Décryptage : comment Federer a (enfin) exorcisé le complexe Nadal ?
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Décryptage : comment Federer a (enfin) exorcisé le complexe Nadal ?

Cet article ne reviendra pas sur le déroulement de ces incroyable Open d'Australie 2017 ni sur l'historique 18ème succès majeur de Roger Federer. Il s'agit là de décrypter comment Federer a gagné une finale face à son éternel rival alors que l'essentiel des pronostics (même le mien !) le donnaient battu.

Ce qu’il y a de singulier dans cette finale, ce sont les 2 éléments clés avec lesquels Federer a pris le dessus sur Nadal : le revers et le mental. Deux éléments qui ont trop souvent failli par le passé face à son rival de toujours. Commençons par le revers.

Ce divin revers

Il n’est pas même utile de visionner les highlights de leurs confrontations pour comprendre que quand Nadal affronte Federer, la stratégie est simple. Il s’agit de pilonner le revers à une main du Balois, élégant mais si fragile, avec son coup fort : ce coup droit de gaucher ultra lifté. Cela a payé à peu près partout, et le dernier souvenir qui me vient en date est la 1/2 finale 2014 à Melbourne (pas si loin) où Nadal usa le Suisse jusqu’à le faire craquer, un match navrant pour les fans du Suisse, l’impression d’avoir ce scénario des dizaines de fois… Sauf que cette fois-ci, plusieurs paramètres ont changé et le mérite en revient essentiellement à Roger :

La fin du revers chopé

Le chip de revers qui s’écrase dans le carré en retour de service est une spécialité made in Federer. Là où bien des joueurs le jouent par défaut car pris par le temps, le Suisse en a fait une arme tant son toucher de balle fait de ce coup un véritable poison, demandez à Roddick combien de fois il s’est retrouvé obligé de montrer à la volée dans des conditions périlleuses pour se faire transpercer derrière… Rien ne vous a frappé pendant cette finale face à Nadal ? Roger a recouvert pratiquement tous ses retours de revers en bloquant au lieu de slicer. Il a fini par comprendre que le slice n’est pas une super option face à Nadal pour 2 raisons : coté revers, le majorquin slice aussi remarquablement bien (même si ce coup est sous estimé), coté coup droit, sa prise et sa manière de gratter la balle (le fameux banana shot) lui ont souvent permis de contrer le Suisse avec violence dans cette filière même quand le slice du Balois était bien touché. Dans cette finale, ce retour bloqué de Federer lui a offert le double break dans le 3ème set ainsi que le break décisif à 4/3 au 5ème set. Choix payant.

Dimitrov avait montré la voie

Jouer contre Rafael Nadal avec un revers à une main est une équation complexe. Son lift ravageur rend la balle très difficile à contrôler, quand ceux qui possèdent un très bon revers à 2 main n’ont pas de mal à contrer l’espagnol (Djokovic, Murray, Nishikori). Seul Stan Wawrinka avec sa puissance et sa capacité à envoyer des sacs même à hauteur d’épaule n’a pas peur du bras de fer dans la diagonale. D’ailleurs depuis l’OA 2014, qui l’a vu se transformer de Stanislas en Stan the Man, le Vaudois a dominé Rafa à plusieurs reprises en utilisant sa merveille de revers. Dimitrov en 1/2 finale avait tout de la victime expiatoire, dont le destin allait être de frapper 70% des coups en revers et par dessus l’épaule. Il n’en fut rien et le bulgare, qui a offert bien mieux qu’une résistance en béton a rendu 2 fiers service à son clone légendaire : 1/ Fatiguer Nadal au terme d’un combat de 5 heures. 2/ Montrer à Roger comment jouer face à ce Nadal là sur cette surface là.

Nadal s’est adapté à la surface très rapide, il lifte moins, sa balle tourne moins mais est plus vive. Cela n’a pas échappé à Federer, qui préfère largement jouer au ping pong en cadence et même en demi volée (il en réussit 2 savoureuses dans le 3ème et le 5ème set).

Federer a pris la diagonale en main

Les astres n’étaient pas mal alignés pour le Suisse qui a exploité magnifiquement les conditions : surface très rapide face à un Nadal émoussé et qui lifte moins.

Si l’Espagnol a dans l’échange essentiellement joué le revers du Suisse, comme d’habitude, il a été surpris par l’acuité et la violence des revers du Balois, qui, souvent à plat, n’a pas hésité à agresser Rafa sur son coup droit en envoyant des sacs, que ce soit à hauteur d’épaule, de hanche ou même au rebond. Cette diagonale macabre depuis longtemps pour lui est devenue divine. Federer a aussi compris quelque chose, le revers du majorquin est une arme de contre redoutable, il a donc pris soin de jouer davantage croisé, quitte à chercher le coup droit adverse, plutôt que de frapper un revers long de ligne, difficile, risqué, et susceptible de se faire contrer… Cette nouvelle donne tactique entre les deux a sans doute surpris Rafa, et la filière longue n’a pas désavantagé Federer, qui s’est efforcé, comme au retour de n’utiliser le slice que quand il ne pouvait pas faire  autrement. Sur le plexicushion, agresser Nadal plein coup droit, lui qui a une préparation ample lui demandant du temps était la bonne tactique. Encore fallait-il l’exécuter, ce fut fait magistralement.

Le mental, clé du 5ème set

Quand Nadal breake au début du 5ème set, au vu du passif entre les 2 hommes, je ne donnais pas cher de la peau de Federer. A fortiori, quand celui-ci rate des balles de debreak à 0/1 et à 1/2. Encore un bal des occasions manquées ? Le voir donc passer de 1/3 à 6/3 dans le set couperet face à Nadal fut donc un exploit majuscule. Federer a pris son destin en main, est allé chercher ce match, là où par le passé, il en fut incapable comme ici même en 2009 mais aussi ailleurs face à un Rafa plus accrocheur, plus gagneur, plus courageux parfois… Cette prouesse est clairement géniale et me fait dire que je n’exagère pas quand je parle d’exorcisme.

A 2/3 dans le 5ème, Roger a surement du penser sur sa chaise à tous ces matchs perdus : à Rome en 2006 quand il mène 4/1 puis 6/5 15/40 au 5ème, à Roland en 2011 quand il mène 5/2 AD dans un premier set qu’il survole et qu’il perdra 7/5, à Wimbledon 2008 où il a une balle de break à 4/3 au 5ème, à Melbourne 2009 quand il a 5 balles de break dans le 3ème set pour mener 2 manches à 1 etc.

Les 2 faiblesses (relatives) qui ont pu plombé ses H2H face à Nadal furent ses 2 forces pour le terrasser, 10 ans après son dernier duel gagné en grand chelem. C’est aussi cela qui est grand.

  1. avatar
    3 février 2017 a 13 h 44 min
    Par Guga57

    J’avoue que moi non plus je ne le voyais pas gagner. Au début du 5e set j’ai d’ailleurs pense que l’affaire était à nouveau pliée. Mais effectivement, mentalement Rodgeur a su (pour une fois face à Rafa) se transcender et puis, il faut le dire quand même, il a certainement aussi un peu profité des 5 heures que Nadal a passer a cravacher contre Dimitrov… Avec un jour de récup en moins, qui plus est, ça a forcément joué. D’ailleurs, il serait p-e temps que les dirigeants de l’Open d’Australie modifie leur programmation historique pour faire jouer les deux demi-finales hommes le même jour comme c’est le cas dans les trois autres tournois du GC.

    • avatar
      3 février 2017 a 14 h 30 min

      je suis totalement d’accord avec toi, d’ailleurs d’ou vient cette incongruité de jouer les 1/2 le jeudi puis le vendredi ?
      En 2009, cela n’avait pas empêché Rafa d’enchainer 2 fois 5 sets en 2 jours alors que Rodge s’était baladé le jeudi face à Roddick, mais il avait 22 ans…

      • avatar
        3 février 2017 a 17 h 34 min
        Par Guga57

        Salut JS, aucune idee d’ou vient cette etrange programmation… mais a ce niveau-la, ca ne devrait pas exister. 24h de recup en plus ou en moins, ca fait une sacree difference…

  2. avatar
    3 février 2017 a 15 h 41 min

    Oui ces demi-finales décalées en Australie sont un scandale. A ce titre, la victoire 2009 de Nadal n’a pas aide, idem pour Djokovic en 2012 qui avait gagné une finale de 6h en 5 sets contre l’Espagnol après une demi de 5 sets contre Murray.

    Bref, pour revenir à Federer, je pense que c la rapidité de la surface qui l’a aide face à Rafa, mais aussi le fait qu’il était tout simplement heureux d’etre la en finale, il a su profiter de ce qui sera ptet une de ses dernieres grandes finales …

    Chapeau au Suisse !

    • avatar
      3 février 2017 a 17 h 42 min
      Par Guga57

      En gagnant cette finale, Federer a egalement mis fin a sa plus longue periode de disette en finales de majeurs. Un trou d’air de 5 ans malgre 7 grandes finales (dont 6 perdues face au Djoker) sur le meme laps de temps. Petit rappel :

      En 2012, Fed remporte son 7e Wimbledon puis…

      _defaite en finale des Jeux Olympiques 2012 face a Murray
      _defaite en finale du Masters 2012 face a Djokovic
      _defaite en finale de Wimbledon 2014 face a Djokovic
      _defaite en finale du Masters 2014 face a Djokovic
      _defaite en finale de Wimbledon 2015 face a Djokovic
      _defaite en finale de l’US Open 2015 face a Djokovic
      _defaite en finale du Masters 2015 face a Djokovic

      Puis, saison blanche en 2016 (blessure au genou) et hop premier grand-chelem ou Djokovic passe a la trappe, le Suisse a su en profiter direct. A 35 ans il etait temps ! ;)

  3. avatar
    3 février 2017 a 22 h 13 min
    Par CLAUDE

    Je pense que Federer a gagné car mené 1 jeu, perdu pour perdu, il a joué son va-tout et Nadal est resté trop défensif.

  4. avatar
    4 février 2017 a 1 h 55 min
    Par mwn44

    Pour ce qui est de cette absurdité des demies en décalée, C’est la télévision australienne qui choisi qui joue en prime time déjà tout le long du tournoi. Et comme la télévision australienne veut les deux demies finales en prime time, et ben on ne peut pas les faire jouer le même jour.

    Cela étant, autant en 2009 ça m’avait interpellé, car Nadal avait jouer le samedi sa demie contre Verdasco si mes souvenirs sont bons, autant la différence entre 1 et 2 jours de récup’ est moins significative. C’est presque un désavantage au niveau du rythme d’avoir une plus grosse coupure par rapport aux tours d’avant, enfin pour un joueur dans la force de l’age. Pour Roger, il a sans doute apprécié ce bonus.

  5. avatar
    4 février 2017 a 4 h 20 min
    Par nicolas

    je tenais à dire que Nadal a quand même sacrément évolué lui qui n’avais joué aucune finale en GC depuis 2014 et sa défaite face à Wawrinka aussi en Australie.

    Le match contre Zverev a été un bon test pour lui et la suite l’a prouvé, pour Federer c’est tout simplement de la chance car cela aurait pu aller soit à l’un comme à l’autre.

  6. avatar
    6 février 2017 a 11 h 10 min
    Par Cullen

    Je rejoints complètement le point de vue de MWN44 sur l’inconvénient d’avoir trop de récupération. Les joueurs sont habitués à jouer tous les jours (même si la plupart du temps ce sont des matchs en 2 sets gagnants) et pour faire un parallèle, le débat revient régulièrement sur la table en Top 14 au moment de disputer les barrages. Ce match supplémentaire, qui au départ est censé être un handicap pour les clubs classés de la 3e à la 6e place, devient souvent un avantage en demi par rapport aux 2 premiers, directement qualifiés, car si les barragistes ont moins de fraicheur physique, ils bénéficient en contrepartie d’une cadence qu’il est très important de maintenir.

    Alors pour en revenir à l’AO, si Federer avait joué le vendredi et Nadal le samedi on aurait pu s’offusquer mais là, franchement, il n’y avait vraiment rien de choquant et je préfère largement ça que voir les deux demi-finales programmées à la même heure et sur deux courts différents pour rattraper le retard dû aux intempéries comme ce fut le cas cette année à RG…

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