Joaquim Agostinho, le destin tragique d’un auroch
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Joaquim Agostinho, le destin tragique d’un auroch

Meilleur coureur portugais de l’Histoire, Agostinho mourut tragiquement en course, en 1984. Sa carrière fut émaillée d’exploits, lui qui fut le contemporain de Merckx puis Hinault dans le peloton.

Le destin de Joaquim Agostinho n’était pas de mourir en course. Le coureur portugais aurait pu mourir à la guerre, lui qui avait fait partie des jeunes gens envoyés par le dictateur Salazar sur le front, dans des guerres contre les colonies africaines du Portugal, de l’Angola et du Mozambique. En Angola, Brésil africain du point de vue de Lisbonne et de Salazar, quatorze années de guerre d’indépendance ravagent le pays, si importante colonie pour l’Estado Novo, qui récolte ainsi diamant, pétrole, café, bois ou coton.

La vie d’Agostinho bascule pendant la guerre du Mozambique. Portant des messages à vélo, il ne mettait que deux heures pour faire 50 km, là où d’autres mettaient cinq heures.

La force brute et l’endurance d’Agostinho impressionnent son capitaine. Joaquim Agostinho, né en 1942 à Silveira, en Estrémadure, rejoint vite le vicomte Jean de Gribaldy.

Jean de Gribaldy a repéré Agostinho dès 1968, au Brésil, durant le Tour de Sao Paulo que le coureur natif de Silveira Torres Vedras remporte brillamment. Une équipe d’amateurs du vicomte participe à la course brésilienne. Le soir, Jean de Gribaldy corrige les propos de ses coureurs un peu près en ces termes « ce ne sont pas 3 minutes qu’il vous a mis, mais 12 ! . Agostinho vient de confirmer ses incroyables capacités au Brésil, loin de l’Europe où il s’est révélé deux mois plus tôt aux Championnats du Monde sur route des professionnels. alors qu’il était toujours amateur. Le Portugais est à l’origine de l’échappée qui permet à l’italien Vittorio Adorni de l’emporter à Imola. Joaquim Agostinho se classe seizième sur le circuit romagnol, au terme d’une course magnifique.

Longtemps, les équipes de Jean de Gribaldy ont reposé sur les seules épaules, si solides, de Joaquim Agostinho, rescapé de la guerre d’Angola. Début 1969, le coureur portugais est l’attraction du rassemblement de l’équipe Frimatic Viva à l’Hôtel Mirabelle de Saint-Aygulf, près de Fréjus.

Sur le Tour de France, Joaquim Agostinho sera souvent placé mais jamais gagnant. Contemporain d’Eddy Merckx, il n’aura pas eu le temps de ramener le maillot jaune à Paris, comme ce fut le cas pour Felice Gimondi (1965) ou Luis Ocaña (1973), deux des plus célèbres dauphins du Cannibale.

Le champion belge a imposé sa férule sur le Tour dès 1969. Quant à Agostinho, il a accumulé les places dans les dix premiers du classement général. Le Portugais fut à huit reprises classé dans les dix meilleurs du Tour de France à l’arrivée à Paris : 8e en 1969, 5e en 1971, 8e en 1972 et 1973, 6e en 1974, 3e en 1978 et 1979, 5e en 1980.

Classé deux fois sur le podium en 1978 et 1979 (à chaque fois derrière le tandem Hinault – Zoetemelk), le Portugais fut en 1973 le coéquipier de Luis Ocaña chez Bic. Deux ans plus tôt, sur le Tour 1971, Agostinho avait mis le feu aux poudres dans l’étape d’Orcières-Merlette, qui avait offert à Ocaña son premier maillot jaune. Attaquant dans le col du Noyer, le Portugais avait provoqué la sélection dans une étape où le peloton était à l’agonie.

En 1974, Agostinho se classe deuxième de la Vuelta, en gagnant l’ultime jour le CLM de San Sebastian. Le maillot amarillo de ce Tour d’Espagne revient à un grimpeur d’exception tel que Jose Maria Fuente. Mais cette Vuelta, organisée du 23 avril au 12 mai 1974, passe au second plan pour Agostinho car le 25 avril, l’Estado Novo n’est plus. Le régime dictatorial imposé par Salazar et prolongé depuis 1970 par Marcelo Caetano, est révolu. La révolution des Oeillets a permis au Portugal de rentrer dans une ère moderne, via la démocratie, en laissant au passé son empire colonial. Agostinho termine à onze secondes de Fuente, mais tout ceci est bien dérisoire quand un pays retrouve la lumière.

1979 est le grand millésime d’Agostinho. A 37 ans, le Portugais signe un exploit en remportant la victoire dans l’étape de l’Alpe d’Huez. Une anecdote connue des seuls Zoetemelk et Kuiper, avant le Tour, n’était pas pour apaiser les craintes des outsiders de Bernard Hinault. Ayant perdu des génisses de son cheptel, Agostinho avait parcouru plus de 80 km à pied dans les montagnes portugaises pour retrouver ses bêtes perdues. Ago redevenait Ago. Et à la force pure, à la rudesse brute s’ajoutait l’endurance et la résistance. Le lion de jadis, magnifique combattant de l’asphalte, se muait en auroch. En 1979, Agostinho fête par sa victoire à l’Alpe d’Huez les dix ans de ses premières victoires sur le Tour de France. En 1969, pour son baptême du feu en juillet, le coureur portugais avait ramené deux bouquets, à Mulhouse et à Revel.

Un grand coureur, très combatif, un vrai guerrier. J’ai couru contre lui quelques années, et c’était toujours un plaisir d’avoir un adversaire comme lui, dira Bernard Hinault. Adoubé par le plus grand des ses contemporains (à l’exception de Merckx), Joaquim Agostinho reste dans la mémoire collective comme un champion au panache fabuleux, auquel il aura cependant manqué la réussite.

Jusqu’à ce jour de mai 1984 où le destin d’Agostinho bascula. Au sud de son Estrémadure natale, le coureur portugais disputait le Tour de l’Algarve quand son vélo fut percuté par un chien. Agostinho se relevera après la chute, terminant l’étape. Mais il mourra dix jours plus tard à l’hôpital. Le cyclisme venait de perdre un des plus fiers combattants de son Histoire, un des plus beaux ambassadeurs de ce sport unique par son exigence et la douleur qu’il impose.

Mais tel un Lance Armstrong qui, bien plus tard avait connu une douleur bien plus terrible via l’enfer du cancer, Agostinho puisait des ressources inouïes dans le souvenir des guerres d’Angola et du Mozambique.

  1. avatar
    18 mars 2014 a 15 h 42 min

    Le titre de champion du monde 2013 obtenu par Rui Costa à Florence n’y change rien, Joaquim Agostinho reste le meilleur cycliste portugais de tous les temps.

    Quelle endurance ! Un vrai monstre, craint de tous, mais pas le palmarès qu’il méritait …

  2. avatar
    25 avril 2017 a 10 h 35 min
    Par Carlos Silva

    Un trés bel article et oui Joaquim Agostinho reste le meilleur cycliste portugais de tous les temps. Il n’y aura un autre comme lui dans les 100 ans á venir!

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