Les héritiers maudits de Miguel Indurain
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Les héritiers maudits de Miguel Indurain

Le long règne de Miguel Indurain a vite épuisé les pronostics pour savoir qui battrait le coureur espagnol dans le Tour de France. Aucun coureur de sa génération n’était capable de le battre, ni Bugno, ni Chiappucci, ni Rominger, ni Breukink, ni Hampsten, ni Mejia. Très vite les observateurs du cyclisme se sont demandés quel coureur de la génération suivante pourrait lui succéder au panthéon du Tour. Au final, aucun héritier présumé ne fut le bon. Une vraie malédiction qui frappa au total six coureurs talentueux.

Le premier à susciter l’attention du peloton par ses qualités athlétiques est le jeune suisse Alex ZÜLLE. Deuxième du prologue en 1992 à San Sebastian, pour son premier Tour de France, Zülle gagne Paris-Nice en 1993. Second de la Vuelta en 1993, il est battu par Rominger car il chute sous la pluie dans le col de Navacerrada. Sa myopie lui joue des tours. C’est en 1995 que Zülle prend une dimension de champion sur le Tour, en étant dauphin d’Indurain. Le Suisse de la ONCE devance Riis et Jalabert grâce à sa victoire dans l’étape de la Plagne. Excellent rouleur, grimpeur solide, le Suisse ne gagnera jamais le Tour. Quittant la ONCE après deux triomphes dans la Vuelta en 1996 et 1997, Zülle échoue dans le Giro 1998 face à Pantani. Son dernier coup d’éclat reste une deuxième place dans le Tour de France 1999, derrière Lance Armstrong. Mais à 31 ans, Zülle avait déjà ses plus belles années derrière lui.

Le deuxième héritier présumé de Big Mig fut le russe Evgueni BERZIN. Vainqueur fracassant de Liège-Bastogne-Liège au printemps 1994, au sein de la Gewiss, Berzin bat Indurain sur le Giro 1994. Pour mesurer l’étendue de l’exploit, il faut rappeler que Miguel était invaincu sur un grand Tour depuis la Vuelta 1991, le temps de gagner cinq épreuves majeures (Tour de France de 1991 à 1993, Giro 1992 et 1993). Berzin devança Indurain dans la montagne, prenant le maillot rose de leader dès le troisième jour du Giro, et seul Marco Pantani le menaça dans l’optique de la victoire finale

Après le Tour de France 1995 qu’il termina quatrième avec panache, Laurent JALABERT fut déclaré rival numéro un d’Indurain pour 1996. La star de la ONCE confirma ce statut en triomphant sur la Vuelta la même année avec cinq étapes plus une deuxième place à la Indurain dans l’étape reine de la Sierra Nevada. Jalabert avait phagocyté tous ses adversaires dans ce Tour d’Espagne où il montrait un registre de champion complet. Vainqueur de Paris-Nice en 1995 et 1996, Jalabert se présenta au départ du Tour 1996 comme outsider numéro 1, Indurain demeurant grand favori. Mais le Mazamétain sombra dans l’étape des Arcs, lâché par le peloton des ténors dès le col de la Madeleine. Abandonnant le surlendemain, Jalabert ne devait plus jamais jouer un rôle pour le classement général du Tour, pour deux raisons principales. Des qualités d’escaladeur très limitées au-delà de 2000 m, et une préparation jamais axée à 100 % sur le Tour comme LeMond ou Indurain.

Dans ce même Tour de France 1995, un coureur confirma tout le bien qu’on pensait de lui. Marco PANTANI prouva qu’il était un grimpeur hors normes, sans doute le meilleur jamais vu en course depuis Gaul et Bahamontes, écrasant la concurrence à l’Alpe d’Huez et à Guzet Neige. Il avait déjà fait sensation en 1994, deuxième du Giro et troisième du Tour à seulement 24 ans. Gravement blessé en 1995 dans Milan-Turin, Pantani passa 1996 à se rééduquer. Son retour en 1997 lui permit de gagner des étapes de prestige en montagne. Ses victoires sur le Giro et le Tour en 1998 rendirent justice à son talent unique de grimpeur. Son contrôle positif en 1999 sur le Giro (hématocrite de 52) mit un coup d’arrêt à sa progression. Il ne fut plus jamais le même coureur après 1999, malgré deux victoires d’étapes sur le Tour 2000.

En 1995, Miguel Indurain faillit gagner le championnat du monde, après deux podiums à Stuttgart en 1991 et Oslo en 1993. Sur le circuit de Duitama en Colombie, Indurain prouva une fois de plus qu’il méritait le maillot arc-en-ciel mais il se sacrifia au profit de son jeune équipier, Abraham OLANO, qui avait terminé deuxième de la Vuelta derrière Jalabert et également deuxième du championnat du monde contre-la-montre, derrière Indurain. Olano dont la ressemblance avec Indurain. D’abord physiquement. Ensuite sur ses qualités de rouleur. Enfin par ses origines basques. Après son titre de champion du monde, le premier de l’Histoire pour le cyclisme espagnol, Olano termina troisième du Giro en 1996 puis neuvième du Tour. Rejoignant Banesto en 1997 suite au retrait de Miguel, Olano décida de se focaliser sur le Tour et la Vuelta. Quatrième du Tour en 1997, Olano montra de graves lacunes en montagne face à Ullrich, Virenque et Pantani. Il gagna le dernier chrono à Disneyland Paris et se positionna en challenger pour 1998. Un Tour 1998 qu’il abandonna dans l’étape du Plateau de Beille en 1998, après avoir perdu beaucoup de temps sur Ullrich dans le chrono de Corrèze. Vainqueur de la Vuelta en 1998 toujours avec Banesto, et champion du monde du contre-la-montre cette année là, Olano pensait enfin gagner le Tour en 1999 avec ONCE mais il fut taillé en pièces par Armstrong. Et même des outsiders comme Zülle et Escartin finirent devant lui au général. Seulement sixième d’un Tour qui lui semblait promis, Olano comprit qu’il ne gagnerait jamais le Tour. Rebelote en 2000 où Jalabert et lui firent pâle figure sous le maillot de ONCE, finissant très loin au général. Olano revint en 2002 sur le Tour en tant qu’équipier de Joseba Beloki, après une deuxième place au Giro 2001 derrière Simoni.

Dernier coureur à être étiqueté comme successeur d’Indurain, Jan ULLRICH. Fracassant de son équipier et leader Bjarne Riis sur son premier Tour en 1996, l’Allemand de Rostock fit l’admiration de tous. Ecrasant le dernier chrono de ce Tour entre Bordeaux et Saint-Emilion, Ullrich battit les références de la discipline, Indurain et Olano. Sachant l’âge de Riis, 32 ans, on pensait avoir trouvé le successeur de Miguel en ce jeune virtuose allemand. Mais Ullrich malgré sa victoire de 1997 ne confirma jamais les promesses entrevues en 1996. Fainéant, l’Allemand perdit quatre Tours en 1998, 2000, 2001 et 2003 face à Pantani et Armstrong. Prenant trop de poids pendant l’hiver, s’entraînant seul, Ullrich gâchait ses printemps à perdre ses kilos superflus au lieu de préparer le Tour comme il se doit. Découvrant l’intérêt des reconnaissances d’étape en 2004 seulement, alors qu’Armstrong le faisait depuis 1999, Ullrich était aussi faillible en cas de temps froid et pluvieux. Piètre tacticien, l’Allemand avait trop de points faibles. Mauvais relanceur dans les chronos, employant de trop gros braquets en montagne, peu enclin à l’initiative et à l’attaque, Ullrich comptait uniquement sur sa force pure, terrifiante. Il était trop souvent un suceur de roue en montagne. Et il lui manquait le charisme d’un leader, lui qui perdait souvent deux ou trois équipiers en montagne car Telekom aidait Zabel pour le maillot vert. Le plus gros gâchis du cyclisme depuis Hugo Koblet. Mais Ullrich était le vrai héritier d’Indurain. Son profil en faisait le successeur désigné. Rouleur d’exception, grimpeur puissant, Ullrich avait une force de percussion exceptionnelle.

Au final, le successeur d’Indurain fut un coureur que personne ne vit arriver, Lance Armstrong. Délaissant les classiques après son cancer, le Texan fut un despote au sein de l’US Postal. Bien encadré par Johan Bruyneel, il prépara le Tour de 1999 à 2005 comme un stakhanoviste. Reconnaissance d’étapes de montagne, travail en soufflerie pour améliorer son aérodynamisme sur les CLM, travail sur ses cadences de pédalage en montagne, intelligence tactique, recrutement judicieux d’équipiers (Hincapie, Ekimov, Hamilton, Popovych, Heras, Rubiera, Landis, Savoldelli), charisme indéniable sur son équipe et l’ensemble du peloton. Evidemment, les soupçons de dopage sont forts sur Armstrong mais il faut reconnaître son abnégation et son intelligence. L’Américain fut donc le successeur d’Indurain, au moins en terme de palmarès. Même si son style était aux antipodes de celui du Navarrais. Forte personnalité, Lance était bien moins placide que Miguel. Et gagnait les étapes en ligne (sauf en Ventoux en 2000), ne laissant que les miettes à Ullrich, Beloki, Vinokourov ou Basso, alors qu’Indurain, magnanime, laissait la victoire d’étape à ses rivaux résignés (Rominger, Bugno) et se contentait des victoires dans les CLM.

  1. avatar
    2 janvier 2015 a 13 h 49 min

    Le plus prometteur était Jan Ullrich, même profil qu’Indurain : cage thoracique énorme, surdoué du chrono, pasant les cols avec facilité.

    Deux grosses différences, l’Allemand fut excellent dès l’âge de 22 ans sur le Tour 1996 là où Indurain dut attendre 26-27 ans avant de passer la haute montagne avec le groupe maillot jaune.

    Secundo, Ullrich était un bien piètre tacticien là où l’Espagnol était le meilleur de sa génération dans ce domaine.

    Au final, ce fut donc un coureur inattendu qui succéda au Navarrais, un certain Lance Armstrong.

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