Eric Boullier, espoir de la F1
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Eric Boullier, espoir de la F1

Jadis maladroit en public et face aux médias, Eric Boullier devient au fur et à mesure des saisons un acteur incontournable du F1 Circus. Emancipé de Genii Capital, le Français est devenu en l'espace de quelques saisons l'un des team-managers les plus convoités du paddock.

Une arrivée difficile

Le prise de fonctions d’Eric Boullier en F1 n’a pas été chose aisée. Inconnu du grand public, le Lavallois a été placé à la tête du Renault F1 Team à l’automne 2009, alors en pleine dérive sportive et éthique. En effet, suite aux révélations de Nelson Piquet Jr après le GP de Hongrie au sujet du CrashGate, Pat Symonds et Flavio Briatore sont devenus des parias, pris dans la tourmente des enquêtes de la FIA. Symonds et Briatore sont reconnus coupable d’avoir intimer l’ordre à Piquet Jr de se sortir volontairement au 13ème tour du GP de Singapour 2008. Cet accident avait pour but de favoriser la remontée de Fernando Alonso, mal qualifié en quinzième position suite à un souci technique le samedi. Entendus, Bernard Rey, patron de Renault F1, et Alonso, ont été blanchis, l’enquête démontrant qu’il n’étaient au courant de rien. L’Espagnol douta même très longtemps de cette sinistre stratégie, car les faits ont démontré qu’il avait lui-même décidé d’anticiper son premier arrêt au stand car ralenti par le trafic. De plus, Robert Kubica opta pour la même stratégie, mais se fit piéger car entrant dans une voie des stands fermée depuis quelques secondes suite au déploiement de la Safety Car.

Piquet Jr était donc renvoyé après le GP de Hongrie pour ses performances indigentes. Ceci ouvrait la voie à Romain Grosjean. Puis entre le mois d’août et le mois de septembre 2009, Bob Bell, le directeur technique du team, assura l’interim avant la nomination d’Eric Boullier par l’actionnaire principal qu’est devenu Genii Capital. Côté coulisses, suite au scandale, les sponsors s’envolent et les R29, monoplaces ratées, se traînent en fond de grille. Furieux du scandale qui contribue à nuire à son image après une saison 2007 difficile, Fernando Alonso quitte sans regret Enstone pour Maranello en remplacement de Kimi Raikkonen. Grosjean, de son côté, s’est illustré par sa rapidité mais aussi par sa fougue mal maîtrisée, provoquant un carambolage lors du 1er tour du GP de Belgique. A son arrivée, Boullier ne pouvait que constater l’entendue du chantier qui se dressait devant lui : deux pilotes en partance, des sponsors évaporés, un niveau de performance désastreux et une image écornée.

 

La reconstruction du Renault F1 Team

Eric Boullier est donc dans une position inconfortable durant l’inter-saison 2009-2010. Cet ingénieur de formation, ayant fait ses gammes chez DAMS, dut faire face à un défi de taille : ramené son écurie à un niveau acceptable en 2010. L’un des deux pilotes choisi est un rookie russe, qui n’avait pas que le talent comme argument. L’engagement d’un pilote payant n’est pas souvent de bon augure… Mais la première éclaircie vint de Robert Kubica, qui se trouvait sans volant suite au retrait de BMW. L’espoir polonais consulta l’avis de son ami Alonso qui lui glissa tout le bien qu’il ressentait des techniciens et ingénieurs officiant pour le Losange. Boullier tenait là sa première satisfaction : en 2010, les R30 compteront sur un top-driver et c’est déjà une bonne nouvelle. En fin d’année, les hommes de Boullier peuvent avoir le sourire. Renault a signé trois podiums grâce à Kubica qui pointe au 8ème rang mondial, devant Michael Schumacher. En revanche, Petrov a confirmé les doutes qu’il suscitait, n’inscrivant que 27 petits points (contre 136 pour son équipier). Du coup, au championnat constructeurs, le team d’Enstone fut incapable de se battre avec Mercedes. Ayant réussi à apaiser l’entourage du team, Eric Boullier se montre un peu plus ambitieux pour 2011 alors que Renault cède ses dernières parts à Genii. Malheureusement pour lui et son team, Kubica se blesse lors d’un accident en rallye qui sonne le glas de sa carrière en F1. Petrov est conservé mais n’a ni le niveau, ni les épaules pour être un meneur. Dans l’urgence, le team qui se nomme désormais Lotus-Renault GP enrôle Nick Heidfled. Eric Boullier s’attend à trouver un pilote capable de tirer le team vers le haut comme le faisant Kubica, mais Heidfeld n’est pas de ce bois-là. Redoutable finisseur, d’une régularité époustouflante, il manque néanmoins à l’Allemand une pointe de vitesse en qualifs et en course pour être un pilote de tout premier plan. Dès le début de saison, et malgré un podium en Malaisie, Boullier met une pression terrible sur Heidfeld, qui est assez expérimenté pour tenir tête au jeune team manager. La R31 est une monoplace ratée, et dans la course au développement, Ferrari et Mercedes se montrent plus efficaces (et plus fortunées). Les R31 dégringolent dans la hiérarchie et si Petrov se comporte bien en qualifs, c’est Heidfeld qui ramène les points. Maladroit et frustré, Boullier multiplient les sorties médiatiques à l’encontre de son pilote. Finalement, au terme du GP de Hongrie, Heidfeld est débarqué par un Boullier sûr de son fait. L’image de l’Allemand sautant de sa R31 en flammes à Budapest en dit long sur les remarques adressées à l’Allemand par son team. Boullier fait appel à Bruno Senna pour finir la saison, mais lui et Petrov n’inscriront que 5 misérables points en huit courses. Après un exercice 2010 prometteur, il se murmure qu’Eric Boullier a atteind ses limites en gérant le cas Heidfeld, qui a inscrit en onze courses 34 des 73 points récoltés par son team.

 

Une inexpérience flagrante

Nouveau changement de nom en 2012, et nouvelles ambitions. Exit le duo Senna/Petrov, le Lotus F1 Team réussit un très beau coup avec le retour de Kimi Raikkonen associé au jeune espoir Romain Grosjean. La nouvelle E20, conçue par James Allison dans la nouvelle soufflerie d’Enstone, semble très prometteuse et dès la première manche à Melbourne, les monoplaces noires et or se mêlent aux meilleures. Très vite néanmoins, Grosjean est pointé du doigt suite à de nombreux accrochages. Maldonado à Melbourne, Schumacher à Sepang, Senna à Barcelone, Alonso et Schumacher à Monaco, le début de saison du Français est difficile malgré un podium à Bahrein, et, surtout, il perd peu à peu le soutien des pilotes. Pendant ce temps, Raikkonen enchaîne les performances et les points, devançant régulièrement son jeune équipier en course là où il subit la vitesse de Grosjean en qualifs. Eric Boullier vole au secours du Français en toute occasion, oubliant au passage de saluer le come-back d’Iceman. Considérant certainement que Kimi est à son niveau, il ne déclare quasiment rien sur les performances du Finlandais là où il se borne à encenser les actions de Grosjean, expliquant à tout va les circonstances d’une contre-performance, usant parfois de mauvaise foi. Et pour tout dire, personne dans le paddock ne comprend cette attitude. Car en voulant couvrir Grosjean, Boullier l’expose à une pression médiatique que son pilote supporte visiblement très mal. Et malgré quelques belles prestations au Canada ou encore en Hongrie, il se frotte encore de trop près à ses rivaux comme à Silverstone ou à Hockenheim. Exagérant les performances de son pilote et minimisant les incidents, Boullier surprend par son irrégularité, lui qui avait la saison précédente été très vite sévère avec Nick Heidfeld. Surtout, il faut se pencher sur le classement mondial pour observer que Raikkonen se maintient dans le groupe des prétendants au titre, devançant très largement son équipier. A Spa, Grosjean se fait de nouveau remarquer en accrochant Lewis Hamilton au départ et causant un accrochage effroyable dans lequel Fernando Alonso a littéralement frôlé la mort. Boullier, mal à l’aise, indiqua qu’il lui fallait “revoir les images avec son pilote”, ca qui choqua tout le paddock. Cette fois, le pilote Lotus s’est attiré les foudres de ses pairs et la FIA l’exclut du GP d’Italie. Finalement, le team manager de Lotus indique que l’équipe va aider Romain a mieux préparer ses phases de départ. Le Lavallois fait donc l’aveu de son aveuglement face au média, et sa crédibilité en prend un coup. Qui plus est, à Suzuka, Grosjean est de nouveau dans la visée des pilotes après avoir sorti Mark Webber au départ. Pire pour Lotus, Kimi Raikkonen a accroché la Ferrari d’Alonso, leader du championnat, causant son abandon. Dans ces circonstances, la victoire enlevée par le Finlandais à Abu Dhabi sonne comme un soulagement. Lotus termine le championnat à la quatrième place dans le championnat constructeurs, Raikkonen décrochant un belle troisième place mondiale. Pendant l’hiver, Eric Boullier fait profil bas et se raréfie dans les médias. Peut-être lui est-il apparu qu’il est plus sage de ne pas intervenir sans arrêt. D’autant que Gerard Lopez, actionnaire, se fend d’une communication assez singulière qui attire les regards, laissant du même coup le Lotus F1 Team travailler tranquillement. Et 2013 s’annonce bien. Raikkonen enlève le premier GP de la saison à Melbourne. Lotus, ainsi que Ferrari, ont particulièrement réussi à créer une monoplace très douce avec les nouveaux pneus Pirelli. Ces gommes ont une endurance bien plus réduites qu’en 2012, sur demande de la FIA. Red-Bull ou Mercedes hurlent leur frustration de voir des pneus aussi fragiles tandis qu’Enstone et Maranello se frottent les mains. Malheureusement, le lobby des “anti-Pirelli” va se montrer aussi fort que Ferrari et surtout Lotus vont se montrer inoffensifs. La Scuderia fait preuve de confiance et pense que la F138 sera compétitive avec des gommes 2012. Eric Boullier, lâché par Luca Di Montezemolo et seulement soutenu par Vijay Mallya, ne peut visiblement pas compter sur Gerard Lopez. Déçu et résigné, il se défendra avec talent en précisant qu’on “n’agrandit pas la taille des buts de football si les joueurs n’arrivent pas à marquer”. Le retour aux gommes 2012 sonne le glas des espoirs de Lotus. Malgré tout, et sans aucun fondement, Enstone continue à developper sa E21 là où Ferrari, McLaren et Mercedes préparent déjà le grand changement de règles prévu en 2014. Pire, Lotus annonce de façon bien peu élégante le départ de Kimi Raikkonen en fin de saison. Le Finlandais, visiblement blessé par le manque de reconnaissance de son team, déclare publiquement qu’Enstone n’a pas honoré son salaire. Finalement, le Finlandais ne terminera pas la saison, forfait pour une opération du dos qui sert de prétexte idéal. Idéalement lancée, la saison 2013 se termine dans l’amertume et Eric Boullier ne semble plus tout à fait là. Les rumeurs se multiplient.

 

Arrivée chez McLaren

En janvier 2014, à la surprise générale, l’annonce est faite par McLaren du recrutement d’Eric Boullier. Pour beaucoup, c’est une surprise. Même si la saison 2013 du team de Woking fut ratée, Boullier entre dans une caste réduite, héritant de fonctions prestigieuses au sein d’une équipe qui l’est tout autant. Le Français a pour mission de préparer au mieux l’arrivée de Honda en 2015 en remplacement de Mercedes, qui propulse les McLaren depuis 1995. Et le partenaire japonais de Ron Dennis exige un pilote de tout premier plan. Très vite, des désaccords se font sentir entre Dennis et Boullier. Le Lavallois évoque dans la presse la piste de Romain Grosjean. Ron Dennis n’attend pas pour rétorquer que le niveau du “candidat” devait être bien plus haut. Et rapidement, la short-list de McLaren fut composée de Lewis Hamilton et Fernando Alonso. Le premier carracole au volant d’une Mercedes dominatrice, tandis que l’autre se morfond au sein d’une Scuderia qui ne cesse de le décevoir. Le problème avec l’Espagnol, c’est le précédent de 2007 et la profonde rancune qui existe entre les deux hommes. Eric Boullier est donc l’homme qui doit faire l’impossible : faire revenir Alonso dans le team de Ron Dennis. Après une saison une fois de plus décevante, le pari est tenu et, bien après la fin de saison, Fernando Alonso est cofirmé comme pilote McLaren-Honda aux côtés de Jenson Button. Eric Boullier tient son premier fait d’arme de très haute importance. Il dispose d’une paire de pilotes comme on en connaît peu. Adoubé en cours de saison par Button et cet hiver par Alonso, le team manager semble enfin à l’aise dans son rôle, mature et serein, donnant le change avec son encombrant patron. Surtout, après l’accident de Fernando Alonso lors des essais hivernaux, c’est Dennis qui s’est fourvoyé dans sa communication là où Eric Boullier a fait preuve de pudeur et de discrétion. Si le duo McLaren-Honda venait à triompher dans les saisons à venir, alors Eric Boullier ferait son entrée dans le cercle très privé des grands team-managers.

 

  1. avatar
    25 mars 2015 a 13 h 22 min

    Bien analysé sauf que Ron Dennis reste son boss, et en cas d’échec du binôme McLaren / Honda, Eric Boullier devra partir, comme Whitmarsh avant lui après trop d’échecs sur la fin de l’ère McLaren Mercedes, quand l’adjoint historique de Ron Dennis avait les coudées franches à Woking.

    • avatar
      26 mars 2015 a 13 h 27 min
      Par Jayce

      Bonjour Axel. Ron Dennis est quoiqu’on en dise fragilisé au sein du McLaren Group depuis les incidents de 2007. Il a montré cet hiver encore qu’il ne peut plus s’exposer publiquement comme il l’avait fait en d’autres temps, notamment avec Alain Prost et Ayrton Senna. Si le projet McLaren-Honda devait se transformer en échec, je ne suis pas certain que le responsable désigné soit Eric Boullier. Je trouve que le Français prend une dimension tout à fait intéressante après des débuts assez calamiteux.

  2. avatar
    25 mars 2015 a 20 h 13 min
    Par FerrariMan

    Mouai. Un peu exagérer le coup du “Boullier oublie Kimi et défend Romain”. J’ai régulièrement lu des déclarations très positives sur Kimi au point d’en faire des caisse, puis Grosjean été “son” pilote car Eric été son manager. Il été pas mal le duo de Lotus même si j’apprécie pas du tout Romain par son comportement assez arrogant.

  3. avatar
    26 mars 2015 a 13 h 24 min
    Par Jayce

    Bonjour Ferrariman. Sur la saison 2012, il n’y a rien d’exagéré, d’autant qu’Eric Boullier lui-même justifiait son attitude en avançant que Kimi Raikkonen n’avait pas le tempérament à être mis en avant. Le team manager a surtout fait l’erreur de trop s’impliquer auprès de Romain Grosjean, ce qui lui a fait perdre de la hauteur. A l’arrivée du GP d’Europe à Valence, Boullier n’eut de déclaration que pour l’abandon de Grosjean (alors deuxième) et ne commenta pas le nouveau podium de Raikkonen. Peut-être avait-il espérer que le Français ne soit plus proche du niveau d’Iceman que ça n’a été.

    Sur ce point, Boullier a beaucoup progressé, en témoigne sa très juste réaction après l’accident de Fernando Alonso cet hiver. Déjà l’an passé, il a du gérer la très longue incertitude rôdant autour de l’avenir chez McLaren de Kevin Magnussen et Jenson Button. Et il ne fit aucun faux-pas. Quand on se souvient des épisodes Heidfeld ou Grosjean, on mesure l’étendue de l’expérience accumulée par le tem manager de McLaren.

  4. avatar
    3 avril 2015 a 21 h 36 min

    Boullier a toujours mis en avant Grosjean alors qu’Iceman était pourtant celui qui fournissait des points à Lotus …

    Pour Ron Dennis, bien sûr il est moins puissant qu’avant 2007, et la gaffe sur l’épisode de l’accident d’Alonso pendant les essais hivernaux ne va pas le rendre plus crédible auprès de ceux qui le pensent has been.

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