Les doublés Giro-Tour non-réussis
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Les doublés Giro-Tour non-réussis

Beaucoup de coureurs ont raté de peu des doublés Giro – Tour, exploit majuscule du cyclisme depuis que Fausto Coppi a inauguré cet aéropage un peu spécial en 1949 (avant un deuxième doublé en 1952), rejoint ensuite par Jacques Anquetil (1964), Eddy Merckx (1970, 1972, 1974), Bernard Hinault (1982, 1985), Stephen Roche (1987), Miguel Indurain (1992, 1993) et Marco Pantani (1998).

Le triplé Giro – Tour – Vuelta n’a jamais été réussi, restant un exploit utopique, même si deux coureurs ont détenu les trois maillots à un moment de leur carrière, Eddy Merckx entre juin et juillet 1973 (Tour de France 1972, Vuelta 1973 et Giro 1973) puis Bernard Hinault entre avril et mai 1983 (Giro 1982, Tour de France 1982, Vuelta 1983). Avantage au Cannibale belge cependant qui avait une kyrielle d’autres victoires dans son trésor de guerre : recordman de l’heure en exercice depuis octobre 1972 à Mexico, tenant du titre sur Paris-Roubaix, le Tour de Lombardie ou encore Liège-Bastogne-Liège.

Vainqueur de la Vuelta en 2014 et du Giro en 2015, le pistolero espagnol Alberto Contador a l’occasion de rejoindre ces deux Pantagruels du cyclisme en cas de victoire sur le Tour de France 2015.

Le triplé Giro – Tour – Mondial a été réussi par Eddy Merckx en 1974 puis par Stephen Roche en 1987, frôlé par Miguel Indurain en 1992 puis 1993, 6e au Mondial de Benidorm en 1992 puis dauphin du jeune Lance Armstrong au championnat du monde d’Oslo en 1993.

Plus raisonnable, le doublé Giro – Tour fut donc le Graal convoité par ceux qui atteignaient lors d’une saison, la quadrature du cercle, l’impossible alignement des planètes propice aux plus grandes victoires …

Mais certains immenses champions n’ont jamais réussi ce prodige, quand d’autres ont raté des occasions de le réussir plus de fois

- 1937, Gino Bartali (vainqueur du Giro, abandon sur le Tour) : incroyable mais vrai, mais le virtuose grimpeur toscan n’a jamais fait de doublé Giro – Tour à la fin des années 30, entre la retraite d’Alfredo Binda et l’éclosion de Fausto Coppi. L’Homme de Fer en avait pourtant les moyens vu son incroyable potentiel intrinsèque dans les cols, où il imposait à ses rivaux son panache exceptionnel et ses démarrages foudroyants. Vainqueur du Giro, Bartali vient sur le Tour de France pour la première fois, Henri Desgrange ayant fait modifier le règlement pour autoriser le dérailleur, afin que ce champion hors normes venu d’Italie dispute la plus grande course cycliste du monde. Hégémonique dans les Alpes, Bartali perd du temps par la suite et sera contraint à l’abandon à Marseille sur ordre du Duce en personne. Benito Mussolini préfère voir le fuoriclasse abandonner que perdre. Pour les fascistes, il était moins déshonorant de jeter l’éponge que de perdre devant l’adversaire … Entre Marseille et Florence, Gino Bartali prend donc le train du déshonneur vers sa ville natale, la cité des Médicis, lui qui était persuadé de pouvoir inverser la tendance avant l’arrivée à Pars, où Roger Lapébie remporte le maillot jaune dans un Tour orphelin du plus bel ambassadeur de la petite reine. Le régime fasciste qu’il a en horreur a privé Gino Bartali d’une prouesse à sa portée avec cette banderille politique, mais le champion se verra porter l’estocade en 1938 par une autre décision de Mussolini …

- 1938, Gino Bartali (forfait sur le Giro, vainqueur du Tour de France) : le régime fasciste tire au printemps 1938 une leçon bien étrange de la saison 1937 de Gino le Pieux : le Tour d’Italie conquis l’année précédente par le natif de Florence fut une victoire à la Pyrrhus qui causa une fatigue trop importante au champion toscan. Ordre lui est donc donné de ne pas disputer le Giro et de se concentrer sur le Tour de France, ce qui cause une immense frustration au double tenant du maillot rose. C’est donc en costume de ville que Gino Bartali donne le 7 mai 1938 le départ du Giro à Milan, avant d’imposer sa férule sur la Grande Boucle durant le mois de juillet 1938, un mois après la victoire en Coupe du Monde de football de la Squadra Azzurra italienne. Champions du monde en 1934 à Rome, champions olympiques en 1936 à Berlin, les coéquipiers de Giuseppe Meazza avaient une terrible épée de Damoclès au-dessus de la tête avant la finale parisienne. Ils avaient reçu un télégramme du Duce, en trois mots : Vaincre ou Mourir. Heureusement, les Italiens avaient vaincu la Hongrie 4-2 à Colombes.

- 1961, Jacques Anquetil (2e du Giro, vainqueur du Tour de France) : vainqueur du Giro en 1960, Anquetil déchante en 1961 en Italie, battu par le grimpeur transalpin Arnaldo Pambianco qui a repris le maillot rose dans l’étape Ancône – Florence. Piqué au vif dans son orgueil de champion, le Normand écrase le Tour de France avec une autorité rarement vue à un tel niveau, monopolisant le maillot jaune du premier au dernier jour, ne laissant que les miettes du festin à ses adversaires vite résignés. Le renoncement test tel chez ses rivaux que la grande étape des Pyrénées est escamotée, Jacques Anquetil n’étant pas attaqué par Charly Gaul et consorts pas plus dans Peyresourde ou Aspin que dans le Tourmalet ou l’Aubisque, provoquant le courroux de Jacques Goddet dans un éditorial au vitriol demeuré célèbre, les Nains de la Route. Atteignant son zénith en 1962 et 1963, Anquetil retentera le doublé Giro – Tour en 1964, avec succès malgré une énorme fatigue ayant suivi son succès italien, et malgré les funestes prédictions du mage Belline, qui avait joué les Cassandre en promettant la mort au quadruple maillot jaune avant d’atteindre Toulouse ….

- 1967, Felice Gimondi (vainqueur du Giro, 7e du Tour de France) : vainqueur du Tour de France 1965 en coiffant sur le poteau Raymond Poulidor, le jeune espoir italien Felice Gimondi remporte son premier Giro deux ans plus tard en 1967. Alors qu’un certain Eddy Merckx commence à gagner des courses dans le peloton, le Bergamasque reste l’héritier désigné de Jacques Anquetil. Mais le Tour de France 1967 se passe mal pour le champion italien, qui ne termine que 7e mais reste sportif, offrant son pain d’épice au futur lauréat Roger Pingeon dans l’ascension du Ballon d’Alsace, évitant au Français une terrible fringale. En 1968, Gimondi découvre la puissance phénoménale d’Eddy Merckx, et réalise au Tour de Catalogne qu’il ne sera pas le meilleur coureur de sa génération, rôle dévolu au Belge … Collectionnant les accessit dans l’ombre du Cannibale, Gimondi s’en décrochera la mâchoire en 1971 au championnat du monde de Mendrisio, sorte d’acmé de la carrière de Merckx décidé à venger l’affront du Tour de France 1971 où Ocaña avait semé le doute chez les suiveurs sur l’identité du meilleur coureur du peloton. Deux ans plus tard, à Barcelone, Merckx est défaillant alors qu’il dominait le Mondial sur le circuit de Montjuich. Freddy Maertens commet une erreur de jeunesse en ramenant Ocaña et Gimondi sur son compatriote. Les deux Belges ratent le maillot arc-en-ciel qui revient à Gimondi dans la capitale de la Catalogne. S’il n’a jamais réussi le doublé Giro – Tour, Gimondi est le seul coureur avec Hinault et Merckx à avoir gagné les quatre plus grandes courses du cyclisme : Tour de France, Giro, Vuelta et Championnat du Monde. Ni Coppi (Vuelta), ni Anquetil (Mondial), ni Bobet (Giro, Vuelta), ni Bartali (Vuelta, Mondial), ni Indurain (Vuelta, Mondial) n’ont réussi à assembler ce puzzle complexe.

- 1969, Eddy Merckx (exclu pour dopage sur le Giro, vainqueur du Tour de France) : alpha et omega du cyclisme après le crépuscule de Jacques Anquetil, le Bruxellois Eddy Merckx fut disqualifié à Savonne du Giro 1969, dont il était tenant du titre. Tout ou presque a été dit sur cette affaire, avec la fameuse valise apportée dans la chambre du virtuose belge par Rudi Altig, alors coéquipier de Felice Gimondi, grand rival de Merckx battu en 1968 et désireux de reconquérir son maillot rose de 1967. La Belgique, membre fondateur avec l’Italie de la Communauté Economique Européenne depuis 1957 et le traité de Rome, avait menacé de rompre ses relations diplomatiques avec la Botte. Au bénéfice du doute, la fédération internationale avait permis à Eddy Merckx de disputer le Tour de France et d’éviter l’opprobre générale du peloton. La Belgique se consumait d’impatience de voir l’enfant du pays succéder au dernier coureur belge ayant ramené le maillot jaune en 1939 (Sylvère Maes), au nez et à la barbe d’un certain René Vietto. Sur le Tour de France 1969, le Cannibale avait dressé la guillotine, jouant une partition de soliste sans la moindre fausse note, aux airs de requiem pour la concurrence, notamment sur la route de Mourenx, franchissant seuls les cols des deux géants pyrénéens, le Tourmalet puis l’Aubisque. Soleil écrasant au point d’éclipser tous ses rivaux, ayant asphyxié la course avant même ses points névralgiques par une offensive sur les pentes du Ballon d’Alsace, Eddy Merckx entrait dans l’Histoire par la grande porte en ce 21 juillet 1969, pour la fête nationale belge, le jour même où Neil Armstrong posait le pied sur la Lune avec Apollo 11, le Cannibale creusant le plus grand écart pour un maillot jaune depuis Fausto Coppi en 1952. La question n’était donc plus de savoir si mais quand il réaliserait le doublé Giro – Tour. Ce serait chose faite dès 1970, avec également deux autres exploits en 1972 et 1974.

- 1973, Eddy Merckx (vainqueur du Giro, forfait sur le Tour de France) : vainqueur de la Vuelta puis du Giro au printemps 1973, alors que son rival espagnol José Maria Fuente est moins tranchant qu’en 1972 sur les routes italiennes, Eddy Merckx ne dispute pas le Tour de France, dont il est pourtant quadruple tenant du titre. Le maillot jaune sortant évite donc des retrouvailles avec Luis Ocaña, son bourreau de 1971 à Orcières-Merlette avant d’abandonner sous la pluie pyrénéenne du col de Menté. Aurait-il battu Ocaña ? Difficile de refaire une course qui n’a pas eu lieu mais le Merckx de la période 1972-1974 était moins souverain en montagne, or l’Espagnol s’appuya sur les cols pour conquérir son seul maillot jaune en juillet 1973.

- 1980, Bernard Hinault (vainqueur du Giro, abandon sur le Tour de France) : tutoyant la perfection depuis 1978 et s’attirant tous les superlatifs, le Blaireau s’attaque logiquement à cet Everest qu’est le doublé Giro – Tour en 1980. Avec son coéquipier Jean-René Bernaudeau, le loup breton fait de la grande étape du Stelvio, col mythique sublimé par Coppi en 1953 face à Hugo Koblet, une épreuve digne de Charles Darwin. La sélection naturelle s’opère et le plus fort en émerge, Hinault aux dépens des coureurs italiens écrasés à domicile. Comme sur Liège-Bastogne-Liège où sa classe pure a prévalu, Hinault tire la quintessence de son incroyable potentiel. Mais sur le Tour de France, trahi par son genou, le Breton est contraint à abandonner à Pau, laissant à son dauphin de 1978 et 1979, Joop Zoetemelk, un chemin dégagé vers son premier maillot jaune. Hinault se venge en gagnant le titre mondial à Sallanches, et fera le prestigieux doublé en 1982 et 1985, avant de commettre le péché d’orgueil sur le Tour de France 1986, tentant de décrocher un sixième maillot jaune record.

- 1984, Laurent Fignon (2e du Giro, vainqueur du Tour de France) : un hélicoptère de course gêne directement Laurent Fignon aide donc directement Francesco Moser sur l’ultime CLM du Giro 1984, un parcours peu montagneux aux petits oignons de la part de l’organisateur Vincenzo Torriani, qui de surcroît supprime le passage prévu au prestigieux col du Stelvio. A peine entré dans le panthéon cycliste après son succès de juillet 1983 dans un Tour de France orphelin de Bernard Hinault, Laurent Fignon découvre l’amère morsure d’une défaite injuste contre le Cecco, qui atteint son bâton de maréchal à 33 ans, quatre mois après son surprenant record de l’heure de Mexico. Sur le Tour de France, même le revenant Bernard Hinault, un an après sa terrible blessure au genou, ne peut rien contre la forme insolente du coureur parisien, qui conserve le maillot jaune et gagne cinq étapes avec un panache non dissimulé.

- 1986, Greg LeMond (4e du Giro, vainqueur du Tour de France) : 3e du Giro en 1985, LeMond ne finit que 4e en 1986 dans une édition gagnée par l’Italien Roberto Visentini, peut-être s’est il préservé dans l’optique du Tour de France à venir. Dauphin d’Hinault sur le Tour de France 1985, Greg LeMond avait conclu un pacte de non-agression avec le Breton dans l’équipe La Vie Claire financée par Bernard Tapie et dirigée par Paul Koechli. Le Tour de France 1986 voit Hinault oublier ses promesses, car le natif d’Yffiniac sent que ses jambes peuvent le porter vers un record historique, six maillots jaunes, soit un de plus que les titans Anquetil et Merckx. Avec l’aide de son compatriote Andy Hampsten, Greg LeMond aura finalement gain de cause après un duel fratricide digne de Romulus et Remus …

- 1989, Laurent Fignon (vainqueur du Giro, 2e du Tour de France) : le maillot rose de Laurent Fignon en 1989 est le symbole de la renaissance du coureur parisien, victime d’une terrible disette dans les grands Tour depuis 1984. L’ultime jour du Tour d’Italie, Greg LeMond annonce son retour aux affaires par une deuxième place dans le chrono gagné par le Polonais Lech Piasecki. Le premier jour du Tour de France, lors du prologue disputé au Luxembourg, l’Espagnol Pedro Delgado hypothèque ses chances en perdant 2’40’’, se présentant en retard sur la rampe de lancement, ayant mal interprété le signal de son mécanicien qui l’invitait à venir se présenter au départ … Devenant malgré l’arbitre du duel Fignon / LeMond, le natif de Ségovie finira 3e de cette édition au suspense digne d’Alfred Hitchcock. Sous une pluie apocalyptique, le phénix LeMond gagne le premier grand CLM entre Dinard et Rennes, puis le maillot jaune change d’épaules régulièrement entre Fignon et LeMond. Après l’Alpe d’Huez, Fignon pense avoir assez enfoncé le clou sur la route de Villars-de-Lans mais une vilaine blessure à la selle le handicape pour l’ultime chrono entre Versailles et Paris. Tel un fauve déchaîné, Greg LeMond tire la substantifique moelle de son guidon de triathlète qui fera tant polémique, mais qui ne faisait que compenser par ricochet le temps perdu en montagne par la faiblesse de l’équipe ADR. Pour 8 secondes, sur les pavés des Champs-Elysées, Fignon cède son maillot jaune dans l’ultime étape face à son ancien coéquipier chez Renault, tandis que l’Américain gagne le Tour de France trois ans après son succès de 1986, oubliant les déboires de son accident de chasse du printemps 1987.

- 1990, Gianni Bugno (vainqueur du Giro, 7e du Tour de France) : coureur anonyme du peloton, Gianni Bugno change du tout au tout après un traitement qui soigne son oreille interne, une musicothérapie le guérissant à coups d’ultrasons et de symphonies de Wolfgang Amadeus Mozart. Le virtuose autrichien aide indirectement, à deux siècles d’intervalle, la chrysalide Bugno à se muer en un beau papillon, un sphinx qui va déployer ses ailes sur la Primavera 1990, Milan- San Remo. Après cette victoire en forme de déclic, le coureur italien domine le Giro de la tête et des épaules, finissant avec 6’33’’ devant son dauphin Charly Mottet, portant le maillot rose de bout en bout de Bari à Milan. C’est surtout l’EPO plus qu’Amadeus qui a métamorphosé le canasson Bugno en étalon infatigable. Sur le Tour de France, Bugno manque d’expérience mais s’impose dans deux étapes, l’Alpe d’Huez et Bordeaux. Seulement 7e, le leader de Château d’Ax donne cependant rendez-vous pour 1991 et 1992, où il finira sur le podium (2e puis 3e) mais développera un complexe mental envers Miguel Indurain, fatal en 1993 dans le col du Galibier. Bugno se vengera cependant d’Indurain en gagnant deux fois le maillot arc-en-ciel, en 1991 à Stuttgart puis en 1992 à Benidorm.

- 1990, Greg LeMond (130e du Giro, vainqueur du Tour de France) : l’Américain, maillot jaune du Tour de France 1968, tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne le lundi 20 avril 1987, au lendemain de Pâques. A Rancho Murieta en Californie, LeMond est involontairement criblé de balles par son beau-frère. Cet accident de chasse sonne le glas de ses espoirs sur la Grande Boucle 1987, orpheline d’Hinault et plus ouverte que jamais. Mais rapidement, c’est la carrière du champion américain qui est en jeu, et le pessimisme est vite de rigueur. Pourtant, le phénix LeMond va renaître de ses cendres en 1989 avec un doublé Tour – Mondial aux dépens de Laurent Fignon. Quittant la faible équipe belge ADR pour l’équipe française Z de Roger Legeay en 1990, LeMond est victime d’une mononucléose au printemps 1990. Seulement 130e du Giro et 10e du Tour de Suisse, on le dit perdu pour le Tour de France mais il apporte un démenti cinglant en terminant dauphin de Thierry Marie lors du prologue du Futuroscope de Poitiers. Le lendemain, alors que Delgado, Breukink, Fignon et LeMond se regardent en chiens de faïence, quatre attaquants réalisent une échappe fleuve autour du parc à thèmes poitevin. 10’35’’ de perdues et une course poursuite derrière Steve Bauer, Ronan Pensec et Claudio Chiappucci qui ne cèdera le maillot jaune qu’après l’ultime chrono au Lac de Vassivière, dans le Limousin. Sans sa mononucléose, LeMond aurait-il tenté le doublé Giro – Tour après l’apothéose Tour – Mondial de 1989 ? Pas certain car son accident du printemps 1987 l’avait changé, et il préférait gérer un calendrier plus modeste, ciblant des objectifs bien précis, les maillots jaune du Tour et irisé du Mondial plutôt que le rose du Giro, loin des boulimiques de victoires qu’étaient Eddy Merckx, Bernard Hinault ou encore Sean Kelly.

- 1994, Miguel Indurain (3e du Giro, vainqueur du Tour de France) : vaincu sur un grand Tour pour la première fois depuis le printemps 1991 (2e de la Vuelta), Miguel Indurain est voué à l’inexorable déclin, à l’érosion du temps, à l’usure du pouvoir. Mais le Navarrais écrase le Tour de France 1994 que beaucoup promettent un peu vite à Tony Rominger, tuant le suspense en deux étapes, le chrono Périgueux – Bergerac puis l’étape de Lourdes Hautacam. Sans panache, gérant son capital en épicier, le leader de Banesto est redevenu intouchable, prouvant que le camouflet infligé par Berzin et Pantani dans la péninsule italienne n’était pas encore synonyme de chant du cygne.

- 1995, Tony Rominger (vainqueur du Giro, 8e du Tour de France) : après une triple apothéose espagnole sur la Vuelta entre 1992 et 1994, Tony Rominger s’offre le maillot rose du Giro au printemps 1995, dominant le Russe Evgueni Berzin, moins euphorique qu’en 1994 dans la péninsule italienne. Le grand objectif du Zougois reste cependant le duel avec Miguel Indurain sur le Tour de France 1995, tout le monde espérant une joute d’anthologie offrant des montagnes russes d’adrénaline. Le leader suisse de la Mapei va échouer dans les grandes largeurs, loin de la régularité affichée en 1993 dans la grand-messe de thermidor. 3e des chronos de Seraing et du Lac de Vassivière derrière Indurain et Bjarne Riis, le coureur suisse est incapable de suivre le rythme des meilleurs dans les cols, que ce soit Pantani, Zülle, Riis, Indurain ou encore Virenque. Le bilan est lourd pour Rominger qui finit 8e, juste derrière son coéquipier chez Mapei, le grimpeur espagnol Fernando Escartin.

- 1999, Marco Pantani (exclu du Giro, forfait sur le Tour de France) : insolent de supériorité sur les cols des Dolomites, le Pirate est exclu du Tour d’Italie 1999 au matin de l’ultime étape de montagne, celle menant à Aprica via le col du Mortirolo, juge de paix des cimes italiennes où il s’est révélé en 1994 face à Berzin et Indurain. Rouvrant la boîte de Pandore dont les démons de Festina s’étaient échappés en juillet 1998, le paria Marco Pantani est coupable d’avoir franchi le Rubicon hypocrite de 50 % de taux hématocrite mis en place par l’UCI en 1997 comme paravent dans la lutte contre le fléau du dopage EPO. Avec 52 %, Marco Pantani a donc dépassé la limite autorisée même si la véritable lutte contre le dopage était un miroir aux alouettes, loin de nettoyer les écuries d’Augias d’un sport verrouillé par une omerta séculaire, une véritable chape de plomb dont tout le monde se rendait complice, de gré ou de force. Complot ou dopage avéré ? Il semble utopique de croire Pantani capable de voltiger dans les cols sans EPO mais il s’était fait beaucoup d’ennemis, la FIAT, la Mapei et l’UCI, capable de descendre de sa tour d’ivoire pour de mauvaises raisons, surtout quand on sait qu’Hein Verbruggen, le Ponce Pilate de Lausanne, et Lance Armstrong étaient comme le pouce et l’index, via la relation financière unissant le président de l’UCI et le mécène de l’équipe US Postal, Thomas Weisel. Rien ne dit cependant qu’en cas de victoire sur le Giro 1999, Marco Pantani aurait défendu son titre sur le Tour de France qu’il jugeait peu montagneux (3 arrivées au sommet à Sestrières, l’Alpe d’Huez et Piau-Engaly, 2 gros CLM à Metz et au Futuroscope de Poitiers) Au lieu de cela, il tomba dans un apartheid qui mena à une longue descente aux enfers, tombant de Charybde en Scylla jusqu’à son décès mystérieux en février 2004 dans un hôtel de Rimini.

- 2001 et 2002, Lance Armstrong (non partant sur le Giro, double vainqueur du Tour de France) : sans leur manquer de respect, Gilberto Simoni et Paolo Savoldelli, maillot roses en 2001 et 2002, auraient eu l’air de David contre Goliath face au Texan, maillot jaune étincelant face à Jan Ullrich en 2000 et 2001, surtout la deuxième année où le champion allemand était proche de son climax en terme de pic de forme. Humiliant l’ogre de Rostock en juillet 2001, la figure de proue de l’US Postal fit de même au Mont Ventoux en juillet 2002 contre Joseba Beloki. L’Américain arrogant et dominateur était alors à l’apogée de sa carrière controversée. La clé de voûte des succès d’Armstrong, plus que son entraînement stakhanoviste, était son système de dopage porté à son pinacle via une relation viscérale avec le docteur Ferrari. Gagner le Giro était largement à la portée du Texan vu l’étendue de sa razzia sur les routes de France et de Navarre, et Michele Ferrari aurait pu l’aider à gagner le Giro, connaissant parfaitement les pièges des cols des Dolomites ou des Abruzzes en tant qu’Italien. Armstrong a-t-il eu peur des tifosi après son duel plein de soufre avec Marco Pantani sur les pentes rocailleuses du Ventoux, dans l’Izoard à proximité de la Casse Déserte, puis sur la route de Courchevel à l’été 2000 ? L’explication est plus rationnelle, Armstrong suivait le processus de l’effet bandwagon, du favori suprême qui ne prenait aucun risque, répétant sept fois durant son septennat d’imposture la martingale gagnante. Pile je gagne, face tu perds, tel était la devise du shérif texan en Europe. Contrairement aux coureurs européens, l’idole d’Armstrong était américaine (Greg LeMond), il n’avait donc pas baigné dans la nostalgie des doublés Giro – Tour de Coppi, Anquetil, Merckx et autres Hinault. Lance Armstrong ne faisait pas du doublé Giro – Tour un totem, ce n’était pas dans son ADN cycliste, tout simplement. Seul comptait le maillot jaune, comme pour Miguel Indurain, qui avait cependant étendu son ambition au record de l’heure et au championnat du monde, là où Armstrong avait encore radicalisé l’approche, misant tout sur le rendez-vous de juillet. Rescapé du cancer, Lance Armstrong 2.0 pérennisait les succès écrasants tel un ordinateur surpuissant déroulant l’algorithme ouvrant la porte aux lauriers élyséens, tel un supercalculateur Deep Blue écrasant le Kasparov du cyclisme, l’Allemand Jan Ullrich pourtant plébiscité comme le meilleur cycliste du monde sur le plan intrinsèque. Mais il manquait au leader de la Telekom le plus important, de courir la rage chevillée au corps avec cette grinta, cette énergie implacable des champions, ce mental hors normes qui sépare le bon grain de l’ivraie dans les moments, cette autre dimension psychologique qui sépare un bon coureur d’un immense destin de champion d’exception. L’envergure prise par Lance Armstrong en 2001 et 2002, où il multipliait les victoires en altitude, laisse penser que le doublé Giro – Tour était loin d’être impossible s’il l’avait souhaité.

- 2006, Ivan Basso (vainqueur du Giro, exclu du Tour de France) : dauphin d’Armstrong en 2005, Ivan Basso a coché le rendez-vous du Tour de France 2006 sur son agenda, face à Jan Ullrich, dans un peloton orphelin du King d’Austin. Le meilleur coureur italien par étapes depuis le chant du cygne de Marco Pantani gagne le Giro 2006 sans discussion, personne ne lui arrivant à la cheville dans une course qu’il gagna avec 9’18’’ sur son dauphin. L’affaire Puerto va sonner le tocsin de la carrière de Basso. Ironie du destin, c’est une erreur du clan de Jan Ullrich qui va provoquer un terrible effet boomerang privant Basso mais aussi Ullrich, Mancebo et Vinokourov de la participation à la Grande Boucle 2006, tous étant exclus la veille du grand départ de Strasbourg. Dans l’euphorie du succès ce 18 mai 2006, Rudy Pévenage appela Eufemiano Fuentes dans son laboratoire de Madrid sur un téléphone non sécurisé et la guardia civil remonta jusqu’au Minotaure au bout du labyrinthe, suivant ce fil d’Ariane inespéré et attrapant dans son filet tous ceux qui avaient franchi le Rubicon.

- 2011, Alberto Contador (privé de sa victoire sur le Giro sur tapis vert, 5e du Tour de France) : conspué au Puy-du-Fou par le public français, Contador a été implacable sur les routes du Giro, commençant sa campagne par une offensive de grande classe sur les pentes de l’Etna. Après l’affaire du dopage au clenbutérol lié à son 3e maillot jaune acquis sur le Tour de France 2010, le Madrilène sera privé de sa victoire sur le Giro sur tapis vert, le maillot rose revenant à son dauphin Michele Scarponi. Victime d’une chute sur le Tour de France, Contador n’affiche pas la forme étincelante vue en Italie. Alors que Bradley Wiggins doit abandonner, l’Espagnol est dominé par Cadel Evans, les frères Schleck et même Thomas Voeckler, voyant ses desseins de doublé Giro – Tour réduits à néant.

  1. avatar
    23 juin 2015 a 14 h 38 min

    La prestige du doublé Giro – Tour vient aussi de l’aura de son pionnier, Fausto Coppi, auteur du premier du genre en 1949.

    Anquetil et Merckx se définissant ensuite par rapport au campionnissimo, mètre étalon des super-cjampions du sport cycliste, le doublé Giro – Tour était justement l’exploit qui faisait sortir du lot.

    Quand on voit que les deux moins prestigieux de la liste sont Roche et Pantani, cela situe le niveau du groupe des 7 …

  2. avatar
    23 juin 2015 a 19 h 18 min

    Salut Axel,

    merci pour ce bel article.

    Quand on voit la liste de coureurs qui ont réussi cet exploit…
    elle laisse pantois !

    Pour LA, cela reste très hypothétique tant son programme était maîtrisé sur le bout des doigts et donc peu enclin à s’adapter à une telle modif’
    Mais c’est clair que l’impression de facilité qu’il dégageait alors (2001-2002… ainsi qu’en 2004, où le soulagement du record égalé l’année passée l’a sublimé) évoque forcément cette possibilité de doublé.

    Sinon, Fignon restera tout de même un sacré maudit de cet hypothétique double-couronne!

    Enfin, pour rajouter une petite stat’ qui fait écho au début de l’article:
    3 coureurs ont figuré dans les 12 premiers du classement final du Giro, du TDF et de la Vuelta, la même année (source “Sport et vie” Mars-Avril 2015)

    - Gémininiani 3e de la Vuelta, puis 4e du Giro (qui démarrait seulement une semaine après) et enfin 6e du TDF
    - Nencini 9 – 1 – 6 (même enchainement)
    - Chozas, plus “modeste” et tjs dans le même ordre : 11-10-11

    • avatar
      24 juin 2015 a 8 h 30 min

      Salut sporthinker,

      Oui Fignon maudit en 1984 face à Moser au Giro puis en 1989 face à LeMond au Tour de France.
      D’ailleurs en 1985 Hinault avait souffert en Italie pour gagner son 3e Giro contre Moser, les tifosi étant déchaînés après la victoire du Cecco en 1984.

      Pour Lance Armstrong, moins d’accord sur 2004 car souviens toi il avait déjà 33 ans et il avait laissé filer le Dauphiné contre Iban Mayo pour se préserver. Sans doute comme Indurain en 1994 au Giro, histoire de ne pas atteindre trop vite le pic de forme, de plus en plus difficile à conserver longtemps avec l’âge.

  3. avatar
    23 juin 2015 a 22 h 33 min

    Merci Axel, du bonbon cet article.

    Je me souviens encore “en direct” de ces fameuses 8 secondes qui avaient privé Fignon d’un 3e Tour. J’ignorais cependant qu’il avait également remporté le Giro cette année-là. Quel dommage, cela aurait ajouté à son prestige de se retrouver en telle compagnie.

    • avatar
      24 juin 2015 a 8 h 34 min

      Salut Fabrice,

      Oui Patrick Chêne hurlait dans le micro en égrenant les secondes tandis que LeMond regardait le compte à rebours avec Jean-Paul Ollivier à côté de lui sur les Champs-Elysées noirs de monde …

      Et dire que Fignon n’avait plus que 2 secondes d’avance place de la Concorde, le faux plat montant et les pavés des Champs ont eu raison de lui, alors que son rival américain fonçait tel un avion implacable …

      Magnifique Tour 1989 avec deux anciens vainqueurs du Tour, anciens coéquipiers chez Renault, au parcours chaotique (accident de chasse en 1987 pour LeMond, blessure au genou en 1985-1986 puis longue disette en 1986-1987 pour Fignon).

      Je n’ai pas évoqué Alfredo Binda mais il n’est venu qu’une seule fois sur le Tour de France, en 1930, où il abandonna, un mois après un Giro qu’il n’avait pas couru, l’organisateur l’ayant payé pour qu’il reste à la maison tant il avait écrasé l’épreuve italienne entre 1927 et 1929.

  4. avatar
    24 juin 2015 a 9 h 30 min

    Merci Axel pour ce très bel article, en tant que passionné de la petite reine je l’apprécie à sa juste valeur !

    • avatar
      24 juin 2015 a 16 h 13 min

      Merci et @+ pour discuter cyclisme sur le forum.

  5. avatar
    29 juin 2015 a 14 h 16 min
    Par pancho

    Vous auriez pu ajouter Claudio Chiappucci qui en 1991 et 1992,n’est pas loin du doublé même s’il ne remporte aucune des 2 courses.
    Pantani en 1994 aussi.Et il me semble me souvenir qu’en 1999,il envisageait un doublé giro/vuelta pour ensuite se diriger vers le mondial de Verone.

  6. avatar
    29 juin 2015 a 15 h 59 min

    Salut Pancho,

    En 1999 en effet Marco Pantani visait Giro / Vuelta car déçu du parcours pas assez montagneux à son goût sur le Tour de France, voire le Mondial de Vérone avec la côté de Torricelle, finalement pas assez sélective, Jan Ullrich ne pouvant pas se défaire du groupe d’Oscar Freire, Jean-Cyril Robin et Oskar Camenzind.

    En 1994, Pantani est à 7 minutes d’Indurain qui a laissé filer les minutes dans les Alpes tant il avait une énorme avance après Luz Ardiden, 8 sur Rominger & Virenque ex aequo avant que le Suisse ne jette l’éponge. Et sur le Giro, Berzin avait le maillot rose bien en main. Donc le Pirate était loin du doublé cette année là même si révélation n°1 de l’année.

    Pour Claudio Chiappucci il était quand même assez loin du compte. En 1991 il prend 6 minutes derrière Miguel Indurain sur le Tour, en 1992 il est rapidement battu sur le Giro par l’Espagnol, idem sur le Tour où seul Sestrières l’empêche de prendre plus de 6 minutes face au maillot jaune de Banesto …

    El Diablo était un fantastique grimpeur mais trop moyen CLM pour gagner une course de 3 semaines, contrairement à Pantani qui avait su progresser dans l’effort solitaire, en témoigne ses duels de 1998 contre Tonkov au Giro, puis Ullrich / Julich au Tour.

  7. avatar
    30 juin 2015 a 13 h 58 min
    Par pancho

    Je suis d’accord sur le fait que Chiappucci présentait des lacunes clm en plus du fait qu’il ne s’économisait pas vraiment sur la saison mais il faut reconnaître qu’il est malheureusement tombé sur un ogre du nom d’Indurain.
    Sans cela,l’affaire aurait été bien différente.Toutefois par rapport à Pantani,el diablo n’avait pas ce coup de rein,ces démarrages perpétuels dont seul “il pirata” avait le secret.
    Ce dernier avait quand même repoussé Berzin à plus de 4 minutes sur l’étape d’Aprica et avait même lancé une grande offensive sur la route menant aux 2 alpes qu’un fort vent de face avait condamné.

    Enfin concernant Indurain,celui-ci a quand même bien profité des parcours bourrés de kilomètres clm sur lesquelles il explosait les grimpeurs.

  8. avatar
    30 juin 2015 a 17 h 11 min

    Salut pancho,

    Pour Chiappucci, oui en effet sans Indurain il aurait peut être gagné Giro et Tour en 1992. Mais pas certain, car gérer la pression d’un maillot jaune sans s’éparpiller est autre chose que jouer la 2e ou la 3e place. Tactiquement et mentalement, l’italien ne valait pas Indurain en dehors de ses lacunes CLM.

    Pour Indurain, partiellement vrai. Oui le kilométrage était énorme entre 1991 et 1995 (comme en 2012 pour Wiggins, exception de ces dernières années sur le Tour), comme je l’avais fait remarquer dans un article sur l’avantage progressif redonné par Prud’homme et Leblanc aux grimpeurs, les km de CLM ne cessant de diminuer d’année en année depuis 2000.

    Non, l’Espagnol n’a pas fait que profiter des CLM, entre 1993 et 1995 il est vraiment énorme en montagne, remember Serre-Chevalier 1993 et la grande lessive du Galibier, Lourdes Hautacam 1994 puis La Plagne 1995.

    Excepté Pantani et à un degré moindre Rominger, personne ne pouvait battre Indurain en montagne sur ces 3 années là.

    En 1995, Indurain ne tire que maigre parti des CLM, 12 secondes de prises à Riis entre Huy et Seraing (certes au lendemain de son échappée vers Liège avec Johan Bruyneel) et 48 au même Danois au Lac de Vassivière. Soit seulement 1 minute puisue le prologue sous la pluie de St Brieuc n’était pas vraiment représentatif, c’est en montagne que le Navarrais gagna son 5e maillot jaune, avec une démonstration de puissance derrière Zülle à La Plagne.

  9. avatar
    30 juin 2015 a 17 h 14 min

    Voici l’article en question, et clairement les 15 pauvres km d’Utrecht en 2015 sont une honte absolue pour la part du CLM dans le Tour de France. Tant mieux pour Quintana mais Prud’homme devrait avoir honte d’un tel parcours dénué de sens.

    http://yourzone.beinsports.fr/tour-de-france-parcours-contre-la-montre-rouleurs-grimpeurs-montagne-8341/

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