Asclépios et les 40 Voleurs : Sésame, ouvre-toi !
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Asclépios et les 40 Voleurs : Sésame, ouvre-toi !

Depuis 1991, le serment d’Hippocrate est devenu serment d’hypocrite et les descendants du dieu de la Médecine, ont détourné le caducée pour en faire un sceptre maléfique dédié au dopage sanguin via l’EPO…

Ce n’est pas aux Champs-Elysées que finiront les imposteurs du cyclisme des années 1990, 2000 et 2010, mais aux Enfers.

La charge de travail est telle que deux personnages viennent aider Charon, le passeur des Enfers : Anubis, son collègue égyptien venu en visite d’Etat en Grèce, et un certain Orphée Armageddon, un consultant en organisation venu de McKinsey après quinze ans de missions productives chez Goldman Sachs Athènes puis JP Morgan Héraklion, sous la bienveillance d’associés de l’Eglise orthodoxe ou proche des armateurs.

Orphée a obtenu un laissez-passer Alpha de la part d’Hadès pour rentrer avec son laptop et son costard cravate impeccable sur les rives lugubres de l’Achéron et du Styx, afin d’optimiser le dispositif dans cet open space sans néons.

Le dieu Hadès en personne a même mis à la disposition du consultant un kaléidoscope digne de celui de Lucy in the Sky With Diamonds, afin qu’Orphée projette ses Power Point estampillés McKinsey.

Les Champs-Elysées de Joe Dassin où vous trouverez tout ce que vous voudrez, y compris le maillot jaune, sont fermés à la circulation par le préfet de police, beau-frère d’Hadès réincarné en fonctionnaire œnologue. Place à l’enfer de Dante … Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir …

Le premier à passer devant le tribunal des Enfers et à rendre son maillot jaune est Miguel Indurain, quintuple vainqueur du Tour de France en 1991, 1992, 1993, 1994 et 1995. Anubis et sa tête de chacal lisent l’énoncé de la fiche du nouveau mortel :

-  Indurain Larraya, Miguel, natif de Pampelune du signe du Cancer !
-  Exact !, répond le colosse de Navarre
-  Comment avez-vous fait pour gagner le Tour de France avec Banesto ?

-  C’est assez simple, caramba, Sabino Padilla et Francesco Conconi m’ont fait perdre du poids à coups de Slim Fast et de séjours à la clinique de Merano. Ensuite, quelques cierges à la Vierge Noire de Montserrat, quelques sacrifices aux laminaks, et le Tour était joué, avec un grand T dans le texte svp. Mais mon secret vient de l’enfance, mon père élevait des oliviers en Navarre, je suis un jour tombé dans une marmite d’huile d’olive et ma mère m’a retenu par le talon, comme Achille dans la mythologie grecque. J’étais devenu invincible, façon Barracuda, mais sans la quincaillerie de Mister T, je ne suis pas un flambeur des nuits blanches de Benidorm. Enfin si, mais seulement depuis la fin de ma carrière ! J’ai eu la tentation de Venise après avoir battu le record de l’heure, mais Rominger a su piquer au vif mon orgueil pour que je reprenne mes habits de gladiateur en vue de 1995. Pouces dressés vers le haut, le public parisien m’a affranchi après ce cinquième maillot jaune et du coup je me suis embourgeoisé en 1996, arrivant mal préparé à Bois-le-Duc … Fini le nectar et l’ambroisie, surtout que Padilla nous avait planté six mois plus tôt ! Madre de Dios !

Gianni Bugno raconta ensuite comment il avait vaincu ses problèmes d’oreille interne. Lui qui avait le vertige s’infligea façon Carlos Blanka de Street Fighter plusieurs dizaines de projection du chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock, Sueurs Froides. Si bien qu’il avait vaincu le vertige et qu’il filait comme le vent à chaque fois qu’il voyait un clocher lui rappelant celui du film, ce qui lui arriva bien des fois à l’entraînement dans son Italie natale … Et à coups d’ultrasons et d’une perruque époque Louis XVI, il écoutait Mozart, pour un traitement inédit appelé musicothérapie. Pour continuer de s’entraîner dans les Dolomites sans se charger outre mesure sur sa selle, Bugno souhaitait perdre du poids et via la puissance financière infinie de Château d’Ax, qui put se payer pour sa publicité Victoria Silvstedt, dauphine de Miss Suède 1994 alias la blonde platine de la Roue de la Fortune, des accords furent trouvés pour des recherches fondamentales : le walkman Sony où le beau Gianni écoutait Wolfgang Amadeus Mozart fut remplacé une dizaine d’années plus tard par l’iPod, Gianluigi Stanga rencontrant Steve Jobs sur un yacht amarré dans le port jet-set de Portofino. Et une Casa Buitoni dissidente associée à Monsanto mit le paquet pour créer les pâtes sans gluten, un régime que reprendra quelques années plus tard Novak Djokovic pour dominer le tennis. Mais Bugno savait que l’équipe d’Indurain travaillait de façon stakhanoviste pour reprendre la main, du coup aux oubliettes les canapés de la belle Victoria, tapis rouge à Gatorade, boisson énergisante, le Red Bull du pauvre mais le slogan est le même : Gives You Wings !

Si bien qu’au printemps 1990 lors du Giro qui changea son destin, Bugno était tout simplement le champion italien le plus rapide depuis non pas Moser, Saronni, Gimondi ni même Coppi et Bartali, mais le grand pilote Tazio Nuvolari, le natif de Mantoue à qui l’on avait offert avec ironie une tortue. Au pilote le plus rapide, l’animal le plus lent. Au cycliste le plus rapide, l’animal le plus lent. La lanterne rouge repart avec un guépard de Tanzanie, quant à Bugno et Indurain, à eux les petits escargots de Bourgogne …

Compatriote du condottiere Bugno, Claudio Chiappucci n’était pas en reste, lui l’homme sandwich des jeans Carrera dans toute la Botte. Le Toscan avait pris la poudre d’escampette un beau matin de juillet 1990 près du Futuroscope de Poitiers. Deux ans plus tard, devant les tifosi, il nous faisait un remake de Fausto Coppi, que son père Arduino avait connu en 1943 en Ethiopie, partageant avec le futur campionnissimo ses rations de prisonnier, avant de donner en 1963 naissance à son fils Claudio, qui gagnerait à Sestrières quarante ans après le mythe Coppi (1952-1992) avec le maillot blanc à pois rouges digne des 101 dalmatiens, offrant des montagnes russes d’adrénaline dans ce Tour de France 1992 symbolisant l’Europe. Mais l’Europe du vélo, alors, n’a que deux étoiles, l’Espagne et l’Italie, qui se partagent le gâteau avec l’arme fatale, l’EPO. Mort en 1985, Arduino n’eut pas le temps de voir son fils se transformer en champion des cimes, ce fils à qui il avait offert un vélo Bianchi, la marque de Coppi, qu’il ne revit jamais après la guerre, après cette misère partagée en Ethiopie. L’Italie reçut de son ancienne colonie un bel effet boomerang, tel un clin d’œil du destin, aux Jeux Olympiques de Rome en 1960, Abebe Bikila gagnant pieds nus le marathon sous l’Arc de Constantin, de là où Benito Mussolini avait lancé ses troupes pour conquérir l’Abyssinie … Les Italiens avaient perdu du temps sur la colonisation par la faute d’un Risorgimento tardif en 1861 par Garibaldi et Cavour, ils en perdirent beaucoup moins pour développer l’EPO … EPO, pour que le rouge devienne écarlate …

Dans tous les romans d’Agatha Christie ou d’ambiance équivalente, vous avez toujours ce brave gars qui est là, tel le colonel anglais de retour des Indes, qui fume sa pipe et soigne sa moustache, revoyant les images de sa loose pendant une carrière qui aurait pu (et du) être bien meilleure. Dans le monde du cyclisme, le colonel Moutarde, c’est Alex Zülle, le Suisse débonnaire dauphin d’Indurain en 1995 et d’Armstrong en 1999. Une vraie horloge suisse cet Alex Zülle, myope comme une taupe, à qui il ne manquait plus que d’être daltonien et dyslexique histoire de se rendre la tâche plus difficile ? Le Suisse aurait alors confondu le maillot jaune et le maillot vert. Pas de chance pour Zülle qui aurait besoin de paires de lunettes de chance en cas de chute, le roi de l’optique bon marché, Alain Afflelou, était occupé entre 1992 et1996 à présider les Girondins de Bordeaux, avec un futur crack dans l’effectif sponsorisé par Panzani, Zinédine Zidane, à la même époque où Barilla sponsorisait l’AS Rome et payait les services de Gérard Depardieu, acteur caméléon. Bref on s’éloigne du sujet, Zülle la taupe, au sens propre comme au figuré. Taupe au sens propre car vu l’épaisseur de ses verres, Zülle aurait pu s’assurer une planque en tant qu’acteur pour du nettoyant à lunettes. Vu (Fu en VO) ? J’avais pas vu (fu) ! Virage (firage) ? Je l’avais pas vu (fu) non plus ! Taupue au sens figuré aussi, mais pas pour le plaisir de la métaphore car Manolo Saiz, ce poète de l’anatomie humaine qui mettait un doigt au cul du Tour 1998 comme les gendarmes lyonnais mettaient un doigt au cul des Festina pour les besoins de la garde à vue, en a voulu à Zülle d’avoir brisé l’omerta sur ONCE. Taupe d’ONCE passée chez Festina ou rédemption sincère ? En tout cas, Saiz a fait rouler ses ONCE sans hésiter après la chute du Suisse au passage du Gois sur le Tour de France 1999. Encore une perte d’équilibre pour notre gentil colosse helvète, à croire qu’il a développé un complexe d’Œdipe sur le sujet, que son père a été fait cocu par un trapéziste ou un funambule de cirque. Freud himself s’en retournerait dans sa tombe, il aurait pu en faire un sujet de roman pour son inégalable dramaturge de compatriote, Stefan Zweig. A coups de pigeon voyageur entre le brouillard froid de Vienne et la végétation luxuriante de Persépolis au Brésil, rien d’impossible, sauf si l’ami Santos-Dumont avait pris cette correspondance d’importance stratégique dans ses avions … Achtung Zülle ! Voilà ce qu’auraient dû peindre sur chaque kilomètre de bitume français les aficionados germanophones du Tour de France ayant acheté trop de peinture blanche pour nettoyer leur beau camping-car. Dans l’art de se casser la gueule et d’assurer à Jean-Paul Ollivier une rente viagère sur un Video Gag cycliste dans les années 2020-2030, Zülle est un virtuose de la chute, à croire qu’on lui avait tatoué un chat noir à l’insu de son plein gré : la Navacerrada en 1993 sur la Vuelta, le Cormet de Roselend en 1996, fracture de la clavicule en 1997, le Passage du Gois en 1999 … Et pour couronner le tout, une exclusion en 1998 en Corrèze avec Festina. Un vrai Jean Valjean du cyclisme, qui s’inclinera en 1999 façon à Armstrong Thénardier sous la bienveillance de Verbruggen Javert, le Ponce Pilate de l’UCI, ayant fortune avec les barres chocolatées Mars avant de planquer son magot au pays du bon Alexandre, la Suisse. A-t-il trouvé sa Cosette depuis ?

Son compatriote Tony Rominger était lui un spécialiste des paradis fiscaux, résident du canton de Zoug mais également domicilié en Principauté de Monaco. Un Tour de France passant par Jersey, Andorre et le Grand-Duché du Luxembourg l’aurait sans doute inspiré, lui le natif du Danemark. Asthmatique, Rominger tomba sur un médecin peu scrupuleux au moment de consulter. Un médecin italien qui officiait sous le pseudonyme de docteur Ferrari, référence plus marketing que Lada, bien qu’il vivait incognito dans un camping-car à l’abri de tous, tel un ermite … Le régime du docteur  Ferrari fut très populaire auprès des cyclistes d’Europe et d’Amérique, bien avant que le docteur Pierre Dukan ne fasse fureur auprès du grand public : jus d’orange le matin, mais surtout EPO matin, midi et soir.

Employé de la marque de montres Festina jusqu’en 1998 avant de les trahir pour les aspirateurs Polti, Richard Virenque était un jeune homme pressé. Né au Maroc comme Marcel Cerdan, sorte de bombardier du vélo, au panache ostentatoire et aux difficultés de vocabulaire difficilement dissimulables face à un micro, le Varois fut à son crédit un généreux donateur pour les enfants du Rwanda en 1994, après sa chevauchée fantastique de Luz Ardiden, digne des exploits de Roland, le neveu de Charlemagne, à Roncevaux. Comme bien d’autres cyclistes de sa génération, le plus célèbre client de Maître Collard allait succomber à la tentation de l’EPO, faisant sienne la maxime d’Oscar Wilde : Pour se débarrasser d’une tentation, autant y céder. Participant de télé-réalité par la suite, Richard Cœur de Lion aurait pu jouer sur l’Ile de la Tentation version pharmaceutique, et enchaîner les seringues sans coup férir, sans oublier de se faire piquer de son plein gré par les moustiques de Phuket avide d’un sang si bien oxygéné … Mais Richard Cœur de Lion, héros de tant de croisades non pas vers Jérusalem mais vers les podiums du maillot à pois, s’est fait voler l’épée magique Excalibur par un autre coureur qui en fit un bel usage, Miguel Indurain avec son invincible Espada Pinarello lauréate au lac de Vassivière.

Spécialiste de l’auto-transfusion, le machiavélique Lance Armstrong a peut-être été marqué par le virtuose film d’horreur de Stanley Kubrick, Shining, et sa scène de la chambre froide … Devenu aussi fou à lier que Jack Torrance, celui qui naquit Lance Gunderson en septembre 1971 au Texas a ensuite pris l’homonyme de Neil Armstrong et Louis Armstrong par un coup de pouce du destin. S’étant fait botter les fesses sous la pluie de Jaizkibel en août 1992, le Texan avait compris que la vengeance est un plat qui se mange froid, lui le spécialiste de la chambre froide et des poches de sang. Entouré d’une armada de facteurs bleus pédalant comme s’ils gagnaient une prime à chaque enveloppe livrée, Armstrong fit sienne les grandes victoires sous la pluie : Oslo 1993, Sestrières 1999, Lourdes Hautacam 2000 … Neil Armstrong c’est le scaphandre et les années Pink Floyd, Dark Side of the Moon, Louis Armstrong c’est la trompette et What a wonderful world avant l’hommage posthume de Claude Nougaro, Lance Armstrong c’est la poche de sang réfrigérée façon Mister Freeze et la Chevauchée des Walkyries de Richard Wagner qui berce l’Apocalypse Now de Coppola pendant le raid des hélicoptères, tant le parrain Don Armstrong Corleone a fait sienne la tactique du napalm, remplaçant le Viet Nam par les cols alpestres et pyrénéens … La poche de sang signée Armstrong ? Comme Siegfried devenu invincible avec le sang du dragon Fafnir, l’Américain n’a laissé que de petites zones restant sensible à la douleur, celles permettant de se piquer à coups de seringues, qu’il écrasait dans des canettes de Coca-Cola. Corporate l’ami Lance, il garantissait à la firme d’Atlanta un revenu minimal vu le nombre de doses d’EPO que les postiers bleus se faisaient pendant le Tour de France 1999. Et pendant que Motoman suivait son maître avec la ponctualité d’un majordome, Armstrong gagnait, encore et toujours. L’Al Capone du cyclisme trouva en Travis Tygart son Eliot Ness, son incorruptible de New York, lui qui avait corrompu les Européens et notamment Hein Verbruggen. Armstrong à qui le dopage et le mensonge collent tel le sparadrap du capitaine Haddock, impossible de s’en défaire.

Dauphin d’Armstrong à trois reprises, Jan Ullrich est l’ogre de Rostock, que dis-je par les moustaches de Plekszy-Gradz, le Ivan Drago du cyclisme mais comme Rolph Lundgren dans Rocky IV, Ulle alias la Machine à Watts va se faire latter par un boxeur américain, un Rocky Balboa du vélo qui aussi fait ses premières gammes à Philadelphie où il fut sacré champion des Etats-Unis 1993, un certain Lance Armstrong. Tous deux furent champions du monde en 1993 à Oslo, Armstrong chez les professionnels, Ullrich des amateurs, ça résume bien la future direction prise par Drago et Balboa dans ce bras de fer de titans. Ode à Jan Ullrich, intermittent du spectacle généreusement payé par Deutsche Telekom pendant près de dix ans. Venu de l’ex RDA, cet avatar rouquin de Monsieur Propre et sa créole à l’oreille gauche nous ont fait un remake de Good Bye Lenin de Wolfgang Becker, qu’on aurait pu intituler Good Bye LeMond de Peter Becker, l’entraîneur mythique du bulldozer allemand. Comment faire croire à une quinquagénaire communiste après la chute du mur de Berlin que la RDA est comme avant, sous la férule d’Erich Honecker ? Comment faire croire au grand public que le cyclisme d’après 1989, après la chute de la digue EPO est le même que sous Greg LeMond ? Tout ce programme est digne de l’Utopie. Jan Ullrich sera le dernier à y parvenir en 1997, car Lance Armstrong, avec trop d’effets spéciaux, va aller trop loin, plus que son idole LeMond, phénix rescapé d’un terrible accident de chasse en 1987, quand le Texan survivra à un cancer des testicules généralisé au poumon et au cerveau en 1996. Tout le secret d’Armstrong était la reconnaissance d’étapes et un poids de forme maîtrisé. C’est connu, les Européens ne savent pas lire une carte de montagne sans boussole, pas de chance pour eux Armstrong a dominé avant l’iPhone, et avec une couille en moins c’est sûr que Lance partait avec un avantage décisif sur la balance, ayant en plus appris à dominer son addiction pour les cheeseburgers contrairement à ces coureurs du Vieux Continent envahis par McDo après l’adolescence … Quant à Ullrich, il rajoutait de bonnes pâtisseries et même de la charcuterie allemande.

Le Pirate italien alias Marco Pantani, et son bandana, toujours à l’abordage à la façon de Rackham le Rouge mais comme la Licorne, le Titanic, le Normandie ou bien d’autres navires, celui de Pantani va sombrer jusqu’à s’échouer dans l’Adriatique, à Rimini, par une triste journée de février 2004, la faute à une overdose de cocaïne. Torpillé après avoir sauvé le Tour de France de la noyade en embarquant tout le peloton dans une arche de Noé factice aux Deux-Alpes par un lundi pluvieux de juillet 1998, Pantani n’a refait surface qu’au Mont Ventoux, nécropole d’un autre maudit du cyclisme, Tom Simpson, le contemporain des Beatles de Liverpool, mort en 1967 l’année du chef d’œuvre psychédélique des quatre de Liverpool, Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Vive marie-jeanne et le LSD, dont la légende est lié à la fois à l’ergot de seigle et à la bicyclette … Le 16 avril 1943, le chimiste suisse Albert Hofmann, employé des laboratoires Sandoz de Bâle, se sent bizarre après avoir manipulé à mains nues du LSD 25 dans son atelier. Se croyant grippé, il décide de rentrer chez lui, à bicyclette. Le petit chimiste pédale joyeusement dans la campagne suisse alors que commence sans qu’il le sache le premier trip de l’époque moderne. La légende d’Hofmann est reprise par Pink Floyd en 1966 dans la chanson Bike, petite merveille signée Syd Barrett, défoncé à l’acide dès 1968 et à qui le groupe dédiera Wish You Were Here en 1975. Quatre mots qui nous renvoient à Marco Pantani, dont le cyclisme est orphelin depuis 2004.

Quant à la France, elle a perdu la même année 2004 son Richard Cœur de Lion, son Richard Camembert, son Richard Virenque, son blond platine de l’été 1998, l’été de Gloria Gaynor et de I Will Survive. Le Varois avait fini 3e du championnat de France à Charade derrière Jalabert et Leblanc, près des volcans d’Auvergne chers à ce bon Zinédine Zidane, homme sandwich chez Volvic. Le volcan Festina rentrera en éruption à la frontière franco-belge, et la nuée ardente va se propager bien plus loin que celle du Vésuve vers Herculanum et Pompei. Dublin, Roscoff, Lorient, Châteauroux et Brive la Gaillarde sont marquée du sceau de l’imposture. Jacques Chirac vient arrêter cela dans la bonne terre de Corrèze. Un bon dîner du terroir au château de Bity pour Jean-Marie Leblanc et Jean-Claude Killy, l’affaire est réglée avec des caramels au beurre salé après le digestif, empêchant Leblanc et Killy les dents collées au salidou normand de contredire Jacques Chirac, président de la République et coprince d’Andorre, qui veut se débarrasser de l’équipe franco-hispano-andorrane, et Virenque finit dans la fosse septique de l’édition 1998. On tire la chasse sur l’équipe Festina, troupeau de moutons noirs, écurie pestiférée. Tant pis si Ricky a donné ses primes de Luz Ardiden 1994 aux Rwanda victime du génocide, la real politik ne pardonne pas. Ipsos et Sofres viennent de publier un baromètre où Chirac bénéficie, sept ans après le discours sur le bruit et l’odeur de la Goutte d’Or (juin 1991), d’un regain de popularité grâce à ces footballeurs Black – Blanc – Beur. Merci Thuram, Desailly et Zidane, qui seront reçus à l’Elysée pour la garden-party du 14 juillet 1998. Faute d’être reçu par Chirac au fort de Brégançon dans son beau département du Var, faute de gagner le Tour même s’il sera vainqueur au Mont Ventoux en 2002, Richard Virenque se consolera avec Passe-partout et Passe-temps à Fort Boyard, moyen d’être le maillot jaune le samedi soir sur France 2, sauf à répondre aux questions capillo-tractées du père Fouras. Plus difficiles que celles de Nelson Monfort après les étapes mais plus faciles que celles des chercheurs de vérité sur le dopage. Trahir l’EPO ? Pas question, Richard Virenque est tombé dedans comme Obélix, dans une marmite préparée par son gentil Panoramix, alias Erick Rijckaert … C’est du niveau du syndrome de Stockholm, impossible de dénoncer l’EPO, on est dopé à l’insu de son plein gré, forcément. L’expression finira dans les pages roses du Larrousse, comme Alea jacta est ou En voiture, Simone. A la fois mythique, collector, kitsch et indélébile. Plébiscité par les Guignols de l’Info avec son médiatique avocat Gilbert Collard, Richard Virenque et son panache blanc gagneront sept maillots à pois rouges, maillot lancé par les chocolats Poulain en 1975, faisant tomber le vieux record de Van Impe et Bahamontes, n’en déplaise au virtuose escaladeur natif de Tolède … A Gérard Holtz, Jean-René Godart et à Nelson Monfort, dinosaures inoxydables de la faune jurassique du service des sports de France Télévisions, Richard Virenque manque beaucoup. Montjoie Saint-Denis ! Qui reprendra donc le flambeau derrière ce courageux chevalier des cols ?

Alberto Contador, pseudonyme issu d’Alberto Conquistador, issue d’une longue lignée d’explorateurs ayant cherché l’Eldorado comme Don Lope de Aguirre, joué par Klaus Kinski en 1972 sur son Radeau de la Méduse en plein Pérou. Contador a vite trouvé l’or des Incas avec un premier maillot jaune en 2007, débarrassé par le destin de Chicken Legs, Michael Rasmussen. Mais l’alchimie à coup de compteur Geiger est une activité complexe, et c’est plutôt du plomb que le Pistolero trouve en juillet depuis quelques années, sans parler de cette maudite vache enragée dont Alberto a mangé un steak en 2010. Creutzfeld-Jakob qui vient perturber le palmarès du Tour de France, hallucinant, l’Espagne aurait peut-être du légiférer et rendre les vaches sacrées comme en Inde. Le cordonnier Zapatero n’en a pas eu le courage …

Michael Rasmussen et Bjarne Riis, deux Danois venus de la lointaine Copenhague, la cité des jardins de Tivoli et de l’écrivain Hans Christian Andersen, qui nous rappellent plus le vilain petit canard que la Petite Sirène …Ces deux vilains petits canards se sont transformés en cygne, l’un en cygne blanc finalement maillot jaune en 1996, l’autre en cygne noir finalement déplumé dans les Pyrénées par Rabobank en 2007. Certes contrée tolérante depuis Spinoza, Erasme et autres philosophes, la Hollande avait sorti la guillotine contre le cygne Rasmussen.

Et que dire de Chris Froome, le Kenyan Blanc ? Il a grandi sur les pentes du Kilimandjaro, alors depuis il s’est trouvé un autre volcan d’adoption, le volcan Teide aux Canaries, lui qui a l’endurance d’un marathonien kenyan et la vitesse d’un sprinter. Bref, l’homme bionique du Team Sky, l’équipe qui lave plus noir que noir, comme disait Coluche … Il rêve de revanche en 2015 face à Quintana, Nibali et Contador.

Un an plus tôt en 2012, Bradley Wiggins, dont le père cachait des produits dopants dans ses couches, un beau complexe d’Œdipe du dopage, nous a refait le coup de Miguel Indurain cinq ans durant, en l’occurrence traverser les Alpes en poids lourd tel un éléphant carthaginois d’Hannibal. Comment s’étonner après que certains croyaient à l’Apocalypse du 21 décembre 2012 après avoir vu de telles énormités ? Rien que pour ça, au lieu d’aller à Leeds en 2014, Christian Prud’homme aurait dû dédier une arrivée d’étape dans le bon village languedocien de Bugarach, au pied des Pyrénées, fief apprécié des moutons de Panurge ayant eu peur de la date fatidique comme certains des OVNIs et de Roswell, bref énorme transhumance.

Tout était possible après l’exploit de Bradley, même un Goliath devenu anorexique aux jambes fines comme des roseaux, gagner le Tour de France avant de triompher aux Jeux Olympiques de Londres avec l’impunité de James Bond. Double zéro comme zéro contrôle positif, zéro scrupule, permis de se doper accordé par Sa Majesté en cette année du jubilé de diamant … Les Sex Pistols avaient gâché le jubile d’argent de 1977 par leur parodie God Save the Queen, le fidèle Wiggo a lui respecté l’occasion dans un royaume encore en humeur Bisounours et Cendrillon un an après le mariage du prince William et de Kate Middleton. Maillot jaune, médaillé d’or du contre-la-montre londonien, quelques mois avant de verser sa petite pique assassine sur Lance Armstrong : Quand on vieillit, on se rend compte que le Père Noël n’existe pas, et c’est le cas avec Lance.

On attend Bradley en Père Noël devant Harrod’s dès décembre 2015, histoire de se faire pardonner de ce vilain tacle par derrière sur l’homme qui a façonné l’US Postal, dont Team Sky est la copie carbone à ceci près que le siège social finit par UK et non par USA …

Wiggins avait écrasé en 2012 le tenant du titre de l’édition 2011, le sympathique kangourou Cadel Evans, suceur de roue dans la tradition des Zoetemelk et Ullrich. Comme la Samaritaine a fermé, là où Raymond Poulidor a trouvé son beau maillot jaune façon pochette-surprise, Evans s’est fait greffer des dents de compétition, en mode vampire, en mode Dracula de Transylvanie (R.I.P. Christopher Lee) … Et voilà comment après le double échec de 2007-2008 face à Contador puis Sastre, l’Australien a gagné le championnat du monde de Mendrisio en 2009, puis la Flèche Wallonne en 2010 et le Tour de France 2011.

Au Kazakhstan, Alexandre Vinokourov est le plus grand coureur de tous les temps, lui qui a presque tout gagné sauf le Tour de France, dont il partait favori en 2007. Loin du cosmodrome de Baïkonour, la capitale Astana est devenue une équipe qui a gagné avec Contador ou Nibali, et Vino s’est même payé pour quelques 150 000 dollars un come-back sensationnel en 2010 à Liège, à son compagnon d’échappée Alexandre Kolobnev. Comment le perdant de la Doyenne a-t-il flambé cette somme ? Réponse A, au poker à Las Vegas à la table de Patrick Bruel, réponse B, dans une escort girl monégasque testée par Al Capone (le pseudo de Franck Scarface Ribéry sur les sites web spécialisés) et formée par Zahia, réponse C, dans une microdose EPO Red Bull Ultimate Adrenaline, réponse D, Obi Wan Kenobi …

La victoire du sympathique Vincenzo Nibali en 2014 ? Le requin de Messine est un envoyé divin, un prophète sicilien venu de Corleone, afin de rappeler le sens du mot omerta, d’étymologie sicilienne. Malgré tout son talent oratoire et ses expressions faciales dignes d’un Robert de Niro dans Taxi Driver ou Raging Bull, Lance Armstrong ne pouvait pas faire mieux qu’un Sicilien pour défendre l’omerta, comme Brad Pitt dans Fight Club.

La première règle du Shoot Club est : il est interdit de parler du Shoot Club

La deuxième règle du Shoot Club est : il est interdit de parler du Shoot Club

Troisième règle du Shoot Club : quelqu’un crie stop, quelqu’un s’écroule ou n’en peut plus, la transfusion est terminée.

Quatrième règle : seulement deux hommes par poche de sang.

Cinquième règle : une seule transfusion à la fois, messieurs.

Sixième règle : pas de seringues, ni de scrupules.

Septième règle : les tranfusions continueront aussi longtemps que nécessaire.

Et huitième et dernière règle : si c’est votre première saison au Shoot Club, vous devez vous doper !

Fin de journée, Charon va se coucher dans un hamac géant qui surplombe le Styx tandis que Cerbère surveille les lieux avec ses trois têtes, Anubis rentre en vol low cost express vers l’Egypte après avoir reçu un texto pressant d’Osiris, et dit au revoir à Orphée à l’aéroport d’Athènes, lequel va draguer une belle hôtesse d’Olympic Airlines, Eurydice … Tandis qu’un petit bonhomme italien qui avait gagné la médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, le machiavélique Paolo Bettini , maestro de la tactique, s’en va aux Champs-Elysées … Seulement vainqueur d’une étape à Dax en 2000 avant le déluge d’Hautacam, l’Italien avait bien compris qu’il ne fallait pas briller sur le Tour de France, même s’il doublera l’irisé à la façon de Gianni Bugno par la suite …

  1. avatar
    13 août 2015 a 14 h 01 min

    Lapsus de ma part sur Zweig ce n’est pas Persépolis (en Iran) mais Pétropolis au Brésil, très belle ville de montagne pour ceux qui font Rio de Janeiro (à 1H30 en bus), plus intéressante que sa voisine Teresopolis (le Clairefontaine du foot brésilien).

    Article humoristique écrit avant le Tour 2015 et la 2e victoire de Chris Froome, qu’on verra sans doute avec un casque Dark Vador l’an prochain histoire d’éviter les verres d’urine (ou bière selon quelle version vous croyez) et de refroidir ceux qui sont tentés par le bras d’honneur.

  2. avatar
    19 août 2015 a 12 h 28 min

    Oui, article sympathique et plein de références…. J’imagine que tu dois avoir une bibliotèque bien fournie.

    Sur Froome, il faudrait qu’il arrête de faire sa chouineuse, tous les coureurs reçoivent de l’urine ou de la bière un jour ou l’autre.

  3. avatar
    19 août 2015 a 16 h 29 min

    Salut Mocte,

    J’avais découvert l’anecdote sur le LSD dans un bouquin de Philippe Manoeuvre sur des albums mythiques du rock, en l’occurrence sur l’album Bike des Pink Floyd marqué du sceau de Syd Barrett, ensuite défoncé à l’acide.

    Pour le reste, culture générale et lectures diverses et variées.

    Sur Chris Froome, tu n’as pas tort mais cela n’en reste pas moins inadmissible de la part du gars qui a jeté le verre, quelqu’en soit le contenu exact.
    Mais c’est plus le symbole du maillot jaune que la personne de Froome qui a été visé.
    Nibali, Quintana ou Contador auraient reçu le même traitement s’ils avaient gagné aussi “facilement” que le Kenyan Blanc à la Pierre St Martin.

    Enfin perso je l’interprète comme ça. Sky est haïe dans le peloton pro mais après Froome subit l’effet de l’usurpation d’Armstrong, Pantani, Ullrich, Rasmussen et tant d’autres avant lui.
    Porter le maillot jaune en gagnant trop facilement est désormais à double tranchant sur les routes du Tour face au public …

  4. avatar
    19 août 2015 a 17 h 08 min

    Puisqu’on parle de bibliothèque, j’ai vu ce midi dans les rayons de la Fnac un DVD sur Poupou, film de Patrick Jeudy intitulé Poulidor Ier.

  5. avatar
    19 août 2015 a 21 h 10 min

    Ouais, sacrée culture en tout cas. Pour Maneuvre, ça me fait penser à Laurent Gerra… SInon, en effet tout le monde en prend pour son grade depuis Armstrong. Même Landis à l’époque, puisque personne n’avait vraiment cru à son fameux raide solitaire. Il faut aussi surtout ne pas prendre les gens pour des cons, ce que semblent faire les Sky.

  6. avatar
    20 août 2015 a 9 h 15 min

    Salut Mocte,

    Quel rapport entre Manoeuvre et Gerra au fait (juste pour comprendre car en fait je ne vois pas le lien :p ) ?

    Oui Landis qui reprend 6 minutes à tout le monde sur la route de Morzine en 2006, du jamais vu depuis … Eddy Merckx vers Mourenx en 1969 ou Luis Ocana sur la route d’Orcières en 1971 !
    Plus c’est gros, plus ça passe a-t-il du se dire en pensant à Debeuliou son président de l’époque …

    Mais tu as raison pour Team Sky, ils sont tellement arrogants qu’ils pensent qu’on va les croire.
    Et leur volonté de se soumettre à des tests n’est que du pipeau. C’est comme pour le détecteur de mensonges, c’est qu’ils sont certains de pouvoir en sortir blancs comme neige !

    La remarque qui va suivre est aussi valable pour Nibali, Valverde, Quintana ou Contador, mais Chris Froome fait des temps d’ascension globalement équivalents à Pantani, Armstrong, Ullrich ou Indurain il y a 10, 15 ou 20 ans … Donc même si l’état des routes et les vélos ont légèrement progressé dans l’intervalle (et encore poids bloqué pour les cadres de vélos sur mesure de l’UCI), je vois mal comment expliquer qu’il n’est pas dopé, même si je reconnais qu’aucune preuve n’existe à l’heure contre lui.

  7. avatar
    20 août 2015 a 13 h 03 min

    Ouais, pour Laurent Gerra c’est les imitations qu’il fait de Manoeuvre, exemple
    https://www.youtube.com/watch?v=My61jIU_2-M

  8. avatar
    20 août 2015 a 19 h 48 min

    OK merci pour le lien, je suis plus Canteloup et Dahan que Gerra parmi les imitateurs, mais bon très sympa son imitation du célèbre chroniqueur aux lunettes noires.

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