Abandonner en maillot jaune sur le Tour, un crève-cœur
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Abandonner en maillot jaune sur le Tour, un crève-cœur

Nombreux sont ceux qui ont dû quitter le Tour de France sur chute, blessure ou pour avoir terminé hors délais. Mais le faire quand on est le porteur du maillot jaune est un déchirement autrement plus douloureux.

1927, Francis Pélissier entre Dinan et Brest (successeur Ferdinand Le Drogo à Brest)

En 1927, Francis Pélissier démarre la Grande Boucle sur les chapeaux de roue, avec une victoire d’étape à Dieppe le premier jour. Le cadet d’Henri Pélissier conserve la précieuse tunique au Havre, à Caen puis à Cherbourg et enfin à Dinan. Mais lors de la sixième étape qui mène le peloton à Brest, c’est l’abandon pour le maillot jaune, malade.

1929, Victor Fontan entre Luchon et Perpignan (successeur Maurice De Waele à Perpignan)

Entre Luchon et Perpignan, le maillot jaune français Victor Fontan est victime d’un incident mécanique. Comme le règlement de l’époque l’exige, il doit réparer lui-même son vélo pour son premier jour en jaune, puisqu’il a conquis la Toison d’Or la veille seulement entre Bayonne et Luchon. La plupart des rivaux de Victor Fontan lui passent devant, et le Français doit finalement abandonner sur la route de Perpignan. En 1980, le Tour de France lui rendra hommage en passant par sa commune de Nay, dans les Pyrénées Atlantiques, là où le coureur avait passé son enfance près de Pau. Après l’abandon de Fontan, c’est le Belge Maurice De Waele qui tire les marrons du feu en prenant le maillot jaune, qu’il conservera

1937, Sylvère Maès à Bordeaux (successeur Roger Lapébie entre Bordeaux et Royan)

Lors du Tour de France 1937, Sylvère Maes s’empare du maillot jaune à Digne-les-Bains, aux dépens de Gino Bartali, blessé en tombant la veille. Celui-ci finit par abandonner, et le maillot jaune est l’objet d’une lutte entre le Belge et le Français Roger Lapébie. Déjà lauréate du contre-la-montre par équipes à Champagnole, l’équipe belge s’impose à nouveau dans cet exercice à Marseille. Cette domination des Belges conduit Henri Desgrange à supprimer les contre-la-montre par équipes en 1938. Dans les Pyrénées, la tension monte entre les équipes belge et française. Lors de l’étape Luchon-Pau, une pénalité de 1’30’’ est infligée à Roger Lapébie, pour avoir été poussé. Le lendemain, Sylvère Maes est à son tour pénalisé de 15 secondes, pour avoir bénéficié de l’aide de coureurs belges. Après l’arrivée à Bordeaux, l’équipe de Belgique quitte la course pour protester contre son agression par le public bordelais. Maes laisse ainsi le maillot jaune à Lapébie, qui gagne ce Tour 1937. Deux ans plus tard, Maes gagnera l’édition 1939, la dernière du Tour de France avant la Seconde Guerre Mondiale, et la dernière gagnée par un coureur belge avant le quintuplé d’Eddy Merckx entre 1969 et 1974.

1950, Fiorenzo Magni à Saint-Gaudens (successeur Ferdi Kubler entre Saint-Gaudens et Perpignan)

En 1950, Fausto Coppi se fracture le col du fémur au printemps, et va donc manquer à la fois le Giro et le Tour. Battu sur le Giro par le virtuose suisse Hugo Koblet, Gino Bartali ne peut se permettre un nouveau  camouflet sur le Tour de France. Or le scénario de l’édition 1950 tourne au vinaigre pour le grimpeur toscan, qui voit son compatriote Fiorenzo Magni (leader des cadetti, l’équipe B italienne) traverser les Pyrénées en maillot jaune. Bartali va alors prétexter une menace dans le col d’Aspin de la part d’un homme qui tenait un couteau dans sa main gauche. Mais le spectateur tenait un saucisson dans la main droite … Parvenant à ses fins, l’Homme de Fer entraîne dans son retrait tous les coureurs italiens, y compris Fiorenzo Magni qui doit abandonner avec le maillot jaune sur les épaules. La précieuse tunique revient au Suisse Ferdi Kubler qui la ramènera sans difficulté à Paris.

1951, Wim Van Est dans le col de l’Aubisque (successeur Hugo Koblet à Luchon)

Quand le Tour arrive dans les Pyrénées en 1951, Hugo Koblet a déjà porté l’estocade aux autres favoris dans l’étape Brive – Agen, par une échappe solitaire de plus de 130 kilomètres. Rouleur virtuose, le Suisse va prendre le maillot jaune à Luchon, la tunique étant vacante après la chute dans le col de l’Aubisque du leader néerlandais Wim Van Est, qui termine son Tour de France dans un ravin. Indemne malgré une chute de 70 mètres, Van Est se rend à l’hôpital pour des examens. 1951, c’est la quadrature du cercle pour Koblet qui voltige et va éparpiller ses rivaux façon puzzle, de Coppi à Bobet en passant par Geminiani, Robic ou encore Bartali.

1965, Bernard van de Kerckhove dans le col de l’Aubisque (successeur Felice Gimondi à Bagnères-Bigorre)

Vainqueur de l’étape Liège – Roubaix, Bernard van de Kerckhove prend le maillot jaune en Artois mais le cède dès le lendemain à Felice Gimondi à Rouen. C’est à Limoges que le Belge reprend la tunique à l’Italien, mais pour seulement trois étapes, puisqu’il est contraint à l’abandon dans les Pyrénées, entre Dax et Bagnères-de-Bigorre, où le jeune espoir bergamasque reprend les commandes du classement général pour le compte de la Salvarani. Malgré la menace Poulidor notamment sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, Gimondi ne lâchera plus les rênes jusqu’à Paris. Bernard van de Kerckhove, lui, a dû abdiquer par la faute d’une insolation lors de l’ascension du col d’Aubisque …

1971, Luis Ocaña au col de Menté (successeur Eddy Merckx à Superbagnères, pas de maillot jaune entre Luchon et Superbagnères)

Flamboyant sur la route d’Orcières-Merlette, l’Espagnol Luis Ocaña a rendu utopique les desseins de victoire d’Eddy Merckx dans l’édition 1971 de la Grande Boucle. Mais la haine viscérale de la défaite du Belge s’exprime dès le lendemain de sa terrible déconvenue dans la station iséroise. Plébiscité meilleur coureur du monde depuis 1968, le Belge ne supporte pas ce Waterloo qui le fait tomber de son piédestal, là où Ocaña vit son soleil d’Austerlitz. Sur la route de Marseille, le Cannibale s’échappe dès le kilomètre zéro de l’étape, entraînant quelques coureurs avec lui, et arrive sur le Vieux Port avec deux heures d’avance sur l’horaire le plus optimiste. Les techniciens de l’O.R.T.F. n’avaient même pas terminé d’installer le matériel pour retransmettre en direct l’arrivée du Tour dans la cité phocéenne. Gaston Defferre, le maire de Marseille, est furieux de rater l’arrivée ainsi que le podium. Confortable leader du Tour, Ocaña garde plus de sept minutes d’avance sur Eddy Merckx alors que les cols pyrénéens se présentent pour un duel d’anthologie. Mais le mano-à-mano, loin d’offrir des montagnes russes d’adrénaline au public, va tourner court dans l’étape de Luchon. Pendant que son compatriote et rival José Maria Fuente s’en va gagner l’étape à Luchon, Ocaña va commettre le péché d’orgueil de coller à la roue de Merckx. Le Belge, excellent descendeur, prend tous les risques sous la pluie dans la descente du col de Menté. Le maillot jaune chute dans un virage mais ne repartira pas, percuté par Joop Zoetemelk. Fauché en plein vol, la figure de proue du cyclisme espagnol rate l’occasion unique de battre Merckx en cette édition 1971 où l’ogre de Tervueren semblait moins intouchable. Nourri au nectar et à l’ambroisie par les fées du destin, Merckx avait cependant un coup de pédale moins aérien en montagne depuis son accident de septembre 1969 sur le vélodrome de Blois. Il avait encore écoeuré la concurrence en 1970, notamment au Mont Ventoux, loin certes du récital de Mourenx en 1969, véritable festival pyrotechnique aux airs de requiem pour la concurrence. En 1971, la belle mécanique s’était grippée et Ocaña avait planté sa terrible banderille sous le soleil implacable d’Orcières-Merlette, humanisant l’épouvantail belge qui, chevaleresque, refusera de porter le maillot jaune entre Luchon et Superbagnères. Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé, écrivait Lamartine. C’est exactement ce qui arrive au Cannibale, orphelin de son grand rival, l’Espagnol de Mont-de-Marsan. Vainqueur d’un chrono en altitude au lendemain de l’abandon de son rival espagnol, Merckx enfile le maillot jaune à Superbagnères, et imprime un train d’enfer jusqu’à Paris, comme pour se montrer digne de cette tunique. Ocaña, lui, gagnera le Tour en 1973, en l’absence de Merckx, au repos après un doublé Vuelta / Giro au printemps.

1978, Michel Pollentier à l’Alpe d’Huez (successeur Joop Zoetemelk entre Grenoble et Morzine)

Juge de paix du Tour de France 1978, l’Alpe d’Huez couronne le grimpeur belge Michel Pollentier. Mais ce dernier ne va pas profiter longtemps du maillot jaune, dont il a dépossédé Joseph Bruyère. Au contrôle-antidopage, le contrôleur de l’UCI constate que Pollentier utilise une poire d’urine pour tricher. Disqualifié sur-le-champ, Michel Pollentier n’aura jamais pu étrenner sa tunique de leader sur l’asphalte de la Grande Boucle. Son dauphin Joop Zoetemelk devient donc le maillot jaune dès l’étape Grenoble – Morzine, mais devra rendre les armes face au Pantragruel de la route en cette saison 1978, Bernard Hinault, stratosphérique entre Metz et Nancy pour l’ultime contre-la-montre de ce Tour de France.

1980, Bernard Hinault à Pau (successeur Joop Zoetemelk entre Pau et Luchon)

En 1978 et plus encore en 1979, Bernard Hinault a tutoyé la perfection sur le Tour de France, s’attirant tous les superlatifs. Comme Fausto Coppi, Jacques Anquetil ou encore Eddy Merckx avant lui, le Breton cannibalise le sport cycliste, laminant ses rivaux à chaque sortie. 1980 s’annonce sous les mêmes auspices tant le natif d’Yffiniac semble en état de grâce. Au faîte de sa gloire, Hinault a torpillé la concurrence lors d’une édition mythique de la Doyenne, Liège-Bastogne-Liège étant inondée par la neige. Sur le Giro qu’il découvre, Hinault renverse la vapeur avec la complicité de son jeune coéquipier Jean-René Bernaudeau, venu en Italie oublier la noyade tragique de son frère. Les coureurs italiens oublient que la clé de voûte de l’équipe Renault reste l’incroyable habileté tactique du diabolique duo que forment le directeur sportif Cyrille Guimard et son champion emblématique Bernard Hinault, l’homme qui pérennise les exploits depuis 1977 en Europe. Dans la grande étape du Stelvio, mythe des Dolomite sublimé par le duel Coppi / Koblet de 1953, Bernaudeau et  Hinault font exploser la course. Le maillot rose revient sur les épaules d’Hinault, qui a rendu cette fin de Tour d’Italie synonyme de processus de Darwin, impitoyable sélection naturelle par la force. Chacun s’attend naturellement à ce que le Breton fasse une fois de plus parler la poudre sur les routes de France et de Navarre, mais le doublé Giro /  Tour attendra 1982 pour le Blaireau, victime d’une tendinite au genou. Cela n’empêche pas Hinault de gagner le prologue de Francfort, mais la douleur enfle de jour en jour. Résigné à l’arrivée à Pau, le leader du Losange se réfugie à Lourdes chez son coéquipier Hubert Arbes, quittant le Tour incognito tel Louis XVI fuyant Versailles en 1791 avant d’être rattrapé à Varennes. Jacques Goddet laisse suffisamment du temps au dossard n°1 pour éviter les journalistes, Hinault quittant son hôtel par les cuisines de l’établissement … Joop Zoetemelk récupère le maillot jaune et s’offre, à 34 ans, son bâton de maréchal.

1983, Pascal Simon à la Chapelle Blanche (successeur Laurent Fignon à l’Alpe d’Huez)

La razzia  de Bernard Hinault sur la Grande Boucle prend fin en 1983 après sa deuxième victoire sur la Vuelta. Dans l’étape d’Avila, le Breton émerge en grand vainqueur aux dépens de l’Espagnol Julian Gorospe. Mais ce n’est pas le chant du cygne d’Hinault, blessé au genou mais qui renaîtra de ses cendres tel le phénix en 1985 par un deuxième doublé Giro / Tour. Orpheline du quadruple maillot jaune, l’édition 1983 du Tour de France s’ouvre à toutes les ambitions, de Sean Kelly à Joaquim Agostinho en passant par Laurent Fignon, Joop Zoetemelk, Phil Anderson, Stephen Roche ou encore Lucien Van Impe. La formule Open imaginée par Félix Lévitan pour attirer les meilleurs amateurs d’Europe de l’Est, de Colombie ou d’Amérique du Nord porte mieux que jamais son nom en l’absence du titan des routes. Dans les Pyrénées, la canicule va se charger d’opérer la sélection entre Pau et Bagnères-de-Luchon. Sur le goudron fondu, un trio français s’empare du classement général après cette étape de légende gagnée par l’Ecossais Robert Millar. Nouveau maillot jaune, Pascal Simon devance Laurent Fignon et Jean-René Bernaudeau. Dès le lendemain sur la route de Revel, l’aîné des frères Simon se fracture l’omoplate. La douleur est terrible pour celui qui n’était qu’un second couteau du team Peugeot, derrière Phil Anderson et Stephen Roche. Affaibli, le maillot jaune n’est pas attaqué par ses dauphins durant plusieurs étapes de transition, tout le monde se regarde en chiens de faïence tout en sachant que l’épée de Damoclès finira par tomber sur la tête du malheureux Pascal Simon. On ne tire pas sur une ambulance, c’est bien connu … Mais l’Alpe d’Huez, tel un Everest infranchissable, se dresse face au malheureux Pascal Simon qui n’en finit plus de pousser son rocher de Sisyphe jour après jour. L’infortuné coureur de l‘équipe Peugeot doit abdiquer, la mort dans l’âme, au sommet de la côte de la Chapelle Blanche. Son courage héroïque est salué par tous les observateurs, et jamais Pascal Simon ne se retrouvera à pareille fête durant le mois de thermidor. Nouveau leader du classement général après l’Alpe d’Huez, le jeune espoir Laurent Fignon va contenir les assauts d’Angel Arroyo et Peter Winnen. Lauréat du chrono de Dijon, le coureur francilien légitime son trône, loin d’une imposture puisqu’il battra en 1984 l’homme à qui il succède à la fois au palmarès de l’épreuve et comme leader de l’équipe Renault : Bernard Hinault.

1991, Rolf Sörensen à Valenciennes (successeur Greg LeMond au Havre, pas de maillot jaune entre Valenciennes et le Havre)

Maillot jaune au soir du CLM par équipes de Lyon avec sa formation Ariostea, le Danois Rolf Sörensen exulte, lui qui se révèlera un chasseur de classiques (Liège-Bastogne-Liège 1993, Tour des Flandres 1997). Mais le Scandinave va passer du Capitole à la Roche Tarpéienne plus vite que prévu. Pris dans une chute à Valenciennes, Sörensen se brise la clavicule et va devoir jeter l’éponge, étant hospitalisé très rapidement. C’est Greg LeMond, qui avait tiré la quintessence de la première étape en ligne courue autour de Lyon, qui hérite du maillot jaune dans ces circonstances très spéciales. Mais comme Eddy Merckx en 1971 à Luchon, l’Américain refuse cet honneur. Le triple vainqueur de l’épreuve ne revêtira le maillot jaune que le lendemain, au Havre, quelques jours avant que Miguel Indurain ne fasse passer le peloton sous ses fourches caudines, d’abord dans le CLM d’Alençon, puis dans l’étape du Val Louron, où Greg LeMond subira une terrible défaillance dans les derniers hectomètres du col du Tourmalet. Mais il avait déjà perdu son maillot jaune la veille au profit du jeune espoir français Luc Leblanc, qui connaîtra un des climax émotionnels de sa carrière à Jaca.

1996, Stéphane Heulot au col de la Madeleine (successeur Evgueni Berzin aux Arcs)

L’étape des Arcs restera celle où l’hégémonie de Miguel Indurain prend fin. Victime de son sur-poids tout autant que de l’usure du pouvoir, le Goliath espagnol perd son visage de sphinx impassible et finit l’étape lâché par le groupe des ténors, victime d’une fringale dans les derniers hectomètres. Mais le torrent d’émotion a débuté par le calvaire de Laurent Jalabert, en perdition dans le col de la Madeleine. Comment oublier également les chutes spectaculaires d’Alex Zülle et Johan Bruyneel ? Enfin,  le poignant abandon du maillot jaune Stéphane Heulot (victime d’une tendinite au genou), qui avait conquis la précieuse tunique au Lac de Madine, reste inoubliable et marquera au fer rouge cette journée à nulle autre pareille. Si Indurain a vécu aux Arcs l’équivalent de la terrible défaite de Pra-Loup pour Eddy Merckx en 1975, voir un coureur renoncer en larmes alors qu’il est ceint du maillot jaune a quelque chose de déchirant, d’insupportable, comme si les dieux s’acharnaient à détruire un rêve d’enfant, à casser le plus beau jouet de Noël du cyclisme, à mettre la lampe d’Aladdin aux oubliettes … C’est donc le Russe Evgueni Berzin qui prend le pouvoir aux Arcs, avant que Bjarne Riis ne fasse définitivement main basse sur le maillot jaune deux jours plus tard à Sestrières.

1998, Chris Boardman sur la route de Cork (successeur Erik Zabel à Cork)

Le Tour de France 1998 a une star : l’EPO. L’omerta du peloton vole quelque peu en éclats par la faute de l’affaire Festina. Le public comprend qu’il faudra nettoyer les écuries d’Augias avant de revoir une course propre sans moutons noirs et autres dopés jusqu’à la moelle. L’UCI, via le Ponce Pilate de Lausanne (alias Hein Verbruggen) a tout fait pour protéger ceux qui ont franchi le Rubicon afin de protéger sa poule aux œufs d’or, en l’occurrence le spectacle cycliste. Pour la troisième fois en cinq ans, le rouleur anglais Chris Boardman impose sa férule dans le prologue de Dublin, après Lille (1994) et Rouen (1997). Mais le recordman de l’heure ne va pas longtemps profiter de son maillot jaune. Dès la deuxième étape entre Enniscorthy et Cork, Boardman chute et doit quitter le Tour de France, blessé à la tête. C’est le sprinter allemand Erik Zabel qui prend le maillot jaune à Cork, avant que Bo Hamburger, Stuart O’Grady, Jan Ullrich, Laurent Desbiens, Jan Ullrich encore puis Marco Pantani s’en emparent successivement jusqu’aux Champs-Elysées.

2007, Michael Rasmussen au col d’Aubisque (successeur Alberto Contador au départ de l’étape Pau – Castelsarrasin)

Près de dix ans après le scandale Festina, le cyclisme 2.0 vit encore perché en haut d’une tour d’ivoire, persuadé qu’il a chassé les moutons noirs. Mais le cas de Michael Rasmussen va ramener les optimistes béats à la triste  réalité. Souverain sur la route de Tignes, le Danois est vite pris au piège d’un mensonge sur ses lieux d’entraînement. Chicken Legs avait indiqué à l’UCI être au Mexique mais l’ancien coureur italien Davide Cassani l’a reconnu dans les Dolomites. Quelques années plus tard, Rasmussen expliquera qu’il avait menti pour dissimuler une relation adultérine, et pas seulement sa tricherie en terme de dopage sanguin. La progression fulgurante du trentenaire scandinave par rapport à ses paliers de 2005-2006 ne manque pas d’interpeller les sceptiques, ceux qui doutaient déjà de Lance Armstrong. L’étau se resserre jour après jour sur le maillot jaune du team Rabobank, véritable OVNI qui semble métamorphosé par rapport aux années précédentes. Son exploit dans le chrono d’Albi derrière un autre dopé notoire, Alexandre Vinokourov, scelle son destin. Rasmussen sera cloué au pilori par sa propre équipe pour non respect du code anti-dopage, après une ultime provocation, avoir gagné au sommet du col d’Aubisque. C’est le jeune coureur espagnol Alberto  Contador, vainqueur de Paris- Nice au printemps 2007, qui s’empare du maillot jaune, que Cadel Evans et Levi Leipheimer viendront menacer dans l’ultime CLM entre Cognac et Angoulême.

2015, Tony Martin au Havre (successeur Christopher Froome à Fougères)

Sur le Tour de France 2015, Tony Martin succède comme maillot jaune au Suisse Fabian Cancellara, coureur à qui il a également pris la relève comme meilleur rouleur du peloton (le Bernois ayant gagné 4 titres mondiaux du CLM entre 2006 et 2010, plus 2 titres olympiques de la spécialité en 2008 et 2016, l’Allemand gagnant lui 3 titres mondiaux consécutifs du CLM entre 2012 et 2014). C’est à Cambrai, où il s’adjuge également la victoire d‘étape, que le coureur allemand prend possession de la tunique de leader de la Grande Boucle. Mais dès le surlendemain, Tony Martin déchante en chutant violemment sur la route du Havre. Victime d’une fracture de la clavicule gauche après avoir touché la roue de Bryan Coquard, le maillot jaune doit renoncer en Normandie, et le paletot d’or change d’épaules, revenant sur celles de Christopher Froome, futur vainqueur du Tour 2015, le Kenyan Blanc ruinant tout suspense au sommet de la Pierre Saint-Martin.

  1. avatar
    7 septembre 2016 a 15 h 24 min

    Difficile d’oublier l’abandon d’un maillot jaune, comme le fut pour moi l’image terrible de Stéphane Heulot en 1996 sur la route des Arcs.

  2. avatar
    9 septembre 2016 a 11 h 27 min
    Par skancho

    Merci pour l’article Axel. Moi c’est l’abandon de Rolf Sorensen qui m’a le plus marqué. Pour Simon je savais pas encore faire du vélo, et pour Heulot et Martin, c’est à peine si je me souvenais de ces épisodes. Celui de Rasmussen est assez à part…

    PS : Louis XVI n’a pas fuit Versailles, il a été ramené de force à Paname par les révolutionnaires. Lui se serait bien vu rester dans le palais de ses aïeux…

  3. avatar
    10 septembre 2016 a 8 h 37 min

    Salut Skancho,

    Merci pour Louis XVI, en effet c’était de Paris le départ de cette fuite, ça me fait réviser cet épisode historique ;-)

    Pour Sorensen, j’étais trop jeune, mon premier vrai souvenir (télévisé) du Tour c’est le prologue de Lille en 1994 avec la bombe Boardman …
    J’avais eu la chance de voir l’arrivée sur les Champs Elysées en 1993 à Paris.

    Mais le premier grand souvenir, c’est bien sûr cette étape des Arcs en 1996. C’est ce jour là que je suis tombé amoureux du Tour, l’abandon dramatique d’Heulot et la défaillance du roi Miguel ont participé à forger cette étape mythique, sans parler des mésaventures de Zulle, Jalabert et Bruyneel.

    Oui Rasmussen cas à part, pour Pollentier plus encore puisqu’il n’a même pas porté son maillot jaune en course, exclu le soir même de son arrivée sur le trône du Tour !

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