F1 – GP du Brésil : le top 5 des courses inoubliables
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F1 – GP du Brésil : le top 5 des courses inoubliables

Pays phare du sport automobile via ses champions du monde Emerson Fittipaldi, Nelson Piquet et Ayrton Senna, le Brésil a donc accueilli quelques courses mythiques depuis 1973, le Grand Prix ayant été accueilli par Interlagos (Sao Paulo) et Rio de Janeiro (Jacarepagua) de façon alternative.

En 1973, le Brésil arrive au calendrier du championnat du monde de F1 avec le circuit d’Interlagos, à Sao Paulo, ville du nouveau champion du monde Emerson Fittipaldi titré en 1972, qui a brisé l’hégémonie européenne pour la première fois depuis l’Argentin Juan Manuel Fangio en 1957. L’ancienne colonie portugaise n’est que le troisième pays de l’Hémisphère Sud à recevoir la Formule 1, après l’Argentine (1953), l’Afrique du Sud (1962).

-  Jacarepagua 1981 (vainqueur Carlos  Reutemann sur Williams Cosworth) : déjà vainqueur à Rio de Janeiro en 1977 et 1978, l’Argentin Reutemann se rebelle face aux consignes d’écurie de l’écurie Williams, et triomphe sous la pluie brésilienne. Devançant son coéquipier à Didcot, le champion du monde australien Alan Jones, Carlos Reutemann signe une victoire à la Pyrrhus : en effet, aux yeux de Frank Williams et Patrick Head, qui ont les yeux de Chimène pour Jones, le pilote argentin a franchi le Rubicon. Numéro 1 officieux du team anglais, Alan Jones aurait du gagner au Brésil, ce n’est pas le cas, Reutemann va utiliser ce succès comme un tremplin vers le titre mondial qui restera utopique et ne lui permettra pas de succéder à Fangio comme deuxième Argentin champion du monde des pilotes en F1. Les banderilles assassines de Jones et de son rival Piquet seront terribles tout au long du championnat du monde 1981, jusqu’ à l’estocade finale à Las Vegas où le natif de Santa Fe craquera sous la pression du money time … Quant à Frank Williams, lui, il perdit tout ce jour là, son pilote fétiche Jones qui partait en retraite et la couronne mondiale des pilotes qui revenait à l’écurie Brabham via Nelson Piquet …

o  Pourquoi c’est inoubliable : après Monza 1973 entre Emerson Fittipaldi et Ronnie Peterson chez Lotus, une des plus vieilles polémiques sur les consignes d’écurie en F1.

-  Jacarepagua 1987 (vainqueur Alain Prost sur McLaren TAG Porsche) : c’est auréolé d’un prestige inouï qu’Alain Prost débarque à Rio de Janeiro début 1987. Double champion du monde en 1985 et 1986, le Français avait vaincu la coalition Williams Honda en 1986 malgré la faiblesse de son V6 turbo Porsche. Le discernement du Professeur valait largement le panache de Piquet ou de Mansell. Le constructeur de Stuttgart Zuffenhausen vit en 1987 son ultime campagne parmi l’élite, McLaren pensant rejoindre le clan Honda à l’horizon 1988. Ron Dennis a recruté Stefan Johansson pour remplacer Keke Rosberg côté pilotes, et surtout Gordon Murray côté ingénieur en lieu et place de John Barnard. Virtuose ingénieur de Brabham BMW qui ira au bout de son idée avec la MP4/4 (sur ce qu’il avait commencé avec la BT55 endeuillée par la mort en essais privés du pilote italien Elio de Angelis), Murray a compris que la MP4/3 de 1987 est très loin d’atteindre la quadrature du cercle. Pourtant, Alain Prost va tutoyer la perfection durant le week-end. Se remémorant les réglages de 1986 lors de la précédente édition du Grand Prix carioca si exigeant pour les gommes, le pilote français bluffe littéralement le nouveau directeur technique de Woking ! En course, Prost s’attire tous les superlatifs en préservant superbement ses gommes de l’agonie crainte sur le tracé brésilien où la plupart les pneus finissent en charpie sous la canicule. Partant de façon prudente derrière les implacables Williams Honda favorites suprêmes du Grand Prix du Brésil, Alain Prost tire la quintessence de son bolide sans hypothéquer ses gommes, et parvient finalement à s’arrêter une fois de moins que la concurrence, qu’il laisse à une trentaine de secondes. Assurément, sa plus belle victoire avec McLaren, et la plus belle de sa carrière à l’exception peut –être de la remontée d’anthologie à Mexico en  1990.

o  Pourquoi c’est inoubliable : Alain Prost porte au pinacle son art de la course, le week-end où il reçoit deux offres secrètes de concurrents de McLaren et Porsche, la première de la Scuderia Ferrari qu’il rejoindra finalement en 1990, la seconde émanant de Honda prêt à le suivre dans n’importe quel challenge, Prost et les Japonais collaborant ensuite en 1988 et 1989 dans le contexte d’une cohabitation explosive chez McLaren avec Ayrton Senna.

-  Interlagos 1991 (vainqueur Ayrton Senna sur McLaren Ford) : double champion du monde en 1988 et 1990, Senna souffre d’une terrible lacune dans son palmarès quand il débarque à Sao Paulo fin mars 1991. En sept participations à domicile, celui qui est la clé de voûte de l’écurie McLaren Honda mais aussi la figure de proue du sport brésilien orphelin du roi Pelé, n’a jamais pu franchir le drapeau à damiers en tête du Grand Prix national. Le meilleur résultat d’Ayrton Senna à domicile reste une deuxième place derrière son compatriote et ennemi juré Nelson Piquet en 1986. Vainqueur en 1983 et 1986, Piquet a lui donc gagné au Brésil, tout comme l’autre pilote brésilien champion du monde, le pionnier Emerson Fittipaldi lauréat à Interlagos en 1973 et 1974. C’est sur ce circuit d’Interlagos où Senna avait fait ses débuts en compétition en 1973 que le Grand Prix est revenu en 1990, mais Alain Prost avait gâché la fête en profitant d’un accrochage entre Ayrton Senna et Satoru Nakajima parti en tête-à-queue devant le héros national. Avec panache et combativité, allant au bout de ses limites, le gladiateur Senna arrache la pole position sur l’autodrome José Carlos Pace. Le dimanche, la course semble être une promenade de santé puisque la principale menace, la Williams Renault de Nigel Mansell, est rapidement contrainte à l’abandon. Mais la victoire va se mériter pour Senna qui va livrer une joute d’une intensité incroyable. Perdant plusieurs vitesses sur sa boîte alors qu’il dispose d’une quarantaine de secondes d’avance sur Riccardo Patrese (Williams Renault), l’archange brésilien se débat avec son levier mais va rapidement devoir composer avec deux autres problèmes : la pluie fine s’abat sur le circuit et complique les conditions d’adhérence, tandis que le harnais de Senna est trop serré dans son cockpit, le faisant atrocement souffrir. Doublement handicapé face à son chasseur italien, Senna devient une proie a priori condamné d’avance. C’est mal connaître le pilote brésilien qui a fêté ses 31 ans le jeudi précédant la course … A domicile, le roi Ayrton va se sublimer, se transcender, trouver des ressources insoupçonnées pour contenter son public. La foule scande A chuva, A chuva, souhaitant cette pluie qui peut aider Senna face à Patrese, car la remontée de la Williams sera moins fulgurante. De façon héroïque, digne d’un demi-dieu de la mythologie, Senna semble boire le nectar et l’ambroisie pour les trois derniers tours alors que l’ombre de la Williams plane sur sa McLaren. Epuisé à l’arrivée, Senna ne peut sortir seul de son cockpit tant la douleur a été forte pour gagner à tout prix, forçant l’admiration de Ron Dennis mais aussi de son public, dont il est plus que jamais l’idole absolue. Sur le podium, Senna a le plaisir d’ajouter à l’hymne brésilien le drapeau national qu’il brandit fièrement face à la foule pauliste venue l’acclamer.

o  Pourquoi c’est inoubliable : l’apothéose de Senna à domicile, au Brésil mais surtout dans sa ville de Sao Paulo, le Grand Prix ayant déménagé de Jacarepagua à Interlagos en 1990.

-  Interlagos 2006 (vainqueur Felipe Massa sur Ferrari) : deux bolides écarlates ont illuminé le Grand Prix du Brésil 2006, celui du lauréat Felipe Massa qui succède à Ayrton Senna dernier Brésilien vainqueur à domicile (1993), et surtout celui du quatrième de la course, Michael Schumacher. Parti dixième suite à des problèmes techniques la veille en qualifications, l’Allemand est condamné à l’exploit ultime quand il est victime d’une crevaison. Dernier du Grand Prix, Schumacher est tel un bulldozer libre de tout écraser sur son passage, un tigre en liberté et débridé de toute contrainte. Une huitième couronne mondiale étant devenue utopique face à Fernando Alonso, l’Allemand se fait tout simplement plaisir à Interlagos, explosant les records du tour les uns après les autres et offrant des montagnes russes d’adrénaline au public brésilien. Effectuant une remontée d’anthologie, Schumi fait un cadeau empoisonné à son héritier espagnol, tant il marque  de son empreinte la course brésilienne qui marque son ultime départ en F1, dont il a été le roi incontesté depuis Imola 1994 quand l’élite des pilotes fut orpheline d’Ayrton Senna. Comme fin 1973 (retraite de Jackie Stewart) ou fin 1993 (retraite d’Alain Prost), une page se tourne en Formule 1 avec la retraite du septuple champion du monde allemand. Ceux qui pensaient que Schumacher avait commis le péché d’orgueil en 2005 en faisant la saison de trop se sont lourdement trompés, tant la démonstration de force du Kaiser est impressionnante en ce dimanche 22 octobre 2006 à Interlagos. Dépassant Kimi Raïkkönen, l’Allemand termine quatrième derrière Massa, Alonso et Button. Felipe Massa est vainqueur du Grand Prix du Brésil, Fernando Alonso champion du monde pour la deuxième saison consécutive (battant le record de précocité détenu par Schumi depuis 1995, double champion du monde à 26 ans et 9 mois à l’époque, contre 25 ans et 3 mois pour le natif d’Oviedo) … Mais malgré ces lauriers, la star du week-end est incontestablement Schumacher, auteur d’un chef d’œuvre, de sa course la plus aboutie même si elle n’est pas couronnée par une victoire.

o  Pourquoi c’est inoubliable : le chant du cygne du Kaiser Schumacher que l’usure du pouvoir n’avait pas encore atteint, puisque le pilote allemand avait en fait abdiqué face à un ultimatum du marquis Luca Cordero Di Montezemolo, qui avait coupé l’herbe sous le pied de Jean Todt en forçant le Baron Rouge à accepter une collaboration avec Kimi Räikkönen en 2007. Schumacher avait mis un veto irrévocable à ce duel de grands fauves, voulant être n°1 ou rien à Maranello, compte tenu de son statut. Certains y virent le syndrome de la tour d’ivoire pour le Kaiser, à tort ou à raison. Comme un clin d’œil, le dernier dépassement de la première carrière de l’ogre allemand est sur Iceman, l’homme qui le remplacera avec succès en 2007 chez Ferrari.

-  Interlagos 2008 (vainqueur Felipe Massa sur Ferrari) : deux jours avant l’élection du premier président noir des Etats-Unis d’Amérique (Barack Obama), la F1 couronne son premier pilote noir, Lewis Carl Hamilton, jeune britannique originaire de Grenade et prénommé ainsi en l’originaire du quadruple médaille d’or des Jeux Olympiques de Los Angeles. Plus jeune champion du monde de l’Histoire à 23 ans et 10 mois, Hamilton bat le record de précocité de Fernando Alonso (sacré à 24 ans et 2 mois en septembre 2005 à Interlagos également). Sous la pluie, Felipe Massa domine, lui qui a l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête. La course est marqué du sceau posthume d’Alfred Hitchcock, avec un suspense incroyable jusqu’à l’ultime seconde de course. Contraint de courir en épicier pour terminer 5e au pire en vue du titre, Hamilton surveille son rival brésilien et se fait dépasser à quelques tours du terme par le jeune espoir Sebastian Vettel (Toro Rosso), qui montre comme à Monza que la pluie lui permet de montrer son talent exceptionnel. Le culot de Baby Schumi est aussi grand que les conséquences, car Hamilton se met à douter et se fait aussi dépasser par la Toyota de Timo Glock, alors que Massa devance Alonso et Räikkönen en tête du peloton. Noyé au milieu de la meute des poursuivants, le loup au casque jaune doit se reprendre. Alors que Massa franchit la ligne en vainqueur et en champion du monde, c’est en dauphin que le Pauliste descend de cockpit moins de trente secondes plus tard. In extremis aux dépens de Timo Glock, dans l’ultime virage du Grand Prix du Brésil mais aussi de la saison 2008, Lewis Hamilton a récupéré la cinquième place, sésame indispensable vers le sceptre mondial. Le leader de Woking devient le premier champion du monde anglais depuis Damon Hill en 1996, le premier pour McLaren depuis Mika Häkkinen en 1999. Une navrante polémique viendra ternir l’euphorie de McLaren Mercedes en accusant le pilote allemand de Toyota, Timo Glock, d’avoir favorisé le triomphe de Black Senna alias Lewis Hamilton.

o  Pourquoi c’est inoubliable : Massa tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne par le biais des écrans télévisés, se croyant champion du monde. Pleurant avec une incroyable dignité sur le podium, le Pauliste n’a pour l’instant jamais pu gagner d’autre course depuis ce terrible dimanche 2 novembre 2008.

En dehors du top 5, on peut citer plusieurs éditions de la manche australienne …

En 1982, Nelson Piquet gagne à Jacarepagua et s’effondre sur le podium victime de la canicule carioca. Le champion du monde en titre et son dauphin Keke Rosberg seront déclassés au profit d’Alain Prost, déjà vainqueur à Kyalami et qui consolide sa place de leader du Mondial.

En 1989, Nigel Mansell étrenne victorieusement la Ferrari 639 qui comporte une nouveauté signée John Barnard, une boîte de vitesses semi-automatique avec boutons derrière le volant et non plus un levier de vitesse traditionnel … Ayrton Senna et Gerhard Berger hors course pour la victoire après un accrochage au premier virage, Riccardo Patrese trahi par les radiateurs de sa Williams-Renault, seul Alain Prost se dresse face à Mansell qui effectue ses débuts pour la Scuderia à Rio de Janeiro. Le Britannique pulvérise son record d’endurance à Jacarepagua tandis que Prost termine deuxième, forcé de ménager ses pneus après avoir perdu son embrayage au quatorzième tour. Troisième à domicile, Mauricio Gugelmin réussit le plus beau résultat de sa carrière avec March pour ce premier Grand Prix de l’ère atmosphérique, qui ira de 1989 à 2013. De ce Grand Prix du Brésil darwinien, entre un circuit carioca très sélectif et la nouveauté des moteurs V10 ou V12 atmosphériques, c’est le roi des animaux qui a logiquement émergé comme le plus fort : le Lion, signe astrologique de Nigel Mansell, qui sera surnommé Il Leone par les tifosi, lui le dernier pilote engagé par l’écurie de Maranello du vivant du Commendatore Enzo Ferrari, en juin 1988.

En 1990, le Grand Prix du Brésil déménage de Rio de Janeiro à Sao Paulo, soit de Jacarepagua à Interlagos, se calquant sur les trajectoires respectives des carrières de Nelson Piquet et Ayrton Senna, le second prenant inexorablement l’ascendant sur le premier rattrapé par l’inévitable déclin et l’érosion du temps … En pole position dans sa ville natale, Ayrton Senna manque le coche tandis que Jean-Marie Balestre voit son impopularité, quelques mois après avoir brandi une épée de Damoclès sur l’idole locale, à savoir priver Magic de sa super-licence en réaction aux accusations du pilote brésilien après sa disqualification d’octobre 1989 à Suzuka. Parti en tête pour un nouveau cavalier seul, Senna est percuté dans le trafic par son ancien coéquipier Satoru Nakajima. C’est donc son rival Alain Prost qui tire les marrons du feu et inaugure le palmarès du nouvel Interlagos, au développement bien plus réduit que le circuit des années 70. Nouvelle recrue de Ferrari dont il espère faire un phénix aux ailes dorées, le Français remporte sa 40e victoire dans le fief de son ennemi juré, et sa première victoire avec la combinaison rouge marquée du Cavallino Rampante. En deux courses seulement, Prost s’est imposé comme le patron de Maranello avec Steve Nichols qu’il a emmené dans sa valise depuis Woking : en isolant Nigel Mansell dans les briefings techniques menés en italien (le moustachu anglais ne parlant pas un traître mot de la langue de Dante), en changeant le setup sur la grille à cinq minutes du départ au Brésil et en s’imposant dès sa deuxième course en rouge. Nouveau Messie des tifosi, Prost justifie la stratégie de Cesare Fiorio qui l’a approché en secret durant l’été 1989 menant en face à face et sans avocats la négociation contractuelle sur son propre voilier en Sardaigne. Le directeur sportif tentera aussi d’attirer l’autre pilote majeur du plateau, Ayrton Senna, en vue de la saison 1991, mais Fiorio va se prendre le boomerang en pleine face, victime indirecte des  trois succès de rang de Prost durant l’été 1990 (Mexico, Paul Ricard, Silverstone), ceux qui avaient ressuscité le caractère byzantin de Maranello plus orphelin que jamais d’un patriarche du charisme d’Enzo Ferrari, capable d’étouffer les ambitions politiques …

En 1993, un orage tropical éclate sur Sao Paulo, les vannes célestes s’effondrent sur la mégapole sud-américaine et le Grand Prix du Brésil change de destin. Partant en tête-à-queue sous la pluie, le favori suprême Alain Prost repart bredouille et ne gagnera pas une septième fois dans l’ancienne colonie portugaise. Pigiste de luxe avec McLaren car en féroce négociation financière avec Ron Dennis et peu convaincu par les perspectives du V8 Ford Zetec, Ayrton Senna n’est venu courir à Interlagos pour la simple raison qu’il s’agissait de sa course à domicile. Une fois Prost hors course, le Brésilien dévore tout cru Damon Hill, dont c’est seulement la quatrième course en F1. Le Londonien de Williams-Renault finira deuxième devant Michael Schumacher, quatrième larron de cette saison 1993 qui marquera la fin d’une époque. Senna, lui, lance une saison où il sera en osmose parfaite avec une MP4/8 merveille d’électronique mais dont le talon d’Achille sera la puissance moteur, le V8 Ford étant loin d’arriver à la cheville du V10 Renault équipant les Williams. Avant de quitter Woking pour Didcot à l’hiver 1993-1994 et de remplacer Prost comme leader de Williams, Senna quittera McLaren après quelques victoires légendaires : Interlagos, Donington Park où tout le monde finira à un tour (excepté Damon Hill),  Monaco où il gagnera pour la sixième fois (battant le vieux record de Graham Hill datant de 1969), Suzuka (fief de ses trois couronnes mondiales en 1988, 1990 et 1991) et Adelaïde (pour les adieux de Prost à la F1). Car ce fut un secret de polichinelle tout au long de 1993, Ayrton Senna n’aurait jamais remplié pour une septième année consécutive à Woking, lassé par deux campagnes à manger son pain noir dans l’ombre des Williams, à jouer l’intermittent du spectacle.

En 1994, Interlagos marque le début d’une nouvelle ère, celle du duel des titans entre Ayrton Senna, orphelin de son rival Alain Prost, et celui qui n’est plus un espoir mais pas encore une superstar parmi l’élite, Michael Schumacher. En pole position sur une FW16 rétive bien que pourtant dessinée par Adrian Newey, le stakhanoviste des essais privés qu’est Senna se voit piégé par son rival allemand au jeu des ravitaillements. Dès le premier Grand Prix de l’ère des ravitaillements en essence (interdits entre 1984 et 1993), Michael Schumacher et Ross Brawn font leur coup favori, en accélérant la cadence avant et après les changements de pneus et le rechargement du réservoir. Leur première victoire est un triple champion du monde au palmarès nanti de 41 victoires, Ayrton Senna da Silva. S’échappant de façon implacable en tête de course, le Kaiser et sa Benetton Ford creusent l’écart sur l’idole pauliste. Forcé de dépasser ses limites, Senna part en tête-à-queue à quelques tours de la fin de course. 75 % du public quitte alors les gradins d’Interlagos, désabusé par l’épilogue de cette course qui met en orbite Michael Schumacher vers son premier titre mondial, car le duel d’anthologie avec Senna, le combat des chefs tant attendu, n’aura jamais lieu par la faute du drame d’Imola 1994, la Williams Renault de l’archange brésilien s’écrasant contre le mur de Tamburello, et la visière casque jaune de Senna étant transpercée par un élément de suspension arraché par la violence de l’impact, ce qui causera des lésions mortelles au champion brésilien.

En 1995, Rubens Barrichello débarque avec une pression énorme à Sao Paulo, lui que la presse locale considère comme l’héritier d’Ayrton Senna. Mais Rubinho n’a pas encore 23 ans et ne pilote qu’une modeste Jordan Peugeot, il devra attendre l’an 2000 pour gagner une course avec Ferrari. Interlagos 1995 restera, Imola 1994 mis à part, le pire souvenir de sa longue carrière en F1. Le favori en 1995 à Interlagos a pour nom Michael Schumacher, champion du monde 1994 avec Benetton Ford. L’Allemand remet son titre en jeu avec Benetton Renault puisque Williams a perdu l’exclusivité du V10 français de Viry Châtillon par un tour de force de Flavio Briatore.  L’Italien, patron de Benetton, avait racheté Ligier en 1994 avant de signer un contrat entre Enstone et Viry pour 1995, afin de donner à son joyau, Michael Schumacher, un moteur équivalent à celui de son rival de Williams, Damon Hill. Allant se recueillir sur la tombe de Senna au cimetière de Morumbi, Schumacher provoque le courroux de Max Mosley car le champion du monde en titre passe de 77 à 72 kg au lendemain de la pesée de sa Benetton Renault B195. Le lendemain, l’Allemand devance la Williams Renault de David Coulthard. Déclassé ainsi que l’Ecossais au profit de Gerhard Berger (Ferrari), Schumi est finalement rétabli dans sa position de vainqueur sur tapis vert, lançant idéalement la défense de son titre mondial.

En 2001, David Coulthard est le premier depuis 1993 à gagner à Interlagos sans finir la saison champion du monde. De 1994 à 2000, tous les vainqueurs au Brésil furent titrés par la suite. Le pilote écossais de McLaren profite de l’abandon du rookie colombien Juan Pablo Montoya, sensation du Grand Prix, pour devancer un Michael Schumacher fébrile après le dépassement du pilote Williams BMW, habitué aux départs lancés derrière voiture de sécurité en championnat Indy (qu’il a gagné en 1999). Schumacher dépassé par Montoya stoppé dans sa frénésie dominatrice par Jos Verstappen, c’est donc David Coulthard qui tire les marrons du feu et impose sa flèche d’argent en terre brésilienne. Montoya, lui, a raté l’occasion de gagner après seulement trois courses en F1, mais il s’imposera deux fois au Brésil, en 2004 avec Williams BMW puis en 2005 avec McLaren Mercedes (son septième et dernier succès en F1).

En 2003, la presse italienne voit Schumacher et Ferrari tomber de Charybde en Scylla, certains jettent l’opprobre sur un pilote de 34 ans jugé trop vieux après une disette de seulement trois courses, loin de l’hégémonique saison 2002 où le trio Schumacher – Ferrari – Bridgestone était tout simplement intouchable avec 11 victoires et 17 podiums en 17 courses. On pense le quintuple champion du monde sur le déclin après un piteux abandon sous la pluie, tandis que son coéquipier Rubens Barrichello manque une fois de plus sa quête du Graal à domicile … La course s’interrompt brutalement sur l’accident du jeune espoir espagnol de Renault, Fernando Alonso, révélation du début de saison après sa pole position et son podium à Sepang. Lauréat de la course brésilienne, Kimi Räikkönen consolide sa place de leader du Mondial avec McLaren Mercedes mais les flèches d’argent vont déchanter car Giancarlo Fisichella et Jordan vont rafler la mise sur tapis vert. L’écurie irlandaise et son pilote transalpin récupèrent le trophée du vainqueur à Imola avant le début des essais libres, deux semaines plus tard, à Imola en Emilie-Romagne, à des milliers de kilomètres de Sao Paulo et d’Interlagos … C’est justement à Imola, malgré le décès accidentel de sa mère qui le contraint à un aller-retour express le samedi soir vers Cologne avec son frère cadet Ralf, que le Kaiser Schumacher opère la première étape de sa reconquête et oppose un démenti cinglant à ses détracteurs et aux autres oiseaux de mauvais augure qui le croyaient déjà fini, lui le Pantagruel au colossal appétit de victoires jamais rassasié, qui allait écraser la F1 encore deux ans en 2003 et 2004 …

En 2007, l’incroyable se produit avec le sacre de Kimi Räikkönen. Comme en 1981 à Las Vegas (Reutemann Piquet Laffite) et 1986 à Adelaïde (Mansell Piquet Prost), trois pilotes sont en lice pour la couronne mondiale, Lewis Hamilton (107 points), Fernando Alonso (103 points) et Kimi Räikkönen (100 points). Jamais deux sans trois, et le pilote arrivant en tête va une fois de plus trébucher sur l’ultime marche. Finissant pneus en charpie dans le gravier de Shanghaï par péché de jeunesse et d’orgueil, Lewis Hamilton et son casque jaune ont raté l’occasion de porter l’estocade à son coéquipier asturien Alonso et à Iceman. Le Finlandais a l’avantage d’être dos au mur, n’ayant d’autre choix que de gagner. La belle fin de saison de Ferrari est favorisée par la zizanie qui règne à Woking : McLaren Mercedes est divisée avec la rivalité fratricide Alonso / Hamilton sentant le soufre, cohabitation très mal gérée par Ron Dennis (surtout à Budapest) pourtant élevé à bon école en 1989 avec l’explosif bras de fer Prost / Senna, sans parler de l’affaire d’espionnage du Stepneygatequi va coûter 100 millions de dollars (amende record) au team anglo-allemand. Iceman, lui, après un début de saison 2007 chaotique, le temps de s’adapter à sa nouvelle écurie et à la lourde charge de faire oublier le Kaiser Schumacher poussé vers la sortie fin 2006 par Luca Di Montezemolo, a chaussé ses bottes de sept lieues à partir du Grand Prix de France, alignant 5 victoires (Magny-Cours, Silverstone, Spa Francorchamps, Shanghai, Interlagos), 2 deuxièmes places (Budapest, Istanbul) et 2 troisièmes places (Monza, Mont Fuji)  sur les 10 dernières courses, soit 78 points sur 100 possibles, contre 51 à Hamilton et 61 à Alonso. Dominé par son coéquipier brésilien Felipe Massa, le viking passe en tête à quelques tours du terme pour remporter sa sixième victoire en 2007, et ainsi récupérer les deux derniers points indispensables afin de coiffer sur le poteau Lewis Hamilton et Fernando Alonso. Le rookie britannique a raté son départ, obnubilé par l’homme d’Oviedo, avant de finir en queue de peloton après un blocage intermittent de sa boîte de vitesses. Malgré une belle remontée dans le peloton, Black Senna ne peut faire mieux que septième, soit deux points qui le conduisent à un total de 109, ex aequo avec son jumeau de Woking, l’Espagnol Fernando Alonso, double champion du monde en titre terminant troisième de la course brésilienne, la MP4/22 ne pouvant lutter ce jour là à Interlagos avec la F2007. 109 points chacun, c’est donc une unité de moins que leur rival de Ferrari, Kimi Räikkönen (110 points), qui réussit à coiffer le titre sur le poteau des pilotes McLaren, écurie qu’il a quitté un an plus tôt après une saison vierge de victoires, lassé du paternalisme exacerbé de Ron Dennis. A la surprise générale, c’est donc l’homme qui ne sourit jamais qui est couronné champion du monde 2007 dans un déluge de confettis sur le podium brésilien …

 

 

  1. avatar
    18 mai 2015 a 20 h 35 min

    Ayrton Senna en photo, il fut le plus grand pilote brésilien devant Emerson Fittipaldi et Nelson Piquet ses illustres aînés.

    Vainqueur en 1991 et 1993, le Pauliste frappa un très grand coup en 1991 pour son premier triomphe à domicile, se sublimant sur McLaren Honda pour arracher la victoire dans son fief d’Interlagos, là où il avait débuté en karting en 1973, année où Fittipaldi inaugurait victorieusement le palmarès du GP du Brésil de F1 dans le cadre du championnat du monde.

    • avatar
      19 mai 2015 a 10 h 46 min
      Par Jayce

      Bonjour Axel. Quelle surprise de voir une telle erreur de saisie de ta part, Ayrton Senna pilotant une McLaren-Ford en 1991 lol!!! Sachant à quel point tu es fan du Pauliste et de Woking, je me dis que tu as besoin de vacances lol!

      Pour moi, les deux meilleures éditions sont incontestablement 1987 et 2008, avec une victoire sensationnelle de Prost d’un côté, et l’entrée de Massa dans le cercle des grands pilotes de l’autre.

  2. avatar
    19 mai 2015 a 11 h 42 min

    Salut Jayce,

    Oui énorme typo de ma part sur 1991 en effet c’est évidemment Honda avec son V12 et non Ford qui équipait la McLaren MP4/6 de Senna.

    Sur le suspense, 2008 est la meilleure, sur le brio on peut mettre 1987 (Prost) au niveau tactique, 2006 (Schumi 4e) au niveau panache ou 1991 (Senna) au niveau courage & rage de vaincre.

  3. avatar
    20 mai 2015 a 18 h 00 min

    Hamilton élogieux sur Alonso

    http://www.eurosport.fr/formule-1/saison-2015/2015/lewis-hamilton-fernando-alonso-a-autant-de-talent-que-schumi_sto4727413/story.shtml

    Le rêve ultime de Lewis est d’affronter l’Espagnol en duel pour le titre mondial, eux qui furent coéquipiers chez McLaren en 2007.

    Soit McLaren Honda progresse vraiment et Alonso a une chance pour la couronne en 2016 au pire 2017, soit Alonso devra rejoindre Mercedes mais alors il faudrait que Nico Rosberg en soit éjecté …

    Or pour l’étoile, l’Allemagne est un marché plus juteux que l’Espagne même si l’Asturien est bien plus fort que le fils de Keke …

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