Cruyff, double miracle à Barcelone
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Cruyff, double miracle à Barcelone

En 1973 comme en 1988 comme entraîneur, Johan Cruyff est arrivé comme un Messie en Catalogne, faisant du FC Barcelone un phénix face au rival séculaire du Real Madrid.

Né le 25 avril 1947, Johan Cruyff grandit à Amsterdam dans le quartier de Betendorp. Le premier drame de sa vie interviendra alors que le jeune Hendrik Johannes n’a que douze ans. Son père est terrassé à seulement 44 ans par une attaque cardiaque foudroyante.

Orphelin de son père, le jeune Cruyff refusera toute autorité face à lui dans l’univers darwinien du football professionnel, que ce soit dans le vestiaire parmi ses coéquipiers ou l’entraîneur.

C’est en 1964 qu’il débute en pros à l’Ajax Amsterdam. Le premier coup d’éclat date du 7 décembre 1966 quand Liverpool et Bill Shankly prennent une valise sous le brouillard du stade Olympique (5-1). Avec un doublé au match retour à Anfield, Cruyff assure la qualification des Lanciers …

La jeune équipe de l’Ajax progresse chaque saison jusqu’à la saison 1969 qui est celle du passage de témoin entre le meilleur joueur européen des années 60, le Portugais Eusebio, qui salue Johan Cruyff vainqueur d’un match d’appui Ajax – Benfica (3-0) gagné par Amsterdam contre Lisbonne à Colombes en quart de finale de la C1. Il faudra l’expérience du Milan AC de Gianni Rivera pour briser la dynamique ajacide en finale à Madrid.

Le 30 octobre 1970, face au PSV Eindhoven (1-0), Cruyff ne porte plus son numéro 9 mais le 14 qui va façonner sa légende, tel le numéro 23 de Michael Jordan avec les hégémoniques Chicago Bulls.

Leader du vestiaire de l’Ajax avec Piet Keizer, Cruyff a rencontré son épouse Danny Corber au mariage de son coéquipier le 13 juin 1967.

Le 2 décembre 1968, c’est au tour de Cruyff de convoler en justes noces avec Danny. Homme comblé, il manque à Cruyff la consécration sportive. Les Pays-Bas ne sont pas qualifiés pour la Coupe du Monde mexicaine de 1970 où Pelé et Gerd Müller vont briller au firmament, et le grand Brésil coaché par Mario Zagallo sera plébiscité comme une équipe d’exception. La victoire et la manière, deux valeurs que Cruyff souhaitera associer tout au long de ses carrières de joueur et d’entraîneur.

Locomotive de l’Ajax, Johan Cruyff va régner pendant trois ans sur le football européen plus que tout autre joueur avant ou après lui, même Alfredo Di Stefano, Ferenc Puskas, Eusebio, Franz Beckenbauer, Michel Platini, Marco Van Basten, Zinédine Zidane, Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi ne peuvent rivaliser sur ce plan avec lui.

En 1971, l’Ajax domine le Panathinaïkos au stade Wembley de Londres. Un an après le titre européen du rival de Rotterdam (Feyenoord), c’est l’apothéose tant attendue pour les hommes de Rinus Michels, qui part ensuite coacher le FC Barcelone.

Le Roumain Stefan Kovacs remplace Michels sur le banc mais cela ne change rien puisque le véritable chef d’orchestre du ballet amstellodamois est son premier violon, le virtuose électron libre Cruyff et son numéro 14. Amsterdam impose sa férule de façon encore plus nette en 1972, avec un quintuplé Championnat – Coupe – C1 – Supercoupe d’Europe – Coupe Intercontinentale.

Cerise sur le gâteau, Johan Cruyff réalise un match titanesque en finale européenne en 1972 contre l’Inter Milan vieillissant de Facchetti et Mazzola. Avec un doublé, le talentueux Hollandais Volant rend utopique les desseins de victoire du catenaccio nerazzurro, qui part définitivement aux oubliettes face au football total de l’Ajax.

Ce dernier atteint son pinacle le 7 mars 1973 avec une victoire 4-0 contre le Bayern Munich du Kaiser Beckenbauer. Les Bavarois, punis 4-0 par les coéquipiers de Cruyff, sont humiliés par une telle leçon de football. De rage, le gardien allemand Sepp Maier en jettera son équipement dans les canaux d’Amsterdam, sous la nuit noire …

Face à Cruyff et à ses coéquipiers parvenus au zénith de leur maturité collective et de leur talent, le Bayern n’a rien pu faire. Deux mois plus tard à Belgrade, la Juventus est bien entendu battue par cette terrifiante équipe néerlandaise qui tutoye la perfection et s’attire tous les superlatifs. Mais comme les Beatles et George Best, la révolution Ajax et ses cheveux longs sera victime de l’inexorable érosion du temps.

Pour l’Ajax, malgré un nouveau triomphe en janvier 1974 sur le Milan AC (6-0), l’usure du pouvoir arrive donc en 1974, année où le Bayern Munich de Franz Beckenbauer, Gerd Muller et Sepp Maier lui succède sur le trône européen.

Entre temps, Johan Cruyff est parti relever un nouveau défi avec panache, celui de faire du FC Barcelone un grand club, puisque les Catalans vivent dans l’ombre du Real Madrid, transfiguré par Alfredo Di Stefano entre 1953 et 1964 …

C’est lors d’un stade à Cadix, en Andalousie, que le schisme Cruyff / Ajax devient inéluctable … Seuls deux joueurs du club votent pour le Ballon d’Or 1971 au moment de renouveler son mandat de capitaine. Figure de proue naturelle du vestiaire face à Piet Keizer, Cruyff se mure dans son orgueil, ses coéquipiers ont franchi le Rubicon en osant défier son autorité naturelle au sein du club. Il contact son beau-père Cornelius Coster, qui va négocier avec Barcelone.

Les Blaugrana sont encore marqués au fer rouge par le coup de Trafalgar du Real Madrid de Santiago Bernabeu, qui avait réussi à faire venir Alfredo Di Stefano en Castille en 1953. Les deux rivaux étaient sur le coup, Bernabeu et son adjoint Raimundo Saporta avaient rendu utopiques la possibilité d’un tandem Kubala / Di Stefano avec lequel le Barça aurait écrasé, tel un bulldozer, le football européen des années 50.
Ce fut finalement le destin du Real Madrid, renforcé ensuite par Francisco Gento, Raymond Kopa ou encore Ferenc Puskas.

Des premiers contacts avaient été établis dès 1971 entre Barcelone et Cruyff via son ancien coach à l’Ajax, l’Anglais Vic Buckingham qui avait servi d’intermédiaire. L’erreur de l’Ajax va être de ne pas préserver sa poule aux œufs d’or. Cruyff est l’astre roi de l’équipe, l’homme providentiel qui permet de pérenniser les exploits par la panoplie de ses atouts (vitesse, technique, sens tactique …).

Frustré par les propositions financières du président de l’Ajax, Van Praag, Johan Cruyff espère trouver l’Eldorado financier dans l’Espagne franquiste.

L’épisode de Cadix sonne le glas des espoirs de l’Ajax de garder le joueur, tandis que Barcelone manœuvre habilement dans la péninsule ibérique pour permettre l’ouverture des frontières nécessaire à la venue du Van Gogh du football.

Les étrangers non oriundi (avec ascendance espagnol) ne sont en effet pas autorisés en 1973 au pays de Franco mais le président du Barça, Agusti Montal et son fidèle bras droit Armand Caraben, engagent un cabinet d’avocats qui montre que tous les soi-disants oriundi n’en sont pas. Pour étouffer le scandale, Montal propose un accord au président de la Fédération espagnole, Pablo Porta : s’il lève le veto à l’ouverture des frontières pour les étrangers, le Barça étouffera le scandale.

Voilà comment Cruyff débarque en Catalogne, avec un salaire triplé par rapport à sa rémunération à l’Ajax, où il retrouve son mentor Rinus Michels. Le premier match du Barça 2.0 version Cruyff porte déjà la griffe de celui que tout le monde surnomme El Flaco.

Un doublé et un triomphe 4-0 face à Grenade alors que le club catalan se traîne dans les bas-fonds du classement en Liga. En un an, par ses gestes sur et en dehors du terrain, Johan Cruyff va devenir le Messie tant attendu, celui qui va décomplexer le Barça face à l’omnipotent Real Madrid …

Décomplexer ? Le mot n’est pas trop fort, et les cinq buts catalans du 17 février 1974 sont une terrible banderille pour le Real Madrid. L’estocade attendra les années 90 et le Cruyff entraîneur. Chaque supporter du Barça se rappelle où il était ce jour là, comme les Américains le 17 novembre 1963 (assassinat de John F. Kennedy à Dallas), les Occidentaux le 11 septembre 2001 (attentats contre le World Trade Center) ou les Brésiliens le 1er mai 1994 (décès d’Ayrton Senna à Imola), et a l’image du tableau d’affichage madrilène 0-5 gravé au plus profond de sa mémoire.

Le témoignage de l’ancien président du Barça Joan Laporta (2003-2010) est sans équivoque : Johan Cruyff est le personnage le plus important de l’Histoire moderne du Barça. C’est lui qui nous a montré que gagner était possible. Pendant mes douze premières années, je n’avais jamais vu gagner le Barça. Grâce à ce match en 1974 et à cette Liga, l’histoire a changé.

Ce neuvième titre de champion d’Espagne acquis en 1974 change l’ADN du club. Loser des années 60 après quelques belles prouesses au début des années 50 avec l’apatride Kubala, le Barça sort enfin de l’ombre écrasante du Real Madrid. Cruyff a brisé un totem en ramenant la Liga en Catalogne, après quatorze ans d’une terrible jachère, d’une disette qui semblait sans fin, le club tombait de Charybde en Scylla.

Capitaine du Barça, Johan Cruyff va apporter un démenti cinglant à ceux qui le traitent de mercenaire totalement insensible au contexte politique de l’Espagne franquiste. Le Hollandais est le premier à porter un brassard de capitaine aux couleurs de la senyera, le drapeau de la Catalogne. Il rend visite à des prisonniers politiques de Franco dans les geôles catalanes. Sa femme Danny affiche ostensiblement des minijupes sur les Ramblas.

Le 22 décembre 1973, Cruyff gratifie le Nou Camp d’un geste exceptionnel, un but en forme d’OVNI, un but de karatéka contre l’Atletico Madrid. Un but qui rentre dans la légende, tout comme le joueur sacré pour la deuxième fois Ballon d’Or, ce qui en fait l’égal de son idole de jeunesse, Alfredo Di Stefano.

Il donne un prénom catalan à son fils (Jordi) qui naît le 9 février 1974, huit jours avant un clasico qui reste inoubliable pour tous les socios du Barça. Le Real Madrid est laminé 5-0 dans son antre de Santiago Bernabeu. Cette victoire est un des symboles du titre de champion d’Espagne 1974 remporté par le Barça estampillé Cruyff. Le FC Barcelone attendait un titre national depuis 1960 et le temps béni de Suarez et Kubala. Johan Cruyff va surpasser Kubala dans la mémoire collective blaugrana, et le Real Madrid sauve l’honneur par une victoire 4-0 contre un Barça privé de Cruyff en finale de la Coupe du Roi à Valence.

Vient ensuite la Coupe du Monde 1974 où Cruyff espère étendre sa toile d’araignée. Les Pays-Bas dévastent tout sur leur passage, y compris le Brésil.
Mais en finale, passé la célèbre première minute où Cruyff provoque un penalty transformé par son complice Johan Neeskens, le maestro est incapable de tirer la quintessence de son incroyable talent, de fournir des caviars à ses coéquipiers Rensenbrink et Rep. Vingt ans après la Hongrie de Ferenc Puskas vaincue à Berne en 1954, la RFA est à nouveau l’impitoyable bourreau de l’équipe la plus séduisante du tournoi mondial. C’est Franz Beckenbauer qui soulève la Coupe du Monde, et brise le rêve de Johan Cruyff. Mais ce dernier se console avec le titre de vainqueur moral. La Hollande a joué, aux yeux du monde entier, le plus beau football du tournoi 1974. C’est le plus bel éloge qu’on puisse recevoir.

Le succès 2-0 contre la RDA au deuxième tour le 30 juin 1974 a-t-il été une victoire à la Pyrrhus ? Certaines mauvaises langues voient le contrecoup d’une soirée trop arrosée, champagne, jolies filles et bain froid à l’hôtel Kraütkramer de Munster. Johan Cruyff a-t-il perdu sa concentration sur la semaine décisive de la Coupe du Monde ? Il est certain que l’explication téléphonique avec sa femme Danny fut volcanique, pleine de soufre.

L’homme qui portait un maillot à deux bandes (car lié à Puma) au sein d’une sélection Adidas ne gagnera jamais la Coupe du Monde, comme Ferenc Puskas, Alfredo Di Stefano, Eusebio ou Michel Platini.

Mais l’emprise de Cruyff sur le football européen est telle que le camouflet munichois du 7 juillet 1974 ne contrecarre pas le sacre du Hollandais comme Ballon d’Or en fin d’année. Son dauphin Franz Beckenbauer le talonne de peu, empêchant les plébiscites de 1971 et 1973. Mais le Kaiser avait un CV digne de Goliath en 1974 : champion de RFA et champion d’Europe avec le Bayern Munich, champion du monde avec la RFA. Malgré cela, l’épouvantail allemand est vaincu par le David Cruyff, vierge de tout titre.

1975 voit Cruyff et Barcelone échouer dans leur quête du Graal européen en demi-finale contre Leeds United, battu ensuite en finale par le Bayern Munich de Franz Beckenbauer.

1975 est également l’année où Cruyff et le coach Hennes Weisweiler vivent une relation complexe en Catalogne. L’ancien entraîneur du Borussia Mönchengladbach et le triple Ballon d’Or ont trop de divergences tactiques pour que le Barça donne sa pleine mesure en Espagne, l’année où Franco décède, cédant le pouvoir à Juan Carlos de Bourbon. L’Espagne retrouve la démocratie en novembre 1975, un an après d’autres pays méditerranéens (le Portugal et la Grèce), son développement va s’accélérer en 1986 avec l’adhésion à la Communauté Economique Européenne, cercle vertueux couronné par l’année 1992 où Séville accueille l’Exposition Universelle et Barcelone les Jeux Olympiques d’été.

Bien que rejoint à Barcelone par son fidèle sherpa Johan Neeskens en 1974, Johan Cruyff ne parvient pas à faire durer l’alchimie avec Barcelone, qu’il quitte en 1978 avec une seule Coupe du Roi comme titre complémentaire du championnat gagné dans l’euphorie de 1974.

La deuxième moitié des années 70 est plus sombre pour Cruyff. Il se brouille temporairement avec son beau-père Cor Coster, investit dans un élevage de porcs sur les conseils peu avisés de l’escroc Michel Basilevitch puis envisage la retraite.

Cambriolé en 1977 dans son appartement de Barcelone, Cruyff n’a plus la tête 100 % au football, et en soupe régulièrement des coups pris sur les pelouses espagnoles. Le phénix catalan a les ailes brisées, et Cruyff choisit l’exil outre-Atlantique, comme Pelé, Eusebio, Müller et Beckenbauer avant lui. Ce n’est pas au Cosmos New York, bien qu’intéressé par les services du meilleur joueur d’Europe, que Cruyff pose ses valises en NASL mais aux Los Angeles Aztecs. Le voilà un parallèle de plus avec un autre feu follet des terrains, George Best.

Cruyff ne reste qu’un an en Californie puis signe aux Washington Diplomats. Vient ensuite l’épisode Levante, en deuxième division espagnole, indigne du prestige de Johan Cruyff en cette année 1981. Mais le Hollandais avait mis un veto à des contrats avec Leicester et Cologne, villes jugées trop septentrionales quand on a connu le soleil de Barcelone et Los Angeles, mais Cruyff revient dans l’optique de la Coupe du Monde espagnole 1982, quatre ans après son veto irrévocable de disputer celle de 1978. Par un coup franc dont lui seul a le secret, Michel Platini sonnera le glas des espoirs des Oranje en 1981 dans un match éliminatoire décisif. Les finalistes de 1974 et 1978 ne verront pas la péninsule ibérique en 1982.

Marqué au fer rouge par son aventure au Barça, Cruyff a refusé la proposition de l’Espanyol pour signer dans l’anonyme club de Levante, et cédé aux sirènes d’un Silvio Berlusconi qui organise à San Siro un Mundialito avec des clubs tous vainqueurs de la Coupe Intercontinentale : l’AC Milan (dont le tycoon deviendra le président en 1986), l’Internazionale, le Penarol Montevideo, Santos et le Feyenoord.

Aligné sous le maillot rossonero de l’AC Milan en ce 16 juin 1981, Cruyff semble proche du chant du cygne à 34 ans, après sa médiocre pige à Levante (2 buts contre Oviedo, en 10 matches de D2 espagnole). Il ne joue qu’une seule mi-temps à Giuseppe Meazza et prend son chèque après être sorti à la mi-temps, n’ayant pas daigné adresser la parole à ses coéquipiers d’un jour ! Mais Berlusconi a réussi son pari, trouver un écho médiatique à cette compétition de gala. Mais l’homme qui avait eu droit au nectar et à l’ambroisie pendant dix ans sur les terrains d’Europe semble bien loin de son prodigieux niveau d’antan. C’est le fantôme de Cruyff qui a joué à Milan ce 16 juin 1981.

Il est encore trop tôt pour voir Cruyff le visionnaire entraîner mais ce dernier avait fait la démonstration de sa vision du jeu le 30 novembre 1980 lors d’un Twente – Ajax, alors que son aventure à Washington DC était proche de son épilogue.
Les joueurs de Leo Beenhakker sont menés 3-1 au bout d’une demi-heure de jeu, quand Cruyff descend des tribunes. Le long de la pelouse sous les yeux médusés de Beenhakker, Cruyff réorganise l’Ajax qui sauve l’honneur par Tscheu La Ling avant la mi-temps. Transfiguré par la philosophie offensive de Cruyff, les joueurs d’Amsterdam ne renoncent pas. Ce refus viscéral d’abdiquer permet à l’Ajax de dominer la seconde mi-temps, où Cruyff fait rentrer un certain Frank Rijkaard (18 ans) en jeu. Amsterdam l’emporte 5-3 sur Twente, et Cruyff a manœuvré tel un joueur d’échecs. Mat pour Twente, mat pour Beenhakker humilié devant le stade de Meer …

En 1981, après le navrant épisode de Levante, l’enfant prodige revient donc au bercail jouer à Amsterdam ave le maillot rouge et blanc de l’Ajax, et adoube son futur héritier, un jeune espoir nommé Marco Van Basten. S’il ne possède pas la vision du maître, le cygne d’Utrecht est un attaquant redoutable, complet, un buteur de la trempe des Gunnar Nordhal, Ferenc Puskas, Sandor Kocsis, Just Fontaine, Eusebio et autres Gerd Müller, pour ne citer que plus incroyables goleadors européens de l’après-guerre.

En 1982 et 1983, l’Ajax gagne le titre de champion des Pays-Bas, Cruyff lui trouve encore moyen d’émerveiller le public bien qu’il soit dans la dernière ligne droite de sa carrière de joueur. Le 5 décembre 1982, l’Ajax éparpille Helmond Sport sur la route du titre mais l’essentiel est ailleurs. Johan Cruyff, tel Antonin Panenka en 1976 contre Sepp Maier, réinvente l’art du penalty. Rien ne stipule dans les lois du jeu que le coup de pied de réparation doive être tiré directement. Machiavélique et génial, Cruyff est comme Pantagruel, avec un appétit colossal de victoires mais plus encore de nouveauté et de gestes inédits. En secret, le Hollandais a répété sa chorégraphie avec son jeune coéquipier de l’Ajax, le Danois Jesper Olsen. Cruyff décale Olsen sur la gauche, ce dernier fait une passe en retrait pour éviter un hors-jeu ridicule, et Cruyff marque dans le but vide …

L’exercice semble simple mais en octobre 2005, les Gunners d’Arsenal Thierry Henry et Robert Pires, ratent leur coup contre Manchester City.

Dix ans après son premier départ, l’histoire se finit de nouveau en queue de poisson en 1983 entre l’Ajax et Johan Cruyff. C’est encore une histoire de vieux sous qui créé le contentieux, Cor Coster ayant négocié un pourcentage de 50 % de Cruyff sur les entrées au-delà de l’affluence moyenne de la saison d’avant. Le président Tom Harmsen n’est pas persuadé de la Cruyff-dépendance, et pense son club capable de vivre sans le maestro, avec les jeunes pousses Van Basten et Rijkaard. Le péché d’orgueil sera puni par Cruyff lui-même, d’autant qu’Harmsen a commis le crime de lèse-majesté en humiliant publiquement son numéro 14 : Cruyff n’a plus le niveau pour jouer en Eredivisie.
Le courroux de Johan Cruyff le conduit à la trahison suprême par vengeance, signer chez l’ennemi intime de l’Ajax, Feyenoord. Rotterdam attend un titre national depuis 1974.

A 36 ans, le maître va chausser une ultime fois ses bottes de sept lieues et guider Feyenoord vers un doublé Coupe – Championnat que les supporters de l’Ajax n’oublieront jamais. Malgré une défaite 8-2 le 18 septembre 1983 contre l’Ajax lors d’un duel au sommet lors de la septième journée du championnat hollandais, Cruyff ne dévie pas d’un iota de son obsession, clouer le bec à l’Ajax et à tous ceux qui le croient fini. La cicatrice se referma avec le temps, Cruyff devenant entraîneur dès 1986 … à Amsterdam, un an après cette terrible joute contre son club formateur.

Entre 1986 et 1988, Cruyff couve les espoirs du club, Van Basten, Rijkaard mais aussi un certain Dennis Bergkamp, au profil encore plus proche du sien (neuf et demi).

De ces deux premières années de coach avec l’Ajax, Johan Cruyff atteint deux fois la finale de la Coupe des Coupes : il la gagne en 1987 contre Leipzig et la perd en 1988 face à Malines.

1988 marque le dixième anniversaire du départ de Cruyff du Barça vers la NASL, mais également celui de l’élection de Josep Lluis Nuñez comme président du FC Barcelone, qui aurait acheté au black l’appartement de Cruyff en échange de son soutien pour le scrutin. L’appartement en question, hypothéqué par Cruyff pour obtenir un prêt aurès de la banque Credito Agricolo. La fameuse affaire d’élevage de porcs ainsi que l’appartement d’El Flaco seront saisis par la justice espagnole en 1980.

Dans l’intervalle (1978-1988), Barcelone a  gâché ses cartouches malgré des joueurs de grande classe comme Allan Simonsen, Bernd Schuster, Gary Lineker et surtout Diego Maradona.

Le Barça se contentait souvent de battre le Real dans le clasico mais oubliait de gagner le titre, laissant Madrid triompher en Liga … Les joueurs catalans ont oublié la leçon de 1974, que gagner était possible.

En 1986, Ramon Mendoza joue un mauvais tour au Barça en corrompant leurs rivaux du Steaua Bucarest avant la finale européenne de Séville. Il offre aux joueurs roumains une Mercedes, le gardien Helmut Ducadam sort le match de sa vie et repousse trois tirs aux buts catalans.

Le cauchemar de 1961 ressurgit des mémoires catalanes, c’est une nouvelle défaite continentale pour le Barça seulement trois fois champion d’Espagne en un quart de siècle : 1960, 1974 et 1985 pour trois échecs européens contre Benfica en 1961 (finale), Leeds en 1975 (demi-finale) et Steaua Bucarest en 1986 (finale).

L’ange blond Bernd Schuster a quitté le stade andalou à la mi-temps et ne voit pas le terrible échec de son club. Terry Venables est limogé par Nuñez, et le joueur allemand n’échappe pas aux volontés du président de dresser la guillotine sur cette génération maudite.

Mais Schuster, qui a un sauf-conduit avec le rival du Real Madrid, porte plainte pour licenciement abusif. La boîte de Pandore est ouverte, et le fisc espagnol redresse le Barça début 1988 en voyant le contrat de Schuster et ses droits d’image. Nuñez refuse de prendre à sa charge les arriérés des droits d’images de joueurs. Offrant des contreparties aux salariés des sections basket et handball, Nuñez a pu couper la poire en deux. Mais la section football est bien décidée à renverser Nuñez. Le volcan Barça va rentrer en éruption.

C’est l’étincelle qui va conduire au célèbre épisode de la mutinerie Hesperia, nom de l’hôtel où l’ensemble des joueurs de la section football sont décidés à faire un putsch face à leur président, qui se défend dans la presse avec démagogie, prétendant protéger le pécule des socios. Mais les joueurs d’Aragones commettent une erreur fatale lors de la réception du Real Madrid, qui vient de gagner un troisième titre de champion d’Espagne consécutif. C’est l’apogée de la Quinta del Builtre renforcée par le buteur mexicain Hugo Sanchez. La haie d’honneur faite par les dissidents blaugrana aux Madrilènes est vécue par le Nou Camp comme un coup de poignard. Sifflés par le public catalan, les joueurs sont ensuite virés dans une grande lessive, façon Kärcher et marteau-piqueur. L’herbe ne repoussera pas tant le nettoyage a été violent.

Nuñez entame des pourparlers avec Javier Clemente qui lance des recrutements de joueurs basques (Zubizarreta, Bakero, Salinas, Beguiristain) mais c’est finalement Johan Cruyff qui revient en Catalogne, tel le sauveur attendu pour nettoyer les écuries d’Augias. Cruyff va s’appuyer sur ce noyau basque, fort de joueurs qui n’ont peur de rien, et marginaliser Luis Milla. Marqué au fer rouge, Cruyff a retenu la leçon de Rinus Michels. Le football, c’est la guerre ! Mais au napalm du Viet Nam, Cruyff préfère des armes douces, avec une technique de velours et un ballon monopolisé par ses joueurs.

Le président Nuñez a choisi le charismatique Cruyff pour affronter le double défi du renouveau sportif (quatorze départ, douze arrivées) et surtout de l’élection présidentielle de 1989. L’épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la tête de Nuñez, qui laisse à Cruyff une autorité sportive à 100 % sur l’équipe. Keyser Söze du vestiaire catalan, plus encore qu’à l’époque où il était capitaine et joueur du club, Cruyff a pris comme adjoint son ancien coéquipier Carles Rexach.

Montrant que ses idées footballistiques sont moins ringardes que son look (imperméable beige à la Columbo, chemisettes et cravates), Cruyff sauve son président du spectre de la défaite électorale avec une victoire en C2 au printemps 1989 contre la Sampdoria. Il relance ensuite la carrière du Danois Michael Laudrup, joueur à la technique de velours qui gâchait ses qualités à la Juventus, moribonde depuis le Heysel et plus encore depuis la retraite de Michel Platini. Cruyff engage aussi à l’été 1989 son compatriote Ronald Koeman, défenseur de grand talent, stoppeur rugueux et frappe surpuissante utile pour les coups francs et penalties.

1990 est une année en dents de scie, défaite contre l’AC Milan en Supercoupe d’Europe, élimination par Anderlecht en huitièmes de finale de la C2. Cruyff sauve in extremis sa tête avec une victoire en Coupe du Roi face au Real Madrid, alors que la Quinta del Buitre aligne une cinquième Liga consécutive (1986-1990). Cruyff préfère mourir avec ses idées que les renier, et c’est avec son 3-4-3 que les Blaugrana gagnent un trophée qui sauve leur entraîneur, de même que la FA Cup 1990 sauvera Alex Ferguson si proche du couperet à Manchester United.

Mais Cruyff va lancer deux joueurs encore plus décisifs que Laudrup et Koeman pour constituer sa future Dream Team à l’équilibre fragile, avec une organisation en 3-4-3 reposant sur deux postulats : un état d’esprit offensif assumé et une circulation du ballon permanente. Le jeune espoir Josep Sala Guardiola et le buteur bulgare Hristo Stoïtchkov viennent gonfler les rangs catalans, et les qualités techniques du Barça vont révolutionner un football espagnol rompu aux joutes physiques. Le Barça, par son football champagne, va offrir des montagnes russes d’adrénaline au public du Nou Camp.

En 1991, rien ne perturbe le triomphe du Barça, pas plus la suspension de Stoïtchkov expulsé dès ses débuts en Supercoupe d’Espagne 1990 (il écrase les pieds de l’arbitre). La longue blessure de Koeman et l’indisponibilité de Cruyff qui frôle la mort le mardi 26 février 1991 (à deux mois de ses 44 ans, l’âge fatidique auquel son père et son oncle sont morts), deux jours après un triomphe 5-1 contre Valladolid.

Cruyff fume depuis ses 18 ans, tel d’autres sportifs (Gino Bartali, Socrates, George Best). Une clope ou deux à la mi-temps pendant sa carrière de joueur. Trois paquets quotidiens de Camel sans filtre depuis 1986 et le début de sa carrière d’entraîneur. Le Hollandais fume comme un pompier et seul son cœur exceptionnel va le sauver de la mort. Passé la convalescence à l’hôpital Sant Jordi de Bracelone, Cruyff retrouve le terrain le 10 avril 1991 à l’occasion d’une victoire 3-1 en demi-finale européenne contre la Juventus de Roberto Baggio. La finale sera perdue à Rotterdam contre le Manchester United d’Alex Ferguson, premier club anglais à gagner un titre européen après le drame du Heysel (1985). Comme Cruyff, Fergie marquera au fer rouge l’histoire de son club, changeant à jamais la mentalité et le palmarès de MU.

Le 13 mai 1991, Barcelone triomphe en Liga et met fin à l’insolente domination du Real Madrid de la Quinta del Buitre qui n’a pu suivre la cadence infernale des coéquipiers de Stoïtchkov. Ces derniers offrent un magnifique cadeau d’anniversaire à Johan Cruyff pour ses 44 ans, âge tant redouté depuis l’adolescence.

En 1992, Barcelone renverse in extremis plusieurs situations compromises. Le début de saison est raté en Liga, le Real Madrid caracole en tête mais s’essouffle avant s’effondrer lors de l’ultime journée contre le Tenerife de Jorge Valdano (3-2), alors que Barcelone bat Bilbao (2-0) sur un doublé de sa clé de voûte bulgare, Stoïtchkov. Les mauvaises langues parlent de valises de billets donnés sur des parkings de Tenerife aux joueurs du club insulaire, pour les motiver à s’offrir le scalp du Real Madrid.

En Coupe des Champions, menés 3-0 par Kaiserslautern lors de l’ultime match de poules le 6 mai 1992, les Catalans sauvent l’honneur dans les arrêts du jeu contre les champions d’Allemagne 1991. Le but libérateur de Jose Maria Bakero ouvre les portes de la finale de Wembley aux hommes de Johan Cruyff. Dix-sept ans plus tard contre Chelsea, Andres Iniesta fera de même à Stamford Bridge.

Le 20 mai 1992, c’est l’apothéose tant attendue à Wembley. Barcelone joue avec un étrange maillot orange face à la Sampdoria Gênes de Gianluca Vialli. Cheville ouvrière de tant de victoires, Ronald Koeman et son coup franc missile transpercent la muraille italienne en prolongations. Dans la soirée londonienne, le Barça troque l’orange pour le blaugrana qui forge son identité, il tient enfin son Graal européen, Cruyff a atteint la quadrature du cercle et dépucelle le club catalan si complexé face aux six Coupes aux Grandes Oreilles du Real Madrid. Le Barça devient l’oriflamme d’une région enfin fière de son patrimoine, de son exception oreille dont le football de Cruyff fait partie intégrante, football offensif fait de caviar et de champagne

La razzia se poursuit en 1993 avec un scénario identique en Liga, un titre juste avant le buzzer final. Barcelone domine un club basque (la Real Sociedad) grâce à son fer de lance des Balkans, Hristo Stoïtchkov, et le Real Madrid perd aux Canaries face au Tenerife. La défaite est moins cruelle que l’année précédent malgré un score plus favorable à Tenerife mais les Madrilènes ont vécu un vol infernal entre la capitale et l’archipel … L’avion se transforme en sauna, plusieurs joueurs déshydratés perdent entre 3 et 5 kg. L’appareil rentre à Barrajas, un autre repart, l’effectif n’arrive qu’en pleine nuit à Tenerife. Epuisés par ce périple, les joueurs du Real ne peuvent pas livrer un combat, et le constat est implacable : les Castillans sont à nouveau dauphins des Catalans, pour la troisième année de rang.

Cruyff recrute Romario à l’été 1993, le lutin brésilien ayant passé cinq ans au PSV Eindhoven à rivaliser avec Dennis Bergkamp pour le titre de meilleur buteur de l’Eredivisie. La quatrième apothéose nationale de Cruyff intervient en mai 1994 face au FC Séville (5-2) mais le rival a pour nom La Corogne. Le Super Depor emmené par Bebeto vit un terrible échec avec le penalty manqué sous la pression par son libero serbe Djukic. De 1991 à 1994, le Barça gagne quatre fois de suite la Liga, et passe de dix à quatorze couronnes nationales de champion d’Espagne.

Barcelone revient de loin, car le gouffre était grand en février 1994 après une défaite 6-3 à la Romareda de Saragosse. Guardiola, Koeman, Romario, Zubizarreta, Stoïtchkov et consorts prennent ensuite 28 points sur 30 possibles, coiffant leur rival galicien sur le poteau.

Muré dans sa tour d’ivoire, galvanisé par le quatrième titre national consécutif et un triomphe 3-0 en demi-finale européenne contre le FC Porto, Johan Cruyff se montre arrogant face à l’outsider milanais avant la grande finale du stade Olympique d’Athènes. Bien qu’orphelins de Baresti et Costacurta, les joueurs de Fabio Capello surclassent le Barça ce soir là, l’effet underdog propulse Milan de Berlusconi au panthéon européen avec un cinquième titre, mieux que Liverpool et presque aussi bien que le Real Madrid. La décompression et les agapes après la victoire 5-2 contre le FC Séville, l’effort physique pour revenir sur la Corogne, le statut de grand favori ont eu raison des Blaugrana. Romario avait la tête à la World Cup américaine, mais l’ampleur du désastre prive à la fois les Catalans du titre européen comme de la couronne subjective de meilleure équipe de l’après Heysel. Le doute n’est plus permis, le cartésien Milan AC de Sacchi et Capello est bien le monstre sacré du carrefour des années 80-90, devant sa bête noire phocéenne de l’Olympique de Marseille des années Tapie / Goethals, et la Dream Team catalane de Johan Cruyff, en écho à l’équipe de basket américaine championne olympique aux Jeux d’été de 1992 de Barcelone. Entre 1986 et 1992, la ville comme son club de football se sont métamorphosés, diminuant le complexe face à la grande rivale, Madrid. Oxygénée par les Jeux Olympiques offerts par Juan Antonio Samaranch, revigorée par les triomphes de Johan Cruyff, Barcelone voit cependant le Barça tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne en ce 18 mai 1994 à Athènes. C’est la fin de l’idylle avec Michael Laudrup qui part au Real Madrid. Le Danois est remplacé par le Maradona des Carpates, Gheorghe Hagi, phénix de la World Cup américaine 1994, ancien du Real Madrid qui sort du purgatoire de Brescia en Serie B italienne. Zubizarreta est viré sans ménagement par Joan Gaspart à l’aéroport d’Athènes au lendemain de la Berezina, le gardien basque ayant subi un terrible camouflet sur le troisième but des Lombards, un lob somptueux de Dejan Savicevic.

En 1995, deux défaites sonnent le crépuscule définitif des Catalans. Le Real Madrid venge la manita infligée en février 1994 par le Barça (5-0). Ivan Zamorano répond par un triplé à celui réussi un an plus tôt par Romario, ce qui avait offert au génial Brésilien un séjour de dix jours à Rio de Janeiro pour le carnaval. Peu stakhanoviste en tant que joueur, Cruyff avait cédé devant les exigences de son meilleur joueur. Un an plus tard, le Barça est moribond, incapable de se remotiver. L’usure du pouvoir et le déclin guettent la Dream Team, le Real Madrid est sacré champion d’Espagne 1995, deux mois après l’élimination européenne du club catalan par le PSG de George Weah, qui prive le Barça de retrouvailles avec le Milan AC de Capello.

Stoïtchkov et Cruyff ne s’entendent plus, le Bulgare part pour Parme à l’été 1995, tandis que Ronald Koeman entame l’ultime virage de sa carrière avec un retour au pays, signant chez Feyenoord. Cruyff recrute Robert Prosinecki, Gheorghe Popescu, Luis Figo, et Meho Kodro mais l’alchimie a pris fin. La greffe ne prend pas, le puzzle magique est brisé, Cruyff étant orphelin de son talisman carioca, Romario.

Au printemps 1996, alors que l’Atletico Madrid de Radomir Antic signe le doublé Coupe – Championnat, Johan Cruyff est viré par Josep Lluis Nuñez comme un malpropre alors qu’il avait pourtant recruté Laurent Blanc en vue de la saison 1997. Intouchable entre 1990 et 1993 quand la cathédrale du jeu était à son paroxysme, Cruyff ne survit pas, malgré son aura auprès des socios, à deux campagnes où Barcelone rentre bredouille. Il subit de la part du président Nuñez le violent contrecoup des attentes suscitées en Catalogne par tant de succès pendant six ans, entre 1988 et 1994.

Mais le jeune retraité, qui n’entraînera plus jamais au plus haut niveau, laisse son fantôme et son ombre planer sur le Barça. Tout ou presque, depuis 1996, ramène invariablement à Cruyff, épicentre du système Barça par sa philosophie de jeu et la fin du complexe d’infériorité du Barça.

Louis Van Gaal, successeur de Cruyff à l’Ajax bien que souhaitant s’émanciper de son aîné, suit sa trace en Catalogne entre 1997 et 2000, année où Nuñez cède son trône à Joan Gaspart.

En 2003, après trois saisons médiocres dans l’ombre des Galactiques du Real Madrid, Barcelone voit Joan Laporta prendre les rênes du club, renversant Gaspart. Ancien leader du groupe d’opposition à Nuñez Elefant Blau, cet avocat a connu Johan Cruyff en 2001 à l’enterrement d’Armand Caraben, pierre angulaire du transfert d’El Flaco de l’Ajax vers le Barça en 1973.

Laporta fait de Cruyff son éminence grise et même son président d’honneur, le Hollandais est consulté pour chaque question d’ordre sportif. La nomination de Frank Rijkaard en 2003 puis de Pep Guardiola en 2008 comme coaches de l’équipe première du Barça portent bien entendu le sceau de Cruyff.

La philosophie du maître est pérennisée par des joueurs de grande classe, Ronaldinho, Deco, Xavi, Messi, Iniesta, Henry, Neymar ou Suarez, et quatre titre européens s’ajoutent à celui des pionniers de 1992 : 2006 avec Rijkaard, 2009 et 2011 avec Guardiola, 2015 avec Luis Enrique aux commandes.

Icône du club blaugrana, idole de tant de Barcelonais amateurs de football, Johan Cruyff, lui, a même eu droit à un astéroïde, le 14 282, à son nom, le 23 septembre 2010, preuve que son rayonnement est universel, pas juste circonscrit à ses fiefs d’Amsterdam et Barcelone.

 

 

  1. avatar
    21 juillet 2015 a 11 h 02 min

    Avec Franz Beckenbauer, le seul très grand joueur ayant un minmum réussi comme entraîneur, là où Platini et Di Stefano ont échoué

    L’article aurait pu bien être plus long encore, sur le transfert entre les Aztecs alors ruinés par une billetterie catastrophique au Rose Bowl et les Diplomats, où Henry Kissinger assistait aux matches de Cruyff à Washington DC.

    Ou la Cartier offerte par Feyenoord à Cruyff pour le doublé de 1984, jamais sortie de son écrin.

    La rivalité avec Van Gaal, tant d’autres histoires liées au caractère farouche du plus célèbre numéro 14 de l’Histoire du foot …

    • avatar
      26 août 2017 a 14 h 09 min
      Par Fred Astaire

      Désolé, mais D Stefano a un joli CV d’entraîneur.

  2. avatar
    25 juillet 2015 a 9 h 12 min

    Autre anecdote, le vice-président Joan Gaspart avait offert en décembre 1992 aux joueurs du Barça, pour les récompenser du doublé C1 – Liga la saison précédente, des lingots d’or gravés “The real dream team”.

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