Les nouvelles cimes du Tour de France
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Les nouvelles cimes du Tour de France

Depuis les années 80, la Grande Boucle a renouvelé ses sommets emblématiques, elle qui s’appuyait sur quatre points cardinaux, le Ballon d’Alsace (depuis 1906), le Mont Ventoux (depuis 1951), l’Alpe d’Huez (depuis 1952) et le Puy-de-Dôme (depuis 1952).

Franchi pour la première fois en 1905, le Ballon d’Alsace est même le doyen des cols du Tour, Henri Desgrange souhaitant pimenter son épreuve dès la troisième édition.

Depuis les années 80, le sommet vosgien n’a été franchi que deux fois, sans arrivée d’étape, en 1982 et 1997.

En 1951, Jacques Goddet emmena le Tour de France sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux, montagne chauve plantée au cœur du Vaucluse, dominant fièrement la plaine, soumise aux vents de Provence, tantôt fournaise saharienne, tantôt steppe sibérienne soumise au froid. Le Ventoux a tout connu : le morceau de bravoure de Louison Bobet en 1955 sur la route d’Avignon, la victoire contre-la-montre de Charly Gaul en 1958, la résistance de Raymond Poulidor envers Felice Gimondi en 1965, le décès de Tom Simpson en 1967, le succès d’Eddy Merckx en 1970 avec panache, celui de Bernard Thévenet en 1972, l’exploit de la carrière de Jean-François Bernard en 1987, l’échappée du colosse italien Eros Poli en 1994 vers Carpentras, le come-back de Marco Pantani en 2000 avec le cadeau empoisonné de Lance Armstrong, la rédemption de Richard Virenque en 2002, la fraternité d’Andy Schleck envers son frère Frank en 2009, l’estocade de Chris Froome en 2013.

Même si la rareté fait la valeur du Mont Ventoux, il est trop souvent ignoré par le Tour de France avec seulement six visites depuis 1980 : un contre-la-montre en 1987, un passage en 1994 avec arrivée à Carpentras, quatre arrivées au sommet en 2000, 2002, 2009 et 2013. Sans oublier l’affront majeur d’être snobé par le Tour du Centenaire en 2003, alors que la descente vers Marseille aurait pu se faire par Avignon et le Vaucluse, plutôt que par Gap et les Alpes du Sud. Ce fut au bénéfice d’un autre col de légende désormais aussi à classer dans les cols vintage du Tour, l’Izoard et sa mythique Casse Déserte au décor lunaire.

Dès 1952, le directeur du Tour de France, leader incontesté avec son chapeau colonial rappelant Alec Guinness et son personnage du colonel Nicholson dans le Pont de la Rivière Kwaï, va joindre à la légende du Tour de France deux sommets mythiques : l’Alpe d’Huez et le Puy-de-Dôme.

Pour inaugurer ces deux cimes de légende, un coureur hors normes, sans doute le plus grand de tous les temps, même si la subjectivité place chez certains le nom d’Eddy Merckx encore plus haut que lui au panthéon du cyclisme : Fausto Coppi.

L’Alpe d’Huez, juge de paix de tant de Tours de France, va connaître un sommeil de plus de vingt ans avant de revenir en grâce à partir de 1976. Entre 1976 et 1995, la station de l’Oisans et ses 21 virages, vite surnommée la Montagne des Hollandais avec les succès des coureurs néerlandais, de Zoetemelk (1976) à Theunisse (1989) en passant par Kuiper (1977), Winnen (1981, 1983) ou encore Rooks (1988), ne sera absente que de deux parcours de la Grande Boucle, ceux de 1985 et de 1993.

Depuis 1996, l’Alpe d’Huez n’est là que par intermittence, en 1997 (victoire de Marco Pantani), 1999 (Giuseppe Guerini), 2001 (Lance Armstrong), 2003 (Iban Mayo), 2004 (Lance Armstrong CLM), 2006 (Frank Schleck), 2008 (Carlos Sastre), 2011, 2013 et 2015.

Quant au Puy-de-Dôme, il est le volcan d’Auvergne le plus connu, et sera le théâtre de rêve du plus beau duel de tous les temps sur le Tour de France. En 1964, Jacques Anquetil conserve le maillot jaune in extremis face à Raymond Poulidor, coupable d’avoir attaqué trop tard et avec un braquet pas assez souple, contrairement au vainqueur d’étape du jour, le virtuose escaladeur castillan Federico Bahamontes, l’Aigle de Tolède, qui avait construit son succès de 1959 sur les mêmes pentes.

En 1969, la lanterne rouge Pierre Matignon domine l’étape du Puy-de-Dôme dans une édition où le Cannibale belge Eddy Merckx impose sa férule avec une rare violence face à un peloton résigné. Enfin en 1975, l’hégémonie du Bruxellois sera stoppée par le coup de poing du Puy-de-Dôme. Outre la perte du temps consécutive à ce fait divers, Merckx est terriblement affaibli et voit sa sixième victoire devenir utopique dans l’étape de Pra-Loup, qui consacre Bernard Thévenet. En deux étapes, le Belge passe du Capitole à la Roche Tarpéienne.

Délaissé depuis 1988, le volcan auvergnat n’est depuis 2010 plus accessible aux cyclistes avec la construction d’une ligne de chemin de fer sur ses pentes. Le voilà rangé aux oubliettes de l’Histoire.

Depuis 1980, le Tour de France a su introduire de nouveaux sommets plus ou moins récurrents :

- Annecy Semnoz (2013) : le grimpeur colombien Nairo Quintana a inauguré ce nouveau sommet en 2013 pour la centième édition de la Grande Boucle, l’objectif étant d’avoir une arrivée carte postale, comme pour pas mal d’étapes de ce Tour de France, en Corse, au Mont Saint-Michel ou à Paris en nocturne.

- Arcalis (1997, 2009) : situé en territoire andorran, l’ascension d’Arcalis fut aussi utilisée par Vuelta en 1999, et le même coureur y endossa le maillot de leader qu’en 1997 sur le Tour de France, Jan Ullrich. L’ogre de Rostock y ajouta la victoire lors de la visite du Tour en juillet 1997. Lâchant au train Richard Virenque et Marco Pantani, le champion allemand dresse la guillotine et écrase la Grande Boucle comme Miguel Indurain ne se l’était jamais permis pendant cinq ans entre 1991 et 1995 … Intronisé un peu vite héritier de l’Espagnol, le leader de la Deutsche Telekom remporte en fait une victoire à la Pyrrhus. Car s’il ramène bien le maillot jaune à Paris en 1997, Ullrich se nourrit d’illusions qui le perdront en 1998 contre Marco Pantani puis en 2000, 2001, 2003, 2004 et 2005 contre Lance Armstrong… Le nectar et l’ambroisie lui seront retirés, lui qui pensa trop tôt être immortel au panthéon du cyclisme.

- Avoriaz (1979, 1994, 2010) : Avoriaz restera comme l’étape qui sonna le glas des espoirs de Lance Armstrong d’un huitième maillot jaune en 2010, loin derrière le trio Contador – Evans – Andy Schleck qui se neutralisait dans le groupe des ténors. En 1979, Bernard Hinault réalisa une véritable démonstration de force dans le chrono d’Avoriaz, tout comme Piotr Ugrumov, gavé de potion magique EPO par Michele Ferrari au sein de la sulfureuse équipe Gewiss Ballan. Le Letton, déjà deuxième à Val Thorens puis lauréat à Cluses dans les deux étapes précédentes, écrasa ses rivaux Marco Pantani et Miguel Indurain dans l’effort solitaire, se hissant sur la deuxième place du podium, délogeant Richard Virenque de sa place de dauphin du colosse espagnol Indurain.

- Bagnères-de-Bigorre (2013) : Christopher Froome étrenne son nouveau maillot jaune dans les cols pyrénéens, et c’est le coureur irlandais Daniel Martin qui l’emporte à Bagnères-de-Bigorre.

- Bagnères-de-Luchon (1983, 2010, 2012, 2014) : l’étape de 1983 est marquée par le châtiment de Phoebus. Le soleil darde ses rayons de feu et la plupart des favoris, dans un Tour orphelin de Bernard Hinault, voient leurs espoirs réduits à néant en quelques kilomètres sur le goudron fondu des cols pyrénéens. Sean Kelly et consorts frappés par le destin, un trio français s’empare du classement général mais le maillot jaune tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne le lendemain de sa prise de pouvoir, Pascal Simon voit une vilaine chute sonner le glas de ses espoirs, la clavicule brisée. Admirable de courage, le leader de l’équipe Peugeot poursuit sa route jusqu’à l’Alpe d’Huez où Laurent Fignon récupère le maillot jaune. En 2010, l’étape est marquée par la polémique du saut de chaîne d’Andy Schleck, son rival Alberto Contador en profitant pour attaquer, certains considèrent que le pistolero espagnol a franchi le Rubicon. En 2012, l’étape est l’occasion de voir que Chris Froome a des fourmis dans les jambes derrière son leader chez Sky, le maillot jaune Bradley Wiggins. En 2014, Vincenzo Nibali défend son maillot jaune à Bagnères-de-Luchon dans une étape remportée par l’Australien Michael Rogers.

- Cauterets (1989, 1995, 2015) : la première arrivée à Cauterets donna lieu à une victoire de Miguel Indurain, parti en éclaireur pour Banesto afin de favoriser une offensive finale de Pedro Delgado, relégué très loin au classement général après sa bévue au prologue de Luxembourg (le natif de Ségovie avait raté le départ, prenant son envol sur la rampe de lancement avec 2’40’’ de retard). En 1995, le vainqueur a pour nom Richard Virenque, à qui l’on reprochera sa joie sur la ligne d’arrivée, mais le Varois ignorait alors le drame qui se jouait à l’arrière du peloton, le jeune Italien Fabio Casartelli, médaille d’or de cyclisme sur route aux Jeux Olympiques de Barcelone, étant décédé après une terrible chute dans le col du Portet d’Aspet. Vingt ans après le drame de 1995, le Tour de France reviendra à Cauterets.

- Chamrousse (2001 clm, 2014) : station de ski des Jeux Olympiques de Grenoble en 1968, Chamrousse a été l’hôte d’un chrono en altitude en 2001, qui a vu la victoire de Lance Armstrong, au lendemain de son coup de bluff sur la route de l’Alpe d’Huez. Le podium de cette épreuve en solitaire fut le même que la veille dans la station de l’Oisans, 1er Armstrong, 2e Ullrich, 3e Beloki, soit le podium du Tour de France 2000, qui serait aussi celui de l’édition 2001, malgré le coup de Pontarlier (Andreï Kivilev 4e, François Simon 6e).

- Courchevel (1997, 2000, 2005) : station jet-set, Courchevel fait son apparition en 1997 pour une étape où les Festina, au pinacle de l’ère EPO, dans un peloton en pleine omerta, lancent une offensive de grande ampleur en espérant faire trébucher le maillot jaune allemand Jan Ullrich en état de grâce. Mais le virtuose de Rostock sera impérial et va même vendre sa victoire à son dauphin, Richard Virenque. En 2000, Marco Pantani domine Jose Maria Jimenez et s’offre une huitième victoire d’étape, vengeant ainsi l’affront du cadeau fait par Lance Armstrong au sommet du Mont Ventoux quelques jours plus tôt.

En 2005, le Texan écrase la course et seul Alejandro Valverde parvient à suivre le sextuple maillot jaune jusqu’à la ligne d’arrivée. A Courchevel, Armstrong vient déjà de sonner le glas des espoirs de Jan Ullrich, Alexandre Vinokourov et Ivan Basso, ses rivaux théoriques pour la victoire finale.

- Crans Montana (1984) : Laurent Fignon, en 1984, marche sur l’eau et gagne une étape de plus à Crans Montana, le maillot jaune gagnant presque toutes les étapes alpestre à l’exception de l’Alpe d’Huez qui reste la chasse gardée des grimpeurs avec la victoire de l’escaladeur virtuose venu de Colombie, Luis Herrera, révélation du Tour de France 1984.

- Deux Alpes (1998, 2002) : petite sœur de l’Alpe d’Huez, les Deux Alpes sont moins pentues et donc plus favorables aux rouleurs tels que Jan Ullrich, favori suprême du Tour de France 1998, vite orphelin des Festina. Sous la pluie et le froid des Alpes, l’ogre allemand va tomber du Capitole à la Roche Tarpéienne en quelques kilomètres.

- Grand Bornand (2004, 2007, 2009, 2013) : en 2004, au Grand Bornand, Lance Armstrong gagne une troisième étape consécutive en montagne après Villars-de-Lans et l’Alpe d’Huez (clm). Stratosphérique, le Texan consolide son maillot jaune et cannibalise un Tour de France qui sera sa sixième victoire consécutive, seuil resté utopique pour Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain par le passé. En 2007, le jeune Allemand Linus Gerdemann l’emporte en éclaireur dans une étape où les favoris se neutralisent avec que le Danois Michael Rasmussen n’écrase la concurrence le lendemain à Tignes. En 2009, Alberto Contador provoque le courroux de Johan Bruyneel et Lance Armstrong en collaborant avec les frères Schleck, ce qui favorise la deuxième place d’Andy Schleck et rapproche Frank Schleck d’un potentiel podium … En 2013, le Portugais Rui Costa l’emporte, quelques semaines avec son titre mondial sur le circuit de Florence.

- Guzet Neige (1984, 1988, 1995) : Marco Pantani triomphe dans les Pyrénées en 1995 à Guzet-Neige, quelques jours après sa première victoire d’étape sur le Tour de France à l’Alpe d’Huez. L’Italie confirme alors qu’il est un escaladeur virtuose. En 1984, la station pyrénéenne avait vu la victoire du grimpeur écossais Robert Millar, tandis que le succès était revenu en 1988 à l’Italien Massimo Ghirotto, juste avant que n’éclate l’affaire Delgado, maillot jaune dopé mais non disqualifié…

- Isola 2000 (1993) : pour la deuxième journée consécutive, Tony Rominger fait office de dauphin du maillot jaune Miguel Indurain, dont le grand gabarit a souffert sur le dernier kilomètre du plus haut col routier d’Europe, celui de la Bonette-Restefond. Comme à Serre Chevalier la veille, le champion suisse règle le sprint avec la bénédiction du Navarrais. Entre l’Espagnol et le Zougois, l’entente cordiale est claire : le maillot jaune pour Big Mig, la deuxième place et les étapes pour Rominger, qui devra cependant cravacher pour devancer Alvaro Mejia et Zenon Jaskula dans les cols pyrénéens. Le champion de Banesto court en épicier, sans panache, mais le public apprendra après l’arrivée du Tour de France 1993 à Paris qu’Indurain souffrait de fièvre, ce qui justifiait une tactique prudente et donc de gérer son capital en bon père de famille.

- La Mongie (1970, 2002, 2004) : en 1970, la station de la Mongie, sur les pentes du col du Tourmalet, voit la victoire d’un jeune coureur bourguignon qui refera parler de lui dans le Tour de France : Bernard Thévenet. En 2002, le tandem de l’US Postal écoeure la concurrence dans une Grande Boucle orpheline des deux seuls coureurs qui pourraient vraiment inquiéter Lance Armstrong, en l’occurrence les anciens lauréats Jan Ullrich (1997) et Marco Pantani (1998). Le joker de luxe espagnol Roberto Heras fait le travail de sape pour Lance Arsmtrong qui remporte l’étape, seul le leader de la ONCE, Joseba Beloki, limitant la casse à la Mongie. Deux ans plus tard, sous la pluie, Ivan Basso, devance Lance Armstrong sur la ligne dans une étape qui marque une énorme déception, les principaux challengers du champion américain s’effondrant en quelques kilomètres, et voyant tous leurs desseins de maillot jaune voler en éclats. Jan Ullrich, Roberto Heras et Tyler Hamilton sont laminés, l’US Postal étant une nouvelle fois la plus forte.

- La Plagne (1984, 1987, 1995, 2002) : plus grande station de ski de France, la Plagne a accueilli le Tour de France en 1984 pour la première fois. En état de grâce, Laurent Fignon survole l’édition 1984 malgré le retour de Bernard Hinault. Le maillot jaune l’emporte, et réédite son succès d’étape en 1987 dans un contexte bien différent où Stephen Roche et Pedro Delgado se disputent la victoire. L’Irlandais, avec l’énergie implacable d’un champion, sait qu’il ne vaut pas l’Espagnol dans les cols et finit l’étape sous le masque à oxygène, tel Merckx au Mont Ventoux en 1970 … Le natif de Ségovie finira dauphin de Roche sur le Tour 1987. En 1995, l’étape de la Plagne convainc les sceptiques à propos de l’EPO après une incroyable démonstration de force de Miguel Indurain sur les pentes de la Plagne. Il faudra nettoyer les écuries d’Augias, tant l’Espagnol a imposé violemment son sceau de façon inhumaine, pédalant à une cadence incroyable malgré son gabarit de rugbyman. Autre coureur de grande taille, le Suisse Alex Zülle, échappé depuis le Cormet de Roselend, s’offre une superbe victoire d’étape et se positionne comme dauphin potentiel du Navarrais le jour où tous les autres sombrent corps et bien derrière le coup de force du champion espagnol, qui tire la quintessence d’un dopage EPO de pointe sous l’égide de Sabino Padilla. De Marco Pantani à Bjarne Riis en passant par Tony Rominger, Evgueni Berzin, Richard Virenque ou Laurent Jalabert, personne ne peut suivre le rythme infernal de Miguel Indurain, insolent de supériorité. En 2002, Michael Boogerd remporte une étape où l’hégémonique Lance Armstrong sort du peloton comme une balle dans l’ultime kilomètre, prouvant à ses dauphins Beloki et Rumsas qu’il est bien invulnérable, si jamais l’échappée solitaire du Texan sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux n’avait pas suffisamment convaincu…

- La Toussuire (2006, 2012, 2015) : station de ski très ancienne car ouverte en 1923 sur les hauteurs de Saint-Jean-de Maurienne, la Toussuire n’accueille le peloton cycliste du Tour qu’en 2006, année où le Danois Michael Rasmussen confirme les promesses entrevues sur le Tour de France 2005 par une victoire dans la station savoyarde, tandis que le maillot jaune, Floyd Landis, s’effondre, victime d’une terrible défaillance en perdant plus de 10 minutes, ce qui rend utopique ses chances de victoire finale. L’Américain réussira à reprendre la tunique de leader à Oscar Pereiro via une échappée fleuve vers Morzine, pour un exploit colossal et surtout trop beau pour être vraie, avec des écarts dignes des années Coppi, Gaul, Anquetil ou Merckx… La Toussuire revient au programme de l’édition 2012 dominée par Bradley Wiggins, la victoire d’étape revenant à Pierre Rolland, un an après son succès sur les pentes de l’Alpe d’Huez. Le train d’enfer imprimé par l’équipe Sky cause la perte du tenant du titre, l’Australien Cadel Evans qui perd 1’26’’ sur Wiggins, ce dernier étant dominé par son dauphin et coéquipier Chris Froome, le Kenyan Blanc étant bien plus à l’aise que son compatriote et leader dans les cols. La Toussuire reviendra sur le Tour de France 2015.

- Les Arcs (1996) : la station savoyarde a été le théâtre d’une étape de légende le samedi 6 juillet 1996. En effet, la 7e étape a vu l’abandon du maillot jaune Stéphane Heulot, les chutes tragiques d’Alex Zülle et Johan Bruyneel, l’effondrement de l’outsider numéro 1 (Laurent Jalabert) dans le col de Madeleine, la défaillance de Miguel Indurain dans les ultimes kilomètres, accrue par une fringale, la victoire du phénix Luc Leblanc (privé de Tour en 1995 par la disparition soudaine de l’équipe du Groupement, dirigé par une secte pyramidale) et la prise de pouvoir d’Evgueni Berzin, bourreau d’Indurain en 1994 sur le Giro.

- Lourdes Hautacam (1994, 1996, 2000, 2008, 2014) : c’est dans le brouillard qu’Hautacam fait son apparition dans le Tour de France en 1994. Au départ de Cahors, les coureurs quittent la plaine et certains ne s’adaptent pas au changement de braquet vers les cols pyrénéens, dont le Suisse Tony Rominger, challenger du triple maillot jaune sortant, l’Espagnol Miguel Indurain. Battu au Giro par Evgueni Berzin et Marco Pantani, le Navarrais a connu la défaite dans un grand Tour pour la première fois depuis la Vuelta 1991. Il n’en fallait pas plus pour que les oracles parlent de déclin du champion de Banesto. La réponse de Miguel Indurain est cinglante, il humilie le peloton entre Périgueux et Bergerac dans le premier contre-la-montre, avant de faire la grande lessive en montagne, comme au col du Galibier en 1993. Seul Marco Pantani s’extrait du peloton où Indurain montre avec éclat son maillot jaune. Hégémonique, l’Espagnol frôle la victoire d’étape, remportée par le Français Luc Leblanc. Deux ans plus tard, c’est un autre coureur qui tutoye la perfection sur les pentes d’Hautacam, le jour du 32e anniversaire de Miguel Indurain. Alex Zülle a attaqué dans les premières rampes mais c’est un leurre pour le Suisse de la ONCE, dauphin en 1995 du quintuple maillot jaune. Battu aux Arcs, à Val d’Isère, à Sestrières, le Navarrais n’a rien pu tenter dans le Massif Central, vers Superbesse. Tel un aigle, le Danois Bjarne Riis fait l’élastique dans le peloton des ténors, jaugeant ses rivaux. Plaçant quelques banderilles, Riis porte l’estocade à la troisième accélération et s’en va vers une victoire estampillée EPO, sur le grand plateau… La quadrature du cercle ? Que nenni, l’imposture du siècle surtout !

- Luz Ardiden (1985, 1988, 1990, 1994, 2001, 2003, 2011) : en 1985, la première visite du Tour dans Luz Ardiden donne lieu à un épisode qu’on reverra ensuite dans les équipes ultra-dominantes. Alors que le maillot jaune Bernard Hinault souffre le martyr depuis sa chute à Saint-Etienne, son jeune coéquipier de luxe, Greg LeMond, à qui la victoire est promise pour 1986 par renvoi d’ascenseur, tente de s’échapper mais se voit rappeler à l’ordre par Paul Koechli, directeur sportif de la Vie Claire et bras droit de Bernard Tapie sur le terrain… C’est finalement Pedro Delgado qui triomphe dans la station pyrénéenne. En 1990, le maillot jaune Claudio Chiappucci profite de l’apathie de ses challengers, Greg LeMond, Erik Breukink et Pedro Delgado, qui se regardent en chiens de faïence dans le col d’Aspin pour attaquer avec panache. Mais le coup de bluff du gladiateur toscan ne tient pas longtemps, et Miguel Indurain, en compagnie de Greg LeMond, va dominer la fin d’étape, l’Espagnol gagnant au sommet de Luz Ardiden, ce qui fera dire aux observateurs que Banesto s’est trompé de cheval en misant sur son leader historique Pedro Delgado pour 1990. La donne changera dès 1991 aux yeux d’Eusebio Unzue et de José Miguel Echavarri. En 1994, suite au double épisode de Bergerac et de Lourdes Hautacam qui consacre l’insolente supériorité de Miguel Indurain sur Tony Rominger et plus encore sur le reste du peloton, le jeune Varois Richard Virenque s’offre une première victoire d’étape sur le Tour de France après une échappée au long cours. En 2001, tutoyant la perfection à chaque étape, le maillot jaune Lance Armstrong se contente de défendre sa position face à son dauphin et rival Jan Ullrich, lequel scelle sa reddition sur la ligne d’arrivée par une poignée de mains aux airs de paix des braves … L’étape est remportée par le coureur basque Roberto Laiseka, qui a bravé la foule tel Moïse fendnat la mer Rouge, sous une kyrielle de drapeaux Euskadi. En 2003, Lance Armstrong et sa haine viscérale de la défaite consolident le maillot jaune du Texan face à un Jan Ullrich mal inspiré. L’ogre allemand est daltonien, car il confond le cyan du maillot Bianchi avec le jaune du leader du Tour de France. Se croyant déjà vainqueur de l’édition du Centenaire, le natif de Rostock attaque trop loin de l’arrivée dans le col du Tourmalet, à 120 kilomètres du terme. Mal inspiré, Ullrich gaspille des forces en début d’étape, Armstrong revenant progressivement sur lui. Dans le final, l’Américain dresse la guillotine et creuse un écart qui sera rédhibitoire pour Ullrich malgré l’ultime chrono entre Pornic et Nantes. En 2011, l’épouvantail Thomas Voeckler conserve le maillot jaune sur les hauteurs de Luz Ardiden, alors que les favoris Contador, Andy Schleck, Evans se neutralisent, Samuel Sanchez gagne l’étape et Frank Schleck en profite pour se rapprocher du leader alsacien au classement général…

- Mende (1995, 2005, 2010, 2015) : si Mende a été revisitée trois fois après 1995, ce n’est pas seulement car sa montée de l’aérodrome offre un terrain pour les offensives aux puncheurs … C’est aussi en souvenir de l’exceptionnelle victoire de Laurent Jalabert le 14 juillet 1995. La ONCE sème la panique dans les rangs de Banesto, et pour la première fois depuis 1991, l’équipe espagnole est prise de court. Avec ses coéquipiers Melchior Mauri et Neil Stephens, le Français plante une banderille dans le maillot jaune de Miguel Indurain, qui craint l’estocade et se voit marqué de près par Alex Zülle dans le peloton. Dans le final, l’écart s’est réduit entre le peloton et le groupe des échappés, de ce fait Laurent Jalabert n’est plus maillot jaune virtuel, mais il s’envole vers une superbe victoire, dans doute une des plus incroyables de sa somptueuse carrière. En 2005, Mende s’offre à Marcos Serrano. En 2010, c’est Purito, alias Joaquin Rodriguez qui s’impose dans le chef-lieu de la Lozère.

- Peyragudes (2012) : Alejandro Valverde, de retour sur le Tour de France après deux années de suspension pour dopage dans l’affaire Puerto, est incapable de suivre les ogres britanniques de Team Sky, Wiggins et Froome, au classement général mais le Murcian déploie ses ailes de phénix sur la route de Peyragudes, à proximité de la frontière espagnole. El Invinciblo l’emporte sur une étape du Tour pour la première fois depuis Courchevel en 2005.

- Piau Engaly (1999) : station pyrénéenne, Piau Engaly voit la victoire de Fernando Escartin. Coureur d’habitude timoré, l’Espagnol de Kelme, ancien lieutenant de Tony Rominger chez Mapei Clas, se lance dans un raid de grande envergure et reprend la deuxième place du classement général à Alex Zülle, tandis que la victoire de Lance Armstrong semble assurée, tant l’avance du maillot jaune est confortable sur ses rivaux, piégés par la chute au passage du Gois (Zülle) ou laminés par les exploits surhumains du Texan, rescapé du crabe (Escartin, Dufaux, Olano, Virenque).

- Planche des Belles Filles (2012, 2014) : station des Vosges peu connue du grand public, la Planche des Belles Filles fait son apparition en 2012, édition qui sacre le duo britannique de Sky, Bradley Wiggins et Chris Froome. Ce dernier l’emporte devant son leader, seul Cadel Evans ayant pu accompagner les deux coéquipiers de Sky jusqu’au sommet. Deux ans plus tard, c’est Vincenzo Nibali qui l’emporte dans la station vosgienne, prémisses d’une implacable hégémonie sur la Grande Boucle 2014.

- Plateau de Beille (1998, 2002, 2004, 2007, 2011, 2015) : le Plateau de Beille sera visitée pour la sixième fois depuis 1998, année où son palmarès avait été inauguré par Marco Pantani. L’Italien avait attendu la moitié du col pour attaquer, le temps que le maillot jaune Jan Ullrich revienne dans le peloton des ténors, après avoir été victime d’une crevaison. Mais le jeune Allemand avait paniqué, revenant bien trop vite, s’épuisant et semant ses coéquipiers. Se retrouvant isolé, Ullrich n’avait pu suivre Pantani et devait assurer seul la poursuite derrière le Pirate italien, perdant au final 1’40’’ sur les pentes du Plateau de Beille, col inédit qui avait tenu ses promesses pour son baptême du feu sur le Tour. Après cette banderille, Pantani porterait l’estocade à Jan Ullrich quelques jours plus tard aux Deux-Alpes. En 2002, Lance Armstrong, ceint du maillot jaune depuis sa victoire la veille à la Mongie, passe la deuxième couche face à Joseba Beloki et s’envole au classement général dans un Tour doublement orphelin d’Ullrich et Pantani. En 2004, Lance Armstrong passe à nouveau la deuxième couche, prenant sa revanche sur Ivan Basso qui avait gagné l’étape de la Mongie la veille. Autre différence avec 2002, Armstrong ne sort pas en jaune des Pyrénées en 2004, le maillot étant la propriété du jeune Alsacien Thomas Voeckler, révélation de cette 91e Grande Boucle. En 2007, Alberto Contador, le maillot blanc des jeunes, s’offre une joute au sommet avec le très controversé maillot jaune Danois Michael Rasmussen. L’Espagnol, vainqueur de Paris-Nice en début de saison, pose la première pierre de sa légende de Pistolero alors que l’épée de Damoclès frappera Rasmussen juste derrière. Abandonné par Rabobank après son mensonge sur ses lieux d’entraînement, Chicken Legs quitte le Tour et Contador est propulsé en tête du classement général, position qu’il conservera in extremis face à Cadel Evans et Levi Leipheimer après l’ultime contre-la-montre à Angoulême. En 2011, la victoire d’étape revient au Belge Jelle Vanendert, le maillot jaune restant sur les épaules de Thomas Voeckler après une ascension où les favoris se sont globalement regardés en chiens de faïence, même si Andy Schleck a grappillé quelques secondes dans les derniers mètres. En 2015, le Plateau de Beille, qui a gagné ses galons de grand classique de l’époque moderne du Tour de France, accueillera une arrivée au sommet pour la sixième fois en 18 éditions, soit une présence toutes les 3 éditions (une fréquence que seule l’Alpe d’Huez peut revendiquer parmi les grands cols positionnés comme arrivées d’étape de haute montagne)

- Plateau de Bonascre / Ax-les-Thermes (2001, 2003, 2005, 2010, 2013) : surplombant Ax-les-Thermes, le Plateau de Bonascre a accueilli le Tour de France pour la première fois den 2001. Le palmarès est inauguré par le Colombien Felix Cardenas, tandis que Lance Armstrong devance Jan Ullrich et grappille encore du temps sur Andreï Kivilev, épouvantail issu du coup de Pontarlier. En 2003, l’étape passe par l’inédit et redoutable Port de Pailhères. En plein doute suite à la victoire de Jan Ullrich dans le chrono de Cap Découverte, Lance Armstrong est un maillot jaune menacé, l’Allemand n’étant qu’à 34 secondes au classement général. Ullrich a sonné le tocsin dans le chrono du Gers, il espère sonne le glas des espoirs du Texan au Plateau de Bonascre. Phénix après une traversée des Alpes moribonde, l’ogre de Rostock attaque trop tard dans la montée finale, reprenant 7 secondes au Texan plus 12 secondes de bonification pour sa deuxième place derrière le lauréat du jour, l’Espagnol Carlos Sastre qui fête la naissance de sa fille avec une tétine dans la bouche sur la ligne d’arrivée. Revenant à 15 secondes de son rival de l’US Postal, le leader des Bianchi espère bientôt troquer son maillot cyan contre le maillot jaune. Mais ce ne sera jamais le cas pour Ullrich, avec la grande désillusion de Luz Ardiden. En 2005, Ullrich cède du terrain dans les derniers hectomètres sur Armstrong et Ivan Basso, et le podium de la 92e édition se dessine en défaveur du Poulidor d’outre –Rhin, l’étape étant pour l’anecdote gagnée par Georg Totschnig. En 2010, l’étape est gagnée par Christophe Riblon. L’édition 2013 voit une démonstration de force de Christopher Froome, favori suprême du Tour de France puisque dauphin de Bradley Wiggins en 2012 et surtout auteur d’un printemps magique, avec des victoires au Tour de Romandie et au Critérium du Dauphiné Libéré. En une seule étape, le Kenyan Blanc ruine le suspense et humilie le peloton, avant d’enfoncer le clou quelques jours plus tard au Mont Ventoux face aux Contador, Quintana, Valverde et autres Mollema.

- Risoul (2014) : au lendemain du coup de force de Vincenzo Nibali à Chamrousse, le Polonais Rafal Majka profite de l’abandon de son leader Alberto Contador pour briller et remporter l’étape.

- Saint-Lary Soulan / Pla d’Adet (1974, 1976, 1985, 1993, 2001, 2005, 2014) : en 1974, Raymond Poulidor, vétéran de la Grande Boucle à 38 ans, l’emporte à Saint-Lary-Soulan et consolide sa position de dauphin d’Eddy Merckx. En 1976, Luis Ocaña, dont l’animosité pour Joop Zoetemelk est viscérale et connue de tous, aide Lucien Van Impe à conquérir le maillot jaune. Le Pla d’Adet revient en 1985 sur le Tour de France. En 1993, Zenon Jaskula (pur produit EPO) devance le Suisse Tony Rominger et l’Espagnol Miguel Indurain, le maillot jaune étant déjà affaibli par la fièvre qui le conduira à annuler tous ses critériums après l’arrivée à Paris. En 2001, après une étape magnifique marquée par l’échappée fleuve de Laurent Jalabert et la combativité de Jan Ullrich (qui chute dans la descente du col de Peyresourde), Lance Armstrong s‘envole dans les ultimes kilomètres aux dépens du champion d’Allemagne, avant de dédier son succès à Fabio Casartelli. En 2005, George Hincapie profite d’une échappée matinale pour s’imposer au sommet du Pla d’Adet. Le New-Yorkais est un colosse, et comme Eros Poli en 1994 au Mont Ventoux, a vaincu un grand col du Tour de France en tête de la course. En 2014, Rafal Majka s’offre une deuxième étape, et pérpetue la tradition polonaise à Saint-Lary, deux décennies après Zenon Jaskula.

- Serre Chevalier (1986, 1993) : en 1986, l’étape de Serre Chevalier créé la sélection. Victime d’une terrible douleur au genou dans le col de l’Izoard, Bernard Hinault doit laisser Greg LeMond et Andy Hampsten prendre les devants. Le natif d’Yffiniac vit là son 77e et dernier jour ceint du maillot jaune, qu’il laisse à son coéquipier américain. En 1993, Miguel Indurain rend utopique les vélleités de victoire de ses rivaux déjà humiliés au chrono du Lac de Madine deux jours plus tôt. Alors que Gianni Bugno et son maillot irisé sombrent corps et âmes dans le col du Télégraphe après l’accélération des coéquipiers de Tony Rominger, ce sont ensuite Erik Breukink et Claudio Chiappucci qui lâchent prise. Seuls quatre hommes peuvent suivre le train infernal du Navarrais Indurain, Tony Rominger, Bjarne Riis, Alvaro Mejia Castrillona et Andy Hampsten. A l’arrivée, le Suisse Rominger emporte l’étape mais Indurain a fait une énorme impression, il est désormais le plus fort aussi en montagne, rien ne semble pouvoir l’arrêter…

- Sestrières (1952, 1992, 1996, 1999) : la première arrivée à Sestrières a pour théâtre le Tour de France 1952, édition où Jacques Goddet inaugure également l’Alpe d’Huez. Les deux étapes sont remportées par un Fausto Coppi qui marche sur l’eau. Voltigeant sur les cols du Tour, l’Italien monopolise les victoires depuis son coup de force dans la citadelle de Namur. Ruinant le suspense, rendant utopique toute chance de victoire finale pour ses rivaux, Coppi est encore plus fort que ne l’était Koblet en 1951. C’est ainsi que les primes pour la deuxième place seront doublées après les Alpes afin de motiver les dauphins du Piémontais… Dans sa région natale, l’ancien commis-charcutier de Novi Ligure atteint la quadrature du cercle et s’impose avec sept minutes d’avance à Sestrières … Quarante ans plus tard, en 1992, Claudio Chiappucci s’impose avec panache en solitaire mais son exploit est marqué par le sceau de l’EPO. Deuxième, Franco Vona devance de peu Miguel Indurain victime d’une légère défaillance dans les deux derniers kilomètres, alors que les suivants sont éparpillés (Bugno, Hampsten, Fignon, Lino…) dans cette étape où Chiappucci a mis le feu dès le début. Après sa deuxième place de 1990 et sa troisième place en 1991, le grimpeur toscan prouve ainsi qu’il n’est pas un feu de paille. En 1996, Bjarne Riis attaque dans le col du Montgenèvre, profitant du contexte de la suppression des cols de l’Iseran et du Galibier, envahis par une neige très forte rendant leur ascension bien trop dangereuse. Au lendemain du chrono de Val d’Isère, le Danois détrône Evgueni Berzin et s’empare du maillot jaune, qu’il consolidera à Lourdes Hautacam par un autre coup de force. En 1999 enfin, l’étape reste marquée par l’hallucinante victoire de Lance Armstrong dans le brouillard, illuminé par les phares des voitures de direction de course. Le Texan, vainqueur deux jours plutôt du contre-la-montre de Metz où il a dressé la guillotine, revient d’abord sur Ivan Gotti et Fernando Escartin échappés dans le Montgenèvre. Tous les grimpeurs, de Dufaux à Virenque en passant par Gotti ou Escartin, voyaient le champion du monde d’Oslo 1993 s’effondrer en montagne et rendre son maillot jaune. Mais l’US Postal, avec Tyler Hamilton et Kevin Livingston, passe fièrement les cols entre le Grand Bornand et Sestrières. Préparé à l’EPO par Michele Ferrari, l’Américain enfonce le clou après le premier hallali sonné en Lorraine … Seul Alex Zülle a pu limiter les écarts mais le Suisse avait perdu six minutes au passage du Gois. Comme en 1994 avec Indurain souverain à Bergerac puis Lourdes Hautacam, le Tour de France est plié entre le premier chrono et la première arrivée au sommet, Abraham Olano étant dauphin de Lance Armstrong à plus de six minutes. Le Texan complètera sa razzia de victoires au Futuroscope de Poitiers en fin d’édition 1999, mais Sestrières restera comme le pinacle de son imposture, symbolisant sa métamorphose en grimpeur – rouleur mutant, plus fort que Marco Pantani dans les cols, plus puissant que Jan Ullrich dans l’effort solitaire…

- Superbagnères (1961, 1962, 1971, 1973, 1979, 1986, 1989) : La station de Superbagnères a accueilli plusieurs arrivées du Tour de France cycliste. Cela a été une première fois le cas en 1961 avec le succès d’Imerio Massignan. En 1962, en contre-la-montre, Federico Bahamontes remporta la victoire. En 1971, toujours en contre-la-montre, le grimpeur espagnol José Manuel Fuente fut le plus rapide, au lendemain du terrible accident de Luis Ocaña, étape durant laquelle le Cannibale Eddy Merckx refusa de porter le maillot jaune perdu par son rival espagnol sur les pentes du col de Menté. Sur le tour 1979, un nouveau contre-la-montre Luchon-Superbagnères vit la victoire de Bernard Hinault. Sur le Tour 1986, cette fois sur une étape en ligne, ce même Bernard Hinault, victime d’une défaillance, perdit une grande partie de l’avance qu’il avait sur Greg LeMond au classement général. Furieux de voir le Breton ne pas tenir sa promesse de 1985 de renvoi d’ascenseur et d’avoir piégé sur la route de Pau, l’Américain se déchaîna avec une offensive de grande ampleur, reprenant plus de 4 minutes à son coéquipier et rival, avant que ses perspective ne deviennent utopiques… Ce dernier remporta l’étape et fit un grand pas vers la victoire finale. Enfin, la Grande Boucle est arrivée une dernière fois à Superbagnères en 1989. Tandis que Robert Millar remportait l’étape, Laurent Fignon dépossédait provisoirement Greg LeMond du maillot jaune, ce qui poursuivait le chassé-croisé entre le Français et l’Américain en tête du classement général de cette édition 1989 palpitante.

- Superbesse (1996, 2008, 2011) : l’étape auvergnate de Super Besse apparaît en 1996 mais Banesto et Miguel Indurain ne mettent pas à profit ce relief de moyenne montagne pour attaquer Bjarne Riis, le maillot jaune danois. Son compatriote Rolf Sörensen remporte l’étape. En 2008 et 2011, l’étape de Superbesse récompense les puncheurs, l’Espagnol Alejandro Valverde et le Portugais Rui Costa devançant respectivement (après déclassement du cobra italien Riccardo Ricco pour dopage EPO CERA) l’Australien Cadel Evans ainsi que Frank Schleck en 2008, et le Belge Philippe Gilbert suivi de l’Australien Cadel Evans en 2011.

- Tignes (2007) : le vainqueur à Tignes en 2007 a pour nom Michael Rasmussen, alias Chicken Legs. Découvert sur la Vuelta 2003, révélé par le Tour de France 2005, le grimpeur danois est doté d’une puissance herculéenne sur ce Tour orphelin des retraités Ullrich et Armstrong. Maillot jaune à l’issue de cette étape alpestre, le Scandinave sera exclu dans les Pyrénées par sa formation Rabobank, ayant menti sur ses plans d’entraînement, prétendant qu’il était au Mexique alors qu’il avait été aperçu en Italie, dans les Dolomites.

- Val d’Isère (1996 clm) : maillot jaune depuis la veille et l’étape d’anthologie courue entre Chambéry et les Arcs, le Russe Evgueni Berzin va faire honneur à son rang ainsi qu’à son statut de grand espoir du cyclisme, lui qui fut le bourreau de Miguel Indurain au printemps 1994 sur le Giro. Devançant Riis, Olano, Rominger, Indurain et Ullrich, le tsar creuser l’écart au classement général, mais ce n’est qu’un feu de paille. Pour l’Espagnol, quintuple tenant du titre, c’est la deuxième banderille plantée en deux jours, l’estocade lui sera portée par un matador venu du Danemark, Bjarne Riis, le jour de son 32e anniversaire sur les hauteurs de Lourdes Hautacam, la veille de l’arrivée dans son fief de Pampelune.

- Val Thorens (1994) : co-leader de l’équipe Gewiss Ballan ayant fait fureur au printemps (triomphe de Giorgio Furlan dans Milan – San Remo, victoire de Moreno Argentin sur la Flèche Wallonne avec un triplé Arggentin Furlan Berzin, succès de Berzin dans Liège – Bastogne – Liège et le Giro), le Letton Piotr Ugrumov termine le Tour de France sur les chapeaux de roue. S’échappant avec le Colombien Nelson Rodriguez, le vétéran balte, dauphin d’Indurain sur le Giro 1993, reprend de précieuses secondes voire minutes au maillot jaune espagnol Miguel Indurain, ainsi qu’aux autres prétendants pour le podium final à Paris, les Français Richard Virenque et Luc Leblanc, ainsi que l’Italien Marco Pantani. Menant toute l’échappée sur la route de Val Thorens, Ugrumov voit Nelson Rodriguez lui voler sa victoire d’étape, le Colombien n’ayant pris aucun relais dans la roue du Letton aux jambes de feu, malgré ses 33 ans.

- Verbiers (2009) : jamais Alberto Contador ne fut aussi fort. Ce jour là, le Pistolero madrilène a voltigé sur le col suisse, écrasant Andy Schleck et tout le reste du peloton des ténors, ses coéquipiers Lance Armstrong et Andreas Klöden ainsi que Bradley Wiggins, Frank Schleck ou encore Vincenzo Nibali… Symbole fort du dopage EPO d’ultime génération pour les plus célèbres détracteurs du dopage (le Dr Mondenard, Antoine Vayer, Frédéric Portoleau, David Walsh, Pierre Ballester ou Werner Franke), l’étape de Verbiers consacre un coureur qui étonnera encore plus deux jours plus tard dans le chrono d’Annecy, se payant le luxe de battre un Fabian Cancellara en grande forme. Même Spartacus ne pouvait arrêter Contador, comme si on avait trempé son corps entier mais aussi ses poumons dans le Styx…

Villars-de-Lans (1989, 2004) : c’est dans la station iséroise que Laurent Fignon réussit un coup de force sublime en 1989, on pense alors au lendemain de l’Alpe d’Huez qu’un écart décisif s’est créé aux dépens de Greg LeMond. Le Parisien ne croit pas encore à sa victoire dans le Tour car il reste l’étape d’Aix-les-Bains et le chrono final Versailles – Paris. En 2004, Thomas Voeckler abdique enfin comme maillot jaune, Lance Armstrong prenant le pouvoir pour le début d’une trilogie alpestre marquée du sceau du champion texan, avant deux autres victoires dans le chrono de l’Alpe d’Huez puis au Grand Bornand. Ni son coéquipier Floyd Landis, ni l’orgueilleux allemand Jan Ullrich, pas plus qu’Ivan Basso ou Andreas Klöden n’auront voix au chapitre tant Armstrong a porté son hégémonie au pinacle.

  1. avatar
    19 février 2015 a 20 h 21 min

    Sans oublier l´etape de 1987 pour Villars de Lans ou Jeff Bernard perdit son maillot jaune acquis au Mont Ventoux a la suíte d´une injuste crevaison.

    Sinon em 2002 le vainqueur des Deux Alpes fut Santiago Botero.

  2. avatar
    20 février 2015 a 11 h 29 min

    On pourra désormais ajouter la Pierre Saint-Martin, nouvelle arrivée dans des Pyrénées marquées par la prépondérance de trois “villes étape” : Bagnères-de-Luchon, Plateau de Beille et Ax-3 Domaines.

    A titre personnel, j’aimerais bien assister au retour de l’arrivée à Loudenvielle via Peyresourde. C’était un beau spectacle en 2003 et 2007.

  3. avatar
    21 février 2015 a 0 h 28 min

    Oui en effet la Pierre St Martin sera la nouveaute de 2015.

    Loudenvielle 2003, superbe etape en effet avec d´une part le trio Dufaux Simoni Virenque pour l´etape, de l´autre Vinokourov piegeant Ullrich et Armstrong avec le Texan maillot jaune laissant l´ogre de Rostock rouler derriere le Kazakh.

  4. avatar
    21 février 2015 a 15 h 08 min
    Par Fabien

    Intéressant ton angle d’attaque de passage en revue des sommets.

    Parmi les 4 piliers, l’Alpe d’Huez et le Ventoux sont à mon avis encore très solides. Je peux me tromper bien sûr mais l’éclipse du Ventoux semble prendre fin.

    Pour ma part, je suis satisfait qu’on n’y revienne pas chaque année car justement, ça laisse la place à ce que tu décris dans le reste de ton article : diversifier les arrivées ! Et force est de reconnaître que je suis globalement satisfait du choix des parcours du Tour de France fait ces dernières années, avec des 1ères semaines mouvementées et des arrivées inédites… Les choses comme le passage du Gois avec la dramatisation de la marée qui monte, j’aime bien.

    Par contre, le ballon d’Alsace et le Puy de Dôme, en effet, ils sont abandonnés et c’est dommage. Au Puy de Dôme, le nouveau train à crémaillère laisse encore la moitié de la route ouverte, ce qui avec une logistique minimaliste (pas de caravane) ne serait théoriquement pas incompatible avec un contre-la-montre. Cependant, on imagine mal où mettre le public et de toute façon, un clm serait à mon avis bien moins intéressant qu’une étape en ligne.

    A+

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    22 février 2015 a 0 h 35 min

    Salut Fabien,

    Pour le Ventoux, je souhaite juste le voir un tout petit peu plus et plus intelligemment qu´en 2009 em veille d´arrivee. Si le Tour est joue, le spectacle est alors inexistant.

    Le probleme plus que l´alternance des choix d´arrivees au sommet est la diminution scandaleuse du kilometrage du CLM ou le manque d´audace global sur les parcours (pas assez de departs dans le Sud par exemple, pas assez de moyenne montagne …).

    J´avais fait um papier sur le sujet, je retrouverai le lien,

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    22 février 2015 a 11 h 12 min
    Par Fabien

    Oh, merci je le lirais tranquillement ce soir.

    Le problème, c’est que le Ventoux, si on le met trop tôt, comme en 2013, ça casse le maigre suspense qu’il pouvait y avoir.

    Malheureusement, le cyclisme d’aujourd’hui n’aide guère à faire des courses palpitantes. Le “cyclisme zéro défaillance”, où les coureurs n’ont pas d’écart important de forme entre les étapes fait qu’on sait déjà souvent à quoi s’en tenir dès la 1ère étape de montagne.

    Quelques exemples non exhaustifs : 2004 à La Mongie, 2005 à Courchevel, 2012 à La Toussuire (voire à La Planche des Belles Filles), 2013 à Bonascre

    De plus, le dopage généralisé et homogène à partir de 98 (ne pas aller au-delà de la valeur seuil) ont largement nivelé les valeurs. Ce qui rend très difficile les attaques de loin que l’on voyait avant. Aujourd’hui, un coureur qui attaque de loin va s’épuiser dans la vallée à essayer de lutter contre l’armada des équipiers des autres leaders. Dans les années 80, il suffisait d’éparpiller les équipiers par une attaque bien sentie et les leaders se retrouvaient esseulés. S’ils arrivaient à avoir un équipier dans le final, ça changeait tout (ex. Schepers à Joux Plane en 87). Mais la plupart du temps, les leaders étaient esseulés et devaient assurer la poursuite seuls. C’est comme ça qu’Hinault a maintes fois piéger les grimpeurs. Alors 4 pour chaque leader jusque dans l’avant dernier col, n’en parlons pas (cf. la Caisse d’Epargne en 2006 où il fallait vraiment un Landis surdopé pour espérer ne pas perdre trop de temps dans la vallée entre Taninges et Samoens)

    Bref, vu ce nouveau contexte, je trouve que les organisateurs du Tour ne s’en tirent pas mal. Avant, une arrivée à Pau après 40 km de plat suffisait à provoquer une course entre les leaders. Aujourd’hui, il leur faut être plus inventifs…

    Quant à la réduction des clm, en 2012, il y en avait de nouveau beaucoup et le Tour était déjà plié au bout de 10 jours. Donc à moins de s’attaquer aux racines du problème, c’est difficile…

  8. avatar
    26 février 2015 a 4 h 44 min

    Hello Fabien,

    Pour le CLM, 2012 est un mauvais exemple car Wiggins ecrase le Tour dans un contexte special : Evans hors de forme, Contador suspendu, Froome est son coequipier, Nibali encore tendre.

    Et sans revenir aux 100 voire 120 km des annees Indurain, au moins 60-70 km me semblent indispensables.

    Mais il faudrait deja virer les oreillettes, remettre des bonifications aux bons endroits, reduire la taille des equipes de 9 a 7 sur le Tour pour limiter les poursuites par pelotons en file indienne …

    Bref revenir a une course plus pure comme du temps d´Hinault.

  9. avatar
    26 février 2015 a 20 h 25 min
    Par Fabien

    Bien d’accord avec ton programme. Les oreillettes étant vraiment le tue-la-course par excellence.

    Reste à convaincre l’UCI !

    Sinon, jusqu’en 1986, les équipes se composaient de 10 coureurs. Les grandes équipes (Renault/System U, Miko Mercier/Ti Raleigh) verrouillaient quand même bien la course mais en montagne ça se sentait moins, sauf 84 ou 86.

  10. avatar
    27 février 2015 a 13 h 53 min

    Pour en revenir aux attaques en solitaire de loin, elles sont bien peu nombreuses depuis 25 ans chez les grands leaders : Alex Zulle dans le Cormet de Roselend vers La Plagne en 1995, Marco Pantani au Galibier vers les Deux Alpes en 1998, Andy Schleck dans l’étape du Galibier en 2011

    Rajouter Indurain / Chiappucci en duo au Tourmalet en 1991 vers le Val Louron.

    Bref, sinon tout se joue au dernier col à la façon d’Indurain ou d’Armstrong, technique qu’Ullrich 97, Froome 2013 ou Contador 2009 ont repris à leur main.

  11. avatar
    27 février 2015 a 21 h 18 min
    Par Fabien

    Hello, pour polémiquer un peu avec des coureurs sulfureux, je vais rajouter Rasmussen en 2007 dans l’étape de Tignes et Floyd Landis dans l’étape de Morzine en 2006. Richard Virenque n’est pas passé loin non plus dans l’étape de Courchevel en 97 mais a été rejoint.

    Pour ma part, je trouve les débuts du cyclisme EPO (90-92) spectaculaires avec des offensives dignes de l’époque héroïque.

    Mais avec le recul, elles n’ont pas la saveur de l’attaque de Van Impe dans le Glandon en 1977 ou de celles d’Hinault un peu plus tard.

  12. avatar
    28 février 2015 a 11 h 43 min

    Salut Fabien,

    Oui j’avais oublié Rasmussen et Landis en effet bien vu.
    On peut presque rajouter Ugrumov à Val Thorens en 1994 car le Colombien Nelson Rodriguez n’avait pris aucun relais, sautant le Letton sur la ligne avant qu’il ne se venge le lendemain à Cluses et le surlendemain dans le chrono d’Avoriaz.
    Bref tout cela fait bien peu comme grandes offensives, on peut parler de Javier Otxoa à Lourdes Hautacam en 2000 ou de Santiago Botero à Briançon toujours en 2000, mais bon les leaders de Kelme avaient pour nom Fernando Escartin et Roberto Heras.

    Sinon en duo, rajoutons l’offensive d’Ullrich dans la Madeleine en 1998 suivi par Marco Pantani qui défendait son maillot jaune tout neuf sur la route d’Albertville. Belle réaction d’orgueil du champion allemand ce jour là, le lendemain de la pire journée de sa carrière sportive.

    Pour la période 1990-1992 c’est justement celle où le décalage est trop grand entre dopés EPO et dopés à l’ancienne, d’où l’exploit qui n’est en pas un de Chiappucci vers Sestrières, idem pour celui de Miguel Indurain au CLM de Miguel Indurain, ce que Ditch avait très bien expliqué à l’époque dans sa série Tour de France 1989-2000 sur le vox (d’ailleurs Ditch si tu nous lis, reviens et finis ta série stp, elle s’était arrêtée à 1996 je crois il nous manque 1997, 1998, 1999 et 2000 …)

    Certes El Diablo a eu du panache, a tenu le coup mentalement, a fait lever les tifosi 40 ans après Fausto Coppi, mais bon physiquement il avait juste le feu sacré nommé EPO.

    Et seuls 2 coureurs de grande classe, l’un non dopé EPO de façon certaine (Fignon) l’autre sur lequel le doute subsiste malgré sa réputation de coureur clean (Hampsten) ont pu limiter la casse ce jour là derrière le trio majeur Chiappucci Indurain Bugno.

    Tous les autres étaient déjà éparpillés à la petite cuillère sur les cols du Mont Cenis ou de l’Iseran, dont Greg LeMond et Luc Leblanc.

  13. avatar
    28 février 2015 a 11 h 43 min

    Au CLM du Luxembourg pardon lapsus pour 1992

  14. avatar
    28 février 2015 a 12 h 59 min
    Par Fabien

    Totalement d’accord avec ton analyse sur 90-92 et sur Chiappucci. Fondamentalement, c’est une lamentable escroquerie mais le petit Italien l’a fait avec l’art et la manière.

    A Sestriere 92, Fignon ramasse tout de même 5’51.
    Dans le cyclisme héroïque, on aurait considéré ça comme un tout petit écart (d’où ma comparaison). Cependant, par rapport aux décennies 70-80, c’est déjà une défaite terrible. Bien pire que les défaites à l’Alpe d’Huez d’Hinault (84) ou de Zimmermann (86). Et strictement identique au naufrage d’Erik Breukink sous la pluie de Corvara (89). Son maillot rose recouvert d’un imperméable jaune, le Hollandais perdit alors tout espoir de victoire et même de podium après avoir magnifiquement mené la course pendant 2 semaines.

    Vu la débandade générale à Sestriere, Fignon s’en est bien tiré mais en valeur absolue, ça fait froid dans le dos parce qu’il tenait une très bonne forme en 91 et 92. Sans doute suffisante pour jouer le podium voire la victoire, en l’absence de concurrence déloyale des “3 magnifiques” ? J’en suis convaincu, vu le tempérament offensif et l’audace du Français.

  15. avatar
    28 février 2015 a 17 h 50 min

    Salut Fabien,

    Fignon jouant la victoire en 1992 sans Indurain, Bugno et Chiappucci ?

    Théorie intéressante qui mérite développement. Il avait 32 ans donc très expérimenté, cette année là il termine 23e tout en gagnant l’étape de Mulhouse, sa 9e victoire sur le Tour.

    Mais il est coéquipier de Bugno chez Gatorade, sorte de joker de luxe du champion du monde en 1991.

    En références récentes, vainqueur du Giro en 1989, 2e du Tour en 1989 et 6e du Tour en 1991.

    Si on enlève donc les 3 pionniers EPO qui ont monopolisé les deux podiums des Tours 1991 et 1992, il reste face à Fignon une belle concurrence : Delgado (Banesto), Roche (Carrera), Breukink (PDM), Lino (RMO), LeMond (Z) et Leblanc (Castorama).

    LeMond et Leblanc ont échoué dans les grandes largeurs en 1992, Lino s’est révélé tandis que Breukink avait fini seulement 7e du Tour, sans doute un système de dopage moins risqué qu’en 1991 chez PDM après l’affaire de Rennes Quimper et de la fausse intoxication alimentaire.

    Delgado et Roche seraient devenus leaders des équipes Banesto et Carrera orphelines d’Indurain et Chiappucci.
    Fignon avait fini 23e à 6’01” du fameux chrono du Luxembourg.

    Perso je vote plus pour Hampsten voire Delgado que Roche ou Fignon. N’oublions pas que Roche (9e au final) a pris du temps aux favoris dans la fameuse étape de Saint Gervais où Indurain bluffa pour ne pas supporter le poids de la poursuite.

    L’inexpérience de Lino l’aurait condamné dans le money time (Sestrières, Alpe d’Huez, CLM Tours Blois).

    Je vote donc Hampsten même si Snow Rabbit avait gagné le Giro 1988 dans les circonstances si spécifiques que l’on connaît, avec cette étape dantesque où le Gavia était enneigé.

    Mais Fignon aurait pu faire top 10 facile, voire même top 5, en étant leader de Gatorade sans dopage EPO.

    Difficile de refaire l’Histoire du Tour 92 qui changea totalement avec le CLM du Luxembourg. Sans Indurain, pas de massacre au Grand Duché, donc course plus ouverte également, pas d’exploit de Chiappucci vers Sestrières donc lutte entre les favoris restants (Hampsten, Delgado, Roche, Breukink, Fignon, Lino) idem le lendemain à l’Alpe d’Huez.
    Vraiment compliqué de savoir qui aurait émergé.

    Un dernier mot sur Chiappucci qui s’applique à Pantani, imposture car EPO mais quel style ! Vraiment autre chose que les robots façon Froome, Ullrich ou Evans qui montent les cols en écrasant les pédales comme un ouvrier du taylorisme répète inlassablement la même tâche chaque jour : machinalement …

  16. avatar
    1 mars 2015 a 2 h 24 min
    Par Fabien

    J’aime bien ton analyse et ta mise en scène de l’uchronie. Je vais creuser un peu le scenar. C’est long mais je me suis éclaté à écrire. J’aurais bien proposé comme article mais ça mettrait trop de temps à sortir.

    Fin juin 92 : un médecin inconnu du grand public fait la rencontre de missionnaires mormons sur le parking d’Intermarché Pampelune. Subjugué par leurs coiffures et leurs costumes impeccables, il s’effondre en larmes et décide de tout plaquer pour ouvrir un cabinet à Salt Lake City et ne plus jamais renier son serment d’Hippocrate. Cet homme, c’est le génial Sabino Padilla, principal artisan de l’ascension récente de Miguel Indurain.

    Le coup est rude pour Jose Miguel Echavarri et Francis Lafargue, les deux têtes pensantes de Banesto. Le Giro vient de s’achever avec une nouvelle victoire de leur poulain. S’il reste quelques ampoules dans la boîte à gant et des comprimés bizarres avec une notice en russe tombés de la poche d’Uwe Ampler lors du Tour de Moldavie, les deux hommes sont désemparés par la disparition de leur mentor.

    Moroses, les deux hommes sont attablés sur le zinc du petit café de Villava, où trône une photo du Roi Miguel avec son maillot jaune.
    Lafargue soupire : “quel crève-coeur, comment on va lui annoncer ça à Miguel ? On peut pas lui trouver un remplaçant à ton Padilla ?”
    Echavarri pense à Fuentes, qui avait “soigné” Delgado et Ruiz Cabestany en 1985. Impossible, Eufemiano est désormais sous contrat exclusif avec Amaya. Echavarri n’insiste pas. De toute façon, il se murmure que depuis que sa femme l’a quitté pour Henri Leconte, Fuentes confond les poches de sang et les paquets de chips. “Ah si seulement Padilla pouvait revenir !” s’écriait-il. Soudain, Francis Lafargue a une idée : “il y a toujours Sanders, le médecin de PDM. Il n’arrête pas de me relancer”. Echavarri est estomaqué : “Ca va pas ! t’es fou toi ! je sais bien qu’on est employés par une banque mais quand même. Tu veux qu’il nous tue la moitié de l’équipe au bout de 3 jours de course ? Que Miguel cogne sur Gérard Holtz à cause des traitements à la testostérone ? Avec Sanders, on peut dire adieu à nos mirifiques contrats avec les vendeurs de paellas et de tondeuses pour cheveux ! Tant pis, on va devoir revenir aux amphets et à la cortisone” ! Lafargue conclut : “Oui Jose Miguel, on gagnera quand même et comme disait Paul Reynaud, nous vaincrons car nous sommes les plus forts !”.

    A 1500 km de là, Gianlugi Stanga, directeur sportif de l’équipe Gatorade-Chateau d’Ax et Gianni Bugno, champion du monde en titre et principal challenger d’Indurain, traversent un splendide cloître en brique de style Trecento. Ils s’assoient sur un banc en pierre et font face à une paisible fontaine, transfigurée par les rayons du soleil de juin. Nous sommes à l’université de Ferrare. Malgré ce paisible décor, les deux hommes sont inquiets. Suite à l’ingestion accidentelle d’une canette de Gatorade par le fils d’un milliardaire américain, le fabricant de boissons énergisantes a été condamné à payer 20 millions de $ d’indemnités. Sans compter la class action qui vient d’être déclenchée. Malgré la tentative de médiation du Vatican, tous les avoirs américains du groupe ont été gelés. Les finances de Gatorade sont à sec.

    Stanga s’impatiente : “ma, cé pas possible, le Tour est dans 2 semaines et on ne l’a pas payé depuis 6 mois, comment veux-tu qu’il continue à bosser pour nous ?”. La chevelure magnifique et les lunettes de soleil sur le front, comme inspiré par l’ouverture de Don Giovanni qu’il écoute en boucle sur son walk-man cassette, Bugno lui répond : “on peut pas lui filer un canapé Chateau d’Ax ?”. Stanga : “Mais stronzo ragazzo, ce mec il va au boulot en hélicoptère : tu crois qu’il va marcher dans ta combine pourrie ?”. Soudain le Pr Conconi apparaît. La cinquantaine dynamique et l’air affable, il les invite à les suivre. Les trois hommes marchent le long d’un bassin où le Pr fait signe à des plongeurs en apnée de remonter en leur disant :”Bene, les gars, 15 minutes, pas plus”. Puis ils arrivent dans le luxueux bureau du Pr, où ils font face à une impressionnante collection de lunettes de soleil. Bugno dit discrètement à Stanga : “patron ça s’annonce mal, les lunettes, c’est des Carrera”.

    Stanga ne se démonte pas et annonce la mauvaise nouvelle à Conconi, qui change de mine et lui répond avec l’accent de sa grand-mère sicilienne : “je suis déçu, déjà l’an dernier, ton poulain se fait taper par cet espagnol alors que toute ma famille avait confiance en lui. Même ma grand-mère aurait fait mieux !”. Bugno sent monter le stress et fait “avance rapide” sur sa cassette pour écouter le “Piano Concerto n°23″ afin de se tranquilliser. La situation paraît désespérée quand Stanga joue son va-tout pour sauver son équipe : “Et un canapé, ça t’irait ?”. Conconi : “Buffoni, je bosse pas pour un canapé, tu m’as pris pour Drucker ou quoi ?! Vaffenculo avec ton équipe, fais l’équipe que tu veux”. Stanga : “Vaffenculo toi-même. C’est parce que Boifava paie mieux, c’est ça ? Bon allez, viens Gianni, on se casse, on va gagner sans lui”. Conconi : “c’est ça, t’as qu’à emmener ton poulain chez son ORL!”

    Les deux hommes sortent la tête haute de chez Conconi. Rasséréné par les quelques pièces que lui jettent les passants, Bugno ne se laisse pas abattre, bien que sa cassette bloque désormais sur le Requiem et dit à son chef : “Bon, c’est bien, encore une heure et on pourra s’acheter un ticket de bus”. Et puis comme illuminé par la grâce d’Amadeus : “Et si demandait à Ferrari ?” Stanga : “ah non plutôt crever, pourquoi pas Berlusconi tant qu’on y est ! Ferrari, il est encore plus radin qu’un Ecossais, jamais il va bosser gratos. En plus, je l’ai viré il y a 2 ans. Bon tant pis, on va devoir le Tour sans sang”. Bugno : “sans quoi ?” Stanga : “laisse tomber : je vais t’acheter une cassette de Verdi”.

    Deux jours avant le départ du Tour, à la Carrera, on est confiant. Claudio Chiappucci vient en effet de faire son 4ème podium de Grand tour en 2 ans et toute l’équipe est désormais “sous les bons soins” du Pr Conconi. Davide Boifava, le charismatique directeur sportif de Carrera est enthousiaste et parle à la maman de Chiappucci : “signora, c’est extraordinaire : Roche ressucitato ! Perini et Ghirotto miraculo ! Ils montaient pas un pont d’autostrada et maintenant ils montent le Stelvio comme des Vespa ! Mais le plus prodigieux, c’est ton bambino : il va gagner ! Indurain a perdu son docteur et Stanga n’a plus de fric”.

    Quand soudain, un coup de téléphone retentit. C’est Chiappucci. ” Davide, trahisone, je me vide par tous les trous, je ne vais pas pouvoir prendre le départ du tour !”. Autoritaire, la maman de Chiappucci prend le combiné des mains de Boifava : “Qu’est-ce que vous lui avez fait à mon fils ? Raconte-moi mon Claudio”. “Et bien, j’ai emmené Carla dans un restaurant vénitien, je crois que c’est la mozzarella. Et ces gondoles, ça tanguait, je me sens mal, mal”. Sa mère l’interrompt : “Ah tu es sorti avec la fille des Bruni, je ne l’aime pas, elle a mauvais genre. Et puis, pourquoi aller au restaurant ? Elle n’aime pas ma cuisine ?” Claudio répond : “Mais maman, tu ne voulais pas l’inviter, parce qu’elle a mauvais genre. Attends excuse-moi, faut que j’y aille”. (Sons inquiétant suivis d’un bruit de chasse d’eau). Boifava qui avait géré d’une main de fer la terrible opposition Roche/Visentini lors du Giro 87 est tout penaud : “Cretino, tout ça, c’est de ta faute” crie la Mama italienne.

    Bref, Boifava devra faire sans Claudio le Magnifique pour ce Tour de France 92. Quant aux deux plus grands favoris, Indurain et Bugno, ils n’auront plus leur potion magique. Le plus dur est quand même pour Chiappucci. Non seulement cette salmonelle l’empêchera à tout jamais d’entrer dans la légende à Sestriere mais l’occasion d’emballer Carla Bruni ne se représentera jamais plus.

    Voilà, le décor est planté pour ton uchronie. Je tenterais de répondre de manière courte demain ou après à tes arguments sur le vainqueur du Tour 92 car c’était un peu ça la question.

  17. avatar
    1 mars 2015 a 11 h 26 min

    Hello Fabien,

    Mdr, excellente ta mini-fiction, les références à Carla Bruni, Don Giovanni pour Bugno.
    Moi je prépare une autre fiction moins drôle mais ça me donne envie de m’y coller aussi why not … Y a tant à caricaturer en effet sur nos dopés des années 1990 2000 2010.
    J’avais fait une petite fiction je me souviens en 2010 ou 2011 à l’occasion du come-back raté du Kaiser Schumacher en F1, c’est vraiment pas souvent que je ponds ce genre d’articles mais sympa c’est vrai.

    Connaissais pas Uwe Ampler, ce coureur allemand 4 fois vainqueur de la Course de la Paix. On en apprend tous les jours !

    • avatar
      1 mars 2015 a 16 h 02 min
      Par Fabien

      Salut Axel,

      Mes trois références en matière de journalisme sportif s’appellent Axel Borg, Ditch et El Zanck. D’où ces productions parfois étranges…

      Ecrite à la va-vite hier soir, je l’ai purgée ce matin des coquilles de français, et l’ai rendue plus lisible, plus théâtrale aussi avec des dialogues qui fusent mieux. Avec quelques références historiques vaseuses en plus, je trouve le résultat plus drôle.

      Le but est pourquoi pas de publier dans des articles successifs le déroulement de ce Tour 1992, délié du joug d’Indurain, Chiappucci et Bugno. Naturellement, la veine comique de Stanga -sans tune et éternellement jaloux de Boifava-, et de son poulain Bugno, qui se réfugie dans sa musicothérapie à la moindre contrariété est inépuisable. Ca m’a fait bien délirer parce qu’en vrai Stanga est un type avec des beaux costards tout propre sur lui.

      Le “Vaffenculo avec ton équipe, fais l’équipe que tu veux” est une adaptation italienne des propos de Nicolas Anelka.

      Quant à Uwe Ampler, il était un mythique coureur est-allemand de chez PDM. Je te laisse imaginer le syncrétisme entre les deux cultures. En tout cas, il surpasse largement Theunisse en pachydermie. Pour l’anecdote, lors de l’étape de Saint Gervais au Tour 1990, il fait partie du groupe de contre-attaque derrière Claveyrolat où s’est glissé Charly Mottet. Mottet va lâcher tous ses compagnons dans la montée finale sauf un : Uwe Ampler. En image, la supercherie est encore plus grossière. Derrière le petit Charly, un mec qui fait 1,5 fois son gabarit est indécrochable et le tape au sprint pour la 2ème place. A la surprise générale, Ampler, qui avec son coéquipier Alcala font figure d’épouvantails à la veille de l’Alpe, vont faire pshit le lendemain…

      Bon, par contre, j’ai un peu déconné car je dois faire mes autres choses du programme avant de penser à rédiger la suite !

      A+++

    • avatar
      1 mars 2015 a 16 h 25 min
      Par Fabien

      Super concept de querelles sur la F1 en direct du Paradis et très bien écrit.
      Je suis loin de tous les connaître. Ta culture sportive est vraiment encyclopédique. Des fois, à mes heures perdues, je lis tes articles sur la F1 ancienne. J’aime bien car je ne connais pas les histoires et ne sait pas comment ça finit.

      Dans ce type d’exercice, j’aime bien le fait de pouvoir faire faire aux protagonistes des choses un peu border line histoire de faire un peu de grabuge. Dans le genre provoc, Houellebecq est très fort je trouve. A une vitesse déconcertante, il réussit à activer la réaction pavlovienne de la confrérie des Père-la-morale et les mots totems comme “Vichy” ou “Heures les plus sombres de notre histoire” fusent sur tous les médias…

      Bon allez, je file !

      • avatar
        1 mars 2015 a 17 h 00 min

        Salut Fabien,

        Merci pour les précisions sur Uwe Ampler, en effet ça doit être limite comique ce duel de 1990 avec Mottet.

        N’hésite pas pour d’autres liens F1 sur un pilote ou une course en particulier.

        Au plaisir de te lire si tu te lances dans ce déroulé détaillé du Tour 1992, avec ou sans style décapant.

        Oui notre ami Ditch ne publie plus mais moi aussi j’adorais lire ses productions, j’espère qu’il reviendra un jour finir sa géniale série EPO.

        • avatar
          1 mars 2015 a 23 h 29 min
          Par Fabien

          Je pense que je me lancerai mais que ça sera probablement de la libre adaptation de la réalité… même si à la fin il y aura un vainqueur.

          En tout cas, les récits de course et les résumés de Gégé au Journal du Tour risquent d’être rigolos.

          J’ai entre temps trouvé un titre accrocheur et déjà bien amélioré la rédaction de l’ébauche de tome 1 que tu as lue. Reste à trouver des illustrations sympas avant de candidater à la publication (pas avt 2 semaines car je vais être pas mal occupé) et me lancer dans la rédaction d’une série.

          Pour les parties suivantes, je devrais travailler les autres personnages pour les élever au niveau de Stanga & Bugno. J’ai déjà en tête les péripéties de la partie 2, qui se passera à San Sebastian, la veille du Prologue.

          • avatar
            2 mars 2015 a 12 h 27 min

            ça marche, hâte de lire tout ça et de commenter :p

            @+
            Axel

  18. avatar
    1 mars 2015 a 12 h 20 min

    Revoici l’article sur Schumacher paru en juillet 2010 je l’ai retrouvé dans mes archives persos, petit jeu de devinettes pour trouver le patronyme de tous les pilotes cités dans le texte …

    Schumacher, du paradis à l’enfer ?

    Le retour du Kaiser vu par d’éminents spécialistes … Est-il encore protégé par une bonne étoile (Mercedes) ?

    Jeudi 24 décembre 2009, Saint-Pierre, muni des clefs du paradis, pénètre dans un sanctuaire occupé par une quinzaine de personnes.

    – Messieurs, voici l’Eden Chronicle, votre quotidien du paradis !, dit Saint-Pierre en jetant le journal de façon que n’aurait pas renié un paperboy à l’anglaise.

    – Merci mille fois, Saint-Pierre, dit Gilles, c’est mieux que rien même si ça manque de hot dogs ici …

    – Ce soir, c’est Noël, Gilles, tu auras du foie gras et des cadeaux au pied du sapin … Je t’ai promis que votre piste de karting serait rénovée, dit Saint-Pierre.

    - Encore la grippe A en une de ce canard, pourtant on est immunisés ici au paradis, hurla Gilles ! Oh, les amis, regardez-ça, Schumacher revient en F1, chez Mercedes ! Michel Cordonnier is back !

    – Oh non, pas ça, dit Ayrton. Il a déjà suffisamment de records comme ça, le Kaiser ! Et en plus cela va occulter l’arrivée en F1 de mon neveu Bruno, qui a un talent fou. Je sais qu’il va commencer sa carrière sur les chapeaux de roue !

    – Pas faux, Ayrton, dit Gilles, mais regarde mon fils Jacques. Il a fait deux bonnes saisons, comme un étalon, et après c’est devenu un vrai canasson ! Et rappelle toi en 1993, le fils de Mario, le pauvre Michael, comment tu l’as pulvérisé chez McLaren. Pas facile de débuter en F1 avec un nom célèbre, comme Andretti, Senna ou Villeneuve !

    – En même temps, Bruno pourra pas faire pire que le fils de ce crétin de Nelson Piquet ! Cela dit, Nelsinho devrait se reconvertir dans le stock-car, après sa magnifique victoire par diversion avec Alonso à Singapour …

    – Hé Ayrton, regarde, le coéquipier de Schumacher sera le fils de ce bon vieux Keke, Nico Rosberg. Il peut me dire merci, le petit Nico. Sans Zolder, son père n’aurait pas été champion du monde en 1982 ! Et sans Imola, Schumacher n’aurait pas battu tes records, Ayrton !

    – En tout cas, celui que je veux bien lui laisser, c’est celui de la barbe la plus courte, dit Ayrton !

    – Suffit, vociféra Bernd. Rendez-mois ce journal ! Ne suis-je pas le plus ancien ici. Je suis arrivé dans ce sanctuaire de pilotes en 1938 …

    – Vas-y doucement, Bernd, intervint Tazio. Si tu reparles comme ça au petit Canadien, tu auras affaire à Enzo Ferrari ! Villeneuve était mon héritier sur la piste parmi les chevaliers rouges, il est mon protégé ici …

    – Bernd, il faut admettre que Nivola a raison, dit Rudi. Tu es jaloux de revoir des flèches d’argent Mercedes sans rivales du côté d’Auto Union ? Audi se concentre sur les 24 Heures du Mans, soit patient, McLaren finira peut être par attirer l’oeil d’Audi …

    – Oui Rudi, tu as vu juste, avoua Bernd … Voir des Mercedes sans des Auto Union en face, ça me fera vraiment mal au coeur.

    – Tu nous l’as déjà dit mille fois, dit Juan Manuel. Quand j’ai gagné en 1954 et 1955 avec Mercedes, il paraît que tu n’as pas arrêté de radoter avec cela, c’est le pauvre Nivola qui me l’a dit, à l’époque il venait d’arriver au sanctuaire des pilotes !

    – Je m’en rappelle comme si c’était hier, dit Nivola avec les yeux éblouis … Mercedes ou pas, Forza Ferrari !

    – En tout cas, ça va faire parler Jackie, dit François. Mon ancien coéquipier est une vraie pipelette. Toujours là pour en placer une sous sa casquette écossaise.

    – Mon compatriote Lauda n’est pas en reste, dit Jochen. Mais bon, c’était moi le premier Autrichien champion du monde.

    – Stirling Moss n’est pas non plus le dernier à l’ouvrir face aux journalistes, dirent en choeur Jim et Graham, pour une fois d’accord ! Moss n’a jamais digéré de nous voir nous partager les couronnes mondiales des années 60 ! Il faut toujours qu’il raconte sa vie dans les journaux.

    – En effet, Moss devrait s’inspirer de Poulidor, son équivalent dans le cyclisme … Est-ce qu’on entend Poulidor à chaque étape du Tour de France ? Pas que je sache, dit Jochen …

    – Enfin bref, moi je serai à 100 % derrière Schumacher et Mercedes. Je me sens déjà rajeunir, dit Rudi avec un visage radieux.

    – Doucement, le Regenmeister, dit Juan Manuel. Moi aussi je suis ravi de revoir les flèches d’argent. Mais j’ai un peu peur que le Kaiser soit rouillé …

    – On verra ça au premier Grand Prix, coupa Ayrton. Mais tu dis peut être ça car il t’a piqué ton record des cinq titres, en 2003.

    – Rien à voir, dit Juan Manuel. De tout façon, il fallait bien qu’il tombe un jour, que ce soit pour toi ou Schumacher.

    – C’est vrai, avoua Ayrton. Moi je serai derrière Bruno et Lewis, les deux casques jaunes du peloton.

    – En tout cas, c’est la tuile, ça fait un baquet de moins pour mon fiston Jacques, tempesta Gilles. Mais bon lui aussi est plus tout à fait de la première jeunesse. Ah, s’il n’avait pas voulu faire comme Fittipaldi avec Copersucar. B.A.R. … Berezina, Apathie, Ratage …

    – Au fait, c’est quand le premier Grand Prix ?, demanda Elio, qui venait de quitter son piano, un verre de Pétrus à la main.

    – Attends, Elio, je regarde, répondit Ronnie. Dimanche 14 mars 2010, à Sakhir, Bahreïn. De mon temps, ces Grands Prix sans âme n’existaient pas, le plus exotique c’était Interlagos ou Buenos Aires ! C’est quoi le prochain délire du vieux Bernie ? Courir sur la banquise, au milieu des derniers ours polaires ?

    – Calme-toi, Ronnie, dit Elio. Quelques années après ta mort, on avait eu droit au parking du Caesars Palace, à Las Vegas.

    – Oui, je me souviens, dit Juan Manuel. C’est là que Lole Reutemann avait perdu le titre contre Piquet en 1981.

    – Messieurs, faisons chacun un pronostic !, dit Bernd. Qui voyez-vous gagner le championnat l’an prochain. La parole va du plus ancien au plus récent par date d’arrivée au sanctuaire des pilotes ! Je vote Vettel !

    – Alonso, cria Tazio. Forza Ferrari !

    – Schumi, répondit Rudi sans hésitation ! Mercedes über alles !

    – J’aimerais bien que ce soit Trulli ou Kova à bord des nouvelles Lotus, avoua Jim. Mais bon je vais dire Button !

    – Lewis Hamilton, dit Graham, à la fois pour rester patriote mais pour contredire Clark !

    – Tu m’as devancé, Graham !, dit Jochen. Moi je suis ravi de voir une écurie autrichienne avec Red Bull, alors je vote Vettel !

    – Alonso, dit François. Entre latins, je soutiens l’Espagnol !

    – Webber, dit Ronnie par dépit. Mais bon j’en ai assez de ne plus voir de Suédois en F1. Et Iceman vient de quitter la scène, où est ma chère Scandinavie ?

    – Alonso, dit Gilles. Le Cavallino doit se racheter ! Le Taureau va à nouveau voir rouge avec le casque de Schumi !

    – Non, c’est le taureau des Red Bull, qui verra rouge, répondit Ronnie !

    – Schumi, dit Stefan, que l’on avait pas encore entendu.

    – Button, dit Elio. C’est un styliste du pilotage, comme moi.

    – Lewis Hamilton, dit James, la clope au bec, qui venait juste de se lever avec son tee-shirt emblématique “Sex is the breakfast of champions”.

    – Lewis Hamilton, dit Ayrton. Son panache me ravit. Tout sauf Schumacher en tout cas !

    – Nico Rosberg pour Mercedes, dit Juan Manuel. Schumacher est rouillé, je vous dis !

    - Comptons les voix …, dit Bernd. Trois pour Alonso, trois pour Hamilton, deux pour Schumi, deux pour Vettel, deux pour Button, une pour Webber, une pour Rosberg. Le vieux a encore la côte !

    – Rendez-vous en fin de saison prochaine, dit Tazio.

    Dimanche 16 mai 2010, Grand Prix de Monaco. Pour l’écrin du championnat, une exception a été faite, le sanctuaire des pilotes a pu récupérer une télévision … Malgré les nuages qui séparent le paradis des pilotes du monde des simples mortels, l’image est de qualité

    – Toujours autant de jolies filles sur les yachts de Monaco, malgré la crise économique, dit James. Encore mieux qu’à mon époque !

    – Briatore vient narguer Ecclestone et Todt avec son yacht, il ferait mieux d’aller dîner incognito à la Rascasse, répond Ayrton

    – Pas pour Todt, notre parrain en Ray-Ban lui a vendu son appartement de l’avenue Montaigne à Paris, rétorque François.

    – En tout cas vous avez vu ce dépassement sur Alonso à la fin, intervient Gilles. C’est ton fils Damon qui va avoir du travail ce soir, Graham. Pas de chance pour Schumi, il aime autant Schumacher que le dessous de son paillasson !

    – En effet, Gilles, Damon et Jacques ne sont pas les plus grands fans de Michael, dit Graham … Mais Damon fera un bon commissaire de course, foi de Hill.

    – Cette Mercedes n’a rien d’une flèche d’argent … C’est une fléchette pour parc d’attractions, quelle déception, tempeste Rudi …

    – Si ça peut te consoler, Rudi, Ferrari ne va pas mieux. Le cheval est loin de galoper, répond Tazio.

    – Moi je m’en fiche de ce Grand Prix de Monaco, je vais retrouver le circuit qui porte mon nom d’ici un mois, dit Gilles. Le Canada, ses blondes, ses puits, son mur “Bienvenue au Québec”. Toute l’hospitalité de la feuille d’érable, dont le sirop me manque tant.

    – C’est le pauvre Heidfeld qui doit être furieux … Au chômage technique, pilote essayeur derrière l’ombre de Schumacher, dit Ronnie.

    – Reste à savoir si l’ombre va se muer en lumière avant la fin de la saison, répond Jim.

  19. avatar
    19 mai 2016 a 22 h 28 min
    Par Ditche

    Hello !
    Je tombe sur cet article et la mention de mes articles du vox un peu par hasard…
    Je suis vraiment désolé de ne pas avoir donné suite à ma série mais j’ai pas mal évolué professionnellement ces deux dernières années et je n’ai plus le temps de me plonger suffisamment là-dedans pour réécrire à nouveau.

    Néanmoins, pourquoi pas un jour car j’aimerais bien la finir un jour cette série et prendre le temps de débattre avec vous…

    Ditch

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