Ciolek : le crépuscule du successeur
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Ciolek : le crépuscule du successeur

Promis à une carrière exceptionnelle après avoir survolé la concurrence à l'aube de ses vingt ans, le sprinter allemand vient de prendre sa retraite à seulement trente ans. Comment l'expliquer ? Retour sur les réussites et les échecs de celui que l'on présentait comme le successeur d'Erik Zabel.

Son manager Ken Sommer l’a annoncé : sans contrat depuis la fin de l’aventure Stölting, Gerald Ciolek a décidé de mettre un terme à sa carrière professionnelle. Une carrière qui appelait à beaucoup de promesses et qui n’a pas su toutes les tenir. Faisons un retour douze ans en arrière.

Jeunesse dorée

La dernière ligne droite de la course en ligne des championnats d’Allemagne sur route 2005 vient de rendre son verdict. Dans une course promise aux routiers sprinters tracée autour de Mannheim, l’impensable se produit. Auteur de plusieurs places d’honneur sur le Tour d’Italie, Robert Förster (Gerolsteiner) est amené à en découdre avec l’empereur Erik Zabel (T-Mobile). C’est pourtant un gamin de 18 ans qui va réaliser le régicide. A l’âge d’un espoir de classe 1, le jeune Gerald Ciolek s’échappe irrésistiblement de la roue du quadruple vainqueur de Milan-San Remo, double lauréat de Paris-Tours, et triomphateur d’étape sur le Tour de France en douze occasions, ramenant au passage six maillots verts à Paris, record de l’épreuve (entre autres distinctions). Une performance d’exception qui en appelle d’autres.

Gerald Ciolek remporte, à 18 ans, le championnat d’Allemagne sur route. Une performance exceptionnelle.

Un an plus tard, à Salzburg (Autriche), il devient champion du monde espoirs en devançant Romain Feillu sur la ligne. Surtout, à seulement 19 ans, il réalise déjà de belles prestations sur des épreuves professionnelles de haut niveau : une victoire d’étape sur le Tour d’Allemagne (devant Zabel et André Greipel, son futur coéquipier), une 2ème place sur le GP de Francfort (derrière Stefano Garzelli) et une 5ème place sur la Vattenfall Cyclassics derrière des ténors des courses d’un jour : Óscar Freire, Erik Zabel (encore), Filippo Pozzato et Nick Nuyens. Ces résultats probants lui permettent de signer un contrat avec la puissante formation T-Mobile, fleuron du cyclisme allemand. A tout juste 20 ans, une carrière grandiose se profile pour le natif de Cologne.

Victime de la concurrence interne

Ciolek s’exprime avec brio sur le calendrier germanophone, où il domine avec aisance les sprints du Tour d’Allemagne (3 victoires d’étape) et du Tour d’Autriche (2 victoires d’étape). Mais les résultats les plus significatifs obtenus au sprint par la T-Mobile au cours de l’année 2007 le sont par un jeune britannique de 21 ans, originaire de l’île de Man : Mark Cavendish. Ce dernier a remporté le GP de l’Escaut, 2 étapes sur les Quatre jours de Dunkerque et 2 autres étapes sur le Tour de Catalogne ; des performances qui permettent au Manx Missile de prendre le départ de son premier Tour de France, alors que l’Allemand doit ronger son frein une année encore, son compatriote et concurrent André Greipel ayant été choisi pour participer au Tour d’Espagne malgré des résultats inférieurs.

La saison 2008 marque un tournant dans la carrière du wunderkind : Columbia prend les rênes de l’équipe suite au désengagement de T-Mobile et si ses résultats sur le circuit allemand sont toujours satisfaisants (2 étapes sur le Tour de Bavière, une nouvelle étape sur le Tour d’Allemagne), André Greipel et Mark Cavendish réalisent une saison d’exception, l’Allemand remportant une étape sur le Tour d’Italie tandis que le Britannique écrase les sprints sur le Tour de France (4 victoires d’étape) avec le concours de Ciolek, qui participe alors à sa première Grande Boucle. A 22 ans, Gerald Ciolek a encore une grande carrière devant lui, mais il n’est que l’ombre de deux géants au sein de la formation numéro 1 mondiale.

La saison 2009, qu’il passe au sein de la formation Milram où il est censé remplacer Erik Zabel et Alessandro Petacchi, vient confirmer la tendance de l’année précédente, car si l’Allemand remporte son premier (et seul) succès en Grand Tour en raflant une étape sur le Tour d’Espagne, Mark Cavendish exerce une domination sans partage sur le Tour de France (6 étapes remportées) et André Greipel en fait autant sur la Vuelta (4 étapes serties du maillot vert de la régularité). Sa saison 2010, ponctuée d’un unique succès conquis sur le Tour de Bavière, appelle à une remise en question : l’Allemand n’est qu’un sprinter de second rang et, à 24 ans, sa chance est peut-être en train de passer.

Redéfinition des capacités et consécration

La signature de Ciolek au début de l’année 2011 dans la formation Quick Step, spécialiste des classiques et des courses d’un jour, va permettre à l’Allemand de changer son fusil d’épaule et de courir aux côtés de coureurs d’exception tels que Tom Boonen auquel il rendra service sur les classiques. S’il n’obtient aucun succès, il se mêle à la lutte pour la victoire sur des épreuves au profil vallonné et plus significativement sur le Grand Prix cycliste de Québec où, à l’issue d’une course mouvementée, il réalise une très belle performance face aux puncheurs et aux grimpeurs, finissant 9ème à 30 secondes du duo constitué par Philippe Gilbert (vainqueur) et Robert Gesink. L’année suivante, il réitérera cette performance en terminant dans un groupe de costauds à seulement 4 secondes de Simon Gerrans (vainqueur) et Greg Van Avermaet. Gerald Ciolek devient un coureur de classiques.

Barré chez Quick Step par une concurrence démentielle, l’Allemand surprend en signant au sein de la formation sud-africaine MTN-Qhubeka, dont il devient la tête de gondole. Il remporte une étape sur les Trois jours de Flandre-Occidentale avant de réaliser deux bons sprints sur Tirreno-Adriatico face à une concurrence de premier ordre (3ème d’une étape et 4ème d’une autre derrière Peter Sagan, Mark Cavendish et André Greipel). A 26 ans, Ciolek retrouve en ce mois de mars 2013 des jambes de sprinter qu’il n’avait plus eues depuis sa première année à la Milram, en 2009. Son équipe est invitée pour le prochain Milan-San Remo, un monument du sport cycliste taillé pour les sprinters endurants et durs au mal. L’Allemand n’y est alors qu’un outsider parmi d’autres.

Peu après le départ de Milan, la neige vient perturber la progression des coureurs et chamboule complètement le déroulement de la course. Le Passo del Turchino est neutralisé, tout comme le Manie, et la course se voit amputée de 50 kilomètres. Les abandons fusent tout au long de la course : Tom Boonen ne repart pas, tandis que Matthew Goss (vainqueur en 2011) jette l’éponge peu après le nouveau départ effectué à Cogoleto. Animateur décisif dans le Poggio en 2012, Vincenzo Nibali abandonnera lui aussi lors de la traversée des Capi.

Le peloton maigrit d’ascension en ascension, jusqu’à ce que 3 coureurs se fassent la malle entre la Cipressa et le Poggio : le champion de Russie Eduard Vorganov, le champion de Grande-Bretagne Ian Stannard, et Sylvain Chavanel, ancien coéquipier de Ciolek. A l’approche du Poggio, le trio possède une belle avance de 25 secondes sur ce qu’il reste du peloton. Stannard et Chavanel se flinguent en tête de la course alors que Luca Paolini allume la mèche dans le peloton, uniquement suivi par Peter Sagan (le favori slovaque), Fabian Cancellara (le Suisse reste sur 6 podiums consécutifs dans les monuments qu’il dispute et termine), Filippo Pozzato… et Gerald Ciolek ! L’Italien de la Lampre cale juste avant la cabine téléphonique qui symbolise le sommet du Poggio, et on assiste à un regroupement dans la descente. Chavanel, Stannard, Sagan, Cancellara, Paolini ou Ciolek : la Classicissima s’offrira à l’un de ceux-là. Sagan ne tient pas en place et saute dans toutes les roues, sévèrement marqué par Cancellara et le coureur de MTN-Qhubeka. Au bord du Lungomare, Chavanel est le premier à lancer son sprint mais Sagan le reprend aisément, avec Ciolek collé dans la roue. L’Allemand arrive à prendre l’ascendant et s’impose devant le prodige slovaque, succédant au palmarès des vainqueurs allemands à Erik Zabel… comme prévu, finalement.

Gerald Ciolek confirmera son état de forme en gagnant en Bavière, en Autriche puis en Grande-Bretagne. L’année suivante, en tenant du titre du premier monument de la saison, il obtient la 9ème place au cours d’une nouvelle édition pluvieuse. En 2015, il sera emporté dans la chute de Philippe Gilbert dans la descente du Poggio et ne pourra défendre ses chances lors du sprint. Il tentera de se relancer chez Stölting, sans succès.

Adoubé à 18 ans, mis en cause à 24, consacré à 26, retraité à 30 : le sprinter allemand aura tout connu au moment de fermer le chapitre de sa carrière professionnelle. Son plus grand malheur aura peut-être été de croiser la route des deux plus grands sprinters de sa génération au sein de la même formation…

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