seulement dans les Alpes, quand ils auront course gagnée pour la Squadra Azzurra. Entamées le 16 juin 1949 à l’hôtel Andreola de Milan, les discussions entre Coppi, Bartali et Binda se terminent près de Portofino sur la Riviera ligure avec le célèbre pacte de non-agression de Chiavari. Malgré Robic ou Kubler, les deux superstars italiennes vont écraser l’édition 1949, notamment en montagne où l’opposition sera laminée par leur virtuosité et leur aisances dans les cols.

1949, un monument Henri Desgrange au col du Galibier : mort en 1940, le père du Tour était un ardent défenseur du col du Galibier, à nul autre pareil selon lui … Une stèle en l’honneur d’Henri Desgrange est ainsi inaugurée en présence du double vainqueur du Tour, André Leducq, à 2 645 mètres d’altitude.

1950, Orson Welles donne le départ : réalisateur prodige de Citizen Kane, de la Splendeur des Amberson ou encore de la Dame de Shanghaï, le cinéaste américain Orson Welles est au départ du Tour de France 1950 avec Jacques Goddet, suivant l’étape Paris – Metz dans la voiture du directeur de course. Le spectacle auquel j’ai assisté est digne d’une superproduction de Hollywood.

- 1950, couteau, saucisson et un parcours élagué sur la Riviera : dans les Pyrénées, Gino Bartali est agressé par des spectateurs lui reprochant d’avoir fait tomber Jean Robic. La scène se déroule dans le col d’Aspin, où deux spectateurs se précipitent sur l’Homme de Fer, couteau et saucisson à la main… Pourtant, cet épisode malheureux n’empêche pas le grimpeur toscan d’enlever la victoire ce jour là. A l’arrivée de l’étape, à Saint-Gaudens, Bartali décrète que l’équipe d’Italie se retire, ce qui provoque le retrait des cadetti Italiens, où évolue le maillot jaune du Tour, Fiorenzo Magni (vainqueur du Giro en 1948). Par peur des représailles, Jacques Goddet décide alors de raccourcir la quinzième étape Toulon-San Remo, qui s’arrêtera finalement à Menton, juste avant la frontière italienne.

- 1950, la fausse cuite de Zaaf : le coureur nord-africain, dans l’étape Perpignan-Nîmes, manque de s’évanouir et se repose contre un arbre. Certains le croient ivre, mais en tant que musulman, Abdelkader Zaaf n’avait pas bu une seule goutte d’alcool. Dans cette région viticole, des supporters l’avaient aspergé de pinard… ce qui l’avait conduit à un état second et à l’abandon !

- 1950, le bain de Sainte-Maxime : durant la quatorzième étape, qui conduit les coureurs de Toulon à Menton, la chaleur est accablante. Malgré la proximité de la côte méditerranéenne, le peloton souffre, à la recherche de la moindre fontaine ou d’un jet d’eau. A Sainte-Maxime, Apo Lazaridès donne le signal d’une baignade générale. 62 coureurs vont se rafraîchir dans la Mare Nostrum, sous le regard réprobateur de Jacques Goddet, directeur du Tour. Certains coureurs ne prirent même pas la peine de descendre de leur vélo et se trempèrent pieds aux pédales !

1950, le vainqueur et son dauphin réunis chez Swiss Air : suite au renoncement de Bartali entraînant l’abandon de Magni, Ferdi Kübler remporte le Tour de France 1950, rejoignant dans le contre-la-montre de Genève son dauphin, Louison Bobet. Les deux hommes seront réunis plus tard par la proximité de leurs proches chez Swiss Air. Le fils de Louison, Philippe Bobet, y sera commandant de bord, deuxième épouse de Ferdi hôtesse de l’air, loin du triple vainqueur du Tour, qui ouvrira après sa retraite deux centres de thalassothérapie, premièrement à Quiberon puis à Biarritz.

- 1951, la minute de Monsieur Adam : dans un Tour dominé par Hugo Koblet, coureur suisse, on ne peut pas dire que la précision helvétique fut au rendez-vous pour le chronométrage. Raoul Adam officie en tant que chronométreur sur la première étape contre-la-montre de cette édition 1951. La victoire revient au final à Louison Bobet. Hugo Koblet est surpris d’être classé aussi loin alors qu’il a terminé le parcours fort honorablement, malgré la fatigue. Il constate qu’il termine à 5’44’’ devant Bernardo Ruiz, qu’il a dépassé, alors que le coureur espagnol était parti six minutes avant lui. Koblet demande à Jacques Goddet de vérifier le chronométrage. M. Adam est convoqué par le jury. Les commissaires se rendent vite à l’évidence, le temps de Koblet a été injustement majoré d’une minute. La victoire est rendue au coureur suisse. Marqué par l’effort, Koblet sort de cette étape avec un appétit d’ogre. A deux heures du matin, il s’en va réveiller Alex Burtin. La faim le tenaille. Le directeur sportif doit se lever pour aller chercher à son coureur un poulet en gelée qu’il déniche, après plusieurs détours, au buffet de la gare d’Angers… “Adam n’a pu désigner le premier homme” se moquent les gazettes du lendemain.

1951, les fleurs de Koblet pour le 14 juillet : la fête nationale française ne laisse pas l’équipe suisse insensible, et Hugo Koblet offre des fleurs à Louison Bobet ainsi qu’à toute l’équipe de France avant le départ de l’étape Clermont-Ferrand – Brive.

1951, Ray Sugar Robinson au départ de Brive-Agen, et la victoire par KO de Koblet face au peloton : boxeur d’exception, l’Américain Robinson a mis KO un certain Jake La Motta le 14 février 1951 lors du massacre de la Saint-Valentin, une rivalité immortalisée par Scorsese et De Niro dans Raging Bull. Invité par le maire de Brive à donner le départ de l’étape, Robinson a inauguré une plaque en l’honneur de Marcel Cerdan, un square portant le nom du bombardier marocain dans la cité corrézienne. Une étape d’anthologie vient de se lancer, et le Suisse Hugo Koblet nous sort un OVNI de panache en s’échappant du peloton sur le plat vers Agen. Coppi, Bartali, Geminiani et Bobet ont beau se relayer comme des forcenés en tête du peloton, Hugo Koblet résiste et réalise l’exploit du siècle dans la cité aux pruneaux, où il reprend 2’35’’ à ses rivaux médusés. L’hégémonie du Suisse, futur maillot jaune dans les cols pyrénéens, ne fait pourtant que commencer sur ce Tour de France 1951 où Fausto Coppi est diminué par le chagrin d’avoir perdu son frère cadet Serse, mort cinq jours avant le départ de Metz sur le Tour du Piémont.

1952, la télévision sur le Tour de France : les pionniers de la télévision sur la Grande Boucle sont Pierre Sabbagh et Georges de Caunes, des décennies avant les images magnifiques offertes par France Télévisions via des caméras ultra-modernes, des hélicoptères ou des avions relais.

1952, les larmes de Carrea et les primes doublées : en 1952, Coppi tutoye la perfection et s’attire tous les superlatifs par des victoires fabuleuses à l’Alpe d’Huez, Sestrières, Pau et au sommet du Puy-de-Dôme. L’ancien commis-charcutier de Novi Ligure impose sa férule avec une telle violence que Jacques Goddet est contraint de doubler les primes des accessits pour relancer la course après la traversée des Alpes … Loin de courir en épicier, Fausto Coppi avait montré sa puissance vers la citadelle de Namur. A Lausanne, son coéquipier italien Andrea Carrea se retrouve maillot jaune, fondant en larmes devant Coppi, pensant avoir réalisé un crime de lèse-majesté envers le Campionissimo qui le console tout en le félicitant.

1953, le bidon de plomb de Jean Robic : surnommé Tête de Cuir, le vainqueur du Tour de France 1947 avait trouvé une astuce diabolique pour compenser son faible poids dans les descentes. Afin de gagner en vitesse, Robic se leste d’un bidon de plomb pour alourdir son vélo de 10 kg dans la descente du col du Tourmalet …

1953, le Parc des Princes et le PTT commémorent le cinquantenaire du Tour de France : pour les 50 ans de la Grande Boucle, les PTT émettent un timbre d’une valeur de 12 francs. Quinze anciens vainqueurs sont réunis à l’arrivée au Parc des Princes, du pionnier Maurice Garin au triple lauréat et recordman d’alors, le Belge Philippe Thys, en passant par le Suisse Ferdi Kubler ou encore les vedettes françaises André Leducq et Antonin Magne.

1954, départ d’Amsterdam en écho à Jean Leulliot : en 1942, Jean Leulliot organise le Circuit de France, course en huit étapes. Malgré le soutien des autorités allemandes, l’organisation est difficile. Les industriels, soutenus par L’Auto sont réticents à s’engager. Leulliot va jusqu’à menacer le champion de France Émile Idée d’une visite de la Gestapo pour s’assurer de sa participation. Bien que Pierre Laval exprime sa satisfaction, la course est un fiasco. Cet ersatz de Tour de France provoque le courroux de Jacques Goddet, qui referme les portes de L’Auto à son journaliste qui se relance en prenant la direction de Paris-Nice mais surtout un créant un Tour de l’Europe. Afin de défendre les intérêts du Tour de France, Jacques Goddet met la Hollande à l’honneur en 1954 avec un départ d’Amsterdam, longue lignée de départs à l’étranger (1958 Bruxelles, 1965 Cologne, 1973 Scheveningen, 1978 Leiden, 1980 Francfort, 1982 Bâle, 1987 Berlin, 1989 et 2002 Luxembourg, 1992 San Sebastian, 1998 Dublin, 2004 et 2012 Liège, 2007 Londres, 2009 Monaco, 2010 Rotterdam, 2014 Leeds, 2015 Utrecht)

- 1954, la glace de Bahamontes : le Tour de France 1954 voit les débuts du grimpeur espagnol Federico Martin Bahamontes. Dans le col de Romeyère, celui qu’on surnomme déjà l’Aigle de Tolède fait la démonstration de ses incroyables qualités d’escaladeur. Piètre descendeur, Bahamontes ne vise que le classement du Grand Prix de la Montagne. C’est alors qu’après le sommet, le coureur castillan d’arrête pour déguster une glace à la vanille, regardant d’autres concurrents amorcer la descente, au km 115 de cette étape Lyon – Grenoble !

- 1954, Bobet sans maillot : en 1954, Louison Bobet est maillot jaune à Saint-Brieuc. Le soir même, le champion breton reçoit la visite de sa sœur et lui donne son maillot jaune. Mais Bobet a oublié que cette année-là les maillots fournis par l’organisation ne sont changés que tous les deux jours… et le lendemain était censé être le second jour pour ce maillot. Son soigneur Raymond Le Bert, qui habite non loin de là, repart vite à son domicile pour chercher un ancien maillot jaune que Louison lui a donné en 1953. Mais le maillot a rétréci au lavage. Bobet ne peut pas l’enfiler. On fait alors appel à un boxeur poids lourd de Saint-Brieuc, qui a pour tâche d’élargir le maillot jaune, ce dont il s’acquitte honorablement. Et Bobet put prendre le départ de l’étape suivante, vers Brest, avec un maillot jaune élargi.

1954, Bobet, Robic et le secret médical : en début de Tour de France, le docteur Berthy donne à Louison Bobet des infos sur Hugo Koblet, trahissant le secret médical. Bobet informe également Jean Robic de cet épisode. Ce dernier, blessé durant l’étape Rouen – Caen, refuse les soins du docteur Berthy, n’ayant plus confiance en sa déontologie …

- 1958, l’âne Marcel : non sélectionné par Marcel Bidot en équipe de France, Raphaël Geminiani décide de se venger. Au départ de Bruxelles, le coureur auvergnat réunit ses nouveaux équipiers de la sélection du Centre Midi, dont Henry Anglade ou Jean Dotto. Anquetil a exigé de Marcel Bidot de ne pas sélectionner le duo Bobet – Geminiani… “Ou Bobet, ou Geminiani, mais pas les deux !” avait dit Anquetil. Geminiani n’a même pas été contacté par Marcel Bidot qui a choisi Bobet après avoir rendu visite à ce dernier. A Bruxelles, Geminiani et ses équipiers se voient offrir un âne… que Geminiani décide de baptiser Marcel, maigre vengeance, mais consolation tout de même.

1958, Bahamontes s’offre son cadeau d’anniversaire à Luchon : né le 9 juillet 1928, l’Aigle de Tolède fête ses 30 ans par une victoire à Luchon, son premier succès d’étape sur le Tour de France.

1958, l’accident de Darrigade au Parc des Princes : l’ultime étape du Tour de France 1958 se termine au Parc des Princes, comme le veut la tradition à l’époque, et lors du sprint final André Darrigade heurte le chef jardinier. Si le champion aquitain s’en sort, l’infortuné chef jardinier meurt à l’hôpital de ses blessures.

1959, l’entrevue de Poigny-la-Forêt : en 1958, Raphaël Geminiani et l’équipe Sud-Ouest ont rendu utopique la victoire finale de l’équipe de France (diminuée par la congestion pulmonaire d’Anquetil). Pour éviter un nouveau fiasco, Marcel Bidot convoque à Poigny-la-Fôret les quatre meilleurs coureurs du pays, Raphaël Geminiani, Louison Bobet, Jacques Anquetil et Roger Rivière. Dans la cuisine de l’auberge des Trois Tilleuls, il est convenu dans un pacte d’entente cordiale que les deux anciens, l’Auvergnat et le Breton, serviront les deux jeunes, le Normand et le Stéphanois. Anquetil veut gagner à tout prix mais il finira troisième derrière l’Espagnol Federico Bahamontes et le Lyonnais Henry Anglade, membre d’une équipe régionale. Rivière, lui, finit quatrième tandis que Bobet abandonne en seigneur au sommet de l’Iseran. Le pacte, lui, fut un feu de paille …

1959, la cruelle élimination de Jean Robic à Châlons-sur-Saône : à 38 ans, Jean Robic est au crépuscule d’une belle carrière qui atteignit son pinacle en 1947 avec la victoire dans le Tour de France. EN 1959, Robic n’a comme ambition que de rallier Paris, avec une rage viscérale. Courant dans l’anonymat et déployant de prodigieux efforts pour se maintenir dans le peloton, le Breton arrive hors délais à Châlons-sur-Saône, où Brian Robinson a gagné l’étape. Tête de Cuir n’est pas repêché et lance la polémique, car le même Robinson a lui bénéficié, tel un gladiateur mourant, du pouce levé de l’empereur la veille à Annecy … C’est ainsi que la carrière de Biquet se termine sur le Tour de France, par une élimination sans gloire …

- 1959, le hors-bord d’Anquetil : l’équipe de France dirigée par Marcel Bidot a fière allure : Bobet, Geminiani, Anquetil et Rivière. Mais la rivalité exacerbée ronge l’entente cordiale exigée par le directeur sportif. Cela profite à Federico Bahamontes. Au final, Bobet abandonne, Anquetil finit troisième, Rivière quatrième. L’arrivée au Parc des Princes se solde par une véritable bronca contre l’équipe de France. Marqué par cet épisode, Anquetil, qui achète quelques jours plus tard un hors-bord, le baptisera Sifflet 59 !

1959, Baldini et Adriaenssens ex-aequo à la 6e place : l’édition 1959 voit la victoire de l’Espagnol Federico Bahamontes devant les Français Henry Anglade, Jacques Anquetil, Roger Rivière et François Mahé. La sixième place, à 10 minutes et 18 secondes du maillot jaune natif de Tolède, se partage entre un coureur italien, le recordman de l’heure Ercole Baldini, et un belge, Jan Adriaenssens.

- 1960, l’hommage de Colombey-les-Deux-Eglises : lors de l’avant-dernière étape, qui relie Besançon à Troyes, Jacques Goddet fait arrêter le peloton pour un hommage au général de Gaulle, alors président de la République. Le général souhaite bonne chance au maillot jaune Gastone Nencini. Certains coureurs étrangers, ne comprenant pas la raison de cet arrêt, vident leurs vessies dans Colombey ! Quant à Pierre Beuffeuil, lâché par le peloton avant de traverser le village du président, il en profite pour s’échapper et gagner l’étape à Troyes !

1961, les Nains de la Route : en 1961, Jacques Anquetil tire la quintessence de ses dons exceptionnels tandis que la concurrence est absente. 1960 a vu disparaître deux rivaux, Gérard Saint mort dans un accident de voiture et Roger Rivière dont la carrière et la colonne vertébrale se sont brisées dans la descente du col du Perjuret. Raymond Poulidor n’est pas sélectionné pour ce Tour de France 1961, où seul Charly Gaul représente une véritable menace pour le Normand. Résignés par l’impressionnante forme de Jacques Anquetil, ses rivaux escamotent la grande étape des quatre cols géants des Pyrénées : Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque. Furieux d’avoir vu une telle procession de losers et une telle absence de panache entre Luchon et Pau, Jacques Goddet se venge le lendemain matin par un éditorial au vitriol dans L’Equipe, éditorial intitulé Les Nains de la Route. : Les coureurs modernes, Anquetil excepté, sont d’affreux nains, sales, impuissants et satisfaits de leur médiocrité.

1962, le scandale du poisson avarié : au lendemain du chrono de Superbagnères, Nencini et Junkermann abandonnent, intoxiqués par du poisson avarié mais l’affaire est bien opaque, cachant sans doute des cas de dopage …

1962, Anquetil, Poulidor et la Caravelle : le contre-la-montre Bourgoin – Lyon consacre l’incontestable supériorité de Jacques Anquetil sur l’édition 1962. Parti 3 minutes avant le Normand, Raymond Poulidor s’écarte pour laisser passer le futur maillot jaune, et le commentaire de son directeur sportif Antonin Magne demeurera célèbre : Garez-vous, Raymond, et admirez la Caravelle qui passe !

-  1963, la simulation d’Anquetil vers Chamonix : sur une idée machiavélique de son directeur sportif Raphaël Geminiani, Anquetil simule un incident mécanique pour changer de vélo au sommet de la Forclaz. Vélo léger pour monter le col, vélo lourd pour descendre vers Chamonix et ainsi permettre au champion normand de vaincre son dauphin espagnol Federico Bahamontes. Le commissaire de course n’y vit que du feu, un mécanicien de l’équipe St Raphaël coupant la chaîne du vélo avec une pince préparée à l’avance à la demande du directeur sportif auvergnat …

- 1964, les prédictions funestes du mage Belline et le méchoui d’Andorre : le Giro fut une victoire à la Pyrrhus pour le Normand, avec un combat éprouvant dans la péninsule italienne. Anquetil veut faire le doublé Giro – Tour réussi en 1949 et 1952 par son idole Fausto Coppi, mais le mage Belline annonce que Jacques Anquetil se tuera avant d’atteindre Toulouse, terme d’une étape pyrénéenne partant d’Andorre. A Andorre, Anquetil souhaite conjurer cette malédiction en participant à un méchoui, où on le voit croquer avec appétit, en compagnie de Raphaël Geminiani, son directeur sportif. L’étape de Toulouse est homérique, Anquetil défaillant dans Envalira, secouru par Louis Rostollan, métamorphosé dans la descente… et finalement devant Poulidor dans la ville rose, le Limousin étant handicapé par un incident mécanique à l’approche de Toulouse. Oublié le sort du mage, le maillot jaune est proche pour le coureur normand !

- 1964, un pugilat sur la route de Hyères : lors de la dixième étape du Tour 1964, entre Monaco et Hyères, deux coureurs liquident leur stock d’injures. Spécialiste des queues de poisson dans le peloton, l’Italien Vito Taccone épuise rapidement son répertoire de noms d’oiseaux face à l’Espagnol Fernando Manzaneque. C’est dans la côte de Beauvallon que les deux coureurs en viennent finalement aux mains ! Echappant de peu à la mise hors course, Manzaneque avait aussi essuyé sa colère sur la direction du Tour, insultée comme Taccone… L’Espagnol finit ce Tour 1964 à la douzième place du classement général. En 1965, les organisateurs n’autorisent sa venue sur la Grande Boucle que dans les ultimes jours précédant le départ de Cologne.

- 1965, les bons comptes de Pezzi : pour sa première année professionnelle, chez Salvarani, Felice Gimondi termine troisième du Giro derrière Adorni et Motta. Suite à un forfait de dernière minute dans l’équipe Salvarani, Luciano Pezzi fait appel à Felice Gimondi pour le Tour de France 1965, dont Poulidor est le favori suprême en l’absence du quintuple vainqueur, Jacques Anquetil. Avant le départ de Cologne, Felice Gimondi veut absolument signer son contrat pour 1966. Pezzi le dissuade, le persuadant que sa valeur marchande explosera après le Tour. Le directeur sportif avoue à son coureur qu’il le voit exceller sur la Grande Boucle. Gimondi n’écoute pas Pezzi et signe son contrat avant le départ du Tour, pour une valeur de quatre milliards de lires. Un mois plus tard, après avoir muselé Poulidor au Ventoux et avoir affirmé sa suprématie au CLM du mont Revard, le jeune coureur bergamasque ramenait le maillot jaune à Paris… les spéculations de Pezzi étaient justes, mais il était trop tard pour Gimondi, qui avait paraphé son contrat chez Salvarani pour 1966 !

- 1967, l’affaire du Perroquet Vert : le Perroquet Vert est un restaurant situé dans le quartier de Montmartre, à Paris. C’est là qu’une partie de l’équipe de France se retrouve à dîner après la victoire de Roger Pingeon dans le Tour 1967. En début de soirée, Marcel Bidot a convié l’ensemble de l’équipe au restaurant la Closerie des Lilas, dans le quartier de Montparnasse. Jean Stablinski prend ensuite un taxi entre Montparnasse et Montmartre, accompagné par Raymond Riotte et Lucien Aimar. Au Perroquet Vert, Jacques Anquetil, reconverti en chroniqueur sportif pendant cette Grande Boucle, retrouve donc Jean Stablinski, son coéquipier en équipe de marques pendant le reste de la saison. Pendant ce mois de juillet 1967, Anquetil avait découvert la frustration du coureur ne disputant pas le Tour. De plus, il en voulait à Stablinski d’avoir aidé Roger Pingeon à gagner le Tour, et également d’avoir aidé Raymond Poulidor, dont la popularité montait en flèche auprès du public. Les retrouvailles furent donc tendues entre Stablinski et Anquetil… Ce dernier, qui avait commenté le Tour à la radio pour Europe 1, s’était rendu très impopulaire en déclarant au journal France-Dimanche que tous les cyclistes se dopaient. Cette déclaration d’Anquetil avait fait scandale dans le peloton, habitué à l’omerta sur ce sujet.

- 1967, le pain d’épice providentiel de Gimondi : dans l’ascension du Ballon d’Alsace, alors que Roger Pingeon est victime d’une fringale, son rival italien Felice Gimondi lui offre du pain d’épice. Orphelin de Raymond Poulidor complètement en perdition dans le sommet vosgien, Pingeon évite le pire et parvient à sauver son maillot jaune !

1967, Poulidor pour l’éternité au Parc des Princes : en 1967, le Tour de France arrive pour la dernière fois au Parc des Princes avant que les bulldozers ne détruisent le stade pour faire place au projet de Roger Taillibert, qui sera également l’architecte du stafde olympique de Montréal en vue des Jeux d’été de 1976. L’ultime étape est un chrono remporté par Raymond Poulidor, dont le temps reste gravé sur le tableau d’affichage jusqu’au début des travaux de démolition …

1968, le Tour de la Santé à Vittel : 1967 a vu la tragique disparition de Tom Simpson sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux. Trois décennies avant le concept de Tour du Renouveau inventé par Jean-Marie Leblanc, Jacques Goddet lance lui le Tour de la Santé en 1968, au départ de Vittel …

1969, la lanterne rouge se rebelle au Puy-de-Dôme : lanterne rouge après les Pyrénées où le Cannibale Eddy Merckx a asphyxié la course par sa stupéfiante victoire de Mourenx, Pierre Matignon l’emporte au sommet du Puy-de-Dôme, son dauphin sur l’étape étant le maillot jaune belge

1969, Merckx éclipsé par Apollo 11 : le départ de 1914 coïncidait avec l’attentat de Sarajevo (28 juin), l’arrivée du Tour de France 1969 au vélodrome de la Cipale à Vincennes coïncide avec la fête nationale belge en ce 21 juillet mais surtout avec l’arrivée sur la Lune de Neil Armstrong, Bull Aldrin et Michael Collins, équipage de la mission américaine Apollo 11.

1969, le mythe naissant du dossard 51 : Merckx en 1969, Ocaña en 1973, Thévenet en 1975, Hinault en 1978, le dossard 51 ramène le maillot jaune à Paris quatre fois en dix ans. Depuis 1979, ce dossard mythique, dossard anisé en référence au pastis 51 tant apprécié d’Antoine Blondin et Pierre Chany attend toujours la victoire mais a connu plusieurs podiums (2e avec Pedro Delgado en 1987, Gianni Bugno en 1991 ou Nairo Quintana en 2015, 3e avec Robert Alban en 1981 ou Vincenzo Nibali en 2012), de très beaux accessits (Sean Kelly 5e en 1984, Michael Boogerd 5e en 1998, Abraham Olano 6e en 1999), le maillot vert (Peter Sagan en 2014), le maillot à pois (Richard Virenque en 1995), le maillot jaune provisoire (Evgueni Berzin entre les Arcs et Sestrières en 1996, Laurent Jalabert entre Saint-Nazaire et Tours en 2000), des victoires d’étape (Delgado à Pau en 1986, Virenque à Cauterets en 1995, Berzin à Val d’Isère en 1996, Simoni à Loudenvielle en 2003, Hushovd à Lourdes et Gap en 2011) mais aussi beaucoup d’abandons (Pedro Delgado en 1986, Greg LeMond en 1992, Erik Breukink en 1993, Claudio Chiappucci en 1994, Luc Leblanc en 1997, Denis Menchov en 2007).

1970, l’éloge de Merckx pour Thévenet à la Mongie : Bernard Thévenet remporte à 22 ans sa première victoire d’étape sur la Grande Boucle à la Mongie, sur les pentes du col du Tourmalet. Cinq ans plus tard en 1975, le Français sera le tombeur d’Eddy Merckx parti à la conquête d’une sixième victoire record dans l’épreuve. Ironie du destin, sans savoir que Thévenet sera son bourreau en 1975, le Belge est élogieux pour le jeune espoir bourguignon après sa victoire pyrénéenne … Le Français avait été lâché dans la descente d’Aspin, mais il est revenu au pied du Tourmalet et il nous a distancés. Pour un coureur de 22 ans, ce n’est pas mal. Il ira loin !

1971, Merckx rend Gaston Defferre furieux : maté par Luis Ocaña sur la route d’Orcières-Merlette, Eddy Merckx est proche de l’estocade mais n’abdique pas. Ce n’est pas l’usure du pouvoir qui a vaincu le Belge mais un étincelant coureur espagnol insolent de facilité, nourri au nectar et l’ambroisie, et dévoré d’ambition à l’idée de vaincre l’ogre de Tervuren. L’étape suivante conduit le peloton à Marseille, dès le kilomètre zéro le double tenant du titre allume l’étincelle d’une échappée fleuve au lendemain de cet inoubliable camouflet. Rien ne sera jamais plus comme avant, avait écrit L’Equipe tant le choc avait été énorme. L’étape démarre sur les chapeaux de roue. L’échappée arrive avec deux heures d’avance sur le Vieux Port de Marseille, deux heures d’avance sur l’horaire le plus optimiste. Les techniciens de l’O.R.T.F étaient encore en train d’installer leur équipement pour la retransmission télévisée de l’arrivée dans la cité phocéenne. Le Pantagruel belge est battu au sprint par le coureur italien Luciano Armani mais a repris espoir, et surtout deux minutes à son rival espagnol. L’appétit colossal de victoires de Merckx est relancé par ce duel d’anthologie avec Ocaña, qui prendra fin dans la descente du col de Menté, avec le tragique abandon du maillot jaune espagnol sous la pluie des Pyrénées, loin du soleil implacable de Marseille où le maire Gaston Defferre est arrivé bien après Eddy Merckx et le peloton. N’ayant personne à saluer alors que les installations étaient en train d’être défaites, le socialiste Defferre ne tire aucun bénéfice politique de cette étape du Tour de Franec. Le premier magistrat de la cité provençale, Gaston Defferre, est donc furieux de cette arrivée et décrète que le Tour de France ne reviendra pas à Marseille tant qu’il en sera le premier édile … Le futur Ministre de l’Intérieur de François Mitterrand tiendra parole, et la Grande Boucle attendra 1989 pour revenir en terre marseillaise (victoire de Vincent Barteau le 14 juillet).

1972, Merlin Plage et l’enchanteur de l’immobilier : en 1972, le Tour de France fait étape à Merlin Plage, station balnéaire du littoral vendéen située près de Saint-Jean-de-Monts. Guy Merlin, promoteur immobilier, offrira entre 1976 et 1988 un appartement d’une valeur de 100 000 francs au maillot jaune du Tour de France, ce dont bénéficieront Lucien Van Impe, Bernard Thévenet, Bernard Hinault (cinq fois), Joop Zoetemelk, Laurent Fignon (deux fois), Greg LeMond, Stephen Roche et Pedro Delgado. La Grande Boucle fera trois fois étape à Merlin Plage, en 1972, 1975 et 1976.

- 1973, la découverte de Luis Ocaña : à la suite d’un entretien avec un ingénieur de Sud-Aviation, Ocana découvre le titane et utilise ce matériau jusqu’alors réservé à l’aéronautique. Coureur d’exception, l’Espagnol virtuose au regard de braise domine ce Tour 1973 de la tête et des épaules, en l’absence d’Eddy Merckx, qu’il avait failli battre en 1971.

1973, clin d’œil au vin d’apéritif Byrrh dans les Pyrénées Occidentales : comme Pernod, Byrrh faisait partie des premiers annonceurs de la caravane publicitaire dans les années 30. En 1973, une arrivée d’étape à Thuir fait clin d’œil à la ville où est fabriquée ce vin d’apéritif, et c’est le maillot jaune Luis Ocaña qui l’emporte.

- 1974, l’orgueil de Danguillaume : vainqueur d’étape au sommet du col du Tourmalet, Jean-Pierre Danguillaume est vexé de voir que le quotidien L’Equipe titre sur le duel Merckx / Poulidor, après que le Limousin ait repris 45 secondes au Cannibale. Le lendemain, Danguillaume remet le couvert et attaque, avant de s’imposer à Pau !

1975, le chocolat Poulain et le maillot blanc à pois rouges : l’idée la plus répandue sur l’origine du maillot distinctif du Grand Prix de la Montagne, apparu en 1975, est l’influence du sponsor Poulain, célèbre marque de chocolats … Il s’agissait en fait d’un hommage de Félix Lévitan à un cycliste sur piste des années 30, Henri Lemoine, qui portait souvent un maillot blanc à pois rouges.

1975, un deuxième Thévenet contre Eddy Merckx : c’est sans doute au Puy-du-Dôme que Merckx perd le Tour de France 1975, plus qu’à Pra-Loup. L’épée de Damoclès est tombée, le maillot jaune reçoit un coup de poing d’un certain Nello Breton. Battu par Bernard Thévenet vers Pra-Loup puis dans l’Izoard, Merckx affronte ensuite un deuxième Thévenet, Me Daniel Thévenet, avocat de Nello Breton …

1975, le réveil de Thévenet : vainqueur à Pra-Loup devant Gimondi, Thévenet a pris le maillot jaune des épaules d’Eddy Merckx. Pendant la nuit, le Bourguignon se réveille et voit un maillot jaune sur sa chaise. Instinctivement, Thévenet se croit dans la chambre de Merckx … L’anecdote en dit long sur le sentiment d’invincibilité que le Belge inspirait à ses adversaires, Eddy Merckx était devenu une forteresse imprenable, tel le Sphinx de la mythologie qui posait des énigmes insolubles aux passants, Œdipe excepté …

1975, le pèlerinage de Thévenet dans l’Izoard : la Casse Déserte est un lieu mythique du cyclisme et du Tour de France en particulier. Son décor lunaire dans le col de l’Izoard a été magnifié par les plus grands champions, Gino Bartali (1937,  1938), Fausto Coppi (1949), Louison Bobet (1953) ou encore Eddy Merckx (1972). C’est là que Bobet avait construit sa première victoire dans la Grande Boucle en juillet 1953. Enfant, le jeune Bernard Thévenet avait retenu comme parole d’évangile le mot du champion breton. Pour être un grand champion, il faut franchir la Casse Déserte et le sommet de l’Izoard seul en tête avec le maillot jaune sur le dos. Comme d’autres font leur pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle en partant de la basilique de Vézelay, d’Amiens ou du Mont Saint-Michel, Bernard Thévenet applique à la lettre la leçon de Bobet à la lettre en juillet 1975. Maillot jaune depuis l’étape de Pra-Loup la veille qui signe le crépuscule d’Eddy Merckx, Thévenet enfonce le clou sur la route de Briançon et passe, ceint de son nouveau maillot jaune, seul dans la Casse Déserte et au sommet de l’Izoard. Plus encore que sa victoire de Pra-Loup symbolique face au Cannibale belge, l’exploit de Briançon est le meilleur souvenir de Bernard Thévenet sur le Tour, même si la mémoire collective a d’abord retenu Pra-Loup et son incroyable épilogue dans les quatre derniers kilomètres …

- 1975, récompenses mutuelles pour Merckx et Poulidor : avant le départ de Charleroi, le maillot irisé Eddy Merckx est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, distinction remise par Pierre Mazeaud, Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, tandis que le gouvernement belge élève Raymond Poulidor à la dignité de Chevalier de l’Ordre de Léopold.

- 1975, l’arrivée sur les Champs-Elysées : en 1974, tout juste élu Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing multiplie les initiatives pour se rendre populaire : VGE joue de l’accordéon, ou va dîner dans des familles de Français moyens (dîners filmés par la télévision). Lors d’une rencontre fortuite avec Yves Mourousi à Chantilly, où le président est venu à titre prévu voir sa fille concourir dans un concours équestre, le journaliste suggère de créer une manifestation populaire sur les Champs-Elysées, style Tour de France. Le Président renvoie alors Mourousi vers son Ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski. L’affaire se fait rapidement en vue de l’édition 1975 de la Grande Boucle, et Jacques Goddet sort alors un vieux dossier jauni de son bureau, qu’il montre à Mourousi : il en avait eu l’idée dès 1947 pour la renaissance du Tour, mais les autorités de l’époque avaient refusé. En 1975, VGE salue sur le podium élyséen le maillot jaune Bernard Thévenet, son dauphin Eddy Merckx ainsi que le vainqueur d’étape Walter Godefroot.

1976, la vengeance d’Ocaña : l’Espagnol n’a jamais porté dans son cœur Joop Zoetemelk, sentiment renforcé par le malheureux épisode du col de Menté sur le Tour 1971. C’est en chutant à la poursuite de Merckx qu’Ocaña est percuté par le Néerlandais. En 1976, Cyrille Guimard invente un scénario machiavélique, faisant volontairement perdre le maillot jaune à Lucien Van Impe dans les Alpes pour mieux le reprendre dans les Pyrénées. Dans l’étape de Saint-Lary Soulan, le grimpeur belge reçoit le soutien du champion espagnol, qui pédale plus contre Zoetemelk que pour Van Impe, lequel gagnera ce Tour de France devant l’ancien dauphin de Merckx et futur dauphin d’Hinault …

1977, la pintade d’Antoine Blondin: de Bobet (1954) à Hinault (1982), tous les vainqueurs du Tour seront décrits par la plume virtuose d’Antoine Blondin, amoureux de la petite reine décédé en 1991. L’auteur d’un Singe en Hiver (immortalisé par Gabin et Belmondo en 1962 au cinéma) est resté célèbre pour l’Histoire de la pintade. Le célèbre chroniqueur du Tour de France eut un jour à se plaindre de la qualité des repas servis le soir aux suiveurs. Le lendemain, à l’hôtel, une pintade fut donc servie. Les jours passaient, les étapes aussi, les hôtels changeaient… tout changeait sauf le plat de résistance du dîner ! Les cuisiniers servaient toujours une pintade. N’y tenant plus, Blondin s’exclama devant tout le monde, un soir : Si cette pintade doit faire tout le Tour, qu’on lui mette un dossard !  La salle éclata de rire après cette intervention d’Antoine Blondin. La pintade fut aussitôt bannie de la table des suiveurs, Blondin se plaignant lors de l’étape d’Angers auprès de Félix Lévitan.

- 1977, le tuyau de Merckx : porteur du maillot jaune depuis l’Alpe d’Huez, Bernard Thévenet ne compte que 8 secondes d’avance sur Hennie Kuiper avant le contre-la-montre de Dijon, qui sera décisif. La veille de l’épreuve, Eddy Merckx croise Thévenet. Les deux hommes s’entendent bien. Le Cannibale renseigne le leader des Peugeot sur le braquet de Kuiper. “Combien de dents as-tu mis à l’arrière ?” demande Merckx. “Treize dents”, répond Thévenet. “Avec douze dents, Kuiper va aller plus vite que toi dans les descentes”, rétorque Merckx. Ecoutant le champion belge, Thévenet calque son braquet sur celui de son rival chez Raleigh, et arrivera en vainqueur sur le circuit automobile de Dijon-Prenois.

- 1977, Chirac, Thévenet et la pluie : à la veille de l’étape des Champs Elysées, Bernard Thévenet ne possède qu’une avance réduite sur son dauphin, Hennie Kuiper. La pluie qui s’abat sur les pavés de la capitale rend leur franchissement encore plus périlleux. Thévenet chute mais conserve les secondes suffisantes pour sauver son maillot jaune. Le voilà double vainqueur du Tour de France. Sur le podium, le nouveau maire de Paris, Jacques Chirac, confie au maillot jaune que la pluie fut un élément du suspense ! Thévenet confiera plus tard ce qu’il a pensé après la confidence du chef du RPR… Celui là, il n’a pas du rouler souvent sous la flotte !

1977, plébiscite pour Poulidor dans Sud-Ouest : le quotidien régional d’Aquitaine publie un sondage pour Noël. Les lecteurs plébiscitent le jeune retraité Raymond Poulidor en répondant à la question de savoir avec qui ils souhaiteraient passer le réveillon. L’homme aux 8 podiums sur le Tour de France entre 1962 et 1976 devance le socialiste François Mitterrand, le maire de Paris Jacques Chirac, le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, le Premier Ministre Raymond Barre et le marin Eric Tabarly.

- 1978, la poire de Michel Pollentier : vainqueur à l’Alpe d’Huez, le Belge Michel Pollentier triche lors d’un contrôle anti-dopage. Pollentier utilise une poire remplie d’une urine exogène, propre, celle de quelqu’un d’autre, mais le commissaire sportif ne tombe pas dans le piège. Nouveau maillot jaune, Pollentier est exclu du Tour sur-le-champ.

1978, la fausse rumeur Bicycle Race pour Queen : la légende veut que le groupe Queen de Freddie Mercury ait composé la chanson Bicycle Race (album Jazz sorti en 1978) à Nice. Mais le Tour de France 1978 n’est jamais passé par la cité azuréenne, tandis que le groupe anglais enregistrait souvent ses disques non pas sur la Riviera méditerranéenne mais sur la Riviera vaudoise, à Montreux, où une statue du chanteur né à Zanzibar est érigée depuis 1996, cinq ans après la mort du virtuose auteur de Bohemian Rhapsody.

- 1979, Bacchus s’invite sur le Tour : en 1979, alors que Bernard Hinault, ceint d’un maillot jaune qui semble devenu sa seconde peau, fonce tout droit vers un deuxième triomphe dans l’épreuve suprême du cyclisme, un spectateur promet au premier coureur passant devant sa propriété, à Echevronne, en Côte-d’Or, un trophée particulier… son poids en vin ! Le généreux pourvoyeur de vin bourguignon a préparé cinq caisses de vin pour sa récompense. Seulement trois trouveront preneur. Le coureur italien Sergio Parsani (futur directeur sportif chez Mapei), de gabarit modeste, est l’heureux vainqueur de ce trophée officieux, dans l’étape Saint-Priest – Dijon, qu’il remportera devant Gerrie Knetemann.

- 1979, le cheptel d’Agostinho : avant le départ du Tour, une histoire parvient jusqu’aux oreilles de Zoetemelk et Kuiper. Outre Hinault, il va leur falloir composer avec un autre rival… Joaquim Agostinho. Le coureur portugais, propriétaire d’un troupeau de génisses, a du parcourir plus de 80 kilomètres à pied dans la montagne pour retrouver une partie de son cheptel qui s’était éparpillé. La résistance et l’endurance retrouvée du coureur lusitanien, 3e du classement général en 1978, refont de lui un outsider.

- 1980, Hinault, réfugié à Lourdes : après son abandon à Pau, Hinault quitte de nuit l’hôtel de l’équipe Renault. Cyrille Guimard a demandé à Hubert Arbes, ancien coéquipier d’Hinault, d’accueillir ce dernier dans sa maison de Lourdes, à l’abri des journalistes. Comme Louis XVI qui avait fui vers Varennes en 1791, Hinault évite à tout prix le contact avec ceux dont il ne veut pas entendre parler, les journalistes ! A la différence du roi, Hinault ne se fit pas attraper …

1981, le spleen de René Vietto au départ de Nice : le Tour de France 1981 démarre de Nice mais l’ancien grimpeur René Vietto, natif de Cannes, regrette l’absence de coureurs azuréens. Décédé en 1988, Vietto ne verra pas émerger un certain Richard Virenque, septuple maillot à pois (1994, 1995, 1996, 1997, 1999, 2003 et 2004) et deux fois monté sur le podium de la Grande Boucle (3e en 1996 et 2e en 1997)

1982, la manifestation des ouvriers d’Usinor : l’étape contre-la-montre par équipes Orchies – Fontaines-au-Pire est interrompue par la manifestation des ouvriers d’Usinor, les organisateurs changent le parcours de l’étape Lorient – Nantes, avec un chrono par équipes Lorient – Plumelec de 69 kilomètres puis une étape en ligne Plumelec – Nantes.

1983, les pronostics de L’Equipe : quelques jours avant le début du Tour de France 1983, dix journalistes de la rubrique cyclisme de L’Equipe, parmi lesquels Pierre Chany, Jean-Marie Leblanc, Philippe Bouvet ou encore Patrick Chêne, se livrent au jeu des pronostics sur le futur top 10 du classement général d’une Grande Boucle orpheline de Bernard Hinault blessé au genou après une Vuelta victorieuse. Le nom de Laurent Fignon, vainqueur surprise de ce Tour 1983, ne va apparaître qu’à une seule reprise sur dix listes de coureurs. Le jeune francilien, qui n’a pas encore fêté ses 23 ans, est nommé 10e du classement pronostiqué par Philippe Bouvet, chaque journaliste ayant droit à un clin d’œil.

1983, l’ère Open du Tour de France : afin d’attirer les coureurs amateurs tels que les Colombiens et Pacte de Varsovie, Félix Lévitan décide. Les années suivantes lui donnent raison avec les exploits du Colombien Luis Herrera (victorieux à l’Alpe d’Huez en 1984, à Avoriaz en 1985, maillot à pois en 1985 et 1987), de son compatriote Fabio Parra (3e en 1988) et des coureurs soviétiques (Djamolidine Abdoujaparov maillot vert en 1991, 1993 et 1994, Dimitri Konyshev lauréat de l’étape des Champs-Elysées en 1991)

1984, Dustin Hoffman débarque sur le Tour : l’acteur américain, star du Lauréat (1967), de Little Big Man (1970), des Chiens de Paille (1971), de Papillon (1973), des Hommes du Président (1976), de Marathon Man (1976) ou encore de Tootsie (1982), suit plusieurs étapes en vue d’un projet de film appelé Le Maillot Jaune. Le film ne verra jamais le jour mais Hoffman jouera un rôle dans le film The Program (sortie française le 23 septembre 2015) de Stephen Frears consacré à Lance Armstrong.

1984, le drame de Carlo Tonon dans Joux-Plane : loin de Fignon, Hinault, LeMond, Kelly ou Herrera, Carlo Tonon fait partie des anonymes du peloton de la 71e édition du Tour de France, en juillet 1984. Dans la descente du col de Joux-Plane, l’infortuné coureur italien de  Carrera percute un spectateur à vélo. Alors que la plupart des médecins se donnent 48 heures pour faire un pronostic sur le malheureux Tonon, le verdict est terrible à l’hôpital d’Annecy pour le directeur sportif Davide Boifava de la part d’un docteur, off the record : Regardez bien votre coureur, il faudrait un miracle pour qu’il passe la nuit. Pourtant, Tonon s’accroche. Il reste dans le coma pendant trois semaines. La presse renonce à donner de ses nouvelles, si bien qu’une partie du public l’imagine déjà en chambre froide. Les

  1. avatar
    16 décembre 2015 a 20 h 56 min

    Dommage, il semble que l’article soit coupé.

  2. avatar
    17 décembre 2015 a 16 h 15 min

    Salut Fabrice, le voici en entier (V3 de l’article avec des anecdotes sur l’inoubliable Antoine Blondin, la version coupée étant la V2) :

    Quelques anecdotes et légendes de la très longue histoire plus que centenaire de la Grande Boucle, en coulisses des exploits des géants de la petite reine et autres forçats de la route …
    - 1903, l’affaire Dreyfus comme origine : fondateur de Paris-Brest-Paris, Pierre Giffard dirigeait le quotidien Le Vélo et était dreyfusard. Son mécène via la publicité, le comte de Dion, était lui farouchement anti-dreyfusard et décida de financer (avec le baron de Zuylen président de l’Automobile Club de France) le journal rival L’Auto-Vélo, qui paraît le 16 octobre 1900 année des Jeux Olympiques de Paris et de l’Exposition Universelle. Le quotidien deviendra L’Auto en 1903 après un procès gagné par Giffard contre Henri Desgrange et son associé Victor Goddet. Pour ruiner Le Vélo, L’Auto créera le Tour de France ne 1903, idée venue le 20 novembre 1902 lors d’un dîner entre Henri Desgrange, Victor Goddet et Géo Lefèvre. Le 1er juillet 1903, le premier Tour de France s’élance de Montgeron devant l’auberge du Réveil-Matin. Seulement six étapes composent le parcours de cette première édition, vers Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Nantes puis Ville d’Avray (Paris). Le Petit Ramoneur d’origine italienne, Maurice Garin, devient le premier lauréat du Tour de France cycliste. La popularité de l’épreuve assure la pérennité de L’Auto via des ventes colossales, tandis que Le Vélo se voit porter l’estocade fatale, après les banderilles du comte de Dion …
    - 1904, des clous sur la route de Nîmes : après l’exclusion de Payan, ses supporters se muent en hooligans dans l’étape Lyon – Nîmes. Des menaces de mort sont proférées envers Maurice Garin et des clous sont dispersés sur la route menant à Nîmes. Un guet-apens piège certains coureurs, contraints de se déguiser en garçons de café. Avec un sens de la dérision certain, Maurice Gardin indique qu’il pense gagner son deuxième Tour de France s’il n’est pas assassiné d’ici Paris. Ce sera le cas mais Garin sera déclassé quatre mois après l’arrivée, devenant le premier lauréat disqualifié sur tapis vert, plus de cent ans avant Floyd Landis (2006 au profit d’Oscar Pereiro), Alberto Contador (2010 au bénéfice d’Andy Schleck) et bien entendu Lance Armstrong en 2012 (1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 au bénéfice de personne, le palmarès du Tour laissant sept années sans maillot jaune sur décision sage de l’UCI, vu les controverses autour des dauphins du Texan, d’Alex Zülle à Jan Ullrich en passant par Andreas Klöden ou encore Ivan Basso)
    – 1905, un Tour de France par points : jusqu’en 1912, le Tour de France se court non pas au temps mais par points, dans une sorte d’ancêtre du classement par points lancé en 1953 avec un maillot vert distinctif du maillot jaune au temps.
    - 1906, Metz première ville étrangère du Tour : en 1870, la France de Napoléon III perd la guerre contre la Prusse de Bismarck, qui annexe deux régions, l’Alsace et la Lorraine. Jusqu’en 1918 et la victoire des Alliés dans la Grande Guerre, les villes de Mulhouse, Nancy, Strasbourg et Metz seront allemandes et non plus françaises. Cette défaite de 1870 a marqué Henri Desgrange, bonapartiste convaincu et le parcours du 4e Tour de France, en 1906, passe par la ville de Metz, première ville étrangère bien que française historiquement.
    - 1907, le pseudonyme de l’Argentin : double vainqueur du Tour de France en 1907 et 1908, Lucien Petit-Breton utilisait un pseudonyme, son vrai nom étant Lucien Mazan, lui qui avait grandi en Argentine et dont les parents ne supportaient pas ses activités cyclistes, détestant ce sport et qualifiant ses athlètes de saltimbanques …
    – 1910, journée de repos fatale à Nice : en 1910, la journée de repos sur la Promenade des Anglais tourne au drame pour le coureur Adolphe Hélière qui avait à peine 19 ans. Au départ, des lecteurs de L’Auto ont parié 100 francs que le petit mécanicien ne pourrait pas couvrir plus de trois étapes. Or, il pédale encore entre Grenoble et Nice. A travers les cols, il s’apitoie sur ses adversaires blessés et s’arrête même pour en jucher un sur ses épaules et le déposer dans une ferme. A son tour, il essuie les crevaisons et chute à cause d’un cheval. Il termine dans les huit derniers. Au bord de l’eau, le Rennais s’endort à la belle étoile. Fatigue extrême ou manque d’argent pour se payer un lit ? Hélière n’est pas un as du peloton : il fait partie des «isolés», qui portent bien leur nom. Le lendemain, jour de repos, il place ses économies dans un bon déjeuner et, luxe suprême, s’offre une crème glacée. Quand il décide de se baigner, il est foudroyé par une hydrocution. Les coureurs, les organisateurs et les spectateurs se cotisent : dix mois plus tard, le corps peut enfin être inhumé en Bretagne.
    – 1910, les assassins du Tourmalet : la montagne apparaissant dès 1905 sur le Tour de France via les Vosges ou le Col de la République, Henri Desgrange et Géo Lefèvre inaugurent les cols pyrénéens en 1910 à l’occasion de la 8e édition, avec ce calvaire qu’est le col du Tourmalet. La formule d’Octave Lapize est demeurée célèbre après être passé en tête au sommet du prestigieux col : Vous êtes des assassins !!
    – 1911, les bandits du Galibier : un an après les Pyrénées magnifiées par Roland à Roncevaux, c’est dans les Alpes traversées par les éléphants d’Hannibal le Carthaginois que le Tour de France passe pour d’autres joutes d’anthologie … Dithyrambique, Henri Desgrange s’enflamme sur le col du Galibier dans les colonnes de L’Auto à l’occasion d’un éditorial de légende, avec une phrase demeurée célèbre : Ô, Sappey ! Ô, Bayard ! Ô, Laffrey ! Ô, Tourmalet ! Je ne faillirai pas à mon devoir en proclamant qu’à côté du Galibier, vous n’êtes que de la vulgaire et pâle bibine. Distancé dans l’ascension de ce col, Gustave Garrigou traite les organisateurs de bandits, dans un remake de la phrase choc d’Octave Lapize en 1910.
    – 1911, l’étrange empoisonnement de Duboc : favori de l’épreuve en 1911, Paul Duboc voltige dans les cols et rien ni personne ne semble vouloir l’arrêter tant ce virtuose de la montagne éclabousse de sa classe la course dans le Tourmalet, jusqu’à ce qu’il soit victime de terribles douleurs d’estomac et de vomissements après avoir bu un bidon pris au ravitaillement d’Argelès. Passant du Capitole à la Roche Tarpéienne dans cette étape Luchon – Bayonne qui devait lui ouvrir les portes de la victoire finale, Duboc perd 45 minutes dans ce coup du sort, et ne sera finalement que le dauphin de Gustave Garrigou, sans que l’on sache si le coureur avait été ou non volontairement empoisonné …
    - 1913, l’odyssée d’Eugène Christophe : le coureur français brise sa fourche dans les Pyrénées. Cet incident est la conséquence du fait qu’Eugène Christophe ait été renversé par une voiture dans la descente du col du Tourmalet. Après avoir parcouru 14 kms à pied, Christophe effectue une réparation de fortune chez un forgeron de Sainte-Marie-de-Campan. Une plaque commémore désormais cet acte de légende. En 1919, Christophe, premier maillot jaune de l’Histoire, casse à nouveau sa fourche. Perdant plus d’une heure à la réparer seul, sans assistance, il cède le maillot à Firmin Lambot dans l’étape Metz – Dunkerque, la veille de l’arrivée à Paris… Coureur maudit, Christophe brise à nouveau une fourche en 1922, dans la descente du col du Galibier, alors enneigée, rejoignant Saint-Jean-de-Maurienne, sur le vélo d’un prêtre !
    - 1914, un dernier Tour avant la guerre : le départ est donné de Saint-Cloud le dimanche 28 juin 1914, le jour de l’attentat de Sarajevo où l’archiduc François-Ferdinand, héritier de l’empire austro-hongrois, est assassiné dans cette ville des Balkans par un nationaliste serbe. L’escalade vers la guerre est inéluctable dans une Europe où la montée des nationalismes n’a cessé. Philippe Thys l’emporte à Paris le 26 juillet, cinq jours avant l’assassinat de Jean Jaurès le 31 juillet 1914 au Café du Croissant, soit la veille du débit du conflit mondial. Plusieurs vainqueurs du Tour de France vont participer à la Grande Guerre et y mourir, tels l’aviateur Octave Lapize en 1917, le cheminot Lucien Mazan (alias Petit-Breton) en 1917 également ou encore le Luxembourgeois François Faber, membre de la Légion Etrangère disparu en 1915, son corps n’étant jamais retrouvé.
    – 1924, l’abandon des frères Pélissier à Coutances et l’interview d’Albert Londres : célèbre journaliste, Albert Londres revient de Guyane où il a rencontré en 1923 près de Cayenne les pensionnaires du bagne, puis d’Afrique du Nord où il a décrit les terribles conditions des forçats. Le reporter du Petit Parisien interviewe les frères Pélissier à Coutances lors de l’édition 1924, Henri et Francis font un grand déballage sur le dopage. Tenant du titre, Henri Pélissier abandonne dès la troisième étape pour protester contre le règlement d’Henri Desgrange, qui interdit de se délester d’un maillot. Or Henri Pélissier portait plusieurs maillots pour s’adapter à la température extérieure. Les mauvaises langues indiquent que l’abandon de Coutances fut programmé pour éviter un camouflet face au champion italien Ottavio Bottecchia.
    – 1926, un hôtel nommé Aubisque pour Lucien Buysse : vainqueur du Tour de France en 1926, le Belge Lucien Buysse surmonta la douleur d’avoir perdu sa fille aînée avant le départ. En souvenir de son exploit dans l’Aubisque qui lui assura le maillot jaune, il baptisa du nom du col pyrénéen l’hôtel dont il fit ensuite l’acquisition dans la ville de Watern, située dans sa Flandre natale.
    - 1926, premier départ en province : c’est la station thermale d’Evian, sur la rive Sud du Lac Léman, qui obtient le privilège d’être la première ville de province à organiser le départ du Tour de France, en 1926. Il faudra attendre 1951 (Metz) pour revoir un départ en dehors de Paris. A l’époque, le parcours fit tout de même une boucle parfaite d’Evian vers Evian, avant deux étapes finales vers Dijon puis Paris.
    - 1928, Nicolas Frantz et le calvaire de Charleville : ayant cassé son vélo au cours de l’étape Metz – Charleville, le tenant du titre Nicolas Frantz parcourt les 100 derniers kilomètres sur un vélo de femme, bien trop petit pour lui. Finissant l’étape tant bien que mal à 27 km/h de moyenne, le maillot jaune perd 28 minutes sur son dauphin ce jour là, mais le Luxembourgeois, leader de l’armada Alcyon, conserve cependant la première place du classement général.
    - 1930, le passage aux équipes nationales : en 1929, le Belge Maurice de Waele gagne le Tour de France avec l’équipe Alcyon. Bien que malade à Grenoble, à deux doigts de l’abandon, De Waele est aidé par ses coéquipiers à la limite du règlement. Alcyon bloque une course que gagne le maillot jaune, vertement critiqué par Henri Desgrange. On a fait gagner un cadavre, vocifère le directeur du Tour et de l’Auto, la course passant en 1930 à la formule des équipes nationales. André Leducq et l’équipe de France sont les premiers à en profiter en 1930.
    – 1932, André Leducq reconnu pendant la Guerre : en 1932, André Leducq remporte son deuxième Tour de France devant un coureur allemand, Kurt Stöpel. Pendant l’Occupation alors qu’il distribue des tracts pour la Résistance, André Leducq est reconnu par un officier allemand qui le libère après l’avoir complimenté de sa victoire de 1932 …
    - 1933, l’improbable doublé Tour – Mondial de Georges Speicher : vainqueur du Tour de France puis champion du monde à Monthléry en 1933, le Français Georges Speicher (26 ans) n’était professionnel que depuis la saison précédente. Ancien nageur, il avait appris à monter à vélo à 17 ans pour répondre à une offre d’emploi et travailler comme garçon de course, avant de prendre une licence au vélo-club de Levallois.
    - 1934, René Vietto abandonné à son sort dans le col du Puymorens : à 20 ans, René Vietto, jeune grimpeur né à Cannes, dispute son premier Tour de France. Il sacrifie ses propres chances au profit d’Antonin Magne, perdant une demi-heure après avoir donné sa roue avant puis son vélo au leader de l’équipe de France. Malheureusement pour lui, le Roi René ne gagnera jamais le Tour de France, faisant partie des champions sans couronne : Vietto, Rivière, Poulidor, Agostinho, Herrera, Hampsten, Breukink, Chiappucci, Zülle, Heras, Vinokourov …
    – 1935, la mort de Francisco Cepeda : l’Espagnol fut, en 1935, le premier coureur tué en course. Soixante ans avant Casartelli, il chute dans la descente du Lautaret. Une vieille photo le montre qui essaie de repartir, poussé par des supporteurs. Tel Simpson, il s’écroule quelques mètres plus loin. Aussitôt, il faut frotter les traces de sang. Le lendemain matin, Francesco Cepeda est déclaré hors de danger par L’Auto, le quotidien qui patronne l’épreuve. Il succombe deux jours plus tard à ses blessures à la clinique de Grenoble. Etouffée, l’affaire embarrasse fortement les organisateurs du Tour. L’accident a pour cause un matériel défectueux : de nouvelles jantes en duralumin fournies aux participants. Plus léger et plus rigide que le bois, cet alliage a l’inconvénient majeur de s’échauffer, d’où l’arrachage des pneumatiques – les boyaux. La température s’élève surtout dans les descentes, sous l’effet du freinage. Pour réparer une crevaison, les coureurs se brûlent les doigts. Ils exigent le retour des anciennes jantes. Mais l’organisation, tenue par un contrat de sponsoring avec la Société d’aluminium, cède trop tard aux revendications. Le timide Cepeda, qui faisait le Tour par passion et gagnait sa vie comme commerçant et juge municipal en Espagne, a éclaté son boyau avant.
    – 1937, l’abandon programmé de Gino Bartali : vainqueur du Giro en 1937, le grimpeur toscan Gino Bartali vient tenter le doublé en France sur ordre du Duce Benito Mussolini. Le sport est soumis au diktat de la propagande fasciste. Henri Desgrange a même modifié le règlement en faisant accepter le dérailleur, mais 1937 ne sera pas l’année de Bartali malgré sa démonstration en montagne. Rome ordonne le retour de son champion en Italie pour éviter la défaite. Bartali prend à contre coeur le train du déshonneur entre Marseille et Florence, mais reviendra en 1938 pour un triomphe dans l’Hexagone, un mois après un Giro que le régime fasciste l’aura forcé à ne pas disputer …
    - 1938, l’ex-aequo du Parc des Princes : à Paris, les deux coureurs français les plus populaires, André Leducq (double vainqueur du Tour en 1930 et 1932) et Antonin Magne (également double lauréat de l’épreuve, en 1931 et 1934), arrivent ex-aequo sur le vélodrome du Parc en se tenant chacun par l’épaule et, fait exceptionnel, ne sont pas départagés par les commissaires de course. Le Tour de France, quant à lui, est remporté sans discussion par l’Italien Gino Bartali, grimpeur virtuose qui a écrasé la course dans l’Izoard.
    - 1942, le rôle obscur de Jacques Goddet au Vélodrome d’Hiver : tristement célèbre pour la rafle des 16 et 17 juillet 1942, le Vél. d’Hiv était situé dans le XVe arrondissement de Paris, rue Nélaton, où une plaque commémorative subsiste toujours. Détruit en mai 1959, le vélodrome d’hiver a longtemps hanté Jacques Goddet, qui en était l’administrateur au moment de la rafle, sous l’Occupation nazie. On a souvent reproché, après la guerre, au patron de L’Equipe son rôle au moment de la rafle, mais dès février 1941 Jacques Goddet n’avait plus aucun pouvoir concret sur le vélodrome, contrôlé par les Allemands. Attaché au lieu qui avait été la propriété d’Henri Desgrange et de son père, Victor Goddet, Jacques Goddet aurait sauvé des Juifs de l’horrible en juillet 1942, mais l’utilisation du conditionnel reste primordiale, tant le rôle joué par le futur directeur du Tour de France reste flou. La police française, via René Bousquet, avait parqué 8 000 Juifs, déportés vers le camp d’extermination d’Auschwitz Birkenau, en Pologne.
    - 1945, Coppi sauvé in extremis de la mort en camion : prisonnier des Anglais depuis le 17 mai 1943 au Cap Bon en Tunisie, le soldat Coppi rentre en Italie à Naples, puis est libéré à Caserte par un certain lieutenant TOwell. Remontant vers le Nord de la péninsule en camion, il est expulsé du véhicule surchargé par un dos d’âne, quelques hectomètres avant que le dit camion ne chute au fond d’un ravin …
    - 1946, Monaco – Paris grâce à Maurice Goddet : frère aîné de Jacques, Maurice Goddet vécut en Principauté de Monaco. En 1946, la course Monaco – Paris fut une sorte de répétition générale avant la renaissance du phénix Tour de France en 1947. C’est grâce à Maurice Goddet que le départ fut donné du Rocher monégasque.
    - 1947, le casque colonial de Jacques Goddet : après l’intérim de 1936, Jacques Goddet est désormais l’unique directeur du Tour de France suite au décès d’Henri Desgrange en 1940. Le patron de L’Equipe arbore un chapeau colonial digne d’un notable anglais exilé aux Indes britanniques, chapeau colonial que l’on retrouvera avec Alec Guinness, l’inoubliable colonel Nicholson du Pont de la Rivière Kwaï (Oscar du meilleur fil en 1957).
    - 1947, le mariage porte-bonheur de Robic : la veille du départ du Tour 1947, Jean Robic épouse Raymonde, jeune fille dont les parents sont tenanciers d’un bar, Au Rendez-Vous des Bretons, à proximité de la gare Montparnasse. Le lendemain de sa nuit de noces, Biquet se lève à 7 heures du matin pour faire quelques kilomètres en vélo. Avant le départ, Robic promet à son épouse la chose suivante… Je n’ai pas de dot à t’offrir mais nous seront riches. Je te rapporterai le premier prix du Tour de France ! 500 000 Francs qui changeront notre vie. Le Tour quitte ensuite la capitale. Trois semaines plus tard, Robic tient parole et revient à Paris pour y ceindre le maillot jaune à l’ultime étape, devant le public du Parc des Princes.
    - 1947, le cidre de Vietto : dans le contre-la-montre Vannes – Saint-Brieuc (139 km), le roi René perd le Tour de France, jambes coupées. La moto accidentée de son ami Jean Leulliot lui aurait détruit le moral. En 1981, une autre version parvient aux oreilles de Louis Nucera, écrivain niçois amoureux du cyclisme, ami de l’ancien grimpeur. Un Breton, alors adolescent, s’accuse d’avoir donné un bidon de cidre à Vietto, pour se venger de propos arrogants que ce dernier aurait tenu sur Jean Robic. Or, le cidre, comme tout Breton le sait, est l’ennemi n°1 de la bicyclette !
    – 1947, les bons comptes d’Edouard Fachleitner : l’étape parisienne de 1947 fut celle du renversement du maillot jaune Pierre Brambilla par Jean Robic, mais la légende veut que le Breton eut versé 100 000 francs de l’époque à son compagnon d’échappée, Edouard Fachleitner, membre de l’équipe de France, Robic étant lui leader de l’équipe régionale de l’Ouest.
    - 1948, le coup de fil de Gasperi : alors que le Tour arrive à Cannes, la situation politique se dégrade fortement en Italie. Le député communiste Palmiro Togliatti a été victime d’un attentat. Gino Bartali, meilleur espoir de victoire finale pour la Squadra Azzurra, reçoit un appel téléphonique du président du Conseil, Alcide de Gasperi. Ce dernier ne pose qu’une question à l’Homme de Fer : Gino, penses-tu pouvoir gagner ce Tour ? A cette seule phrase, Bartali comprend la mission fixée par Gasperi, ramener le maillot jaune à Paris pour détourner l’attention des Italiens, éviter que l’affaire Togliatti ne fasse exploser la péninsule… Impérial dans les Alpes, Bartali sort en triomphateur de la montagne, en maillot jaune hégémonique.
    - 1949, le pacte de non-agression de Chiavari : avec diplomatie, Alfredo Binda convainc Fausto Coppi et Gino Bartali de démarrer le Tour de France 1949 unis et de s’expliquer seulement dans les Alpes, quand ils auront course gagnée pour la Squadra Azzurra. Entamées le 16 juin 1949 à l’hôtel Andreola de Milan, les discussions entre Coppi, Bartali et Binda se terminent près de Portofino sur la Riviera ligure avec le célèbre pacte de non-agression de Chiavari. Malgré Robic ou Kubler, les deux superstars italiennes vont écraser l’édition 1949, notamment en montagne où l’opposition sera laminée par leur virtuosité et leur aisances dans les cols.
    – 1949, un monument Henri Desgrange au col du Galibier : mort en 1940, le père du Tour était un ardent défenseur du col du Galibier, à nul autre pareil selon lui … Une stèle en l’honneur d’Henri Desgrange est ainsi inaugurée en présence du double vainqueur du Tour, André Leducq, à 2 645 mètres d’altitude.
    – 1950, Orson Welles donne le départ : réalisateur prodige de Citizen Kane, de la Splendeur des Amberson ou encore de la Dame de Shanghaï, le cinéaste américain Orson Welles est au départ du Tour de France 1950 avec Jacques Goddet, suivant l’étape Paris – Metz dans la voiture du directeur de course. Le spectacle auquel j’ai assisté est digne d’une superproduction de Hollywood.
    - 1950, couteau, saucisson et un parcours élagué sur la Riviera : dans les Pyrénées, Gino Bartali est agressé par des spectateurs lui reprochant d’avoir fait tomber Jean Robic. La scène se déroule dans le col d’Aspin, où deux spectateurs se précipitent sur l’Homme de Fer, couteau et saucisson à la main… Pourtant, cet épisode malheureux n’empêche pas le grimpeur toscan d’enlever la victoire ce jour là. A l’arrivée de l’étape, à Saint-Gaudens, Bartali décrète que l’équipe d’Italie se retire, ce qui provoque le retrait des cadetti Italiens, où évolue le maillot jaune du Tour, Fiorenzo Magni (vainqueur du Giro en 1948). Par peur des représailles, Jacques Goddet décide alors de raccourcir la quinzième étape Toulon-San Remo, qui s’arrêtera finalement à Menton, juste avant la frontière italienne.
    - 1950, la fausse cuite de Zaaf : le coureur nord-africain, dans l’étape Perpignan-Nîmes, manque de s’évanouir et se repose contre un arbre. Certains le croient ivres, mais en tant que musulman, Abdelkader Zaaf n’avait pas bu une seule goutte d’alcool. Dans cette région viticole, des supporters l’avaient aspergé de pinard… ce qui l’avait conduit à un état second et à l’abandon !
    - 1950, le bain de Sainte-Maxime : durant la quatorzième étape, qui conduit les coureurs de Toulon à Menton, la chaleur est accablante. Malgré la proximité de la côte méditerranéenne, le peloton souffre, à la recherche de la moindre fontaine ou d’un jet d’eau. A Sainte-Maxime, Apo Lazaridès donne le signal d’une baignade générale. 62 coureurs vont se rafraîchir dans la Mare Nostrum, sous le regard réprobateur de Jacques Goddet, directeur du Tour. Certains coureurs ne prirent même pas la peine de descendre de leur vélo et se trempèrent pieds aux pédales !
    – 1950, le vainqueur et son dauphin réunis chez Swiss Air : suite au renoncement de Bartali entraînant l’abandon de Magni, Ferdi Kübler remporte le Tour de France 1950, rejoignant dans le contre-la-montre de Genève son dauphin, Louison Bobet. Les deux hommes seront réunis plus tard par la proximité de leurs proches chez Swiss Air. Le fils de Louison, Philippe Bobet, y sera commandant de bord, deuxième épouse de Ferdi hôtesse de l’air, loin du triple vainqueur du Tour, qui ouvrira après sa retraite deux centres de thalassothérapie, premièrement à Quiberon puis à Biarritz.
    - 1951, la minute de Monsieur Adam : dans un Tour dominé par Hugo Koblet, coureur suisse, on ne peut pas dire que la précision helvétique fut au rendez-vous pour le chronométrage. Raoul Adam officie en tant que chronométreur sur la première étape contre-la-montre de cette édition 1951. La victoire revient au final à Louison Bobet. Hugo Koblet est surpris d’être classé aussi loin alors qu’il a terminé le parcours fort honorablement, malgré la fatigue. Il constate qu’il termine à 5’44’’ devant Bernardo Ruiz, qu’il a dépassé, alors que le coureur espagnol était parti six minutes avant lui. Koblet demande à Jacques Goddet de vérifier le chronométrage. M. Adam est convoqué par le jury. Les commissaires se rendent vite à l’évidence, le temps de Koblet a été injustement majoré d’une minute. La victoire est rendue au coureur suisse. Marqué par l’effort, Koblet sort de cette étape avec un appétit d’ogre. A deux heures du matin, il s’en va réveiller Alex Burtin. La faim le tenaille. Le directeur sportif doit se lever pour aller chercher à son coureur un poulet en gelée qu’il déniche, après plusieurs détours, au buffet de la gare d’Angers… “Adam n’a pu désigner le premier homme” se moquent les gazettes du lendemain.
    - 1951, les fleurs de Koblet pour le 14 juillet : la fête nationale française ne laisse pas l’équipe suisse insensible, et Hugo Koblet offre des fleurs à Louison Bobet ainsi qu’à toute l’équipe de France avant le départ de l’étape Clermont-Ferrand – Brive.
    - 1951, Ray Sugar Robinson au départ de Brive-Agen, et la victoire par KO de Koblet face au peloton : boxeur d’exception, l’Américain Robinson a mis KO un certain Jake La Motta le 14 février 1951 lors du massacre de la Saint-Valentin, une rivalité immortalisée par Scorsese et De Niro dans Raging Bull. Invité par le maire de Brive à donner le départ de l’étape, Robinson a inauguré une plaque en l’honneur de Marcel Cerdan, un square portant le nom du bombardier marocain dans la cité corrézienne. Une étape d’anthologie vient de se lancer, et le Suisse Hugo Koblet nous sort un OVNI de panache en s’échappant du peloton sur le plat vers Agen. Coppi, Bartali, Geminiani et Bobet ont beau se relayer comme des forcenés en tête du peloton, Hugo Koblet résiste et réalise l’exploit du siècle dans la cité aux pruneaux, où il reprend 2’35’’ à ses rivaux médusés. L’hégémonie du Suisse, futur maillot jaune dans les cols pyrénéens, ne fait pourtant que commencer sur ce Tour de France 1951 où Fausto Coppi est diminué par le chagrin d’avoir perdu son frère cadet Serse, mort cinq jours avant le départ de Metz sur le Tour du Piémont.
    - 1952, la télévision sur le Tour de France : les pionniers de la télévision sur la Grande Boucle sont Pierre Sabbagh et Georges de Caunes, des décennies avant les images magnifiques offertes par France Télévisions via des caméras ultra-modernes, des hélicoptères ou des avions relais.
    - 1952, les larmes de Carrea et les primes doublées : en 1952, Coppi tutoye la perfection et s’attire tous les superlatifs par des victoires fabuleuses à l’Alpe d’Huez, Sestrières, Pau et au sommet du Puy-de-Dôme. L’ancien commis-charcutier de Novi Ligure impose sa férule avec une telle violence que Jacques Goddet est contraint de doubler les primes des accessits pour relancer la course après la traversée des Alpes … Loin de courir en épicier, Fausto Coppi avait montré sa puissance vers la citadelle de Namur. A Lausanne, son coéquipier italien Andrea Carrea se retrouve maillot jaune, fondant en larmes devant Coppi, pensant avoir réalisé un crime de lèse-majesté envers le Campionissimo qui le console tout en le félicitant.
    - 1953, le bidon de plomb de Jean Robic : surnommé Tête de Cuir, le vainqueur du Tour de France 1947 avait trouvé une astuce diabolique pour compenser son faible poids dans les descentes. Afin de gagner en vitesse, Robic se leste d’un bidon de plomb pour alourdir son vélo de 10 kg dans la descente du col du Tourmalet …
    - 1953, le Parc des Princes et le PTT commémorent le cinquantenaire du Tour de France : pour les 50 ans de la Grande Boucle, les PTT émettent un timbre d’une valeur de 12 francs. Quinze anciens vainqueurs sont réunis à l’arrivée au Parc des Princes, du pionnier Maurice Garin au triple lauréat et recordman d’alors, le Belge Philippe Thys, en passant par le Suisse Ferdi Kubler ou encore les vedettes françaises André Leducq et Antonin Magne.
    – 1954, départ d’Amsterdam en écho à Jean Leulliot : en 1942, Jean Leulliot organise le Circuit de France, course en huit étapes. Malgré le soutien des autorités allemandes, l’organisation est difficile. Les industriels, soutenus par L’Auto sont réticents à s’engager. Leulliot va jusqu’à menacer le champion de France Émile Idée d’une visite de la Gestapo pour s’assurer de sa participation. Bien que Pierre Laval exprime sa satisfaction, la course est un fiasco. Cet ersatz de Tour de France provoque le courroux de Jacques Goddet, qui referme les portes de L’Auto à son journaliste qui se relance en prenant la direction de Paris-Nice mais surtout un créant un Tour de l’Europe. Afin de défendre les intérêts du Tour de France, Jacques Goddet met la Hollande à l’honneur en 1954 avec un départ d’Amsterdam, longue lignée de départs à l’étranger (1958 Bruxelles, 1965 Cologne, 1973 Scheveningen, 1978 Leiden, 1980 Francfort, 1982 Bâle, 1987 Berlin, 1989 et 2002 Luxembourg, 1992 San Sebastian, 1998 Dublin, 2004 et 2012 Liège, 2007 Londres, 2009 Monaco, 2010 Rotterdam, 2014 Leeds, 2015 Utrecht)
    - 1954, la glace de Bahamontes : le Tour de France 1954 voit les débuts du grimpeur espagnol Federico Martin Bahamontes. Dans le col de Romeyère, celui qu’on surnomme déjà l’Aigle de Tolède fait la démonstration de ses incroyables qualités d’escaladeur. Piètre descendeur, Bahamontes ne vise que le classement du Grand Prix de la Montagne. C’est alors qu’après le sommet, le coureur castillan d’arrête pour déguster une glace à la vanille, regardant d’autres concurrents amorcer la descente, au km 115 de cette étape Lyon – Grenoble !
    - 1954, Bobet sans maillot : en 1954, Louison Bobet est maillot jaune à Saint-Brieuc. Le soir même, le champion breton reçoit la visite de sa sœur et lui donne son maillot jaune. Mais Bobet a oublié que cette année-là les maillots fournis par l’organisation ne sont changés que tous les deux jours… et le lendemain était censé être le second jour pour ce maillot. Son soigneur Raymond Le Bert, qui habite non loin de là, repart vite à son domicile pour chercher un ancien maillot jaune que Louison lui a donné en 1953. Mais le maillot a rétréci au lavage. Bobet ne peut pas l’enfiler. On fait alors appel à un boxeur poids lourd de Saint-Brieuc, qui a pour tâche d’élargir le maillot jaune, ce dont il s’acquitte honorablement. Et Bobet put prendre le départ de l’étape suivante, vers Brest, avec un maillot jaune élargi.
    – 1954, Bobet, Robic et le secret médical : en début de Tour de France, le docteur Berthy donne à Louison Bobet des infos sur Hugo Koblet, trahissant le secret médical. Bobet informe également Jean Robic de cet épisode. Ce dernier, blessé durant l’étape Rouen – Caen, refuse les soins du docteur Berthy, n’ayant plus confiance en sa déontologie …
    - 1958, l’âne Marcel : non sélectionné par Marcel Bidot en équipe de France, Raphaël Geminiani décide de se venger. Au départ de Bruxelles, le coureur auvergnat réunit ses nouveaux équipiers de la sélection du Centre Midi, dont Henry Anglade ou Jean Dotto. Anquetil a exigé de Marcel Bidot de ne pas sélectionner le duo Bobet – Geminiani… “Ou Bobet, ou Geminiani, mais pas les deux !” avait dit Anquetil. Geminiani n’a même pas été contacté par Marcel Bidot qui a choisi Bobet après avoir rendu visite à ce dernier. A Bruxelles, Geminiani et ses équipiers se voient offrir un âne… que Geminiani décide de baptiser Marcel, maigre vengeance, mais consolation tout de même.
    – 1958, l’absence d’Antoine Blondin : de 1954 à 1982, de Bobet à Hinault en passant par Gaul, Bahamontes, Anquetil, Poulidor, Gimondi, Merckx, Ocaña, Thévenet ou encore Van Impe, le chroniqueur Antoine Blondin a suivi 27 Tours de France cyclistes, exception faite de l’édition 1958. Cet été là, Blondin est occupé à écrire Un Singe en Hiver, roman qui sera porte à l’écran par Henri Verneuil en 1962, avec Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo.
    - 1958, Bahamontes s’offre son cadeau d’anniversaire à Luchon : né le 9 juillet 1928, l’Aigle de Tolède fête ses 30 ans par une victoire à Luchon, son premier succès d’étape sur le Tour de France.
    - 1958, l’accident de Darrigade au Parc des Princes : l’ultime étape du Tour de France 1958 se termine au Parc des Princes, comme le veut la tradition à l’époque, et lors du sprint final André Darrigade heurte le chef jardinier. Si le champion aquitain s’en sort, l’infortuné chef jardinier meurt à l’hôpital de ses blessures.
    – 1959, l’entrevue de Poigny-la-Forêt : en 1958, Raphaël Geminiani et l’équipe Sud-Ouest ont rendu utopique la victoire finale de l’équipe de France (diminuée par la congestion pulmonaire d’Anquetil). Pour éviter un nouveau fiasco, Marcel Bidot convoque à Poigny-la-Fôret les quatre meilleurs coureurs du pays, Raphaël Geminiani, Louison Bobet, Jacques Anquetil et Roger Rivière. Dans la cuisine de l’auberge des Trois Tilleuls, il est convenu dans un pacte d’entente cordiale que les deux anciens, l’Auvergnat et le Breton, serviront les deux jeunes, le Normand et le Stéphanois. Anquetil veut gagner à tout prix mais il finira troisième derrière l’Espagnol Federico Bahamontes et le Lyonnais Henry Anglade, membre d’une équipe régionale. Rivière, lui, finit quatrième tandis que Bobet abandonne en seigneur au sommet de l’Iseran. Le pacte, lui, fut un feu de paille …
    – 1959, la cruelle élimination de Jean Robic à Châlons-sur-Saône : à 38 ans, Jean Robic est au crépuscule d’une belle carrière qui atteignit son pinacle en 1947 avec la victoire dans le Tour de France. EN 1959, Robic n’a comme ambition que de rallier Paris, avec une rage viscérale. Courant dans l’anonymat et déployant de prodigieux efforts pour se maintenir dans le peloton, le Breton arrive hors délais à Châlons-sur-Saône, où Brian Robinson a gagné l’étape. Tête de Cuir n’est pas repêché et lance la polémique, car le même Robinson a lui bénéficié, tel un gladiateur mourant, du pouce levé de l’empereur la veille à Annecy … C’est ainsi que la carrière de Biquet se termine sur le Tour de France, par une élimination sans gloire …
    - 1959, le hors-bord d’Anquetil : l’équipe de France dirigée par Marcel Bidot a fière allure : Bobet, Geminiani, Anquetil et Rivière. Mais la rivalité exacerbée ronge l’entente cordiale exigée par le directeur sportif. Cela profite à Federico Bahamontes. Au final, Bobet abandonne, Anquetil finit troisième, Rivière quatrième. L’arrivée au Parc des Princes se solde par une véritable bronca contre l’équipe de France. Marqué par cet épisode, Anquetil, qui achète quelques jours plus tard un hors-bord, le baptisera Sifflet 59 !
    - 1959, Baldini et Adriaenssens ex-aequo à la 6e place : l’édition 1959 voit la victoire de l’Espagnol Federico Bahamontes devant les Français Henry Anglade, Jacques Anquetil, Roger Rivière et François Mahé. La sixième place, à 10 minutes et 18 secondes du maillot jaune natif de Tolède, se partage entre un coureur italien, le recordman de l’heure Ercole Baldini, et un belge, Jan Adriaenssens.
    - 1960, l’hommage de Colombey-les-Deux-Eglises : lors de l’avant-dernière étape, qui relie Besançon à Troyes, Jacques Goddet fait arrêter le peloton pour un hommage au général de Gaulle, alors président de la République. Le général souhaite bonne chance au maillot jaune Gastone Nencini. Certains coureurs étrangers, ne comprenant pas la raison de cet arrêt, vident leurs vessies dans Colombey ! Quant à Pierre Beuffeuil, lâché par le peloton avant de traverser le village du président, il en profite pour s’échapper et gagner l’étape à Troyes !
    – 1961, les Nains de la Route : en 1961, Jacques Anquetil tire la quintessence de ses dons exceptionnels tandis que la concurrence est absente. 1960 a vu disparaître deux rivaux, Gérard Saint mort dans un accident de voiture et Roger Rivière dont la carrière et la colonne vertébrale se sont brisées dans la descente du col du Perjuret. Raymond Poulidor n’est pas sélectionné pour ce Tour de France 1961, où seul Charly Gaul représente une véritable menace pour le Normand. Résignés par l’impressionnante forme de Jacques Anquetil, ses rivaux escamotent la grande étape des quatre cols géants des Pyrénées : Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque. Furieux d’avoir vu une telle procession de losers et une telle absence de panache entre Luchon et Pau, Jacques Goddet se venge le lendemain matin par un éditorial au vitriol dans L’Equipe, éditorial intitulé Les Nains de la Route. : Les coureurs modernes, Anquetil excepté, sont d’affreux nains, sales, impuissants et satisfaits de leur médiocrité.
    – 1961, du Pomerol au waterman à Bordeaux : en 1961, le Tour fait étape à Bordeaux, et Antoine Blondin descend à l’hôtel Splendid, après avoir étanché sa soif au bar de la salle de presse … Le célèbre chroniqueur, complètement ivre ce soir-là en Gironde, confond son flacon de waterman avec une bouteille de Pomerol, reproduisant le geste d’Alfred Jarry qui avait avalé un demi-siècle plus tôt son encrier ! Scène ubuesque donc pour l’auteur d’un Singe en Hiver, qui recrache ce vin infâme, loin du Pomerol tant espéré, sur la moquette de sa chambre … Devenu persona non grata pour la direction du palace bordelais, Blondin se console les années suivantes au bar de Guy Lapébie sur l’esplanade des Quinconces. Tandis que Jacques Goddet est contrarié par cet incident sans pour autant réprimander son chroniqueur vedette, la réponse de Blondin à Pierre Chany, qui lui demandait le lendemain matin s’il avait bien dormi, est resté légendaire : Non, très mal, je me fais un sang d’encre !
    – 1962, le scandale du poisson avarié : au lendemain du chrono de Superbagnères, Nencini et Junkermann abandonnent, intoxiqués par du poisson avarié mais l’affaire est bien opaque, cachant sans doute des cas de dopage …
    - 1962, Anquetil, Poulidor et la Caravelle : le contre-la-montre Bourgoin – Lyon consacre l’incontestable supériorité de Jacques Anquetil sur l’édition 1962. Parti 3 minutes avant le Normand, Raymond Poulidor s’écarte pour laisser passer le futur maillot jaune, et le commentaire de son directeur sportif Antonin Magne demeurera célèbre : Garez-vous, Raymond, et admirez la Caravelle qui passe !
    ¬- 1963, la simulation d’Anquetil vers Chamonix : sur une idée machiavélique de son directeur sportif Raphaël Geminiani, Anquetil simule un incident mécanique pour changer de vélo au sommet de la Forclaz. Vélo léger pour monter le col, vélo lourd pour descendre vers Chamonix et ainsi permettre au champion normand de vaincre son dauphin espagnol Federico Bahamontes. Le commissaire de course n’y vit que du feu, un mécanicien de l’équipe St Raphaël coupant la chaîne du vélo avec une pince préparée à l’avance à la demande du directeur sportif auvergnat …
    - 1964, les prédictions funestes du mage Belline et le méchoui d’Andorre : le Giro fut une victoire à la Pyrrhus pour le Normand, avec un combat éprouvant dans la péninsule italienne. Anquetil veut faire le doublé Giro – Tour réussi en 1949 et 1952 par son idole Fausto Coppi, mais le mage Belline annonce que Jacques Anquetil se tuera avant d’atteindre Toulouse, terme d’une étape pyrénéenne partant d’Andorre. A Andorre, Anquetil souhaite conjurer cette malédiction en participant à un méchoui, où on le voit croquer avec appétit, en compagnie de Raphaël Geminiani, son directeur sportif. L’étape de Toulouse est homérique, Anquetil défaillant dans Envalira, secouru par Louis Rostollan, métamorphosé dans la descente… et finalement devant Poulidor dans la ville rose, le Limousin étant handicapé par un incident mécanique à l’approche de Toulouse. Oublié le sort du mage, le maillot jaune est proche pour le coureur normand !
    - 1964, un pugilat sur la route de Hyères : lors de la dixième étape du Tour 1964, entre Monaco et Hyères, deux coureurs liquident leur stock d’injures. Spécialiste des queues de poisson dans le peloton, l’Italien Vito Taccone épuise rapidement son répertoire de noms d’oiseaux face à l’Espagnol Fernando Manzaneque. C’est dans la côte de Beauvallon que les deux coureurs en viennent finalement aux mains ! Echappant de peu à la mise hors course, Manzaneque avait aussi essuyé sa colère sur la direction du Tour, insultée comme Taccone… L’Espagnol finit ce Tour 1964 à la douzième place du classement général. En 1965, les organisateurs n’autorisent sa venue sur la Grande Boucle que dans les ultimes jours précédant le départ de Cologne.
    - 1965, apartheid à L’Equipe contre Jacques Augendre : en 1965, Emilien Amaury, déjà propriétaire du Parisien Libéré, rachète L’Equipe, et le patron de presse ne va pas tarder à justifier son surnom, Jupiter. La foudre va s’abattre sur le malheureux journaliste Jacques Augendre. Prétextant des comptes dans le rouge, Amaury ordonne une saignée dans l’effectif, six journalistes doivent quitter les locaux du 10 rue du Faubourg Montmartre … Parmi eux, Jacques Goddet inclut Jacques Augendre, à qui l’on avait rien à reprocher sur le strict plan professionnel. Mais le rédacteur en chef du journal entre 1954 et 1970, Gaston Meyer, avait une dent contre Augendre. La jeune maîtresse de Meyer, si elle n’obtient pas la nationalité française dans de très brefs délais, sera expulsée du territoire national, à moins d’un mariage de complaisance qui pourrait faciliter sa naturalisation … Meyer convoque Augendre et le pousse au chantage : Ou tu l’épouses ou je te jette dehors. Droit dans ses bottes, le journaliste refuse et part exercer ses talents rue Claude Bernard, au journal Le Monde, où, ironie du destin, il se liera d’amitié avec Serge Laget, gendre de Gaston Meyer ! Cette sordide affaire n’empêchera pas Jacques Augendre de suivre en 2001 son cinquantième Tour de France, battant le record de Pierre Chany (mort en juin 1996), resté à 49 éditions entre 1947 et 1995.
    - 1965, les bons comptes de Pezzi : pour sa première année professionnelle, chez Salvarani, Felice Gimondi termine troisième du Giro derrière Adorni et Motta. Suite à un forfait de dernière minute dans l’équipe Salvarani, Luciano Pezzi fait appel à Felice Gimondi pour le Tour de France 1965, dont Poulidor est le favori suprême en l’absence du quintuple vainqueur, Jacques Anquetil. Avant le départ de Cologne, Felice Gimondi veut absolument signer son contrat pour 1966. Pezzi le dissuade, le persuadant que sa valeur marchande explosera après le Tour. Le directeur sportif avoue à son coureur qu’il le voit exceller sur la Grande Boucle. Gimondi n’écoute pas Pezzi et signe son contrat avant le départ du Tour, pour une valeur de quatre milliards de lires. Un mois plus tard, après avoir muselé Poulidor au Ventoux et avoir affirmé sa suprématie au CLM du mont Revard, le jeune coureur bergamasque ramenait le maillot jaune à Paris… les spéculations de Pezzi étaient justes, mais il était trop tard pour Gimondi, qui avait paraphé son contrat chez Salvarani pour 1966 !
    – 1967, le calvaire de Jean Cormier : le 13 juillet 1967, lors de l’étape Marseille – Avignon, Tom Simpson décède sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, victime de la chaleur mais surtout d’un cocktail fatal entre alcool et amphétamines … Alors que l’hélicoptère transportant le défunt corps du coureur britannique s’envole vers la morgue de Carpentras, Félix Lévitan demande à son journaliste Jean Cormier, du Parisien Libéré, de s’acquitter d’une mission exceptionnelle : Jean, ce soir vous n’écrivez pas, vous m’accompagnez à la morgue de Carpentras, vous parlez anglais, vous traduirez pour sa femme … A seulement 24 ans, Cormier se retrouve donc embarqué dans cette expérience funeste, trouvant dans les poches de feu Simpson des produits donc il préfère encore taire le nom, près d’un demi-siècle plus tard.
    - 1967, l’affaire du Perroquet Vert : le Perroquet Vert était un restaurant situé dans le quartier de Montmartre, à Paris. C’est là qu’une partie de l’équipe de France se retrouve à dîner après la victoire de Roger Pingeon dans le Tour 1967. En début de soirée, Marcel Bidot a convié l’ensemble de l’équipe au restaurant la Closerie des Lilas, dans le quartier de Montparnasse. Jean Stablinski prend ensuite un taxi entre Montparnasse et Montmartre, accompagné par Raymond Riotte et Lucien Aimar. Au Perroquet Vert, Jacques Anquetil, reconverti en chroniqueur sportif pendant cette Grande Boucle, retrouve donc Jean Stablinski, son coéquipier en équipe de marques pendant le reste de la saison. Pendant ce mois de juillet 1967, Anquetil avait découvert la frustration du coureur ne disputant pas le Tour. De plus, il en voulait à Stablinski d’avoir aidé Roger Pingeon à gagner le Tour, et également d’avoir aidé Raymond Poulidor, dont la popularité montait en flèche auprès du public. Les retrouvailles furent donc tendues entre Stablinski et Anquetil… Ce dernier, qui avait commenté le Tour à la radio pour Europe 1, s’était rendu très impopulaire en déclarant au journal France-Dimanche que tous les cyclistes se dopaient. Cette déclaration d’Anquetil avait fait scandale dans le peloton, habitué à l’omerta sur ce sujet.
    - 1967, le pain d’épice providentiel de Gimondi : dans l’ascension du Ballon d’Alsace, alors que Roger Pingeon est victime d’une fringale, son rival italien Felice Gimondi lui offre du pain d’épice. Orphelin de Raymond Poulidor complètement en perdition dans le sommet vosgien, Pingeon évite le pire et parvient à sauver son maillot jaune !
    – 1967, la cuite de Geminani à Brive : alors que Felice Gimondi s’impose au Puy-de-Dôme, Raphaël Geminani va mettre, avec trois acolytes (dont l’ancien coureur Louis Caput), une sacrée rouste à la soif, le soir venu à Brive, dans la discothèque du Grand Fusil, l’Auto-Club. Après cette nuit blanche, l’ardoisier Jean-Jacques Simmler se rend au départ de l’étape Clermont-Ferrand – Fontainebleau. Jean-Jacques finira dans le fossé, sa moto zigzaguant après avoir été percutée par l’avant de la voiture de Geminani !
    – 1967, Poulidor pour l’éternité au Parc des Princes : en 1967, le Tour de France arrive pour la dernière fois au Parc des Princes avant que les bulldozers ne détruisent le stade pour faire place au projet de Roger Taillibert, qui sera également l’architecte du stafde olympique de Montréal en vue des Jeux d’été de 1976. L’ultime étape est un chrono remporté par Raymond Poulidor, dont le temps reste gravé sur le tableau d’affichage jusqu’au début des travaux de démolition …
    - 1968, le Tour de la Santé à Vittel : 1967 a vu la tragique disparition de Tom Simpson sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux. Trois décennies avant le concept de Tour du Renouveau inventé par Jean-Marie Leblanc, Jacques Goddet lance lui le Tour de la Santé en 1968, au départ de Vittel …
    - 1969, la lanterne rouge se rebelle au Puy-de-Dôme : lanterne rouge après les Pyrénées où le Cannibale Eddy Merckx a asphyxié la course par sa stupéfiante victoire de Mourenx, Pierre Matignon l’emporte au sommet du Puy-de-Dôme, son dauphin sur l’étape étant le maillot jaune belge
    – 1969, Merckx éclipsé par Apollo 11 : le départ de 1914 coïncidait avec l’attentat de Sarajevo (28 juin), l’arrivée du Tour de France 1969 au vélodrome de la Cipale à Vincennes coïncide avec la fête nationale belge en ce 21 juillet mais surtout avec l’arrivée sur la Lune de Neil Armstrong, Bull Aldrin et Michael Collins, équipage de la mission américaine Apollo 11.
    - 1969, le mythe naissant du dossard 51 : Merckx en 1969, Ocaña en 1973, Thévenet en 1975, Hinault en 1978, le dossard 51 ramène le maillot jaune à Paris quatre fois en dix ans. Depuis 1979, ce dossard mythique, dossard anisé en référence au pastis 51 tant apprécié d’Antoine Blondin et Pierre Chany attend toujours la victoire mais a connu plusieurs podiums (2e avec Pedro Delgado en 1987, Gianni Bugno en 1991 ou Nairo Quintana en 2015, 3e avec Robert Alban en 1981 ou Vincenzo Nibali en 2012), de très beaux accessits (Sean Kelly 5e en 1984, Michael Boogerd 5e en 1998, Abraham Olano 6e en 1999), le maillot vert (Peter Sagan en 2014), le maillot à pois (Richard Virenque en 1995), le maillot jaune provisoire (Evgueni Berzin entre les Arcs et Sestrières en 1996, Laurent Jalabert entre Saint-Nazaire et Tours en 2000), des victoires d’étape (Delgado à Pau en 1986, Virenque à Cauterets en 1995, Berzin à Val d’Isère en 1996, Simoni à Loudenvielle en 2003, Hushovd à Lourdes et Gap en 2011) mais aussi beaucoup d’abandons (Pedro Delgado en 1986, Greg LeMond en 1992, Erik Breukink en 1993, Claudio Chiappucci en 1994, Luc Leblanc en 1997, Denis Menchov en 2007).
    – 1970, les visiteurs du soir de Limoges : champion de France de football avec l’AS Saint-Etienne en 1957, international en équipe de France à 11 reprises (pour 6 buts) entre 1960 et 1963, Yvon Goujon s’était reconverti en tant que propriétaire de maisons closes, dont le Casanova de Limoges, d’où le Tour s’élance en 1970. Au Casanova, discrétion garantie, on rentre par une ruelle et l’on sort par une autre. Convié par l’ancien footballeur à cet établissement dans la capitale de la porcelaine, Jean Cormier y croise un collègue du Parisien Libéré, qui avait gardé ses bretelles pour les ébats … Quelques temps plus tard, en conférence de presse au Parisien Libéré, Cormier se paie la tête de son aîné en conférence de rédaction, mimant un homme tirant sur ses bretelles …
    - 1970, l’éloge de Merckx pour Thévenet à la Mongie : Bernard Thévenet remporte à 22 ans sa première victoire d’étape sur la Grande Boucle à la Mongie, sur les pentes du col du Tourmalet. Cinq ans plus tard en 1975, le Français sera le tombeur d’Eddy Merckx parti à la conquête d’une sixième victoire record dans l’épreuve. Ironie du destin, sans savoir que Thévenet sera son bourreau en 1975, le Belge est élogieux pour le jeune espoir bourguignon après sa victoire pyrénéenne … Le Français avait été lâché dans la descente d’Aspin, mais il est revenu au pied du Tourmalet et il nous a distancés. Pour un coureur de 22 ans, ce n’est pas mal. Il ira loin !
    – 1971, Merckx rend Gaston Defferre furieux : maté par Luis Ocaña sur la route d’Orcières-Merlette, Eddy Merckx est proche de l’estocade mais n’abdique pas. Ce n’est pas l’usure du pouvoir qui a vaincu le Belge mais un étincelant coureur espagnol insolent de facilité, nourri au nectar et l’ambroisie, et dévoré d’ambition à l’idée de vaincre l’ogre de Tervuren. L’étape suivante conduit le peloton à Marseille, dès le kilomètre zéro le double tenant du titre allume l’étincelle d’une échappée fleuve au lendemain de cet inoubliable camouflet. Rien ne sera jamais plus comme avant, avait écrit L’Equipe tant le choc avait été énorme. L’étape démarre sur les chapeaux de roue. L’échappée arrive avec deux heures d’avance sur le Vieux Port de Marseille, deux heures d’avance sur l’horaire le plus optimiste. Les techniciens de l’O.R.T.F étaient encore en train d’installer leur équipement pour la retransmission télévisée de l’arrivée dans la cité phocéenne. Le Pantagruel belge est battu au sprint par le coureur italien Luciano Armani mais a repris espoir, et surtout deux minutes à son rival espagnol. L’appétit colossal de victoires de Merckx est relancé par ce duel d’anthologie avec Ocaña, qui prendra fin dans la descente du col de Menté, avec le tragique abandon du maillot jaune espagnol sous la pluie des Pyrénées, loin du soleil implacable de Marseille où le maire Gaston Defferre est arrivé bien après Eddy Merckx et le peloton. N’ayant personne à saluer alors que les installations étaient en train d’être défaites, le socialiste Defferre ne tire aucun bénéfice politique de cette étape du Tour de Franec. Le premier magistrat de la cité provençale, Gaston Defferre, est donc furieux de cette arrivée et décrète que le Tour de France ne reviendra pas à Marseille tant qu’il en sera le premier édile … Le futur Ministre de l’Intérieur de François Mitterrand tiendra parole, et la Grande Boucle attendra 1989 pour revenir en terre marseillaise (victoire de Vincent Barteau le 14 juillet).
    – 1972, Merlin Plage et l’enchanteur de l’immobilier : en 1972, le Tour de France fait étape à Merlin Plage, station balnéaire du littoral vendéen située près de Saint-Jean-de-Monts. Guy Merlin, promoteur immobilier, offrira entre 1976 et 1988 un appartement d’une valeur de 100 000 francs au maillot jaune du Tour de France, ce dont bénéficieront Lucien Van Impe, Bernard Thévenet, Bernard Hinault (cinq fois), Joop Zoetemelk, Laurent Fignon (deux fois), Greg LeMond, Stephen Roche et Pedro Delgado. La Grande Boucle fera trois fois étape à Merlin Plage, en 1972, 1975 et 1976.
    - 1973, la découverte de Luis Ocaña : à la suite d’un entretien avec un ingénieur de Sud-Aviation, Ocana découvre le titane et utilise ce matériau jusqu’alors réservé à l’aéronautique. Coureur d’exception, l’Espagnol virtuose au regard de braise domine ce Tour 1973 de la tête et des épaules, en l’absence d’Eddy Merckx, qu’il avait failli battre en 1971.
    - 1973, clin d’œil au vin d’apéritif Byrrh dans les Pyrénées Occidentales : comme Pernod, Byrrh faisait partie des premiers annonceurs de la caravane publicitaire dans les années 30. En 1973, une arrivée d’étape à Thuir fait clin d’œil à la ville où est fabriqué ce vin d’apéritif, et c’est le maillot jaune Luis Ocaña qui l’emporte.
    - 1973, la fête à l’Alcazar pour Luis Ocaña : vainqueur hégémonique du Tour de France 1973, Luis Ocaña fête son maillot jaune à l’Alcazar, célèbre cabaret parisien du VIe arrondissement, au 62 rue Mazarine. L’établissement de Jean-Marie Rivière accueillait, ce soir là, entre autres invités, le chanteur Daniel Guichard, l’imitateur Thierry Le Luron et le journaliste Yves Mourousi. La fête fut extraordinaire et pleine de paillettes pour l’Espagnol de Mont-de-Marsan.
    – 1974, contrôle positif annulé à Caen : fils d’un notaire de Leiden qui lui destinait son étude, Gerben Karstens était devenu ingénieur agronome. Désargenté par sa famille qui ne souhaitait pas le voir s’orienter vers le secteur agricole, le Néerlandais trouva une reconversion en tant que coureur cycliste professionnel. En 1974, arrivé deuxième de l’étape de Caen derrière le Belge Patrick Sercu, le Batave se soustrait au contrôle anti-dopage, et le commissaire de l’UCI présent en Normandie, l’Italien Dominico Menilio dresse un constat de carence, mais Félix Lévitan annule le déclassement de Karstens, qui s’empare le lendemain à Dieppe du maillot jaune. Quelques mois plus tard, Karstens gagne Paris – Tours mais se retrouve disqualifié pour dopage en cet automne 1974, cinq ans après avoir triché avec une poire d’urine après une autre victoire, au Tour de Lombardie 1969 !
    - 1974, l’orgueil de Danguillaume : vainqueur d’étape au sommet du col du Tourmalet, Jean-Pierre Danguillaume est vexé de voir que le quotidien L’Equipe titre sur le duel Merckx / Poulidor, après que le Limousin ait repris 45 secondes au Cannibale. Le lendemain, Danguillaume remet le couvert et attaque, avant de s’imposer à Pau !
    – 1975, le chocolat Poulain et le maillot blanc à pois rouges : l’idée la plus répandue sur l’origine du maillot distinctif du Grand Prix de la Montagne, apparu en 1975, est l’influence du sponsor Poulain, célèbre marque de chocolats … Il s’agissait en fait d’un hommage de Félix Lévitan à un cycliste sur piste des années 30, Henri Lemoine, qui portait souvent un maillot blanc à pois rouges.
    – 1975, un deuxième Thévenet contre Eddy Merckx : c’est sans doute au Puy-du-Dôme que Merckx perd le Tour de France 1975, plus qu’à Pra-Loup. L’épée de Damoclès est tombée, le maillot jaune reçoit un coup de poing d’un certain Nello Breton. Battu par Bernard Thévenet vers Pra-Loup puis dans l’Izoard, Merckx affronte ensuite un deuxième Thévenet, Me Daniel Thévenet, avocat de Nello Breton …
    – 1975, le réveil de Thévenet : vainqueur à Pra-Loup devant Gimondi, Thévenet a pris le maillot jaune des épaules d’Eddy Merckx. Pendant la nuit, le Bourguignon se réveille et voit un maillot jaune sur sa chaise. Instinctivement, Thévenet se croit dans la chambre de Merckx … L’anecdote en dit long sur le sentiment d’invincibilité que le Belge inspirait à ses adversaires, Eddy Merckx était devenu une forteresse imprenable, tel le Sphinx de la mythologie qui posait des énigmes insolubles aux passants, Œdipe excepté …
    - 1975, le pèlerinage de Thévenet dans l’Izoard : la Casse Déserte est un lieu mythique du cyclisme et du Tour de France en particulier. Son décor lunaire dans le col de l’Izoard a été magnifié par les plus grands champions, Gino Bartali (1937, 1938), Fausto Coppi (1949), Louison Bobet (1953) ou encore Eddy Merckx (1972). C’est là que Bobet avait construit sa première victoire dans la Grande Boucle en juillet 1953. Enfant, le jeune Bernard Thévenet avait retenu comme parole d’évangile le mot du champion breton. Pour être un grand champion, il faut franchir la Casse Déserte et le sommet de l’Izoard seul en tête avec le maillot jaune sur le dos. Comme d’autres font leur pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle en partant de la basilique de Vézelay, d’Amiens ou du Mont Saint-Michel, Bernard Thévenet applique à la lettre la leçon de Bobet à la lettre en juillet 1975. Maillot jaune depuis l’étape de Pra-Loup la veille qui signe le crépuscule d’Eddy Merckx, Thévenet enfonce le clou sur la route de Briançon et passe, ceint de son nouveau maillot jaune, seul dans la Casse Déserte et au sommet de l’Izoard. Plus encore que sa victoire de Pra-Loup symbolique face au Cannibale belge, l’exploit de Briançon est le meilleur souvenir de Bernard Thévenet sur le Tour, même si la mémoire collective a d’abord retenu Pra-Loup et son incroyable épilogue dans les quatre derniers kilomètres …
    - 1975, récompenses mutuelles pour Merckx et Poulidor : avant le départ de Charleroi, le maillot irisé Eddy Merckx est nommé Chevalier de la Légion d’Honneur, distinction remise par Pierre Mazeaud, Secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports, tandis que le gouvernement belge élève Raymond Poulidor à la dignité de Chevalier de l’Ordre de Léopold.
    - 1975, l’arrivée sur les Champs-Elysées : en 1974, tout juste élu Président de la République, Valéry Giscard d’Estaing multiplie les initiatives pour se rendre populaire : VGE joue de l’accordéon, ou va dîner dans des familles de Français moyens (dîners filmés par la télévision). Lors d’une rencontre fortuite avec Yves Mourousi à Chantilly, où le président est venu à titre prévu voir sa fille concourir dans un concours équestre, le journaliste suggère de créer une manifestation populaire sur les Champs-Elysées, style Tour de France. Le Président renvoie alors Mourousi vers son Ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski. L’affaire se fait rapidement en vue de l’édition 1975 de la Grande Boucle, et Jacques Goddet sort alors un vieux dossier jauni de son bureau, qu’il montre à Mourousi : il en avait eu l’idée dès 1947 pour la renaissance du Tour, mais les autorités de l’époque avaient refusé. En 1975, VGE salue sur le podium élyséen le maillot jaune Bernard Thévenet, son dauphin Eddy Merckx ainsi que le vainqueur d’étape Walter Godefroot.
    - 1976, la vengeance d’Ocaña : l’Espagnol n’a jamais porté dans son cœur Joop Zoetemelk, sentiment renforcé par le malheureux épisode du col de Menté sur le Tour 1971. C’est en chutant à la poursuite de Merckx qu’Ocaña est percuté par le Néerlandais. En 1976, Cyrille Guimard invente un scénario machiavélique, faisant volontairement perdre le maillot jaune à Lucien Van Impe dans les Alpes pour mieux le reprendre dans les Pyrénées. Dans l’étape de Saint-Lary Soulan, le grimpeur belge reçoit le soutien du champion espagnol, qui pédale plus contre Zoetemelk que pour Van Impe, lequel gagnera ce Tour de France devant l’ancien dauphin de Merckx et futur dauphin d’Hinault …
    – 1977, nuit blanche au Jourdan : la deuxième étape du Tour de France 1977, à Limoges, revient au coureur néerlandais Jan Raas. L’équipe FIAT de Raphaël Geminiani loge au Jourdan, dont son leader, le Cannibale Eddy Merckx. Mais dans l’hôtel limougeaud, on retrouve aussi Antoine Blondin, Roger Bastide ou encore Jean-Paul Brouchon. Vers deux heures du matin, le quintuple vainqueur du Tour vient en personne se plaindre du remue-ménage de ces marathoniens de la soif, espérant enfin trouver le repos tant mérité par les gladiateurs de l’asphalte … Réponse de Blondin : Excusez-ses nous-nous, nus finissons d’ég-égrener votre pal-pal-palmarès ! Mais le lendemain, FIAT l’emporte à Angers grâce à Patrick Sercu, malgré cette nuit agitée au Jourdan, ce que résumera un des acteurs de la nuit blanche, Roger Bastide, dans son papier du Parisien Libéré : Le secret d’une victoire, c’est de passer une nuit blanche à Limoges chez Rémi Pénicaud.
    - 1977, la pintade d’Antoine Blondin: de Bobet (1954) à Hinault (1982), tous les vainqueurs du Tour seront décrits par la plume virtuose d’Antoine Blondin, amoureux de la petite reine décédé en 1991. L’auteur d’un Singe en Hiver (immortalisé par Gabin et Belmondo en 1962 au cinéma) est resté célèbre pour l’Histoire de la pintade. Le célèbre chroniqueur du Tour de France eut un jour à se plaindre de la qualité des repas servis le soir aux suiveurs. Le lendemain, à l’hôtel, une pintade fut donc servie. Les jours passaient, les étapes aussi, les hôtels changeaient… tout changeait sauf le plat de résistance du dîner ! Les cuisiniers servaient toujours une pintade. N’y tenant plus, Blondin s’exclama devant tout le monde, un soir : Si cette pintade doit faire tout le Tour, qu’on lui mette un dossard ! La salle éclata de rire après cette intervention d’Antoine Blondin. La pintade fut aussitôt bannie de la table des suiveurs, Blondin se plaignant lors de l’étape d’Angers auprès de Félix Lévitan.
    - 1977, le tuyau de Merckx : porteur du maillot jaune depuis l’Alpe d’Huez, Bernard Thévenet ne compte que 8 secondes d’avance sur Hennie Kuiper avant le contre-la-montre de Dijon, qui sera décisif. La veille de l’épreuve, Eddy Merckx croise Thévenet. Les deux hommes s’entendent bien. Le Cannibale renseigne le leader des Peugeot sur le braquet de Kuiper. “Combien de dents as-tu mis à l’arrière ?” demande Merckx. “Treize dents”, répond Thévenet. “Avec douze dents, Kuiper va aller plus vite que toi dans les descentes”, rétorque Merckx. Ecoutant le champion belge, Thévenet calque son braquet sur celui de son rival chez Raleigh, et arrivera en vainqueur sur le circuit automobile de Dijon-Prenois.
    - 1977, Chirac, Thévenet et la pluie : à la veille de l’étape des Champs Elysées, Bernard Thévenet ne possède qu’une avance réduite sur son dauphin, Hennie Kuiper. La pluie qui s’abat sur les pavés de la capitale rend leur franchissement encore plus périlleux. Thévenet chute mais conserve les secondes suffisantes pour sauver son maillot jaune. Le voilà double vainqueur du Tour de France. Sur le podium, le nouveau maire de Paris, Jacques Chirac, confie au maillot jaune que la pluie fut un élément du suspense ! Thévenet confiera plus tard ce qu’il a pensé après la confidence du chef du RPR… Celui là, il n’a pas du rouler souvent sous la flotte !
    - 1977, plébiscite pour Poulidor dans Sud-Ouest : le quotidien régional d’Aquitaine publie un sondage pour Noël. Les lecteurs plébiscitent

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    17 décembre 2015 a 16 h 15 min

    - 1977, plébiscite pour Poulidor dans Sud-Ouest : le quotidien régional d’Aquitaine publie un sondage pour Noël. Les lecteurs plébiscitent le jeune retraité Raymond Poulidor en répondant à la question de savoir avec qui ils souhaiteraient passer le réveillon. L’homme aux 8 podiums sur le Tour de France entre 1962 et 1976 devance le socialiste François Mitterrand, le maire de Paris Jacques Chirac, le président de la République Valéry Giscard d’Estaing, le Premier Ministre Raymond Barre et le marin Eric Tabarly.
    - 1978, la poire de Michel Pollentier : vainqueur à l’Alpe d’Huez, le Belge Michel Pollentier triche lors d’un contrôle anti-dopage. Pollentier utilise une poire remplie d’une urine exogène, propre, celle de quelqu’un d’autre, mais le commissaire sportif ne tombe pas dans le piège. Nouveau maillot jaune, Pollentier est exclu du Tour sur-le-champ.
    - 1978, la fausse rumeur Bicycle Race pour Queen : la légende veut que le groupe Queen de Freddie Mercury ait composé la chanson Bicycle Race (album Jazz sorti en 1978) à Nice. Mais le Tour de France 1978 n’est jamais passé par la cité azuréenne, tandis que le groupe anglais enregistrait souvent ses disques non pas sur la Riviera méditerranéenne mais sur la Riviera vaudoise, à Montreux, où une statue du chanteur né à Zanzibar est érigée depuis 1996, cinq ans après la mort du virtuose auteur de Bohemian Rhapsody.
    - 1979, Bacchus s’invite sur le Tour : en 1979, alors que Bernard Hinault, ceint d’un maillot jaune qui semble devenu sa seconde peau, fonce tout droit vers un deuxième triomphe dans l’épreuve suprême du cyclisme, un spectateur promet au premier coureur passant devant sa propriété, à Echevronne, en Côte-d’Or, un trophée particulier… son poids en vin ! Le généreux pourvoyeur de vin bourguignon a préparé cinq caisses de vin pour sa récompense. Seulement trois trouveront preneur. Le coureur italien Sergio Parsani (futur directeur sportif chez Mapei), de gabarit modeste, est l’heureux vainqueur de ce trophée officieux, dans l’étape Saint-Priest – Dijon, qu’il remportera devant Gerrie Knetemann.
    - 1979, le cheptel d’Agostinho : avant le départ du Tour, une histoire parvient jusqu’aux oreilles de Zoetemelk et Kuiper. Outre Hinault, il va leur falloir composer avec un autre rival… Joaquim Agostinho. Le coureur portugais, propriétaire d’un troupeau de génisses, a du parcourir plus de 80 kilomètres à pied dans la montagne pour retrouver une partie de son cheptel qui s’était éparpillé. La résistance et l’endurance retrouvée du coureur lusitanien, 3e du classement général en 1978, refont de lui un outsider.
    - 1980, Hinault, réfugié à Lourdes : après son abandon à Pau, Hinault quitte de nuit l’hôtel de l’équipe Renault. Cyrille Guimard a demandé à Hubert Arbes, ancien coéquipier d’Hinault, d’accueillir ce dernier dans sa maison de Lourdes, à l’abri des journalistes. Comme Louis XVI qui avait fui vers Varennes en 1791, Hinault évite à tout prix le contact avec ceux dont il ne veut pas entendre parler, les journalistes ! A la différence du roi, Hinault ne se fit pas attraper …
    – 1981, le spleen de René Vietto au départ de Nice : le Tour de France 1981 démarre de Nice mais l’ancien grimpeur René Vietto, natif de Cannes, regrette l’absence de coureurs azuréens. Décédé en 1988, Vietto ne verra pas émerger un certain Richard Virenque, septuple maillot à pois (1994, 1995, 1996, 1997, 1999, 2003 et 2004) et deux fois monté sur le podium de la Grande Boucle (3e en 1996 et 2e en 1997)
    – 1982, la manifestation des ouvriers d’Usinor : l’étape contre-la-montre par équipes Orchies – Fontaines-au-Pire est interrompue par la manifestation des ouvriers d’Usinor, les organisateurs changent le parcours de l’étape Lorient – Nantes, avec un chrono par équipes Lorient – Plumelec de 69 kilomètres puis une étape en ligne Plumelec – Nantes.
    - 1983, les pronostics de L’Equipe : quelques jours avant le début du Tour de France 1983, dix journalistes de la rubrique cyclisme de L’Equipe, parmi lesquels Pierre Chany, Jean-Marie Leblanc, Philippe Bouvet ou encore Patrick Chêne, se livrent au jeu des pronostics sur le futur top 10 du classement général d’une Grande Boucle orpheline de Bernard Hinault blessé au genou après une Vuelta victorieuse. Le nom de Laurent Fignon, vainqueur surprise de ce Tour 1983, ne va apparaître qu’à une seule reprise sur dix listes de coureurs. Le jeune francilien, qui n’a pas encore fêté ses 23 ans, est nommé 10e du classement pronostiqué par Philippe Bouvet, chaque journaliste ayant droit à un clin d’œil.
    - 1983, l’ère Open du Tour de France : afin d’attirer les coureurs amateurs tels que les Colombiens et Pacte de Varsovie, Félix Lévitan décide. Les années suivantes lui donnent raison avec les exploits du Colombien Luis Herrera (victorieux à l’Alpe d’Huez en 1984, à Avoriaz en 1985, maillot à pois en 1985 et 1987), de son compatriote Fabio Parra (3e en 1988) et des coureurs soviétiques (Djamolidine Abdoujaparov maillot vert en 1991, 1993 et 1994, Dimitri Konyshev lauréat de l’étape des Champs-Elysées en 1991)
    - 1984, Dustin Hoffman débarque sur le Tour : l’acteur américain, star du Lauréat (1967), de Little Big Man (1970), des Chiens de Paille (1971), de Papillon (1973), des Hommes du Président (1976), de Marathon Man (1976) ou encore de Tootsie (1982), suit plusieurs étapes en vue d’un projet de film appelé Le Maillot Jaune. Le film ne verra jamais le jour mais Hoffman jouera un rôle dans le film The Program (sortie française le 23 septembre 2015) de Stephen Frears consacré à Lance Armstrong.
    – 1984, le drame de Carlo Tonon dans Joux-Plane : loin de Fignon, Hinault, LeMond, Kelly ou Herrera, Carlo Tonon fait partie des anonymes du peloton de la 71e édition du Tour de France, en juillet 1984. Dans la descente du col de Joux-Plane, l’infortuné coureur italien de Carrera percute un spectateur à vélo. Alors que la plupart des médecins se donnent 48 heures pour faire un pronostic sur le malheureux Tonon, le verdict est terrible à l’hôpital d’Annecy pour le directeur sportif Davide Boifava de la part d’un docteur, off the record : Regardez bien votre coureur, il faudrait un miracle pour qu’il passe la nuit. Pourtant, Tonon s’accroche. Il reste dans le coma pendant trois semaines. La presse renonce à donner de ses nouvelles, si bien qu’une partie du public l’imagine déjà en chambre froide. Les séquelles furent terribles. Pendant un an et demi, Tonon a vécu avec un cerveau d’enfant. Il a dû réapprendre à parler puis à écrire, ses souvenirs ont été rapiécés un à un. Lorsqu’il a pris conscience de son destin, oublié de son ancienne équipe, il s’est empli de chagrin et s’est senti inutile : «Les amis m’ont abandonné.» Il a trouvé refuge dans un élevage de truites tenu par sa famille, a prodigué ses conseils à de jeunes cyclistes de Vénétie. Cette vie chancelante s’est étirée jusqu’en juin 1996, quand Tonon, le demi-mort du Tour, choisit, en se suicidant, de quitter définitivement la course.
    - 1985, François Mitterrand en touriste : en cette année 1985 de cohabitation avec son Premier Ministre Jacques Chirac, le président de la République assiste à la 12e étape entre Morzine et Lans-en-Vercors, prenant des photos accompagné de son chef de cabinet Jean Glavany, futur Ministre des gouvernements Bérégovoy.
    – 1986, un quintuple médaillé d’or en patinage de vitesse sur le Tour de France : 1986 marque l’arrivée de première équipe américaine sur la Grande Boucle, Seven Eleven, sponsorisée par les célèbres épiceries japonaises et dirigée par Jim Ochowicz (futur mentor de Lance Armstrong chez Motorola). Parmi les coureurs de 7-Eleven, on trouve un certain Eric Heiden, 131e du Giro en 1985 mais également champion des Etats-Unis sur route en 1985. Seulement, Heiden est surtout une légende du patinage de vitesse, avec cinq médailles d’or aux Jeux Olympiques d’hiver de 1980 à Lake Placid : une véritable razzia sur 500 m, 1000 m, 1500 m, 5000 m et 10 000 m ! 25e du prologue couru à Boulogne-Billancourt, Eric Heiden passe les cols pyrénéens mais devra abandonner dans l’étape de l’Alpe d’Huez, celle où son compatriote Greg LeMond porte pour la première fois le prestigieux maillot jaune. Etudiant en médecine par la suite, Heiden revient une ultime fois en Europe en avril 1988, pour que 7-Eleven ait le quota suffisant de coureurs présents à départ pour disputer Gand- Wevelgem. Son devoir accompli sur la classique flandrienne, l’étudiant repart aux Etats-Unis où des examens l’attendent à l’université de Stanford, où il deviendra en 1991 docteur en médecine ! Ironie du destin, sa sœur cadette Beth avait aussi été médaillée en patinage de vitesse à Lake Placid aux JO d’hiver de 1980 (médaille de bronze sur le 3000 mètres ), avant de remporter quelques mois plus tard le titre mondial de cyclisme sur route à Sallanches …
    - 1986, l’abandon programmé de Miguel Indurain : à l’issue de la douzième étape du Tour 1986, disputée entre Bayonne et Pau, Miguel Indurain reçoit la visite dans sa chambre d’hôtel, de son directeur sportif Jose Miguel Echavarri, et de son père. Echavarri indique à Miguel qu’il doit abandonner. Ce dernier rétorque qu’il se sent bien et veut finir le Tour, au service de son leader, Pedro Delgado. Mais le père de Miguel insiste, arguant qu’il a besoin de son fils pour la récolte, dans la ferme familiale de Villava.
    – 1986, la rage d’Hinault dans l’Izoard : aux yeux de Greg LeMond, Bernard Hinault a franchi le Rubicon dans l’étape de Pau en attaquant avec Pedro Delgado. Aidé par son compatriote et coéquipier Andy Hampsten, l’Américain se venge vers Superbagnères et l’ambiance devient volcanique au sein de l’équipe La Vie Claire de Bernard Tapie et Paul Koechli. Sur la route de Serre Chevalier, le quintuple maillot jaune est pris de terribles douleurs au genou. Proche d’abandonner et victime du péché d’orgueil en vue d’une sixième victoire record qui restera utopique, le natif d’Yffiniac entend les commentaires de Patrick Chêne via le micro de la moto d’Antenne 2. Sentant les vautours en attente de son renoncement, l’orgueilleux champion breton se remotive et termine l’étape. S’il a perdu le Tour de France au profit de LeMond, Hinault a sauvé ce jour là sa deuxième place sur l’édition 1986, celle qui fait que contrairement à Bartali, Coppi, Bobet, Anquetil, Merckx ou encore Indurain, il est le seul géant du cyclisme à avoir réussi sa sortie, par la grande porte.
    - 1987, le parachute maudit de Lauritzen : vainqueur en 1987 à Luz Ardiden, le Norvégien Dag-Otto Lauritzen fut un pionnier du cyclisme au pays des fjords, bien avant Thor Hushovd, Edvald Boasson Hagen ou Alexander Kristoff. Lauritzen pratiqua le cyclisme lors d’une rééducation après un terrible accident de parachute lors de son service militaire, drame où il frôla la mort, étant sauvé de la catastrophe par des branches de sapin et une épaisse couche de neige.
    – 1988, la perche de Jacques Chancel et l’incident diplomatique franco-espagnol : en 1988, alors que Greg LeMond ne dispute pas le Tour de France après un Giro qu’il a fini épuisé un an après son terrible accident de chasse, le dauphin 1987, l’Espagnol Pedro Delgado, écrase le Tour de France devant Steven Rooks qui se console avec une victoire à l’Alpe d’Huez. A Bordeaux, alors qu’il ne reste que cinq étapes et bien peu de danger pour le natif de Ségovie (l’ascension du Puy-de-Dôme et le CLM de Santenay), le journaliste Jacques Chancel demande au maillot jaune en interview s’il s’estime certain de finir premier à Paris cinq jours plus tard. Avec 4’06’’ de marge sur son dauphin batave Rooks, Delgado peut dormir sues deux oreilles, Perico finira même avec 7’13’’ d’avance à Paris ! L’Espagnol répond donc par l’affirmative à cette question piège, et en finissant sa quotidienne d’A chacun son Tour, Jacques Chancel tend une belle perche à son jeune collègue d’Antenne 2 Patrick Chêne par une phrase lourde de sens : Il peut encore se passer beaucoup de choses d’ici Paris. Quelques minutes plus tard, Chêne lâche un scoop en direct, parlant du fameux contrôle positif de Delgado au probénécide après le chrono Tarbes – Pau. Sous l’épée de Damoclès, le leader de Reynolds reçoit le soutien du gouvernement de Felipe Gonzalez, qui délègue son ministre des Sports sur le Tour dès le lendemain. On frôle l’incident diplomatique entre Paris et Madrid, et beaucoup d’Espagnols parlent de complot français contre Delgado. Dans une ambiance très tendue, Alain Vernon et Patrick Chêne sont vus comme des parias alors que Delgado sauve son maillot jaune pour vice de forme : Le produit interdit est sur la liste du CIO, pas de l’UCI … Quant à Patrick Chêne, sa carrière de journaliste à Antenne 2 puis France 2 ne sera pas contrariée par cet incident de juillet 1988, lui qui sera le commentateur du Tour de France avec Robert Chapatte puis Bernard Thévenet entre 1989 et 2000.
    - 1989, le cafouillage Delgado : à Luxembourg, le tenant du titre prend le départ du prologue… en retard. S’approchant de la rampe de lancement quelques minutes avant son tour, Perico interprète mal un geste d’un de ses mécaniciens. C’est la panique chez Banesto. Delgado, qui avait tourné les talons, part donc en retard. Avec 2’30’’ de retard initial, le voilà complètement déconcentré. Le natif de Ségovie finira le prologue avec un retard de 2’40’’ sur le vainqueur. Le lendemain, déprimé, Delgado transforme le contre-la-montre par équipes de Banesto en véritable calvaire. Le voilà rejeté à sept minutes de Laurent Fignon au classement général. Dernier du classement, l’Espagnol finira troisième de cette Grande Boucle, sorte d’arbitre derrière le duel LeMond – Fignon.
    - 1989, la prime du bicentenaire : le Tour de France 1989 célèbre le bicentenaire de la Révolution Française en attribuant une prime de 17.890 Francs au kilomètre 1789, à Martres-Tolosane (étape Luchon – Blagnac), ville départ du Tour Féminin. A noter que l’étape de Blagnac fut courue le mercredi 12 juillet 1989, celle du vendredi 14 juillet reliant Montpellier à Marseille (victoire de Vincent Barteau).
    – 1991, Stephen Roche éliminé à Lyon : l’équipe Tonton Tapis et Stephen Roche font encore plus fort que Delgado en 1989 à Luxembourg. Lors du chrono par équipes de Lyon, l’Irlandais maillot jaune en 1987 part dans la panique seul loin derrière ses coéquipiers, réalisant après une courte discussion avec Davide Cassani qu’on lui a donné une mauvaise heure de départ. Arrivant avec 14 minutes de retard, Roche est bien entendu éliminé sans gloire du 78e Tour de France. Des rumeurs folles, comme une diarrhée avant le départ, viendront alimenter les discussions et le coureur irlandais sera licencié par l’équipe Tonton Tapis, trouvant refuge chez Carrera en 1992, avec bien plus de réussite (9e du général et victoire d’étape à la Bourboule).
    - 1991, le gros mensonge des PDM : entre Rennes et Quimper, plusieurs coureurs de l’équipe PDM abandonnent à bout de forces. La rumeur de dopage enfle mais l’équipe hollandaise adopte une défense risquée, celle de l’intoxication alimentaire. Or seuls les coureurs sont malades, alors que les staff sportifs comme médicaux de l’équipe PDM ont pris des repas équivalents à l’hôtel du Cheval d’Or de Rennes, situé près de la gare : quiche lorraine, potage, poulet grillés, spaghettis, courgettes, purée, yaourt et poires. Cet hôtel-restaurant (aujourd’hui disparu) fut célèbre pendant la guerre car son personnel oeuvrait pour la Résistance tout en hébergeant des officiers allemands.
    - 1991, la solidarité du peloton : Urs Zimmermann, mis hors course pour avoir effectué le transfert Nantes – Pau en dehors de l’avion officiel du Tour de France, est réintégré en course à la demande des coureurs. 3e en 1986 derrière Greg LeMond et Bernard Hinault, le coureur suisse de l’équipe Motorola finira 116e à Paris, à 2h13’58’’ de Miguel Indurain.
    - 1991, un Tour de France orphelin de Bordeaux : entre 1952 et 1990, la ville de Bordeaux fut présente 39 fois consécutivement sur le Tour de France, profitant des liens d’amitié entre son édile Jacques Chaban-Delmas (maire de la ville de 1947 à 1995) et Jacques Goddet mais aussi Emilien Amaury (décédé en 1977). Chaban, Premier Ministre sous Georges Pompidou entre 1969 et 1972, eut aussi pour directeur de cabinet un certain Xavier Louy, directeur du Tour de France en 1988 pendant la transition entre Jacques Goddet et Jean-Marie Leblanc.
    – 1992, la colère d’Hinault et Fignon à Saint-Gervais : en 1992, Miguel Indurain ruine le suspense dans le chrono de Luxembourg, véritable massacre où il reprendre notamment Laurent Fignon. Un seul rival du Navarrais finit sous la barre des 4 minutes, Gianni Bugno à 3’41’’. Pascal Lino conserve le maillot jaune suite à son échappée de Bordeaux mais c’est un secret de polichinelle, l’Espagnol va gagner son deuxième Tour de France. Sauf cataclysme dans les Alpes … Entre Dole et Saint-Gervais, l’équipe Carrera orchestre une superbe offensive en forme de feu d’artifice où Stephen Roche rejoint Giancarlo Perini parti en éclaireur. Dans le col du Salève, tous les outsiders d’Indurain guettent sa réaction face à la pyrotechnie de l’équipe irlandaise. Impassible comme un sphinx, le Navarrais de Banesto laisse l’écart grimper et son maillot jaune virtuellement menacé par Roche, 7e à 4’10’’ sur les routes du Grand-Duché lors de l’édifiant CLM où la potion magique EPO de Sabino Padilla a fait merveille pour le colosse de Pampelune … Si le sang-froid d’Indurain est incroyable voire à la limite du coup de bluff, les Italiens Bugno et Chiappucci perdent patience et roulent derrière l’échappée. Emmené dans un fauteuil par ses dauphins, Indurain sauve son maillot jaune virtuel, car Lino porte encore la Toison d’Or physiquement. A l’arrivée, Laurent Fignon coéquipier du champion du monde Bugno chez Gatorade entre dans une colère noire. Le double vainqueur 1983 et 1984 reproche à Bugno et Chiappucci leur attitude de losers, défaitistes qui s’accrochent à leur accessit au lieu de laisser le poids de la course aux Banesto. La réaction de Bernard Hinault, suiveur du Tour, est la même, craignant que l’épouvantail Indurain n’accumule les victoires dans ces conditions. L’étape de Mende en 1995, où la panique sera visible dans les rangs de Banesto après la grande offensive des ONCE de Laurent Jalabert, donnera raison à Fignon et Hinault a posteriori …
    – 1993, un rookie qui n’a pas froid aux yeux : rookie sur le Tour de France à seulement 21 ans et 10 mois, le jeune espoir américain Lance Armstrong se fait remarquer par sa victoire d’étape à Verdun avec Motorola devant Ronan Pensec, ceint du maillot de champion des Etats-Unis acquis avant le Tour de France à Philadelphie. Parmi tous les journalistes venus l’interviewer après son triomphe dans la cité lorraine, le New-Yorkais Samuel Abt, habitué les années précédentes aux confidences du triple maillot jaune Greg LeMond qui a pérennisé les exploits entre 1984 et 1990. L’inévitable comparaison entre le Californien et le Texan, séparés par dix ans (1961-1971) se traduit en question pour le jeune coureur de Jim Ochowicz : Seras-tu un deuxième Greg LeMond ? La réponse d’Armstrong est cinglante, avec une répartie désarmante : Non, je serai le premier Lance Armstrong. La parole sera tenue entre 1999 et 2005 avec sept maillots jaunes, certes usurpés, sur la Grande Boucle, après avoir vaincu un terrible cancer des testicules.
    - 1993, une crevaison opportune au lac de Madine : grand vainqueur du CLM au Lac de Madine, Miguel Indurain devance Gianni Bugno de 2’11’’ à l’arrivée de cette étape. Prenant le maillot jaune, l’Espagnol aurait pu créer un écart encore plus important et se rapprocher de l’exploit réalisé en 1992 au Luxembourg. En effet, le Navarrais a été victime d’une crevaison, qui a sauvé de l’élimination son coéquipier chez Banesto, et propre frère Prudencio, 171e et dernier de ce chrono à 17’48’’ de son aîné (soit un écart colossal de 18″1 par kilomètre, sur 59 km).
    – 1993, la première « Etape du Tour » : épreuve créée en 1993 pour que les cyclistes amateurs puissent se tester sur le parcours d’une des étapes de moyenne ou haute montagne du Tour de France, l’étape du Tour de 1993 inaugure la formule avec l’étape Tarbes – Pau qui sera remportée durant la 80e Grande Boucle par l’Italien Claudio Chiappucci le jeudi 22 juillet 1993. L’épreuve amateurs, elle, réunit mardi 20 juillet 1993 des célébrités comme Alain Prost, Paul Belmondo, Jean Réveillon, Gérard Holtz ou encore Antoine de Caunes. A cinq jours du Grand Prix d’Allemagne à Hockenheim où il remportera sa 51e et ultime victoire en Formule 1, Alain Prost est de la partie, ayant découvert dans les cols pyrénéens les bienfaits de la petite reine durant son année sabbatique précédant son retour avec l’écurie Williams-Renault. Pour l’anecdote, l’édition 1993 est remportée par un jeune amateur de 19 ans qui fera reparler de lui, Christophe Rinero, 4e du classement général et maillot à pois du Tour de France 1998 avec Cofidis. D’autres éditions seront enlevées par des vainqueurs célèbres, comme en 1995 à l’Alpe d’Huez (Thierry Bourguignon chez les hommes, Marion Clignet chez les femmes), en 2002 à Cluses (Jeannie Longo), en 2008 à Lourdes Hautacam (Laurent Brochard chez les 40-49 ans) ou en 2009 au Mont Ventoux (le champion de France Dimitri Champion chez les 19-29 ans). Beaucoup d’anciens coureurs viendront participer à l’épreuve, tels Greg LeMond en 2000, Miguel Indurain et Abraham Olano en 2003, ou d’autres sportifs (retraités ou en activité) comme le rugbyman Pierre Berbizier, le pilote de F1 Philippe Alliot, Alain Prost, Takuma Sato, ou encore le tennisman Richard Krajicek.
    - 1994, l’Histoire s’inverse entre Cherbourg et Rennes : cinquante ans après le débarquement allié du 7 juin 1944, le Tour de France commémore l’évènement entre Cherbourg et Rennes, avec un passage par Utach Beach et Sainte-Mère-l’Eglise. L’Allemand Olaf Ludwig gagna la prime du mémorial à Saint-Lô, tandis que l’Américain Greg LeMond abandonna près de l’endroit où les G.I. du général Patton vinrent délivrer la Normandie puis la France entière du joug nazi.
    - 1994, une rue Henri Desgrange inaugurée dans Paris : non loin du Palais Omnisports de Paris Bercy inauguré en 1984 par Jacques Chirac (projet auquel Jacques Goddet avait contribué), la ville de Paris inaugure une nouvelle voie dans le 12e arrondissement en l’honneur du créateur du Tour de France, 54 ans après sa mort en 1940. Plus de cent ans après son exploit au vélodrome Buffalo de Neuilly (premier recordman de l’heure officiel en 1893), l’ancien clerc de notaire sort de l’oubli et accède à la postérité via cette rue de Paris.
    – 1995, l’oeil de Virenque : échappé avec Fernando Escartin (Mapei) vers Cauterets, le grimpeur varois constate dans le col du Tourmalet que l’Espagnol est au sommet de son rythme cardiaque. Trahi par le cardio-fréquencemètre de son vélo, Escartin a donné sans le vouloir une information en or à Virenque, son compagnon d’échappée. A 180 pulsations par minute, Escartin est proche de la rupture. Le leader de Festina en profite pour placer une accélération décisive, et gagne à Cauterets sa deuxième étape dans le Tour, un an après la victoire de Luz Ardiden.
    - 1995, Riis contre la neutralisation de Tarbes – Pau : la veille à Cauterets, la course a été endeuillée par le décès de Fabio Casartelli, jeune coureur italien de 23 ans de l’équipe américaine Motorola. La neutralisation de l’étape suivante Tarbes – Pau semble une évidence pour tous, sauf pour Bjarne Riis, le coureur danois de l‘équipe Gewiss Ballan, 3e du classement général derrière le maillot jaune espagnol Miguel Indurain (Banesto) et son dauphin suisse Alex Zülle (ONCE). Riis se sentait capable de renverser la vapeur sur le quadruple tenant du titre. Mais l’étape sera bien neutralisée, et le peloton laissera l’équipe Motorola franchir en tête la ligne d’arrivée à Pau. Quant à Riis, il perdra encore 48 secondes sur Miguel Indurain dans l’ultime chrono du Lac de Vassivière, ce qui montre bien que l’Espagnol était le plus fort sur ce Tour de France 1995.
    – 1996, les pots belges d’Aix-en-Provence et Gréoux-les-Bains entre Festina et L’Equipe : un épisode survenu dans la ville de Cézanne montre la collusion entre les journalistes sportifs et les champions cyclistes, celle qui préserve l’omerta sur le dopage. Le 21 décembre 1996, deux journalistes de L’Equipe, Philippe Le Gars et Manuel Martinez, participent à un pot belge dans la chambre d’hôtel de Pascal Hervé, à Aix-en-Provence, à la fin d’un stage de l’équipe Festina … Rebelote quelques jours plus tard à Gréoux-les-Bains, près des gorges du Vercors, entre Richard Virenque et les deux journalistes …
    – 1997, Jacques Goddet en visionnaire pour 2000 et 2003 : pour le cinquantenaire de la reprise du Tour de France (1947-1997), en vue des Tours de France 2000 (dernier Tour du Millénaire) et 2003 (Tour du Centenaire), Jacques Goddet émet donc des vœux, certains resteront utopiques :
    - Tour de France 2000, retour exceptionnel aux équipes nationales pour introduire un zeste de classicisme, avec des maillots faisant place aux sponsors traditionnels pour ne pas pénaliser les groupes investissant dans le peloton cycliste traditionnel. Départ de New York (prologue vers Central Park), étapes à Boston, à Montréal (arrivée jugée au sommet du Mont-Royal surplombant la grande ville québécoise). L’idée de Goddet est bien entendu d’introduire de la modernité mais aussi de rendre hommage aux coureurs nord-américains qui avaient brillé sur le Tour de France depuis le milieu des années 80 : le Canadien Steve Bauer mais surtout les Américains Greg LeMond et Andrew Hampsten. Embarquement via le Concorde pour l’Europe (ironie du destin, le sort porta l’estocade au mythique avion français le mardi 25 juillet 2000, deux jours après l’arrivée du Tour de France 2000 remporté par Lance Armstrong), de Montréal vers Londres. Départ d’étape depuis l’aéroport d’Heathrow et passage devant Buckingham Palace. Transfert en Eurostar vers Calais pour un CLM par équipes vers Lille. Le Concorde et l’Eurostar symbolisent la modernité et l’excellence française. Ce chrono par équipes devait être particulier, non pas couru en commun mais par relais à la façon de l’athlétisme, soit une dizaine de kilomètres environ par coureur. Le peloton rejoint ensuite Bruxelles, Maastricht, Bonn, Luxembourg et Strasbourg pour célébrer la construction européenne, fait majeur politique du XXe siècle qui s’achève alors, en profitant des Ardennes belges comme terrain de jeu. De Strasbourg via le Ballon d’Alsace le peloton descend ensuite vers Lausanne pour célébrer la renaissance des Jeux Olympiques, œuvre du baron Pierre de Coubertin en 1896. C’est sur les rives du Lac Léman qu’on dispute un contre-la-montre individuel. Les Alpes sont ensuite au menu via l’Italie avec le Mont Ventoux comme troisième étape de montagne. Un transfert aérien s’engage vers Barcelone pour enchaîner sur les Pyrénées juste après les Alpes, le chrono final ayant lieu au Futuroscope de Poitiers, avant une ultime étape parisienne entre le Stade de France et la Grande Arche de la Défense, via les Champs-Elysées en utilisant le traditionnel circuit passant par l’Orangerie, le quai du Louvre, la Rue de Rivoli et les Tuileries, l’arrivée finale à la Défense, autre symbole du modernisme français, devant marquer une arrivée différente à Paris. Jacques Goddet avait donné une version légèrement différente à Rouen pour le départ du Tour de France 1997 : chrono par équipes en relais vers Bruxelles et non Lille, aller-retour vers Copenhague puis retour à Mulhouse. Au final, devant cette feuille de route démesurée d’ambition, Jean-Marie Leblanc retiendra quelques lieux pour le parcours 2000 : le Futuroscope pour le départ, le Mont Ventoux, Lausanne ou encore Mulhouse.
    - Tour de France 2003, départ aux Antilles pour associer tous les Français au Tour de France. En Guadeloupe, passage sur les pentes de la Soufrière puis contre-la-montre en Martinique, à Fort-de-France. De retour en métropole, passage en Alsace et Lorraine, régions sous tutelle allemande alors en 1903, conséquence de la défaite contre la Prusse en 1870. L’édition du Centenaire imaginée par Jacques Goddet offre un premier passage en Corse, ainsi qu’aux cinq villes qui avaient accueilli l’édition de 1903, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. L’étape Bordeaux – Nantes de 394 kilomètres devait être reprise à l’identique, Maurice Garin ayant alors remporté ce morceau de bravoure en 16 heures et 26 minutes ! Goddet envisageait un classement spécial par rapport à ces étapes du souvenir. Le Tour de France 2003 devait gravir tous les grands cols historiques, l’Izoard, le Tourmalet et le Galibier, ce dernier faisant l’objet d’une arrivée d’étape dédiée devant la stèle érigée à la mémoire d’Henri Desgrange. Le peloton passera dans d’autres villes marquantes de l’Histoire de France au XXe siècle, Reims ou encore Colombey-les-Deux-Eglises. L’ultime étape CLM partira de Sainte-Mère-l’Eglise pour arriver à Avranches. L’arrivée du Tour 2003 devait être jugée aux Champs-Elysées après une étape 100 % parisienne, via Montmartre, Belleville et les Buttes-Chaumont ainsi que des secteurs pavés, pour ne pas en faire une simple promenade de santé dans la capitale. De cette pléthore d’idées, Jean-Marie Leblanc retiendra les passages par les cols mythiques (Izoard, Galibier, Tourmalet) mais aussi l’hommage aux cinq villes hôtes de 1903 (Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes)
    - 1997, le piano remplace l’accordéon : quatre décennies après Yvette Horner, qui jouait de l’accordéon à l’époque où Bobet enfilait les maillots jaunes comme des perles, c’est le virtuose du piano François-René Dûchable qui offre un récital de musique sur le Tour de France. Au sommet du col du Tourmalet, pendant l’étape de Loudenvielle, le pianiste joue des oeuvres de Bach et Liszt, ainsi que des valses de Chopin, en ce 14 juillet qui verra la victoire de Laurent Brochard (Festina).
    - 1997, l’annonce de Miguel Rodriguez : c’est en plein Tour de France 1997 que Richard Virenque apprend par le grand patron de Festina la venue d’Alex Zülle (ONCE) chez Festina Lotus pour 1998. Furieux, le Varois sera ensuite rassuré par Bruno Roussel, l’équipe partageant ainsi le gâteau en vue de la saison 1998 : Giro pour Zülle, Tour de France pour Virenque, Vuelta pour Dufaux …
    - 1997, les pots-de-vin de Virenque : dans l’étape Colmar – Montbéliard, alors que le maillot jaune Ullrich est en difficulté dans un petit col des Vosges, Richard Virenque tente de monter une échappée avec les principaux ténors du classement général, Olano, Pantani et Escartin … Quelques jours après avoir acheté à Ullrich sa victoire de Courchevel (100 000 francs) et un an après l’achat par Laurent Dufaux de sa victoire à Pampelune face à Bjarne Riis (30 000 francs), le grimpeur varois aurait proposé 10 000 francs de l’époque (environ 1500 euros) à Marco Pantani, qui n’avait rien à gagner dans cette échappée, en contrepartie de sa collaboration. Le veto de l’Italien fut direct… les velléités des Festina furent donc anéanties et Jan Ullrich préserva son avance …
    – 1998, une arrivée décalée en août : la concurrence médiatique de la Coupe du monde de football se terminant le 12 juillet 1998 force les organisateurs du Tour à décaler d’une semaine le début de la 85e édition. Le Tour débute ainsi samedi 11 juillet 1998 à Dublin, et se termine pour la première fois de son histoire en août, le dimanche 2 août. Cinq ans plus tard, en 2003, le Stade de France servira de départ fictif à la première étape du Tour du Centenaire, avant un départ à Montgeron, devant l’emplacement de l’ancienne auberge du Réveil Matin, lieu du départ de la première édition en 1903.
    - 1998, une exclusion politique pour Festina : bien qu’inévitable, l’exclusion des Festina aurait pu intervenir légèrement après le week-end corrézien du Tour de France en 1998. Mais Jacques Chirac, présent en Corrèze pour le contre-la-montre remporté par Jan Ullrich, souhaitait éviter tout scandale, son épouse Bernadette étant associée à un certain Richard Virenque pour certaines opérations extra-sportives du Varois… Invités à dîner au château de Bity la veille du chrono par le couple présidentiel, Jean-Marie Leblanc et Jean-Claude Killy furent également invités à forcer le destin et à accélérer le processus d’exclusion des moutons noirs du peloton, marqués du sceau de l’imposture EPO depuis le départ de Dublin, après l’interception du soigneur Willy Voet à la frontière franco-belge. Mais l’interception de Voet était programmée, le soigneur des Festina étant surveillé de très près par les gendarmes depuis un contrôle positif de Christophe Moreau au printemps 1998 sur le Critérium International, course remportée par le Belfortain.
    - 1998, le cadeau de Jan Ullrich : le dimanche 2 août, les équipes Deutsche Telekom et Cofidis se retrouvent à l’hôtel Concorde La Fayette. Voyant Bobby Julich (3e du Tour) aller au dîner Cofidis, Jan Ullrich (2e du classement général derrière Marco Pantani) offre au coureur américain une montre Tag Heuer …
    - 1999, Mario Cipollini entre Jules César et Pamela Anderson : célèbre pour ses victoires au sprint tout comme pour ses abandons programmés le privant des Champs-Elysées et du maillot vert, le play-boy toscan Cipollini vient de gagner quatre étapes à la suite (Blois, Amiens, Maubeuge, Thionville) avant le chrono de Metz remporté par le nouveau maillot jaune Lance Armstrong. Quatre étapes de rang, du jamais vu depuis 1930 et Charles Pélissier ! Au départ du Grand Bornand, l’homme qu’on surnomme Il Leone et qui aurait pu tourner avec Sergio Leone des western-spaghettis vu ses faux airs de Clint Eastwood, est déguisé en empereur romain. Le natif de Lucques abandonnera sa toge de Jules César et sa couronne de lauriers pour les cols alpestres sur la route de Sestrières, même la présence de la playmate canadienne siliconée Pamela Anderson (née en 1967 comme Cipo et star d’Alerte à Malibu) sur la potence de son guidon ne suffira pas à le motiver pour arriver devant les tifosi, qui avaient réservé un triomphe en 1952 et 1992 à d’autres héros transalpins, respectivement Fausto Coppi et Claudio Chiappucci. L’équipe Saeco, qui comprend également Laurent Dufaux, sera réprimandée par l’UCI d’une amende pour avoir délaissée sa tenue rouge sur cette étape au profit d’une tenue rappelant la couleur beige de la toge impériale de Cipo, le sprinter superstar abandonnant dans la descente du col du Montgenèvre ce jour là …
    - 1999, le photographe de l’Alpe d’Huez : orpheline de Bjarne Riis mais surtout de Jan Ullrich, Deutesche Telekom arrive sans ambitions au classement général en 1999, la mission est de gagner des étapes via Erik Zabel au sprint ou par des offensives. Le grimpeur italien Giuseppe Guerini fausse compagnie au groupe du maillot jaune Lance Armstrong, qui a écrasé la veille le Tour de France à Sestrières, faute de concurrence suffisante (Marco Pantani absent) en montagne. Ni Alex Zülle ni Laurent Dufaux ni Richard Virenque ne semblent capables de désarçonner le Texan et sa garde rapprochée de l’US Postal dans les 21 lacets de l’Alpe d’Huez, ce dont va profiter Guerini pour viser la victoire d’étape dans la station alpestre. A moins de deux kilomètres de l’arrivée, un jeune photographe imprudent évalue mal la vitesse de Guerini et percute le coureur italien qui chute. Mais heureusement pour Giuseppe Guerini, il conserve suffisamment d’avancer pour devenir le cinquième Italien après Fausto Coppi (1952), Gianni Bugno (1990 et 1991), Roberto Conti (1994) et Marco Pantani (1995 et 1997) à triompher en haut de l’Alpe d’Huez. Cette septième victoire italienne est proche de faire démentir l’expression de montagne des Hollandais, lié aux huit succès bataves à l’Alpe d’Huez (Zoetemelk 1976 et 1979, Kuiper 1977 et 1978, Winnen 1981 et 1983, Rooks 1988, Theunisse 1989).
    - 1999, l’US Postal fête le maillot jaune au Musée d’Orsay : invitée par les organisateurs au bénéfice d’une wild-card, l’US Postal repart avec le maillot jaune conquis par son leader Lance Armstrong, rescapé du cancer qui dix ans après son compatriote Greg LeMond, effectue un retour sportif tonitruant au premier plan. Pour fêter la victoire, les hommes de Johan Bruyneel se rendent au musée d’Orsay où ils retrouvent un certain Philippe, alias Motoman, l’homme qui officie comme jardinier du champion du monde 1993 dans sa résidence niçoise, mais qui a surtout suivi le parcours de la 86E édition de la Grande Boucle pour ravitailler le train bleu en EPO, alias Edgar Poe dans le jargon US Postal. Motoman se verra même offrir une montre de grande classe par Armstrong. Quant à L.A. les honneurs ne sont pas terminés, il sera reçu par le président Bill Clinton, par le gratin de Wall Street, par Donald Trump. A star is born !
    - 2000, un anniversaire révélateur au Mont Ventoux : en 2000, Greg LeMond retrouve ses anciens coéquipiers de l’équipe Z pour fêter les dix ans de son troisième maillot jaune (1990). Ainsi, l’Américain retrouve Robert Millar, Ronan Pensec, Gilbert Duclos-Lassalle, Jérôme Simon, Eric Boyer ou encore Bruno Cornillet. Mais lors de ce dîner à Pernes-les-Fontaines, près du Mont Ventoux que les anciens de Z graviront lors de la cyclo-sportive L’Etape du Tour à laquelle participeront aussi les anciens pilotes de F1 Alain Prost et Paul Belmondo, Greg LeMond revoit aussi son ancien mécanicien Julien DeVriese, ancien mécano de Merckx qui travaille alors pour l’US Postal de Lance Armstrong. Lors d’une conversation off the record avec De Vriese, LeMond apprend la triste réalité de son compatriote rescapé du cancer. Les ponts seront définitivement coupés entre les deux champions américains en juillet 2001 quand Lance Armstrong sera contraint, de par les trouvailles de David Walsh (Sunday Times) de révéler publiquement ses liens avec le docteur Michele Ferrari.
    - 2000, le cadeau empoisonné d’Armstrong à Pantani : dominateur sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, Lance Armstrong a fait oublier sa défaillance du Dauphiné Libéré dans le Géant de Provence. Revenant à bride abattue sur Marco Pantani, le maillot jaune texan accélère encore dans les ultimes kilomètres du mont chauve pour creuser encore l’écart avec Jan Ullrich, qu’il trouve trop gros. L’Américain veut aussi se faire un allié en la personne de Pantani pour la traversée des Alpes face à l’ogre de Rostock. C’est ainsi qu’Armstrong laisse la victoire d’étape à l’orgueilleux coureur italien, geste chevaleresque contre lequel s’insurgent Eddy Merckx et Laurent Fignon, tant le prestige du Mont Ventoux est grand. Mais contrairement à Miguel Indurain avec Gianni Bugno (Alpe d’Huez 1991), Tony Rominger (Serre Chevalier et Isola 2000 en 1993) ou encore Luc Leblanc (Lourdes Hautacam 1994), le cadeau d’Armstrong va se révéler empoisonné car Pantani n’est pas Bugno, Rominger ou Leblanc, il est fait du métal des champions, avec pour corollaire l’orgueil démesuré qui va avec. Le boomerang Pantani va revenir en pleine face du Texan dans les Alpes, car le natif de Cesenatico tient comme à la prunelle de ses yeux à son titre subjectif de meilleur grimpeur du monde, détenu depuis sa révélation dans le col du Mortirolo lors du Giro 1994. Par la suite sur ce Tour de France 2000, dans le col de l’Izoard, dans le final de l’étape de Courchevel, sur la route de Morzine, Marco Pantani n’aura de cesse de devenir le cauchemar d’Armstrong, aux antipodes de l’allié politique espéré par le Texan … Duel d’anthologie du fait de son animosité,
    - 2000, les intrus basques de Courchevel : à la fin d’une étape de montagne remportée par Marco Pantani, des intrus déguisés en maillot jaune franchissent les barrières de sécurité et parcourent les derniers hectomètres aux côtés de Lance Armstrong et Roberto Heras. Ce sont des militants basques …
    - 2000, l’Orient-Express pour relier Paris : l’avant-dernière étape du Tour 2000 est remportée par Erik Zabel à Troyes. L’ultime étape est prévue dans Paris intra-muros avec un premier circuit spécial, avant le traditionnel circuit passant devant le Louvre, les Tuileries, la place de la Concorde et l’avenue des Champs-Elysées. Pour relier Troyes à la capitale, le peloton utilise le célèbre Orient-Express, train créé en 1883 pour relier Paris à Constantinople (Istanbul) via Venise. Depuis 1982, le train a été rénommé Venise-Simplon-Orient-Express. Lance Armstrong, Jan Ullrich et tous les autres coureurs utilisent donc un train autrement plus luxueux que le traditionnel TGV.
    – 2001, un maillot jaune particulier à Dunkerque pour Christophe Moreau : 4e du Tour de France avec Festina en 2000 devant son ancien leader Richard Virenque (6e avec Polti), Moreau vise le podium en 2001 malgré la présence de Lance Armstrong, Jan Ullrich et Joseba Beloki, les trois premiers de l’édition 2000. Le prologue de Dunkerque se déroule comme dans un rêve pour le rouleur Belfortain, qui l’emporte devant Igor Gonzalez de Galdeano, Lance Armstrong et Jan Ullrich. Sur le podium de la Côte d’Opale, le leader de Festina rencontre une émotion particulière en plus des cadeaux traditionnels : bouquet du vainqueur, maillot jaune et lion en peluche du Crédit Lyonnais … Christophe Moreau revêt son premier maillot jaune aux côtés de sa future épouse Emilie, hôtesse sur le podium officiel ce jour là dans le Nord. Sans doute le plus beau souvenir sa carrière.
    - 2001, le coup de Pontarlier et le peloton hors délais : fait rarissime, le peloton arrive hors délais à Pontarlier sous une pluie apocalyptique (comme en 1997 vers Courchevel ou en 2006 vers Montélimar) et se voit repêcher alors qu’un groupe de quatorze coureurs parmi lesquels Erik Dekker, Stuart O’Grady, Andrei Kivilev et François Simon, reprend près de 36 minutes aux favoris Lance Armstrong et Jan Ullrich. Le Kazakh de Cofidis avait perdu 18 minutes dans une bordure à Verdun, il se retrouve outsider de la 88e édition, qui ressemble au Tour de France 1990, quand Maassen, Bauer, Pensec et Chiappucci avaient pris 10’35’’ dès l’étape du Futuroscope de Poitiers à des favoris (LeMond, Breukink, Delgado, Fignon et Bugno) se regardant en chiens de faïence.
    - 2001, le coup de téléphone des frères Simon : en 2001 après le coup de Pontarlier, Stuart O’Grady se retrouve maillot jaune au départ d’Aix-les-Bains avant la grande étape de montagne de l’Alpe d’Huez. Comme Kivilev, François Simon se retrouve parmi les mieux placés pour prendre le maillot jaune avant que Lance Armstrong ou Jan Ullrich n’en prennent possession dans les Pyrénées. Avant l’étape, Pascal Simon, l’aîné de la fratrie, appelle son jeune frère François avec une phrase en forme de clin d’œil : Il y a 18 ans, j’ai laissé mon maillot jaune sur la route de l’Alpe, essaye de le retrouver. Ce sera le cas pour François qui portera le maillot jaune pendant trois étapes jusqu’au Pla d’Adet avant de le céder à Lance Armstrong. Son frère Pascal, lui, avait dû cruellement abandonner le Tour de France 1983 alors qu’il était maillot jaune depuis la mythique étape de Bagnères-de-Luchon disputée sous la canicule. Victime d’une chute le blessant à l’omoplate dans l’étape suivante, il avait poursuivi sa route en forme de calvaire, avant de renoncer la mort dans l’âme dans l’étape de l’Alpe d’Huez, propulsant ainsi Laurent Fignon vers sa première victoire dans la Grande Boucle.
    – 2002, journée de repos émouvante pour Laurent Jalabert : 17h45 le mardi 16 juillet 2002 lors de la journée de repos au vélodrome de Bordeaux. Laurent Jalabert, 33 ans et meilleur coureur français de sa génération, officialise sa retraite en conférence de presse avec pour seul regret la deuxième place au championnat du monde de Benidorm en 1992 derrière Gianni Bugno, et un ultime objectif au Mondial de Zolder en 2002 (il finira 130e loin du sprint gagné par Mario Cipollini). Loin de son chant du cygne, celui qu’on surnomme le Panda finira ce Tour de France 2002 en apothéose avec un deuxième maillot à pois sur les épaules malgré la concurrence de son ami Richard Virenque, et avec trois belles échappées vers la Mongie, le Plateau de Beille et Béziers.
    – 2003, un oiseau de mauvais augure pour le Train Bleu : le Tour de Centenaire démarre de Paris en écho aux départs parisiens en vigueur jusqu’en 1950 (exception faite d’Evian en 1926). Le vendredi 4 juillet, lors de la présentation des équipes, l’US Postal a la mauvaise surprise de voit son directeur sportif Johan Bruyneel victime d’une fiente de pigeon sur son costume lors du briefing dans le bus de l’équipe américaine. Le colosse tchèque Pavel Padrnos y voit un mauvais augure pour les postiers, et en effet Lance Armstrong souffrira comme jamais pour arracher son cinquième maillot jaune en 2003 face aux Ullrich, Vinokourov, Hamilton, Mayo et autres Zubeldia.
    – 2003, Ullrich au frais : comme Fignon ou Indurain, Jan Ullrich adorait la chaleur tandis que son rival Lance Armstrong préférait la pluie, tel Charly Gaul jadis. Tel le phénix, l’Allemand de Bianchi va renaître de ses cendres dans le chrono de Cap Découverte couru sous un soleil de plomb dardant ses rayons de feu sur les routes surchauffées du Gers. L’ogre de Rostock a pu s’échauffer à l’ombre et au frais dans un magasin de cycles climatisé de Gaillac, contrairement à son rival Armstrong qui se dira déshydraté après ce chrono en forme de camouflet. Une défaite si cuisante face au champion allemand que le Texan, au maillot jaune menacé par Ullrich, n’osera même pas regarder dans les yeux ses coéquipiers de l’US Postal le soir au dîner … Mais Jan Ullrich manquera le coche tactiquement dans les trois étapes pyrénéennes, ce qui sauvera le maillot jaune de Lance Armstrong.
    - 2003, la tétine de Carlos Sastre : vainqueur au sommet d’Ax-les-Thermes au Plateau de Bonascre, l’Espagnol Carlos Sastre gratifie la télévision d’une image inoubliable. La Coupe du Monde de football 1994 avait vu les Brésiliens Bebeto, Romario et Mazinho mimer le port d’un bébé à l’occasion de la naissance du fils du premier né, buteur face aux Pays-Bas en quart de finale de la World Cup américaine. Le Tour de France 2003 voit le coureur de la CSC, vainqueur à Ax 3 Domaines, célébrer la naissance de sa fille avec une tétine de bébé à la bouche, symbolisant la naissance de sa fille Claudia deux ans plus tôt en 2001, année où Sastre est devenu plus raisonnable en tant que père, ce qui a servi sa carrière. Cinq ans plus tard, Sastre gagnera le Tour de France avec une victoire à l’Alpe d’Huez comme cerise sur le gâteau.
    - 2003, Armstrong élimine son ami Axel Merckx à Luz-Ardiden : au printemps 1995, lassé d’être battu par les équipes gavées de potion magique EPO, Lance Armstrong fait la connaissance d’Axel Merckx via son père Eddy, le célèbre Cannibale. Les deux Belges présentent un certain docteur Michele Ferrari à l’Américain. Avec le druide italien du dopage, le Texan va collaborer jusqu’en 2010 et sa dernière saison chez Radio Shack. Protégé par Hein Verbruggen, le Ponce Pilate de Lausanne demeurant dans la tour d’ivoir de l’UCI, Lance Armstrong a ainsi échappé à des contrôles positifs sur le Tour de France 1999 ou sur le Tour de Suisse 2001, à chaque fois à l’EPO, malgré toute la science machiavélique de Ferrari, meilleur disciple de Francesco Conconi, qui était lui tel le pouce et l’index avec le prince Alexandre de Mérode. Lance Armstrong savait dès juin 1999 qu’il allait gagner son premier Tour de France, pas seulement parce qu’il allait éviter les deux maillots jaunes de 1997 (Jan Ullrich) et 1998 (Marco Pantani) mais parce qu’il avait battu le record officieux du Suisse Tony Rominger au col de la Madone, sorte de laboratoire du docteur Ferrari : 31’25’’ pour le Zougois, 30’47’’ pour le Texan (le record actuel serait de 29’40’’ pour l’Australien Ritchie Porte). En 2003, lancé vers une cinquième victoire qui doit lui ouvrir le panthéon du cyclisme aux côtés de Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain, le champion texan retrouve in extremis ses jambes de champion dans l’étape de Luz Ardiden. Malgré les liens révélés avec le docteur Ferrari par David Walsh (Sunday Times) en juillet 2001, malgré les doutes exprimés par Greg LeMond la même année dans Le Monde, malgré le scandale Raimondas Rumsas en 2002, l’œil du cyclone et l’épée de Damoclès se sont éloignées pour le Texan en ce mois de juillet 2003 où l’effet Centenaire et un superbe duel sportif avec Jan Ullrich viennent refermer la boîte de Pandore. A Luz Ardiden, sous la brume pyrénéene, Lance Armstrong retrouve toute sa superbe tandis que son ami Axel Merckx finit hors délais, juste devant son père Eddy qui le suit depuis la voiture balai …
    - 2004, Ugrumov et Pantani, dix ans après : en 1994, Miguel Indurain remporte son quatrième Tour de France, écrasant l’épreuve en deux étapes, le chrono Périgueux – Bergerac puis la montée de Lourdes Hautacam. Orphelin de Rominger contraint à l’abandon, l’Espagnol voit son avance colossale fondre comme neige au soleil dans les Alpes, face à deux coureurs déchaînés, le jeune grimpeur italien Marco Pantani et le vétéran letton Piotr Ugrumov. Vainqueur du dernier CLM entre Morzine et Avoriaz, ce dernier renverse Richard Virenque et finit dauphin du Navarrais, tandis que Pantani monte sur la 3e marche du podium à seulement 24 ans. Dix ans plus tard, le 14 février 2004, Marco Pantani est retrouvé mort dans un hôtel de Rimini, victime d’une overdose de cocaïne. Ironie du destin, c’est sur cette station de l’Adriatique que vit le retraité balte Ugrumov, qui vit passer le convoi funèbre du Pirate en dessous de ses fenêtres. Le cyclisme perdait son dernier champion romantique, auteur du doublé Giro – Tour en 1995, et seul coureur italien qui envoyait régulièrement de l’argent à la veuve de Fabio Casartelli, le médaillé d’or sur route des Jeux Olympiques de Barcelone (1992), tragiquement décédé en juillet 1995 dans la descente du col du Portet d’Aspet.
    - 2004, la vendetta du Boss dans le Jura : 2004 est une sale année pour Lance Armstrong sur le plan des rumeurs de dopage. Les journalistes d’investigation Pierre Ballester et David Walsh publient L.A. Confidential, les secrets de Lance Armstrong, un livre explosif dont le titre fait écho au célèbre roman de James Ellroy porté à l’écran en 1997 avec Kevin Spacey, Guy Pearce, Russell Crowe, James Crowell, Kim Basinger et Danny de Vito. Egalement, le docteur Ferrari devra comparaître dans un procès en Italie, où l’un des principaux témoins est le coureur transalpin Filippo Simeoni, qui participe à l’édition 2004 du Tour de France sous les couleurs de l’équipe Domina & Vacanze. Echappé sur la route de Lons-le-Saunier avec notamment Juan Miguel Mercado (futur vainqueur de l’étape), Simeoni est rattrapé par Lance Armstrong en personne. Le maillot jaune est sorti du peloton pour chercher celui qui à ses yeux, a franchi le Rubicon. La participation de Simeoni à l’échappée du jour est donc utopique, Armstrong lui intimant l’ordre de revenir dans le peloton. Le sermon donné par le Texan au coureur italien est resté célèbre, faisant peu pour améliorer sa popularité en Europe : J’ai plus d’argent que toi, je te détruirai. Le seul jour de la troisième semaine du Tour 2004 où il n’a pas enrichi son palmarès (victoires d’étapes à Villars-de-Lans, Alpe d’Huez CLM, Grand Bornand, Besançon CLM et 6e victoire finale consécutive sur le Tour de France à Paris), le leader de l’US Postal a trouvé le moyen de se faire remarquer.
    - 2005, quatorze kilomètres de moins grâce aux loups : au départ de la dixième étape du Tour, Grenoble – Courchevel, une manifestation contre la réintroduction des loups dans les Alpes contraint les organisateurs à raccourcir de 14 kilomètres l’étape de montagne qui verra Alejandro Valverde battre Lance Armstrong sur la ligne, loin devant Ivan Basso, Jan Ullrich et Alexandre Vinokourov, grands battus du jour dans cette première étape de montagne. Le départ est donc donné de la commune de Froges et non de la ville de Grenoble.
    - 2005, l’érudition de John Kerry : candidat démocrate battu par George W. Bush à l’élection présidentielle américaine en novembre 2004, John Kerry connaît bien la France, lui qui est cousin avec l’ancien député de Génération Ecologie, Brice Lalonde. Le sénateur du Massachussetts est invité par ASO à suivre l’étape contre-la-montre de Saint-Etienne, qui sera la 22e et dernière victoire d’étape de Lance Armstrong depuis 1993 sur le Tour de France. John Kerry va surprendre le landerneau cycliste, Jean-Marie Leblanc inclus, par sa culture sur les coureurs des années 40, 50 et 60 : Parlez-moi de Vietto, Robic, Bobet, Coppi, Bartali, Koblet, Anquetil et Poulidor, qui sont des personnages extraordinaires !
    – 2005, le discours d’Armstrong aux cyniques : dans le gotha, Lance Armstrong est seul, deux marches au-dessus des anciens recordmen Anquetil. Merckx, Hinault et Indurain. Avec sept maillots jaunes, le Texan est donc inaccessible pour un bon moment. Mais le triomphe sportif ne semble pas suffire à celui qui est assoiffé de pouvoir, et dont la rumeur de l’époque indique qu’il pourrait se reconvertir en politique pour viser le poste de gouverneur du Texas. Face à la foule parisienne, sur le podium où il domine d’une marche Ivan Basso et Jan Ullrich, le champion du monde d’Oslo 1993 prend le micro et s’adresse aux cyniques, à ceux qui ne croient pas au rêve cycliste, au travail stakhanoviste … La meilleure défense, c’est l’attaque, Armstrong coupe donc l’herbe sous le pied à toutes les interviews potentielles en ce dimanche 24 juillet 2005. Un mois plus tard, le mardi 23 août, L’Equipe publie son célèbre scoop Le Mensonge Armstrong, ayant acquis la preuve d’un échantillon positif du Texan sur l’édition 1999. Pour ce scoop, le journaliste Damien Ressiot avait carrément annulé ses vacances prévues à l’île d’Oléron, recevant le lundi 22 août à 17h30 la confirmation par une deuxième source du caractère positif de l’échantillon du Tour de France 1999 appartenant à Lance Armstrong. Elogieux envers l’Américain pendant son imposture, Jean-Marie Leblanc retourne sa veste, telle une girouette politique : Nous avons tous été abusés … Quant au Ponce Pilate de Lausanne, Hein Verbruggen, président de l’UCI, il remet en question la méthode utilisée par L’Equipe pour son scoop du 23 août 2005 : Je suis légaliste, le test du laboratoire de Châtenay-Malabry n’était pas un contrôle antidopage en bonne et due forme, il n’y a pas eu de contre-expertise. On ne peut donc pas affirmer juridiquement qu’Armstrong était dopé. Damien Ressiot est un menteur, il nous a abusés. Par cette déclaration fracassante, Verbruggen se vengeait du journaliste, qui avait de faon machiavélique, au bon sens du terme, joué un poker menteur avec l’UCI et le tandem Bruyneel / Armstrong. Prétendant vouloir légitimer le septennat hégémonique du Texan, Ressiot demande à l’UCI un accès aux procès-verbaux médicaux du champion de l’US Postal. Veto de Léon Schattenberg, président de la commission médicale de l’UCI, pour secret médical, avant de convaincre Verbruggen qu’Armstrong aurait tout à y gagner. Le Néerlandais renvoie le journaliste vers l’US Postal, mais Johan Bruyneel et Lance Armstrong refusent. Verbruggen use de son lobbying pour convaincre son protégé qu’il sortira gagnant d’un blanchiment public par le puissant quotidien sportif français. Voilà Armstrong pris au piège, car la mise en relation des procès-verbaux et des échantillons positifs de juillet 1999 ont un dénominateur commun : Lance Armstrong ! En représailles, Verbruggen applique la loi du talion envers le responsable médical de l’UCI, Mario Zilioli, jugé trop coopératif avec Damien Ressiot durant l’été 2005. Sept ans plus tard, en 2012, le château de cartes s’effondre grâce aux efforts de l’USADA. Malgré une énième provocation sur Twitter, l’ancien parrain du peloton renonce et avoue son dopage en janvier 2013 sur le plateau d’Oprah Winfrey. Ironie du sort, Chris Froome et Team Sky, qui veulent se démarquer de l’imposture des années Armstrong, reprennent en 2015 la même tactique du discours sincère sur le podium parisien. Sera-ce suffisant pour convaincre les sceptiques après les démonstrations de force du Kenyan Blanc en 2013 (Plateau de Bonascre et Mont Ventoux) puis 2015 (Pierre St Martin) ?
    – 2007, pas de dossard n°1 : Floyd Landis et Phonak absents, les dossards 1 à 9 ne sont pas attribués, et l’Espagnol Oscar Pereiro, vainqueur sur tapis vert de l’édition 2006, se retrouve dossard 11 du Tour de France 2007.
    - 2008, une triple lanterne rouge : après 2006 et 2007, le coureur belge Wim Vansevenant décroche une troisième fois la place du dernier du classement général du Tour de France en 2008, alias lanterne rouge, en référence à la lumière rouge du dernier wagon d’un convoi ferroviaire. Inutile de dire que le Belge détient le record en la matière …
    - 2009, l’hymne danois pour Contador : le coureur madrilène remporte son deuxième Tour de France (après 2007). Sur le podium, il devance Andy Schleck et son coéquipier chez Astana, Lance Armstrong. Mais Contador, en jaune sur les Champs-Elysées se recueille sur un hymne qui n’est pas lesien ! Par erreur, l’hymne danois est joué au lieu de l’hymne espagnol !
    - 2010, Gérard Holtz et les fils de Putte : en 2010, la première étape du Tour relie Rotterdam à Bruxelles, et passe au nord d’Anvers dans la commune flamande de Putte. En direct sur France 2, Gérard Holtz dérape en déclarant Jamais vu autant de fils de Putte sur le bord de la route ! Averti par sa direction du nombre d’appels de téléspectateurs choqués voire scandalisés par ses propos, le journaliste fait très vite parvenir ses excuses pour ce jeu de mots malvenu …
    - 2010, les maillots noirs de Radio Shack : 2010 marque l’ultime participation au Tour de France de Lance Armstrong. 3e en 2009 avec Astana, le Texan a fait dissidence en 2010 pour créer l’équipe Radio Shack et ainsi concurrencer Alberto Contador. Radio Shack sera la sixième équipe de l’Américain dans le peloton professionnel après Motorola, Cofidis, US Postal, Discovery Channel et Astana. Le directeur sportif est bien entendu Johan Bruyneel, et Lance Armstrong a emmené avec lui la plupart des forces vives qui composaient Astana en 2009 : Levi Leipheimer, Andreas Klöden, Haimar Zubeldia, Chris Horner, Jose Luis Rubiera, Yaroslav Popovych, Janez Brajkovic et même Sergio Paulinho, le Portugais médaillé d’argent en 2004 aux Jeux Olympiques d’Athènes. Paulinho était le compagnon de chambrée de Contador sur le Tour 2009. L’étape d’Avoriaz sonne le glas des ambitions du Texan de conquérir une huitième de fois le maillot jaune et de soulever le vase de Sèvres sur les Champs-Elysées face à la foule parisienne. Anonyme 23e du classement général de cette édition 2010, Armstrong se fait cependant remarquer avec son équipe dans l’étape finale Longjumeau – Paris. Au lieu de sa tenue rouge & grise, le Team Radio Shack arbore une tenue noire floquée du numéro 28, en référence aux 28 millions de personnes atteintes du cancer dans le monde. L’idée est donc de faire parler du Livestrong, mais Radio Shack n’a pas demandé à l’autorisation à l’UCI avant de prendre cette initiative. Comme Saeco en 1999 à Sestrières, l’équipe américaine a changé de tenue pendant l’épreuve ce qui est interdit par le règlement. Johan Bruyneel se lâchera dans ses déclarations (Pour être commissaire de course, il ne faut pas avoir de cerveau mais seulement connaître les règles), tandis qu’Armstrong et ses coéquipiers, vainqueurs du classement par équipes de cette 97e édition, montreront sur le podium parisien vêtus de leur éphémère maillot noir. Pour l’anecdote, l’UCI reversera l’amende versée par Radio Shack à la lutte contre le cancer. Mais jusqu’au dernier kilomètre de sa carrière sur le Tour, Armstrong aura fait polémique …
    - 2011, Contador conspué au départ : l’affaire de la vache enragée du Tour 2010 a causé un tort considérable à Alberto Contador. Comme presque tous les maillots jaunes depuis Bjarne Riis en 1996, le Pistolero est pris dans l’œil du cyclone … En 2011, l’Espagnol décide avec le Danois, directeur sportif du team Saxo Bank Sungard, de viser le prestigieux doublé Giro – Tour réussi par feu Marco Pantani en 1998. La première pièce du puzzle est assemblée sur le très difficile Giro 2011 mais Contador va échouer sur les routes de France et de Navarre en visant son quatrième maillot jaune. Pire que les chutes et la défaite, le Madrilène est conspué au Puy-du-Fou le vendredi 1er juillet lors de la présentation des équipes …
    - 2012, Facebook s’invite dans la polémique du Team Sky : comme Greg LeMond en 1985 à Luz Ardiden envers son leader Bernard Hinault, Chris Froome a eu des fourmis dans les jambes à Peyragudes face au maillot jaune Bradley Wiggins, son coéquipier au sein de l’intouchable formation Team Sky. Comme Chris Froome né à Nairobi au Kenya, Michelle Cound a grandi en Afrique. C’est en 2006 que Michelle et Chris se rencontrent en Afrique du Sud. La jolie blonde s’invite via Facebook dans la polémique entre Froome et Wiggins dans cette édition 2012 vassalisée par les hommes de Dave Brailsford, jamais Vincenzo Nibali, Tejay Van Garderen ou Cadel Evans n’ayant l’ombre d’une chance pour le maillot jaune. Michelle Cound récidivera en 2013 sur les réseaux sociaux en défendant le Kenyan Blanc face aux allégations de dopage.
    - 2015, un verre d’urine et un bras d’honneur pour le maillot jaune : Chris Froome, comme tous les cyclistes, aime la tranquillité pour s’entraîner, ce qu’il fait sur les pentes du volcan Teide sur l’île de Tenerife. Le Tour de France 2015 est très attendu car il réunit les Quatre Fantastiques : le double vainqueur 2008 et 2009 Alberto Contador (lauréat du Giro 2015), le champion 2013 Chris Froome, le tenant du titre et lauréat 2014 Vincenzo Nibali et le dauphin 2013 Nairo Quintana (maillot rose du Giro 2014). Dès la première étape de montagne, Froome dresse la guillotine et ruine le suspense. Le Tour est fini pour Nibali et Contador tandis que Nairo Quintana n’a déjà plus de jokers, à plus de 3 minutes juste derrière l’espoir américain Tejay Van Garderen. Le Colombien finira dauphin du Kenyan Blanc comme en 2013. Le style peu élégant et sa folle cadence de pédalage jouent contre l’Anglais du Team Sky, qui devient très impopulaire comme Eddy Merckx jadis ou Lance Armstrong plus récemment. Entre Rodez et Mende, le maillot jaune reçoit un verre d’urine de la part d’un spectateur, tandis qu’il est victime d’un bras d’honneur sur la route de la Toussuire …

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