De 3 à 4 Tours de France au palmarès, des victoires sans transition
Photo Panoramic

De 3 à 4 Tours de France au palmarès, des victoires sans transition

Tous les quintuples vainqueurs de la Grande Boucle ont enchaîné sans problème entre la troisième et la quatrième victoire, seuil qui garantit ensuite l’entrée au panthéon des maillots jaunes ayant pour dénominateur commun d’avoir ramené cinq fois la précieuse tunique à Paris.

Jacques Anquetil 1962-1963

Débarrassé de deux rivaux par le destin en 1960 (mort de Gérard Saint et fin de carrière précipitée pour Roger Rivière), Anquetil a ensuite écrasé le Tour de France 1961 malgré la présence de Charly Gaul. En 1962, Jacques Anquetil impressionne tout le monde lors du chrono entre Lyon et Bourgoin. Sur 68 kilomètres, le Normand porte l’art de l’effort solitaire au pinacle pour conquérir le maillot jaune, effaçant le souvenir de rouleurs d’exception tels que Fausto Coppi ou Hugo Koblet. Maître Jacques force même l’admiration d’Antonin Magne, lorsque son poulain est rattrapé par le phénomène : Garez-vous Raymond, la Caravelle arrive. L’hommage était beau. Triple vainqueur en 1957, 1961 et 1962, Anquetil a donc tué dans l’œuf les velléités françaises de Rudi Altig, son coéquipier allemand. En 1963, Jacques Anquetil revient encore plus fort sur le Tour de France, fort d’un succès dans la Vuelta au printemps. Roi d’Espagne, le coureur normand va prouver ses progrès en montagne, notamment sur la route de Chamonix où il se joue d’un grimpeur virtuose tel que Federico Bahamontes, il est vrai avec une tactique machiavélique de Raphaël Geminiani qui lui permet de contourner le règlement pour changer de vélo au sommet du col de la Forclaz … Impérial durant le mois de juillet 1963, Anquetil dépasse les triples lauréats Philippe Thys (1913, 1914, 1920) et Louison Bobet (1953, 1954, 1955) pour s’offrir seul le record de victoires à l’occasion de la cinquantième édition de la Grande Boucle. Quadruple maillot jaune défiant l’usure du pouvoir, le résident du manoir de Maupassant à Neuville Chant-d’Oisel n’a plus vraiment grand-chose à prouver mais la perspective du doublé Giro – Tour lui fait défendre son titre en 1964. En 1965, en revanche, Anquetil ne commet pas le péché d’orgueil et tente un autre défi digne de Pantagruel, le terrible doublé Critérium du Dauphiné Libéré / Bordeaux-Paris, challenge colossal que lui seul pouvait réussir. Et qu’il réussira, avec un panache et un courage inoubliable.

Eddy Merckx 1971-1972

Nourri au nectar et à l’ambroisie par les fées du destin, Eddy Merckx gagne le Tour de France 1971 après un scénario pourtant défavorable jusqu’aux cols pyrénéens. Luis Ocaña lui a porté l’estocade sur la route d’Orcières-Merlette mais le Cannibale belge exprime son refus viscéral de la défaite en reprenant deux minutes au leader espagnol sur la route de Marseille. Après ce baroud d’honneur vers la cité phocéenne, Merckx porte le combat sur tous les terrains, asphyxiant la course avant même d’arriver sur ses points névralgiques. Plat, cols, descentes, côtes, chronos, tout est exploité pour reprendre du temps à Luis Ocaña, maillot jaune impérial mais qui sera piégé sous la pluie dans la descente du col de Menté. Orphelin de son rival, Eddy Merckx refuse le maillot jaune à Luchon. Sacré triple vainqueur à Paris, le Belge aura mis un point d’honneur à porter le plus haut possible la vitesse moyenne de la course en l’absence du champion espagnol. Devançant largement ses dauphins Joop Zoetemelk et Lucien Van Impe, Eddy Merckx est cependant considéré comme un imposteur par les partisans d’Ocaña. L’Espagnol lui-même promet une revanche pour l’édition 1972, mais celle-ci restera utopique, tant Merckx dominera son sujet pour glaner une quatrième victoire consécutive en autant de participations, sonnant rapidement le glas des espoirs de ses rivaux déclarés. Souverain dans l’Izoard sur la route de Briançon, le Belge devance Felice Gimondi et Raymond Poulidor, tandis qu’Ocaña a dû jeter l’éponge pour la troisième fois en quatre étés. Plus que le maillot jaune, l’enjeu de ce Tour de France 1972 entre Ocaña et Merckx est le sceptre du cyclisme, le titre subjectif de meilleur coureur du peloton, pour savoir qui a les meilleures jambes et les meilleurs poumons parmi la meute des gladiateurs de la petite reine. Jusqu’à preuve du contraire, c’est encore Merckx, qui sort pourtant d’un Giro éprouvant face à Fuente. 1972 est l’apogée du merckisme, l’Everest de son septennat d’insolence (1968-1975), le sommet de la cloche de Gauss, le bilan de l’année est incroyablement riche pour le Belge, jamais l’ADN du Gargantua bruxellois n’a été si bien respecté : Milan San Remo, Flèche Wallonne, Liège Bastogne Liège, Giro, Tour de France, Tour de Lombardie, record de l’heure à Mexico. Seul manque le championnat du monde, perdu à Gap un an après le soleil d’Austerlitz qu’avait été la victoire de Mendrisio qui lavait l’affront d’Orcières Merlette. A 27 ans, Merckx ira ensuite jusqu’à détenir au printemps 1973 les trois maillots distinctifs des trois grands Tours, preuve qu’il était bien seul sur sa planète : Giro 1972 – Tour de France 1973 – Vuelta 1973 – Giro 1973.

Bernard Hinault 1981-1982

Champion du monde en 1980 à Sallanches, Bernard Hinault reprend son bien en 1981 avec une troisième victoire dans la Grande Boucle. Stratosphérique, le natif d’Yffiniac troque rapidement son maillot irisé contre le maillot jaune de leader. Intouchable, le Breton surclasse une concurrence très vite résignée à courir pour les accessits. En montagne comme en contre-la-montre, le Blaireau se révèle le plus fort et c’est avec un gouffre (14’34’’) qu’il devance Lucien Van Impe sur les Champs-Elysées à Paris.  En 1982, Hinault reste seul au monde, et ne risque pas le syndrome de la tour d’ivoire. Echaudé par son échec de 1980 dans la course au prestigieux doublé Giro – Tour, le leader de l’équipe Renault assemble son puzzle par une victoire incontestable dans la péninsule italienne. A son deuxième maillot rose va succéder un quatrième maillot jaune, d’une facilité insolente, la preuve par le nom du dauphin, Joop Zoetemelk, 2e du Tour de France pour la sixième fois depuis 1970. La relève n’est pas prête. Elle est pourtant là, au sein du Losange lui-même, avec un certain Laurent Fignon, rookie qui décrochera la timbale durant l’été 1983, en l’absence d’Hinault. Mais en 1982, le Breton a joué une partition sans fausse note aux airs de requiem pour la concurrence. L’apothéose d’un cinquième maillot jaune attendra cependant 1985, après le divorce de fin 1983 avec Cyrille Guimard et le mariage de raison avec Bernard Tapie. Le chant du cygne d’Hinault n’interviendra qu’en 1986, le roi adoubant son successeur, l’Américain Greg LeMond, challenger qui n’a cessé de monter en puissance depuis ses débuts sur le Tour en 1984.

Miguel Indurain 1993-1994 : en 1993, Miguel Indurain cannibalise vraiment le cyclisme. Sur le Giro, l’Espagnol triomphe une deuxième année consécutive en s’adjugeant le maillot rose. Lors du Tour de France, le colosse de Navarre enchaîne une cinquième course de trois semaines consécutive sans connaître le goût amer de la défaite. Depuis la Vuelta 1991 (2ederrière Melchior Mauri), le Goliath de Banesto n’a jamais trouvé son maître sur l’asphalte. Souverain dans le chrono du Lac de Madine où il reproduit presque les terribles écarts de 1992 au Luxembourg, le champion espagnol est désormais sans rival en haute montagne, où un seul coureur peut le pousser dans ses ultimes retranchements, le Suisse Tony Rominger. Mais le Zougois, piégé en première semaine par un catastrophique chrono par équipes, n’a pas l’ambition de renverser le maitre en 1993. Dommage, car la fièvre qui touche Indurain dans les cols pyrénéens aurait pu aider Rominger à déjouer tous les pronostics. Dauphin du jeune espoir américain Lance Armstrong au championnat du monde d’Oslo, Indurain est ensuite battu par la jeune classe montante au printemps 1994 lors du Giro. Le contraste est saisissant avec la razzia effectuée par Rominger sur la Vuelta 1994, quelques semaines plus tôt. Eclipsé par Evgueni Berzin et Marco Pantani notamment dans les Dolomites, le triple maillot jaune semble engagé sur la voie du déclin, à en croire les plus fins observateurs du cyclisme mondial. Pas dans le grand toboggan, mais sur le seuil décisif. Certains osent même franchi le Rubicon en annonçant un autre favori au départ de Lille pour l’édition 1994 de la Grande Boucle : Tony Rominger. Mais ce dernier va tomber du Capitole à la Roche Tarpéienne en seulement deux étapes. Hégémonique entre Périgueux et Bergerac lors du premier grand CLM, Miguel Indurain dresse ensuite la guillotine entre Cahors et Lourdes-Hautacam. Marco Pantani place la première banderille sous la brume pyrénéenne et seul Luc Leblanc peut ensuite suivre le maillot jaune espagnol, plus fort que jamais. Loin de l’usure du pouvoir et du déclin, le dossard n°1 s’avère époustouflant dès que la pente s’élève. Loin de l’échec, Indurain est au climax de sa carrière en ce mois de juillet 1994, tutoyant la perfection et s’attirant justement tous les superlatifs. Personne ne lui arrive à la cheville, et Rominger pointe déjà à 4’47’’ en seulement deux étapes décisives. L’addition monte à huit minutes après Luz Ardiden, et le Suisse de la Mapei abandonne ensuite, l’organisme en charpie sous l’effet de la canicule qui rend cette Grande Boucle 1994 encore plus darwinienne que les autres. Tony Rominger aura sa revanche à l’automne 1994 sur le vélodrome de Bordeaux, avec un record de l’heure hallucinant où il atomisera la performance d’Indurain (55.291 km pour le Suisse contre 53.040 km pour l’Espagnol). Quadruple vainqueur face à un peloton laminé par une telle maestria, Indurain atteint donc la quadrature du cercle en pleine force de l’âge, à 30 ans. Il termine le Tour 1994 en roue libre à la façon d’un épicier, laissant Ugrumov et Pantani lui reprendre plusieurs minutes sans que jamais son trône implacable ne soit menacé cependant. Plébiscité meilleur coureur du monde, Miguel Indurain pérennise les exploits qu’il tend à banaliser, avec un sang-froid digne d’un sphinx. Le présent lui appartient, l’avenir semble destiné à ce jeune escaladeur prodige italien qui a tant fait parler de lui au Giro comme au Tour, Marco Pantani. Il n’empêchera pas Indurain de conquérir une cinquième fois le Graal en 1995, avant un échec  retentissant en 1996, Banesto étant orpheline de son druide pharmacien Sabino Padilla. Or dans un cyclisme 2.0 soumis à l’omerta et à la loi du Ponce Pilate de Lausanne (Hein Verbruggen), l’EPO reste le talisman vers la victoire, la clé de voûte et le sésame indispensable pour les lauriers parisiens, qui reviennent au Danois Bjarne Riis en 1996.

Lance Armstrong 2001-2002

Débarrassé de Marco Pantani en 2001 par ASO (sous le lobbying de l’US Postal et de l’UCI ?), Lance Armstrong se retrouve face à un challenger de premier choix en la personne de Jan Ullrich. Affuté comme jamais, l’Allemand va cependant exploser mentalement en une seule étape décisive, celle de l’Alpe d’Huez. Bluffé par Armstrong qui simule une journée de galère en queue du peloton des ténors, l’ogre de Rostock n’a pas le cran de sonner l’hallali dans les cols du Glandon et de la Madeleine.  Le Texan, lui, fait passer Ullrich et consorts sous ses fourches caudines du diable dans les premiers lacets de l’Alpe d’Huez. Loin d’une joute d’anthologie offrant des montagnes russes d’adrénaline, la première grande étape du Tour de France 2001 ruine le suspense. Armstrong est imbattable, et le guêpier mis en scène devant les caméras était virtuel, pour économiser ses coéquipiers Heras et Rubiera avant le money time. Tirant la quintessence de sa cadence de pédalage infernale, le rescapé du cancer creuse donc un écart terrible pour le maillot jaune de l’édition 1997. L’épée de Damoclès représentée par le coup de Pontarlier s’évanouit très vite pour Armstrong, tandis qu’Ullrich, tombé de Charybde en Scylla dans l’étape du Pla d’Adet (chute dans la descente du col de Peyresourde), abdique à Luz Ardiden par une reddition symbolisée par une poignée de mains envers son bourreau. Triple vainqueur après cette nouvelle victoire en 2001, Armstrong a en ligne de mire le panthéon des quintuples maillots jaunes. L’Américain poursuit son carré d’as dès 2002 en l’absence de Jan Ullrich et de Marco Pantani. Un seul coureur ose attaquer de front le patron, Joseba Beloki. Mais le Basque est vite remis à sa (juste) place par l’épouvantail du Texas dans le mont Ventoux. Sur les pentes rocailleuses du Géant de Provence,  le maillot jaune impose sa férule avec une aisance qui frise l’irrationnel. Figure de proue de ce cyclisme inhumain soumis à la chape de plomb du dopage, Armstrong réalise la passe de quatre sans grande opposition. Comme Hugo Koblet en 1951, Fausto Coppi en 1952 ou encore Eddy Merckx en 1969, Lance Armstrong a brisé un totem en 2001 comme en 2002, la course n’était pas gagnée à Paris mais bien avant.

Mais d’autres triples vainqueurs ont raté l’ascension de la quatrième marche …

Philippe Thys 1920-1921

Sacré en 1920 après ses sacres d’avant-guerre (1913, 1914), le Belge Thys doit renoncer à ses desseins de quatrième titre dès la deuxième étape de l’édition 1921 entre le Havre et Cherbourg, dont il ne prend pas le départ pour cause de problème de crevaison.

Louison Bobet 1955-1956

Héroïque dans le Mont Ventoux en 1955 sur la route d’Avignon (qu’on lui donne les clés de la ville, avait carrément écrit Antoine Blondin dans L’Equipe) quelques mois après avoir fait retentir la Marseillaise en Allemagne lors du championnat du monde de Solingen fin 1954, Louison Bobet zappe la Grande Boucle en 1956 puis en 1957, tentant de gagner la Vuelta en 1956 (échec) et le Giro en 1957 (échec encore). Vaincu en 1958 dans une équipe de France où il partage le leadership avec Jacques Anquetil, Bobet abandonne ensuite de façon chevaleresque au sommet du col de l’Iseran en 1959, quelques jours après l’ubuesque entrevue de Poigny-la-Forêt, où Marcel Bidot demandait à Bobet et Geminiani de servir de capitaines de routes aux jeunes loups Anquetil et Rivière. C’est finalement l’Espagnol Federico Bahamontes, bien que conseillé par l’ancien vainqueur italien Fausto Coppi, qui fera mouche. Bobet, lui  se reconvertit dans la thalassothérapie après sa carrière fructueuse, ouvrant des centres à Quiberon puis à Biarritz.

Greg LeMond 1990-1991

Vainqueur in extremis en 1990, Greg LeMond semble plus fort que jamais en 1991 au départ de Lyon, malgré la menace Erik Breukink. Mais la myopathie a déjà ses effets sur les muscles du champion californien, qui se trouve confronté à la montée de l’EPO, secret de polichinelle d’un peloton où peu maîtrisent son utilisation pharmaceutique. Sans posséder l’envergure de LeMond, trois imposteurs s’offrent un Eldorado qui leur était totalement inespéré en 1988-1989. Entre un ancien patient de musicothérapie (Bugno), un grimpeur manquant de puissance (Chiappucci) et un pachyderme roulant (Indurain), le podium 1991 ne manque pas de sel. Jeté aux oubliettes de l’Histoire sur les pentes du col du Tourmalet (alias mauvais détour), juge de paix du Tour de France 1991, LeMond se rebiffe et tente plusieurs fois de redorer son blason, avec notamment un crime de lèse-majesté sur les pavés des Champs-Elysées, où le dossard n°1 de l’équipe Z entre seul en tête, violant le pacte de non-agression implicite du peloton qui garantit normalement à l’équipe du maillot jaune de pénétrer dans Paris aux commandes de la meute.

Alberto Contador 2010-2011

Sorti vainqueur d’un duel au couteau contre Andy Schleck à l’été 2010, Contador tente en 2011 le prestigieux doublé Giro – Tour attendu depuis Marco Pantani en 1998. Stellaire en Italie, l’Espagnol arrive diminué dans l’Hexagone où est sifflé par les spectateurs du Puy-de-Fou à la présentation des équipes. Dans l’œil du cyclone après la suspicion sur sa victoire lors du Tour 2010, le pistolero madrilène chute en première semaine et ne retrouvera jamais des sensations pour se battre avec les frères Schleck et Cadel Evans, ni même le surprenant Thomas Voeckler. 5e de ce Tour de France 2011, Contador est ensuite déclassé sur tapis vert de ses victoires au Tour 2010 et au Giro 2011, redevenant seulement double lauréat de la Grande Boucle. Il se vengera par des succès dans les Vueltas 2012 et 2014, mais subira le joug de Chris Froome en 2013 et 2015 sur les routes de France et de Navarre.

Prochain coureur à tenter ce défi colossal de gagner une quatrième fois la plus grande course cycliste du monde, Christopher Froome verra si l’enchaînement 2016-2017 lui permet ensuite de viser le gotha des immortels. Car qui gagne une quatrième fois le Tour de France s’en offre ensuite un cinquième, prenant place dans un cénacle de légendes du cyclisme.

 

Mais Nairo Quintana, Fabio Aru, Romain Bardet, Tejay Van Garderen ou Ritchie Porte seront de farouches adversaires pour le Kenyan Blanc, pour qui l’édition 2017 ne devrait pas ressembler à une promenade de santé.

 

  1. avatar
    7 décembre 2016 a 22 h 41 min

    L’enchaînement 3e / 4e victoire est “logique” au sens où les champions concernés étaient dans la force de l’âge : 28-29 ans pour Anquetil, 26-27 ans pour Merckx, 27-28 ans pour Hinault et 29-30 ans pour Indurain.
    Soit le mélange idéal entre jeunesse physique et expérience tactique.

    On verra si Chris Froome enchaîne en 2017 par une 4e victoire

    Je vois mal Aru, Porte, Van Garderen, Contador, Nibali ou Bardet menacer le Kenyan Blanc, seul Quintana me paraît en mesure de vaincre Froomey sur la Grande Boucle.

    Mais avec les CLM de Dusseldorf et Marseille, Froome aura déjà 1 minute 30 voire 2 minutes de marge sur le Colombien.

    Lequel devra utiliser toutes les occasions pour décramponner le Britannique : Planche des Belles Filles, les Rousses, Peyragudes, Serre Chevalier et Izoard …

  2. avatar
    8 décembre 2016 a 16 h 06 min

    Froome est un peu plus âgé que les autres que tu cites, mais je pense qu’il n’est pas encore en déclin physiquement, et son avantage psychologique est considérable.

  3. avatar
    9 décembre 2016 a 9 h 39 min

    Oui psychologiquement Froome a l’avantage mais Quintana a montré ses qualités sur la Vuelta 2016. Gare à lui quand il est au top.

    Contrairement à 2013 et 2015, Froome n’était pas au top en 2016, il n’a jamais écrasé ce Tour.

    La preuve avec l’épisode du Ventoux qui lui sauve du temps avec l’aide honteuse des commissaires.

    Le ratage de Fabio Aru, l’abandon de Contador, la “maladie” de Quintana tout de meme 3e, la malchance de Porte à Cherbourg, le traditionnel effondrement de Mollema en 3e semaine …
    De plus Nibali et Valverde avaient couru le Giro et venaient plus pour preparer les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro que pour vraiment aider Aru et Quintana chez Astana et Movistar respectivement.

    Bref le Kenyan Blanc a mange son pain blanc en2016 sur le Tour. Il demeure Le grand coureur par étapes de l’après Contador (2007-2011 pour l’Espagnol, 2012-2016 pour le Britannique) mais gare à Quintana qui finira bien par vaincre sur les routes de France et de Navarre.

    Et puis ce serait bien pour la Colombie, ce pays qui a tant fait pour la popularité du cyclisme en Amérique du Sud.

    Ce qui est dommage, c’est qu’on ait jamais eu un vraie baston Contador / Froome sur le Tour, 2014 aurait pu être l’occasion avec en plus un Nibali en grande forme face à eux.

    Tant pis …

  4. avatar
    9 décembre 2016 a 17 h 02 min

    > Ce qui est dommage, c’est qu’on ait jamais eu un vraie baston Contador / Froome sur le Tour, 2014 aurait pu être l’occasion avec en plus un Nibali en grande forme face à eux.

    Oui, dommage en effet, je pense que les deux avaient abandonné, ouvrant la voie à Nibali. À présent je pense qu’on peut affirmer que Contador est un peu trop vieux pour être un “contender” :P sérieux.

  5. avatar
    10 décembre 2016 a 9 h 29 min

    Salut Fabrice,

    Il ne faut pas enterrer Contador car on ne sait jamais en cyclisme, avec un scénario à la Fuenté Dé (Vuelta 2012), pourquoi pas ?

    Imaginons Froome piégé tactiquement et Quintana ne gérant pas la pression du maillot jaune, pourquoi pas ?

    Contador, sur le papier, est le 3e homme du Tour 2017 tout autant que Porte, Aru, Nibali, Yates, Mollema, Pinot ou Bardet.

    Mais rationnellement oui, il a laissé passer ses plus belles chances entre 2013 et 2014.

    Sans la suspension, on aurait pu avoir un Tour 2012 sympa face à Wiggins / Froome, avec Nibali en arbitre, car il y avait du potentiel en montagne (Planche des Belles filles, la Toussuire, Peyragudes).

  6. avatar
    12 décembre 2016 a 17 h 35 min

    Oui Axel, ne l’enterrons pas, mais comme tu soulignes il n’a pas toutes les cartes en main, et devra bénéficier d’une défaillance de Froome.

    Pour Quintana, j’ai l’intuition que Contador serait capable de le piéger tactiquement et de l’amener à craquer. Qu’en penses-tu ?

  7. avatar
    13 décembre 2016 a 15 h 21 min

    Salut Fabrice,

    Quitana est encore un peu naïf sur le plan tactique, il va pourtant falloir qu’il progresse notamment apprendre à courir le Tour sans Alejandro Valverde.

    Froome a bien progressé sur ce plan, alors pourquoi pas le Colombien ?

  8. avatar
    23 décembre 2016 a 10 h 12 min
    Par M. birdy

    Pourquoi pas un jour une réflexion sur la concurrence des quintuples vainqueurs ? Relativement faible pour Hinault ? avec un Zootemelk . Plutôt élevé pour Indurain ? avec Bugno Chiappucci Rominger et Pantani ? Pour Anquetil et Merckx , Poulidor et d autres… ?

  9. avatar
    29 décembre 2016 a 17 h 11 min

    Salut Birdy,

    J’ai écrit 2 articles qui peuvent répondre à ton “besoin”

    - Comparaison des maillots jaunes du Tour avec critère de concurrence parmi d’autres, pas publié je vais te le copier ci-dessous …

    - Radioscopie des sacres des quintuples vainqueurs

    http://yourzone.beinsports.fr/cyclisme-radioscopie-des-quintuples-vainqueurs-du-tour-de-france-81286/

    Pour répondre à ta question, la plus forte concurrence globale sur son quinquennat fut celle d’Eddy Merckx avec Pingeon 1969 mais surtout Ocana 1971 et Poulidor 1974.

    Anquetil est juste derrière avec Bahamontes 1963 et Poulidor 1964.
    Ensuite vient Indurain avec Chiappucci 1992, Rominger 1993 et Zülle 1995, puis Hinault avec seulement Zoetemelk 1978 et 1979 de vraiment coriace, dommage que le Breton n’ait pas eut un vrai duel face à Greg LeMond et Laurent Fignon en 1985 (je ne parle pas des années avec défaite donc 1984 pour le Blaireau).

    Quant à Armstrong, battre Zülle en 1999 aurait été un exploit si le Suisse n’avait pas chuté au passage du Gois en début de Tour de France.
    Reste Ullrich en 2001 et 2003, car Pantani ne fut pas une menace en 2000, pas plus que Beloki, Heras, Vinokourov ou Mayo sur le reste du septennat de l’imposteur texan.

    • avatar
      8 janvier 2017 a 8 h 38 min
      Par M. birdy

      Merci

  10. avatar
    29 décembre 2016 a 17 h 14 min

    Les plus grands maillots jaunes du Tour de France (1903-2015)

    Le Tour de France a déjà connu 102 éditions entre 1903 et 2015. Parmi elles, certaines furent des millésimes exceptionnels en terme de qualité du maillot jaune … Petite revue d’effectif …
    Même l’imposteur Lance Armstrong sera pris dans l’échantillon, car certes le Texan était dopé mais tous ses prédécesseurs également, la seule différence étant qu’avant l’arrivée de l’EPO en 1991, les produits utilisés (amphétamines, corticoïdes et autres anabolisants) étaient moins décisifs pour la victoire finale et le maillot jaune, avant que la boîte de Pandore du cyclisme n’explose en 1998 via l’affaire Festina, libérant les démons conservés sous la chape plomb de l’omerta entretenue par l’organisation du Tour de France (le fameux Tour de la Santé parti de Vittel et voulu en 1968 par Jacques Goddet après le décès tragique de tom Simpson en 1967 au Mont Ventoux, sorte d’ancêtre du non moins hypocrite Tour du Renouveau tel que baptisé par Jean-Marie Leblanc en 1999) et par l’UCI, via le Ponce Pilate de Lausanne Hein Verbruggen, bien décidé à ne pas nettoyer les écuries d’Augias d’un sport gangréné depuis toujours par ce fléau du dopage, sorte de péché originel du cyclisme, tel le destin de Faust soumis à la tentation par Méphistophélès. Pour faire fructifier la poule aux œufs d’or, beaucoup ont fermé les yeux volontairement …
    Chaque maillot jaune nominé sera noté sur un total théorique de 20 points, avec quatre critères chacun noté de 1 à 5 :
    - Les coups d’éclat, avec 1 pour des victoires de très faible valeur et 5 pour des exploits de légende
    - La concurrence, avec 1 pour une opposition très faible et 5 pour une opposition très forte
    - La force de l’équipe, avec 1 pour une équipe trop forte et 5 pour une équipe très faible
    - L’écart, avec 1 pour un écart très faible et 5 pour un écart très faible
    37 vainqueurs ont été sélectionnés, certains comme Fausto Coppi, Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Greg LeMond, Miguel Indurain, Lance Armstrong ou encore Chris Froome étant notés plusieurs fois
    - Gino Bartali 1948 (14 points)
    o Coups d’Eclat (5) : sept victoires d’étape, une trilogie alpestre (Briançon, Aix-les-Bains, Cannes), le natif de Florence a éclaboussé avec panache cette deuxième édition du Tour de France d’après-guerre, dont il gagne les trois classements principaux (général, par points et montagne), exploit seulement égalé par Eddy Merckx en 1969.
    o Concurrence (2) : Louison Bobet trop jeune et donc trop tendre, René Vietto vieillissant et marqué par son échec de 1947, Fausto Coppi absent, le grimpeur toscan n’a pas affronté d’épouvantail, le Français Jean Robic ne pouvant défendre victorieusement son titre. Sans dénigrer la concurrence affrontée en 1948 par Gino Bartali, son dauphin est le Belge Albéric Schotte, avant tout un excellent coureur de classiques
    o Force de l’Equipe (3) : sans Coppi et Magni, les deux meilleurs contemporains de l’Homme de Fer, l’équipe d’Italie n’avait pas de fuoriclasse pour épauler son leader, mais elle n’avait pas à rougir de sa composition face à la Belgique ou la France, avec notamment Giordano Cottur, solide grimpeur qui terminera 3e du mythique Giro 1949 derrière Coppi et Bartali.
    o Ecart Final (4) : avec 26’16’’ d’avance sur son dauphin Brik Schotte, Gino Bartali créé un écart proche de la demi-heure, donc assez grand même pour cette époque révolue du cyclisme des forçats de la route, pour reprendre l’expression d’Albert Londres en 1924.
    - Fausto Coppi 1949 (15 points)
    o Coups d’Eclat (4) : accidenté sur la route de Saint-Malo, Coppi pense avoir perdu le Tour mais va remonter une grande partie de son retard dans le chrono de la Rochelle puis dans les cols pyrénéens, où il impose sa férule avec Gino Bartali. Dans les Alpes, il fait ex-aequo avec Il Vecchio à Briançon, laissant à son coéquipier le maillot jaune le jour de ses 35 ans. Le lendemain, Coppi triomphe à Aoste, en terre italienne, parachevant ensuite sa victoire dans le Tour par un ultime succès dans l’effort solitaire entre Colmar et Nancy. De plus, le rookie Coppi réalise la prouesse de gagner le Tour de France pour sa première participation, ce que Koblet (1951), Anquetil (1957), Gimondi (1965), Merckx (1969), Hinault (1978) et Fignon (1983) vont également reproduire, d’autres coureurs le gagnant à la deuxième (Ullrich en 1997, Contador en 2007) voire troisième participation (LeMond 1986) seulement.
    o Concurrence (5) : le pacte de Chiavari passé avant la Grande Boucle sous l’égide d’Alfredo Binda avait scellé un pacte de non-agression entre Gino Bartali, tenant du titre en France, et Fausto Coppi, tout juste sacré devant son rival et compatriote sur le Giro 1949 après l’étape dantesque Cuneo – Pinerolo. En battant l’expérimenté Bartali, soit le meilleur coureur par étapes évoluant en Europe depuis 1936, Fausto Coppi légitime la valeur de son maillot jaune et donc de son doublé Giro – Tour.
    o Force de l’Equipe (2) : avec Bartali et Coppi, la Squadra Azzurra était de loin la plus forte sur le papier, et cela s’est vu sur le terrain.
    o Ecart Final (4) : pour l’époque, un écart de 10’55’’ n’est pas très élevé, mais compte tenu de la chute du Piémontais en Bretagne et du pacte de non-agression avec Bartali en vigueur jusqu’à la citadelle de Briançon, l’écart finalement creusé par Fausto Coppi est plus qu’exceptionnel, montrant à quel point l’ancien commis-charcutier de Novi Ligure a été stratosphérique !
    - Hugo Koblet 1951 (16 points)
    o Coups d’Eclat (5) : l’exploit de Brive – Agen à lui seul suffit à offrir la note maximale à Hugo Koblet, cette étape serait sûrement plébiscitée comme le coup de Jarnac le plus incroyable de tous les temps. Jamais, avant ou après le Suisse, on a vu un coureur à ce point humilier un peloton, de surcroît sur le plat. Avec cette échappée solitaire mythique, le Pédaleur de Charme avait déjà ruiné le suspense, dressant la guillotine avant les juges de paix traditionnels, les cols des Pyrénées et des Alpes … Tutoyant la perfection ce jour là, Koblet a réalisé le plus grand exploit de tous les temps sur ce Tour de France 1951 qui pourtant proposait le Mont Ventoux au programme, les pentes rocailleuses du Géant de Provence étant inédite sur l’épreuve.
    o Concurrence (3) : Gino Bartali vieillissant (37 ans) et Fausto Coppi loin de son meilleur niveau après le décès de son frère cadet Serse un mois avant le départ de Metz, le Suisse a surtout dû batailler face à ses rivaux français, Raphaël Geminiani et Louison Bobet, le Breton n’étant pas encore à son climax personnel qui arrivera en 1954-1955.
    o Force de l’Equipe (4) : vainqueur du week-end ardennais (doublé Liège-Bastogne-Liège / Flèche Wallonne) au printemps 1951, tenant du titre après son succès de 1950, Ferdi Kubler fait l’impasse sur cette Grande Boucle pour préparer son grand objectif, le championnat du monde de Varèse, où il décrochera le maillot irisé. Sans l’Aigle d’Adliswil, la Suisse d’Alex Burtin est une bonne équipe mais moins forte que l’Italie (Coppi, Bartali, Magni, Pezzi) ou la France (Geminiani, Bobet, Lauredi).
    o Ecart Final (4) : avec 22 minutes d’avance sur Raphaël Geminiani son dauphin, Hugo Koblet dépasse la barre des 20 minutes alors qu’il avait course gagnée dès la première étape des Pyrénées à Luchon … Tout simplement prodigieux, pas étonnantque l’Apollon du vélo se soit attirés tous les superlatifs !
    - Fausto Coppi 1952 (15 points)
    o Coups d’Eclat (5) : dès l’étape de Namur, Coppi montre ses muscles et sonne un premier hallali. Comme Eddy Merckx en 1969, le Héron asphyxie la course avant même ses premiers points névralgiques. Après cette banderille en Wallonie, Coppi porte l’estocade à ses rivaux dans l’étape de l’Alpe d’Huez, où il semble échapper à la gravité. A Sestrières où il prend sept minutes à Ruiz classé deuxième, Coppi sonne le glas des espoirs de la concurrence, jouant une partition sans fausse note aux airs de requiem pour ses rivaux. Le battre est clairement utopique en ce mois de juillet 1952 où il atteint son apogée, à 33 ans, loin de l’usure du pouvoir … Avant une deuxième apothéose parisienne après celle de 1949, le champion italien finit sa razzia par une autre victoire à Pau avant un tout dernier récital, sur les pentes du volcan auvergnat du Puy-de-Dôme, tirant la quintessence de ses dons d’escaladeur virtuose !
    o Concurrence (2) : c’est le point faible de ce cru 1952 orphelin d’un grand fauve face au Campionissimo, avec trois absents de marque : les deux derniers vainqueurs, les Suisses Ferdi Kubler et Hugo Koblet, ainsi que le Français Louison Bobet, prétendant crédible au maillot jaune. Ne restent que Jean Robic, lauréat du Tour en 1947, et un Gino Bartali relégué au rôle de super coéquipier à 38 ans. De là à affirmer que Coppi a battu des fantômes, il y a un pas que personne n’oserait franchir. Mais les deux coureurs qui l’accompagnent sur le podium, le Belge Stan Ockers et l’Espagnol Bernardo Ruiz, ne sont pas restés dans l’Histoire du cyclisme concernant les courses par étapes.
    o Force de l’Equipe (3) : avec Andrea Carrea, Luciano Pezzi, Fiorenzo Magni et Gino Bartali, Coppi peut compter des équipiers très solides, et une Squadra Azzurra à son entière dévotion. Certes, il n’avait pas besoin de cela vu sa supériorité insolente de juillet 1952, mais clairement la forteresse était encore plus imprenable vu l’armada transalpine.
    o Ecart Final (5) : tellement élevé (28’17’’ sur Ockers !) et tellement tôt que Jacques Goddet a dû descendre de sa tour d’ivoire, et annoncer que les primes allouées à la deuxième place de cette édition 1952 étaient doublés. En 1952, Fausto Angelo Coppi avait atteint la quadrature du cercle, lui qui fut nourri par les fées du destin au nectar et à l’ambroisie …
    - Louison Bobet 1955 (12 points)
    o Coups d’Eclat (5) : bien que diminué par des furoncles dans l’étape Marseille – Avignon, Louison Bobet passe à l’offensive sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, afin de troquer son maillot arc-en-ciel contre le maillot jaune. Par son courage et son panache face aux grimpeurs, le champion du monde 1954 provoque l’enthousiasme d’Antoine Blondin le lendemain dans L’Equipe : Qu’on lui donne les clés de la ville ! Par sa victoire magistrale dans la cité papale du Comtat Venaissin, le natif de Saint-Méen-le-Grand incarne l’exploit majuscule qui forge la légende des champions d’exception, ceux qui appartiennent à la caste des dieux séparés des mortels …
    o Concurrence (3) : double vainqueur sortant, Louison Bobet ne peut plus jouer l’effet de surprise et doit assumer la pression du favori, face à l’émergence d’un jeune grimpeur prodige venu du Luxembourg, surnommé l’Ange de la Montagne : Charly Gaul.
    o Force de l’Equipe (2) : en 1955, l’équipe de France est de loin la plus forte du Tour de France.
    o Ecart Final (2) : pour l’époque, l’écart final est très faible (4’53’’) ce qui ne joue pas en faveur de Bobet.
    - Charly Gaul 1958 (15 points)
    o Coups d’Eclat (5) : quatre victoires d’étape dont le chrono du Ventoux mais surtout la chevauchée de la Chartreuse vers Aix-les-Bains sous les vannes célestes, rappelant la précédente épopée dantesque du grimpeur luxembourgeois dans le Giro 1956, sous le ciel apocalyptique du Monte Bondone … Difficile de monter plus haut que Gaul dans l’étape de la Chartreuse, un véritable Everest où le phénix luxembourgeois va renaître de ses cendres après l’étape de Briançon où plus personne ne misait un kopeck sur lui.
    o Concurrence (4) : Jacques Anquetil diminué par une pneumonie, Federico Bahamontes, Louison Bobet, Gastone Nencini ou encore Raphäel Geminiani, beaucoup de coureurs de classe sont présents sur cette édition 1958 partie de Bruxelles, lieu de la fameuse Exposition Universelle présentant son Atomium. A vrai dire, personne ne manquait à l’appel, exception faite de Roger Rivière (recordman de l’heure en 1957 au Vigorelli de Milan) ou Ercole Baldini (vainqueur du Giro 1958).
    o Force de l’Equipe (5) : à l’heure des équipes nationales, Gaul est prisonnier de la faiblesse du Luxembourg, avec pour seul sherpa son fidèle compatriote Marcel Ernzer dans une sélection bicéphale réunissant des coureurs du Luxembourg et des Pays-Bas.
    o Ecart Final (1) : pour l’époque, l’écart final est plus que resserré (3’10’’) ce qui ne joue pas en faveur de Gaul.
    - Jacques Anquetil 1961 (11 points)
    o Coups d’Eclat (4) : maillot jaune de bout en bout pour un cavalier seul très rare, Anquetil a chaussé ses bottes de sept lieues et impose une implacable hégémonie à la grand-messe de thermidor, pour sa deuxième victoire finale après 1957. Vainqueur des chronos de Versailles puis de Périgueux, Jacques Anquetil n’a pas besoin de voltiger en montagne pour acquérir la Toison d’Or.
    o Concurrence (2) : assez faible en l’absence de Roger Rivière (blessé dans les Cévennes en 1960) et surtout de Raymond Poulidor (Antonin Magne le privant de la participation à cette Grande Boucle 1961), et résignée, ce qui inspirera à Jacques Goddet un éditorial au vitriol, Les Nains de la Route. Le courroux du directeur du Tour de France vient du fait que Gaul et consorts ont escamoté la grande étape des quatre cols géants des Pyrénées menant le peloton de Luchon à Pau : Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Aubisque.
    o Force de l’Equipe (2) : l’équipe de France de 1961 (Anglade, Darrigade, Forestier, Mahé, Rostollan, Stablinski) était une machine diabolique, un bulldozer, un rouleau-compresseur, André Darrigade se sacrifiant pour Maître Jacques afin de lui garantir le port du maillot jaune du départ à l’arrivée.
    o Ecart Final (3) : avec 12’14’’ sur l’Italien Guido Carlesi, le Normand est dans la norme de l’époque.
    - Jacques Anquetil 1963 (13 points)
    o Coups d’Eclat (4) : Jacques Anquetil en juillet 1963, c’est une sorte de Goliath dont le violon d’Ingres devient la victoire en montagne face à son rival, l’Aigle de Tolède, alias Federico Bahamontes, battu à Bagnères-de-Bigorre et à Chamonix (certes avec un stratagème machiavélique de son directeur sportif, Raphaël Geminiani). Avec cette quatrième victoire sur les routes de l’Hexagone, le Normand réalise le premier doublé Tour – Vuelta de l’Histoire (doublé aussi réalisé par Bernard Hinault en 1978). On a suffisamment reproché à Jacques Anquetil son ADN calculateur pour ne pas s’extasier devant cette métamorphose de 1963, le gladiateur prenant enfin quelques initiatives dans les cols, ne misant pas que sur sa clé de voûte habituelle de ses succès par étape, en l’occurrence son outrageuse domination dans l’effort solitaire.
    o Concurrence (4) : Federico Bahamontes, plus que Raymond Poulidor, est le véritable contradicteur du triple maillot jaune, qui va cannibaliser cette cinquantième édition et s’approprier le record des victoires avec une quatrième fois les lauriers au Parc des Princes.
    o Force de l’Equipe (3) : avec Jean Stablinski et Louis Rostollan, Anquetil dispose d’une belle équipe chez St Raphäel, mais elle n’a rien d’une invincible armada.
    o Ecart Final (2) : seulement 3’35’’ sur son dauphin espagnol, la marge est assez faible pour l’époque même si elle reste confortable.
    - Jacques Anquetil 1964 (13 points)
    o Coups d’Eclat (4) : figure de proue du cyclisme français depuis 1960, Jacques Anquetil arrive à Rennes pour le départ du Tour après avoir conquis le Giro, sorte de victoire à la Pyrrhus sur tant la campagne italienne a été éprouvante pour ramener le prestigieux maillot rose. Tel son idole Coppi, Anquetil veut réussir le doublé Giro – Tour. Marqué mentalement par l’oracle funeste du mage Belline (qui prédit au quadruple maillot jaune la mort avant Toulouse !), Jacques Anquetil va se montrer opportuniste plus que brillant. Courant en épicier, il va tirer la substantifique moelle de ses dons intrinsèques dans le contre-la-montre, notamment à Bayonne où il profite de la crevaison de l’infortuné Poulidor. Mais c’est surtout à Monaco, sur la piste en cendrée du stade Louis II, qu’Anquetil tire les marrons du feu en exploitant une erreur majeure de Poulidor, qui stoppe son sprint un tour trop tôt, laissant au tenant du titre une précieuse minute de bonification. Après l’épisode fameux du méchoui d’Andorre où il mord le mouton avec un appétit presque aussi colossal que celui qu’il affiche comme Pantagruel des routes de France et de Navarre, Anquetil fait parler son orgueil de champion pour réagir dans la descente du Port d’Envalira, empruntant à tombeau ouvert des trajectoires risquées dans le brouillard, trajectoires qui effrayent le coéquipier Louis Rostollan ! Enfin, au Puy-de-Dôme, Anquetil fait parler son bluff et son courage surhumain pour retarder l’échéance et l’inexorable offensive de Poulidor dans la sillage du tandem des rois des cimes, les Espagnols Jimenez et Bahamontes. Les deux rivaux ne se regardent même pas en chiens de faïence, ils se frôlent roue contre roue, entendant presque le battement de leurs cœurs et leur respiration. Distancé par Poulidor qui s’est trompé de braquet, Anquetil vit la fin de l’étape avec une épée de Damoclès mais il sauve, au courage, sa tunique de leader pour quatorze misérables secondes, ayant réussi à limiter l’hémorragie du temps avant l’ultime épreuve de vérité, le chrono Versailles – Paris, bel épilogue avant un cinquième sacre mérité au Parc des Princes. Par son refus viscéral de la défaite, Anquetil s’est sublimé, transcendé, puisant dans ses ressources avec l’énergie implacable d’un champion.
    o Concurrence (5) : en ce mois de juillet 1964, Raymond Poulidor pousse Jacques Anquetil dans ses ultimes retranchements, donnant du fil à retordre au Normand plus que quiconque auparavant … Excellent grimpeur, le protégé d’Antonin Magne a aussi progressé dans l’effort solitaire. Le Limousin est devenu une sorte d’épouvantail dont la confiance a été renforcée par son succès dans la Vuelta au printemps 1964. En remportant le Tour d’Espagne, Poulidor a changé de statut, montrant qu’il est capable de gagner une course de trois semaines. Reste à faire de même sur la Grande Boucle, où il est toujours rentré bredouille … Il ne faut pas oublier le Picador Bahamontes, certes âgé de 36 ans mais toujours aussi redoutable dès que la pente s’élève, puisque le Castillan ira conquérir une sixième fois le classement de la montagne, sa chasse gardée sur le Tour de France, comme Lucien Van Impe ou Richard Virenque par la suite.
    o Force de l’Equipe (3) : avec Rudi Altig, Louis Rostollan et Jean Stablinski, le quadruple vainqueur de l’épreuve possède une belle garde rapprochée face au camp adverse représenté par Poulidor et Bahamontes.
    o Ecart Final (1) : 55 secondes, à cette époque, c’est du papier à cigarette, un vrai mouchoir de poche, tant cette joue d’anthologie a tenu en haleine tout l’Hexagone, lui offrant des montagnes russes d’adrénaline dans plusieurs étapes (Monaco, Toulouse, Luchon, Bayonne, Puy-de-Dôme).
    - Felice Gimondi 1965 (12 points)
    o Coups d’Eclat (3) : échappé dès le deuxième jour, le jeune Bergamasque, novice du Tour de France dans l’équipe Salvarani, va enfoncer le clou lors de la troisième étape à Rouen, gagnant l’étape et prenant un maillot jaune qu’on pense, à tort, provisoire. Mais Gimondi va prouver sa valeur en gagnant deux chronos à Châteaulin et surtout au Mont Revard en fin d’épreuve, tel un écho à la superbe performance de Poulidor dans le Mont Ventoux, où le coureur lombard se sera défendu avec classe et orgueil. Gimondi n’a pas démérité, mais aucune de ses trois victoires d’étape n’est restée dans la mythologie du Tour de France, sans non plus tomber aux oubliettes pour les historiens de l’épreuve …
    o Concurrence (3) : cette édition de 1965 qui part de Cologne est orpheline du quintuple maillot jaune, Jacques Anquetil, mais pas de celui qui a tenu en 1964 la dragée haute, Raymond Poulidor. Pendant que le Normand est parti tenter le pari déraisonnable d’un doublé sans transition entre le Critérium du Dauphiné Libéré et l’épreuve marathon Bordeaux – Paris ; le Limousin espère franchir le dernier palier le séparant de la plus haute marche du podium. Les grimpeurs ibériques sont aussi présents, l’inoxydable Federico Bahamontes et ses 37 printemps, Julio Jimenez, sans oublier l’Italien Gianni Motta ainsi que trois futurs lauréats de la Grande Boucle : Lucien Aimar (1966), Roger Pingeon (1967) et Jan Janssen (1968).
    o Force de l’Equipe (4) : vainqueur du Giro au printemps 1965, Vittorio Adorni est au départ de Cologne mais abandonne durant la neuvième étape de course. C’est donc sans son meilleur coéquipier que Gimondi gagne la plus grande course du monde à seulement 23 ans.
    o Ecart Final (2) : avec 2’40’’, Felice Gimondi est un vainqueur légitime mais n’a pas non plus dynamité la course.
    - Eddy Merckx 1969 (17 points)
    o Coups d’Eclat (5) : en 1969, Eddy Merckx veut laver l’affront de Savonne (exclusion du Giro pour dopage, apartheid insupportable au champion du monde 1967 faute de preuves), l’espoir populaire est énorme en Belgique où chacun se consume d’impatience à l’idée de voir le futur Cannibale succéder à Sylvère Maes dans le gotha des Belges vainqueurs du Tour de France. Trente ans après 1939, Merckx fera mieux que cela, n’étant éclipsé que par Neil Armstrong et Apollo 11. Même le soleil avait dû s’incliner face au roi Eddy, qui comme Gino Bartali en 1948 cumule maillot jaune, maillot vert et Grand Prix de la Montagne, pour un festin gargantuesque. Autorisé au bénéfice du doute à disputer la Grande Boucle par la FICP, Merckx sera à son zénith, et tout le peloton va passer sous ses fourches caudines, car on parle ici d’un diable au paroxysme de sa puissance, avant le terrible accident du vélodrome de Blois en septembre 1969. On parle d’un coureur qui avait assemblé son puzzle et pouvait rivaliser avec les meilleurs grimpeurs, tel un cosmonaute en apesanteur, tout en éparpillant le peloton sur le plat ou dans les étapes chronométrées. Bref, un Hercule de la route, un Poseïdon capable de fendre l’asphalte à coups de trident, un Keyzer Söze de l’asphalte, toutes les métaphores et les superlatifs y sont passés … Concrètement, Merckx en 1969, c’est un premier coup de massue dans le Ballon d’Alsace, une superbe deuxième place derrière Roger Pingeon à Chamonix malgré une erreur de braquet l’ayant bridé dans le col de la Forclaz, et bien sûr le feu d’artifice de Mourenx digne des plus grands pyrotechniciens, avec huit minutes d’avance à l’arrivée, pour une échappée née d’un démarrage orgueilleux dans les ultimes pentes du col du Tourmalet. Car Eddy Merckx ne voulait pas attaquer, il voulait juste régler ses comptes avec son coéquipier Martin Van den Bossche (partant de chez Faema dans l’optique de la saison 1970). Mais en écrasant les pédales dans le géant pyrénéen, le Bruxellois a fait s’évaporer ses rivaux !
    o Concurrence (3) : importante et dense sur le papier mais pas si menaçante que cela en y regardant de plus près. Il faut se souvenir de l’abandon chevaleresque de Rik Van Looy à Nancy après une ultime victoire d’étape sur le Tour pour l’empereur d’Herentals. Certes, l’ancien roi des classiques ne portait pas Merckx dans son cœur mais ses propos ne sont pas dénués de sens : Il est porbable que Merckx va gagner ce Tour de France, car il est le meilleur. Cependant, vous me permettrez de juger un peu abusives les parallèles qui le jugent comme étant supérieur aux grands coureurs du passé. Je suis persuadé que le Van Looy des années 1962-63-64 lui aurait donné du fil à retordre dans ces étapes. Et je suis également certain que si Anquetil était encore présent, ou Bahamontes, ou même Gaul et Adriaenssens, la victoire ne serait pas acquise à mon compatriote. A mon époque, les coureurs de qualité étaient quand même plus nombreux … La part de l’amertume étant un peu trop radicale dans cette analyse de Van Looy, il fallait admettre que l’effectif n’était pas au diapason de celui du passé. Face à Merckx, on trouve en effet Roger Pingeon, Felice Gimondi mais aussi Raymond Poulidor, Roger de Vlaeminck ou Luis Ocaña, néophyte comme le Belge, son cadet de huit jours (9 juin / 17 juin 1945). Mais pas de Joop Zoetemelk, de Joaquim Agostinho ou de Lucien Van Impe pour ce millésime 1969, sorte de Pétrus 1976 du cyclisme par étapes. De toute façon, à moins d’avoir eu Koblet 1951 ou Coppi 1952 face à lui, Eddy Merckx aurait renvoyé tout autre coureur à une ingrate de condition de simple figurant, de zombie réduit au silence, n’ayant pour seul espoir que le premier accessit, à savoir la deuxième marche du podium …
    o Force de l’Equipe (4) : la Faema de Guillaume Driessens était bien sûr à l’entière dévotion du prodige Merckx, nouvel alpha et omega du peloton cycliste, mais ne possédait pas non plus de joker de luxe capable de mettre échec et mat la concurrence.
    o Ecart Final (5) : avec 17’54’’ d’avance sur Roger Pingeon pour Eddy Merckx, c’est tout simplement un gouffre, le plus grand écart entre un maillot jaune et son dauphin depuis Fausto Coppi en 1952, sorte de baromètre des lauréats et jurisprudence avec 28 minutes de marge sur Stan Ockers.
    - Luis Ocaña 1973 (14 points)
    o Coups d’Eclat (5) : passé du Capitole à la Roche Tarpéienne en 1971 après sa terrible chute dans la descente du col de Menté sous une pluie tragique, Luis Ocaña vient obtenir sa revanche en 1973. L’Espagnol au regard de braise a enfilé le bleu de chauffe et va ridiculiser ses adversaires dans la grande étape alpestre des Orres, seuls Fuente et Thévenet limitant les dégâts. Pour les autres, Zoetemelk en tête, ce sera le déluge après cet Armageddon cycliste. Tel Jupiter du haut de son Olympe, le champion castillan a déchaîné la foudre sur le Tour de France, gagnant la bagatelle de cinq étapes : Gaillard, les Orres, Thuir (CLM), Puy-de-Dôme et Versailles (CLM).
    o Concurrence (3) : deux crocodiles dans un marigot, c’est un de trop, et le fauve Eddy Merckx fait l’impasse sur l’épreuve hexagonale après avoir réussi le doublé Giro / Vuelta au printemps 1973, sans oublier une moisson de succès sur les classiques. Orphelin du Cannibale qui vise ensuite le championnat du monde à Barcelone (perdu face à Felice Gimondi), Luis Ocaña est donc privé d’un duel d’anthologie face au quadruple tenant du titre, mais il reste d’autres outsiders face à l’Espagnol : Raymond Poulidor, José Maria Fuente, Joop Zoetemelk et surtout Bernard Thévenet, qui parvient à maturité, tel un bon vin qui vieillit chaque année.
    o Force de l’Equipe (2) : avec Joaquim Agostinho comme joker de luxe, l’équipe Bic avait fière allure, et Ocaña disposait en montagne du fantastique coureur portugais comme garde-fou face à ses rivaux.
    o Ecart Final (4) : avec 15’51’’ de marge sur son dauphin Thévenet, Luis Ocaña a tué tout suspense dans l’œuf, écœurant ses rivaux dès la première étape décisive de l’épreuve.
    - Eddy Merckx 1974 (13 points)
    o Coups d’Eclat (3) : ce Tour de France 1974 sonne déjà le tocsin pour Eddy Merckx, VIP du peloton mais privé d’un bouquet victorieux sur les classiques de printemps. Loin d’abdiquer, le Belge a pu ramener un cinquième maillot rose sur le Giro, lançant son phénoménal Grand Chelem du vélo que seul Stephen Roche égalera en 1987 : triplé Giro – Tour – Mondial. Dans cette édition 1974, Merckx fait merveille dans la descente du Mont du Chat avant de coiffer Poulidor sur le poteau à Aix-les-Bains, avant de gagner en solitaire à Orléans, faussant compagnie au peloton à quelques kilomètres de l’arrivée. Panache, fougue et courage sont toujours partie intégrante du vocabulaire du roi Eddy, mais rien de comparable aux Himalayas de bravoure que furent les chevauchées fantastiques de Mourenx en 1969 ou de Marseille en 1971.
    o Concurrence (3) : Joop Zoetemelk étincelant depuis le début de la saison déclare forfait après une chute stupide sur le Midi Libre, alors qu’il survolait les débats en 1974 : Paris – Nice, le Tour de Romandie, la Semaine Catalane, le Néerlandais était sur son petit nuage. Après son odyssée victorieuse de 1973, Luis Ocaña ne peut remettre son titre en jeu en 1974, Bic propulsant Joaquim Agostinho en leader de rechange, mais le Portugais ne sera pas au diapason de Merckx. Reste donc Raymond Poulidor, vétéran de 38 ans qui sera finalement le grain de sable pour le Belge, qui cherche à égaler le record des cinq maillots jaunes de Jacques Anquetil.
    o Force de l’Equipe (3) : avec Joseph Bruyère, la Molteni de 1974 possède un homme de confiance pour seconder Merckx. Cela reste une belle équipe sans véritable talon d’Achille, mais sans arme absolue non plus.
    o Ecart Final (4) : avec 8’04’’ de marge sur Raymond Poulidor, Merckx fait moins bien que ses standards de la période 1969-1972, mais cela reste véritablement impressionnant, car le Cannibale se bat sur chaque parcelle d’asphalte, ne laissant pas d’oxygène à la meute des poursuivants attachée à sa perte.
    - Bernard Thévenet 1975 (14 points)
    o Coups d’Eclat (5) : revenu du diable vauvert dans l’étape de Pra-Loup, Thévenet voit Merckx collé au goudron fondu de la montée finale, ne pédalant guère plus vite qu’un facteur de campagne. Le coup de pédale syncopé du champion belge est LA grande image de cette édition 1975, l’inexorable érosion du temps et le déclin venant frapper à la porte du Cannibale, après un septennat d’une domination implacable sur le sport cycliste. Le lendemain, Bernard Thévenet brise définitivement le totem Eddy Merckx en gagnant à Serre Chevalier ceint du maillot jaune, passant seul en tête dans le col de l’Izoard, ayant gardé en mémoire les mots de Louison Bobet qui recommandait de passer en solitaire aux commandes de la course dans la casse Déserte pour rentrer de plain-pied dans la légende du Tour. Avec la force d’un bélier, Thévenet défonce la porte du gotha après son festival dans l’Izoard, qu’il considère personnellement comme plus remarquable que la victoire marquant de Pra-Loup la veille.
    o Concurrence (4) : Eddy Merckx 2e, Lucien Van Impe 3e, Joop Zoetemelk 4e, Felice Gimondi 6e. Ce quatuor a belle allure, il n’y a que des anciens ou futurs maillots jaunes derrière Bernard Thévenet ! Seul bémol, Merckx a été victime du fameux coup de poing d’un spectateur au Puy-de-Dôme. Difficile de ne pas voir dans ce coup du sort un évènement décisif pour la fin de la course, Merckx n’ayant qu’une journée de repos (transfert en avion entre Clermont-Ferrand et Nice) pour récupérer avant la grande étape de Pra-Loup.
    o Force de l’Equipe (3) : avec Jean-Pierre Danguillaume, Jacques Esclassan et Raymond Delisle, l’équipe Peugeot possède de solides équipiers mais pas de Terminator bis capable d’anesthésier toute velléité adverse.
    o Ecart Final (2) : assez réduit avec 2’47’’ mais logique tant Merckx avait dominé la première partie de l’épreuve, entre Charleroi et Clermont-Ferrand !
    - Bernard Hinault 1979 (14 points)
    o Coups d’Eclat (4) : Veni, Vidi, Vici ! 1979 est l’acmé d’Hinault sur le Tour de France, 1980 étant le vrai sommet du Blaireau en carrière, avec ce Liège-Bastogne-Liège gagné sous la neige, ce Giro gagné dans le Stelvio en torpillant les ambitions des coureurs italiens et ce championnat du monde verrouillé un peu plus chaque tour dans la terrible côte de Domancy. En 1979, le tenant du titre veut faire le doublé, et monopoliser tous les bouquets, tel un Rockefeller du peloton jamais rassasié. L’as breton, malgré une conjonctivite, va faire merveille en défense sur la route de Roubaix derrière son challenger Joop Zoetemelk. Dans le chrono en latitude d’Avoriaz, Hinault humilie le peloton et atomise la concurrence. Mais le natif d’Yffiniac avait annoncé la couleur dès le début du Tour. Pas de poker menteur pour Hinault qui dresse la guillotine à Superbagnères puis à Pau dans la foulée. Vainqueur de deux autres chronos à Bruxelles et Dijon, le protégé de Cyrille Guimard tient lui-même à poser la cerise sur son gâteau, gagnant l’étape des Champs-Elysées devant son dauphin Zoetemelk qu’il règle dans un sprint aussi royal que l’échappée en tandem des deux protagonistes. Un seul problème pour Hinault, même son tour de force d’Avoriaz n’a pas suffisamment imprégné la mémoire collective des grands exploits du Tour. C’est cruel, injuste, mais c’est ainsi.
    o Concurrence (4) : Joop Zoetemelk, Joaquim Agostinho, Dietrich Thurau, Hennie Kuipier, dans ce cyclisme orphelin du grand Eddy Merckx depuis mai 1978, le nouvel astre roi ne manque pas d’outsiders pour lui faire mordre la poussière. En vain …
    o Force de l’Equipe (3) : avec Jean-René Bernaudeau, l’équipe Renault possède déjà un bel atout pour assurer la protection de Bernard Hinault, fer de lance du cyclisme français.
    o Ecart Final (3) : malgré sa démonstration de force permanente, Hinault ne gagne qu’avec 3’07’’ de marge sur Zoetemelk, la faute à l’escarmouche des Raleigh sur les pavés du Nord, où Hinault a plié, mais pas rompu, tel Merckx en 1971 à Orcières Merlette derrière Ocaña.
    - Laurent Fignon 1984 (13 points)
    o Coups d’Eclat (5) : loup-garou de juillet comme en 1983, Fignon opère sa mue estivale, et va pérenniser les exploits, enchaînant les strike comme au bowling : clouer le bec d’Hinault entre Alençon et le Mans en CLM, terminer deuxième derrière le phénomène Herrera dans l’Alpe d’Huez, écraser la course à la Plagne puis à Crans Montana. Cinq victoires d’étape, une vraie pêche miraculeuse pour le tenant du titre, qui légitime son titre de 1983 acquis après la blessure de Pascal Simon et en l’absence du tandem Greg LeMond / Bernard Hinault.
    o Concurrence (2) : en trompe l’œil : Bernard Hinault n’a pas encore récupéré de sa blessure au genou contractée après la Vuelta 1983, et Greg LeMond est muselé par son rôle de coéquipier, même s’il aspire à devenir premier violon (l’Américain devra attendre 1986). Sean Kelly reste trop irrégulier en haute montagne, à la façon d’un Laurent Jalabert, tout comme les électrons libres des cols, le Colombien Luis Herrera et l’Ecossais Robert Millar dans les chronos. Du velours pour Fignon.
    o Force de l’Equipe (1) : l’équipe Renault Elf de 1984, c’est une véritable escadrille d’avions de chasse face à des ULM … Avec Greg LeMond, Vincent Barteau, Pascal Jules et Marc Madiot, que de lieutenants de grande qualité pour Laurent Fignon.
    o Ecart Final (5) : avec 10’32’’ sur Bernard Hinault, il faudra attendre 1997 pour voir Jan Ullrich s’en approcher avec 9’09’’ sur Richard Virenque. Mais depuis 1984, plus personne n’a dépassé la barre des 10 minutes.
    - Greg LeMond 1986 (14 points)
    o Coups d’Eclat (4) : après le coup de Jarnac d’Hinault dans le Béarn, Greg Lemond amorce la riposte, tel un diable qui sort de sa boîte. Pas de cheval de Troie ou de tactique façon bluff ou course d’attente, le Californien fait tout exploser sur la route de Superbagnères, du grand art … Quant à l’étape de l’Alpe d’Huez, avec Hinault qui s’est fait une raison après sa défaite de la veille à Briançon, c’est aussi un pur chef d’œuvre où LeMond se fait la belle avec le quintuple vainqueur de l’épreuve, tout le peloton passant à la casserole derrière …
    o Concurrence (5) : c’est un secret de polichinelle, mais Hinault fut le plus redoutable adversaire de LeMond sur le Tour 1986, paradoxe pour celui qui devait être son capitaine ed route ! Certes Bernard Hinault est le coéquipier de LeMond, certes il avait promis de renvoyer l’ascenseur pour respecter le pacte de non-agression contracté avec son jeune équipier pour 1985 et 1986. Mais grisé par la perspective d’un sixième maillot jaune resté utopique pour Anquetil et Merckx, le Breton commet le péché d’orgueil et franchit le Rubicon sur la route de Pau en compagnie de Pedro Delgado. Qu’importe si Laurent Fignon est terrassé à la douzième étape, si Luis Herrera finit dans les profondeurs abyssales de l’anonymat du classement général, il fallait vaincre le grand Hinault en ce mois de juillet 1986, monstre statistique qui restait sur cinq victoires (1978, 1979, 1981, 1982, 1985), une deuxième place (1984), un abandon (1980) et un forfait (1983) depuis ses débuts en 1978.
    o Force de l’Equipe (3) : telle une sélection naturelle de Darwin, le Tour de France est un processus impitoyable, une jungle sans pitié, et à ce jeu, l’équipe La Vie Claire de Paul Koechli et Bernard Tapie, légion invincible en 1986, était plus que redoutable, tel un couteau aiguisé à la perfection. Difficile de mettre 1 comme note cependant dans la mesure où Hinault était maître d’une moitié des équipiers, LeMond ne pouvant guère compter que sur ses deux fidèles lieutenants, Andy Hampsten et Steve Bauer, autres pionniers cyclistes venus d’Amérique du Nord. Mais il faut aussi tenir compte du fait que le reste du peloton avait été vite rayé de la carte des challengers.
    o Ecart Final (2) : seulement 3’10’’ sur Bernard Hinault qui avait légèrement réduit l’écart en gagnant le dernier CLM du Tour 1986 à Saint-Etienne, tel Greg LeMond un an plus tôt au Lac de Vassivière.
    - Greg LeMond 1989 (14 points)
    o Coups d’Eclat (4) : le chrono Dinard Rennes est celui où Greg LeMond renaît de ses cendres, tel un phénix. Mais le CLM final entre Versailles et paris, c’est le soleil d’Austerlitz du coureur californien, sa plus belle victoire de sa carrière. Pierre angulaire de son efficacité, le fameux guidon de triathlète fut décrié mais LeMond n’a jamais lâché mentalement, même quand son handicap de 50 secondes semblait rédhibitoire. De plus, la force émotionnelle de la victoire de LeMond est incroyable, deux ans après ce terrible accident de chasse du lundi 20 avril 1987 à Rancho Murieta. Laissé pour mort, ensuite déclaré perdu pour le cyclisme, catalogué de has been et trop vite relégué aux oubliettes, l’Américain a su revenir au sommet, trois ans après sa victoire de 1986 contre Hinault.
    o Concurrence (4) : Laurent Fignon, tout juste vainqueur du Giro, était de retour au firmament du cyclisme mondial mais Pedro Delgado fut pénalisé par son incroyable erreur au prologue du Luxembourg, partant de la rampe de lancement avec 2’40’’ de retard avant même d’avoir donné son premier de coup de pédale en tant que tenant du titre ! Le lendemain, l’Espagnol déprimé devenait un handicap pour son équipe dans le chrono par équipes. Il est évident que sans ce double coup de théâtre, le Tour de France 1989 n’aurait pas eu la même configuration, avec Delgado en arbitre et Fignon en favori face au rescapé de la mort LeMond.
    o Force de l’Equipe (5) : rarement équipe fut plus faible autour d’un maillot jaune, ADR terminant avec seulement 3 coureurs à Paris ! C’est pour cela que LeMond ne prenait aucune initiative en montagne, ce qui lui valait les critiques acerbes de Laurent Fignon.
    o Ecart Final (1) : les fameuses 8 secondes entre LeMond et Fignon font de ce Tour 1989, pour beaucoup, une sorte de madeleine de Proust à l’effet nostalgique incomparable et surtout inoxydable …
    - Greg LeMond 1990 (11 points)
    o Coups d’Eclat (2) : comme Roger Walkowiak en 1956, Greg LeMond ramène le maillot jaune à Paris sans gagner la moindre étape. Mais la priorité était ailleurs, après le coup de Jarnac du Futuroscope et la fugue de Maassen, Bauer, Chiappucci et Pensec. C’ets une course porusuite gigantesque qui s’engage, et LeMond va tirer les marrons du feu dans l’étape de Saint-Etienne puis à Luz Ardiden, finissant dans la roue de Miguel Indurain. L’épée de Damoclès est presque devenue inoffensive quand l’Américain reprend à son rival toscan Claudio Chiappucci le maillot jaune à l’issue du chrono du Lac de Vassivière, remporté par Erik Breukink. Victime d’une mononucléose au printemps et d’une préparation perturbée (130e du Giro et 10e du Tour de Suisse), le leader de l’équipe Z a donc assuré le service minimum, étant le plus régulier de tous, intelligent sur le plan tactique et ne connaissant aucun jour « sans ».
    o Concurrence (4) : on ne saura jamais si LeMond aurait gagné avec des rôles inversés chez Banesto, soit avec Miguel Indurain leader et Pedro Delgado en super coéquipier. L’équipe espagnole attendra 1991 pour faire du natif de Ségovie le numéro 2 derrière le Navarrais. Moins en verve, Perico laisse le podium à Erik Breukink et Claudio Chiappucci, l’opportuniste du Futuroscope, avec cette fameuse échappée matinale qui avait pris 10’35’’ au peloton entre le prologue et le chrono par équipes … Quant à Gianni Bugno, qui restait sur son état de grâce du Giro (maillot rose porté de bout en bout), il termina 7e avec deux belles victoires d’étape à l’Alpe d’Huez puis à Bordeaux.
    o Force de l’Equipe (2) : l’équipe Z avait fière allure en 1990, avec Ronan Pensec, Gilbert Duclos-Lassalle.
    o Ecart Final (3) : avec 2’16’’ sur Claudio Chiappucci et 2’29’’ sur Erik Breukink, Greg LeMond a une marge confortable, mais acquise sur le tard, surtout sur le surprenant coureur italien.
    - Miguel Indurain 1991 (11 points)
    o Coups d’Eclat (3) : l’Italie est l’Eldorado du dopage mais c’est Sabino Padilla qui va métamorphoser Indurain en nouveau mètre étalon du dopage, un an après sa victoire impressionnante à Luz Ardiden sur le Tour de France 1990, quelques mois après avoir éparpillé la concurrence au Mont Faron dans Paris-Nice. En 1991, Indurain fait la différence par une attaque dans l’étape du Val Louron, s’échappant dans la descente du Tourmalet avant de faire alliance avec Claudio Chiappucci. L’alchimie du tandem est parfaite, le Navarrais vise le maillot jaune, le Toscan la victoire d’étape. Accompagnant Gianni Bugno jusqu’au sommet de l’Alpe d’Huez, le placide Miguel Indurain ne cède aucun pouce de terrain, courant sans panache à la façon d’un ordinateur programmé pour gagner, mais pas plus. Pour les confettis et le feu d’artifice, il faudra repasser …
    o Concurrence (3) : Greg LeMond diminué par la myopathie qui fait effet boomerang dans les cols pyrénéens, Erik Breukink terrassé par l’affaire PDM et un mauvais dosage d’EPO, seuls deux coureurs peuvent contrecarrer les desseins élyséens du champion de Banesto, les Italiens Bugno et Chiappucci, qui eux aussi ont droit à l’EPO en avant-première, avec le bon suivi médical.
    o Force de l’Equipe (2) : avec un sherpa du niveau de Jean-François Bernard, impressionnant de sérénité et de puissance dans l’Alpe d’Huez, Miguel Indurain ne risquait pas grand-chose, sans oublier l’expérience précieuse de Pedro Delgado, ancien leader de Banesto !
    o Ecart Final (3) : avec 3’36’’ sur Gianni Bugno, l’Espagnol possède une marge raisonnable conquise à la pédale, essentiellement dans les chronos et dans l’étape reine du Val Louron.
    - Miguel Indurain 1992 (12 points)
    o Coups d’Eclat (4) : le massacre du Luxembourg est le climax du roi Miguel, qui n’a par la suite qu’à contrôler la course et gérer son capital en bon père de famille, comme vers Saint-Gervais où il garde son sang-froid malgré une offensive très dangereuse de Stephen Roche. Faisant exploser Bugno dans l’Alpe d’Huez, Indurain avait eu une minuscule défaillance dans le money time à Sestrières, mais sans conséquence au classement général, verrouillé plus encore à Blois où l’Espagnol réalise le Grand Chelem des CLM, après ses triomphes à San Sebastian et au Grand-Duché.
    o Concurrence (3) : sous le joug de l’épouvantail Indurain, Claudio Chiappucci a montré qu’il n’était pas un feu de paille après ses podiums de 1990 et 1991. Quant à Gianni Bugno, il surfe sur la vague euphorique née de sa miraculeuse musicothérapie de 1989-1990. Trop limité dans les chronos, Andy Hampsten n’avait aucune chance de soulever le vase de Sèvres sur le podium parisien, pas plus que Greg LeMond qui n’avait pas cédé à la tentation du fruit défendu (EPO).
    o Force de l’Equipe (2) : avec Jeff Bernard, Julian Gorospe et Pedro Delgado, Banesto ressemble toujours à un bastion aussi imprenable que Fort Knox, la réserve d’or américaine. Seule la désobéissance de l’électron libre Armand De Las Cuevas sera un souci pour José Miguel Echavarri dans ce Tour 1992 aux allures de long fleuve tranquille.
    o Ecart Final (3) : avec 4’35’’ sur Claudio Chiappucci, Miguel Indurain a donné un relief particulier à sa victoire, mettant une certaine distance avec son dauphin. Mais rien digne d’un ogre non plus …
    - Miguel Indurain 1993 (12 points)
    o Coups d’Eclat (4) : atteint par une fièvre à partir du milieu de la Grande Boucle (limite atteinte au Pla d’Adet, défaite dans le chrono de Monthléry), le sphinx de Navarre a sorti la kalachnikov dans deux étapes décisives, le chrono du Lac de Madine, à peine moins destructeur qu’en 1992 au Luxembourg, et vers Serre Chevalier, faisant la grande lessive dans le col du Galibier. Plus qu’un rouleur émérite, Miguel Indurain est devenu un champion complet, et il le prouve avec une autorité incontestable.
    o Concurrence (3) : en cette saison 1993 où le professeur Conconi fait lui-même le cobaye pour l’EPO sur les pentes du col mythique du Stelvio dans les Dolomites, la menace la plus sérieuse vient de Suisse alémanique, en la personne du Zougois Tony Rominger, mais ce dernier sera vite désavantagé par le chrono par équipes et la pluie qui gâchera ses chances au Lac de Madine. Le coureur suisse se résignera vite à courir pour la deuxième place, après son doublé à Serre Chevalier et Isola 2000, deux étapes en forme de Berezina pour les anciens rivaux de l’extraterrestre Indurain, Andy Hampsten excepté : Gianni Bugno, Erik Breukink ou Claudio Chiappucci sont tous laminés, en l’absence d’un Greg LeMond proche de la fin de carrière. La conséquence concrète est l’émergence de nouveaux visages, le Polonais Zenon Jaskula, le Colombien Alvaro Mejia, le Danois Bjarne Riis.
    o Force de l’Equipe (2) : c’est l’ultime saison de Pedro Delgado, le natif de Ségovie étant proche de tirer sa révérence à 33 ans. Mais Banesto possède une expérience du Tour qui offre une baraka certaine à son leader incontesté, le roi Miguel.
    o Ecart Final (3) : avec 4’59’’ sur Tony Rominger, le colosse de Pampelune a fait merveille pour limiter tout risque de rébellion dans les cols pyrénéens
    - Miguel Indurain 1994 (13 points)
    o Coups d’Eclat (4) : le Tour de France 1994, dit anti-Indurain au vu de son parcours montagneux, est le stradivarius du coureur espagnol qu’on disait sur le déclin après sa troisième place sur le Giro, battu par Evgueni Berzin et Marco Pantani. L’orfèvre navarrais va écraser la concurrence, balayée tels de vulgaires fétus de paille notamment entre Périgueux et Bergerac dans le premier grand chrono du Tour. Au pays de Cyrano, Miguel Indurain fait peut être encore plus qu’fort qu’à Luxembourg ou Madine, car le 3e est à 4’22’’ (Bugno 3e à 3’41’’ en 1992) et le 2e est à 2’00’’ seulement entre guillemets, mais il s’agit du futur recordman de l’heure Tony Rominger, premier challenger du triple lauréat. Deux jours plus tard, dans la brume de Lourdes Hautacam, Tony Rominger et beaucoup d’autres perdent leurs dernières illusions. Une fois de plus, il faudra se battre pour la deuxième place. Par la suite, on ne peut guère reprocher à Miguel Indurain de courir à l’économie, avec huit minutes d’avance sur Richard Virenque après Luz Ardiden. Tout juste montrera-t-il ses crocs dans le Mont Ventoux, sanctuaire des grands champions où Indurain met un veto à toute offensive adverse, exception faite de Marco Pantani qui s’est envolé vers la cime provençale.
    o Concurrence (3) : la canicule a contribué à séparer le bon grain de l’ivraie dans cette édition 1994 que Miguel Indurain a violemment marqué de son sceau. Greg LeMond loin de ses grandes années, Alex Zülle trop tendre, Tony Rominger réduit au silence après onze jours, Claudio Chiappucci également, Miguel Indurain se retrouve face à un vétéran letton nourri à la potion magique EPO (Piotr Ugrumov chez Gewiss), et un trio de jeunes coureurs aux dents longues, l’Italien Marco Pantani devançant les Français Luc Leblanc et Richard Virenque.
    o Force de l’Equipe (2) : même sans Pedro Delgado, la belle mécanique Banesto reste bien huilée en 1994 pour propulser Miguel Indurain vers le quadruplé, avec Jean-François Bernard, Gérard Rué, Melchior Mauri ou encore Vicente Aparicio.
    o Ecart Final (4) : avec 5’39’’, difficile de faire la fine bouche même si Miguel Indurain a perdu des minutes entière sur Marco Pantani et Piotr Ugrumov, faute de motivation suffisante.
    - Miguel Indurain 1995 (14 points)
    o Coups d’Eclat (5) : le chant du cygne de Miguel Indurain est surtout son plus beau Tour de France pour le quintuplé, la quinte flush du seigneur de Villava. Toujours sans gagner d’étape en ligne, mais avec la manière. Le one-man-show d’Indurain débute sur la route de Liège où il colle une minute à un peloton médusé, seul Johan Bruyneel le devançant à l’arrivée dans la final de la côte des Forges. Le lendemain, rebelote, Indurain l’emporte entre Huy et Seraing sur son célèbre Pinarello. Mais le conquistador n’en a pas fini avec son festin, derrière Alex Zülle échappée depuis le Cormet de Roselend, le titan de Banesto se mue en guerrier du chaos dans la longue rampe menant le peloton à la Plagne. Après lui, le déluge. Ruines et désolation, victoire utopique pour les rivaux du maillot jaune qui défend parfaitement son capital dans l’Alpe d’Huez derrière un Pantani victorieux. Seule l’étape de Mende offre des frissons à Banesto prise de panique derrière la maestria tactique des ONCE de Jalabert. Et comme pour parfaire son chef d’œuvre, le monstre d’Espagne pulvérise une dernière fois ses concurrents au Lac de Vassivière, pour son avant-dernière apparition en maillot jaune, sa seconde peau.
    o Concurrence (4) : seuls Piotr Ugrumov, 2e en 1994, et Luc Leblanc, champion du monde en titre, manquent à l’appel. Pour le reste, ils sont tous là, de Marco Pantani à Richard Virenque en passant par Evgueni Berzin, Tony Rominger, Bjarne Riis ou encore Alex Zülle. Mais aucun ne va évoluer à son meilleur niveau durant ce Tour de France 1995, exception faite du champion du Danemark, son coéquipier chez Gewiss, Evgeni Berzin, devant même jeter l’éponge dans l’Alpe d’Huez.
    o Force de l’Equipe (2) : avec Gérard Rué et Vicente Aparicio, Banesto reste une redoutable formation sous l’égide du tandem Unzue / Echavarri, difficile à prendre de court. Comme dans les western-spaghettis de Sergio Leone, on attend le plus longtemps possible pour écraser les pédales, un tempo suffit avant de dégainer …
    o Ecart Final (3) : avec 4’35’’ sur Alex Zülle, Miguel Indurain se situe dans sa propre norme, mais rien de démentiel, le dénominateur commun de chaque maillot jaune conquis par l’Espagnol étant une marge comprise entre 3’30’’ et 5’40’’, confortable donc mais pas luxueux ni terrifiant.
    - Bjarne Riis 1996 (10 points)
    o Coups d’Eclat (3) : on sait depuis Mathusalem que Riis était gavé d’EPO comme une oie à l’été 1996, mais qui ne l’était pas en plein âge d’or de cet élixir de puissance ? A Sestrières et Lourdes Hautacam, l’aigle danois s’envole et domine le reste de la meute qui n’a que ses yeux pour pleurer. Et à Pampelune, c’est contre un pactole qu’il cède les lauriers à Laurent Dufaux, avant de rendre une accolade magnanime à Miguel Indurain, régional et grand vaincu de l’étape.
    o Concurrence (4) : grièvement blessé à l’automne 1995, Marco Pantani est absent. Tout le reste du gratin mondial du cyclisme par étapes est là : Indurain, Zülle, Rominger, Jalabert, Olano, Virenque, Leblanc, Escartin, Dufaux, Berzin … Pour Indurain, le véritable Golgotha sera Lourdes Hautacam, quelques jours après que les masques soient tombés aux Arcs puis à Val d’Isère. Tombant de Charybde en Scylla, l’Espagnol laisse à Richard Virenque le rôle d’outsider derrière Bjarne Riis qui marche sur l’eau avec la Deutsche Telekom. Quant à Tony Rominger, ses 35 printemps commencent à peser, alors qu’Abraham Olano manque de vécu sur la Grande Boucle.
    o Force de l’Equipe (2) : avec Udo Bolts et surtout le prodigieux néophyte Jan Ullrich, la Telekom de 1996 était une belle cohorte de soldats armés pour aller conquérir le sceptre à Paris, sorte de bâton de maréchal pour l’ancien porteur d’eau de Laurent Fignon, 32 ans.
    o Ecart Final (1) : avec seulement 1’14’’ de marge sur son équipier Jan Ullrich, le Danois est proche d’exploser entre Bordeaux et Saint-Emilion. Sur la route des vignobles, Riis nous offre un cru plus proche de la piquette que du Pomerol, concédant 2’18’’ à son joker allemand, vite qualifié de nouveau Merckx tant ses dons intrinsèques sont grands.
    - Jan Ullrich 1997 (14 points)
    o Coups d’Eclat (4) : le cyborg est-allemand entre dans l’aréopage des maillots jaunes par la très grande porte : victoire à Arcalis avec une insolente facilité en semant deux grimpeurs (Pantani et Virenque) sans se mettre en danseuse, carnage à Saint-Etienne lors d’un chrono où Ullrich s’offre le luxe de reprendre son dauphin Virenque, restant en point de mire de l’idole des foules d’Hexagone, contaminée par la Virenquemania. Par la suite, Ullrich laisse Pantani gagner à l’Alkpe d’Huez, vend sa victoire à Courchevel à Richard Cœur de Lion, et perd de peu contre Olano à Eurodisney (excès de cortisone), après une frayeur dans les Vosges pour cause d’intoxication alimentaire.
    o Concurrence (2) : assez faible en y regardant de près, car Miguel Indurain est à la retraite, Lance Armstrong en convalescence et Marco Pantani (3e) encore en manque de compétition, tandis qu’Alex Zülle et Tony Rominger doivent vite abdiquer. Restent donc Richard Virenque et ses Festina, un Laurent Jalabert complètement cuit physiquement (calendrier démentiel imposé par Manolo Saiz chez ONCE), Abraham Olano médiocre escaladeur, Fernando Escartin et José Maria Jimenez trop limités dans les CLM, et un Francesco Casagrande en manque d’expérience.
    o Force de l’Equipe (3) : certes, la Festina de Bruno Roussel était encore supérieure à cette Telekom, mais les hommes de Walter Godefroot avaient, avec Udo Bolts et surtout le dossard n°1 Bjarne Riis, de quoi protéger Jan Ullrich des assauts de Virenque et Pantani.
    o Ecart Final (5) : avec 9’09’’ dans le cyclisme moderne, Jan Ullrich réussit un véritable tour de force, personne n’a fait mieux depuis … Et il faut remonter aux 10’32’’ de Laurent Fignon en 1984 pour trouver plus grand écart entre le roi et son dauphin … Respect.
    - Marco Pantani 1998 (14 points)
    o Coups d’Eclat (5) : dans sa quête du Graal, Marco Pantani commence d’abord par une banderille pour épuiser le taureau allemand dans le Plateau de Beille. Le chef d’œuvre du grimpeur italien survient vers les Deux Alpes, sous la pluie, où Il Pirata part de loin, dans le col du Galibier. Le reste appartient à l’Histoire avec un grand H, tandis que Jan Ullrich se noie, au sens propre comme au sens figuré. Le lendemain, l’Allemand et l’Italien croisent le fer sur la route d’Albertville, avant une héroïque résistance de Pantani dans le CLM final, le leader de Mercatone Uno réussissant le doublé Giro – Tour, tel Indurain en 1992 et 1993.
    o Concurrence (2) : Lance Armstrong absent lors de sa saison de come-back, Jan Ullrich dauphin en dents de scie après une préparation bâclée, les Festina (Richard Virenque, Alex Zülle, Laurent Dufaux) hors course dès la Corrèze en tant que moutons noirs sur qui on jette l’opprobre du dopage, Laurent Jalabert incapable de confirmer la belle tendance pyrénéenne dans les Alpes, Abraham Olano contraint à l’abandon avant le Plateau de Beille, Fernando Escartin pris dans la mutinerie des équipes espagnoles à Aix-les-Bains (ONCE, Banesto et Kelme claquent la porte du Tour), il ne reste donc que Bobby Julich, joker de Casagrande chez Cofidis après l’abandon du coureur italien entre Pau et Luchon, et Michael Boogerd. Ainsi que le Jan Ullrich de Corrèze et du col de la Madeleine, quand Docteur Jekyll avait décidé avec orgueil de faire oublier le camouflet reçu par Mister Hyde la veille aux Deux Alpes.
    o Force de l’Equipe (4) : la Mercatone Uno en 1998, ne faisait vraiment pas figure de bulldozer, avec des coureurs d’expérience comme Roberto Conti, Massimo Podenzana ou encore Mario Traversoni. Mais le Pirate partait à l’abordage sans être couvert par un autre coureur d’envergure.
    o Ecart Final (3) : avec 3’21’’ d’avance sur Jan Ullrich, Marco Pantani n’a pas écrasé ce Tour de France 1998, mais comment pouvait –il en être autrement en concédant plus de 7 minutes cumulées au champion allemand dans les épreuves chronométrées ?
    - Lance Armstrong 1999 (13 points)
    o Coups d’Eclat (5) : après une préparation parfaite par le docteur Ferrari et un ravitaillement aux petits oignons via le fameux Motoman, ce Tour 1999 est une véritable promenade de santé pour Lance Armstrong qui démarre sur les chapeaux de roue au Puy-du-Fou, avant de ruiner le suspense dans le chrono de Metz puis par sa victoire en jaune à Sestrières. L’exploit du Piémont alimente la suspicion mais le Texan finit en trombe au Futuroscope, mettant un point d’honneur à battre son dauphin Alex Zülle, comme pour contredire ces détracteurs. Le Monde et L’Equipe lui jettent l’opprobre mais L.A. préfère parler d’histoire vraie et authentique, pas de fiction à la Disney ou Hollywood. On connaît la suite …
    o Concurrence (2) : en l’absence de Laurent Jalabert mais surtout de Jan Ullrich et Marco Pantani, Lance Armstrong a vu beaucoup de challengers perdre leurs chances assez vite : Bobby Julich contraint de renoncer après une chute dans le chrono de Metz, Alex Zülle broyé par le passage du Gois où il perd 6 minutes donc toute chance de maillot jaune à Paris, Abraham Olano brisé mentalement à Metz en se faisant rattraper par Lance Armstrong, Michael Boogerd hors de forme, Alexandre Vinokourov hors de forme, Pavel Tonkov contraint à l’abandon après les Pyrénées, ne restaient donc que les grimpeurs Ivan Gotti, Richard Virenque, Laurent Dufaux et Fernando Escartin.
    o Force de l’Equipe (3) : bien que rapidement orphelins de Jonathan Vaughters, les US Postal de Johan Bruyneel avaient la potion magique et le suivi du docteur Ferrari. Mais l’équipe américaine manque encore d’expérience, ce n’est pas encore le grand train bleu de la période 2002-2004. Il y a cependant le talent de Tyler Hamilton, l’expérience d’Ekimov et Andreu, la puissance de George Hincapie pour protéger Lance Armstrong des initiatives adverses.
    o Ecart Final (3) : certes de 7’37’’ mais à la pédale, Lance Armstrong n’a pris que 1’34’’ à son dauphin Alex Zülle : 5’’ au Puy-du-Fou, 58’’ à Metz, 31’’ à Sestrières (plus 8 de bonifications) et 9’’ au Futuroscope de Poitiers.
    - Lance Armstrong 2000 (13 points)
    o Coups d’Eclat (4) : tel un shérif qui force la porte du saloon, Lance Armstrong asphyxie la course et ne laisse aucune place à ses adversaires. Au top de sa forme dès le prologue du Futuroscope, le Texan de l’US Postal sort les griffes dans la brume de Lourdes Hautacam. Puis il enfonce le clou sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux où il offre un cadeau empoisonné à Marco Pantani, avant de gérer à Briançon et Courchevel. Sa défaillance de Joux-Plane sur la route de Morzine est oubliée quand le maillot jaune gagne le chrono de Mulhouse à une allure supersonique.
    o Concurrence (3) : en trompe l’œil car Robert Heras et Santiago Botero manquent d’expérience chez Kelme, Alex Zülle est rattrapé par le déclin, Marco Pantani manque cruellement de compétition (ayant repris la compétition seulement au Giro), Jan Ullrich a bâclé sa préparation printanière, Joseba Beloki découvre le Tour en tant que rookie … Quant à Abraham Olano et Laurent Jalabert, ils finissent dans le gruppetto. Fernando Escartin ne peut reproduire sa grande performance de 1999 (3e) et
    o Force de l’Equipe (2) : Cédric Vasseur a rejoint l’US Postal qui a encore gagné en expérience, et sera la seule formation à terminer le Tour de France 2000 au complet, tout sauf un hasard …
    o Ecart Final (4) : c’est un gouffre qui sépare Lance Armstrong de Jan Ullrich, avec la bagatelle de 6’02’’ à l’avantage du champion américain, qui a cependant perdu 1’35’’ à Morzine !
    - Lance Armstrong 2001 (16 points)
    o Coups d’Eclat (5) : c’est un véritable monopole pour Armstrong qui ne desserre l’étau qu’une fois le coup de Pontarlier totalement renvoyé aux oubliettes de l’Histoire de cette édition 2001. Le coup de bluff de l’Alpe d’Huez est un chef d’œuvre tactique qui piège les Telekom de Jan Ullrich. Armstrong passe la deuxième couche dans le chrono en altitude de Chamrousse, avant d’entamer la trilogie pyrénéenne fort d’une confiance au zénith : le Texan grappille encore quelques secondes à Ullrich dans le Plateau de Bonascre avant de terrasser l’Allemand, pourtant magnifique dans son baroud d’honneur, à Saint-Lary Soulan. Après l’enterrement du Pla d’Adet, c’est la fameuse paix des braves de Luz Ardiden, Ullrich tendant sa main vers le maillot jaune en forme de reddition, quelques jours avant de prendre une valise dans le grand CLM de Saint-Amand-Montrond, étant même battu par l’Espagnol Igor Gonzalez de Galdeano.
    o Concurrence (4) : Jan Ullrich est à son meilleur niveau comme en 1997, mais pour le reste c’est le désert derrière les deux titans : Marco Pantani non sélectionné avec Mercatone Uno, Christophe Moreau hors de forme et devant abandonner sur la route d’Ax les Thermes, Andreï Kivilev menace trop provisoire après le coup de Pontarlier, Oscar Sevilla en mode « novice » et Santiago Botero qui plafonne avec Kelme tout comme Joseba Beloki chez ONCE, et surtout Roberto Heras phagocyté de Kelme vers l’US Postal à l’intersaison 2000-2001, coup magistral porté à la concurrence par Lance Armstrong et Johan Bruyneel …
    o Force de l’Equipe (3) : le seul bémol est la forme moyenne de Roberto Heras, recrue phare de l’US Postal qui remplace le traître Kevin Livingston parti chez Telekom. Mais Rubiera et les anciens du train bleu font le job, d’Hincapie à Ekimov en passant par Hamilton.
    o Ecart Final (4) : avec 6’44’’ sur Jan Ullrich, avatar moderne de Poulidor, Lance Armstrong a surclassé son rival allemand. L’ogre de Rostock a été dominé dans tous les compartiments du jeu par celui qui égale les trois victoires de son compatriote Greg LeMond.
    - Lance Armstrong 2002 (12 points)
    o Coups d’Eclat (4) : une moto dans le Ventoux, une cadence infernale dans la Mongie et le Plateau de Beille, une ultime victoire dans le chrono du Beaujolais pour parachever ce quatrième succès de rang, Lance Armstrong a survolé l’édition 2002, avec pour seule déception la défaite dans le chrono de Lorient face au futur champion du monde du CLM, Santiago Botero.
    o Concurrence (2) : Jan Ullrich forfait après le guêpier d’un contrôle à la cocaïne et d’un accident dans sa Porsche, Marco Pantani une nouvelle fois boycotté par Jean-Marie Leblanc, il reste donc Oscar Sevilla, Andreï Kivilev, Christophe Moreau, Santiago Botero et Joseba Beloki face au Pantagruel d’outre Atlantique. Seul le Basque va tenir son rang, ainsi qu’un surprenant suceur de roue venu de Lituanie : Raimondas Rumsas.
    o Force de l’Equipe (2) : Fl

    • avatar
      8 janvier 2017 a 8 h 37 min
      Par M. birdy

      Très complet Merci

      • avatar
        8 janvier 2017 a 8 h 47 min
        Par M. birdy

        L’ équipe Z de 1990 était vraiment très forte ou en tout cas a maîtrisé de bout en bout ce tour. En plus de Duclos et Pensec, ajoutons Millar Boyer Simon Cornillet Kvasvoll pour la montagne et Lemarchand

        • avatar
          9 janvier 2017 a 10 h 37 min

          Salut M.Birdy,

          Oui on peut citer l’épisode de Marie Blanque en 1990 où Gilbert Duclos Lassalle fut d’une précieuse à son leader américain chez Z

          Sans oublier Pensec qui joua bien le coup au Futuroscope, ce qui mettait LeMond dans de meilleures conditions que les autres favoris (Delgado, Breukink, Fignon et Bugno) vis à vis de l’échappée des 4 matinaux …

  11. avatar
    29 décembre 2016 a 17 h 14 min

    - Lance Armstrong 2002 (12 points)
    o Coups d’Eclat (4) : une moto dans le Ventoux, une cadence infernale dans la Mongie et le Plateau de Beille, une ultime victoire dans le chrono du Beaujolais pour parachever ce quatrième succès de rang, Lance Armstrong a survolé l’édition 2002, avec pour seule déception la défaite dans le chrono de Lorient face au futur champion du monde du CLM, Santiago Botero.
    o Concurrence (2) : Jan Ullrich forfait après le guêpier d’un contrôle à la cocaïne et d’un accident dans sa Porsche, Marco Pantani une nouvelle fois boycotté par Jean-Marie Leblanc, il reste donc Oscar Sevilla, Andreï Kivilev, Christophe Moreau, Santiago Botero et Joseba Beloki face au Pantagruel d’outre Atlantique. Seul le Basque va tenir son rang, ainsi qu’un surprenant suceur de roue venu de Lituanie : Raimondas Rumsas.
    o Force de l’Equipe (2) : Floyd Landis remplace Tyler Hamilton, et contrairement à 2001, Roberot Heras évalue à son véritable niveau… Sans doute l’une des meilleures US Postal durant le septennat d’imposture du stakhanoviste Armstrong, qui marque au fer rouge l’asphalte de France et de Navarre …
    o Ecart Final (4) : avec 7’17’’ de retard sur Lance Armstrong à Paris, Joseba Beloki n’a pas vraiment existé dans ce Tour de France 2002. Mais comment pouvait-il en être autrement).
    - Lance Armstrong 2003 (10 points)
    o Coups d’Eclat (3) : ombre du tyran despotique à l’Alpe d’Huez, passant à travers champ vers Gap après la chute de Beloki, Lance Armstrong frôle la correctionnelle dans les Pyrénées après un douloureux camouflet derrière Jan Ullrich dans la fournaise du Gers, sur la route de Cap Découverte. La canicule des Pyrénées empêche Armstrong de se refaire vers le Plateau de Bonascre et Loudenvielle. Ullrich hypothèque ses chances par une attaque qui fera pschitt dans le Tourmalet, et c’est dans Luz Ardiden, sous la brume, qu’Armstrong retrouve ses jambes et le feu sacré, c’est au mental, avec ses tripes et la rage chevillée au corps, que le leader de l’US Postal va chercher l’écart décisif qui le maintiendra à l’abri de l’ogre de Rostock avant le chrono final Pornic – Nantes. Cette fulgurance de Luz Ardiden permet au Texan de gagner son cinquième maillot jaune, et de rejoindre le club des légendes, Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain.
    o Concurrence (4) : le phénix Ullrich avait été pénalisé par des douleurs gastriques dans l’Alpe d’Huez tandis que le redoutable Joseba Beloki chute dans l’étape de Gap sur du goudron fondu, sans oublier la claviculée brisée de Tyler Hamilton à Meaux. Sans cela, pas certain que L.A. aurait gagné son cinquième Tour en 2003. Alexandre Vinokourov et Iban Mayo ont également donné du fil à retordre à l’Américain dans ce mois de juillet complètement fou. Quant à Gilberto Simoni et Santiago Botero, ils ont totalement déçu alors qu’ils étaient désignés parmi les favoris. Mais l’effet underdog devra encore attendre, c’est le bandwagon qui gagne encore une fois en juillet.
    o Force de l’Equipe (2) : sans l’US Postal, Armstrong n’aurait sans doute pas gagné ce Tour du Centenaire, car sa formation l’a déjà aidé dans le chrono par équipes, épreuve qu’elle gagnera ensuite en 2004 et 2005.
    o Ecart Final (1) : avec seulement 1’01’’ d’avance sur Jan Ullrich, Lance Armstrong n’a pas survolé ce Tour 2003 où Alexandre Vinokourov se situe aussi en-dessous des 6 ou 7 minutes traditionnellement glanées par le champion du monde d’Oslo en 1993.
    - Lance Armstrong 2004 (14 points)
    o Coups d’Eclat (4) : avec cinq victoires d’étape et un sixième maillot jaune consécutif (exploit resté utopique pour Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain), Lance Armstrong réussit le coup parfait à près de 33 ans, alors que certains le donnaient battu suite à sa défaite sur le Dauphiné Libéré. Mais le Texan avait juste géré son pic de forme en vue de la coriace troisième semaine du Tour 2004, qui s’apparente à une boulimie incontrolâble après la deuxième place de la Mongie derrière Ivan Basso et la victoire du Plateau de Beille : acte I à Villard-de-Lans, acte II dans le chrono en altitude de l’Alpe d’Huez, acte III au Grand Bornand, acte IV dans le CLM de Besançon. La note maximale ne peut être atteinte au vu du comportement mafieux de l’Américain sur la route de Lons-le-Saunier, où il se livre à une vendetta personnelle contre le coureur italien Filippo Simeoni, témoin clé contre le docteur Ferrari dans le cadre du procès de ce dernier, cheville ouvrière des succès du leader de l’US Postal. Mais malgré ce bilan impressionnant, il manque le petit supplément d’âme
    o Concurrence (3) : A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire, disait Pierre Corneille dans Le Cid. On ne peut pas dire qu’Armstrong fut épargné par la concurrence en 2004, avec Jan Ullrich, Iban Mayo, Roberto Heras, Tyler Hamilton en outsiders, et finalement le tandem Ivan Basso / Andreas Klöden comme hommes en forme qui accompagneraient le Texan sur le podium. Seul manquait au départ du Tour l’électron libre de la T-Mobile, le Kazakh Alexandre Vinokourov, blessé au Tour de Suisse. Mais Ullrich est hors du coup, Mayo vite rayé de la carte des prétendants au titre après les pavés du Nord, Hamilton et Heras déçoivent. Sur le papier, la concurrence était énorme, sur le terrain, seuls Basso et Klöden ont vraiment réussi leur Grande Boucle derrière l’ogre texan.
    o Force de l’Equipe (2) : l’US Postal en 2004, c’est une garde prétorienne sous la direction de Johan Bruyneel, avec Floyd Landis, George Hincapie, Vlatcheslav Ekimov à l’entière dévotion du dossard n°1.
    o Ecart Final (5) : avec 6’19’’ sur son dauphin Andreas Klöden, Lance Armstrong retrouve ses standards habituels après l’exception de 2003, Tour gagné avec seulement une minute de marge sur Jan Ullrich.
    - Lance Armstrong 2005 (11 points)
    o Coups d’Eclat (3) : rattraper Jan Ullrich parti une minute avant lui dans le chrono initial de Noirmoutier est sans doute l’image la plus forte du septennat de l’usurpateur Armstrong. Par la suite, le Texan applique ses classiques : une grosse claque pour ses rivaux dans la première étape de montagne à Courchevel, puis une gestion dans les Pyrénées, avant de gagner le chrono final à Saint-Etienne, afin de légitimer son maillot jaune, le septième consécutif. Enfin, Armstrong conclut dimanche 24 juillet 2005 sur le podium parisien par le fameux discours aux cyniques. Presque un mois plus tard jour pour jour, le mardi 23 août 2005, L’Equipe publie son fameux scoop avec cette une demeurée célèbre : Le Mensonge Armstrong.
    o Concurrence (3) : Ivan Basso qui progresse encore, Jan Ullrich à peine plus compétitif qu’en 2004, Alexandre Vinokourov moins tranchant qu’en 2003, Cadel Evans et Levi Leipheimer bien trop tendres tout comme Floyd Landis devenu leader de Phonak ou Michael Rasmussen trop faible dans les chronos. Exception faite du coureur italien de la CSC, personne n’était vraiment capable de suivre Armstrong en montagne, même si Basso fut balayé comme la plupart des ténors à Courchevel, seuls Valverde et Rasmussen accompagnant le leader de Discovery Channel jusqu’au sommet.
    o Force de l’Equipe (2) : le nom a changé mais pas la puissance, malgré le départ de Floyd Landis. Sponsorisée par Discovery Channel, l’ancienne formation US Postal reste une Dream Team, avec notamment Paolo Savodelli, George Hincapie, José Azevedo, Manuel Beltran, Yaroslav Popovych ou encore José Luis Rubiera.
    o Ecart Final (3) : avec 4’40’’ de marge sur Ivan Basso, l’avance de Lance Armstrong était plus que confortable, bien que moins élevée que sur la période 1999-2004 (2003 excepté).
    - Alberto Contador 2009 (13 points)
    o Coups d’Eclat (4) : jamais Alberto Contador n’est monté plus haut que ce jour de juillet 2009 sur la route de Verbiers, développant des watts à un niveau mutant … Ce fut le climax du pistolero, qui s’offrit le luxe de battre Spartacus Cancellara deux jours plus tard dans le chrono d’Annecy.
    o Concurrence (4) : avec Andy et Frank Schleck, Lance Armstrong, Carlos Sastre ou encore Cadel Evans, les concurrents ne manquaient pas pour Alberto Contador au départ de Monaco.
    o Force de l’Equipe (2) : Astana était une véritable sélection internationale en 2009, avec Alberto Contador, Lance Armstrong, Andreas Klöden, Levi Leipheimer, Yaroslav Popovych ou encore Haimar Zubeldia. Certes la CSC de Bjarne Riis n’avait pas à rougir avec les frères Schleck et Fabian Cancellara.
    o Ecart Final (3) : le Madrilène, vainqueur pour seulement 23 secondes en 2007 face à Cadel Evans, gagne cette fois avec un matelas assez large sur son dauphin luxembourgeois Andy Schleck.
    - Chris Froome 2013 (14 points)
    o Coups d’Eclat (5) : avec ses fameux mikados, Chris Froome a écrasé la centième édition en deux étapes, au Plateau de Bonascre puis surtout au Mont Ventoux où le coureur britannique a éparpillé la concurrence façon puzzle, avec un démarrage digne d’une moto, qui lui a valu l’opprobre sur les forums Internet, la vidéo de son attaque dans le Géant de Provence lui collant comme le sparadrap du capitaine Haddock.
    o Concurrence (4) : le vainqueur du Giro, Vincenzo Nibali, manque à l’appel ainsi que le tenant du titre Bradley Wiggins, mais Alejandro Valverde, Alberto Contador, Joaquin Rodriguez et le surprenant espoir colombien Nairo Quintana sont bien présents face à Chris Froome, deuxième de l’édition 2012.
    o Force de l’Equipe (2) : même sans Bradley Wiggins, le Team Sky était la plus puissante du peloton, avec Ritchie Porte notamment pour aider le Kenyan Blanc dans sa quête du Graal.
    o Ecart Final (3) : avec 4’20’’, la marge de Chris Froome sur Nairo Quintana était assez nette, même si le maillot jaune concédant du temps dans l’Alpe d’Huez à son dauphin de Movistar.
    - Chris Froome 2015 (12 points)
    o Coups d’Eclat (4) : l’homme du volcan Teide a fait la différence en une seule étape, la première grande difficulté du Tour 2015 à la Pierre Saint-Martin, atomisant ses rivaux dans cette montée. Par la suite, Froome s’est contenté de gérer son avance, souffrant le martyr dans l’Alpe d’Huez, Quintana échappant très vite au point de mire du maillot jaune. Mais le Colombien avait mangé son pain noir dans l’étape de Zélande, perdant une minute et demie dans une bordure.
    o Concurrence (5) : Vincenzo Nibali (vainqueur du Tour 2014), Alberto Contador (double maillot jaune en 2007 et 2009, lauréat sortant de la Vuelta 2014 et du Giro 2015), Nairo Quintana (2e en 2013 puis maillot rose du Giro 2014) ainsi qu’Alejandro Valverde et Thibaut Pinot sont les principaux obstacles se dressant sur la route de Chris Froome, qui doit oublier l’échec de 2014, véritable Berezina sportive avec un abandon avant la montagne.
    o Force de l’Equipe (2) : avec Ritchie Porte et Geraint Thomas, le Team Sky est une fois de plus
    o Ecart Final (1) : très faible au final pour Froome (1’12’’) dont les détracteurs viendront affirmer que sans la bordure en Zélande, Quintana aurait pu ramener le maillot jaune à Paris.
    Au final, si l’on fait un top 5 des plus grands millésimes, on retrouve sans surprise Eddy Merckx au sommet avec sa première victoire de 1969, véritable Everest dans la carrière du champion de Woluwé Saint-Pierre.
    1er/ Eddy Merckx 1969 (17 points)
    2e/ Hugo Koblet 1951 (16 points)
    Lance Armstrong 2001 (16 points)
    4e/ Fausto Coppi 1949 (15 points)
    Fausto Coppi 1952 (15 points)
    Charly Gaul 1958 (15 points)

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter