1991-2014, analyse des podiums EPO
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1991-2014, analyse des podiums EPO

Greg LeMond fut sans doute, en 1990, le dernier maillot jaune du Tour de France « clean », hors dopage sanguin… Miguel Indurain inaugura en 1991 les années EPO, même si l’hormone de croissance avait fait son apparition dès la fin des années 80 dans le peloton cycliste professionnel.

C’est en effet en 1985 que le gène humain de l’EPO est isolé … Les druides et autres sorciers du dopage, les Conconi, Padilla, Ferrari, Leinders vont s’en donner à cœur joie.

En 1993, Francesco Conconi, de l’université de Ferrare, va lui-même donner la démonstration que l’EPO est un élixir de jouvence à nul autre pareil. Et Ferrare, petite ville paisible d’Emilie-Romagne va soudain devenir célèbre pour autre choses que pour son marbre blanc …

Dans une course amateur courue sur le grand Stelvio, plus haut col routier d’Italie, et deuxième plus haut col routier d’Europe, juge de paix de tant de Giros, théâtre du duel Coppi – Koblet en 1953 ou encore du triomphe d’Hinault en 1980, le professeur Conconi va briller de mille feux. Bien que quinquagénaire, Conconi va pulvériser plusieurs des meilleurs cyclistes amateurs de la Botte, dans une course où participe le futur Ponce Pilate du cyclisme, basé non pas à Jérusalem mais à Lausanne : Hein Verbruggen, l’homme qui va laisser l’UCI dans sa tour d’ivoire, afin de faire fructifier la poule aux œufs d’or du cyclisme moderne, sauf quand il s’agira d’antidater des ordonnances pour Lance Armstrong, positif en 1999 sur le Tour du Renouveau. Ponce Pilate qui sauve Barabbas, l’Histoire se réécrit avec un écho insolent, du Mont des Oliviers aux coteaux de la Riviera vaudoise, de Gethsémani à Ouchy, du Golgotha au Lac Léman …

L’analyse des podiums EPO entre 1991 et 2014, entre Miguel Indurain et Vincenzo Nibali, devrait permettre de savoir où se situe le véritable Eldorado du dopage, entre l’Espagne, l’Italie ou les Etats-Unis …

Impostures, le quinquennat de Miguel Indurain ou le septennat de Lance Armstrong sont de douces utopies en terme de crédibilité des performances, tant le Navarrais et le Texan ont violemment imposé leur férule au peloton, dressant la guillotine dans les contre-la-montre dans les deux cas, mais aussi dans les cols pour le champion américain, sorte de Pantagruel jamais rassasié, la faute à un appétit colossal de victoires, à une haine viscérale de la défaite, à un stakhanovisme exacerbé avec pour seul but, le maillot jaune sur les Champs-Elysées.

L’hégémonie d’Indurain et d’Armstrong s’est faite à grands coups de records de watts, plus invraisemblables les uns que les autres : Luxembourg 1992 (clm), Lac de Madine 1993 (clm), Bergerac 1994 (clm), Liège 1995, La Plagne 1995 ou Lac de Vassivière 1995 (clm) pour le champion espagnol de Banesto, Metz 1999 (clm), Sestrières 1999, Lourdes Hautacam 2000, Mulhouse 2000 (clm), Alpe d’Huez 2001, Pla d’Adet 2001, Mont Ventoux 2002, Luz Ardiden 2003, La Mongie 2004, Alpe d’Huez 2004 (clm) ou encore Courchevel 2005 pour le boss de l’US Postal.

Une litanie d’exploits trop beaux pour être vrais, de canulars impayables donnant crédit aux théories du complot, sauf que cette fois le complot n’est pas du côté des accusateurs, mais des accusés … Apollo 18, l’alunissage de Lance Armstrong sur une lune du nom de Sestrières, est une imposture, avec des effets spéciaux signés du docteur Michele Ferrari, la NASA et Stanley Kubrick (accusé d’avoir tourné en studio la mission Apollo 11 sur demande de la CIA) n’y étant pour rien.

Indurain a planté les premières banderilles assassines au cyclisme d’antan, même si ce dernier avait franchi le Rubicon via la mort de Tom Simpson au Ventoux en 1967 ou l’affaire Delgado en 1988. L’affaire Festina a rouvert la boîte de Pandore, Armstrong lui a porté l’estocade, portant l’ère du dopage sanguin dans une autre dimension, tant le Texan a tutoyé la perfection en terme de système de dopage : docteur émérite en la personne de Michele Ferrari, ravitaillements efficaces par Motoman, pressions sur les témoins potentiels (Frankie Andreu, Emma O’Reilly, Mike Anderson …), protection politique de l’UCI via Hein Verbruggen, utilisation de l’anti-américanisme primaire envers la presse européenne jalouse de ce cheval de Troie venu du Texas pour annexer la Grande Boucle, gagnée 82 fois sur 82 par les Européens depuis 1903 avant L.A. (seul Greg LeMond avait privé le Vieux Continent du yellow jersey, en 1986, 1989 et 1990) …

Mais justice sera faite a posteriori, en 2012, et Armstrong tombera du Capitole à la Roche Tarpéienne.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, les autres conquistadores, les autres lauréats du maillot jaune, sont aussi peu crédibles qu’Indurain et Armstrong : Bjarne Riis et ses ailes de phénix en 1996, Jan Ullrich et son pédalage digne d’un cyborg en 1997, Marco Pantani fusée implacable en 1998 vers les Deux-Alpes, Alberto Contador le pistolero mutant en 2007 et 2009, Carlos Sastre loup-garou de l’Alpe d’Huez en 2008, Andy Schleck le cobaye du Luxembourg en 2010, Cadel Evans et son pédalage herculéen en 2011, Bradley Wiggins le bulldozer en 2012, Chris Froome le Kenyan Blanc à la flamme éternelle, telle les neiges du Kilimandjaro, en 2013, Vincenzo Nibali l’indomptable en 2014.

Au moment de faire les comptes du butin de l’Eldorado, le barème sera le suivant : 5 points pour le premier, 3 points pour son dauphin, 1 point pour le troisième.

Les places sont celles acquises sur la route, ce qui signifie que Lance Armstrong (1999-2005 et 2009), Jan Ullrich (2005), Floyd Landis (2006) ou encore Alberto Contador (2010) conservent les places dont ils ont été déclassés a posteriori.

Coureurs

Espagne (55 points, 9 maillots jaunes, 2 deuxièmes places, 4 troisièmes places)
1er Miguel Indurain 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, Alberto Contador 2007, 2009, 2010, Carlos Sastre 200
2e Joseba Beloki 2002, Oscar Pereiro 2006
3e Fernando Escartin 1999, Joseba Beloki 2000, 2001, Joaquin Rodriguez 2013

Etats-Unis (43 points, 8 maillots jaunes et 3 troisièmes places)
1er Lance Armstrong 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, Floyd Landis 2006
3e Bobby Julich 1998, Levi Leipheimer 2007, Lance Armstrong 2009

Allemagne (25 points, 1 maillot jaune, 6 deuxièmes places, 2 troisièmes places)
1er Jan Ullrich 1997
2e Jan Ullrich 1996, 1998, 2000, 2001, 2003, Andreas Klöden 2004
3e Jan Ullrich 2005, Andreas Klöden 2006

Italie (22 points, 2 maillots jaunes, 3 deuxièmes places, 6 troisièmes places)
1er Marco Pantani 1998, Vincenzo Nibali 2014
2e Gianni Bugno 1991, Claudio Chiappucci 1992, Ivan Basso 2005
3e Claudio Chiappucci 91, Gianni Bugno 1992, Marco Pantani 1994 et 1997, Ivan Basso 2004, Vincenzo Nibali 2012

* Grande-Bretagne (13 points, 2 maillots jaunes et 1 deuxième place)
1er Bradley Wiggins 2012, Christopher Froome 2013
2e Christopher Froome 2012

Australie (11 points, 1 maillot jaune, 2 deuxièmes places)
1er Cadel Evans 2011
2e Cadel Evans 2007, 2008

Luxembourg (10 points, 3 deuxièmes places, 1 troisième place)
2e Andy Schleck 2009, 2010, 2011
3e Frank Schleck 2011

Suisse (9 points, 3 deuxièmes places)
2e Tony Rominger 1993, Alex Zülle 1995 et 1999

France (8 points, 2 deuxièmes places, 2 troisièmes places)
2e Richard Virenque 1997, Jean-Christophe Péraud 2014
3e Richard Virenque 1996, Thibaut Pinot 2014

Danemark (6 points, 1 maillot jaune, 1 troisième place)
1er Bjarne Riis 1996
3e Bjarne Riis 1995

Lettonie (3 points, 1 deuxième place)
2e Piotr Ugrumov 1994

Colombie (3 points, 1 deuxième place)
2e Nairo Quintana 2013

Lituanie (1 point, 1 troisième place)
3e Raimondas Rumsas 2002

Pologne (1 point, 1 troisième place)
3e Zenon Jaskula 1993

Russie (1 point, 1 troisième place)
3e Denis Menchov 2010

Autriche (1 point, 1 troisième place)
3e Bernhard Kohl 2008

Kazakhstan (1 point, 1 troisième place)
3e Alexandre Vinokourov 2003

Equipes

Etats-Unis (50 points, 9 maillots jaunes, 1 deuxième place, 2 troisièmes places)
1er US Postal (Lance Armstrong 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2004), Discovery Channel (Lance Armstrong 2005, Alberto Contador 2007), BMC (Cadel Evans 2011)
2e Trek (Andy Schleck 2011)
3e Discovery Channel (Levi Leipheimer 2007, Frank Schleck 2011)

Espagne (45 points, 5 maillots jaunes, 6 deuxièmes places, 2 troisièmes places)
1er Banesto (Miguel Indurain 1991, 1992, 1993, 1994, 1995)
2e Clas (Tony Rominger 1993), ONCE (Alex Zülle 1999, Joseba Beloki 2002), Banesto (Alex Zülle 1999), Caisse d’Epargne – Iles Baléares (Oscar Pereiro 2006), Movistar (Nairo Quintana 2013)
3e Kelme (Fernando Escartin 1999), ONCE (Joseba Beloki 2001)

Allemagne (29 points, 2 maillots jaunes, 5 deuxièmes places, 4 troisièmes places)
1er Deutsche Telekom (Bjarne Riis 1996, Jan Ullrich 1997)
2e Deutsche Telekom (Jan Ullrich 1996, 1998, 2000, 2001), T-Mobile (Andreas Klöden 2004)
3e T-Mobile (Alexandre Vinokourov 2003, Jan Ullrich 2005, Andreas Klöden 2006), Gerolsteiner (Bernhard Kohl 2008)

Italie (25 points, 1 maillot jaune, 4 deuxièmes places, 8 troisièmes places)
1er Mercatone Uno (Marco Pantani 1998)
2e Gatorade (Gianni Bugno 1991), Carrera (Claudio Chiappucci 1992), Gewiss (Piotr Ugrumov 1994), Bianchi (Jan Ullrich 2003)
3e Carrera (Claudio Chiappucci 1991, Marco Pantani 1994), Gatorade (Gianni Bugno 1992), GB-MG (Zenon Jaskula 1993), Gewiss (Bjarne Riis 1995), Mercatone Uno (Marco Pantani 1997), Lampre (Raimondas Rumsas 2002), Liquigas-Cannondale (Vincenzo Nibali 2012)

Kazakhstan (16 points, 3 maillots jaunes, 1 troisième place)
1er Astana (Alberto Contador 2009, 2010, Vincenzo Nibali 2014)
3e Astana (Lance Armstrong 2009)

Danemark (15 points, 1 maillot jaune, 3 deuxièmes places, 1 troisième place)
1er CSC (Carlos Sastre 2008)
2e CSC (Ivan Basso 2005), Saxo Bank (Andy Schleck 2009, 2010)
3e CSC (Ivan Basso 2004)

Grande-Bretagne (13 points, 2 maillots jaunes, 1 deuxième place)
1er Sky (Bradley Wiggins 2012, Christopher Froome 2013)
2e Sky (Christopher Froome 2012)

France (10 points, 2 deuxièmes places, 4 troisièmes places)
2e Festina (Richard Virenque 1997), Ag2r Prévoyance (Jean-Christophe Péraud 2014)
3e Festina (Richard Virenque 1996, Joseba Beloki 2000), Cofidis (Bobby Julich 1998), Française des Jeux (Thibaut Pinot 2014)

L’équipe Festina fut espagnole entre 1989 et 1992, andorrane en 1993 et 1994, puis française entre 1995 et 2001.

Belgique (6 points, 2 deuxièmes places)
2e Lotto (Cadel Evans 2007, 2008)

Suisse (5 points, 1 maillot jaune)
1er Phonak (Floyd Landis 2006)

Pays-Bas (1 point ,1 troisième place)
3e Rabobank (Denis Menchov 2010)

Russie (1 point, 1 troisième place)
3e Katusha (Joaquin Rodriguez 2013)

-  Directeur Sportifs

* Belgique (85 points, 13 maillots jaunes, 5 deuxièmes places, 5 troisièmes places)
1er Walter Godefroot (Deutsche Telekom : Bjarne Riis 1996, Jan Ullrich 1997), Johan Bruyneel (US Postal : Lance Armstrong 1999, 2000, 2001,  2002, 2003, 2004 – Discovery Channel : Lance Armstrong 2005, Alberto Contador 2007 – Astana : Alberto Contador 2009), John Lelangue (Phonak : Floyd Landis 2006, BMC : Cadel Evans 2011)
2e Walter Godefroot (Deutsche Telekom : Jan Ullrich 1996, 1998, 2000, 2001 – T-Mobile : Andreas Klöden 2004)
3e Walter Godefroot (T-Mobile : Alexandre Vinokourov 2003, Jan Ullrich 2005, Andreas Klöden), Johan Bruyneel (Discovery Channel : Levi Leipheimer 2007 – Astana : Lance Armstrong 2009)

Espagne (42 points, 5 maillots jaunes, 5 deuxièmes places, 2 troisièmes places)
1er Jose Miguel Echavarri (Banesto : Miguel Indurain 1991, 1992, 1993, 1994, 1995)
2e Juan Fernandez Martin (Clas : Tony Rominger 1993), Manolo Saiz (ONCE : Alex Zülle 1995, Joseba Beloki 2002), Jose Miguel Echavarri (Caisse d’Epargne : Oscar Pereiro 2006), Eusebio Unzue (Movistar : Nairo Quintana 2013)
3e Alvaro Pino (Kelme : Fernando Escartin 1999), Manolo Saiz (ONCE : Joseba Beloki 2001)

* Italie (30 points, 3 maillots jaunes, 3 deuxièmes places, 6 troisièmes places)
1er Giuseppe Martinelli (Mercatone Uno : Marco Pantani 1998 – Astana : Alberto Contador 2010, Vincenzo Nibali 2014)
2e Gianluigi Stanga (Gatorade : Gianni Bugno 1991), Davide Boifava (Carrera : Claudio Chiappucci 1992), Emmanuele Bombini (Gewiss : Piotr Ugrumov 1994)
3e Davide Boifava (Carrera : Claudio Chiappucci 1991, Marco Pantani 1994), Gianluigi Stanga (Gatorade : Gianni Bugno 1992), Emmanuele Bombini (Gewiss : Bjarne Riis 1995), Giuseppe Saronni (Lampre : Raimondas Rumsas 2002), Roberto Amadio (Liquigas Cannondale : Vincenzo Nibali 2012)

Danemark (19 points, 1 maillot jaune, 4 deuxièmes places, 2 troisièmes places)
1er Bjarne Riis (CSC : Carlos Sastre 2008)
2e Bjarne Riis (CSC : Ivan Basso 2005 – Saxo Bank : Andy Schleck 2009 et 2010), Kim Andersen (Leopard Trek : Andy Schleck 2011)
3e Bjarne Riis (CSC : Ivan Basso 2004) , Kim Andersen (Leopard Trek : Frank Schleck 2011)

Grande-Bretagne (13 points, 2 maillots jaunes, 1 deuxième place)
1er Dave Brailsford (Sky : Bradley Wiggins 2012, Christopher Froome 2013)
2e Dave Brailsford (Sky : Christopher Froome 2012)

* France (9 points, 2 deuxièmes places, 3 troisièmes places)
2e Bruno Roussel (Festina : Richard Virenque 1997), Vincent Lavenu (Ag2r Prévoyance : Jean-Christophe Péraud 2014)
3e Bruno Roussel (Festina : Richard Virenque 1996), Bernard Quilfen (Cofidis : Bobby Julich 1998), Yvon Sanquer (Festina : Joseba Beloki 2000), Marc Madiot (Française des Jeux : Thibaut Pinot 2014)

Pays-Bas (1 point, 1 troisième place)
3e Adri Van Houwelingen (Rabobank – Denis Menchov 2011)

Russie (1 point, 1 troisième place)
3e Vlatcheslav Ekimov (Katusha – Joaquin Rodriguez 2013)

Difficile de calculer une hiérarchie pour les médecins, l’influence d’un médecin d’équipe ou d’un médecin personnel étant plus ou moins établie. Miguel Indurain était à la fois suivi par Sabino Padilla chez Banesto et par Francesco Conconi comme consultant extérieur, Bjarne Riis par le docteur Heinrich de Telekom puis par Luigi Cecchini, Lance Armstrong par Pedro Celaya chez US Postal mais bien entendu par Michele Ferrari en suivi individuel …

Total

1)  Espagne 142 points
2)  Etats-Unis 93 points
3)  Belgique 91 points
4)  Italie 77 points
5)  Allemagne 54 points
6)  Danemark 40 points
7)  Grande-Bretagne 39 points
8)  France 27 points
9)  Suisse 14 points

Sans surprise, l’Espagne est l’Eldorado du dopage, avec pour conquistadores les Miguel Indurain et Alberto Contador, sorte de Hernan Cortes et Fernando Pizarro des temps modernes, l’invincible armada de Banesto qui fut pionnière de l’EPO parmi les équipes du peloton (Caisse d’Epargne et Movistar succédant à Banesto), avant que Kelme et ONCE ne s’engouffrent dans la brèche par la suite, sans oublier José Miguel Echavarri ou encore Manolo Saiz chez les directeurs sportifs, plus Sabino Padilla, Nicolas Terrados et Pedro Celaya du côté des médecins, bien que non comptés dans le barème. La seule différence avec les conquistadores du XVIe siècle réside dans le nom du deuxième signataire du traité de Tordesillas, le Portugal n’est plus l’alter ego de l’Espagne, mais ce sont les Etats-Unis, dans un monde bipolaire où Américains et Espagnols ont gagné (sur la route) 21 des 30 maillots jaunes mis en jeu depuis 1985, date du dernier succès français via Bernard Hinault … 11 pour les Américains (Greg LeMond en 1986, 1989 et 1990, Lance Armstrong en 1999, 2000, 2001, 2002, 2003 2004, 2005, Floyd Landis en 2006), 10 pour les Espagnols (Pedro Delgado en 1988, Miguel Indurain en 1991, 1992, 1993, 1994, 1995, Alberto Contador en 2007, 2009, 2010, Carlos Sastre en 2008). 21 sur la route (10 + 11), 20 sur tapis vert (10 + 10), Oscar Pereiro compensant Floyd Landis en 2006, tandis qu’Alberto Contador laisse son titre en 2010 à Andy Schleck.

Aux Etats-Unis, il a manqué un historique en terme de culture cycliste, sinon des équipes comme l’US Postal auraient pu voir le jour plus tôt, là où Seven Eleven, avec Andrew Hampsten, était plutôt du genre à éviter les mœurs européennes du peloton à la fin des années 80 et au début des années 90. Le tournant est intervenu en 1994-1995 chez Motorola, quand Lance Armstrong décida Jim Ochowicz de suivre Michele Ferrari, à force d’essuyer  des camouflets contre les Gewiss de Berzin, Ugrumov, Argentin et autres Riis, les Carrera de Pantani et Chiappucci, les Banesto d’Indurain, les Mapei de Rominger ou les ONCE de Zülle et Jalabert. Alors colocataire d’un petit appartement au Lac de Côme avec Frankie Andreu et George Hincapie, le Texan put gagner la Clasica San Sebastian 1995, terminer deuxième de Paris-Nice en 1996 derrière Laurent Jalabert avant de triompher sur la Flèche Wallonne 1996. Le niveau de vie de l’homonyme de Neil Armstrong décolla, Lance put acheter une Porsche, avant de traverser l’épreuve du cancer et de renaître  tel un phénix en 1998-1999 : 4e de la Vuelta 1998 puis septennat d’imposture en maillot jaune intouchable, protégé par Hein Verbruggen et l’UCI du côté de Lausanne, suivi par Michele Ferrari en personne bien plus que par le leurre Chris Carmichael …

Même tare en Grande-Bretagne, où la Sky est arrivée bien trop tard, dans ce pays marqué par le drame du 13 juillet 1967, Tom Simpson décédant sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux. Bradley Wiggins, avatar de Bjarne Riis, parvint à dompter les cols à 29 ans comme le Danois (1993 pour Riis, 2009 pour Wiggins) avant de ramener le maillot jaune à Paris à l’âge de 32 ans (1996 pour Riis, 2012 pour Wiggins), laissant ensuite la Toison d’Or l’année suivante à son coéquipier et dauphin (1997 pour Ullrich dauphin de Riis en 1996, 2013 pour Froome dauphin de Wiggins en 2012). Entre Simpson et Froome, depuis l’époque bénie des Beatles où Simpson déclarait ouvertement fumer de la marijuana comme les Fab Four de Liverpool, les meilleurs coureurs britanniques furent soit des rouleurs soit des sprinters, à l’exception du grimpeur écossais Robert Millar, trop incomplet pour être un maillot jaune potentiel : Paul Sherwen, Sean Yates, Chris Boardman, David Millar, Mark Cavendish et l’usurpateur Bradley Wiggins, élevé au rang de Member of British Empire après sa médaille d’or olympique aux Jeux Olympiques de Londres … James Bond 007 a le permis de tuer, le natif de Gand a été adoubé par la Reine Elizabeth II pour son permis de se doper. Au service (secret) de sa Majesté … Dave Brailsford, lui, est digne de la succession de M, tandis que Q a pris en 2012 le visage d’un sujet au passeport non britannique, le sulfureux docteur Geert Leinders remplaçant le major Boothroyd.

A l’Italie, il a tout simplement manqué à un champion d’envergure tel que Marco Pantani de pérenniser les exploits sur le Tour de France au niveau du classement général, là où tant d’autres gaspillaient trop leurs forces sur le Giro, ou restaient abonnés aux deuxième ou troisième marche du podium : Bugno, Chiappucci et Basso sont les meilleurs exemples, tandis que Vincenzo Nibali a su conquérir le maillot jaune.

L’Allemagne, enfin, paie l’effet Poulidor de son phénomène Jan Ullrich, et d’avoir confié la direction sportive de la Deutsche Telekom aux Belges Walter Godefroot et Rudy Pévenage, dénominateur commun avec les Etats-Unis, dépendants des Belges Johan Bruyneel et Dirk DeMol comme patrons sportifs du train bleu de l’US Postal.

La Belgique, elle, ne brille que par ses directeurs sportifs … Le dernier Belge à avoir atteint le podium du Tour de France est Lucien Van Impe en 1981, dauphin de Bernard Hinault. Nostalgique d’Eddy Merckx, le pays se consume d’impatience pour savoir quand un nouveau Cannibale viendra dépoussiérer son palmarès sur la Grande Boucle, les Belges ayant patienté entre 1939 et 1969 pour voir éclore l’enfant de Woluwe Saint-Pierre sur la grand-messe de  thermidor …

La Suisse, enfin, aurait eu un meilleur classement si Tony Rominger et Alex Zülle, malgré toute leur classe intrinsèque, avaient eu soit le mental en acier trempé de Ferdi Kubler, soit la virtuosité d’Hugo Koblet, le Pédaleur de Charme qui voltigeait dans les cols en 1951 face aux Coppi, Bobet et autres Bartali. Clés de voûte des succès fondateurs de l’Helvétie cycliste au début des années 50, les deux « K », rivaux farouches pour la suprématie nationale, n’ont jamais été remplacés par leurs lointains descendants.

  1. avatar
    24 janvier 2015 a 12 h 37 min

    Si l’on fait une analogie avec les risques nucléaires et environnementaux, l’horloge de l’Armageddon du cyclisme se rapproche dangereusement de minuit.

    Ce sport va exploser tôt ou tard, l’UCI doit nettoyer les écuries d’Augias, car l’opprobre symbolique jetée fin 2012 sur Lance Armstrong n’a pas rendu plus propre le Tour de France, surtout quand on revoit les images de Chris Froome en 2013 sur les pentes rocailleuses du Mont Ventoux.

    Espagnols, Italiens, Américains, Belges et autres Allemands ont tiré les marrons du feu du dopage EPO depuis 1991 …

  2. avatar
    14 janvier 2016 a 19 h 54 min
    Par M. birdy

    L’EPO transforme un âne en cheval de course dit-on….

    Mais à l’apparition des médicaments de toute sortes ( je ne suis pas spécialistes) dans les années 50/60 (?) n’étaient-ils pas l’EPO de l’époque, en comparaison de la caféine , du vin rouge et autres mixtures des années 20 ou 30 ?

  3. avatar
    24 novembre 2016 a 9 h 09 min
    Par Marco Bottai

    Je ne comprende passare ou vostro voulez arriver.
    J’avrei compris une analisi des vitesses, moyennes, etc et leurs differences entre les anneés et les edictions du Tour.
    C’est normale que Indurain et Armostrong e les equipes Once et Festina ont utilisé dopage Epo, C’est aussi claire que le moyennes des “anneés Indurain” et “anneés Armstrong” sont vraiment plus hatem des actuelles. Je pense aussi que Wiggins est Tres different de Risi (un champion pistard contro un domestique). Pardonnez mon malvasia francais :)

  4. avatar
    24 novembre 2016 a 9 h 10 min
    Par Marco Bottai

    Birdy, C’est vrai. Les epoques ont leurs dopage!

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