Greg LeMond : plaidoyer contre un faux procès en illégitimité
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Greg LeMond : plaidoyer contre un faux procès en illégitimité

En 1990, Greg LeMond égale Philippe Thys et Louison Bobet avec un troisième maillot jaune sur le Tour de France. L’Américain, échaudé par les critiques d’illégitimité sur ses lauriers de 1986 face à Hinault et de 1989 face à Laurent Fignon avec le guidon de triathlète, explique que cette troisième victoire est celle qui doit faire taire les critiques.

Une des critiques les plus féroces vient de l’ancien directeur sportif de Greg LeMond chez Renault (1981-1984), Cyrille Guimard en personne !

“De mon point de vue, Greg LeMond n’a jamais gagné le Tour. Je veux dire que par trois fois, il aurait dû perdre le Tour. Qu’on en juge. En 1986, en toute logique, Hinault aurait dû remporter son sixième Tour s’il n’avait pas fait n’importe quoi dans la fameuse étape de Superbagnères, attaquant inutilement alors qu’il avait une avance confortable. Son directeur sportif n’avait pas eu l’autorité de l’en empêcher. En 1989, Fignon aurait dû gagner. C’est sa blessure à la selle qui l’en avait empêché. Pas LeMond. En 1990, Claudio Chiappucci aurait dû gagner à son tour, car il disposait d’une avance de 10 minutes. Et un peu comme le Blaireau en 1986, l’Italien a commis de telles erreurs, plus grossières les unes que les autres, que je préfère les oublier … C’est navrant de stupidité. Voilà l’énumération rapide. Impitoyable. A aucun moment Greg LeMond n’a gagné un Tour en passant à l’offensive et en lâchant ses adversaires. Ses seuls baromètres étaient son intelligence et sa résistance. Et puis il savait rester calme et serein face à toutes les situations. Ne dit-on pas qu’on ne gagne jamais un Tour de France par hasard ? Lui, il en a gagné trois.”

Conclu par une contradiction, le réquisitoire de Cyrille Guimard est sévère et manque d’objectivité, rappelant la critique acerbe de Miguel Indurain par Pierre Chany en 1993 (posant cette question ouverte face au manque d’initiatives du triple maillot jaune, peut-on devenir un champion mythique sans un grain de folie ?) puis en 1995, le mythique plume du journal L’Equipe accusant le Navarrais de ne pas avoir gagné une seule en étape en ligne en cinq Tours de France victorieux. Il est temps de démonter par point l’argumentation erronée de l’ancien directeur sportif de Renault, Système U, Castorama et autres Cofidis.

S’il est parfaitement exact que LeMond n’a jamais gagné de façon nette, qu’il n’a tutoyé la perfection que par intermittence sur le Tour de France (Superbagnères 1986, Versailles – Paris 1989), s’il ne s’est que trop rarement attiré les superlatifs de l’aréopage journalistique du fait , il est juste de le rétablir dans son mérité, et même de reconnaître qu’il serait plébiscité sans grande difficulté comme le plus grand coureur de la période 1986-1990, ère de transition entre la fin du règne de Bernard Hinault et le début du quinquennat (d’imposture) de Miguel Indurain, marqué au triple fer rouge de l’omerta, de l’EPO.

Si Guimard devait désigner un maillot jaune illégitime, alors il aurait dû viser Miguel Indurain, rouleur émérite et coureur au sang-froid redoutable dans l’adversité avec un masque de sphinx (exception faite de l’étape de Mende en 1995, qui causa la panique chez Banesto), mais le Goliath de Pampelune profita de l’expertise médicale de Sabino Padilla et de la lâcheté du Ponce Pilate de l’UCI à Lausanne, Hein Verbruggen. Ce dernier, refugié dans sa tour d’ivoire au bord du Lac Léman, refusait de nettoyer les écuries d’Augias du cyclisme 2.0 qui prenait forme sous ses yeux, sport gangréné par le fléau du dopage sanguin. Un canasson pouvait devenir étalon avec cet élixir de puissance qu’était l’EPO, comme Francesco Conconi l’avait montré en 1993. Agé de 55 ans, le médecin italien avait montré que l’EPO procurait un surcroît d’endurance et de puissance à nul autre pareil, telle la potion magique du druide Panoramix … Sur le juge de paix du col du Stelvio, difficulté mythique du Giro dans les Dolomites, Conconi avait fini 5e d’une course de côtes amateur parmi laquelle figuraient les meilleurs amateurs de la Botte ! La boîte de Pandore explosera en 1998 avec le scandale Festina, libérant ses démons sur la 85e édition du Tour de France, remportée par Marco Pantani. Depuis, l’épée de Damoclès du dopage plane sur chaque édition de la Grande Boucle, tous les mois de juillet depuis que Zülle, Dufaux, Virenque et consorts ont été exclus par Jean-Marie Leblanc et Jean-Claude Killy sur pression de Jacques Chirac, en visite en Corrèze une semaine après la victoire de la France sur le Brésil en Coupe du Monde de football et cinq jours après une garden-party avec Zinédine Zidane, Didier Deschamps et les 20 autres champions du monde. En spectaculaire remontée dans les sondages, le Président de la République ne voulait pas tuer dans l’œuf cette embellie de popularité, un an après la dissolution ratée de l’Assemblée Nationale (1997) qui avait conduit à une cohabitation avec le gouvernement socialiste de Lionel Jospin.

 

Tour de France 1986 (Greg LeMond vainqueur devant Bernard Hinault 2e à 3’10’’)

Cyrille Guimard oublie un point fondamental. En supposant que le Blaireau était le plus fort sur les routes de France et de Navarre en 1986, ce qui reste à prouver, il ne faut pas oublier qu’un pacte de non-agression avait été conclu début 1985 entre le natif d’Yffiniac et le jeune espoir américain, sous l’autorité de Bernard Tapie et de Paul Koechli. Sans ce pacte qui prévoyait la victoire du Breton en 1985 puis celle du Californien en 1986 par renvoi d’ascenseur, Greg LeMond l’aurait emporté en 1985 dans l’Hexagone, tant Bernard Hinault était mal en point à Luz Ardiden, certes affaibli par sa chute de Saint-Etienne et sa blessure au nez. Dans ce très sélectif col pyrénéen, Paul Koechli empêcha, sur ordre de Bernard Tapie lui-même, le Californien de tenter une banderille, tel Chris Froome bridé en 2012 par le Team Sky dans Peyragudes face à un Bradley Wiggins qui n’en menait pas large face aux démangeaisons du Kenyan Blanc. Mais si le jeune Américain (24 ans) avait pu courir à son gré dans Luz-Ardiden en 1985, alors le chrono final du Lac de Vassivière aurait servi d’estocade pour Hinault. Pour revenir à 1986, Hinault a commis deux erreurs, la première de franchir le Rubicon en rompant le pacte, la seconde de faire sortir LeMond de ses gonds. L’escarmouche du Blaireau entre Bayonne et Pau, en compagnie de Pedro Delgado, a provoqué un courroux tel chez l’Américain qu’il décida de tout faire exploser le lendemain vers Superbagnères. Cette deuxième place dans la capitale du Béarn est un péché d’orgueil d’Hinault, mais le Breton va en fait être victime d’une victoire à la Pyrrhus car il a laissé des forces inutiles dans cette joute de prestige. Aidé en cela par son compatriote et fidèle joker Andrew Hampsten, Greg LeMond fut ensuite impérial dans les Alpes, tandis qu’Hinault était à deux doigts de jeter l’éponge dans le col de l’Izoard. Mais le fait d’entendre le message radio d’Antenne 2 prête à filmer son abandon tel des vautours a motivé le quintuple vainqueur du Tour à continuer dans la Casse Déserte. Mais dans cette étape de Briançon, le mal était fait et Hinault du rendre son maillot jaune à son rival et coéquipier. L’arrivée main dans la main dans l’Alpe d’Huez, communication de dupes orchestrée par Bernard Tapie, ne laissa pas à Hinault le soin de refaire son retard.  Mais en avait-il les moyens ? L’ultime victoire du Breton dans le chrono de Saint-Etienne ne fut acquise que pour 25 secondes, Greg LeMond ayant chuté à Saint-Chamond et devant changer de vélo, ce qui perturba son effort solitaire. Le soir de sa victoire à l’Alpe d’Huez, Hinault affirmait à propos de son duel avec Lemond : Maintenant qu’on est seuls, on va peut-être pouvoir se mettre sur la gueule. 48 heures plus tard dans la cité stéphanoise,  le Blaireau reconnaissait à propos de son jeune coéquipier : Je ne lui ai rien épargné : paroles agressives, déclarations incendiaires. Je lui ai mis la pression maximale. S’il a résisté, cela signifie qu’il est un champion et qu’il mérite d’aller jusqu’au bout en vainqueur. Réalité ou manière déguisée de maquiller son échec personnel, le sixième maillot jaune ayant échappé à Jacques Anquetil en 1966 et Eddy Merckx en 1975 restant aussi utopique pour Hinault (comme il le serait pour Miguel Indurain en 1996) ? En tout cas, Bernard Hinault reconnaissait en personne toute la valeur de son héritier désigné et successeur au palmarès de la grand-messe de thermidor. L’usure du pouvoir avait atteint celui qui était digne de rentrer au panthéon du Tour de France avec Fausto Coppi, Louison Bobet, Jacques Anquetil et Eddy Merckx.

 

Tour de France 1989 (Greg LeMond vainqueur devant Laurent Fignon 2e à 8’’)

Victime involontaire de plombs tirés par son beau-frère lors d’un accident de chasse le lundi de Pâques (20 avril 1987) à Rancho Murieta en Californie, Greg LeMond manqua deux éditions du Tour de France en 1987 et 1988, remportées par Stephen Roche et Pedro Delgado. Orphelin d’Hinault, le peloton l’était aussi du seul coureur qui pouvait assumer le rôle de patron, puisque Laurent Fignon tardait à retrouver ses sensations et que Perico Delgado manquait encore de l’envergure suffisante pour prétendre à ce rôle.

Après ce terrible accident de chasse du printemps 1987, Greg LeMond n’avait plus les capacités d’attaquer dans les cols des Pyrénées et des Alpes, tel Eddy Merckx affaibli en montagne après septembre 1969 par sa terrible chute au vélodrome de Blois qui le pénalisera au niveau du dos. Exception faite du Mont Ventoux en 1970 où il voulait décrocher une victoire de prestige sur les pentes rocailleuses du Géant de Provence et dans l’étape de Luchon en 1971 pour désarçonner son rival espagnol Luis Ocaña ceint du maillot jaune acquis à Orcières-Merlette, le Cannibale belge n’a plus jamais dressé la guillotine en montagne après 1969, si loin du festival offensif de Mourenx, utilisant les autres terrains de jeu pour faire passer ses rivaux sous ses fourches caudines.

Chanceux LeMond en 1989 ? Certes Pedro Delgado a perdu le Tour dès le prologue au Luxembourg, certes Laurent Fignon a été blessé à la selle pour le chrono final entre Versailles et Paris. Guimard fait de cette blessure la clé de voûte de la défaite de Fignon, ou de la victoire de LeMond, ce qui revient au même.

Mais l’Espagnol, vainqueur sortant du Tour de France 1988 et de la Vuelta 1989 aurait-il été en position d’assumer la terrible pression du dossard n°1 ? Aurait-il fini si proche de Greg LeMond entre Dinard et Rennes s’il n’était pas parti en première position ce jour là, du fait de sa position de lanterne rouge au classement général (Delgado avait été lâché par ses coéquipiers de Reynolds Banesto dans le chrono par équipes, démoralisé par sa déconvenue du prologue) ? Car en Bretagne, le natif de Ségovie avait bénéficié d’un parcours ensoleillé, ses rivaux Fignon et LeMond réalisant les 73 kilomètres de l’épreuve sous la pluie. Par la suite, Delgado n’aurait pas bénéficié de la même liberté de mouvement, lui qui était devenu arbitre du bras de fer Fignon / LeMond.

Ce que Cyrille Guimard reproche surtout à Greg LeMond dans sa victoire de 1989, c’est sa passivité en montagne. Mais quand son métabolisme a changé (on le verra entre 1991 et 1994 avec la myopathie mitochondriale qui provoquera la fin de carrière prématurée du coureur américain), un cycliste change aussi sa façon de courir. Ayant perdu en explosivité tout en gardant une incroyable VO2 max, Greg LeMond était aussi pénalisé par la médiocrité de l’équipe ADR. Cette modeste formation belge était la seule qui croyait en lui après une saison 1988 moribonde où le champion du monde 1983 n’avait pas réussi grand-chose chez PDM, offrant même aux tubes cathodiques d’Europe l’image terrible de sa fatigue prononcée à l’arrivée d’une étape du Giro, dans les faubourgs de Naples.

La faiblesse de l’équipe ADR fut visible sous trois axes implacables :

-  Au chrono par équipes du Luxembourg où elle concéda 51 secondes à l’équipe Système U de Laurent Fignon, lauréate ce jour là

-  En montagne où elle fut aux abonnés absents, laissant son leader totalement isolé dans les cols pyrénéens et alpestres, le condamnant à un rôle de suceur de roue

-  A Paris où seuls 3 coureurs sur 9 arrivaient au terme de cette 76e Grande Boucle

Comment ne pas aussi pointer du doigt la terrible erreur tactique de Laurent Fignon dans l’Alpe d’Huez ? Ce jour là, Greg LeMond était au plus mal et le coureur français avait trop attendu avant de porter son effort maximal dans les lacets de la célèbre station iséroise … Gagnant 1’19’’ sur son rival d’outre-Atlantique, le double maillot jaune des Tours 1983 et 1984 aurait sans doute pu grappiller une minute de plus s’il avait attaqué 3 ou 4 kilomètres plus tôt …

Enfin sur la polémique du guidon Scott utilisé par les triathlètes (par opposition au guidon classique dit en « corne de vache »), LeMond n’avait pas fait autre chose que de rechercher une amélioration aérodynamique. Ce type de matériel n’étant pas interdit par l’UCI, ce sont plutôt les autres adversaires qui étaient naïfs pour ne pas aller chercher là le temps que procurait cet artifice aérodynamique. Comme le disait Colin Chapman, fondateur du Lotus F1 Team, les règles sont faites pour l’interprétation des sages et l’obéissance des fous(« Rules are made for the interpretation of wise men and the obedience of fools ») …

L’entêtement du clan Guimard à ne pas vouloir utiliser le guidon de triathlète Scott est plus discutable voire aberrant, surtout lorsque l’on se souvient du chrono Dinard – Rennes où Greg LeMond, dont la monture était nantie du fameux guidon Scott pulvérisa le Parisien de 56 secondes. Il est aussi vrai que ce jour-là la distance était trois fois plus longue qu’entre Versailles et Paris, 73 km contre 24.5 km.

Dès les premiers kilomètres, l’Américain apparut mieux posé sur sa machine, mieux coordonné dans ses mouvements, les mains mieux posées, soudées même aux arceaux de son guidon de triathlète. Couché à la perfection sur sa machine, l’épouvantail LeMond vomissait à satiété son trop plein de puissance phénoménale. Chaque coup de pédale le projetait, lui et sa bécane de rêve, neuf mètres plus avant dans une harmonie idéale et parfaite.

Collaborateur d’Antoine Vayer et Frédéric Portoleau sur les estimations des watts des coureurs du Tour depuis les années de plomb 1999-2005 de l’usurpateur Lance Armstrong, Frédéric Grappe estime à 18 % de traînée en moins pour Greg LeMond sur Laurent Fignon à la fin de ce Tour 1989 qui reste la madeleine de Proust de tant d’amateurs de cyclisme. Au pinacle de sa gloire en cette année 1989, LeMond aurait repris 3.5 km/h à Fignon du fait de cet avantage, soit 6 secondes au kilomètre selon Frédéric Grappe !

Le calcul est à prendre avec une extrême prudence quand on sait qu’entre Versailles et Paris, Fignon, bien que blessé à la selle (inflammation de l’entrejambe) se sublima et ne perdit que 58 secondes en 24.5 km sur LeMond, soit 2.37 secondes au kilomètre. Or l’Américain était un meilleur rouleur que le Français, blessure à la selle ou pas, même si Fignon, sans sa blessure, était en 1989 proche du faîte de sa carrière atteint en 1984, avec un état de forme stratosphérique, pour ne pas dire stellaire … Sur les pavés de la plus belle avenue du monde, Fignon passe du Capitole à la Roche Tarpéienne pour 8 secondes, ratant le Graal d’un troisième Tour de France pour huit malheureuses secondes.

 

Tour de France 1990 (Greg LeMond vainqueur devant Claudio Chiappucci 2e à 2’16’’)

Victime d’une mononucléose au printemps, et d’une préparation perturbée, Greg LeMond entame une course contre la montre pour être fin prêt avant le prologue du Futuroscope, programmé le samedi 30 juin 1990. 130e du Giro, l’Américain n’est que le fantôme du coureur qui a réussi en 1989 le prestigieux doublé Tour – Mondial. Mais Greg LeMond n’est pas fait du même métal que ses condisciples du peloton professionnel. Le maillot irisé de champion du monde, le Californien se fait ensuite violence pour finir 10e du Tour de Suisse. Certains ne croient pas en sa victoire avec l’équipe Z, et les autres vont les rejoindre dès le premier jour. Coincée entre le prologue et le chrono par équipes, l’étape matinale du dimanche 1er juillet est un enterrement de premier classe, un coup de Jarnac magistral dans lequel un certain Claudio Chiappucci, modeste grimpeur italien qui a fini 12e du Giro, s’est inséré. L’échappée des quatre, qui comprend également le Canadien Steve Bauer, le Français Ronan Pensec et le Néerlandais Frans Maassen, se passera le maillot jaune comme on se passe un témoin dans un 4 * 100 mètres sur une piste d’athlétisme. Ayant perdu 10’35’’ sur ces quatre courageux du dimanche matin, les grands leaders se sont regardés en chiens de faïence, façon western spaghetti, personne n’osant assumer la responsabilité de la poursuite, pas plus LeMond que Fignon, Breukink, Delgado ou Bugno. Mais l’Américain a une excuse par rapport à ses quatre challengers : son coéquipier Ronan Pensec était dans l’échappée du Futuroscope pour Z, alors que Delgado (Banesto), Fignon (Système U), Breukink (Panasonic) et Bugno (Château d’Ax) n’avaient pas de relais à l’avant. Et cela change tout pour la suite, même si LeMond devra aussi reprendre onze minutes à Claudio Chiappucci, dont on va vite voir qu’il vaut bien mieux que son anonyme 81e place sur le Tour de France 1989.

Laurent Fignon devant renoncer au Mont Saint-Michel, Pedro Delgado qui aurait dû laisser Miguel Indurain être le leader de la Banesto, Gianni Bugno très en deçà de son Giro euphorique malgré sa miraculeuse musicothérapie (sic), un seul coureur pourra vraiment concurrencer Greg LeMond à la régulière : Erik Breukink. Le Néerlandais, contrairement à l’Américain, gagnera deux étapes durant le mois de juillet 1990, deux CLM, ceux de Villard-de-Lans et du Lac de Vassivière. Mais le Néerlandais va craquer dans l’étape reine, celle de Luz Ardiden, où un Greg LeMond des grands jours accompagne Miguel Indurain jusqu’au sommet. Au climax de sa confiance, Claudio Chiappucci avait commis l’erreur suprême d’attaquer ses rivaux dans le col d’Aspin, trop tôt dans cette étape en forme de juge de paix. Le Toscan va le payer avec effet boomerang, quelques jours après le guêpier de Saint-Etienne où l’équipe Carrera s’est faite éparpiller façon puzzle par les favoris.

Au lendemain de Luz Ardiden, sur la route de Pau, Greg LeMond est victime d’une crevaison dans le col de Marie-Blanque. Le sang-froid de l’équipe Z, via Gilbert Duclos-Lassalle, va éviter une nouvelle frayeur au dossard n°1, qui récupère le maillot jaune au Lac de Vassivière, surclassant Chiappucci dans le chrono final du Tour. Certes, LeMond n’a pas gagné d’étape, certes il était loin de son climax en terme de forme, mais il était le plus fort, sans contestation possible, en ce mois de juillet 1990, Everest de sa carrière avec ce troisième maillot jaune en cinq participations, ce troisième maillot jaune en trois participations comme leader (LeMond étant équipier de Fignon en 1984 et d’Hinault en 1984), ce cinquième podium en cinq participations.

Face à un tel adversaire, il était fatal d’avoir un jour sans en 1990, et ce fut le cas pour Delgado, Chiappucci, Breukink et Bugno. Quant à Miguel Indurain, nouvelle figure de proue du cyclisme espagnol, il dut attendre 1991 pour se tester comme leader unique de Banesto. On connaît la suite, avec ce profil d’épicier qui ne prendra aucun risque en cinq ans, exception faite du Val Louron en 1991 et de l’étape de Liège en 1995.

Et à ceux qui rétorqueront que Claudio Chiappucci a ensuite atomisé Greg LeMond en 1991 et 1992 sur les routes du Tour de France, on répondra que l’Italien était boosté par l’EPO, privilège partagé avec Gianni Bugno et l’OVNI Miguel Indurain, tandis que l’Américain qui courait à l’eau claire subissait lui les premiers effets de la myopathie mitochondriale qui le contraindra à raccrocher son vélo en 1994, après une dernière participation à la plus grande course du monde, sous le maillot de l’équipe Gan.

En conclusion, Greg LeMond fait partie du club des coureurs qui n’auraient pas dépareillé en compagnie du carré d’as Anquetil / Merckx / Hinault / Indurain dans la galerie des quintuples maillots jaunes, ensuite dépassés par Lance Armstrong qui dévalera en 2012 le grand escalier encore plus vite qu’il ne l’avait gravi entre 1999 et 2005 en cannibalisant sept fois la Grande Boucle, sept ans de malheur pour un cyclisme qui avait cassé le miroir en 1998, de peur de se regarder dans la glace, de faire son introspection.

-  Gino Bartali

-  Fausto Coppi

-  Jan Ullrich

-  Alberto Contador

-  Christopher Froome

 

Mais Greg LeMond, comme les deux Italiens ainsi que Froome et Contador, avaient un handicap pour rentrer dans le club des quintuples vainqueurs. A l’exception du virtuose bruxellois Eddy Merckx, les patronymes des autres se prononcent tous par une voyelle (Jacques Anquetil, Miguel Indurain, Lance Armstrong), voire une consonne muette comme le H de Hinault.

 

  1. avatar
    23 mai 2017 a 16 h 43 min

    Merci poru le bel article.

    Effectivement LeMond est un beau champion, qui plus est le dernier avant l’ère EPO.

    La fin de l’article n’est pas claire. Que représente cette liste de 5 noms (Bartali, Coppi, Ullrich, Contador et Froome) ?

    Pour le club des quintuples vainqueurs, essaies-tu de dire que tous leurs noms *commencent* par une voyelle ?

  2. avatar
    24 mai 2017 a 8 h 50 min

    Salut Fabrice,

    Oui Gino Bartali et Fausto Coppi (malgré René Vietto, Jean Robic, Fiorenzo Magni ou Ferdi Kubler) se seraient partagés les victoires durant la guerre entre 1940 et 1946, soit 7 Tours perdus pour les deux cracks venus de Toscane et du Piémont.

    Idem pour Greg LeMond qui a perdu deux belles occasions en 1987 et 1988, par la faute de l’accident de chasse de Rancho Murieta; Voire 1991 car sans les plombs et la début de sa myopathie, peut être aurait-il pu batter Indurain et Bugno meme dopés à l’EPO ?

    Jan Ullrich, sans Lance Armstrong le phénix du cancer, aurait peut être gagné en 2000, 2001 et 2003, voire 2004, 2005 et 2006 face à Ivan Basso, meme si l’Allemand était dope via le Dr Eufemiano Fuentes et ses poches de sang cryogénisées à Madrid.

    Enfin Alberto Contador a rate de belles occasions en 2011 en visant le Giro donc en se mettant en danger physiquement. En 2014, il chute alors qu’il aurait peut etre pu battre Nibali dans les cols alpestres et pyrénéens.
    En 2012, il est suspendu mais le duel avec Wiggins / Froome aurait pu etre tres interessant avec Nibali en arbitre, Cadel Evans étant hors du coup (7e).

    Sinon oui en effet Anquetil Indurain Armstrong cela commence par une voyelle.

  3. avatar
    24 mai 2017 a 12 h 39 min
    Par M. birdy

    Bel article. Cyrille Guimard oublie de dire également que Fignon, en 1989, fait une erreur dans l’ étape d’Aix les Bains il me semble, ( victoire de Lemond) ou celle d’avant. A la fin de l’étape Fignon répond aux journalistes” je n’avais pas envie de monter le dernier col, tout seul”. Pour l’étape de l’Alpe d’huez, toujours en 1989, Lemond gagne peut être le Tour en s’arrachant pour limiter la casse. Pour ce qui est du tour 1990, axel, c’est davantage Indurain qui accompagne Lemond. Ce dernier ne gagne pas d’étape, certes mais fait 2 très belles places à Luz Ardiden derrière Indurain et à l’ Alpe d’huez derrière Hinault. Guimard oublie de dire que Lemond fait preuve de beaucoup de fair play en 1985 en admettant le rôle d’équipier, de même qu’en 1990 ou il n’attaque à aucun moment son équipier en jaune Ronan Pensec dans cette étape de l’Alpe d’Huez. Enfin Guimard oublie aussi qu’en 1985 Lemond est près à rester chez Renault s’il réhausse son salaire, car Bernard Tapie proposait à l’américain un bien meilleur salaire. Guimard répondit à Lemond : ” Sans moi, tu ne gagneras jamais le Tour”. Lemond quitta Guimard pour rejoindre Hinault et la vie claire.

  4. avatar
    24 mai 2017 a 16 h 41 min

    Salut Birdy,

    Oui Guimard a la mémoire selective … L’étape de Luz Ardiden, en 1990, montre pour moi que Greg LeMond ets un pur champion, car c’est l’étape reine et il a su élever son niveau ce jour là, meme si c’est vrai que le maillot jaune (Claudio Chiappucci) a eu une attitude un peu kamikaze en attaquant trop tôt dans le col d’Aspin …

    Pour 1985, Guimard n’aurait jamais eu l’argent fin 1984 pour suivre Bernard Tapie de toute façon. La régie Renault était déjà dans le rouge, et la boite de Pandore explosera en juillet 1985 à la fin du Tour de France gagné par Hinault devant LeMond chez La Vie Claire : fin de l’équipe cycliste Renault fin 1985, retrait de l’écurie F1 en 1986 (meme si le Losange continuera de fournir en moteurs turbo les teams Lotus et Ligier, avant de claque la porte fin 1986 meme comme simple motoriste).

  5. avatar
    24 mai 2017 a 16 h 45 min

    Quant à Indurain, il avait écrasé Fignon en 1990 au Mont Faron sur Paris – Nice, mais cela n’a pas suffi à convaincre José Miguel Echavarri de déboulonner l’idole Delgado pour le Tour de France.
    Pourtant le Navarrais avait montré dans le col d’Eze ses progress : 2e de l’étape en 1989 mais à 32 seconds de Stephen Roche vainqueur, 4e en 1990 mais à seulement 7 seconds d’un crack comme l’Irlandais, specialist de la course au soleil

    Il fallut attendre 1991 et la Vuelta gagnée par Mauri devant Indurain pour que Banesto change de leader. Et que l’ère LeMond se termine au profit du Goliath espagnol …

  6. avatar
    24 mai 2017 a 21 h 34 min
    Par M. birdy

    Pour conclure, le palmares de Lemond aurait pu ( du ?) être différent sans son accident de 1987. Non seulement sur les grands Tours, mais surtout sur les classiques. En effet entre 1981 et 1986, on peut voir dans les résultats de l’américain des 4eme places à Roubaix au Het volk à Wevelgem et à Tours, des 2eme places à San Rémo et en Lombardie, une 3 eme place à Liège une 7 eme place aux Flandres, sans énumérer les podiums dans les courses d’une semaine ( Tirreno, Paris Nice, pays basque Romandie etc..)
    Bref des “presque ” victoires qui placent Lemond parfaitement entre les Hinault , Merckx et Cie qui trustaient grands Tours et classiques et les coureurs de grand tour des années 1990 qui ignoraient les classiques, excepté Gianni Bugno qui claque un Tour des Flandres. Quid : Existera -t- il un jour un coureur, capable à nouveau de jouer dans les deux grandes cours ?

  7. avatar
    25 mai 2017 a 6 h 46 min

    Salut Birdy,

    Ce coureur existe sauf qu’il est trop juste (dans les CLM) pour gagner le Tour : Alejandro Valverde.

    Un peu comme Sean Kelly et Laurent Jalabert, trop faibles eux en très haute montagne jadis.

    Ces 3 hommes, comme le Kazakh Alexandre Vinokourov autre coureur très polyvalent, ont tous gagné la Vuelta mais ont tous raté les deux plus beaux maillots du cyclisme : le jaune du Tour et l’arc-en-ciel du Mondial (en ligne s’entend, Jalabert ayant gagné celui du CLM en 1997)

  8. avatar
    26 mai 2017 a 18 h 44 min
    Par M. birdy

    Salut Axel

    Quand j’écrivais ” les deux grandes cours”, je pensais en réalité Tour + Flandriènnes. . Lemond a vraiment tenté les deux avant 1986 , notamment en 1985 : 2 eme du Tour , 4eme du Het volk , 7 eme aux Flandres et 4 eme à Roubaix. Certes c’est aucune victoire mais tout de même. Aucun vainqueur de Tour (ou futur vainqueur ) n’a fait aussi bien dans les flandriènnes depuis l’américain. On peut dire que lemond fut le coureur du Tour qui a joué la gagne dans les flandriènnes et Kelly , l’inverse.

  9. avatar
    29 mai 2017 a 20 h 39 min

    Salut Birdy,

    Oui je n’avais pas compris que tu te focalisais sur les Flandriennes et non pas sur les 5 monuments. Mais même sur une classique hors monuments, le dernier (futur) maillot jaune à avoir gagné reste Cadel Evans en 2010 à la Flèche Wallonne.

    Avant cela, on peut citer Andy Schleck (lauréat sur tapis vert en 2010) gagnant haut la main la Doyenne à Liège en 2009.

    Sinon, à part Indurain à San Sebastian (1990), Riis à l’Amstel Gold Race (1997) et Armstrong à San Sebastian (1995) puis au Mur de Huy sur la FW (1996), pas grand chose à se mettre sous la dent.

    J’aurais tant aimé voir Pantani sur la Fleche Wallonne par exemple.

  10. avatar
    6 juin 2017 a 20 h 52 min
    Par the sampras

    Sur le tour 1989, le mérite de Lemond est d’avoir gagné avec une équipe très faible. Mais je suis désolé, le guidon utilisé pour les chronos était à l’époque non réglementaire et c’est l’incroyable laxisme de l’UCI qui n’est plus à démontrer (voir l’affaire Delgado un an avant) qui a permis à Lemond d’en bénéficier. Tout ceux qui ont fait un peu de vélo connaissent l’énorme avantage que donne ce guidon, et c’est donc non pas en secondes mais en minutes que Fignon aurait dû gagner ce tour.
    Mais bon on en parlerait pas autant aujourd’hui.
    Après Lemond coureur à l’eau claire, faut pas non plus être naïf : évidemment rien à voir avec ce qu’on a connu après, mais quand tu fais plus de 54 de moyenne le dernier jour d’une course de 3 semaines même sur un chrono très court et très favorable, c’est que tu as quand même bien récupérer.
    Je l’aime ce tour 1989.

    • avatar
      5 septembre 2017 a 9 h 34 min
      Par El Niño

      Le seul mérite de Lemond en 1989 est effectivement d’avoir gagné le Tour avec une équipe faible ; cela explique aussi pourquoi il a couru sans panache, suçant la roue de Fignon autant que possible (idem aux championnats du monde 89 : c’est quand Fignon a attaqué pour revenir sur les hommes de tête que Lemond a suivi…). Pour ce qui est du guidon, clairement le gain est énorme ; si cela avait été sur le Giro et qu’il avait battu un Italien, il aurait été disqualifié… seulement en France on n’aime pas protéger nos champions (je ne demande pas à faire comme les Italiens qui on triché contre… Fignon, pour offrir le Giro 84 à Moser !), alors on a laissé le titre à Lemond… Peut-être aussi pour pénétrer le marché US (ce qui n’a finalement été fait qu’avec Armstrong).
      Pour ce qui est du dopage, ce n’est pas parce que l’équipe s’appelait La Vie Claire, que les gars étaient cleans :-) Lemond a été chez Guimard avant, puis chez Tapie/Köchli… Mouais, ce n’était pas encore l’EPO, mais le dopage était bien institutionnalisé… Et mis à part quelques exceptions comme Hampsten, les Lemond, Delgado, Roche, Bugno, Hinault et Cie étaient tous chargés…
      Bref, selon moi, le Tour 89 aurait dû revenir à Fignon, à cause du guidon. En revanche, Lemond se fait voler le Tour 85 sur lequel il était le plus fort, mais pas le leader de l’équipe (comme Froome avec Wiggins en 2012)

  11. avatar
    8 juin 2017 a 9 h 52 min

    Hello The Sampras,

    Tout depend ce qu’on appellee à l’eau Claire … Tant que ce sont des produits autorisés par l’UCI / CIO, why not …

    Sur le guidon, c’était à Fignon et Guimard de se calquer sur ADR et LeMond ! Mais au final, entre la faiblesse d’ADR et le guidon, je pense quand meme que l’Américain fait un beau maillot jaune en 1989.

    Certes Fignon n’aurait pas démérité non plus cette année là.

  12. avatar
    21 juin 2017 a 12 h 35 min
    Par Gérard Denizeau

    Au regard de ce qu’il a affronté (arrivée de l’EPO dont il n’a pas usé, accident de chasse, curieuse conception de la “loyauté” par Hinault), il est magnifique que Lemond présente un tel palmarès (3 TFD, 2 CM). M. Birdy évoque à juste titre (comme je l’avais fait dans une réponse précédente à Axel) ses places dans les classiques. Pas de bouquet, mais des podiums rappelant qu’il était un vainqueur en puissance et qu’il ne se limitait pas, comme il en a été accusé, au seul TDF. Remarque incidente : la constance d’Axel dans l’excellence ne l’incite-t-elle pas à écrire une véritable histoire du cyclisme ? Dans le genre (à l’exception de Pierre Chany), les parutions sont d’une telle nullité que son ouvrage ferait référence. Aux éditeurs frileux, on peut proposer un système de souscription – par exemple sur ce blog. D’ores et déjà, je m’inscris…

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