Giro vs Vuelta, lutte de dauphins dans l’ombre du Tour
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Giro vs Vuelta, lutte de dauphins dans l’ombre du Tour

Difficile de savoir qui du Giro d’Italia ou de la Vuelta de Espana est la course la plus prestigieuse dans l’ombre du Tour de France. Mais quelques comparaisons permettent bel et bien désigner le nom du dauphin de la Grande Boucle sur le podium des trois géants du cyclisme par étapes européen.

– Le poids de l’Histoire : né en 1909, le Giro est beaucoup plus ancien que la Vuelta, créée en 1935, juste avant que la guerre civile espagnole n’interrompe dès 1937 la course qui reprit ses droits en 1941 (Franco restant neutre durant la Seconde Guerre Mondiale). Fort de 94 éditions contre 66 à son rival espagnol, le Giro est donc porté par une histoire plus riche et plus lointaine. Et en termes de légende, la Vuelta ne peut clairement pas rivaliser.

Le duel Coppi-Bartali de 1949 dans l’étape Cuneo-Pinerolo ? La rivalité Koblet-Coppi de 1953, magnifiée par le campionnismo dans la neige du Stelvio ? L’éclosion de Merckx en 1968 aux Trois Cimes de Lavaredo ? Les banderilles de Jose Maria Fuente en 1972 et 1974 contre Merckx ? L’édition de 1980 voyant Hinault imposer sa férule ? Le passage du Gavia enneigé en 1988 profitant à Hampsten et Breukink ? La révélation de Berzin et Pantani au détriment d’Indurain en 1994 ? Le Giro nous inonde de souvenirs, d’étapes pleines de panache.

La Vuelta, malgré le suspense final de 2001 ayant opposé Casero et Sevilla, l’édition 2012 où Contador piégea Purito Rodriguez quelques jours avant l’arrivée, celle de 1985 où une coalition espagnole eut raison du grimpeur écossais Robert Millar, ou l’incroyable édition 1998 ayant opposé Olano, Jimenez et Escartin devant un phénix nommé Armstrong, ne peut rivaliser en terme de passé et de légende.

– La passion : derrière le football, sport roi, le cyclisme est le sport numéro un dans chacun des deux pays ? Au printemps, les tifosi sont à l’entière dévotion du dieu Giro, viscéralement attachés au culte annuel de la maglia rosa. Quant à la Vuelta, elle passionne l’Espagne qui se consume d’impatience chaque saison de revoir le peloton sur ses routes. La ferveur populaire pour le cyclisme est immense dans les deux pays, qui ont vu tant d’immenses champions s’y révéler… Binda, Coppi, Bartali, Gimondi, Moser, Saronni, Bugno, Pantani, Bettini, Nibali en Italie, Bahamontes, Ocaña, Fuente, Delgado, Indurain, Freire, Valverde, Contador, Rodriguez en Espagne.

- L’identité : le Tour de France a eu le maillot jaune en hommage à la couleur des pages de l’Auto, quotidien du fondateur Henri Desgrange. C’est un autre célèbre journal sportif, la Gazzetta dello Sport, qui a donné sa couleur au maillot du leader du Giro, le rose. Née en 1935, la Vuelta s’est longtemps calquée sur le Tour de France, avec un maillot amarillo, avant de le troquer pour un maillot de oro en 1999, année de la victoire de Jan Ullrich. En 2010, la Vuelta changeait encore, délaissant l’or pour le rouge, couleur proche de l’orange des origines. Car en 1935, 1936 et 1942, la Vuelta avait couronné un maillot orange… Mais pas en 1941, où Julian Berrendero l’emporta ceint d’un maillot blanc, désormais couleur des grimpeurs. Bref, la Vuelta cherche encore son identité sur le plan d’une couleur fétiche.

- Le prestige : le doublé Giro – Tour, réussi par Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Roche et Indurain et Pantani, est le plus prestigieux exploit en terme de cumul de grandes courses. Le doublé Tour-Vuelta, réussi par Anquetil en 1963 et Hinault en 1978, n’a jamais eu le même écho. Tripler Giro, Tour et Vuelta est toujours resté utopie, et Eddy Merckx ne vint pas en France en 1973, après avoir gagné en Espagne et en Italie au printemps.

- Le calendrier : pendant très longtemps, le Giro a été favorisé, étant placé après la Vuelta au printemps. Jusqu’en 1994, le Tour d’Espagne commençait en avril, en concurrence avec les classiques. Le Tour d’Italie suivait, servant de préparation idéale au Tour de France. Cependant, certains coureurs préféraient monter en puissance via la Vuelta, tel Tony Rominger en 1993 et 1994, même s’il changea d’avis en 1995 pour disputer le Giro. A l’inverse, Miguel Indurain disputa la Vuelta en 1991, puis le Giro en 1992, 1993, 1994, avant de mettre les deux épreuves d’accord en 1995 et 1996, où il accorda sa préférence au Critérium du Dauphiné Libéré.

- La révolution de 1995 : l’UCI décida en 1995 de placer la Vuelta en septembre, ce qui décala les Championnats du Monde à la fin du mois et au début d’octobre, soit aux premiers jours de l’automne. Par ce biais, le Tour d’Espagne attire désormais des coureurs désireux de se préparer pour décrocher l’arc-en-ciel, et ne souffre plus de la concurrence des classiques de printemps. Orphelin de la Vuelta au printemps, le Giro ne s’en porte que mieux, même si le Tour de Californie prend de plus en plus d’importance depuis quelques années, par la force du cyclisme américain, développé par les Armstrong, Leipheimer, Horner et autres Zabriskie.

- La qualité du palmarès : pour départager Giro et Vuelta, il suffit de regarder la liste des vainqueurs, à condition d’accepter comme postulat que ce sont les coureurs qui font le prestige d’une épreuve et non l’inverse.

On sera cependant forcé d’inverser le postulat pour prendre comme étalon le nombre de victoires au Tour de France, étant donné le prestige inégalable de la Grande Boucle. Cependant, avant le triomphe de Bahamontes en 1959 sur le Tour de France, les meilleurs coureurs espagnols se contentaient du Grand Prix de la Montagne, considéré comme plus prestigieux que le maillot jaune de l’autre côté des Pyrénées. Ironie du destin, il a fallu un Italien, Fausto Coppi, pour convaincre l’escaladeur virtuose qu’était Federico Bahamontes qu’il avait les qualités pour gagner la plus grande course du monde. Il faut donc relativiser les années 40 et 50 où les vainqueurs espagnols de la Vuelta n’ambitionnaient pas de s’imposer en juillet sur les routes de France et de Navarre, contrairement aux Coppi ou Bartali.

Ainsi, avec Bartali (2), Coppi (2), Koblet, Gaul, Anquetil (5), Gimondi, Merckx (5), Hinault (5), Roche, Fignon (2), Indurain (5), Pantani, Contador (2), le Giro cumule 33 maillots jaunes cumulés parmi ses maillots roses.

La Vuelta, elle, compte Anquetil (5), Gimondi, Ocana, Merckx (5), Hinault (5), Zoetemelk, Delgado, Ullrich, Contador (2), soit 22 maillots jaunes cumulés.

- L’ouverture aux vainqueurs étrangers : entre 1997 et 2007, le Giro a aligné onze vainqueurs italiens (Gotti 2, Pantani, Garzelli, Simoni 2, Savoldelli 2, Cunego, Basso, Di Luca), dont un seul, Marco Pantani, avait la dimension d’un vainqueur du Tour de France, qu’il remporta en 1998. La Vuelta rencontra le même phénomène entre 2000 et 2012, avec pléthore de succès espagnols (Heras 3, Casero, Gonzalez, Contador 2, Valverde, Cobo) contre peu de succès étrangers (Menchov 2, Vinokourov, Nibali).

Au final, le Giro compte 28 victoires étrangères (Koblet, Clerici, Gaul 2, Anquetil 2, Merckx 5, Pettersson, De Muynck, Pollentier, Hinault 3, Roche, Hampsten, Fignon, Indurain 2, Berzin, Rominger, Tonkov, Contador, Menchov, Hesjedal) avec 10 nations représentées (Belgique 7, France 6, Russie 3, Espagne 3, Suisse 3, Luxembourg 2, Suède 1, Etats-Unis 1, Irlande 1, Canada 1).

La Vuelta, elle, cumule 37 victoires étrangères (Deloor 2, Van Dyck, Dotto, Conterno, Stablinski, De Mulder, Altig, Anquetil, Poulidor, Wolfshohl, Janssen, Gimondi, Pingeon, Bracke, Merckx, Maertens, Hinault 2, Zoetemelk, Battaglin, Caritoux, Herrera, Kelly, Giovanetti, Rominger 3, Jalabert, Zülle 2, Ullrich, Menchov 2, Vinokourov, Nibali, Horner) pour 11 nations représentées (France 9, Belgique 7, Suisse 5, Italie 5, Allemagne 3, Russie 2, Pays-Bas 2, Colombie 1, Irlande 1, Kazakhstan 1, Etats-Unis 1).

- Les cols mythiques : abondance de biens ne saurait nuire .. Cet adage colle parfaitement aux Dolomites. Car si l’on devait faire un sondage listant les cols donnant des cauchemars au peloton, nul doute que plusieurs monstres sacrés des Dolomites seraient plébiscités, et dans une proportion pléthorique. Le Passo di Stelvio, mythique pour le duel Coppi-Koblet de 1953 ou l’échappée fleuve Hinault-Bernaudeau de 1980, vient immédiatement à l’esprit. Mais l’Italie peut aussi compter sur le Passo di Mortirolo aux pourcentages à faire frémir les plus grands grimpeurs, le Passo Pordoï, la Marmolada, le Monte Zoncolan, le Gran Sasso, le Santuario di Oropa, le Passo di Gavia, franchi sous la neige en 1988, année où Andy Hampsten s’imposa et récolta le surnom de Snow Rabbit, les Tre Cime di Lavaredo, théâtre du premier exploit montagnard d’un certain Eddy Merckx en 1968, pour un cavalier seul du jeune champion belge …

Du côté espagnol, les cols redoutables sont légion, la Sierra Nevada, les lacs de Covadonga, la Navacerrada, l’Alto de la Pandera. On ne saurait énumérer les calvaires ibériques sans mentionner l’inhumain Golgotha des Asturies, colline de bergers maudite par le monde professionnel depuis 1999 : l’Alto de Angliru, aux pourcentages montant jusqu’à 23 %. Mais d’un côté comme de l’autre, le Zoncolan et l’Angliru, ou encore le très controversé Monte Crostis de 2011, sont les symboles criants de la surenchère permanente des deux épreuves pour exister face au Tour de France. Deux David face à un Goliath implacable.

Au final, si le changement décisif de 1995 a bien aidé la Vuelta à revenir dans la lumière, il ne peut faire oublier des décennies entières de domination italienne au printemps. Prestigieux, incomparable, enraciné dans une Histoire exceptionnellement riche, le Giro reste bel et bien le deuxième monument du cyclisme par étapes. Car si l’ombre du Tour, à l’image de sa démesure, reste immense, il n’y a de place que pour un seul dauphin… Et c’est la Botte qui a pris place dans l’ombre de l’Hexagone.

  1. avatar
    10 mars 2014 a 12 h 17 min
    Par skancho

    Article instructif sur les deux “autres grands tours”. Le Giro a clairement deux ou trois longueur d’avance, pour les raisons que tu expliques.
    Cet article m’évoque 2-3 commentaires :
    - La passion pour le cylcisme est bien plus importante en Italie qu’en Espagne, et le nombre de spectateurs sur les routes n’a pas grand chose à voir
    - Comme tu le dis, la vuelta se cherche au niveau des couleurs des maillots distinctifs. Elle a même (re)instauré depuis 2-3 ans la combinada, qui désigne le leader aux classements cumulés de la montagne, du sprint et du général. Ce classement est des plus inutiles et ne simplifie pas la visibilité des maillot.
    - La nationalité des vainqueurs montre pourquoi le Tour est au dessus. Le Giro et la Vuelta ne sont l’objectif majeur que de quelques coureurs de la nationnalité du tour, plus quelques autres qui soit ne pensent pas pouvoir briller sur le tour, soit n’ont pas le droit d’y participer (choix du DS).

    • avatar
      10 mars 2014 a 20 h 45 min

      En effet, il y avait étonnamment peu de monde au sommet de l’Angliru en 2013, alors que cette étape allait décider de qui serait le vainqueur de la Vuelta entre Horner et Nibali.

      Dans le prolongement de la nationalité des coureurs, on peut aussi constater que le public est probablement beaucoup plus mélangé lors du Tour de France. Mais ce dernier se taille la part du lion, car il est le mieux placé dans le calendrier (juillet moment des vacances et où il n’y aucune autre compétition sportive qui puisse lui faire de l’ombre).

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        11 mars 2014 a 14 h 30 min

        Bien vu,

        C’est vrai qu’en juillet, le Tour de France est un peu moins concurrencé. 2 ou 3 Grands Prix de F1 le dimanche, la fin de Wimbledon en général le WE du prologue, et les finales de Coupe du Monde de foot (ou d’Euro) les années paires, et le British Open de golf.

        Le Giro, lui, souffre de la concurrence du Grand Prix de Monaco de F1, super médiatique mais aussi du tournoi de Roland-Garros, des NBA Finals en basket, de la finale de rugby de H-Cup et de la finale de la Ligue des Champions, point d’orgue de la saison de football européen de clubs.

        Quant à la Vuelta, elle est concurrencée par la reprise de la saison de football et par l’US Open en tennis, ainsi que le Grand Prix d’Italie à Monza.

        Le coup de génie était celui de Thierry Sabine en 1977, avec son Paris-Dakar créé en janvier. Concurrence zéro !

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          11 mars 2014 a 18 h 52 min

          Il faut rajouter un autre point qui explique la formidable popularité du Tour sur les routes.

          La France, d’un point de vue géographique, est au centre de l’Europe Occidentale.

          Anglais, Suisses, Néerlandais, Belges, Italiens, Allemands, Espagnols, Portugais, Luxembourgeois peuvent venir facilement suivre les étapes de la Grande Boucle, comme à l’Alpe d’Huez avec beaucoup d’Italiens et de Hollandais, ou dans les cols pyrénéens où drapeaux basques et espagnols sont légion.

  2. avatar
    10 mars 2014 a 18 h 53 min

    Salut skancho,

    Oui en Italie le cyclisme est le sport n°3 en terme d’importance, derrière le football (calcio) et la F1 qui cristallise les passions des tifosi via la Scuderia Ferrari.

    En Espagne, le cyclisme est bien placé mais le football écrase tout, suivi de près par la moto, le basket et la F1 également.

    L’Italie a une tradition cycliste bien plus importante. Des très grands champions avant la guerre comme Bottecchia, Binda, Girardengo, Guerra et Bartali, suivis dès l’après-guerre par l’inégalable virtuose que fut Fausto Coppi.
    Giro créé en 1909, deux classiques telles que Milan San Remo et le Tour de Lombardie, 2 des 5 monuments des classiques avec Paris Roubaix, Liège Bastogne Liège, et le Tour des Flandres.

    En Espagne, la Vuelta ne date que de 1935, le premier immense champion espagnol fut Federico Bahamontes (malgré des coureurs tels que Vicente Trueba ou Julian Berrendero dans les années 30-40), rival de Gaul et Anquetil après la fin de l’époque Coppi.
    Et que dire de la Clasica San Sebastian, course espagnole qui ne date que de 1981 et qui ne peut même pas rivaliser en prestige avec des classiques de 2e catégorie comme l’Amstel Gold Race, Gand Wevelgem, Paris Tours ou encore la Flèche Wallonne.
    Ocaña étant un Espagnol vivant en France et visant plus souvent le Tour que la Vuelta avec l’équipe Bic, la première véritable star fut Miguel Indurain, qui a engendré les vocations des Heras, Beloki, Valverde, Freire, Sevilla, Contador, Rodriguez et autres S.Sanchez …

    En effet, les grandes stars courent le Tour de France principalement, et la Vuelta sert souvent de session de rattrapage comme pour Jan Ullrich en 1999.
    Le Giro et la Vuelta sont utilisés par les non Italiens et non Espagnols soit pour gagner un grand Tour quand le Tour de France reste utopique (Hesjedal en 2012 sur le Giro, Nibali en 2013 sur la Vuelta).

  3. avatar
    12 mars 2014 a 11 h 31 min

    Merci pour ce bel article,

    je pense également que le passage en 1995 du printemps à l’automne a sonné le glas des espoirs de grandeurs du Tour d’Espagne, ce positionnement calendaire lui donne un air de “simple” préparation aux championnats du mondes qui affecte son propre prestige.

    Petite remarque j’aurais rajouté Hincapie Hamilton et Taylor Phinney (voir Le Monde pour revenir à “la source”) à la liste des américains qui assurent ou ont assuré le développement du cycliste (entre autre tour de Californie) sur le nouveau continent (les USA j’entends, car pour ce qui est de l’amérique du sud c’est un tout autre sujet encore bien entendu).
    Cette liste qui est d’ailleurs surprenante dans le sens où Armstrong n’a pas eu le mm impact sur son sport (bénéfique ou néfaste tout dépend du point de vue) que ses 3 collègues et compatriotes que vous évoquez, au palmarès respectable mais tout de même incomparable (mm si le quadra a l’an dernier décroché le tour d’Espagne).

    Voilà, mais là, je “tatillonne”.

    Je constate en tout cas que vous êtes un grand amateur de cyclisme, c’est pourquoi je vous sollicite pour apporter votre pierre à l’édifice du débat que je tente de faire naître autour de Peter Sagan

    http://yourzone.beinsports.fr/cyclisme-peter-sagan-terreur-tout-terrain-9198/

    Je serai ravi d’avoir votre avis à son sujet, et me ferai un plaisir de vous répondre le cas échéant.

  4. avatar
    12 mars 2014 a 14 h 32 min

    Oui à l’exception des Espagnols ou de coureurs ayant raté leur début de saison (Ullrich en 1999, Vinokourov en 2006), la Vuelta est devenue un stage intensif de préparation aux Championnats du Monde, eux mêmes boycottés par les grandes stars car placés fin septembre / début octobre depuis 1995, et non plus fin août / début septembre.

    Le doublé Tour – Mondial n’est pas près d’être réussi, même si Chris Froome l’a tenté en 2013, échouant sur le circuit de Florence.

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