Indurain et le contre-la-montre : Bergerac 94 plutôt que Luxembourg 92
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Indurain et le contre-la-montre : Bergerac 94 plutôt que Luxembourg 92

Marqué au fer rouge par le règne de l’EPO époque jus d’orange, le quinquennat de Miguel Indurain comme maillot jaune fut symbolisé par le massacre de Luxembourg, le 13 juillet 1992. Mais contrairement aux apparences, la plus grosse performance du Navarrais dans l’effort solitaire reste celle du 10 juillet 1994 entre Périgueux et Bergerac, quand l’Hercule de la Banesto écrasa les pédales sur un parcours parsemé de faux-plats montants à plus de 50 km/h de moyenne … L’apogée du roi Miguel contre la montre fut donc plus méridionale qu’au Luxembourg, sur des routes du Périgord où la pédalée du champion de Navarre fracassa l’asphalte d’une puissance parvenue au firmament.

Pour ceux dont la madeleine de Proust de l’anéantissement cycliste est le Luxembourg 1992, il faut se replonger dans le contexte de l’époque et celui de Bergerac 1994. Les chiffres, eux, aussi ne mentent pas. Miguel Indurain a certes pulvérisé ses adversaires en 1992 au Luxembourg, humiliant le peloton sur la plus grande course du monde, certes courue dans une ambiance de kermesse au mois de thermidor, mais totalement professionnelle, compétition cycliste en forme de mastodonte aux enjeux médiatiques et financiers déjà colossaux à l’époque. Un an plus tard, en 1993, au Lac de Madine, il éparpillait encore façon puzzle ses rivaux, de nouveaux laminés comme de vulgaires fétus de paille par ce rouleur à la puissance herculéenne. Mais en 1994 entre Périgueux et Bergerac, Indurain semblait parvenu au stade ultime de sa métamorphose en titan du contre-la-montre, atomisant véritablement le reste de la meute pour qui cette étape sera un naufrage collectif sous un soleil de plomb, un Radeau de la Méduse version périgourdine, un champ de ruines microscopiques à ramasser à la petite cuillère.

 

Argentan – Alençon 1991 (vainqueur devant Greg LeMond à 8’’)

C’est ce jour là, vers Alençon, que le chrono devient la chasse gardée du roi Miguel, qui n’a pas encore ceint sa couronne, son bastion imprenable, une sorte de Fort Knox inviolable. La méforme d’Erik Breukink qui abandonnera avec la reste de la PDM dans une hécatombe collective lié à un mauvais dosage d’EPO, explique son effondrement en fin d’épreuve (73 km). Vainqueur des étapes chronométrées de Villars de Lans mais aussi du Lac de Vassivière en 1990, le champion néerlandais était le principal outsider désigné de l’Américain  LeMond en 1991. En tête à tous les pointages intermédiaires, Breukink s’écroule en fin de parcours, terminant 4e à 1’14’’ de Miguel Indurain. Le coureur batave, comme le reste de son équipe PDM, abandonnera quelques jours plus tard cette édition 1991 entre Rennes et Quimper. Et Greg LeMond, malgré sa myopathie naissante, résiste au double vainqueur de Paris – Nice (1989 et 1990) qui a remplacé en 1991 Pedro Delgado comme leader de l’équipe Banesto. Indurain n’est pas encore au faîte de sa gloire, mais il a pris possession de son royaume. Le joug ne fera que s’accentuer.

 

Lugny – Mâcon 1991 (vainqueur devant Gianni Bugno à 27’’)

Fort d’une défense impeccable de son maillot jaune dans l’Alpe d’Huez face à son dauphin Gianni Bugno, Miguel Indurain enfonce le clou entre Lugny et Mâcon. Celui qui valait bien mieux qu’un joker de luxe de Pedro Delgado en 1990 va dominer ses rivaux sur les routes du Beaujolais. Gianni Bugno et Greg LeMond, qui concèdent 27 et 48 secondes au vainqueur du jour, ne le savent pas encore, mais le règne de Miguel Indurain qui s’ouvre alors sur le Tour de France est aux antipodes d’un feu de paille, un quinquennat implacable dont l’antidote ne sera jamais trouvé, la pièce du puzzle manquante étant en 1996 Sabino Padilla, qui claqua la porte de Banesto fin 1995 au grand dam de José Miguel Echavarri.

 

Luxembourg 1992 (vainqueur devant Armand De Las Cuevas à 3’00’’)

Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir. Cette célèbre phrase tirée de l’Enfer de Dante, voilà ce qu’auraient dû écrire les organisateurs du Tour de France à l’intention des rivaux de Miguel Indurain sur la rampe de lancement de l’épreuve chronométrée du Luxembourg … En 1992, l’EPO n’en est pas encore à son âge d’or. Seuls quelques initiés ont pu pénétrer dans cet Eldorado du dopage sanguin qui ouvre toutes les perspectives. L’affaire PDM de 1991, où l’équipe hollandaise a été décimée entre Rennes et Quimper avant de rejeter la faute sur l’alimentation de l’hôtel rennais du Cheval d’Or, a montré que le dosage de cet élixir de puissance était à manier avec précaution. Préparé par Sabino Padilla et Francesco Conconi, Miguel Indurain peut viser le Graal face à deux autres coureurs qui ont franchi le Rubicon, Gianni Bugno et Claudio Chiappucci. En ce 13 juillet 1992, coiffé d’un casque bleu tout sauf pacifique, le colosse de Navarre va tutoyer la perfection sur le plan aérodynamique. Mais le combat est déséquilibré, les dés sont pipés, rares sont ceux qui ont accès à la potion magique. En creusant des écarts abyssaux, témoin d’un sport à deux vitesse, l’Espagnol s’attire tous les superlatifs d’une presse qui n’a pas encore voulu ou su comprendre à quel point l’omerta était viscéralement ancrée dans les mœurs du peloton. Le lendemain du massacre, les journaux comparent l’astre navarrais aux plus grands virtuoses du cyclisme d’antan, de Coppi à Hinault en passant par Merckx ou Anquetil. Dauphin d’Indurain à 3’00’’, son coéquipier français Armand De Las Cuevas se fera gronder par le directeur sportif de Banesto. Troisième à 3’41’’, Gianni Bugno devance Greg LeMond de 23 secondes (4e à 4’04’’ de Big Mig). L’Italien et l’Américain sont écoeurés, mais ce n’est rien à côté de Laurent Fignon qui a vu la fusée Indurain lui reprendre 6 minutes. Double maillot jaune en 1983 et 1984, encore 6e de la Grande Boucle en 1991, le Français est doublé par le Goliath de Banesto à 53 km/h dans un faux-plat montant. Seul dans sa dimension ce jour là, Miguel Indurain était aussi en première classe en terme de préparation pharmaceutique. Surnommé l’Extra-terrestre, Indurain a surtout bénéficié ce jour là de l’avance scientifique de Banesto sur le reste du peloton (plus de la moitié des concurrents terminant à 10 minutes voire plus), Carrera et Gatorade exceptées. Certains pensent qu’Indurain a atteint la quadrature du cercle dans l’effort solitaire ce jour là, tel Jacques Anquetil en 1962 entre Bourgoin et Lyon. C’est doublement faux, car contrairement à la caravelle de Normandie, le sphinx ibérique a bénéficié d’une avance médicale lui permettant de cannibaliser la course. Mais surtout, après cette performance stratosphérique du Luxembourg, Indurain le mutant passera au stade stellaire en 1994 entre Périgueux et Bergerac, face à une concurrence bien mieux organisée du point de vue, non pas de l’entraînement, de la recherche technologique ou de l’aérodynamisme, mais de la préparation pharmaceutique. Asclépios et son caducée sont devenus la panacée pour coiffer les lauriers à Paris … Après la ruée vers l’or en fin de XIXe siècle aux Etats-Unis, place à la ruée vers les watts en cette fin de XXe siècle en Europe.

 

Tours – Blois 1992 (vainqueur devant Gianni Bugno à 40’’)

Ce jour là, entre Tours et Blois, Miguel Indurain roule à 52.349 km/h sur plus de 64 kilomètres, un chiffre impressionnant qui sera battu par Lance Armstrong en 2000 sur 58.5 kilomètres vers Mulhouse, à 53.986 km/h de moyenne. Après San Sebastian et Luxembourg, Miguel Indurain réalise le Grand Chelem des chronos individuels dans cette édition 1992 où tout le monde sera passé sous ses fourches caudines. Sorte d’OVNI du chronomètre,  de coureur 2.0, le champion espagnol impose sa férule au Tour de France avec une impression d’invulnérabilité à la fois liée à sa préparation scientifique à l’EPO, à son calme olympien et à son aérodynamisme parfait. Le pire est qu’en 1992, Miguel Indurain n’est pas encore au pinacle de son propre art cycliste, qu’il n’atteindra qu’en 1993-1994, portant la maestria à des hauteurs insoupçonnées, entre des écarts toujours aussi colossaux lors des chronos, et un appétit digne de Pantagruel pour museler les grimpeurs en montagne.

 

Lac de Madine 1993 (vainqueur devant Gianni Bugno à 2’11’’)

Sans une crevaison, Miguel Indurain aurait éliminé son frère cadet et coéquipier Prudencio ce jour là au Lac de Madine. Un an après le massacre du Luxembourg, l’Espagnol récidive, dans des proportions moins effrayantes. Cette fois, il tolère trois coureurs sous la barre des trois minutes, l’Italien Bugno (2e à 2’11’’), le Néerlandais Breukink (3e à 2’22’’)  et le Suisse Rominger (4e à 2’42’’). La performance du Zougois montre qu’Indurain domine moins son sujet, même s’il est toujours utopique de vouloir le battre sur un chrono longue distance.  Comme l’Espagnol, Tony Rominger a été victime d’une crevaison. Mais surtout, le champion helvète de l’équipe Clas a effectué les 59 km du parcours lorrain sous la pluie et la grêle, étant bien moins classé au général qu’Indurain et les autres ténors. Sans ce handicap météorologique, le Suisse aurait certainement battu Bugno et Breukink, et peut être pu limiter son retard sur l’épouvantail de Pampelune à moins de deux minutes. L’écart entre Indurain et ses rivaux reste cependant colossal, un vrai gouffre. Ce jour là sous le déluge, Tony Rominger aurait pu prendre dans l’arche de Noé tous ceux qui auraient voulu échapper à l’implacable hégémonie de Miguel Indurain. Mais contrairement aux pronostics, l’Espagnol agira ensuite avec panache dans les cols alpestres, menant grand train sur les pentes du Galibier pour assumer son maillot jaune, ne jouant pas à l’épicier. Et le col préféré de feu Henri Desgrange se muera alors en Golgotha pour plusieurs prétendants au titre, d’Erik Breukink à Gianni Bugno en passant par Claudio Chiappucci.

 

Brétigny-sur-Orge – Monthléry 1993 (2e derrière Tony Rominger)

Battu par son dauphin suisse en cette fin de Tour de France 1993, Miguel Indurain souffre de fièvre depuis les cols pyrénéens. Il annulera d’ailleurs tous ses critériums après la Grande Boucle. Le maillot jaune est vaincu pour la première fois dans un chrono longue distance du Tour de France depuis celui du Lac de Vassivière en 1990. Tout le monde a les yeux de Chimène pour Rominger en ce samedi 24 juillet 1993, mais chacun vérifiera concrètement que si l’horlogerie est bien une spécialité suisse, c’est bien Indurain qui va remettre les pendules à l’heure en 1994, montrant que le Tour de France est un processus darwinien, une sélection naturelle impitoyable dont seul le plus fort émerge.

 

Périgueux – Bergerac 1994 (vainqueur devant Tony Rominger à 2’00’’)

Battu lors du prologue de Lille par l’électron libre anglais Chris Boardman, Miguel Indurain va offrir un démenti cinglant à ceux qui le croient sur le déclin. Loin de l’usure du pouvoir, le Tour de France 1994 va offrir au monde le plus gros carnage jamais réalisé par le colosse espagnol sur la Grande Boucle dans une épreuve chronométrée … Dans le Périgord, sur des routes parsemées de passages en faux-plat montant, Indurain exploite à merveille la canicule. Mais contrairement à 1992, le contexte a changé. Les records de l’heure de Graeme Obree et Chris Boardman en 1993 ont relancé l’intérêt pour la recherche aérodynamique, l’Ecossais Obree ayant fabriqué son vélo avec notamment une pièce venant de son lave-linge ! Surtout, plus personne n’ignore l’EPO dans le peloton depuis que la boîte de Pandore a été ouverte libérant tous ses démons, Michele Ferrari s’étant chargé d’en faire la publicité avec sa conférence de presse culte suite au triplé Gewiss Ballan dans la Flèche Wallonne 1994. L’EPO, aussi peu dangereuse que le jus d’orange à faibles doses, est devenu monnaie courante dans le peloton cycliste européen, tous les avatars de Faust ayant cédé à la tentation sous l’impulsion des réincarnations de Méphistophélès. Hein Verbruggen, le Ponce Pilate de l’UCI, refuse de nettoyer les écuries d’Augias. Le CIO reste perché en haut de la même tour d’ivoire sur les rives du Lac Léman, le prince Alexandre de Mérode étant ami avec Francesco Conconi, qui à 55 ans a fait la démonstration de la fontaine de jouvence EPO sur les pentes du mythique col du Stelvio, juge de paix des Dolomites. Lors d’une course amateurs italienne où Verbruggen fait aussi partie des concurrents, Conconi termine 5e face aux meilleurs amateurs du pays, ceux qui se battent aux avant-postes du Baby Giro … Sans aller jusqu’à dire que personne ne mise en kopeck sur Miguel Indurain suite à son échec au Giro 1994 face à Berzin et Pantani, les pronostics vont sur Tony Rominger, pourtant battu de quatre secondes par le triple lauréat de l’épreuve dans les rues de Lille. Entre Périgueux et Bergerac, Tyrano dresse la guillotine et montre que briguer une quatrième fois la couronne n’était pas un péché d’orgueil, loin s’en faut … En 64 kilomètres, le favori Rominger tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne. Parti dans la peau d’un coureur en pleine confiance, le Suisse arrive groggy à l’arrivée, tel un boxeur proche du K.O. Le triple vainqueur de la Vuelta concède deux minutes pleines à un Indurain insolent de supériorité, totalement intouchable face à un peloton désormais contaminé à 80 % par le fléau EPO, sauf quelques irréductibles comme la Motorola de Lance Armstrong, qui ne tardera pas à basculer du côté obscur de la force. Champion du monde à Oslo en 1993 devant sa majesté Indurain, l’impulsif Texan prend une valise de 6 minutes face au dossard n°1, surpuissant sur son Pinarello dont il écrase les pédales avec un braquet énorme. En 1992 à Luxembourg dans un peloton très hétérogène en  terme de préparation pharmaceutique, le 10e de l’étape (Pedro Delgado) avait concédé la bagatelle de 4’52’’ en 65 km, soit 4.49 secondes à chaque borne. En 1993 à Madine, le 10e au classement (Stephen Roche) avait rendu 4’30’’ au Pantagruel ibérique en 59 km, soit 4.57 secondes à chaque kilomètre. En 1994 à Bergerac le 10e du chrono (Piotr Ugrumov) perd 6’04’’ en 64 km, soit 5.68 secondes tous les 1000 mètres, soit 26 % de plus qu’en 1992 sur les routes du Grand-Duché dans un peloton plus homogène au niveau de l’accès au dopage de pointe, chacun tirant la quintessence du produit miracle EPO. On sait en effet très bien que le Letton de 33 ans, membre de la Gewiss de Michele Ferrari, était propulsé à l’EPO, lui qui finira ce Tour de France 1994 sur les chapeaux de roue avec deux victoires à Cluses et Avoriaz, précédées d’une deuxième place à Val Thorens, le Colombien Nelson Rodriguez ayant sauté Ugrumov sur la ligne d’arrivée.

 

Morzine – Avoriaz 1994 (3e derrière Piotr Ugrumov pour 3’16’’ et Marco Pantani pour 1’38’’)

Plébiscité meilleur coureur du monde depuis 1992, Miguel Indurain a course gagnée depuis Luz Ardiden, quand le duo Rominger / Virenque était relégué à huit minutes de sa Majesté. Hormis une frayeur dans la descente du mont Ventoux vers Carpentras, le despote espagnol n’a connu aucune alerte, même si le Letton Piotr Ugrumov et l’Italien Marco Pantani pérennisent les exploits dans les Alpes, l’avance du Navarrais fondant comme neige au soleil. Mais la messe est dite depuis longtemps pour savoir qui soulèvera le vase de Sèvres à Paris le 24 juillet 1994, le colosse de Pampelune s’offre le luxe d’être surclassé par ses deux rivaux entre Morzine et Avoriaz. Apothéose de la carrière d’Ugrumov, cette étape chronométrée fera perdre le podium à Richard Virenque, tandis qu’Indurain s’offre le Graal, le maillot jaune, pour la quatrième année de rang. Ce Tour de France 1994 aux allures de concours Lépine avec un parcours anti-montagneux n’aura pas suffi pour détrôner le champion de Banesto, tant les ravages sur le plat avaient été monstrueux entre Périgueux et Bergerac, sur seulement 64 kilomètres en forme de partition sans fausse note aux airs de requiem pour la concurrence … La razzia du roi Miguel se poursuit donc un an de plus, lui qui fut donc au climax durant ce Tour de France, après un Giro en forme de trompe l’œil où l’Espagnol n’avait pas grillé toutes ses cartouches face à Berzin et Pantani.

 

Huy – Seraing 1995 (vainqueur devant Bjarne Riis à 12’’)

L’écart est faible mais pour deux raisons. Primo, la démocratisation du produit EPO se poursuit dans le peloton, et surtout la qualité de la préparation scientifique chez les médecins des équipes (Conconi, Padilla, Cecchini, Ferrari). Secundo, Miguel Indurain a fait preuve d’un panache inhabituel sur la route de Liège, sortant comme un dragster du peloton à 25 kilomètres du terme. Suivi comme son ombre par Johan Bruyneel qui ne collabore pas pour protéger les intérêts de ONCE (en l’occurrence ceux d’Alex Zülle et Laurent Jalabert), l’Espagnol creuse un écart de 2 secondes au kilomètre sur le peloton. Fatigué par ce grand numéro, le gladiateur de l’asphalte ne porte pas l’estocade traditionnelle dans le premier grand chrono du Tour, comme c’était le cas depuis 1992. A quelques kilomètres de l’arrivée, c’est même Bjarne Riis qui pointe en tête au dernier temps intermédiaire, pour 5 secondes. Victoire à la Pyrrhus la veille à Liège pour Indurain ? Que nenni. Mais la figure de proue du cyclisme espagnol ne veut pas subir un nouvel échec, quelques mois après avoir perdu son duel à distance avec Tony Rominger dans le cadre du record de l’heure. L’orgueil pousse le roi Miguel à un effort terrible dans le money time entre Huy et Seraing. C’est finalement pour 12 secondes que le quadruple tenant du titre l’emporte en Belgique face à son rival danois.

 

Lac de Vassivière 1995 (vainqueur devant Bjarne Riis à 48’’)

Comme à Seraing, Riis est le plus menaçant pour le maillot jaune. Mais cette fois, point d’épée de Damoclès sur la tête du champion espagnol, sur les routes du Lac de Vassivière, Indurain remet les pendules à l’heure, et passe en tête à chaque pointage intermédiaire. Le plus troublant n’est pas l’écart creusé sur le Scandinave dans le Limousin, mais l’écart avec les chronos de 1985 et 1990 au même endroit. 4e en 1990 derrière Erik Breukink, Miguel Indurain améliore son temps de 6 minutes pour ce qui restera comme son chant du cygne sur la Grande Boucle, avant que l’usure du pouvoir ne le rattrape enfin en 1996. Entre 26 et 31 ans, un coureur ne progresse pas autant, même si l’on admettra facilement que  défendre le maillot jaune offre plus de forces mentales que viser le top 10 du Tour de France, comme c’était le cas en 1990 pour le Navarrais. Deux autres coureurs témoins prouvent bien que l’EPO fausse tous les repères. Le premier est Claudio Chiappucci. Le Toscan était maillot jaune en 1990 au départ de l’étape limousine autour du Lac de Vassivière. Il perdra la Toison d’Or au profit de Greg LeMond, mais El Diablo s’était battu comme un lion, la rage chevillée au corps. En 1995, à la onzième place du Tour de France et se battant avec le grimpeur colombien Hernan Buenahora pour entrer dans le top 10 final, le coureur italien a moins de raisons de tirer la substantifique moelle des forces qui lui restent après plus de 3 400 kilomètres de course. Le chrono réalisé par Chiappucci en 1995 est pourtant meilleur qu’en 1990, même s’il termine à la 17e place comme cinq ans plus tôt ! Quand à Jesper Skibby, il aurait terminé 2e en 1985 avec son temps de 1995 (28e de l’étape), soit comme un certain Greg LeMond. Or sans manquer de respect au coureur danois, le champion américain était d’une toute autre envergure, avec trois victoires dans le Tour de France (1986, 1989, 1990), avant que l’EPO ne gangrène le peloton.

  1. avatar
    27 juin 2017 a 16 h 29 min

    Le dogme a la peau dure sur ce sujet. Mais les apparnces et les chiffres sont trompeurs.

    Bergerac 1994, si on enlève le dauphin Rominger, est bien plus dévastateur que Luxembourg 1992 pour les victimes du “chrono-maître” Indurain, de surcroît dans un contexte où l’EPO était bien plus democratisé dans le peloton en 1994 qu’en 1992.

    C’est suie aux demonstrations de force de Gewiss sur les classiques ardennaises en 1994 qu’Armstrong, depuis son appartement du Lac de Côme qu’il partageait en colocation avec Frankie Andreu, a decide de se mettre à l’EPO chez Motorola, posant les bases de son futur système Ferrari / Motoman / Verbruggen qui ferait les beaux jours de l’US Postal de 1999 à 2004 puis de Discovery Channel entre 2005 et 2007 et enfin d’Astana en 2008-2009, avec Johan Bruyneel à la baguette.

  2. avatar
    28 juin 2017 a 20 h 05 min

    Merci pour ce bel article.
    Je suis trop jeune pour avoir vécu cette période et tes articles sont toujours une excellente occasion de découvrir un peu mieux ses exploits et ses rivalités d’antan.
    Si je ne peux pas me positionner sur l’argument principal de l’article, 92 ou 94 ?, je découvre un peu mieux Indurain dont j’avais souvent entendu parler sans jamais être allé chercher plus loin. Et j’avoue être partagé entre deux sentiments, l’admiration d’une part devant un athlète hors norme qui écrasait ses rivaux sans aucune arrière-pensée et le dégoût devant cette tricherie aussi généralisé, aussi bien pour lui que pour le reste du peloton. Quelle tristesse que ce dopage qui fausse aussi bien les performances qu’il abime les corps.

  3. avatar
    29 juin 2017 a 13 h 50 min

    Salut Louharse,

    Avec le recul, le grand mérite d’Indurain reste sa gestion de crise. A part à Mende en 1995 derrière les ONCe de Jalabert, il a toujours évité la panique, notamment dans la fameuse étape de Saint-Gervais en 1992 où Roche était virtuellement maillot jaune, Indurain n’avait qu’à attendre que Lino le lui redonne dans les Alpes.

    Incapables de laisser l’Espagnol assumer le poids de la course, ses dauphins italiens Chiappucci et Bugno prirent la responsabilité de la poursuite, emmenanant dans un fauteuil le Goliath navarrais vers un 2e Tour de France consecutif.

    A Sestrières malgré l’exploit d’El Diablo, la messe était dite … C’est ce sang-froid hors normes, ce visage de sphinx qui pour moi résume Indurain, qui fut ensuite humanize en 1996 aux Arcs puis à Lourdes Hautacam, incapable de rééditer les prouesses du quinquennat 1991-1995.

    Car sinon certes phénomène physiologique (1.88 m, 8 litres de capacité pulmonaire ) mais sans l’EPO il n’aurait jamais passé les cols en te^te, idem pour Rominger, Jaskula, Chiappucci ou Riis à l’époque.

    Bugno avait de la classe, tout comme Zülle, les 3 vrais phénomènes desa années 90 étant LeMond (malheureusement touché par la myopathie dès 1991), Pantani et Ullrich, bien avant Contador et Andy Schleck.

    • avatar
      30 juin 2017 a 20 h 20 min
      Par Martinez

      Je ne sais pas si on peut dire qu’Indurain n’aurait jamais pu rivaliser en montagne sans l’EPO si les autres aussi n’avaient pas été chargés.

      Car en 1989 et 1990, c’est un Indurain sans EPO qui a gagné deux étapes de montagne sur le Tour de France.

      Depuis le début de sa carrière, Indurain avait montré qu’il était à l’aise en montagne mais c’est clair que l’EPO l’a propulsé presque au niveau d’un Pantani, surtout en 1995 où sa démonstration à La Plagne est une des plus magiques de l’histoire. Il avait fait exploser de sa roue à 13 km du sommet tous les EPO man (Pantani, Lanfranchi, Cubinho, Duffaux, Virenque, Rijs, Rominger, Escartin, etc…).

      Plus loin il rejoindra Tonkov et celui-ci a voulu s’accrocher et on se rappellera de cette image où Tonkov explose complètement devant le rythme imposé par Miguel.

      Perso, EPO ou pas EPO, cela ne change pas grand chose, Miguel avait des capacités hors norme, peut-être les plus élevées de l’histoire du cyclisme.

      • avatar
        1 juillet 2017 a 7 h 41 min

        Salut Martinez,

        Capacités physiques peut être oui, quoique Coppi et Anquetil étaient des mystères aussi, Hinault pareil.

        Reste Merckx, moins extraordinaire physiquement que les 4 autres mais dont le seuil de tolérance à la douleur était incroyablement élevé.

        Pour 1989 et 1990, ptet pas d’EPO mais Padilla avait déjà fait de Delgado un maillot jaune redoutable en 1988, on se dit qu’Indurain a du profiter deb eaux produits pour gagner ses 2 Paris Nice et ses 2 étapes pyrénéenne (Cauterets 1989, Luz Ardiden 1990).

  4. avatar
    30 juin 2017 a 21 h 16 min
    Par Abdel

    Excellent article passionant sur ce géant espagnol, il utilisait quel braquet ? Pour comparer avec des coureurs puissant comme dumoulin ou ullrich

  5. avatar
    18 juillet 2017 a 0 h 34 min
    Par Cyclisme

    Toujours ces accusations sans fondement sur Indurain.

    C’est assez pathétique il faut bien le reconnaître.

  6. avatar
    20 juillet 2017 a 21 h 42 min

    Sans fondements ?

    Contrôle positif en 1994 sur le Tour de l’Oise au salbutamol.

    Record de l’heure de Boardman explosé (avec une préparation médiocre du Navarrais !) et je ne parle pas de celui de Moser dont on sait dans quelles conditions il a été réussi en 1984.

    5 Tours de France de suite malgré un apprentissage laborieux 97e-47e-17e-10e entre 1987 et 1990, notamment en montagne, logique quand on mesure 1.88 mètre pour 80 kilos.

    Des puissances en watts hallucinantes, et des écarts CLM à Luxembourg 1992 ou Bergerac 1994 à l’époque où l’EPO n’était pas totalement maîtrisé par toutes les formations du peloton.

    Et que faisait Echavarri le 3 janvier 1996 à Milan alors que Padilla venait de le planter ? Visiter le Duomo en plein hiver lombard ? S’acheter une fourrure pour sa femme à la Galerie Victor Emmanuel ? Voir jouer l’Inter ou l’AC Milan ?

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