L’interminable attente d’un successeur à Hinault
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L’interminable attente d’un successeur à Hinault

Lorsqu’en 1985, Bernard Hinault remporte son cinquième Tour de France, rejoignant ainsi son compatriote Jacques Anquetil et le Belge Eddy Merckx au palmarès des quintuples vainqueurs de la grande boucle, personne n’imagine alors que 31 ans plus tard, le coureur breton n’ait toujours pas trouvé de successeur dans le clan tricolore. Et pourtant…

En Tennis, il faut remonter plus loin encore dans le temps pour trouver trace d’un vainqueur français en Grand Chelem. Idem dans bien d’autres sports pour dénicher un champion du monde tricolore. Pourtant, cette “anomalie” est bien plus marquante sur le Tour au regard de la relation très forte qu’entretiennent la France et les Français avec la petite reine. En effet, tandis que la plupart des disciplines sportives ont été inventées ou codifiées par les Anglais ou les Américains, c’est en France qu’eut lieu la première course cycliste, reliant Paris et Rouen, en 1869. Depuis, les épreuves se sont multipliées dans l’hexagone, faisant même du cyclisme le sport national pendant un temps, et aujourd’hui encore, malgré la mondialisation et la multiplication des courses sur les autres continents, la France est loin devant avec 113 jours de courses organisées sur son sol contre une quarantaine seulement en Italie et en Belgique, autres nations historiques.

Depuis Maurice Garin, premier vainqueur du Tour en 1903, les champions français tels Henri Pélissier, André Leducq, Louison Bobet, Jacques Anquetil ou Bernard Thevenet ont inscrit leurs noms au palmarès de l’épreuve, et au final on compte pas moins de 36 victoires tricolores sur la grande boucle. Jamais un Français n’avait du reste été absent de la plus haute marche du podium plus de 7 années consécutives jusque-là. Plusieurs coureurs ont tenté de combler cette lacune depuis, sans jamais y parvenir. Petit tour d’honneur des principaux cyclistes français qui se sont cassés les dents en espérant que le successeur du Blaireau daigne enfin montrer son visage dans les années à venir.

Au lendemain du cinquième sacre de Bernard Hinault, il n’a pas fallu attendre bien longtemps pour que le public soit persuadé de voir la relève apparaitre. Présenté dès 1986 comme le digne successeur du breton, Jean-François Bernard sera tout prêt de s’imposer sur le Tour l’année suivante, après avoir notamment remporté le CLM du Mont-Ventoux. Mais une crevaison le lendemain dans l’étape menant à Villard-de-Lans va l’en priver. Très déçu, il montera néanmoins sur la troisième marche du podium à Paris, aux côtés de l’Irlandais Stephen Roche et de l’Espagnol Pedro Delgado, et semblait alors promis à un bel avenir du haut de ses 25 ans seulement. En 1988, il confirma d’ailleurs le potentiel placé en lui en s’adjugeant 3 victoires d’étapes sur le Giro et en endossant le maillot rose de leader. Seulement, là encore le destin va s’acharner sur lui et à la suite d’une chute dans un tunnel mal éclairé, il devra se résoudre à abandonner. Entre blessures à répétition et manque de confiance en ses capacités de leader, Jeff va alors se mettre au service de Miguel Indurain duquel il va devenir le principal lieutenant en montagne au sein de l’équipe Banesto et avec la réussite que l’on connait.

C’est ensuite un ancien (double) vainqueur du Tour qui va susciter beaucoup d’espoir. Laurent Fignon a démarré sa carrière professionnelle en 1982 dans l’équipe Renault dirigée par Cyrille Guimard. Le parisien évoluait alors aux côtés de Bernard Hinault qu’il va aider à remporter le Giro cette année-là et la Vuelta la saison suivante. Toujours en 1983, il profite de l’absence de son leader sur la grande boucle pour remporter son premier Tour de France à 23 ans à peine. En 1984, il se voit confier les rênes de l’équipe après le départ du coureur breton chez La Vie Claire. Il confirme les progrès entrevus lors du Tour 1983 en malmenant tout d’abord les coureurs Italiens lors du Giro où seul Francesco Moser, bien aidé par l’organisateur, le privera de la victoire finale. Champion de France en titre au départ du Tour de France, il va faire honneur à son maillot tricolore en survolant l’épreuve, notamment dans les Alpes la dernière semaine où il accumule les victoires d’étapes. Le duel tant attendu avec Hinault n’a pas lieu et on lui prédit alors de nombreux autres succès.

Mais les années suivantes seront plus délicates pour Fignon. Après avoir dû renoncer à la saison 1985 en raison d’un mal persistant au genou, il fait un retour remarqué sur la scène internationale en 1986 en remportant sa première classique, la Flèche Wallonne. Mais il est trop inconstant sur le Tour de France pour s’imposer, un constat qui sera identique en 1987. C’est finalement dans les courses d’un jour qu’il brille le plus à l’image de son succès probant lors de Milan-San Remo en 1988.

L’année 1989 commence de la meilleure des manières pour lui, avec un doublé sur la Primavera. L’Italie avec qui il est définitivement réconcilié puisqu’il remporte le Giro à la régulière, effaçant ainsi la déception de 1984. C’est donc avec un statut de favori qu’il se présente au départ du Tour en compagnie de Pedro Delgado, le vainqueur sortant. L’Espagnol rate complètement le début de la course et on croit alors un nouveau sacre possible, cinq ans après son dernier titre, de Laurent Fignon. Mais c’était sans compter sur l’Américain Greg Lemond, ancien lieutenant de Bernard Hinault, qui va donner la réplique au coureur Français pendant trois semaines, offrant un spectacle d’anthologie.

Fignon pense avoir fait le plus difficile à l’Alpe d’Huez où il reprend le maillot jaune à l’Américain. C’est donc avec une avance confortable que le Français s’apprête à courir les 24,5 km entre Versailles et Paris et personne n’imagine vraiment que Lemond puisse reprendre 50 secondes à Fignon au sommet de sa forme. Personne sauf l’Américain qui, arqué sur son guidon de triathlète, réalise le meilleur temps sur les Champs-Elysées avec une moyenne de 54 km/h. Fignon, sur un vélo plus traditionnel, est renseigné sur ses temps de passage et sait qu’il perd régulièrement du temps sur son rival. Il livre un dernier sprint désespéré sur les pavés des Champs-Elysées avant de s’effondrer une fois la ligne d’arrivée franchie. Le verdict est terrible puisque Laurent Fignon perd le Tour de France pour 8 secondes soit le plus petit écart jamais enregistré sur la grande boucle entre le vainqueur et son dauphin. Le public français, lui, doit attendre un an de plus pour espérer voir triompher l’un des siens.

Après cet épisode malheureux, le pays va connaître une période de vache maigre marquée par la domination outrageuse de Miguel Indurain. Des coureurs comme Charly Mottet ou Luc Leblanc réussiront bien quelques exploits isolés mais sans jamais être de véritables candidats à la victoire finale. En 1996, le rêve de voir un Français en jaune à Paris va pourtant refaire surface. Un espoir né d’une chute spectaculaire à Armentières deux ans plus tôt lors de la première étape du Tour.

Professionnel en 1989, Laurent Jalabert met tout d’abord en valeur ses qualités de sprinteur. Après plusieurs places d’honneur dans les classiques, il remporte sa première étape sur la grande boucle en 1992 où il ramène également le maillot vert du classement par points sur les Champs-Elysées. Deux nouvelles victoires sur la Vuelta vont définitivement classer le mazamétain parmi les meilleurs finisseurs de l’époque. En 1994, il se présente au départ du Tour de France, fort de 7 victoires d’étapes glanées sur le Tour d’Espagne quelques semaines auparavant. Mais une terrible chute à l’arrivée de la première étape à Armentières va ruiner les espoirs du Français.

Cette chute va marquer un tournant dans la carrière de Jalabert qui va dès lors aborder les courses différemment et lui faire découvrir des qualités de puncheur, de rouleur et de grimpeur qu’il ne soupçonnait pas lui-même. Une polyvalence qui va faire de lui rapidement le numéro 1 mondial. En 1995, il s’adjuge sa première classique, Milan-San Remo mais aussi sa première course à étapes, Paris-Nice. Il enchaine avec des succès dans la Flèche Wallonne et sur le Tour de Catalogne avant que ne commence le Tour de France. Sur la grande boucle, Indurain est encore intouchable mais Laurent Jalabert va y remporter une étape prestigieuse à Mende le 14 juillet et terminera à la quatrième place du classement général à Paris, un nouveau maillot vert sur les épaules. Le bouquet final a lieu dans la foulée où le Français, en pleine confiance, remporte son premier Grand Tour à l’occasion de la Vuelta où il s’offre pas moins de 5 étapes dont 3 sont jugés au sommet.

Avec de telles performances, Jaja est présenté par la presse comme le successeur naturel de Bernard Hinault et il est dès lors très attendu sur le Tour 1996. Suivant une préparation traditionnelle, il remporte Paris-Nice pour la deuxième fois consécutive et aborde le Tour dans les meilleures conditions. Mais le public Français massé sur les bords de route ou devant son poste de télévision va vite déchanter. Dès les premières pentes du col de la Madeleine, Jalabert va lâcher prise, victime d’une fringale. Si le mazamétain tentera une nouvelle fois de briguer une place au général sur le Tour de France l’année suivante, il va se rendre compte qu’il lui manque un petit quelque chose pour faire la différence sur cette course et va s’attacher alors à agrandir un peu plus encore son palmarès déjà très fourni sur des classiques comme le Tour de Lombardie ou la Clasica San Sebastian et lors du championnat du monde où il remportera le maillot arc en ciel du contre la montre.

La France va alors se tourner vers un autre coureur pour tenter de mettre un terme à cette malédiction sur le Tour, un grimpeur de poche absent quasiment tout le reste de l’année et qui va prendre l’habitude de dégainer dès les premiers lacets présents sur les routes escarpées du Tour, Richard Virenque.

Le coureur varois est passé professionnel en 1991 et dès l’année suivante, alors qu’il est âgé de 21 ans seulement, il va porter le maillot jaune durant une journée sur le Tour de France. Mais c’est une autre tunique qui va être associé à la carrière de Virenque, le maillot à pois. C’est en 1994 qu’il se fait connaître du grand public en s’imposant à Luz Ardiden au terme d’une longue échappée solitaire. Il y remporte également son premier maillot de meilleur grimpeur. Après une saison 1995 où il est un peu plus en retrait sur la grande boucle, malgré un nouveau succès d’étape à Cauterets, il va commencer à peser davantage sur le classement général en 1996 où il monte pour la première fois sur le podium à Paris, un nouveau maillot à pois sur les épaules.

C’est en 1997 que Richard Virenque tient probablement sa meilleure chance de victoire. Après une première étape pyrénéenne où les leaders vont se marquer à la culotte, ce dont va profiter pleinement le Français Laurent Brochard, l’étape suivante qui mène à Andorre-Arcalis va s’avérer décisive. Le jeune Allemand Jan Ullrich, qui avait eu la consigne d’attendre son leader Bjarne Riis la veille, a cette fois-ci la bénédiction de son directeur sportif et dans la montée finale il passe à l’offensive provoquant des écarts considérables, y compris sur ses principaux adversaires, les grimpeurs Marco Pantani et Richard Virenque, seuls à pouvoir lui disputer la victoire désormais. Quelques jours plus tard lors du grand contre la montre, Virenque termine à une surprenante deuxième place, lui qui n’est pas du tout un spécialiste de l’exercice solitaire, mais se fait tout de même reprendre par Ullrich, parti 3 minutes après lui. Les Alpes seront marquées par les attaques incessantes de Virenque, qui s’imposera à Courchevel, pour tenter de faire plier le coureur Allemand. Mais celui-ci restera solide jusqu’au bout, augmentant même son avance lors du dernier chrono.

Après sa deuxième place au classement général, l’obtention d’un nouveau maillot à pois et sa victoire d’étape obtenue avec panache à Courchevel l’année précédente, Virenque voit sa côte de popularité être à son maximum lorsqu’il se présente au départ de l’épreuve en 1998. Mais lui et son équipe, Festina, sont rattrapés par la première grosse affaire de dopage “industriel” qui l’empêchera de défendre ses chances. Après avoir purgé sa peine, le coureur varois aura toujours la même envie de briller sur la grande boucle mais il n’y jouera plus jamais une place au classement général, se contentant de succès d’étapes et bien sûr ayant à cœur de ramener à Paris son maillot fétiche, si reconnaissable entre tous.

Après la retraite des deux fers de lance du cyclisme français des années 90’, c’est une longue pénurie à laquelle vont faire face les amateurs de vélo français. Christophe Moreau, à la fois gros rouleur et capable de franchir la haute montagne, va redonner un mince espoir à toute une génération en se révélant en 2000 mais va rapidement montrer ses limites, ne montant même jamais sur le podium du Tour. D’autres ont essayé et fait preuve de panache, on pense bien sur à Thomas Voeckler, en jaune durant plusieurs jours, en 2004 d’abord, puis en 2011 et qu’on a même cru un moment capable de conserver sa tunique blonde cette année-là. Mais c’était sans compter sur une accélération d’Andy Schlek dans la montée vers l’Alpe d’Huez qui a propulsé le coureur français hors du podium.

Mais en 2014, alors que l’on attendait un Français sur le podium final depuis 17 ans, contre toute attente ce sont deux tricolores qui sont montés sur l’estrade des Champs-Elysées, avec la deuxième place de Jean-Christophe Péraud du haut de ses 38 ans, et la troisième de Thibaut Pinot, jeune espoir de 24 ans. Si Péraud aura bien du mal à faire mieux dans les années à venir du fait de son âge avancé et qu’il dispute probablement sa dernière saison chez les professionnels, on peut en revanche se mettre à rêver d’un succès au classement général pour Thibaut Pinot. Le franc-comtois est encore très jeune par rapport aux meilleurs cyclistes actuels (33 ans pour Contador, 30 ans pour Froome et Nibali), et a fait d’énormes progrès dans l’exercice solitaire. S’il a dû se résoudre à l’abandon il y a quelques jours, on est en droit néanmoins d’attendre de belles choses de sa part dans les années à venir. Faudra-t-il attendre longtemps ?

Le cyclisme a subi de nombreuses métamorphoses ces vingt dernières années, il s’est notamment internationalisé avec l’apparition de nombreux coureurs Américains, Australiens et d’Europe de l’Est au sein du peloton, venant troubler l’hégémonie française, belge et italienne jusqu’alors sur le Tour de France. Nul ne peut donc prédire quand un coureur Français sera capable de s’imposer à nouveau sur ses terres mais dans le contexte actuel où les affaires de dopage se sont multipliées, les oreillettes ont rendu les courses bien plus fades et les directeurs sportifs – sous la pression des sponsors – préfèrent défendre une place que prendre le risque d’en gagner une, le principal espoir que les amateurs de vélo caressent désormais n’est peut-être plus nécessairement de voir triompher un Français sur les Champs-Elysées mais plutôt que le Cyclisme retrouve ses lettres de noblesse…

  1. avatar
    18 juillet 2016 a 23 h 08 min
    Par mwn44

    Sympathique papier qui retrace les 30 dernières années du cyclisme français sur la Grande Boucle. J’y retrouve toutes ma jeunesse (la période 1991-1998) pour ma part. Étant un grand fan de Pantani, j’ai toujours eu du mal avec le chouchou Virenque jusqu’à l’affaire Festina, et bizarrement, cela me la rendu plus sympathique, sachant pertinemment que les 3/4 du peloton était chargé, il avait l’air de payer pour les autres, du surtout à sa communication catastrophique.

    Pour le problème du vainqueur Français, beaucoup diront qu’au tournant des années 2000, le cyclisme français, meurtrie par l’affaire Festina, s’est voulu le représentant du cyclisme plus blanc que blanc, et donc dans l’incapacité de lutter contre la machine Armstrong et ses pairs. Et je pense honnêtement que les Français étaient devenus quasi tous propres (un doute sur Moreau lorsqu’il courait avec Beloki chez Festina). D’ailleurs, quand on voit Virenque gagné au Ventoux en 2002 et finir dans le grupetto le lendemain, ça devenait rassurant, et ça montrait que Virenque n’était pas qu’un vulgaire dopé sans talent.

    Depuis 2010, c’est dur de se faire une idée, sur la propreté du cyclisme français. Vockler et Rolland en 2011 font un tour au niveau des Schlek, Evans et Contador (certes vainqueur d’un des plus dur Giro de l’histoire deux mois avant) mais les temps d’ascension sont loin des records de Pantani ou Armstrong.

    Je digresse un peu sur le dopage, mais je pense que ça a eu une importance sur le palmarès français depuis 1991. Jalabert était (comme Moreau après lui) en dessous d’Indurain, Zülle et Ullrich en CLM comme en Montagne, et Virenque était trop limité dans l’effort solitaire.

    Pour ce qui est des chances actuelles, Pinot est le plus complet (depuis le retrait de Péreau) pour espérer un jour toucher le graal. Il a fait d’énormes progrès en CLMi, mais pèche d’un manque de sens tactique, faute peut-être d’une grosse équipe autour de lui, et semble avoir un mental bi-polaire. Pour Bardet, il ne pourra espérer mieux que Virenque. Même type de coureur offensif, mais trop limité en CLMi. La jurisprudence Pantani de 1998 n’a pas eu encore d’écho chez les purs grimpeurs si l’on en exclu Contador, excellent rouleur déjà en 2007 (et Schlek vainqueur sur tapis vert). Le seul espoir de Bardet, un tour sans Contador et Froome et un duel face à un Quintana attentiste. Mais même sans Froome, un de ses coéquipiers pourrait très bien se révéler (comme Froome d’ailleurs avec Wiggins).

    Pour le reste, Pierre Rolland a laissé passer sa chance selon moi, j’attends donc de voir si Barguil ou Alaphilippe peuvent grandir vers les sommets.

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      19 juillet 2016 a 15 h 59 min
      Par Cullen

      Salut et merci pour ta mansuétude, c’est mon premier papier consacré au vélo, et j’avoue m’y intéresser chaque année au mois de juillet sans pour autant être un vrai spécialiste.

      Au final on a suivi le Tour à peu près dans la même période. Perso ma plus grosse déception aura été la défaillance de Jalabert dans la Madeleine en 96. Il avait tellement surclassé ses adversaires quelques mois plus tôt sur la Vuelta, y compris en montagne (même si l’altitude y est souvent moindre que sur le Tour), que j’attendais le duel avec Indurain avec impatience. Mais bon, à ce moment-là j’avais pas senti venir l’EPO et Mr 60% d’hématocrite alias Bjarne Riis… Je pense aussi que le Tour demandait déjà une préparation particulière à cette époque, ce que Jalabert n’a jamais voulu faire, trop passionné qu’il était par le reste de la saison.

      Sinon, mis à part J-F Bernard et Fignon, aucun n’avait vraiment le profil pour gagner le Tour. Certains étaient trop limités en montagne, d’autres en CLM et au final, on était bien content quand nos coureurs parvenaient à gagner 2 ou 3 étapes. Pour l’avenir, je ne sais pas trop quoi penser, j’ai envie de rester optimiste mais quand je vois la manière avec laquelle les Sky écrasent la concurrence cette année, ça me rappelle une période très sombre du cyclisme qui n’est pourtant pas bien loin derrière nous…

  2. avatar
    19 juillet 2016 a 15 h 06 min

    Bon papier, il faut distinguer des vrais coureurs capables de gagner le Tour (Fignon, Bernard, à la limite Virenque voire Moreau, espérons Bardet ou Pinot) de ceux qui ont fait un top 5 lors d’une superbe année (Jalabert en 1995, Voeckler en 2011, Péraud en 2014).

    Un mot sur le terme hégémonie française, belge et italienne.
    Vrai pour les 2 premiers (36 et 18 victoires en 1985) mais pour le troisième pays, certes doté de champions de grande envergure (Bottecchia, Bartali, Coppi, et Gimondi à un degré moindre) mais seulement 8 victoires, soit loin du tandem franco-belge.
    Mais paradoxalement, avec Pantani et Nibali, la Botte a su conserver l’héritage du maillot jaune, là où Français et Belges n’ont jamais trouvé de successeur à Hinault et Merckx (même si le dernier Belge maillot jaune fut Lucien Van Impe en 1976).

    @Mwn, indépendamment du dopage, Laurent Jalabert était comme Sean Kelly, trop limité en très haute montagne, un vrai talon d’Achille comme l’est actuellement le CLM pour Valverde, digne héritier de ces deux géants de la route.
    Gagner la Vuelta et le Tour est qqch de bien différent !

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      19 juillet 2016 a 17 h 11 min
      Par Cullen

      Salut Axel,

      Difficile selon moi de mettre sur un plan d’égalité un coureur complet comme Jalabert, qui avait presque tout pour s’imposer, et un autre comme Voekler, bien plus limité dans tous les compartiments, et qui doit surtout ses performances à son audace et aux circonstances de course.

      Concernant l’hégémonie italienne, c’est vrai qu’elle est moins prononcée que celle des Français et des Belges mais il faut garder à l’esprit que le Giro est disputé peu de temps avant et qu’il reste aujourd’hui encore une priorité sur le Tour pour de nombreux coureurs transalpins. Et ça n’est pas à toi que je vais apprendre qu’il est extrêmement difficile d’être compétitif sur les deux courses la même année. Et puis en dehors du classement général où ils sont peut-être un peu moins présents, les victoires d’étapes italiennes, elles, restent très nombreuses.

      Merci pour ta contribution en tout cas.

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    20 juillet 2016 a 12 h 28 min

    Bonjour à vous, les survivants de la canicule !

    Merci pour cette revue CriCri,

    Je trouve le tour de France franchement inregardable : Thierry Adam + Nairo Quintana + pas de lutte pour le maillot jaune + des français pas bons + des commissaires pas malins.

    Seules les luttes pour le gain de l’étape sont sympas. Et dire que c’est Froome qui a fait le show. je vais presque l’aimer, tiens…

    Pour les français :

    - on n’a pas le niveau : pas de victoire en classiques avant Démare depuis Jaja. Pas de victoire en grands tours depuis Jaja, pas de victoires dans le Dauphiné libéré, le Tour de Suisse depuis Agnolutto (un coup de pot immense), pas de semi classique depuis Virenque sur Paris-Tours, pas de Tour de catalogne, de championnat du monde… Bref, on est très loin d’avoir le niveau.

    - Pas de grosse équipe française : hormis lors des interrègnes, il y a toujours eu une grosse équipe derrière les vainqueurs du tour : Banesto, Us Postal, Telekom, Sky, les seuls français à avoir eu cette puissance de feu sont Virenque avec Festina et Jaja avec la Once. Pineau/Bardet ne gagneront jamais le Tour avec une équipe française. Et il faut voir comment ces équipes courent le tour : aller dans des échappées pour montrer le maillot, mais courir à l’envers, se battre pour le maillot à pois, vendre sa mère pour une place dans le top 10 (qui garanti la présence en World Tour, vu le nombre de points…)

    - la place du vélo dans la société, on n’est plus un pays de vélo (pas assez glamour, trop d’effort, en contradiction avec notre vision du sport au niveau des jeunes, axée sur le plaisir et la réalisation de soi, plus que sur la perf, la gagne). ce n’est pas un mal en soi, mais je vois mal la France sortir une grande génération prochainement, alors qu’on a cette chance exceptionnelle d’avoir une société super-diverse en termes de morphotypes, vu notre mixité.

    Bref : notre force c’est notre patrimoine culturel et géographique (exploité jusqu’à la corde par le déprimant Eric Fottorino sur France 2), cela va sauver le tour encore quelques années, mais on est plus que des organisateurs : on n’est pas invités à la table des vainqueurs.

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      21 juillet 2016 a 10 h 55 min
      Par Cullen

      Salut Zancky,

      Le traitement médiatique du Tour par France TV est une catastrophe, et pas simplement cette année, mais depuis vingt ans au moins. Au-delà des animateurs et commentateurs qui se sont succédés (Holtz, Adam, Godard, etc… totalement inaudibles) c’est l’absence d’analyses percutantes sur le plan sportif et l’habillage bien trop sommaire de la réalisation qui sont en cause. Pour le premier point je ne sais pas ce que ça vaut sur Bein sport aujourd’hui mais à l’époque d’Eurosport c’était vraiment autre chose sous la conduite de Patrick Chassé. Après, l’habillage était le même (celui proposé par France TV déjà…) donc ils ne pouvaient pas y faire grand-chose mais je me rappelle avoir suivi la Vuelta à la fin des années 90’ et c’était vraiment le jour et la nuit, que ce soit durant les CLM qui étaient passionnants à suivre avec une grande lisibilité au niveau des classements intermédiaires de l’étape, du général, entre chaque concurrent, etc… que pour les étapes de montagne, avec le profil de chaque ascension hyper détaillé, des caméras sur les différents groupes affichés en même temps à l’écran, permettant de suivre chaque attaque ou défaillance en temps réel, etc… Mais si France TV n’a jamais développé ce genre d’outils statistiques très utiles aux téléspectateurs, c’est qu’au-delà de l’incompétence de l’équipe des sports (parce que c’est aussi nul dans les autres évènements retransmis par la chaine), c’est qu’ils s’adressent avant tout au grand public, et que celui-ci est bien plus intéressé par les paysages (magnifiques c’est vrai) qu’à l’aspect purement sportif de la course.

      Pour le reste, je pense qu’il y a pas mal de choses à repenser pour rendre la course à nouveau passionnante. On parle beaucoup des oreillettes bien sur, mais je crois également qu’il y a trop de classements annexes (maillot vert, maillot à pois, maillot blanc, classement par équipes, combativité, etc…) qui font que chaque équipe trouve au final un intérêt à la neutraliser. On dit souvent que quel que soit le tracé, ce sont les coureurs qui rendent ou non la course palpitante, mais en réalité, c’est davantage les directeurs sportifs, qui eux-mêmes sont de plus en plus dépendants de leurs partenaires économiques.

  4. avatar
    20 juillet 2016 a 17 h 46 min
    Par Guga57

    Je ne vois helas aucun coureur francais capable de ramener le maillot jaune a Paris sur les 5 prochaines annees. Pinot n’a malheureusement pas l’envergure (sa 3e place de 2014 etant d’ailleurs, a mon sens, a relativiser car Quintana, Froome et Contador n’etaient pas la cette annee-la). Bardet est un tres bon grimpeur mais ses limites en chrono ne lui permettront pas non plus de viser la victoire dans le Tour. Bref, (comme en tennis) attendons… ;)

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      21 juillet 2016 a 11 h 00 min
      Par Cullen

      Salut Guga,

      Je partage malheureusement ton pessimisme. Je ne sais pas combien de temps il faudra encore attendre, mais j’espère au moins que le successeur d’Hinault est bien né :-)

  5. avatar
    20 juillet 2016 a 18 h 19 min

    Parmi ces 30 années d’attente, il faut ajouter qu’il y a eu la grande période EPO qui a permis à des marmules de 80 kg de mettre à l’amende une génération de petits grimpeurs ((l’EPO étant beaucoup plus efficace sur un gros gabarit)
    Malheureusement à cette époque nos meilleurs chances (Virenque, Brochard, Leblanc ,etc.) étaient beaucoup plus taillées pour la montagne
    Jusqu’à la fin du règne d’Armstrong, la meilleure opportunité aurait finalement été 98 sans l’affaire Festina où Ullrich a clairement bâclé sa préparation.

    Entre 2006 et 2011, il y avait clairement la place mais malheureusement aucun coureur français de talent…

    J’ai bien peur depuis l’arrivée de Sky d’assister à une interminable hégémonie « anglaise » où seul un fait de course comme en 2014 avec Nibali pourra donner un autre vainqueur.

    Le problème principal c’est que nos français sont vraiment très très moyens en CLM. A partir de là, il devient vraiment compliqué de jouer la gagne en espérant une victoire à la Pantani d’autant qu’aucun des coureurs du cru 2016 semble avoir ne serait-ce qu’une once du panache du “pirate”

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      22 juillet 2016 a 9 h 20 min
      Par Cullen

      Salut Darkrio,

      C’est vrai que ça fait un moment qu’on a aucun spécialiste du CLM et que cet exercice est même souvent un handicap pour nos représentants. Est-ce-que c’est moins travaillé par les équipes françaises du fait que la part des chronos est de plus en plus faible sur le Tour ? Si un spécialiste peut nous éclairer… En tout cas, avec les étapes en ligne qui sont de plus en plus verrouillées, il est devenu presque plus facile de faire des différences dans cet exercice (même sur des distances courtes) et comme tu le dis, à moins de s’appeler Pantani, c’est totalement inconcevable d’espérer gagner le Tour sans maitriser le contre-la-montre individuel.

  6. avatar
    22 juillet 2016 a 9 h 42 min
    Par M. birdy

    le niveau des français dans les contre la montre n’est pas vraiment le handicap essentiel. Voyez le faible kilométrage de la discipline encore sur ce tour. les organisateurs font tout pour rendre une victoire finale accessible à un grimpeur ( français?) mais c’est bien, de manière générale, une puissante équipe qui permet de gagner le Tour.

    • avatar
      22 juillet 2016 a 15 h 51 min

      Moyennement d’accord avec ce commentaire.
      Bardet, notre meilleur français, prend 3’33 de retard sur Froome sur les deux CLM. A partir de là, il faut un exploit pour reprendre à Froome autant de temps en montagne. A part tente une stratégie audacieuse (et donc pas vraiment dans l’air du temps), Bradet joue dès le départ au mieux pour une place sur le podium

      La puissante équipe permet seulement de contrôler la course lorsque l’on est le plus fort. La dream team Sky permet juste à Froome de ne pas être attaqué dans le dernier col avant les 5 derniers km, c’est tout.
      N’importe quelle équipe pourrait faire exploser les Sky dans un col loin de l’arrivé… Quand on voit Movistar avec un duo Valverde/Quintana incapable de mettre Froome face à ses responsabilités de leader… Les frères Schleck en leur temps ont montré aussi qu’ils étaient complètement incapables de dynamiter une course.

      Comme dit précédemment, l’orgueil du champion a laissé place à la satisfaction de trôner sur un podium, bien que personne ne se souviendra des fameux deuxièmes tels que Perraud, Klöden, Menchov, Beloki, Quintana…

      C’est triste de voir qu’au final, seul Froome a eu un peu de panache sur ce tour…

  7. avatar
    26 juillet 2016 a 21 h 49 min
    Par Bangs

    J’arrive sur ce très bon article un peu tard, du coup le jugement se fera post-Tour mais je pensais déjà pas mal de chose (sauf Bardet bien sûr).

    Globalement je vous trouve pas mal pessimiste. On a bouffé notre pain noire de manière sévère depuis 1997. Des victoires d’étapes uniquement sur des échappées, des top 10 chanceux et “one shot”, rien en classique, pas grand chose sur les courses d’une semaine.

    Il ya un beau renouveau du cyclisme français qui obtient ses premiers gros résultat (podium sur le Tour, Monument gagné ou presque). La génération des : Pinot, Bardet, Alaphilippe, Barguil, Bouhanni, Demarre, Coquard, Vuillermoz, Rolland et Gallopin ont tous moins de 30 ans dont certains moins de 25. Désormais les français pèsent à nouveau sur les grandes courses et c’est récent. La gagne se rapproche sur les monuments, course d’une semaine, Giro ou Vuelta.

    Pour le Tour ce sera dur c’est la course la plus dur du monde avec les meilleurs de toutes les spécialités. A l’heure actuel seul Bardet et Pinot ont le potentiel pour en être, ils sont proche des meilleurs, affiche de beau progrès et ont seulement 26 ans. Mais ils devront progressé dans leur défauts : préparation, résistance à la chaleur, approche mental pour Pinot et CLM, régularité pour Bardet. Ce sont deux bons cyclistes mais ils auront peu d’opportunité pour le gagner, ils devront la saisir.

    Concernant les 31 ans d’attente, on peut noter aussi l’internationalisation du cyclisme qui commence dès 1986 avec la victoire du premier anglo-saxon et premier non-européen.

    Très bon article en tout cas, du plaisir à le lire.

    • avatar
      17 août 2016 a 14 h 12 min
      Par Cullen

      Merci, ça fait plaisir, surtout venant d’un ancien “voxien” :-)

  8. avatar
    30 juillet 2016 a 9 h 47 min
    Par M. birdy

    les deux derniers français, Fignon et Hinault vainqueurs du Tour sont deux cadors de leur époque, deux patrons de peloton, deux coureurs au dessus des autres dans le mental, dans l’orgueil dans la rage de gagner. Mottet et Jalabert étaient très fort aussi mais à un voire deux niveaux en dessous. je ne crois pas que les Pinot Bardet Barguill Gallopin Alaphilippe soient au dessus du niveau de Mottet et Jalabert. Ils s’apparentent plutôt à un Jean françois Bernard par exemple. Il faudra quelqu’un du niveau d’un Fignon, voire d’un Hinault, pour gagner le Tour ?

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