La FIFA et l’UEFA face aux matchs truqués : impuissance ou laissez-faire ?

La FIFA et l'UEFA nous annoncent combattre la triche et défendre l'intégrité du football. Vraiment ?

La récente affaire des 380 matchs truqués a dévoilé à ceux qui ne le savaient pas encore que les matchs de football sont aujourd’hui menacés dans leur intégrité. En dehors de ce qui a pu être énoncé à ce sujet par la presse, il y a un constat à faire : c’est Europol qui a découvert l’affaire et qui a enquêté sur ces 425 possibles tricheurs que ce soit des arbitres, des joueurs ou des dirigeants.

La FIFA et l’UEFA avaient pourtant annoncé combattre depuis longtemps les matchs truqués. La FIFA a créé une société en 2005, Early Warning System (EWS), dédié à la détection des fraudes. De son côté, l’UEFA travaille avec une société, Sportradar, dont le système de détection des fraudes est mis en place depuis 2004.

Quels résultats pour EWS et Sportradar ?

L’efficacité de ces deux sociétés est aujourd’hui mise en doute. Concernant la FIFA et EWS, ils semblent essentiellement préoccupés par les actions de communication.

Il y aurait sans doute un parallèle à faire avec les projets « Football for Hope » de la FIFA. La FIFA ne communique pas un seul chiffre sur les montants qu’elle distribue à ces projets de bienfaisance, mais ne manque pas de communiquer sur leurs bienfaits. Nous ne savons pas si la FIFA donne quelques centaines ou quelques millions d’euros pour la réalisation de ces projets mais nous savons qu’elle les finance partiellement. Si vous regardez Eurosport ou d’autres chaines sportives, vous n’aurez pas échappé aux publicités vantant les actions de « Football for Hope ». Ainsi il y a fort à penser que les sommes engagées pour les projets sont finalement dérisoires par rapport au budget publicité. La FIFA, en tant que bailleur de fonds, se paye une communication très large mais, paradoxalement, ne communique aucun montant et reste très vague sur la présentation des projets. C’est très certainement une sorte de greenwashing (ou écoblanchiment pour les défenseurs de la langue française) avec ici une visée humanitaire et non pas écologique.

La politique d’EWS est quelque peu similaire à celle de Football For Hope. Il y a un peu de communication au sujet des matchs truqués, comme quand Sepp Blatter annonce que « le danger est sérieux », mais à l’instar de Football for Hope, il n’existe aucun rapport d’activité d’EWS et aucun résultat concret n’a été jusqu’à présent communiqué. A l’exception d’un match. Le seul match qui fût détecté comme potentiellement frauduleux par la FIFA. Un Nigéria-Argentine (4-1) qui s’est déroulé en juin 2011. En 6 ans d’activités – EWS a été créé en 2005 mais annonce n’avoir commencé ses activités qu’en 2007 – EWS n’a rien trouvé de plus qu’un match amical international sans intérêt sportif, et dont seul le cinquième but obtenu sur penalty à la 98ème minute du match fut considéré comme suspect. Quand bien même EWS est partenaire des principaux bookmakeurs européens et qu’il a à sa disposition les flux financiers concernant ces preneurs de paris, cette société ne trouve rien. Si nous étions caustiques et que nous voulions penser que cette société a été mise en place dans le but de ne rien trouver, nous serions obligés de remarquer qu’EWS excelle dans cet exercice.

Pour l’UEFA et Sportradar, les résultats ne sont guère plus encourageants. Sportradar a aussi une activité en parallèle de « collecteur de données » et travaille à ce titre pour les bookmakeurs en leur permettant, grâce à leurs « scouts » qui assistent à l’ensemble des matchs professionnels, d’avoir les scores en temps réel. En résumé, Sportradar travaille contre la fraude et en même temps la permet, mais sans pour autant que cette deuxième activité soit illégale. Pour information, dans ce secteur des collecteurs de données sportives, ses principaux concurrents sont Running Ball et Real Time Sportscast. Ceux qui travaillent comme scout pour une de ces sociétés ont déjà eu l’immense plaisir de couvrir des matchs des équipes réserves professionnelles devant parfois moins de trente supporters et avec malgré tout trois scouts accrochés à leur téléphone portable pour communiquer les actions de jeu. Dans ces moments-là, il est impossible de ne pas se rendre compte de l’incongruité de la situation et de se poser la question suivante : pourquoi trois scouts pour ce match et pourquoi donc y a-t-il autant de paris sur un match qui n’a aucun intérêt sportif et aucun intérêt médiatique ?

A l’instar d’EWS, Sportradar et l’UEFA ne communiquent aucun résultat concret. Sportradar a tout de même osé déclarer que 1% des matchs étaient truqués. Ils nous annoncent également coopérer avec Interpol… mais c’est pourtant Europol qui a mis à jour le réseau qui aurait truqué les 380 matchs incriminés. Le Calciopoli, quant à lui, fut révélé à la suite d’écoutes téléphoniques demandées par la justice italienne et non pas par EWS ou Sportradar.

La FIFA et l’UEFA ont-ils un intérêt à découvrir la triche ?

EWS a été créé de toute pièce par la FIFA. C’est une filiale de la FIFA et cette dernière se retrouve donc dans une contradiction : promouvoir le football et en dénoncer les abus. La situation est équivalente pour l’UEFA et Sportradar. Sportradar pourrait être, supposons, mandaté pour ne pas discréditer le football. C’est un peu comme les audits des institutions publiques. L’auditeur se retrouve dans une situation inconfortable. Il doit à la fois dénoncer les manquements de l’institution et en même temps soigner dans le sens du poil cette dernière, qui doit lui attribuer les prochains audits. Un auditeur trop virulent ne sera jamais reconduit. Si Sportradar dénonçait des milliers de matchs suspects et communiquait à la presse sur ce sujet, alors très certainement l’UEFA serait impactée par le discrédit de ses compétitions.

Il y a deux hypothèses concernant l’attitude de la FIFA et de l’UEFA sur les matchs truqués. Première hypothèse : la FIFA et l’UEFA n’ont pas les moyens de découvrir la triche. C’est probable étant donné le fait qu’une partie des paris se font sur des sites internet illégaux et donc hors de portée du contrôle d’EWS et de Sportradar. Mais ce serait désolant de savoir que nous ne pouvons rien faire contre les tricheurs.

Deuxième hypothèse : les deux institutions ferment consciemment les yeux sur la pratique pour préserver l’image de leur sport. Peut-être ont-ils une longue liste de matchs suspects qu’ils ne veulent pas transmettre aux médias. Ce serait scandaleux.

Les nombreuses affaires de dopage qui secouent le monde du cyclisme pourraient les convaincre de fermer les yeux sur la triche. Nous voyons les institutions du cyclisme combattre le problème du dopage. Aujourd’hui, alors qu’il combat ses travers, il se retrouve menacé de ne plus participer aux Jeux Olympiques et il y a fort à parier que les droits télés de ses compétitions soient négociées à la baisse.

A contrario, les instances de l’athlétisme, du football et du tennis (pour citer les sports les plus médiatiques) ne font rien ou si peu dans la détection du dopage. Jusqu’à présent, leur image n’est pas détériorée et leur participation aux Jeux Olympiques pas mise en doute. Fermer les yeux sur le dopage, la corruption et la triche réussit donc très bien.

Le dernier exemple en date de cette hypocrisie est le passeport biologique. Il est prouvé, et Michael Rasmussen (ex-cycliste de la Rabobank ayant avoué s’être dopé) l’a confirmé très récemment, que son efficacité est presque nulle dans la détection du dopage. Il est finalement aisé de se doper sans modifier le taux d’hématocrite. Et c’est au même moment que nous apprenons l’inefficacité du passeport biologique que l’on évoque pour la première fois la possibilité de le mettre en place pour les tennismen et les footballeurs.

Finalement, est-ce grave ?

Nous pouvons toujours nous rassurer en nous disant que les matchs truqués concerne majoritairement des championnats « exotiques » tels que les championnats albanais et bulgares ou des matchs de deuxième, troisième voire quatrième division que nous ne regardons pas et que nous ne regarderons jamais. C’est souvent le cas. Sauf qu’il est difficile pour les tricheurs de miser des grands montants sur ces matchs.

Sur un site internet légal, la fraude serait visible et sur un site internet illégal, il est probable de ne pas recevoir son dû. L’organisateur n’est généralement pas dupe quand une équipe qui domine son championnat se prend une raclée à domicile le jour même où un pari de plusieurs centaines de milliers d’euros est fait sur son faible adversaire. Le tricheur est donc poussé à passer par l’offre légale car elle est plus sécurisée. Il a aussi intérêt à tricher sur des matchs prestigieux pour que les grands montants qu’il engagera passent inaperçus. Dans les 380 matchs truqués, il y a un match de Ligue des Champions et en l’occurrence il s’agirait de Liverpool – Debrecen (1-0) en 2009. D’aucuns se remémoreront également la performance très faible de l’axe de la défense et du gardien du Dinamo Zagreb face à Lyon en 2011 (7-1) dans cette même compétition.

Et là, si la Ligue des Champions, la plus belle des compétitions est touchée, alors oui c’est grave.

Pour aller plus loin sur le sujet : « Sport, Mafia et Corruption », documentaire télévisé de Hervé Martin Delpierre, produit par ARTE France et Crescendo films. « Comment truquer un match de foot ? », livre de Declan Hill aux éditions Florent Massot

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