Les enseignements de la Vuelta
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Les enseignements de la Vuelta

Une semaine après l'arrivée à Madrid, il est temps de tirer les leçons de cette 72ème édition du Tour d'Espagne, marqué entre autres par le doublé inédit Tour-Vuelta de Chris Froome.

Christopher Froome, en route pour un triplé ?

Christopher Froome se souviendra de cette année 2017, un doublé historique Tour de France- Vuelta vient le placer dans le cercle très fermé des vainqueurs de 2 GT la même année. Ils sont neuf à avoir réalisé cette prouesse (Coppi, Anquetil, Merckx, Hinault, Battaglin, Indurain, Pantani, Contador et Froome maintenant). Et ils étaient deux à avoir fait le doublé Tour-Vuelta (Anquetil et Hinault). A l’époque, la Vuelta se courrait à cheval entre avril et mai, ce qui leur laissait 2 mois de repos avant la Grande Boucle alors qu’après la Grand Boucle, Froome n’a eu qu’un mois de repos.

Toujours dans son « nouveau » style vu sur le TdF, le Britannique n’a jamais vraiment assommé la course mais construit son titre à coups de secondes et en étant régulier sur toutes les étapes. Froome n’a jamais eu de jour sans et a bonifié son avance sur ses concurrents lors du contre-la-montre (1 min gagnée). Son équipe l’a tiré des mauvais coups et il a pu compter sur le jeune Gianni Moscon, le placide Mikel Nieve et le longiligne Wout Poels.

Après avoir atteint ses principaux objectifs de carrière, un nouveau défi s’offre à lui : participer au Giro 2018, s’élançant d’Israël, et s’offrir un triplé en une année « scolaire » dans cette ordre Tour de France-Vuelta- Giro. Seuls Eddy Merckx le Cannibale et Bernard Hinault le Blaireau ont remporté plus de trois grands tours d’affilée. Froome se hisserait au rang de légende dans l’histoire de la Petite Reine et un anoblissement par la reine Elizabeth II comme Bradley Wiggins serait clairement mérité pour Froomey.

Un excellent parcours

La Vuelta n’a pas dérogé à ses habitudes, nous gratifiant d’un tracé digne de ce nom : très peu d’étapes de plaine, 9 arrivées au sommet, beaucoup d’étapes pour baroudeurs et d’étapes nerveuses, d’autres faites pour décadenasser la course et promettre chaque jour un scénario débridé et de nombreux rebondissements. ASO s’est surpassé et a déniché des arrivées et ascensions inédites comme l’Alto de la Cornella, l’Alto de Puig Llorença, Calar Alto, l’Alto Hoya de la Mora perché à 2500m et surtout Los Machucos en Cantabrie avec des portions à 27%. Le retour du légendaire Angliru, considéré par les Espagnols comme le col le plus rude de la planète, a sublimé ce Tour d’Espagne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la course nous a tenu en haleine jusqu’au bout.

Ilnur Zakarin et Wilco Kelderman, les confirmations

Révélé sur le tard, Zakarin avait déjà brillé dans les Grands Tours. Sur le Giro, une course qu’il affectionne particulièrement, il avait décroché une victoire d’étape en 2015. En 2016, il était 5ème mais une chute à deux jours de l’arrivée l’a contraint à abandonner. En 2017, il a terminé 5ème de la Corsa Rosa. Les connaisseurs se souviendront aussi d’une victoire d’étape sur le Tour de France. Dans un style nonchalant et couché sur sa machine, le Russe est terriblement efficace et rappelle Chris Froome. Il a des qualités similaires à ce dernier, bon en contre-la-montre avec une capacité à placer des démarrages assis sur sa selle. Il ne lui manque plus que la régularité et il fera oublier Denis Menchov et ses deux victoires en grands tours au pays de tsars.

Kelderman était un grand espoir néerlandais. Sa 5ème place lui offre de belles perspectives pour l’avenir. Il s’inscrit dans la lignée des grimpeurs néerlandais grands, bons dans les cols longs et roulants, excellents dans l’effort solitaire comme Tom Dumoulin, Bauke Mollema, Laurens Ten Dam… A 26 ans, il a tout le temps de réaliser de belles choses et bénéficiera du départ de Warren Barguil pour s’émanciper et détenir les pleines responsabilités de la Sunweb sur les grands tours avec son compatriote Tom Dumoulin.

Wouter Poels, le Landa bis

La team Sky est décidément l’équipe la plus performante en montagne cette année. Une domination rare qui place l’équipe britannique parmi les meilleures de l’histoire du cyclisme. Sur cette Vuelta, Wout Poels était bien évidemment l’équipier de Chris Froome mais le Néerlandais a réussi la prouesse de se classer 6ème et d’aider son leader à remporter son premier Tour d’Espagne. Une situation similaire au Tour de France durant lequel Mikel Landa s’est classé 4ème à 1s de Romain Bardet. Le Basque avait aussi permis au Kenyan Blanc de remporter son 4ème Tour.

Ce fut la même impression qu’avec Mikel Landa : on a constaté que sur certaines étapes de montagne, le Batave était à un niveau égal, voire supérieur, à son homologue britannique notamment lors des étapes 8, 12, 15, 17, 18 et 20. Le Néerlandais s’était déjà illustré sur les courses d’une semaine comme Tirreno-Adriatico et le Tour du Pays Basque. On a aussi découvert un nouveau registre de son répertoire lorsqu’il a remporté son premier monument, en l’occurrence Liège-Bastogne-Liège. Sa présence sur la Vuelta n’a tenu que du hasard car il devait faire partie de la garde rapprochée de Froome sur le Tour mais une blessure l’a écarté. Désormais, Wout Poels figure parmi les favoris pour une potentielle victoire sur un Grand Tour… s’il n’est bien sûr pas l’équipier de Chris Froome.

La révélation « Superman »

Un vent de fraîcheur s’est abattu sur la Vuelta. 15ème avant la 11ème étape, Miguel Angel Lopez a.k.a. Superman n’a pas déçu et tous les Espagnols ont compris ce qu’il tenait de l’homme d’acier. Une accélération qui rendrait même jaloux le Flash en personne, une explosivité telle une flèche dégainée par Green Arrow, une aura solaire dégagée une fois en action comme le charismatique Bruce Wayne, la jeunesse de Shazam… Tout ça réunit dans un petit corps chétif en apparence, c’est Miguel Lopez.

Le petit grimpeur colombien a éclaboussé de son talent la deuxième partie de course du Tour d’Espagne, la 11ème étape gagnée en attaquant les pointures de la montagne lui a permis de se tailler une réputation. Dans cette même étape, après l’offensive de Lopez, Nibali et Froome ont cru le rejoindre, pensant sûrement que le coureur d’Astana allait exploser. Ils ont finalement coulé sous la fréquence de pédalage du Colombien qui s’est envolé vers la ligne d’arrivée. 3 jours plus tard, il a fini 2ème derrière Rafal Majka, devançant encore les cadors tels que Froome, Nibali et Contador. Le lendemain, il s’est échappé à 25kms du sommet en compagnie d’Alberto Contador. A 5kms du but, il attaque et lâche le duo Contador-Bardet et va reprendre Adam Yates, qui avait 50s d’avance sur lui. En 1400m, son tempo d’enfer mené par Lopez lui offre une nouvelle victoire d’étape. A l’arrivée, il bascule devant Fabio Aru au classement général et devient le nouveau leader d’Astana.

Lopez atteindra la 6ème place au classement général, rivalisant avec les favoris en montagne. Il a tout perdu lors du chrono et de l’avant-dernière étape, celle de l’Angliru. Miguel Angel Lopez reste encore un diamant à polir et doit acquérir de l’expérience pour la suite mais il est typiquement le grimpeur qui pourrait ramener un grain de folie et d’insouciance dans une course cadenassée comme le Tour de France. Parce que quand on s’appelle Superman, rien n’est impossible…

Ne jamais sous-estimer un vieux Pistolero

Pour sa dernière course, Alberto Contador a assuré le spectacle. On a vite cru que le dernier grand Tour du Pistolero allait tourner au vinaigre. C’était sans compter sur la gnaque, la ténacité et l’abnégation du Madrilène. Durant cette Vuelta, Contador nous a fait du Contador ! Après une mauvaise journée en Andorre où il a perdu 2min30, l’Espagnol a entamé une remontada avec quasiment une attaque quotidienne. Des attaques lors des étapes 5, 6, 8, 9 et 11 lui ont permis de faire son apparition dans le top 10 après la 11ème étape.

La folle course au podium d’Alberto Contador a été lancée par une attaque portée à 20kms du but lors de la 12ème étape dans un final descendant et plat. Bilan, 40s reprises sur le maillot rouge et une double chute de Froome à la clé. Certains diront qu’il en a fait beaucoup pour pas grand chose. Le Pistolero a rétorqué avec une nouvelle offensive à 20kms de la ligne d’arrivée sur la montée de l’Alto Hoya de la Mora, juge de paix de la 14ème étape se situant à 2500m d’altitude. Il a calé dans les dernières pentes et s’est fait reprendre puis lâcher par le groupe maillot rouge. Mais après un bon chrono, tous les espoirs étaient permis dans la dernière semaine.

Le coureur de la Trek a échoué pour une trentaine de secondes sur la ligne pour la victoire de l’étape mais a effectué une bonne opération en glanant près d’une minute trente sur son rival vêtu du maillot rojo. Le lendemain, il a tenté de se faire la malle à 30kms de l’arrivée en compagnie d’Aru. Quoi qu’il en soit, Contador a finalement été le seul à suivre le Britannique sur la pente finale. A 2 jours de l’arrivée à Madrid, l’Espagnol a tout donné, s’échappant à 10kms en vain car il a été finalement repris. 20ème étape, dernière étape de montagne de sa vie, quoi de mieux que l’Angliru pour finir en beauté ? Contador part dès le début de l’ascension puis reprend un à un les échappés et finit un numéro de soliste dont lui seul à la secret en faisant son traditionnel tir de pistolet.

Grand animateur des fins d’étapes, Contador a été enfin récompensé avec cette étape d’anthologie et a reçu le prix du Super-Combatif. Il ratera le podium pour 20 petites secondes. El Pistolero s’en va de la meilleure des manières devant tous ses aficionados.

La Quick-Step toujours aussi vorace

Il aurait suffi de 3 points. 3 points pour que Matteo Trentin accède à l’accomplissement de sa carrière déjà bien remplie : le maillot vert et Dieu sait qu’il le mérite. Mais un homme vêtu de rouge nommé Chris Froome lui a chipé pour… 2 points. Cette Vuelta n’était pas réservée aux hommes du plat et on promettait le maillot vert à un grimpeur. Cela a bel et bien était le cas. Néanmoins, l’Italien a fait durer le suspense. 4 étapes sans relief étaient prévues et Matteo Trentin s’est taillé la part du lion en raflant 4 étapes. Il a même remporté une étape en costaud après une échappée. Une seule étape pour sprinteurs lui a échappé. Elle a été remportée par son coéquipier Yves Lampaert et l’Italien a fini deuxième. Au total, la formation belge a remporté 6 étapes et donné des airs de Saeco version Cipollini.

A noter : l’implosion de Fabio Aru en dernière semaine, le premier top 10 de Michael Woods, la razzia de la Lotto-Soudal…

  1. avatar
    18 septembre 2017 a 18 h 34 min
    Par polti

    Bel article et assez bien résumé.Je rajouterai juste que Nibali a fait une vuelta honorable.Je l’ai trouvé meilleur qu’au giro sans toutefois atteindre le niveau qui fût le sien dans la période 2013/2014.
    En plus,il a trop manqué d’équipiers sur cette vuelta où seul Pellizotti l’a vraiment soutenu,d’ailleurs très bon sur ce tour d’Espagne.

    Pour moi,c’est clairement une mauvaise vuelta,sans attaque,sans panache(hormis Lopez et Contador),des coureurs fades qui n’ont rien tenté.C’est bien simple,on se serait cru sur le tour ennuyeux à mourir comme chaque année.
    Bien sûr,le mérite entier de ce raté revient aux sky,qui sur chaque étape de montagne avait au moins 6 coureurs dans le petit peloton alors qu’ils étaient 2 maxi chez les autres.
    Froome a gagné dans se fatiguer,il n’a pas mis un coup de pédale,c’est son équipe qui l’a porté à chaque étape.S’ils avaient vraiment voulu,Poels aurait terminé 2eme car on voyait qu’il se retenait.Même Nieve était au niveau des autres leaders.

    Il faut aussi dire que le niveau est très faible et que tout les leaders sont à peu près égaux.Le talent manque,sauf avec Miguel Angel Lopez.
    Lui,il a vraiment quelque chose,un démarrage de grimpeur,l’explosivité,la force et même temps l’agilité,un mental d’acier et l’envie d’attaquer.
    Il est jeune et peut aller très haut,astana tient un futur leader de grande envergure.

    Enfin,je trouve dommage l’hypocrisie qui règne autour de sky.C’est tellement évident qu’il y a un truc comme us postal en son temps.
    Chaque coureur qui passe dans cette équipe voit son niveau exploser.
    Cette équipe n’est pas net,la fraude technologique et technique est évidente mais sky est anglaise,le président de l’uci est anglais et le business compte plus que le sport.

  2. avatar
    19 septembre 2017 a 18 h 51 min

    Merci content que ça vous ai plu.
    Effectivement, peu d’attaques à se mettre sous la dent, exemptées celles de Contador et de Miguel Lopez. Mais peut-on reprocher au coureur de ne pas mettre en jeu tout une préparation et tout le travail d’un staff pour le plaisir du spectateur avec des attaques pouvant se retourner contre lui ? Je ne pense pas cependant une course cadenassée comme le fait la Sky est déplorable et nuit à la course.

    Selon moi la Sky possède 8 coureurs capables de faire un top 5 ou 10 sur les GT(Geraint Thomas, Christopher Froome, Mikel Landa, Mikel Nieve, Wout Poels, Michal Kwiatkowski, Sergio Henao et Benat Intxausti). C’est énorme et beaucoup trop. Depuis plusieurs années l’équipe Sky me paraît louche aussi mais ce jugement n’engage que moi et c’est une opinion subjective. De plus, l’histoire du Vortex sur le TdF n’était pas très nette non plus 4 coureurs de la Sky sont arrivés dans le top 8 du chrono inaugural.

    Je trouve aussi l’équipe Sky beaucoup trop influente sur les commissaires de course et le peloton notamment sur le Tour de France 2016 et 2017 où lors d’une étape des coureurs de la Sky tombent et le peloton décide de les attendre, encore un exemple, l’étape escaladant le Ventoux lorsque Chris Froome n’a plus de vélo les commissaires de course décident de prendre les temps avant l’incident. De ce fait, Froome va même gagner du temps sur ses rivaux. On se demande ce qui peut lui arriver à ce type. Récemment, lors de cette Vuelta, une vidéo a fait le tour d’Internet où l’on voit Froomey à l’arrivée d’une étape ne pédalant plus, il avance puis il s’arrête et avance sans pédaler, moteur caché ? Des exemples comme cela il y en a une dizaine. Il faudrait un article entier pour bien développer le sujet.

    Bref, çela fait beaucoup de suspicions mais pour l’instant la formation Sky est clean. On verra pour combien de temps et j’espère pour le cyclisme que l’équipe britannique est propre de la tête au pied.

  3. avatar
    19 septembre 2017 a 19 h 28 min
    Par Olivier Moch

    Juste une petite rectification, il y a aussi Stephen Roche qui a réussi le double Giro et Tour de France en 1987… Ils sont donc 10 à avoir gagné deux grands tours la même année, pas 9 !

  4. avatar
    21 septembre 2017 a 12 h 21 min

    Hate de voir ce que le duel Froome / Dumoulin pourrait donner sur le Tour, le Britannique étant meilleur que le papillon de Maastricht en montagne, et inversement le néerlandais meilleur que le Kenyan Blanc en CLM, meme si Froomey avait la fatigue de la Vuelta.

    Sur cette Vuelta, je tire 3 enseignements :

    - parcours magnifique meme si toujours trop montagneux comme au Giro, déséquilibré au profit de grimpeurs, et pas assez de CLM comme pour le Tour de France

    - superbe fin de carriere de Contador dommage qu’il ait coincé à Andorre

    - Froome, puisque Contador doit désormais etre conjugué à l’imparfait comme néo-retraité, est sans conteste le meilleur coureur par étapes restant en activité devant Nibali, Quintana, Bardet, Dumoulin, Landa, Chaves et Aru, le reste étant en-dessous comme Mollema, Gesink ou Geraint Thomas par exemple.

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