1986-2014 : Espagne – USA, l’ordre bipolaire du Tour de France
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1986-2014 : Espagne – USA, l’ordre bipolaire du Tour de France

Entre 1986 et 2014, Espagnols et Américains ont raflé 21 des 29 maillots jaunes du Tour de France sur la route, hors déclassement sur tapis vert pour dopage. Seuls huit coureurs ont pu contrecarrer l’hégémonie de ces deux nations émergentes du cyclisme international, l’Irlandais Stephen Roche (1987), le Danois Bjarne Riis (1996), l’Allemand Jan Ullrich (1997), les Italiens Marco Pantani (1998) et Vincenzo Nibali (2014), l’Australien Cadel Evans (2011) ainsi que les Britanniques Bradley Wiggins (2012) et Christopher Froome (2013). Les raisons de la domination bicéphale hispano-américaine sont nombreuses.

L’analyse se fera sur le palmarès sur la route et non après tapis vert. Dans le cadre de cette étude, Lance Armstrong est donc maillot jaune des Tours de France 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004 et 2005, Alberto Contador lauréat de l’édition 2010, Floyd Landis vainqueur de la Grande Boucle 2006, Jan Ullrich troisième en 2005 et Bernhard Kohl également troisième en 2008.

Sinon, pour être cohérent, il faudrait déclasser tous les coureurs dopés, ce qui reviendrait à un Armaggedon sur les annales du palmarès du Tour vu le nombre d’imposteurs.

Descendue de sa tour d’ivoire pour le seul cas de l’usurpateur texan Armstrong, l’UCI n’a dressé la guillotine en 2012 qu’une fois la boîte de Pandore ouverte par l’USADA … L’apartheid justement appliqué au cas Armstrong ne le fut pas pour bien d’autres coureurs dont le maillot jaune sent encore le soufre, contaminé par le venin de Nessus moderne, l’EPO … Nettoyer les écuries d’Augias est une noble entreprise, mais pourquoi s’arrêter au milieu du gué comme l’UCI l’a fait ? Feu Marco Pantani, Jan Ullrich, Bjarne Riis et surtout Miguel Indurain ont donc vu l’omerta les protéger, là où Alberto Contador a perdu une victoire en 2010, tout comme Floyd Landis en 2006. Lointains descendants de Ponce Pilate, Hein Verbruggen et Pat McQuaid n’ont pas eu le courage et l’honnêteté de déclencher le tsunami qui aurait emporté sur son passage, à commencer par les locaux de l’UCI et du CIO, bastions opaques de la Riviera vaudoise sur les rives du Lac Léman, le lac Töplitz du cyclisme où est bien cachée la poule aux œufs d’or …

L’Espagne compte 10 victoires sur la route depuis 1986 (Pedro Delgado 1988, Miguel Indurain 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, Alberto Contador 2007, 2009 et 2010, Carlos Sastre 2008), tandis que les Etats-Unis ont ramené 11 fois le maillot jaune à Paris (Greg LeMond 1986, 1989, 1990, Lance Armstrong 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, Floyd Landis 2006). Chasse gardée des Américains et autres Espagnols, le Tour de France est devenu leur propriété presque exclusive à partir de 1991, quand l’arme absolue a été découverte : un cheval de Troie non pas œuvre d’Epeios, bien que nommé EPO, mais de Francesco Conconi, Michele Ferrari et Eufemiano Fuentes, architectes d’une longue pyramide de moutons noirs. 1991 donc, cinq siècles après le traité de Tordesillas (1491) signé entre Espagnols et Portugais pour le partage du monde, ou quatre décennies après celui de Yalta (1945) entre Américains et Soviétiques, sous l’arbitrage des Britanniques. Lisbonne se voit ici remplacée par Washington DC à la table des oligarques du cyclisme, en face de Madrid, et bien entendu de Lausanne, mais comme la papauté de Rome jadis, elle préfère rester sagement dans l’ombre … La bienveillance de l’UCI est un secret de polichinelle pour les initiés, mais est un secret qui doit rester un pour ceux qui ont encore le courage de peindre le nom de leurs idoles sur les pentes du Ventoux, du Galibier, du Tourmalet ou de la Croix-de-Fer. Peut-être l’écho des montagnes ou une illusion d’optique leur aurait permis de comprendre qu’il s’agissait d’imposteurs, d’usurpateurs … A moins que la providence, par le fameux talisman des théories de complot, n’eut encore protégé l’UCI et ses hordes de moutons noirs, qui pérennisent leur transhumance de façade chaque mois de juillet dans les cols alpestres et pyrénéens … Mais faisons comme les anciens qui utilisaient la cire pour sceller leurs écrits, mettons au fin à la parenthèse du dopage pour revenir au palmarès sur route, et à l’ordre bipolaire hispano-américain, dont l’aigle bicéphale voltige sur les cimes de France et de Navarre presque chaque été avec une insolente facilité. A quand un chasseur suffisamment avisé pour tuer ce dangereux rapace aux airs de phénix ?

Les victoires récurrentes de ces deux pays sont d’abord la conséquence de l’émergence de quatre champions d’exception, les quatre meilleurs coureurs par étapes (avec Jan Ullrich, Marco Pantani et Chris Froome) des trente dernières années : par ordre d’apparition au palmarès, Greg LeMond (3 victoires), Miguel Indurain (5), Lance Armstrong (7) et Alberto Contador (3), qui cumulent donc 18 victoires à eux quatre. Greg LeMond, ancien coéquipier de Hinault et Fignon, a commencé sa carrière avec Cyrille Guimard et a donc vécu dans le culte du Tour de France, épreuve au rayonnement inégalable. Avoir battu Bernard Hinault en 1986 avant de dominer les éditions 1989 et 1990 malgré les conséquences de son terrible accident de chasse du lundi de Pâques 1987, donne une idée du potentiel intrinsèque du Californien. Miguel Indurain, lui, délaissait la Vuelta, souhaitant éviter la pression médiatique en Espagne ainsi que la ferveur de ses compatriotes. Le Navarrais avait donc fait du Tour son objectif principal, voulant honorer la mémoire de Jacques Anquetil, son modèle et ancien coéquipier de son directeur sportif chez Banesto, José Miguel Echavarri. Si Indurain fit aussi parler la poudre au Giro à deux reprises, son deuxième objectif restait, comme Greg LeMond, le maillot irisé des champions du monde. Cependant, à la différence du Californien, le rêve arc-en-ciel du roi Miguel ne se concrétisa jamais. Lance Armstrong, lui, a dominé le Tour de France dès 1999, réalisant à l’automne 1998 qu’il pourrait briguer le maillot jaune. Après trois quatrièmes places de prestige (Vuelta 1998, CLM et course en ligne des Mondiaux de Valkenburg), le Texan fut conseillé par Johan Bruyneel, son nouveau directeur sportif chez US Postal. Stakhanoviste de l’entraînement, vainqueur du crabe, mental de tueur, Pantagruel des routes à l’appétit colossal, l’Américain a écoeuré toute une génération, même s’il lui manqua un duel avec un Marco Pantani à son meilleur niveau (celui de 1998). L’usure du pouvoir ne fit jamais son œuvre sur Armstrong, qui commit le péché d’orgueil d’effectuer un come-back en 2009 et 2010 : primo car il connut alors le goût amer de la défaite, secundo car son retour dans la fosse aux lions relança la chasse à l’homme à son encontre, et Travis Tygart en sortit vainqueur en 2012, se payant le scalp du sportif ayant monté avec Johan Bruyneel et Michele Ferrari le meilleur système de dopage de tous les temps, quelques mois avant une vraie-fausse interview confession chez Oprah Winfrey en janvier 2013. Quant àAlberto Contador, vainqueur du Tour de France en 2007 chez Discovery Channel, il a lui aussi cédé au prestige unique de la Grande Boucle. Comme Indurain, le pistolero Contador est surtout intéressé par le Tour, même s’il a profité en 2008, de la non-sélection d’Astana sur le Tour pour réaliser un doublé Giro – Vuelta, comme Eddy Merckx en 1973. Le Madrilène a ensuite gagné deux autres Vueltas, en 2012 et 2014, battant à chaque fois Chris Froome qu’il fut incapable de suivre en 2013 dans les cols pyrénéens et alpestres.

La situation est paradoxale, à l’heure où le cyclisme est devenu international, avec la Colombie, la Russie, le Canada, les Etats-Unis ou encore l’Australie … Deux nations monopolisent les victoires sur la plus prestigieuse épreuve du calendrier mondial, le Tour de France.

Les nations traditionnelles du cyclisme européen, France, Italie, Suisse, Belgique et Pays-Bas, n’ont donc presque plus voix au chapitre pour la victoire finale. Même si l’on regarde le détail des podiums depuis 1986, l’insolente domination hispano-américaine se poursuit. Malheureusement pour Français, Italiens, Belges et autres Suisses, Espagnols et Américains font aussi main basse sur les premiers accessits !

En effet, à ses dix victoires, l’Espagne ajoute deux places de dauphin (Pedro Delgado en 1987, Joseba Beloki en 2002) et six places de troisième (Pedro Delgado en 1989, Fernando Escartin en 1999, Joseba Beloki en 2000 et 2001, Carlos Sastre en 2006, Joaquin Rodriguez en 2013).

Quant aux Etats-Unis, en marge de leurs onze yellow jerseys, ils ont récolté trois places de troisième (Bobby Julich en 1998, Levi Leipheimer en 2007 et Lance Armstrong en 2009).

Sur les 87 places sur le podium mises en jeu entre 1986 et 2014, les deux géants en totalisent 32 à eux deux (18 pour l’Espagne, 14 pour les Etats-Unis), soit 36 %.

Derrière les deux leaders, trois nations émergent, l’Allemagne et l’Italie, ainsi que la Grande-Bretagne dans une moindre mesure. Avec une victoire (Jan Ullrich en 1997), sept deuxièmes places (Jan Ullrich en 1996, 1998, 2000, 2001 et 2003, Andreas Klöden en 2004 et 2006) et une troisième place (Jan Ullrich en 2005), le cyclisme allemand fait bonne figure, essentiellement grâce à l’ogre de Rostock, véritable Poulidor moderne.

La Botte, elle, peut compter sur un contingent plus éclectique de champions. Depuis 1986, la péninsule italienne a ainsi récolté douze podiums, avec deux victoires (Marco Pantani en 1998 et Vincenzo Nibali en 2014), quatre deuxièmes places (Claudio Chiappucci en 1990 et 1992, Gianni Bugno en 1991, Ivan Basso en 2005) et six troisièmes places (Claudio Chiappucci en 1991, Gianni Bugno en 1992, Marco Pantani en 1994 et 1997, Ivan Basso en 2004, Vincenzo Nibali en 2012).

La Grande-Bretagne, elle, n’avait avant 2012 que peu de souvenirs du Tour de France à part le décès tragique de Tom Simpson en 1967 sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, les trois prologues victorieux de Chris Boardman (Lille 1994, Rouen 1997 et Dublin 1998), le maillot jaune de David Millar en 2000 (succès au Futuroscope) ou le grand départ de Londres en 2007. En 2012, Bradley Wiggins et Chris Froome ont cannibalisé l’épreuve avec le Team Sky, avant que le Kenyan Blanc, sorte de Goliath du vélo, ne continue d’évoluer à des hauteurs stratosphériques en 2013, ramenant la Toison d’Or à Paris.

La domination hispano-américaine est d’autant plus remarquable, sur la période 1986-2014, du fait de la multiplicité des nations présentes sur le podium du Tour : Allemagne, Grande-Bretagne et Italie donc, France (Hinault 1986, J-F.Bernard 1987, Fignon 1989, Virenque 1996 et 1997, Péraud 2014, Pinot 2014), Suisse (Rominger 1993, Zülle 1995 et 1999), Irlande (Roche), Australie (Evans 2007, 2008 et 2011), Pays-Bas (Rooks 1988, Breukink 1990), Luxembourg (A.Schleck 2009, 2010 et 2011, F.Schleck 2011), Colombie (Parra 1988, Quintana 2013), Russie (Menchov 2010), Lituanie (Rumsas 2002), Danemark (Riis 1995 et 1996), Pologne (Jaskula 1993), Autriche (Kohl 2008), Kazakhstan (Vinokourov 2003) et Lettonie (Ugrumov). Une myriade de pays différents qui confirment l’inexorable phénomène d’internationalisation du cyclisme professionnel …

Mais si l’Espagne et les Etats-Unis dominent actuellement le Tour, il faut comprendre pourquoi ce n’était pas le cas avant 1986.

Pour les Etats-Unis, l’explication est simple. La première participation d’un Américain au Tour ne remonte qu’à 1981. A l’époque, Jonathan Boyer faisait figure de pionnier. Mais Boyer n’avait pas le talent pour briguer le maillot jaune En 1984, Greg LeMond débarqua sur le Tour et termina troisième en tant que coéquipier du vainqueur, Laurent Fignon. Deux ans plus tard, LeMond devenait le premier coureur non européen à gagner le Tour de France, alors qu’en cette saison 1986 l’équipe Seven Eleven était la première structure américaine dans l’Histoire du cyclisme professionnel. En dehors de LeMond et Armstrong, les Etats-Unis ont produit pléthore de bon coureurs par étape depuis trente ans …Andy Hampsten (vainqueur du Giro 1988), Levi LeipheimerFloyd LandisTyler Hamilton, Bobby Julich, Tejay Van Garderen ou encore Andrew Talansky. 1986 fut l’année décisive pour le développement du cyclisme outre-Atlantique pour trois raisons : victoire de Greg LeMond sur le Tour de France, organisation des Championnat du Monde sur route à Colorado Springs, et arrivée dans le peloton de l’équipe Seven Eleven, dirigée par Jim Ochowicz.

Quant à l’Espagne, avant 1986, elle avait déjà gagné deux fois le Tour de France, en 1959 avec Federico Bahamontes et en 1973 avec Luis Ocaña.

Le pays de Cervantes ne comptait pas plus de victoires pour une raison simple. Dans la grande tradition des grimpeurs espagnols, seul comptait la plupart du temps le classement de la montagne, au détriment du classement général !

Ainsi, dès les années 30, Vicente Trueba gaspillait ses chances au général. Bien après lui, d’autres n’ont jamais visé le général, tel Jesus Lorono, rival de Bahamontes.
Ce dernier avait mis longtemps à comprendre qu’il pourrait viser le maillot jaune. En 1959, lorsque Fausto Coppi devint son constructeur, l’Aigle de Tolède ne gâcha pas l’occasion de remporter la Grande Boucle. S’il avait visé le classement général plus tôt, Bahamontes, par ses incroyables qualités d’escaladeur, aurait remporté plus d’un Tour de France. Virtuose de la montagne, Bahamontes termina deux autres fois sur le podium : dauphin de Jacques Anquetil en 1963, puis troisième en 1964 derrière Anquetil et Poulidor.

Quant à Jose Maria Fuente, grimpeur exceptionnel au temps de Merckx et Ocaña, il visait le général sur la Vuelta, le Giro ou le Tour, mais ses lacunes étaient trop nombreuses. Le panache de Fuente était tel qu’il attaquait sans cesse, dispersant ses ressources dans les cols. Tactiquement, Fuente était un peu naïf, mais son démarrage foudroyant digne de Bahamontes faisait qu’il était craint de Merckx en personne. Cependant, les exploits de Fuente en montagne ne compensaient pas certaines défaillances, conséquence de ses attaques trop nombreuses. En outres, celui qu’on surnommait el Tarangu était un médiocre rouleur, perdant trop de temps dans l’exercice du contre-la-montre. Menaçant le Cannibale dans le Giro en 1972 et 1974, année de ses deux victoires dans la Vuelta, Fuente l’emporta à  Luchon en 1971 dans l’étape qui conduirait Ocaña à jeter l’éponge. Deux ans plus tard, El Tarangu finissait troisième d’une édition orpheline de Merckx mais soumise au joug du champion espagnol, Luis Ocaña.

Fuente, dont deux décennies plus tard Jose Maria Jimenez, grimpeur incroyable aux démarrages redoutés, était le digne et génial héritier, lui aussi condamné d’avance par ses piètres qualités de rouleur. Du Tarangu à l’Aigle d’El Barraco, l’Histoire des grimpeurs espagnols est un éternel recommencement …

Si bien qu’avant Miguel Indurain, l’Espagne ne proposa qu’un seul véritable champion complet, Luis Ocaña. Le Castillan eut l’infortune de connaître l’hégémonie de Merckx au début des années 70. Mais virtuose du cyclisme et bien moins attentiste que ses contemporains Zoetemelk ou Van Impe, Ocaña, aurait mérité de ramener le maillot jaune en 1971 sans l’épisode tragique du col de Menté. Sans cet abandon dans les Pyrénées, Ocaña serait sans doute double vainqueur du Tour, en tenant compte de sa victoire de 1973, acquise en l’absence de Merckx, après un doublé Vuelta – Giro au printemps pour le champion bruxellois.

On comprend donc mieux la situation de l’Espagne et des Etats-Unis avant 1986. A l’heure d’un cyclisme plus international, certaines nations n’ont pas su profiter de coureurs de talent pour gagner un maillot jaune. On pense à la Russie, qui avec Berzin, Tonkov ou Menchov, aurait pu gagner le Tour au moins une fois. La Suisse également, avec Rominger ou Zülle, tous deux dauphins d’Indurain (1993 et 1995) et d’Armstrong (1999).

Les grandes nations traditionnelles n’ont jamais retrouvé d’immense champion. La Belgique vit toujours dans la nostalgie d’Eddy Merckx, et les meilleurs coureurs du pays, depuis trois décennies, sont des chasseurs de classiques : Claude Criquielion, Johan Museeuw, Frank Vandenbroucke, Peter Van Petegem, Tom Boonen, Philippe Gilbert ou encore Stijn Devolder, sans oublier Andreï Tchmil, russe naturalisé belge.

La France, elle, est orpheline de Bernard Hinault, qui avait su pérenniser l’héritage des Louison Bobet et autres Jacques Anquetil. Après la retraite d’Hinault fin 1986, Jean-François Bernard, Laurent Jalabert, Richard Virenque et Christophe Moreau n’ont jamais pu se retrouver en position de gagner la Grande Boucle. Certes, Bernard était rentré en jaune dans Alpes en 1987 après son exploit CLM au Mont Ventoux. Mais le duo Roche – Delgado avait rapidement rétabli l’ordre naturel dans ce Tour de France 1987. Seul Laurent Fignon, sacré en 1983 et 1984, aurait pu ramener le maillot jaune en 1989, mais il s’en est fallu de huit secondes face à LeMond, son ancien coéquipier chez Renault. Depuis la retraite de Laurent Jalabert, Luc Leblanc, Christophe Moreau et Richard Virenque, principaux animateurs français des années 1990 et 2000, les coureurs prometteurs du cyclisme français sont très loin de pouvoir jouer le classement général dans le Tour, qu’il s’agisse de Sylvain Chavanel, Christophe Le Mével ou encore Pierrick Fédrigo. Un seul a réussi l’exploit de faire rêver le public pendant la grand-messe de thermidor, l’Alsacien Thomas Voeckler en 2011. L’avenir dira si Pierre Rolland, Romain Bardet ou Thibaut Pinot pourront succéder à Bernard Hinault, dernier maillot jaune français en 1985. Pour tant de coureurs français, le rêve élyséen est resté utopique, comme il l’avait été pour le grimpeur cannois René Vietto, orphelin de Grande Boucle entre 1940 et 1946, par la faute du conflit qui déchira le monde entier six années durant …

Le cyclisme hexagonal a également souffert de l’évolution des mœurs sur le calendrier. En 1989 et 1990, Greg LeMond a remis au goût du jour la spécialisation sur des épreuves ciblées. Profitant de l’inflation des salaires, le Yankee ne visait que le maillot jaune du Tour de France, accessoirement le maillot irisé des champions du monde. Miguel Indurain ne fit pas autre chose que calquer sa stratégie sur celle de LeMond, qui fut rattrapé en 1991 par le boomerang de son accident de chasse du lundi de Pâques 1987 : les plombs restés dans son organisme avaient causé une myopathie mitochondriale. Affaibli alors qu’Indurain, Bugno et Chiappucci chaussaient leurs bottes de sept lieues avec l’EPO, Greg LeMond passa du Capitole à la Roche Tarpéienne.
Les Français, eux, furent rapidement relégués aux rôles de figurants, exception faite de Richard Virenque, gladiateur des cols. La spécialisation des meilleurs coureurs par étapes sur le Tour de France a densifié la concurrence internationale. Les rivaux des Français venaient en masse, et n’étaient plus seulement Européens mais également Nord-Américains ou Sud-Américains : Erik Breukink, Andy Hampsten, Gianni Bugno, Claudio Chiappucci, Tony Rominger, Piotr Ugrumov, Bjarne Riis, Alex Zülle, Marco Pantani, Jan Ullrich, José Maria Jimenez, Laurent Dufaux, Abraham Olano, Fernando Escartin, Lance Armstrong, Santiago Botero, Roberto Heras, Alexandre Vinokourov, Joseba Beloki, Ivan Basso, Andreas Klöden, Carlos Sastre, Michael Rasmussen, Levi Leipheimer, Denis Menchov, Andy Schleck, Cadel Evans, Chris Froome, Alejandro Valverde, Bradley Wiggins, Vincenzo Nibali, Nairo Quintana, Tejay Van Garderen, Bauke Mollema …

Quant à l’Italie, nantie de champions d’exception avec Binda, Girardengo, Guerra, Bottecchia, Bartali, Coppi puis Gimondi, elle a dû patienter de 1965 à 1998, pour voir un de ses fils, Marco Pantani, descendre les Champs-Elysées ceint du maillot jaune. Après Felice Gimondi, beaucoup de grands coureurs italiens furent des chasseurs de classiques : Francesco Moser, Giuseppe Saronni, Moreno Argentin, Franco Ballerini, Andrea Tafi, Michele Bartoli, Paolo Bettini, Danilo Di Luca ou encore Damiano Cunego. La Botte est donc frappée du même mal que la Belgique, sa cousine du Nord, même si le succès de Vincenzo Nibali en 2014 vient mettre du baume au cœur des tifosi de la péninsule italienne.

Seuls Gianni Bugno, Claudio Chiappucci, Marco Pantani, Ivan Basso et Vincenzo Nibali avaient réellement l’envergure de vainqueurs du Tour, car bien des vainqueurs récents du Giro, de Savoldelli à Scarponi en passant par Gotti, Garzelli, Simoni ou Chioccioli, ne doivent leurs maillots roses qu’à l’absence de concurrence sur le Tour d’Italie, trop souvent snobé par les meilleurs contemporains (Ullrich, Armstrong, Vinokourov, Froome …), à l’exception de Miguel Indurain, Pavel Tonkov, Bradley Wiggins, Cadel Evans ou Nairo Quintana. Désormais, la clé de voûte du cyclisme italien s’appelle Vincenzo Nibali, vainqueur de la Vuelta 2010, du Giro 2013 et du Tour 2014. L’édition 2015 dira si le Requin de Messine fut ou non un maillot jaune par défaut en 2014, avec les abandons précoces des favoris Chris Froome et Alberto Contador, les jumeaux du volcan Teide, leur lieu d’entraînement commun sur l’archipel des Canaries.

Le constat effectué sur le Giro se vérifie sur la Vuelta. A l’exception de Roberto Heras, qui a stupidement gâché ses plus belles années (2001-2003) au service d’Armstrong chez US Postal, des coureurs comme Abraham Olano, Melchior Mauri, Aitor Gonzalez, Angel Casero ou Juan Jose Cobo ont gagné la Vuelta par défaut. La preuve de ce nivellement par le bas du Tour d’Espagne est la série de victoires étrangères quand la concurrence internationale était plus intense : des calibres tels que Tony Rominger, Alex Zülle, Jan Ullrich ou même Laurent Jalabert étaient bien supérieurs aux meilleurs Espagnols de leur génération, n’en déplaise à Fernando Escartin ou Jose Maria Jimenez, valeureux dynamiteurs du peloton dans les cols de la péninsule ibérique.

Les Pays-Bas, eux, n’ont pas de véritable coureur par étapes depuis Erik Breukink, qui fut cependant incapable de battre LeMond ou Indurain. Après les énormes déceptions que furent Michael Boogerd puis Robert Gesink, il semble utopique que Laurens Ten Dam ou Bauke Mollema puissent combler le vide existant depuis Joop Zoetemelk, dernier vainqueur hollandais du Tour, en 1980.

Autres raisons qui expliquent les victoires espagnoles en juillet, les vocations créées par les succès de Miguel Indurain au début des années 90. Tous les champions qui ont succédé à Miguel Indurain, de Roberto Heras à Alberto Contador, en passant par Oscar Sevilla, Alejandro Valverde, Samuel Sanchez, Joseba Beloki ou Oscar Freire, ont grandi en voyant les exploits du Navarrais à la télévision.

C’est ce même tube cathodique, qui par l’extension mondiale de la diffusion du Tour de France, a permis aux Américains d’être contaminés par la fièvre de la Grande Boucle. Depuis, les compatriotes de LeMond et Armstrong ne jurent que par deux courses, le Tour de France et Paris-Roubaix, que George Hincapie n’a jamais pu accrocher à son palmarès.

Il faut également donner du crédit aux thèses sur le dopage … Depuis une dizaine d’années, forte de victoires dans bien des sports et de l’émergence d’une incroyable génération de champions (Pau Gasol et Juan Carlos Navarro en basket, Alberto Contador et Alejandro Valverde en cyclisme, Xavi, Iker Casillas, Sergio Ramos, Gérard Piqué, Carles Puyol, David Villa, Fernando Torres et Andres Iniesta en football, Rafael Nadal et David Ferrer en tennis, Fernando Alonso en Formule 1, Marc Marquez, Jorge Lorenzo et Dani Pedrosa en moto), la péninsule ibérique est dans l’oeil du cyclone. L’affaire Puerto, qui a éclaté en 2006, a porté un coup fatal au crédit du sport espagnol en matière de lutte anti-dopage, tout comme les affaires Valverde et Contador … Quant à Miguel Indurain, ses performances incroyables entre 1991 et 1995 sont également suspectes, lui qui domina avec une insolente supériorité des coureurs sulfureux tels que Bjarne Riis, Piotr Ugrumov, Tony Rominger, Alex Zülle, Zenon Jaskula, Gianni Bugno, Richard Virenque ou encore Claudio Chiappucci.

Enfin, si Greg LeMond fut probablement, en 1990, le dernier vainqueur du Tour sans dopage scientifique (EPO …), le spectre du fléau qu’est le dopage hantera à jamais la carrière de Lance Armstrong. L’hégémonie du Texan, qui confisqua le maillot jaune entre 1999 et 2005, se fit dans la suspicion consécutive au scandale Festina de 1998. Contrôlé positif en 1999 à l’EPO, accusé de dopage à l’Actovegin en 2000, ayant révélé ses liens avec le sulfureux docteur Ferrari en 2001, accusé par son compatriote LeMond de recours au dopage (par le biais de son ancien mécanicien belge Julien De Vriese, qui cotôya Armstrong à l’US Postal), Lance Armstrong a dominé toute une génération de coureurs convaincus de tricherie … Marco Pantani, exclu du Giro en 1999 pour un taux hématocrite de 52, Richard Virenque, symbole de l’affaire Festina de 1998, Jan Ullrich et Ivan Basso, tombés en 2006 dans l’affaire Puerto, Raimondas Rumsas, pris en flagrant délit de dopage en 2002, Alexandre Vinokourov, contrôlé positif en 2007, Roberto Heras, déchu de sa victoire sur la Vuelta en 2005 pour dopage, Tyler Hamilton, qui a vu sa médaille d’or olympique du CLM (Athènes 2004) retirée a posteriori pour dopage …

L’omerta a longtemps protégé Armstrong avant que l’épée de Damoclès ne tombe sur le Texan en 2012. Si l’on considère le palmarès sur tapis vert, alors seule l’Espagne émerge vraiment sur la période 1986-2004, avec dix maillots jaunes, contre trois seulement pour les Américains qui perdent aussi celui de Floyd Landis.

La clé de voûte des victoires américaines, exception faite de celles de Greg LeMond, fut donc le dopage sanguin. Lance Armstrong doit ses sept maillots jaunes à Michele Ferrari, disciple du grand Francesco Conconi, fossoyeur du mythe juge de paix qu’est le col du Stelvio en 1993 et druide de Miguel Indurain qu’il avait reçu dès 1987 sur l’initiative de José Miguel Echavarri …

Figure de proue du cyclisme espagnol, l’hégémonique Miguel Indurain fut aussi le pionnier de l’EPO au palmarès du Tour de France, avec cinq victoires consécutives en 1991, 1992, 1993, 1994 et 1995. L’Espagne et l’Italie furent deux Eldorados du dopage, mais la patrie de Cervantes en a bien plus profité que celle de Dante …

Le lien entre EPO et maillots jaunes fut viscéral dès 1991, et rien de concret ni de rationnel ne permet de penser que le nœud gordien a été tranché depuis … Le combat de quelques personnes et organismes a bien planté quelques banderilles au dopage, mais l’estocade est encore loin d’être portée au fléau numéro 1 du cyclisme, tant la poule aux œufs d’or est entourée de vautours peu scrupuleux.

Cannibaliser le Tour de France par virtuosité intrinsèque, comme le fumeur Gino Bartali, l’échassier Fausto Coppi, l’Apollon Hugo Koblet, le mitron Louison Bobet, l’ange Charly Gaul, le picador et aigle des cimes Federico Bahamontes, la Caravelle Jacques Anquetil, l’ogre Eddy Merckx, le volcanique Luis Ocaña, le blaireau Bernard Hinault, l’intello Laurent Fignon ou le pionnier Greg LeMond est une chose, ramener le maillot jaune à Paris par le vice de l’EPO est en une autre … La plupart des gens inonderaient de superlatifs et plébisciteraient soit Fausto Angelo Coppi soit le baron Edouard Merckx comme meilleur cycliste de tous les temps, même si le Piémontais comme le Bruxellois ont touché au fruit défendu, ont aussi franchi le Rubicon.

Mais les fruits défendus de l’époque n’ouvraient pas en grand les portes du sanctuaire des maillots jaunes, contrairement à l’EPO. Sans panache mais avec cet élixir de puissance et de jouvence à nul autre pareil dans le sang, des générations d’imposteurs ont donc brisé l’héritage sacré des titans, et l’insouciance de ceux qui comme Tom Simpson, voulaient juste imiter les bardes de Liverpool, les Beatles.

Venus de Rostock (Ullrich), de Cesena (Pantani), de Luxembourg (Andy Schleck), d’Austin (Armstrong), de Nairobi (Froome), de Pampelune (Indurain), de Madrid (Contador), de Gand (Wiggins) ou de Messine (Nibali), ils ont tutoyé la perfection sans la mériter et accompli le péché originel, pour autant de victoires à la Pyrrhus puisque le cyclisme est toujours perdant de ces intrigues d’apothicaires maléfiques.

Il faut donc considérer la domination hispano-américaine comme une juste combinaison de quatre facteurs : la progression de ces deux cyclismes sur l’échiquier mondial, une conjoncture favorable à leur émergence sur le Tour, l’éclosion de plusieurs champions d’exception, et malheureusement, des réseaux de dopage mieux organisés que dans d’autres contrées du cyclisme international, avec une politique sportive de lutte contre le dopage moins affirmée qu’ailleurs …

En 2015, Alberto Contador et Alejandro Valverde pour l’Espagne, Tejay Van Garderen et Andrew Talansky pour les Etats-Unis tenteront de prolonger l’euphorie hispano-américaine sur le Tour de France, alors que leurs principaux rivaux, les Colombiens Nairo Quintana et Rigoberto Uran, l’Italien Vincenzo Nibali et le Britannique Chris Froome, se dresseront sur leur route.

  1. avatar
    24 janvier 2015 a 12 h 40 min

    L’Italie possède avec Vincenzo Nibali pour le présent et Fabio Aru deux coureurs.

    Attention à la Grande-Bretagne car les victoires de Wiggins et Froome vont susciter des vocations pour la petite reine outre Manche.

    Pour 2015, le maillot jaune devrait se trouver dans le quatuor Contador Quintana Froome Nibali

    Difficile de dégager un favori, Quintana est le meilleur grimpeur, Froome le plus complet, Contador le plus expérimenté, Nibali au sommet de sa carrière …

    Peut-être le Pistolero qui a plus faim de maillot jaune que jamais …

    Espagnols et Américains ont survolé la période 1986-2010, grâce à LeMond, Indurain et Armstrong, les deux derniers étant marqués au fer rouge par l’EPO, tout comme Delgado et Contador qui ont également triché.

    Seul Greg LeMond fut un vainqueur crédible de la Grande Boucle, avant que sa myopathie et le dopage sanguin de ses rivaux ne rendent utopiques pour lui la conquête du maillot jaune entre 1991 et 1994.

  2. avatar
    24 janvier 2015 a 15 h 30 min
    Par bony jerome

    je pense que vous etes sevère avec jeff bernard,et ce n’est pas la premiere fois que je le constate.jeff avait une classe incroyable,et il était certainement le dernier coureur francais capable de s’imposer dans un grand tour;S ‘il est vrai qu’il n’a pas toujours eu le professionalisme afferent a son sport,je pense que la generalisation de l’epo l’a prive d’un bien meilleur palmares,en tout les cas de veritables exploits.je ne suis pas un doux reveur,et je pense que lors de ses victoires dans paris nice et le criterium 1992 il était comme les autres “charge”a l’epo.cependant et c’est paradoxal,je pense qu’il fut l’une des plus grande victime de ce système,et qu’avec un dopage “a la papa”
    il aurait eu un tout autre palmares

  3. avatar
    25 janvier 2015 a 10 h 21 min

    Bernard a surtout manqué de chance en 1987, mais il a été trop arrogant après son chrono victorieux au Mont Ventoux. Quand il a récupéré le maillot jaune, il s’est cru déjà vainqueur du Tour, et lors de sa crevaison sur la route de Villars-de-Lans, Delgado, Roche et consorts le lui ont fait payer cash.

    Mais je suis bien d’accord qu’il valait mieux que le coéquipier de luxe de Miguel Indurain qu’il fut en 1991 et 1992, avec un formidable travail pour l’Espagnol dans l’Alpe d’Huez face à Gianni Bugno.

    Pour ce qui est des autres Français pénalisés par l’EPO, il faut aussi citer Gilles Delion, Christophe Bassons, David Moncoutié …

  4. avatar
    25 janvier 2015 a 14 h 21 min
    Par Fabien

    Salut Axel.

    C’est un vrai plaisir de te relire après 2 ans, les petites métaphores mythologiques et tout le reste.

    LeMond dans la domination hispano-américaine ne colle pas car il est un essentiellement un produit du cyclisme français (Renault, La Vie Claire, Z…), basé sur le dopage à la papa (cortisone et amphétamine) à la différence d’Armstrong et ses amis. En revanche, il y a une vraie cohérence entre les Espagnols des années 90 et 2000. Elle a pour figure emblématique Padilla, Fuentes Manolo Saiz ou Alvaro Pino, qui ont exercé dans les deux périodes. Après 98, la complicité des autorités sportives espagnoles est un facteur déterminant dans la compétitivité des champions espagnols au moment où la France, l’Italie et l’Allemagne décident de mettre le hola (lol !). Le match Espagne/USA a en fait réellement commencé après 98.

    Maintenant la Sky a remplacé l’US Postal dans le rôle des “méchants robots anglo-saxons” mais les “latins offensifs et plein de panache” des équipes de Valverde et Contador conservent leurs secrets.
    Mondialisation oblige, l’équipe de Contador est coachée par un Danois, appartient à un Russe et comporte des coureur de l’est dans leur effectif. Astana, qui fait figure de 3ème équipe est une sorte d’hybride entre la tradition américaine de Bruyneel/Armstrong et le tempérament offensif de Vino/Nibali que n’aurait pas renié un certain… Manolo Saiz.
    Bref, géopolitiquement, on est désormais davantage dans une compétition Latins et Slaves contre Anglo-saxons que dans une opposition par pays.

    Les grands battus de cette transition sont les cyclismes français, belges puis hollandais qui étaient maîtres en amphet’ et cortisone et généralement bons sur la tactique d’équipe. Les coups de bordures dans les étapes de plaines, les contre-la-montre par équipe (Panasonic/Ti Raleigh, Renault/System U…) suffisaient généralement à mettre très loin les Espagnols avant la montagne. Mais dès les années 80 et l’EPO (peut-être les transfusions du jeune Dr Fuentes), les grimpeurs espagnols jouaient déjà un rôle de 1er plan en montagne : Delgado, Lejarreta, Arroyo, Fernandez, Fuerte, Chozas et bientôt Indurain…

    Plus récemment, ce sont les performances du cyclisme italien puis une seconde mort pour le cyclisme hollandais à cause de Rasmussen qui ont également souffert de la lutte anti-dopage. Le Tour 2014 marque-t-il un retournement de tendance avec les bonnes places de coureurs français de bonne réputation comme JC Péraud ? Ou, à l’image de 2011, était-ce seulement un feu de paille dû aux chutes de Froome et Contador (2014) ?

    La raison principale tu l’as bien identifiée

  5. avatar
    25 janvier 2015 a 14 h 36 min
    Par Fabien

    Oh, j’ai laissé traîner des choses incohérentes dans mon post, Peter. Je voulais dire dès les années 80 et avant l’EPO, les Espagnols jouaient déjà un rôle de 1er plan en montagne, qu’ils ne pouvaient exploiter à cause du temps qu’ils perdaient en plaine et en contre-la-montre. Un peu comme les PDM en 88-90 qui ne parvenaient pas à exploiter leur supériorité physique à cause d’une mauvaise tactique de course et d’incidents en 1ère semaine.

    Il a fallu l’EPO pour renverser la tendance en permettant à Indurain de rattraper des écarts hallucinants en montagne et en contre-la-montre, en effaçant l’infériorité de son équipe en 1ère semaine.

  6. avatar
    25 janvier 2015 a 18 h 06 min

    Salut Fabien,

    La bonne année tout d’abord, cela fait un bail, sympa de te lire ici.

    Oui Greg LeMond était européen d’adoption, et américain de par ses moeurs, ne voulant pas toucher au fruit défendu, tout comme Snow Rabbit alias Andy Hampsten vainqueur du Giro 88.
    Greg LeMond est donc à isoler par rapport à Contador, Indurain et Armstrong, mais je ne pouvais pas retirer LeMond en débutant l’analyse en 1986, le virage arrivant en 1991 avec l’EPO. Donc LeMond, bien que différent, fait partie de l’article en tant que coureur propre et en tant que vrai pionnier du cyclisme américain (et non Jonathan Boyer), car il a fait naître les vocations d’Armstrong, Hincapie, Hamilton, Julich, Leipheimer, Zabriskie, Andreu, Livingston, Landis … Il était donc important de le mentionner car LeMond a mis le pied à l’étrier de tout un pays, même si très Européen, couvé par un immigré italien (Fred Mengoni) fan de Coppi et Bartali, coéquipier des Français Hinault et Fignon, membre d’équipes hollandaise (PDM), belge (ADR) et surtout françaises (Renault, la Vie Claire, Toshiba, Z, Gan) en effet. Mais cependant toujours Américain, ami d’Hampsten, Millar et Bauer autres anglo-saxons du peloton, et fervent défendeur de son porte-monnaie face à Bernard Tapie ou plus tard Roger Zannier (Z).

    LeMond clean au contraire d’Armstrong, Faust devenu Mephisto en 1995 à force d’essuyer les humiliations, comme ces 6 minutes perdues contre Miguel Indurain entre Périgueux et Bergerac sur le Tour de France 1994.

    Le Navarrais fut plus linéaire que le Texan dans sa progression en montagne, mais dans chaque cas c’est un secret de polichinelle, c’est l’EPO qui a tout changé. Sans le dopage sanguin de Conconi / Padilla pour Miguel puis de Ferrari pour Lance, aucun des deux n’aurait même joué le top 10 dans la Grande Boucle, sans même parler de maillot jaune.

    Pour le Tour 2014 ? Feu de paille comme en 2011 où la chute de Wiggins, la fatigue de Contador post-Giro mais aussi la nullité tactique des frères Schleck avaient permis à Cadel Evans de triompher et surtout à Thomas Voeckler de rester maillot jaune jusqu’à la 18e étape.

    Quintana, Uran et Aru absents du Tour 2014, Contador et Froome vite hors course, les Français n’ont eu que Nibali, Mollema et Valverde face à eux, ils vont souffrir en 2015.

    Pour les Espagnols, exception faite d’Indurain diamant du CLM, la suppression du chrono par équipes et la limitation du kilométrage du CLM a aussi fait leur jeu.

    Pour l’Allemagne et l’Italie, il y a eu peur du gendarme dans les équipes à partir de 1999-2000. L’abandon de Marco Pantani avant l’étape d’Evian Lausanne, après son baroud d’honneur vers Morzine, avait eu des allures de commedia dell’arte.

    La Mercatone Uno avait voulu enregistrer l’abandon du Pirate italien avant minuit pour lui éviter un contrôle à Evian, ville d’eau (claire), ironie du sort.

    Mais les coureurs ont vite court-circuité les équipes, Riis allait voir Cecchini en Toscane à Lucques, le Danois déménageant dans une villa près de Florence.

    Ullrich, Vinokourov et Hamilton multiplaient les voyages à Madrid chez Fuentes.

    Coureurs, équipes, docteurs et directeurs sportifs, le dopage avait plusieurs nationalités, ce que j’explique dans l’autre article paru en parallèle de celui-ci.

  7. avatar
    26 janvier 2015 a 22 h 28 min
    Par Fabien

    Je te souhaite également une bonne année et surtout la santé qui va avec !
    En tout cas, j’apprends toujours beaucoup de chose en te lisant et c’est super que tu fasses partager ta passion.

    Ca me donnerait presque envie de faire un petit article sur les Lacs de Covadonga avec une belle photo mais je dois me discipliner.

    Pour LeMond, je ratiocinais, ton point de vue est tout à fait pertinent.

    Je partage tes craintes pour le Tour 2015, faute de volonté réelle d’ASO de lutter contre le dopage depuis plusieurs années (2009- ?).

    Sinon, j’ai posté un commentaire sous ton article sur l’affaire PDM/Once hier mais n’ai pas vraiment répondu à la question passionnante que tu poses : Breukink aurait-il pu battre Indurain sans l’affaire PDM ?
    Je vais tenter de compléter ce soir.

  8. avatar
    27 janvier 2015 a 17 h 31 min

    Hello Fabien,

    OK je vais regarder pour l’article PDM / ONCE sur les fausses intoxications alimentaires.

    J’avais fait deux articles virtuels sur le Vox, Indurain vs LeMond 90 si Miguel avait été leader de Banesto, et Pantani vs Armstrong 99 si l’Italien avait participé …
    Je vais tenter de retrouver les textes pour les republier.

    Cool pour les Lacs de Covadonga, lieu mythique du Tour d’Espagne plus que l’Angliru qui est une mascarade honteuse indigne du cyclisme avec des poussettes de spectateurs espagnols, et pour les Lagos, un vrai site naturel superbe à visiter dans les Asturies …

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