Emre Can, le génie polyvalent
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Emre Can, le génie polyvalent

Véritable révélation de Bundesliga l’an passé, Emre Can fait désormais les beaux jours des Reds de Liverpool. Pourtant formé dans un rôle de milieu défensif, il est aujourd’hui devenu indispensable au poste de défenseur central aux côtés de Sakho et Skrtel. Mais qui est ce joueur aussi talentueux que versatile et que l’Allemagne compare déjà à Michael Ballack ?

Un talent international précoce

Emre Can voit le jour au début de l’année 94 à Francfort. C’est dans cette ville que le jeune garçon fera ses premières classes, au sein du club omnisport de l’Eintracht. Plus tard, il ne faudra que peu de temps pour que les scouts du Bayern observent d’un œil intéressé le talent du gamin. C’est ainsi qu’à l’âge de 15 ans, il rejoint le département jeunesse du FCB. Dans le même temps, son profil de milieu défensif intéresse les différentes sections de la sélection allemande. Il passera donc successivement dans les catégories U15 jusqu’à U21 de la Mannschaft. Mais c’est à l’âge de 17 ans qu’Emre Can se fera remarquer par son dynamisme et son intelligence balle au pied.

Sous la tutelle du coach Steffen Freund, le skipper connaîtra sa première véritable expérience à haut niveau en participant à la Coupe du Monde U17 au Mexique. L’ancien international vainqueur de l’Euro 96 fera même de lui son capitaine, voyant en lui un biceps taillé pour recevoir un brassard. Freund dira même de lui qu’ « il est le joueur le plus complet qu’il [lui] ait été donné de voir dans cette tranche d’âge. Et [il] en a déjà vu passer un certain nombre ». De son côté, Can se définit comme « étant à la fois un technicien et un meneur d’homme ». C’est donc sans pression et avec une grande assurance qu’il mènera cette équipe vers les sommets. Le parcours de la National Mannschaft impressionne mais s’arrête finalement face au pays hôte en demi, avant de terminer sur une bonne note en dominant le Brésil pour la petite finale.

Mais Can aura marqué cette compétition de son empreinte, délivrant une passe et marquant un but face à ce même Mexique, désigné 2ème plus beau pion de la compétition par la FIFA. Recevant un ballon d’une autre future star germano-turc Levent Aycicek au niveau du rond central, Emre enchaîne avec un double contact qui laisse sur place son vis-à-vis, avant de prendre le dessus sur son deuxième adversaire grâce à sa vitesse et sa percussion balle au pied. Il finira par glisser subtilement le ballon au fond des filets d’un habile pointu du droit. Cette performance collective sera vécue comme un succès total et le capitaine se verra récompensé en recevant la médaille d’or Fritz Walter, désignant le meilleur jeune footballeur allemand.

Ses premiers pas en pro

Cette consécration personnelle le verra intégrer dans la foulée le club de la réserve du Bayern Munich. Là-bas, il y suivra un parcours classique vers le haut niveau, bénéficiant en plus d’une grande qualité des infrastructures. Jupp Heynckes, alors entraîneur de l’équipe première depuis 2011, commentera l’évolution de sa pépite : « Il est très doué, mais il a encore beaucoup à apprendre. Entre ce qu’il a pour habitude de faire et ce que nous faisons ici, il y a un monde d’écart ». Puis de rajouter que « son potentiel n’est pas à débattre ». En somme, Jupp voit en lui un brillant avenir lui caresser les crampons.

Après s’être fait les dents en réserve, il intègre l’année suivante le groupe pro aux côtés des Robben, Schweinsteiger et Lahm. De son côté, Holger Badstuber lui souhaitera la bienvenue à sa manière en lui glissant un tacle très limite à l’entraînement. Il faudra finalement séparer les deux hommes. Emre Can fête son premier match professionnel face au Borussia en Supercoupe le 12 août 2012. Pour ce match, il occupera le poste de latéral gauche. Il faudra ensuite attendre un Bayern champion d’Allemagne avant de le voir évoluer en championnat, face à Nuremberg, entre les deux clubs les plus titrés de Buli. Son premier but pro interviendra quelques jours plus tard. A la fin de la saison, il totalise seulement 4 apparitions sous le maillot bavarois. Trop peu utilisé et barré par des talents comme Kroos, Martinez, voire Alaba, Emre Can voit son avenir du côté de la Bavière se dessiner en pointillé. Délicat en effet de faire son trou au sein d’un effectif champion d’Europe en titre aussi pléthorique.

Pourtant, après la nomination de Pep Guardiola pour remplacer Heynckes, tous les voyants étaient au vert pour le voir enfiler la cape du petit protégé type « issu de la Masia » et qui éclot sous les mains protectrices de l’espagnol. Il faut dire que Pep est doué avec les jeunes phénomènes. Même Rummenigge voit en lui « l’un des plus grands talents du football allemand » ! Oui mais voilà, quand une offre à hauteur de 5M€ arrive sur le bureau de Uli Hoeness, il est difficile pour lui de la refuser. Une telle somme d’argent pour un joueur qui totalise 4 apparitions en pro, il faut reconnaître que le calcul est intéressant. D’autant qu’avec les arrivées de Thiago et Hojbjerg, la concurrence devenait insurmontableMunich lâche donc son joyau au Bayer de Sami Hyypiä en y intégrant toutefois une clause de rachat éventuel. Emre Can conclura son aventure bavaroise en déclarant « avoir appris à être indépendant et prendre des responsabilités ».

Leverkusen comme tremplin européen

Emre Can s’engage chez les Werkself pour 4 ans dans le but d’engranger du temps de jeu de manière régulière et ainsi continuer sa progression en tant que joueur de football. A y regarder de plus près, l’intérêt de Leverkusen pour Can ne laissait que peu de place aux doutes. Il faut dire que le Poulidor footballistique est un habitué des gurbetçi, ces hommes d’origine turque et exilés dans un autre pays. Il complète ainsi la liste des Omer Toprak, Levin Oztunali, Okan Aydin ou encore Samed Yesil, tous passés par le Bayer. Par sa signature, le succès commercial est inévitable. Encore plus quand Emre Can apprend qu’il portera le numéro 10. Un floquage de meneur de jeu pour un milieu défensif de métier et capable de dépanner outrageusement bien au poste de latéral. En fait ce maillot lui va à ravir, il démontre toute l’étendue qualitative de ce joueur ultra polyvalent, capable aussi bien de se projeter vers l’avant que de réaliser des interventions défensives de haute volée.

Ayant terminé troisième l’an passé et ainsi éligible pour la Ligue des Champions, le club de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie lui offrira ses premiers instants européens. Le 17 septembre 2013, Can débute titulaire à Old Trafford, dans sa position « classique ». Une défaite 4-2 dans le théâtre des rêves accompagne ses premiers pas dans la cour des grands. Face à la Sociedad quelques semaines plus tard, il remplace Sebastian Boenisch au poste de latéral gauche. Avec 10 points au compteur, le Bayer termine 2ème de sa poule et accède aux playoffs, affrontant le PSG en 1/8ème de finale. Can ne participera pas au match aller. Au retour, il se verra expulsé par l’arbitre croate Ivan (nardine) Bebek à la suite d’une simulation douteuse. Aussi dynamique et talentueux soit-il, le petit a encore beaucoup à apprendre. Enfin après tout, c’est ce qu’il est parti chercher au Bayer.

En championnat, de par sa versatilité, Can permet à son staff d’établir différents plans de jeu en fonction de la fatigue des uns et des autres. Que ce soit pour prendre la place de Simon Rolfes ou Lars Bender au milieu, de jouer dans une position de central, comme il a pu le faire face à Dortmund après l’expulsion du boucher Spahić di Meco, de latéral gauche ou même d’ailier droit en remplacement de Sidney Sam, le skipper a toujours fait bonne impression. Emre Can offre une richesse de choix tactiques non négligeable à son entraîneur finlandais qui lui permet de changer ses plans en cours de match en fonction du déroulement de celui-ci. Le tank comptabilisera un total de 29 capes en Bundesliga, faisant de lui un véritable artisan de la bonne saison du Bayer04, accrochant la 4ème place synonyme d’Europe la saison prochaine et ce, en dépit d’une petite crise de mi-saison. Auteur de 4 buts, 4 passes décisives et remportant plus de 60% de ses duels aériens, ses bonnes prestations éveilleront l’intérêt des plus grands clubs européens au cours du marché estival.

La confirmation en Angleterre

Avant même le début du mercato, un accord de principe est trouvé entre le joueur et le vice-champion d’Angleterre. Emre Can rejoint ainsi les rangs liverpuldiens le 1er juillet 2014 pour une somme avoisinant les 10M£. Rappelant qu’une clause de retour en Bavière existait, Can a donc décidé de faire sans : « Il y a eu des discussions avec le Bayern cet été, mais j’ai décidé d’accepter l’opportunité que m’a proposé Liverpool. Je n’aurais pas eu plus de temps de jeu au Bayern et en tant que jeune joueur, je dois m’aguerrir ». Nul doute que son ancien coach de Leverkusen et ancienne star de Liverpool, envers qui il se sent très reconnaissant, a dû lui glisser un conseil. Il ajoute ainsi son nom aux nombreuses autres recrues estivales du club. Pourtant, le nouveau n°23 est l’une des plus excitantes et des plus prometteuses signatures avec Adam Lallana et Alberto Moreno.

Emre Can fait ses premiers pas sous le maillot Red face à City, au cours de la 2ème journée de championnat. La semaine suivante, il participe à la superbe performance de Liverpool face aux Spurs, Rodgers l’installant tout d’abord dans sa position naturelle de milieu aux côtés de Gerrard et Henderson. Par la suite, une blessure à la cheville survenue au cours d’un match U21 avec sa sélection l’éloignera des terrains pendant 7 semaines, alors que Can jouait dans un rôle de défenseur central. Mais le colosse n’a jamais baissé les bras et a toujours fait preuve d’une grande confiance en lui. A la chaîne de télévision du club, Emre assure que « quand [il] sera apte à 100%, [s]es performances s’en ressentiront. [Il] en est convaincu ». Et en effet, depuis son retour, le géant d’1.84m fait preuve d’une grande maturité pour son âge, capable de conserver la balle dans n’importe quelle zone du terrain.

En dépit d’une période d’adaptation légitime pour un joueur aussi jeune qui découvre un nouveau championnat, depuis que Rodgers a décidé de jouer en 3-4-3, Can se montre indiscutable dans une position plus reculée de défenseur central. Une nouvelle preuve de la polyvalence impressionnante de ce joueur hors norme, qui a joué à quasiment tous les postes possibles depuis le début de sa carrière. Sans oublier qu’il peut très bien reprendre le rôle du joueur box-to-box une fois que Kolo Touré rentrera de la CAN. Face à Sunderland, son ratio de passes réussies s’élève à 92.2%. Une performance remarquable combinée à une complémentarité évidente avec ses coéquipiers Skrtel et Sakho. De plus, avec son repositionnement défensif, ses qualités de milieu de terrain aident considérablement l’équipe à construire de l’arrière. Par ses performances régulières, Emre Can engrange du temps de jeu et totalise à ce jour 19 apparitions sous le maillot frappé du liverbird. Sous la houlette de Rodgers, il ne fait plus aucun doute qu’Emre Can a absolument tout pour devenir le joueur de classe mondiale que tout le monde lui prédit.

 

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