1930-2018, une histoire géopolitique de la Coupe du Monde (partie 2)
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1930-2018, une histoire géopolitique de la Coupe du Monde (partie 2)

De 1930 à 2018, en 21 éditions, la Coupe du Monde a toujours été le reflet du contexte géopolitique de son temps … Sans remonter jusqu’aux premiers Jeux Olympiques de l’Antiquité ni même à la soule florentine, le football moderne s’est constitué sur deux piliers : la séparation entre football et rugby au milieu du XIXe siècle en Angleterre, la création de la Football Association en 1863 et enfin les premiers Jeux Olympiques modernes, en 1896 à Athènes grâce au baron Pierre de Coubertin.

En 1978, l’Argentine accueille la dixième Coupe du Monde. Depuis 1976, la junte militaire du général Videla dirige un pays pourtant déjà habitué à la dictature pendant les années Juan Peron (1946-1955 et 1973-1974). En France, des intellectuels et artistes, dont Marek Halter, Simone Signoret, Maurice Clavel ou Bernard-Henri Lévy, dénoncent les crimes de la junte, voire demandent le boycott du tournoi. Des manifestations prennent forme à Paris, Dijon, Grenoble, Lyon ou Toulouse. Mais la raison d’Etat l’emporte : le gouvernement de Raymond Barre et le président Valéry Giscard d’Estaing ne s’opposent pas à ce que l’équipe de France de Michel Hidalgo, qualifiée pour la première fois depuis 1966, aille en Argentine. Les intérêts commerciaux de Renault et de Matra, qui vendra des missiles Exocet utilisés pour la guerre des Malouines, sont en jeu. La comparaison avec les Jeux Olympiques 1936 de Berlin est souvent faite. Amnesty International s’en mêle. Jimmy Carter, lui, réussit à faire signer les accords de Camp David entre l’Egypte et Isräel, fort des techniques de négociation de Harvard. La Bretagne découvre elle une nouvelle marée noire, celle de l’Amoco Cadiz, onze ans après le Torrey Canyon. 1978 sera l’année des trois papes, Paul VI, Jean-Paul Ier et Jean-Paul II. Le deuxième ne règnera que 33 jours en tant qu’évêque de Rome. La loge P2 (Propaganda Due) de Licio Gelli a-t-elle un lien avec la mort de l’ancien cardinal de Venise ? En tout cas, elle a des ramifications en Argentine, et des liens avec le régime autoritaire de Videla. Contrairement aux apparences, ce n’est pas la raison pour laquelle Johan Cruyff boycotte ce Mundial argentin, malgré les demandes de la reine Juliana. Il y a autant de théories que de poupées gigognes dans un modèle vendu à Moscou. Le numéro 14 du Barça et de la sélection expliquera bien plus tard qu’il avait subi l’expérience d’un cambriolage traumatisant dans sa maison de Barcelone en 1977, et qu’il ne voulait pas se rendre en Argentine. Pour d’autres, c’est le souvenir de la piscine de Munster qui fait que Johan ne parte plus loin de son épouse Danni … Avec Robbie Rensenbrink, Arie Haan, Johnny Rep et Johan Neeskens, les Pays-Bas parviendront en finale de ce Mundial où le sport passe au second plan. Responsable de l’organisation, le général Omar Actis est assassiné le 19 août 1976 (jour de sa première conférence de presse), remplacé par l’amiral Carlos Lacoste. Tout près du stade Monumental où se déroule la finale le 25 juin 1978, un Auschwitz argentin tourne à plein régime, à l’Ecole de Mécanique de la Marine. Un camp de torture et d’extermination fait des centaines de victimes. Certains prisonniers sont ensuite jetés vivants dans l’océan Atlantique Sud. Le régime argentin se félicite de l’absence du voisin chilien, le régime de Pinochet auquel il dispute la Terre de Feu, le point le plus méridional de la planète, exception faite de l’Antarctique. Omar Actis avait refusé à Joao Havelange la construction d’un nouveau stade. Le zèle de Carlos Lacoste sera récompensé en 1979 par un poste de vice-président de la FIFA, mandat dont il devra démissionner en 1984, un an après le retour de la démocratie en Argentine … A Rosario, les bidonvilles en périphérie de la cité furent cachés par des murs où étaient peintes en trompe-l’œil des maisons colorées. La mascarade atteint le firmament lors du célèbre match Argentine / Pérou où l’Albiceleste doit marquer quatre buts à son voisin péruvien pour devancer le Brésil à la différence de buts. L’enjeu est crucial pour les hommes de Luis Cesar Menotti : se qualifier pour la finale. Pour cette Coupe du Monde, Menotti a mis de côté un prodige surnommé El Pibe del Oro : Diego Armando Maradona. A seulement 17 ans, le génie devra attendre l’édition espagnole 1982 pour faire voir son talent sur l’échiquier mondial du football. La star de cette Argentine jouant avec short court et manches très longues est Mario Kempes, alias El Matador, deux fois pichichi en Espagne avec le FC Valence. Ce match est surréaliste, tout d’abord parce que Jorge Videla et Henry Kissinger rendent visite à l’équipe nationale du Pérou avant le match dans son propre vestiaire ! Le dictateur argentin y évoque la fraternité entre les peuples d’Amérique Latine et sa solidarité dans de nombreux intérêts communs. Ensuite parce que le gardien péruvien, Ramon Quiroga, est d’origine argentine, nationalisé péruvien quelques semaines seulement avant la compétition. Ensuite car pendant ce match fou où les papelitos pleuvent sur la pelouse de Rosario, une bombe explose au domicile de Roberto Teodoro Alemann, membre du gouvernement argentin opposé aux dépenses pharaoniques engagées par Videla et Lacoste pour cette Coupe du Monde 1978 en forme de propagande à la Goebbels (chiffrées à plus de 700 millions de dollars) … Depuis le début du Mundial, l’attitude de l’Argentine à l’égard de la délégation péruvienne a tout de l’entreprise de séduction. Contre l’Ecosse que le Pérou affronte à Cordoba, l’amiral Eduardo Massera (membre de loge P2) convie le président péruvien Francisco Morales Bermudez en tribune. En vain. Ce dernier s’affichera cependant au match suivant avec Jorge Rafael Videla et Joao Havelange contre l’Iran (4-1), toujours à Cordoba. Au deuxième tour, la pression devient terrible. Un émissaire du Brésil vient proposer à Hector Chumpitaz, Teofilio Cubillas et leurs coéquipiers une propriété dans le Sud- Est du pays, ou une plage de Pernambouc. Trois joueurs péruviens auraient touché de l’argent de l’Argentine pour jouer en dedans … Combien ? Certains évoquent jusqu’à 200 millions de dollars, une somme folle passée par l’intermédiaire du cartel colombien de drogue de Cali, concurrent de Pablo Escobar basé à Medellin. Le contexte géopolitique de ce match surréaliste du 21 juin 1978 reste l’Amérique du Sud des années 70, et l’opération Condor, alliance entre les dictatures sud-américaines : Argentine de Videla, Brésil, Chili de Pinochet, Paraguay de Stroessner et Uruguay de Bordaberry. Le président péruvien Francisco Morales Bermudez aurait offert ce match sur un plateau à Videla en contrepartie d’un service rendu : que son homologue argentin le débarrasse de treize opposants gênants. Les treize opposants auraient dû être balancés via un « vol de la mort » comme le régime de Videla avait l’habitude d’en organiser dans les eaux du Rio de la Plata séparant Buenos Aires de Montevideo … Heureusement, une photo de l’avion Hercules péruvien, prise par un reporter dans la baie de Jujuy, met la puce à l’oreille des instances des Droits de l’Homme à Paris. Jorge Videla est contraint de renoncer, et les proies peuvent filer vers le Mexique puis vers la France, où l’Elysée et le gouvernement Barre ont agi sous la pression du COBA, le COmité pour le Boycott de l’organisation de la coupe du monde de football par l’Argentine … Selon Alemann, l’Argentine aurait ensuite versé 50 millions de dollars au Pérou, plus un crédit non remboursable de 35 000 tonnes de blé en la faveur de son voisin. Pour mêler son nez dans les affaires de Lacoste et Videla, Alemann voit son domicile frappé d’un attentat à la bombe à 20h22, minute précise où Leopoldo Luque marque le quatrième but, celui de la délivrance … Lacoste, lui, aura vu son patrimoine personnel progresser de 433 % entre 1977 et 1979, une vraie caverne d’Ali Baba … Mais Argentine – Pérou n’est pas le seul match étrange dans le parcours des coéquipiers d’Ubaldo Fillol et Mario Kempes dans leur première quête du Graal mondial : contre la Hongrie en ouverture, les deux stars magyars (Torocsik et Nyilasi) sont expulsées en fin de match. Face à la France, une main involontaire de Marius Trésor est sanctionnée d’un penalty transformé par le capitaine Daniel Passarella. Contre la Pologne, Mario Kempes arrête un ballon de la main sur la ligne de but sans être expulsé. Le penalty de Kazimierz Deyna est raté de façon étrange par la star polonaise … Enfin en finale face aux Pays-Bas où Rensenbrink manque l’estocade en touchant le poteau à la 90e minute, Luis Cesar Menotti réalise son discours d’avant-match dans le vestiaire sans le gardien Fillol ni les remplaçants, le temps de doper les dix joueurs de champs. Le sélectionneur insiste pour jouer au nom du peuple : On ne va pas gagner pour ces fils de pute mais pour alléger les douleurs des gens. Menotti conseille à ses hommes de ne pas regarder la tribune officielle pendant les hymnes, mais de fixer le public : les bouchers, les boulangers, les ouvriers et les chauffeurs de taxi. Et pour Mario Kempes et Alberto Tarantini, le tour d’honneur dure une heure le temps de faire retomber les injections. L’urine analysée contiendra celle d’une femme enceinte … Occupé à fêter le titre avec les aficionados dans les tribunes de Buenos Aires, le meilleur buteur et meilleur joueur du Mundial, Mario Kempes, fut le seul joueur argentin à manquer la remise officielle de la Coupe du Monde et donc à ne pas serrer la main du dictateur Videla en ce 25 juin 1978. Un acte manqué ? L’ombre du Condor plane toujours sur le Monumental près de quarante ans plus tard …

En 1982, l’Espagne sort d’une période de transition démocratique, sept ans après la mort de Franco en 1975. Désigné héritier par le Caudillo en 1969, Juan Carlos a berné Franco car l’héritier de la dynastie des Bourbon va instaurer la démocratie. Mais celle-ci est fragile, comme le montre la tentative manqué de coup d’Etat du 23-F, le 23 février 1981, où Juan Carlos gagne ses galons de père de la patrie espagnole. Le pays avait obtenu l’organisation de la Coupe du Monde dès juillet 1966, se retirant au profit de la RFA pour 1974 en contrepartie du retrait ouest-allemand pour 1982. Joao Havelange s’occuper de gérer avec clientélisme ses pays électeurs. En contrepartie du vote des pays africains et asiatiques pour Juan Antonio Samaranch comme président du C.I.O. en 1980 à Moscou, l’Espagne de Juan Carlos accepte le passage de 16 à 24 équipes pour ce Mundial 1982, et tirera les marrons du feu avec l’obtention des Jeux Olympiques d’été de 1992 à Barcelone. Ce ne sont plus 38 mais 52 matches qui seront diffusés et sponsorisés par les partenaires économiques de la FIFA. A Zurich, un certain Joseph Blatter a été placé à la FIFA en 1975 par Horst Dassler. Cet ancien cadre de l’horloger Longines remplacer en 1981 le docteur Helmut Käser comme secrétaire général de la FIFA. Tombé en disgrâce auprès du roi Soleil Joao Havelange, Käser tombe de Charybde en Scylla. En 1983, il n’est pas invité au mariage de sa propre fille Barbara. Comble du déshonneur, celle-ci épouse … Sepp Blatter ! Le favori du tournoi espagnol est le grand Brésil de Tele Santana, fort de son joyau Zico, de son poumon Falcao et de son inspirateur Socrates. Ce dernier, frère aîné de Rai, porte le prénom d’un philosophe grec. Ses autres frères, Rai excepté, tirent aussi leur nom de références antiques, avec Sostenes (cité dans l’épitre de Saint-Paul) et un Sophocles, du nom de l’auteur d’Œdipe Roi adapté en 1975 au cinéma par Pier Paolo Pasolini. Docteur en médecine et grand fumeur devant l’éternel, Socrates défendra la démocratie au Brésil. Comme le cycliste Gino Bartali qui avait contribué à sauver des Juifs durant la guerre (cachant des documents dans le cadre de son vélo et se rendant de couvent en couvent entre Florence, Assise ou Gênes), Socrates dépasse le simple cadre du sport. Mais son but contre l’UR.S.S. n’en reste pas moins un chef d’œuvre. La Seleçao pense avoir trouvé la martingale gagnante. Elle atteint son climax lors d’une démonstration 3-1 face à l’Argentine où le jeune Maradona mesure encore le chemin à parcourir pour éblouir une Coupe du Monde comme le fait Zico, le Pelé Blanc de Flamengo. Mais l’Italie, où Enzo Bearzot a instauré un silenzio stampa après l’opprobre jetée par la presse sportive lors d’un premier tour moribond (trois matches nuls et deux buts marqués seulement), va se mettre en travers de ce Brésil naïf tactiquement. Claudio Gentile ayant muselé Maradona face à l’Argentine, les deux équipes jouent un quart de finale à Sarria, sur les hauteurs de Barcelone. Les épiciers contre les artistes, les serruriers contre les magiciens, les bouchers contre les virtuoses. La caricature est facile mais c’est pourtant le moins talentueux qui va gagner, avec un réalisme effarant, là où le Brésil est sur son propre nuage, dans une autre dimension : celle du rêve. Le réveil va être douloureux, façon uppercut de Mike Tyson en plein dans la gencive. Zico pris par le cerbère Gentile, les autres stars italiennes se chargent du travail. Dino Zoff, Bruno Conti et surtout Paolo Rossi offrent la victoire à la Squadra Azzurra, tandis que le Brésil n’a cessé de courir après le score. Ce 5 juillet 1982, à Rio de Janeiro et Sao Paulo, reste le jour où le football est mort. D’autres équipes seront des héros malheureux de ce Mondial, comme l’Algérie de Belloumi et Madjer. Les Fennecs s’offrent le scalp de la RFA, championne d’Europe en 1980 en Italie. La prouesse des stars du Maghreb reste sans lendemain. Comme en 1978 pour Argentine / Pérou, un match va profiter de la connaissance du résultat de celui de ses rivaux pour fausser la glorieuse incertitude du sport. Le match de la honte RFA / Autriche est gagné par les hommes de Jupp Derwall 1-0 sur un but de raccroc de Horst Hrubesch. Derwall qui avait pourtant déclaré, avec une arrogance non dissimulée : Si nous ne battons pas l’Algérie, je rentre par le premier train. Le sélectionneur allemand sera bien là jusqu’à la grande finale de Madrid … L’autre cocu du premier tour est le Cameroun de Roger Milla, privé d’un but valide face au Pérou par l’arbitre autrichien Franz Wöhrer. Avec ce but camerounais, l’Italie n’aurait pas accédé au deuxième tour … La seule consolation est pour Thomas N’Kono. Le gardien camerounais est embauché par l’Espanyol de Barcelone, où il jouera pendant dix ans. La France, elle, se voit annuler un but valable d’Alain Giresse par l’intervention sur le terrain du cheikh du Koweït. Les Bleus gagneront 4-1 avant que Manuel Amoros ne sauve la patrie face à la Tchécoslovaquie de Panenka. La France frôle l’exploit à Séville en demi-finale mais l’entrée en jeu de Rummenigge en prolongation redonne la grinta nécessaire à la RFA. Car cette équipe de France a un péché mignon : elle ne sait pas tenir un résultat. La RFA va en profiter pour tirer les marrons du feu. Menée 1-3, cette dernière revient à 3-3 et l’emporte aux tirs aux buts, pendant que Patrick Battiston a évité de peu la mort sur la barbare agression d’Harald Schumacher. Pas même averti et encore moins expulsé par l’arbitre néerlandais Charles Corver, le bourreau de Battiston sera ignoble jusqu’au bout : Je lui paierai ses frais de dentiste. La sortie violente du gardien de Cologne inspire l’acteur Francis Huster, passionné de football qui se fend “Lettre ouverte à Michel Platini”, écrite peu après le match dans sa nuit d’insomnie du 8 au 9 juillet 1982, le comédien engagé fait les louanges de ces qualités qui ont coûté cher aux joueurs français et emploie des mots très durs pour qualifier les footballeurs Outre-Rhin, renforçant ainsi inexorablement l’antagonisme franco-allemand : Ce pourquoi Cyrano, Molière, Jean Moulin en France sont morts : le panache. Contre la brute aveugle, contre la bêtise de la force, contre la masse de muscles sans faille, vous avez jailli avec votre poésie, votre imagination, votre finesse, votre inspiration, et tu sais quoi Michel, votre humilité. Mais plus que jamais, lors du match de 1982, les vieilles rancœurs sont réapparues. Si de nombreux Français font ainsi le serment de ne plus jamais mettre les pieds Outre-Rhin, la haine est principalement canalisée sur le gardien allemand Harald « Toni » Schumacher. Surnommé Schumacher-SS, il devient le personnage allemand le plus détesté des Français devant Adolf Hitler ! Le magazine Paris-Match rajoute alors de l’huile sur le feu en prolongeant la comparaison avec les précédents affrontements franco-allemands : Tout est guerre. Et 1914. Et 1940. Et 1982 où, pour la troisième fois en un siècle, la France rencontrait l’Allemagne dans un match et le champ de bataille de Séville. Ce sentiment haineux d’injustice français est tel que le Président de la République François Mitterrand et le chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt se voient dans l’obligation d’écrire un communiqué commun afin de ne pas mettre en péril une entente harmonieuse. Deux ans plus tard, par leur émouvante poignée de mains du 22 septembre 1984, devant la nécropole de Douaumont, François Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl offrent à l’Europe entière l’image symbole du pacte franco-allemand, garant de paix sur le Vieux Continent, donnant ainsi une belle leçon aux imbéciles qui ont voulu exploiter la défaite de Séville à des fins d’anti-germanisme primaire … En finale à Madrid, l’Italie venge la France, battant la RFA 3-1. A quarante ans, Dino Zoff soulève dans le ciel de la Castille le trophée de la Coupe du Monde, la troisième pour la Nazionale. Il était temps pour le gardien de la Vecchia Signora, qui partira en retraite en 1983. En parallèle de ce Mundial espagnol spectaculaire, la guerre des Malouines gagnée par le Royaume-Uni de Margaret Thatcher face à l’Argentine de Jorge Videla servira de terreau à l’édition suivante de la Coupe du Monde.

En 1986, c’est le Mexique qui organise la Coupe du Monde, après le désistement en 1983 de la Colombie. Mais dès 1980, l’aigle bicéphale Dassler / Havelange espérait le retrait colombien, comme en témoigne cette déclaration du Machiavel d’Adidas : En 1986, la Coupe du Monde de football sera probablement donnée au Mexique si la Colombie se désiste de son mandat d’organisateur, une possibilité, qui, pour l’instant, est prise en compte par la FIFA. Le Brésil est aussi considéré comme un second choix possible par les cercles d’influence de la Fédération Internationale, même si le président de la FIFA, le docteur Joao Havelange, use du tout le prestige de sa position pour aider de tout son poids la candidature de son pays natal. Ces mêmes cercles considèrent absurde et presque ridicule les suggestions de tenir une Coupe du Monde aux Etats-Unis. D’autant plus que l’intérêt pour le soccer est en déclin aux Etats-Unis. Certains voient même l’existence de la North American Soccer League remise en question. Le coup de grâce sera en effet porté à la NASL par la désignation du Mexique au détriment de la candidature américaine. La Warner Bros, propriétaire du Cosmos New York qui avait enrichi Pelé, Chinaglia ou Beckenbauer, cessera d’investir dans un championnat privé d’une caisse de résonance telle que la Coupe du Monde. Dix ans après la candidature américaine défaite pour les Jeux Olympiques de 1976 (année du bicentenaire de l’indépendance des Etats-Unis), bien que Richard Nixon et Henry Kissinger aient offert des pierres de lune aux membres du CIO, l’Amérique apprend à perdre face au voisin mexicain, comme Los Angeles face à la candidature de Montréal. L’oncle Sam s’en souviendra, notamment pour les Jeux Olympiques d’Atlanta en 1996, privant Athènes du centenaire des Jeux de 1896. Ironie du destin, Mexico est frappé en septembre 1985 par un terrible séisme. Mais le Mexique honorera tout de même son engagement, devenant le premier pays, avant l’Italie (1990), la France (1998), l’Allemagne (2006) et le Brésil (2014) à recevoir une deuxième fois l’épreuve suprême du football mondial. Quand l’heure du tournoi arrive, le monde est encore sous le choc de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, le 28 avril 1986 en Ukraine. Cela n’a pas perturbé les joueurs du Dynamo Kiev, qui ont écrasé l’Atletico Madrid 3-0 à Lyon en finale de la Coupe des Coupes. Alors que le football n’a toujours pas digéré le traumatisme du Heysel le 29 mai 1985 à Bruxelles, l’Europe politique a vu l’Espagne et le Portugal rejoindre la C.E.E. portant à douze le nombre de ses membres, la Grèce ayant rejoint l’union en 1981. Les favoris sont au nombre de trois : la France de Platini, surnommé le Brésil de l’Europe depuis sa victoire à l’Euro 84, l’Argentine de Maradona, et le grand Brésil de Zico. Le triple Ballon d’Or (1983, 1984, 1985) français, victime d’une tendinite, ne sera pas au mieux durant ce tournoi où les Bleus dominent l’Italie puis le Brésil, le 21 juin 1986. Deux jours après la mort de Coluche en moto à Opio, la France se hisse en demi-finale après un match sublime où Joël Bats a sauvé la patrie devant un penalty de Zico. Platini et Socrates ratent chacun un tir aux buts dans la fatidique séance om Luis Fernandez qualifie les Bleus. Le lendemain à Detroit, Ayrton Senna gagne le Grand Prix des Etats-Unis de Formule 1 devant deux pilotes français, Jacques Laffite et Alain Prost. Le pilote brésilien de Lotus Renault prend une habitude, utiliser son drapeau national comme emblème de victoire, geste qu’il répètera à domicile à Interlagos en 1991 et 1993, sur l’autodrome José Carlos Pace de Sao Paulo. Zico et Socrates, rois maudits, sont rejoints au tour suivant par Michel Platini, puisque la RFA se montre impitoyable. Il faudra tout le talent de Diego Maradona en finale pour priver l’Allemagne du titre mondial. El Pibe del Oro est de très loin le meilleur joueur de ce treizième édition, malgré les parades du gardien belge Pfaff et les six buts de la fine gâchette anglaise Lineker. Contre l’Argentin, le buteur d’Everton suave l’honneur après deux buts inoubliables de Maradona. Le premier, la fameuse Main de Dieu, permet aux hommes de Carlos Bilardo de venger la guerre des Malouines face à la Perfide Albion, ainsi que les injures d’Alf Ramsey en 1966 à Wembley. Par sa main face à Peter Shilton, Diego a brisé deux totems. Le second, un slalom spécial face aux défenseurs de Three Lions aussi inoffensifs que de piquets dans une descente de ski alpin à Kitzbühel ou Cortina d’Ampezzo, fait rentrer le numéro 10 napolitaine dans la légende du football. En moins de dix secondes, Maradona devient un Dieu vivant … Quant à Thierry Roland, connu pour ses fulgurances à l’antenne, sa remarque raciste sur l’arbitre du match vaudra à Antenne 2 de gérer un incident diplomatique avec la Tunisie : Honnêtement, Jean-Michel Larqué, ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien pour arbitrer un match de cette importance? (…) Je ne suis pas raciste, je n’ai rien contre les tunisiens. D’ailleurs, ma femme de ménage est tunisienne. Le journaliste gratifiera les télévisions de France et de Navarre d’autres punchlines en 1998 et 2002 … Le succès 2-1 de l’Albiceleste contre les Three Lions ne sera pas une victoire à la Pyrrhus. Sorte de dragster trempé dans la nitroglycérine comme Achille dans le Styx, Maradona élimine les Diables Rouges belges à lui tout seul en demi-finale par un nouveau doublé : Diego est l’arme fatale de ce mois de juin 1986, sorte d’orichalque unique en son genre. Un ultime caviar du prodige en finale permet à l’Argentine de marquer le troisième but vainqueur par Jorge Burruchaga.

En 1990, le communisme vit son crépuscule après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989. L’Italie de Giovanni Agnelli accueille sa deuxième Coupe du Monde, pour tourner le dos aux années de plomb. Le propriétaire de la FIAT, bien que sa Juventus soit dominée par l’AC Milan du nouveau tycoon des médias Silvio Berlusconi, place son fidèle Luca Cordero Di Montezemolo à l’organisation de ce Mondiale. La fin du bloc communiste débloque la situation de Nelson Mandela en Afrique du Sud. Le leader de l’A.N.C., symbole de la lutte contre l’apartheid, emprisonné depuis 1962 (dont 18 ans à Robben Island), est libéré le 11 février 1990, Johannesburg n’étant plus une menace potentielle du fait de la perte d’influence de l’Union Soviétique sur l’échiquier géopolitique. Les Etats-Unis, seule hyper-puissance restante dans le monde, font leur retour en phase finale pour la première fois depuis 1950. Les Américains ont encore beaucoup à apprendre avant d’organiser l’évènement en 1994 … L’Angleterre, elle, est confinée en Sardaigne pour que la police italienne puisse mieux circonscrire les éventuels hooligans sur l’île. Cinq ans après le Heysel, la Perfide Albion fait encore peur. L’affiche de ce Mondiale montre le Colisée de Rome accueillir un terrain de football. Trente ans après les Jeux Olympiques de Rome (1960), l’Italie doit vaincre à domicile comme les gladiateurs devant les empereurs romains. Mais malgré la qualité de l’effectif (Zenga, Baresi, Maldini, Bergomi, Baggio, Vialli …), les rivaux ne manquent pas : l’Argentine de Maradona, la RFA de Mätthaus, les Pays-Bas de Van Basten, le Brésil de Careca voire même l’Angleterre de Lineker ou la Yougoslavie de Stojkovic. Le rayon de soleil de ce Mondiale sera le Cameroun, auteur du premier exploit dès le match d’ouverture à San Siro face à l’Argentine (1-0). Mais cette victoire milanaise des Lions Indomptables ne sera pas un feu de paille, et seule l’expérience de l’Angleterre viendra à bout du superbe parcours des Camerounais en quart de finale dans un volcan de San Paolo qui accueille ensuite une affiche explosive : Argentine / Italie. L’Albiceleste a éliminé le Brésil en droguant le joueur auriverde Branco avec une bouteille d’eau préparée tandis que Caniggia profite du marquage de Maradona pour marquer face à Taffarel, avant de sortir les virtuoses yougoslaves in extremis à Florence aux tirs aux buts, dans une séance où le gardien argentin Goycochea soulage sa vessie sur la pelouse de Toscane … Avant d’affronter le pays organisateur où Toto Schillaci vit une sorte d’été indien, Diego Maradona chauffe le peuple de Naples, au pied du Vésuve : Amis napolitains, pendant 364 jours par an, vous êtes considérés comme des étrangers dans votre propre pays. Aujourd’hui, vous devez faire ce qu’ils veulent que vous fassiez, en supportant l’équipe d’Italie. À l’inverse, moi, je suis napolitain pendant 365 jours par an. Walter Zenga encaisse son premier but du tournoi devant Claudio Caniggia. Schillaci égalise mais la Squadra Azzurra se fait sortir de son tournoi aux tirs aux buts. En finale, alors que Gary Lineker peut déposer le brevet pour sa célèbre phrase sur l’Allemagne (Le football est un jeu qui se joue à onze et où les Allemands gagnent toujours à la fin), la RFA marque sur penalty grâce à Andreas Brehme, Lothar Mätthaus ressentant une gêne dans sa chaussure. Quel plus beau cadeau pour l’Allemagne, trois mois avant la réunification entre RFA et RDA sous l’égide du chancelier Kohl ? Au lendemain du concert des trois ténors (Luciano Pavarotti, Placido Domingo et José Carreras) à Rome que l’on retrouvera en 1994 à Los Angeles et en 1998 à Paris, ce Mondiale se finit 1-0 en queue de poisson, avec un nombre de buts marqués très pauvres et un spectacle désolant, les artistes sont restés muets, se regardant en chiens de faïence au pays du catenaccio. Dans Maradona d’Emir Kusturica (2008), le roi Diego ressasse sa théorie du complot. Tout serait parti de cette élimination italienne, avec multiples effets boomerangs : arbitre mexicain Codesal manipulé pour faire gagner la RFA, contrôle anti-dopage de mars 1991. En tout cas, Maradona entame sa descente aux Enfers à partir de ce mois de juillet 1990, après avoir offert un deuxième Scudetto à Naples, devant le grand Milan de Sacchi et Berlusconi. Sans le savoir, Bernard Tapie emprunte lui aussi le toboggan du déclin, la pente savonneuse vers la loose. Ayant annoncé le rachat d’Adidas la veille de la grande finale, le patron de l’OM a compris lors de l’élimination du club phocéen par Benfica Lisbonne comment gagner une Coupe d’Europe, après l’épisode de la main de Vata. Bernard Tapie paiera aussi très cher son différend avec le Crédit Lyonnais dans la vente d’Adidas en 1993. Mais en ce mois de juillet 1990, le propriétaire du Phocéa a le vent en poupe, se permettant même de faire signer Franz Beckenbauer sur la Canebière, un an après avoir raté de peu le transfert de Diego Maradona de Naples vers la Commanderie …

En 1994, encore marquée au fer rouge par le suicide Kurt Cobain le 7 avril, l’Amérique du président Bill Clinton accueille la World Cup, dix ans après les Jeux Olympiques d’été de Los Angeles. Diana Ross vient chanter au Soldier Field de Chicago en ce 17 juin 1994, où l’Allemagne de Jürgen Klinsmann domine 1-0 la Bolivie, qui avait commis le crime de lèse-majesté de vaincre le Brésil en éliminatoires à la Paz, la plus haute capitale du monde. Mais Romario, rappelé par Carlos Alberto Parreira, avait remis l’Eglise au milieu du village lors d’un doublé au Maracaña face à l’Uruguay le 19 septembre 1993 … Pour Pelé, qui tient une chronique dans USA Today, le favori est la Colombie, qui a massacré l’Argentine 5-0 en 1993 durant les éliminatoires de la zone sud-américaine : l’Albiceleste se qualifiera par la petite porte, via un barrage contre l’Australie. Le but mythique de Diego Maradona contre la Grèce (avec ce regard plein de fureur du Pibe del Oro devant les caméras de télévision), en forme de chant du cygne du gamin en or, et l’explosion au plus haut niveau de Gabriel Batistuta seront les seules satisfactions d’une édition qui verra l’Argentine rentrer bredouille. Car une fois Diego exclu pour dopage par la FIFA après la victoire face au Nigeria à Dallas, l’Argentine illustre à merveille la citation d’Alphonse de Lamartine : Un seul être vous manque et tout est dépeuplé. Le Saoudien Al Owairan se prend pour Maradona avec un but d’extra-terrestre contre le meilleur gardien du tournoi, le Belge Michel Preud’Homme, mais malgré cette copie carbone du but de Diego contre l’Angleterre en 1986, l’original reste incomparablement supérieure à la copie … En effet, sans son capitaine, l’Albiceleste cède par deux fois contre les voisins des Balkans, la Bulgarie (0-2) puis la Roumanie (2-3), qui avait déjà coupé l’herbe sous le pied du favori colombien au premier tour. Car le Maradona des Carpates, alias le Roumain Gheorghe Hagi, trop heureux du sortir du purgatoire vécu en Série B avec Brescia Calcio, va ramener les Colombiens à la raison d’un lob rappelant celui du Monténégrin Dejan Savicevic en finale de la ligue des Champions à Athènes face au Barça de Cruyff, qui perd ce jour là son titre de Dream Team. Battus également par le pays organisateur avec un but contre son camp d’Andres Escobar, la Colombie de Francisco Maturana rentre à la maison prématurément, malgré son toque précurseur qui inspirera Pep Guardiola plus tard. Andres Escobar est assassiné le 2 juillet 1994, lui l’homonyme du patron du cartel de Medellin, Pablo Escobar, mort en 1993. Le baron de la drogue n’aura pas vu Israël et la Palestine signer les accords d’Oslo sous l’égide de Washington, pas plus que le génocide rwandais succéder à celui en vigueur en ex-Yougoslavie, ni François Mitterrand et la reine Elizabeth inaugurer l’Eurostar entre la France et l’Angleterre en mai 1994, avec un clin d’œil jusqu’en 2007 pour les mangeurs de grenouilles arrivant à Londres, à Waterloo Station, du nom de la plus terrible défaite de Napoléon. Le tunnel sous la Manche, tout bon pour Dennis Bergkamp qui va contracter une phobie de l’avion durant le tournoi à Orlando et pourra ainsi rejoindre l’Hexagone en 1998, tant pis pour Français et Anglais qui regardent ce Mondial à la télévision, une première commune depuis 1974 ! Le Brésil, lui, joue pour la mémoire d’Ayrton Senna son as du volant, également triple en champion du monde en quête d’une quatrième couronne mondiale. L’archange est décédé le 1er mai dans le cockpit de sa Williams-Renault FW16 après un crash dans le virage de Tamburello, sur l’autodrome Enzo e Dino Ferrari d’Imola. L’hôpital de Bologne apprend l’horrible nouvelle au monde entier, dix ans avant de déclarer la mort clinique d’un autre sportif romantique, le cycliste italien Marco Pantani. Ce dernier se révèle lors d’un Giro qui précède de quelques jours cette Coupe du Monde 1994 qui n’intéresse pas vraiment l’Amérique. Occupée par le procès de l’ancienne star du football américain O.J. Simpson et la victoire des Houston Rockets d’Hakeem Olajuwon sur les New York Knicks de Patrick Ewing dans une NBA orpheline d’His Airness Michael Jordan, l’oncle Sam ignore superbement le soccer, malgré le show Robin Williams face à Sepp Blatter lors du tirage au sort en décembre 1993 à Las Vegas. En témoigne cette question d’un journaliste américain à la star allemande Lothar Mätthaus, capitaine des champions du monde sortants, à son arrivée à l’aéroport de Chicago : Qui êtes-vous ? L’Allemagne sera mise K.O. au Giants Stadium d’East Rutherford, près de New York, par un épouvantail venu de Bulgarie : Hristo Stoïtchkov. Meilleur buteur du tournoi marqué par la canicule (comme au Mexique en 1970 et 1986 les matches sont joués en pleine journée pour que les télévisions européennes diffusent les matches en prime time, avec 45 degrés Celsius et non Fahrenheit à Dallas lors d’Allemagne / Corée du Sud), le numéro 8 du Barça voit son compère en Catalogne emporter le trophée au Rose Bowl de Pasadena : Romario, muet en finale comme son rival Roberto Baggio, est sacré champion du monde en Californie, près de cette Silicon Valley et de Hollywood, moteurs de l’Amérique avec Wall Street et les grandes universités de la côte Est (Columbia, Yale, Princeton, Harvard, MIT). Dans le remake de la finale de 1970, le plus célèbre bouddhiste d’Italie manque le nirvana par un tir au but qui s’envole dans le ciel de la Cité des Anges … Baggio laisse ainsi le titre mondial à Romario, qui lui succèdera au palmarès du joueur FIFA de l’année, tout comme Stoïtchkov lui prendra le Ballon d’Or en fin d’année. Les deux joueurs du Barça soulagent la plaie béante de la défaite 4-0 au stade olympique d’Athènes, la Dream Team de Johan Cruyff ayant été hachée menue par l’AC Milan de Fabio Capello. Cruyff, lui, a refusé de coacher les Oranje¸ expliquant a posteriori sa décision avec une punchline digne de sa légende : En 1994, la sélection néerlandaise manquait d’agressivité. Comment pourrait-elle en avoir avec des joueurs leaders comme Bergkamp et Rijkaard qui n’en ont pas? Impossible. Tu ne peux pas commander un steak dans un restaurant de poissons. Il est vrai que sans Marco Van Basten et Ruud Gullit, le jeu n’en valait pas la chandelle pour Cruyff. Mais avec Argentine – Roumanie en huitième de finale (où Hagi profite d’une Albiceleste orpheline de Maradona suspendu pour dopage), Brésil / Pays-Bas sera le plus beau match de cette édition fertile en buts. Avec l’inoubliable image de Mazinho, Bebeto et Romario berçant un bébé, celui de Bebeto en l’occurrence, prénommé Mateus en hommage au joueur du Bayern Munich. En voilà au moins qui connaît le nom du capitaine de l’équipe d’Allemagne ! Bebeto qui résuma parfaitement l’esprit de cette Seleçao de Dunga vouée aux gémonies par Socrates et tous les esthètes du jogo bonito : Un même sang coule dans nos veines. Il faut dire que l’enlèvement du père de Romario et l’agression de la femme de Bebeto, avant le tournoi américain, avait soudé le groupe, qui rendra hommage à feu Ayrton Senna dans leur tour d’honneur après la victoire à Los Angeles.

En 1998, année où les livres d’Histoire rappelleront qu’un président avait une libido dévorante à Washington (Bill Clinton avec Monica Lewinsky) et un autre une addiction à la vodka à Moscou (Boris Eltsine) sans oublier de favoriser un aréopage de favoris (Wall Street via une dé-régularisation massive de la finance de marché pour Clinton, les oligarques pour Eltsine), c’est la France qui organise la Coupe du Monde, au détriment du Maroc. Connu pour ses légendaires retards, le roi Hassan II aura provoqué le courroux de Joao Havelange, et donc la défaite de la candidature marocaine. Le président brésilien de la FIFA passe le témoin à son secrétaire général Sepp Blatter, mais finit son règne de 24 ans en apothéose : cinq semaines en suite impériale à l’hôtel Bristol, là où Woody Allen tournera en 2011 son chef d’œuvre européen Minuit à Paris. L’Hexagone, qui passe aux 35 heures par les volontés du gouvernement socialiste de Lionel Jospin et Martine Aubry, a été traumatisée par le préfet de Corse Claude Erignac en février à Ajaccio. Le coupable présumé, Yvan Colonna, sera retrouvé en 2003 par la police avant un référendum et cinq années de cache dans le maquis sur l’île-de-Beauté …L’omerta en vigueur dans le peloton cycliste n’est pas plus belle quand le Tour de France part de Dublin le samedi 11 juillet, jour où le Croate Robert Prosinecki devient le premier joueur à marquer sous deux maillots différents en Coupe du Monde (le premier avait été inscrit en 1990 avec la Yougoslavie contre les Emirats Arabes Unis) : l’exclusion des Festina de Virenque, Dufaux et Zülle sera ordonnée en Corrèze une semaine plus tard à la demande du président Chirac, lequel remonte dans les sondages d’opinion face à son Premier Ministre de cohabitation Lionel Jospin. Depuis 1967, la Corrèze est la terre électorale de celui qui était surnommé le bulldozer par Georges Pompidou : pas de question de s’afficher auprès de cyclistes dopés. La belle remontée dans les sondages pourrait faire pschitt … La France voit Richard Cœur de Lion Virenque et ses cheveux blonds platine donner rendez-vous l’année prochaine avec des trémolos dans la voix. La Virenquemania part aux oubliettes, place à la Zidanemania. Jacques Chirac reçoit les champions du monde français lors de la garden-party de l’Elysée le 14 juillet, le surlendemain de la grande finale du 12 Juillet entre la France et le Brésil, où plutôt entre Adidas et Nike. La firme à la virgule force Ronaldo à jouer malgré une crise d’épilepsie dans sa chambre d’hôtel, alors que Michael Schumacher coupe en vainqueur la ligne d’arrivée du Grand Prix de Grande-Bretagne à Silverstone. Groggy comme un boxeur massacré par Rocky Balboa, le numéro 9 du Brésil était attendu comme le Messie par toute la planète football. Après deux saisons d’extra-terrestre au Barça et à l’Inter, le plus jeune Ballon d’Or de tous les temps a subi trop de pression : on lui parle matin, midi et soir des 13 buts de Just Fontaine en 1958. Son complice Romario, lui, est mis de côté par Mario Zagallo et son adjoint Zico. O Baixinho se vengera en dessinant Zagallo et Zico dans les W.C. de son restaurant à Rio de Janeiro … Après la finale gagnée par la France et qui offre une fontaine de jouvence à Gloria Gaynor (I will survive), notre Thierry Roland national assène l’une de ses phrases cultes en direct sur TF1 : Après cela, Jean-Michel, on peut mourir tranquille ! Enfin, le plus tard possible. Mais on peut ! Dans le vestiaire français après la remise de la coupe à Didier Deschamps, un échange sympa se déroule entre le Basque et Michel Platini, un peu jaloux de cette équipe où seul Zidane possède un talent comparable un sien : Alors les gars, il a fallu que j’organise un Mondial pour que vous le gagniez ? La réplique du capitaine Deschamps est au vitriol. Certains sont faits pour organiser, d’autres pour gagner. Aimé Jacquet, lui, tient sa revanche : une avenue des Champs-Elysées noirs de monde le 13 juillet 1998 pour la première fois depuis la Libération de Paris en août 1944, et une vengeance personnelle sur les Guignols de l’Info de Canal + et le journal L’Equipe, deux médias qui n’ont eu de cesse de le tourner en ridicule depuis plusieurs mois, voire plusieurs années pour le quotidien sportif, sous l’influence du tandem Jérôme Bureau / Gérard Ejnès. L’ancien coach de Bordeaux des années Claude Bez ne leur pardonnera pas. Jamais. La belle image du tournoi reste le match Iran / Etats-Unis le 21 juin au stade Gerland à Lyon, ainsi que la participation du Petit Poucet, la Jamaïque : le pays de Bob Marley et de Crab Key est étrillé par l’Argentine 5-0 au Parc des Princes, avec un triplé de Batigol. Aux antipodes, le gendarme Daniel Nivel est massacré par des hooligans allemands avant le match Allemagne / Yougoslavie au stade Félix Bollaert de Lens. Le sélectionneur croate Miroslav Blazevic aura beau porter un képi de gendarme pendant la suite du Mondial et Davor Suker enfiler les buts comme des perles, Daniel Nivel ne retrouvera jamais ses capacités, victime de séquelles irréversibles. L’antidote contre le hooliganisme n’a pas encore été trouvé … Comme l’avait écrit Michel Audiard, les cons, ça ose tout, c’est même cela qu’on les reconnait. Difficile de le contredire …

En 2002, le monde tremble encore des attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center à New York, et contre le Pentagone. George W. Bush a lancé la riposte en Afghanistan tandis que l’euro devient une monnaie concrète pour douze pays d’Europe au mois de janvier 2002. Et Lionel Jospin assume pleinement la responsabilité de [son] échec, et en tire les conclusions en [se] retirant de la vie politique. Il ne sera pas le dernier favori à mordre la poussière en 2002. Le football, lui, ne sait plus comment il s’appelle. Arrêt Bosman, Ligue des Champions XXL, favoris au tapis. La France, d’abord, certes orpheline de Pires et Zidane, dont la cuisse devient plus importante que celle de Jupiter. Pas de Bacchus à l’horizon, ou même de caviar, zéro but in fine pour les Bleus malgré Henry et Trezeguet en force de frappe. L’arrogance française aura perdu la troupe à Roger Lemerre, qui avait l’autorité d’un Père Noël des Galeries Lafayette et le charisme d’un vendeur de saucisses itinérant … Soirées au Sheraton de Pusan avec alcool et filles, les Bleus de 2002 ont été les précurseurs de la génération Knysna 2010. Mais chut, il ne faut pas dévoiler ce secret de polichinelle, on ne tire pas sur une ambulance, il ne faut pas dévoiler la partie immergée de l’iceberg. Encore moins sur des champions du monde qui ont eu la Légion d’Honneur, serré la pince à Nelson Mandela et eu pour certains leur statue de cire au Musée Grévin. Zidane et consorts appartiennent à la caste des intouchables, sortes de rois du pétrole à qui tout le monde mange dans la main depuis 1998 : sponsors, Fédération, public, médias, politiques … S’il y eut des matches médiocres avant l’Euro 2000 (1-0 contre Andorre sur penalty de Frank Leboeuf au stade olympique de Barcelone, sur la colline de Montjuich), les tauliers du vestiaire qu’étaient Didier Deschamps et Laurent Blanc avaient su mobiliser les troupes pour conquérir le trophée Henri-Delaunay à Rotterdam face à la redoutable Italie. Après un nouveau triomphe en 2001 à la Coupe des Confédérations et de nouvelles agapes, le capitaine Marcel Desailly ne saura pas suivre le fil d’Ariane de son ami Deschamps, jeune retraité. Les erreurs de la FFF, avec des déplacements éreintants au Chili puis en Australie, achèveront de faire de cette saison 2001-2002 une gigantesque partie de trapèze volant sans filet … Car pour devenir de vraies légendes, il manque juste aux Bleus leur étoile sur Hollywood Boulevard. Pas de chance, elle a été prise par Adidas pour une campagne pleine d’arrogance : deux étoiles sur le maillot au-dessus du coq. Le pauvre gallinacé va finir fracassé par cette étoile bien lourde à porter. Les marabouts sénégalais sonnent le tocsin, l’iceberg danois renvoie le Titanic français de Séoul à Roissy Charles-de-Gaulle. On est dans l’avion devient le tube de l’été 2002. L’effet domino sera terrible. Argentine et Portugal ne passent pas le premier tour de cette Coupe du Monde asiatique. Le plus grand continent du monde accueille pour la première fois le grand évènement, après avoir eu les Jeux Olympiques d’été en 1964 à Tokyo et 1988 à Séoul, en attendant Pékin 2008. La FIFA fait les yeux de Chimène à la Corée du Sud. Le pays du matin calme peut doper le merchandising de cette édition où trop peu d’Européens ont fait le déplacement … L’Italie va faire les frais de ce concours Lépine de l’arbitrage télécommandé … En huitième de finale, Byron Moreno se surpasse. La Nazionale passe à la trappe, et finit aux oubliettes de ce Mondial en forme de Koh-Lanta. La Coupe du Monde restera donc une belle utopie pour l’immense Paolo Maldini … Quand l’arbitre originaire du Costa Rica est arrêté avec six kilos d’héroïne cachés dans son caleçon le 21 septembre 2010, la réaction au vitriol de Gianluigi Buffon fuse. Huit ans plus tard, la Botte n’a pas oublié cette terrible cicatrice et cette injustice : Six kilos de drogues ? En 2002, il ne les avait pas dans le slip mais dans le corps ! Au tour suivant, c’est l’Espagne qui servira de victime sur l’autel du marketing sud-coréen de Sepp Blatter. Il faudra une Allemagne moribonde pour venir à bout des Sud-Coréens de Guus Hiddink. Le scénario des victoires allemandes, entre les huitièmes et la demie, est toujours le même : victoire 1-0 et un Oliver Kahn en forme de mur. Le gardien du Bayern a inventé un nouveau poste, le portier 2.0 tant il repousse tous les tirs. Il faudra un OVNI, en finale, du nom de Ronaldo, pour le voir enfin céder dans ce Mondial. Avant la finale face au Brésil, Franz Beckenbauer sort sa punch-line habituelle sur l’équipe nationale allemande : A l’exception de Kahn, il faudrait mettre tous les autres joueurs allemands dans un sac et taper dessus, on serait certain de toucher quelqu’un qui le mérite. A Yokohama le 30 juin, un phénix prend son envol. Après quatre années de galère, et des images terribles le 6 avril 2000 où il replonge en enfer en finale de la Coupe d’Italie (même les joueurs de la Lazio sont catastrophés de voir Il Fenomeno se blesser sur le même genou après cinq minutes de jeu), Ronaldo remonte sur son trône, celui du prodige qui avait massacré Valence et Compostelle à l’automne 1996 avec le Barça. Bien aidé par Rivaldo et Ronaldinho (qui a refait à David Seaman le coup du lob de Saragosse en 1995), le Ballon d’Or 1997 est le grand monsieur de cette Coupe du Monde 2002 où tant d’autres stars ont mordu la poussière, de Zidane à Totti en passant par Figo, Batistuta, Raul ou Beckham. Avec 8 buts en 7 matches, Ronaldo nous a fait Moïse séparant la mer Rouge en deux. Tel un shérif rentrant violemment dans un saloon en fracassant la porte, le Pantagruel de Rio de Janeiro est assoiffé de buts. Il en marquera 6 jusqu’en demi-finale. Tout le barillet y est passé dans une ambiance de western-spaghetti. A peine le temps de repasser l’harmonica d’Ennio Morricone et de recharger qu’Oliver Kahn prend deux autres pions en finale, passant sous les fourches caudines de ce diable de Ronaldo. 8 buts, du jamais vu depuis Gerd Müller en 1970. Ce joueur est décidément bel et bien le plus fort jamais vu sur un terrain depuis Diego Armando Maradona, dressant la guillotine sur tous ses rivaux, exception faite de la Perfide Albion : mais les autres chevilles ouvrières du 3R, en l’occurrence Rivaldo et Ronaldinho, se chargeront des Anglais. Le Brésil, lui, remporte sa cinquième étoile, pour Nike. Adidas peut revendre son étoile périmée sur eBay, et aller faire soigner le coq blessé à l‘hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Gérard Saillant s’y connaît en grands blessés après Michael Schumacher et Ronaldo. Pour résumer, 2002, c’est la Coupe du Monde où les favoris désignés (France, Argentine) tombent comme des mouches et les favoris habituels (Brésil, Allemagne) partent incognito pour se transformer en outsiders, au grand dam des Diafoirus des pronostics. Au début du tournoi le 31 mai 2002, personne n’aurait en effet parié un kopeck sur Brésiliens et Allemands, tous deux qualifiés in extremis pour ce Mondial asiatique, mais les deux géants, qui s’affrontent pour la première fois en Coupe du Monde, se retrouvent en finale comme on retrouve bien souvent un colonel moustachu de retour des Indes fumant un cigare dans un fauteuil au début des romans d’Agatha Christie. Avec ce cinquième titre mondial, contre trois à l’Italie et à l’Allemagne, le Brésil peut toiser ses deux rivaux européens, le voilà avec deux longueurs d’avance alors qu’il était encore en mort clinique six mois plus tôt, avec un encéphalogramme aussi plat que la qualité de son jeu … Bref, le Mondial 2002 c’est un gloubi-boulga inextricable que personne n’a jamais su comprendre, un panier de crabes, le triangle des Bermudes du football, son Atlantide, sa zone 51, son monstre du Loch Ness … Le seul truc qui est certain, c’est que les courses de cabri de Roberto Carlos ne se font pas à l’eau claire. Mais heureusement, à l’époque, un certain Lance Armstrong attirait à lui seul les chercheurs de scoop sur le dopage …

En 2006, l’Allemagne de la nouvelle chancelière Angela Merkel reçoit la Coupe du Monde, arrachée en juillet 2000 face à l’Afrique du Sud et face à l’Angleterre. Le pays se prend à rêver d’une quatrième Coupe du Monde, dans la foulée des succès individuels de Michael Schumacher en F1 ou de Steffi Graf en tennis. Franz Beckenbauer, comme Michel Platini en 1998 pour la France, préside le comité d’organisation dans un pays qui a enfin digéré la réunification avec la RDA, racontée avec humour dans Good Bye Lenin en 2003. Le chancelier Schröder avait lancé en 2003 d’ambitieuses réformes qui feront de l’Allemagne l’économie la plus puissante de l’Union Européenne. On reprochera à l’Allemagne d’organiser la finale dans le stade olympique de Berlin, celui des Jeux Olympiques de 1936, ceux du nazisme. Ce point Godwin et raccourci facile fait oublier combien la ville a changé en 70 ans, ayant vécu tant de mutations, inspirant des artistes comme David Bowie (trilogie berlinoise Low, Heroes et Lodger) ou U2 (Achtung Baby). C’est donc près de la Porte de Brandebourg que se termine une Coupe d’un monde où la paix reste encore un miroir aux alouettes, un vœu pieux. George Debeuliou Bush a déclaré unilatéralement la guerre à l’Irak en 2003. Comme son père, le locataire texan de la Maison-Blanche s’en prend donc à Saddam Hussein, ou plutôt à son pétrole … La France de Jacques Chirac, elle, a refusé de suivre les trois pays qui se sont illustrés comme autant de moutons de Panurge européens : le Royaume-Uni de Tony Blair, l’Italie de Silvio Berlusconi, l’Espagne de Jose Maria Aznar. Si le Cavaliere a vu son Milan AC retrouver le sommet européen en 2003 à Old Trafford, Aznar et son héritier désigné Mariano Rajoy prennent en pleine face le boomerang du mensonge en 2004 après les attentats de Madrid. Faisant croire au peuple espagnol que l’ETA est responsable du carnage d’Atocha, Aznar et Rajoy manipulent une opinion qui propulse, par le célèbre effet underdog, l’outsider socialiste Jose Luis Zapatero au pouvoir lors des élections législatives. En France, on retiendra la scène d’anthologie entre Colin Powell et Dominique de Villepin à New York, au Conseil de Sécurité, scène reprise par Bertrand Blier dans Quai d’Orsay avec Thierry Lhermitte … Deux ans plus tard, en 2005, le mandat de Jacques Chirac prend une tournure d’eau de boudin avec le veto des Français au raffarindum européen proposé par l’ennemi historique de J.C. : Valéry Giscard d’Estaing. Quelques mois plus tard, Jacques Chirac est victime d’un A.V.C. dont profite l’imitateur Gérald Dahan pour piéger Raymond Domenech et Zinédine Zidane par téléphone. Car Domenech a dû rappeler Zizou, ce jeune retraité du coq, au bercail ainsi que les tauliers Makélélé et Thuram. Grâce à Gérald Chirac alias Jacques Dahan, la France portera la main sur le cœur en Irlande. Une praline de Thierry Henry à Dublin propulse les Bleus, avant d’expédier les affaires courantes contre Chypre. ZZ alias McGyver sera le grand bonhomme de la Coupe du Monde 2006, malgré un premier tour moribond façon Baggio en 1994. Le prodige du Real Madrid, qui prend sa retraite sportive après le Mondial, se fait chambrer par les médias espagnols avant un huitième de finale où la France fait figure d’outsider : Vamos a jubilar Zidane. Le grand fauve est vexé dans son orgueil, il va sortir les griffes. La réponse du maestro a lieu sur le terrain, à Hanovre : 3-1 et une santé insolente ! Le taureau espagnol s’est vu porter l’estocade par Zizou, qui enchaîne ensuite par un récital digne de son flamboyant Euro 2000. Face au Brésil, la technique de velours de l’alchimiste originaire de Kabylie fait merveille. Sa passe décisive pour Thierry Henry envoie la France en demi-finale. Pour la première fois depuis 1982, l’Europe fait le Grand Chelem dans le dernier carré ! L’Argentine de Riquelme et le Brésil de Ronaldinho sont donc au tapis … Le Portugal de Figo cède sur un penalty de Zidane, tandis que l’Italie met fin à l’odyssée allemande à domicile. La France retrouve donc son voisin transalpin six ans après la fameuse finale de Rotterdam à l’Euro 2000, celle où Dino Zoff ont appris à reboucher une bouteille de champagne par la faute Sylvain Wiltord. La finale démarre sur les chapeaux de roue. Dès la troisième minute, la France ouvre le score sur un penalty de Zidane, qui s’offre une panenka face à Gianluigi Buffon ! Marco Materazzi égalise avant de provoquer Zidane par le biais de sa sœur. Comme en 1998 face à l’Arabie Saoudite, ZZ craque, assorti d’un coup de boule à la façon d’un Juventus – Hambourg en l’an 2000. Carton rouge. La France est à dix, orpheline de son maître à jouer. La pression française retombe jusqu’à la séance de tirs aux buts. Comme en 1994 à Los Angeles, la Coupe du Monde se joue sur un coup de dés. C’est l’Italie qui l’emporte, mettant fin à sa scoumoune dans l’exercice dans la compétition mondiale (face à l’Argentine en 1990, au Brésil en 1994 et à la France en 1998). La baraka italienne, notamment en défense, permet à Fabio Cannavaro de soulever le trophée. Malgré le scandale du Calciopoli touchant la Juventus de Luciano Moggi, le sélectionneur Marcello Lippi a su souder son vestiaire autour de l’objectif suprême : une quatrième étoile sur le maillot de la Squadra Azzurra. A Berlin en 2006, Zidane, lui, perd, comme Maradona en 1990 Rome l’occasion d’un deuxième titre mondial. ZZ, héros du musée Grévin et de tant publicités, icône nationale ayant détrôné l’abbé Pierre, Yannick Noah ou Jean-Jacques Goldman en terme de popularité, perd un deuxième Ballon d’Or après celui de 2000. Deux coups de boule, deux Ballons d’Or perdus, un pour Luis Figo et l’autre pour Fabio Cannavaro, premier défenseur de métier à être élu par le jury de France Football … Car Franz Beckenbauer et Matthias Sammer étaient des milieux de terrain reconvertis en liberos libérés. Comme pour mieux clouer le bec à ceux qui lui cherchent des poux dans la tête, Fabio Cannavaro fera même le doublé avec le trophée du meilleur joueur FIFA de l’année. Zidane, lui, se consolera avec le titre de meilleur joueur de la Coupe du Monde, devant Fabio Cannavaro et un autre uomo squadra : Andrea Pirlo.

En 2010, le monde est plongé en pleine crise économique. Pressentie par les analystes économiques dès 2007, la crise des subprimes explose à la face du monde entier le 15 septembre 2008. Les employés de Lehman Brothers font leurs cartons à New York devant les caméras de télévisions. Le dilemme a certainement été cornélien pour le Secrétaire d’Etat au Trésor de George W. Bush, Henry Paulson, ancien dirigeant de Goldman Sachs, banque rivale à Wall Street ! Le monde du football, lui, est dominé par le Barça de Pep Guardiola même si l’Inter de Jose Mourinho a réussi à dresser la guillotine face à Messi et consorts pour s’offrir une Ligue des Champions à Madrid, où le Special One reste pour signer son contrat avec le Real Madrid de Cristiano Ronaldo. Rival de Lionel Messi, le Portugais sera vite éliminé de cette Coupe du Monde en Afrique du Sud, malgré un 7-0 contre la Corée du Nord qui n’est pas vraiment du goût du régime de Pyongyang … En plein hiver austral et malgré les vuvuzelas qui gâchent un peu la fête, le pays de Nelson Mandela reçoit donc la grande kermesse de thermidor. L’apartheid semble loin mais les townships existent encore, et la sécurité est aussi chancelante qu’un château de cartes au Cap ou à Johannesburg. L’apartheid avait conduit l’Afrique du Sud à être mise au ban de la communauté internationale. Suite à un match de rugby entre Springboks et les All Blacks néo-zélandais, des pays africains boycottent les Jeux Olympiques de Montréal en 1976. L’Afrique du Sud ne reviendra qu’en 1992 à Barcelone, année où la Formule 1 fait également son retour à Kyalami. Car même Bernie Ecclestone avait dû céder à la pression, bien qu’ayant longtemps posé le chapiteau du F1 circus dans le régime de l’apartheid, ou dans les dictatures brésilienne et argentine des années 70 … La nation arc-en-ciel espère gagner une troisième fois un grand évènement qu’elle organise, après la Coupe d’Afrique des Nations en 1996, gagnée par les Bafana Bafana, et le Mondial de rugby en 1995, malgré de forts soupçons de dopage envers les Springboks. Mais la victoire de 1995 aura offert au monde l’image inoubliable de Nelson Mandela, vêtu du maillot vert et or de son pays, remettre la Coupe Webb-Ellis au capitaine François Pienaar. La scène sera immortalisée dans Invictus de Clint Eastwood, avec Morgan Freeman en Mandela et Matt Damon en Pienaar. Le charismatique dirigeant sud-africain, libéré de prison en 1990, avait vu un certain Ruud Gullit lui dédier son Ballon d’Or en 1987. Les Bafana Bafana de 2010 eux, sont à des années-lumière de pouvoir gagner leur Coupe du Monde. Pour la première fois, un pays organisateur ne franchit pas l’obstacle du premier tour, ce que même les Etats-Unis avaient réussi en 1994. Pire, l’Afrique du Sud prendra même un but contre une équipe de France en-dessous de tout. Qualifiée grâce à la main de Thierry Henry lors d’un barrage serré face à l’Irlande, la France doit à la FIFA sa présence en Afrique du Sud. Car l’instance suprême de Zurich a logiquement voulu éviter de faire jurisprudence en donnant leur billet aux Irlandais pour le pays de Madiba … Inexplicablement, malgré un fiasco à l’Euro 2008 et la sortie médiatique peu glorieuse d’un Domenech demandant en mariage sa compagne Estelle Denis sur M6 après un camouflet contre l’Italie (0-2), la F.F.F. a maintenu l’ancien coach des Espoirs en poste jusqu’en 2010. Jean-Pierre Escalattes aura bien marqué son mandat du sceau de l’amateurisme. Les éliminatoires seront un long chemin de croix jusqu’au scandale irlandais … Mais on avait encore rien vu. Rarement vestiaire aura été aussi divisé, et sélectionneur aussi peu autoritaire. Bien plus que fin 1993 après la douche froide Kostadinov ou en 2002 après la lente agonie en Corée du Sud, la France va toucher le fond à Knysna, étant la risée du monde. Après un nul contre l’Uruguay, et une défaite 0-2 face au Mexique, le volcan bleu entre en éruption le samedi après que L’Equipe face sa une sur une insulte lancée par Nicolas Anelka à Raymond Domenech à la mi-temps du match contre le Mexique : Va te faire enculer, fils de pute ! Les amateurs de prose apprécieront les références littéraires du natif de Trappes. En solidarité avec l’enfant terrible Anelka, la journée du samedi 18 juin est donc exploitée par Patrice Evra à chercher la taupe du vestiaire français plutôt de que préparer. 70 ans après Charles de Gaulle à Londres, le capitaine Evra lance lui aussi un appel depuis Knysna : trouver la taupe ! Le dimanche devient surréaliste avec la fameuse grève du bus devant des journalistes du monde entier. Car les 23 Bleus ne font pas que faire honte à la France, ils sont la risée de la planète entière, avec la fulgurance des réseaux sociaux Facebook et Twitter pour diffuser l’information à une vitesse foudroyante. Mais malgré ce contexte plus que catastrophique digne de l’Aventure du Poséidon, le Radeau de la Méduse français trouve les ressources pour marquer un but à l’Afrique du Sud le mardi 21 juin 2010. Florent Malouda sauve l’honneur français, mais c’est trop tard. L’Elysée, agacée d’un tel fiasco, dépêche les Ministres des Sports, Roselyne Bachelot et sa secrétaire d’Etat Rama Yade … La France entière découvre le somptueux Pezula Resort de Knysna, hôtel bien plus luxueux que celui des futurs champions du monde espagnols. David Villa enchaîne les buts et la Roja, loin du football pétillant du Barça de Guardiola, gagne 1-0 au raccroc tous ses matches. Seules trois équipes offrent un peu de jeu dans ce Mondial : l’Allemagne, l’Uruguay et les Pays-Bas. Après avoir profité d’une erreur d’arbitrage face à l’Angleterre de Fabio Capello, l’Allemagne écrase l’Argentine du sélectionneur Diego Maradona. 4-0, les coéquipiers de Lionel Messi n’ont pas existé en quart de finale. Le Brésil, lui, est battu par les Oranje d’un Wesley Sneijder stratosphérique, pour ne pas dire stellaire. Le meneur de jeu de l’Inter retrouve en demi-finale un autre joueur en état de grâce, l’Uruguay Diego Forlan. Mais la Céleste s’incline face aux Néerlandais. L’Espagne ne laisse pas l’Allemagne prendre sa revanche de l’Euro 2008. Johannesburg accueille donc Espagnols et Néerlandais pour la grande finale. Pendant qu’Andres Iniesta envoie la Roja au paradis en prolongation, la Hollande perd donc une troisième finale de Coupe du Monde, après celles de 1974 et 1978. Le plat pays est maudit, alors que l’Invincible Armada espagnole prolongera encore deux ans l’euphorie, avec une victoire à l’Euro 2012, son troisième tournoi majeur gagné de suite depuis l’Euro 2008 … En remerciement de cette victoire en forme de baume au cœur pour une Espagne en pleine crise économique, le roi Juan Carlos fait de Vicente Del Bosque le marquis Del Bosque !

En 2014, alors que Nelson Mandela est décédé fin 2013, recevant l’hommage du monde entier, le Brésil accueille la Coupe du Monde, la première depuis en 1978 sur le continent sud-américain. Le géant lusophone se prépare également aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016. Dès le tirage au sort, les ennemis commencent : le superbe décolleté de Fernanda Lima, qui n’a aucun lien de parenté avec Adriana Lima, prive les téléspectateurs iraniens du tirage, censuré par Téhéran. Mais le plus gros problème est celui du Pot Gate : comme l’a démontré avec brio le polytechnicien Julien Guyon depuis New York, le système de la FIFA est pourri de l’intérieur. Le quatrième chapeau, celui des équipes européennes non tête de série, ne peut contenir que huit pays. Or il y a neuf nations sur le Vieux Continent qui ne sont pas têtes de série : Angleterre, Bosnie-Herzégovine, Croatie, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie. Au lieu de reconduire la règle en vigueur depuis 2006, en l’occurrence de sortir du chapeau la nation la moins bien classée au classement FIFA, l’instance de Zurich effectue un tirage au sort, à la façon des chaises musicales … C’est l’Italie qui sort cocue de ce jeu de hasard. La Nazionale tombe donc dans le traditionnel groupe de la mort, avec l’Uruguay et l’Angleterre, plus le Costa Rica ! La France, elle, a évité d’être reversée dans le deuxième chapeau à la place de son voisin transalpin.

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    13 décembre 2017 a 14 h 56 min

    En 2014, alors que Nelson Mandela est décédé fin 2013, recevant l’hommage du monde entier, le Brésil accueille la Coupe du Monde, la première depuis en 1978 sur le continent sud-américain. Le géant lusophone se prépare également aux Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016. Dès le tirage au sort, les ennemis commencent : le superbe décolleté de Fernanda Lima, qui n’a aucun lien de parenté avec Adriana Lima, prive les téléspectateurs iraniens du tirage, censuré par Téhéran. Mais le plus gros problème est celui du Pot Gate : comme l’a démontré avec brio le polytechnicien Julien Guyon depuis New York, le système de la FIFA est pourri de l’intérieur. Le quatrième chapeau, celui des équipes européennes non tête de série, ne peut contenir que huit pays. Or il y a neuf nations sur le Vieux Continent qui ne sont pas têtes de série : Angleterre, Bosnie-Herzégovine, Croatie, France, Grèce, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie. Au lieu de reconduire la règle en vigueur depuis 2006, en l’occurrence de sortir du chapeau la nation la moins bien classée au classement FIFA, l’instance de Zurich effectue un tirage au sort, à la façon des chaises musicales … C’est l’Italie qui sort cocue de ce jeu de hasard. La Nazionale tombe donc dans le traditionnel groupe de la mort, avec l’Uruguay et l’Angleterre, plus le Costa Rica ! La France, elle, a évité d’être reversée dans le deuxième chapeau à la place de son voisin transalpin … Comme en 2010, la Squadra Azzurra sera dans l’avion du retour dès la fin du premier tour. Mais l’Angleterre passe aussi à la trappe au profit de l’Uruguay et du Costa Rica, qui ne cèdera qu’aux tirs aux buts en quart de finale face à l’Argentine. La Suède, éliminée le Portugal en barrages, pourra avoir des regrets tant les coéquipiers de Cristiano Ronaldo auront été inexistants au premier tour. On se rappellera de la punch-line de Zlatan Ibrahimovic fin 2013 : Une chose est sûre. Une Coupe du monde sans moi, ça ne sert à rien de la regarder parce qu’il n’y a rien à voir. Faux car ce Mondial brésilien offre un spectacle époustouflant au premier tour, avec une myriade de buts. François Hollande, lui, compte sur l’Histoire des Bleus pour remonter dans les sondages. En 1984, 1998 et 2000, les trois glorieuses du football français, le coq avait gagné un grand tournoi international en présence d’un gouvernement socialiste : celui de Pierre Mauroy en 1984, celui de Lionel Jospin en 1998 et 2000. Mais le gouvernement de Manuel Valls ne portera pas chance aux hommes de Didier Deschamps, logiquement battus par l’Allemagne à Rio de Janeiro. Les joueurs de Joachim Low devaient leur qualification pour les quarts de finale à Manuel Neuer, héroïque en huitièmes face à une Algérie galvanisée par le souvenir de 1982. Le portier du Bayern sera, avec Neymar et Arjen Robben, le grand monsieur de cette vingtième Coupe du Monde. Neymar, lui, à seulement 22 ans, porte tous les espoirs du Brésil tel Ronaldo en 1998. Mais la pression est encore plus grande pour la star du Barça : car le Brésil joue à domicile. Il faut effacer l’échec de 1950, et conquérir cette sixième étoile restée lettre morte en 2006 puis 2010. La Seleçao va jouer avec le frain à main pendant tout le tournoi, tant la pression sera colossale. Tels Atlas dans la mythologie grecque, les joueurs au maillot auriverde doivent porter la voûte céleste sur leurs frêles épaules. Le Brésil frôle la correctionnelle en huitième de finale face au Chili, qui contrairement à 1998 et 2010 regarde le géant dans le blanc des yeux. La Seleçao passe aux tirs aux buts, façon bachelier qui obtient le précieux sésame à l’oral de rattrapage. Par la petite porte encore, le Brésil force le passage vers le dernier carré. La Colombie, orpheline de Falcao blessé en Coupe de France avec Monaco, ne peut demander à James Rodriguez de marquer deux buts à chaque match. Le futur joueur du Real Madrid sauve l’honneur de la Colombie. Le Brésil, lui, perd son joyau : Neymar se blesse avant une demi-finale capitale face à l’Allemagne. Ce match va tourner au cauchemar à Belo Horizonte. Le scénario est surréaliste alors que le capitaine Thiago Silva manque aussi à l’appel, suspendu. Le brassard est sur les épaules de David Luiz, qui le rejoindra au PSG après le tournoi. Thomas Müller ouvre le score à la 11e minute. Mais entre la 23e et la 29e minute, cette demi-finale bascule dans l’irrationnel. La Mannschaft semble seule sur le terrain, dans une autre dimension … Plus aucun repère connu n’a alors de valeur. Les Allemands marquent quatre buts en sept minutes : Miroslav Klose bat le record de Ronaldo, et inscrit son seizième but en phase finale de Coupe du Monde. 2-0, le Brésil mange son pain noir. Ce n’est que le début de quelques minutes totalement invraisemblables. Toni Kroos, cheville ouvrière du superbe parcours de l’Allemagne dans ce Mondial, enfonce deux fois le clou aux 24e et 26e minutes. Le supplice se poursuit avec le cinquième but de Sami Khedira. Le Brésil est K.O., sous terre. 5-0, la Seleçao est en charpie … Dans une compétition comme la Coupe du Monde, qui voit le plus fort émerger après un processus digne de Charles Darwin, il est rare de voir de gros scores dans les derniers tours. Les duels au couteau, l’enjeu colossal et la fatigue physique conduisent les équipes à jouer façon épicier, avec une forteresse défensive aussi imprenable que Fort Knox. Mais la défense du Brésil ce jour là, c’était open bar, journées portes ouvertes, le Black Friday … Le Maracanazo de 1950, loin d’être conjuré, trouve un dans la nécrologie du football brésilien, le Minheirazo, du nom du stade de Belo Horizonte. Pour l’anecdote, dans ce match au score de baby-foot, les Allemands finiront par l’emporter 7-1, après avoir menés 7-0. En finale à Rio de Janeiro, l’Allemagne implacable retrouve l’Argentine de Lionel Messi. Ce dernier n’a jamais marqué face à Manuel Neuer. Le signe indien ne sera débloqué qu’au printemps 2015 lors d’un Barça – Bayern où la Pulga ridiculisera Jérôme Boateng. Malgré la forme herculéenne de Neuer ou de Robben, c’est pourtant Lionel Messi qui est élu meilleur joueur du Mondial. Comme pour Ronaldo en 1998 pourtant moins brillant que Bergkamp, Desailly ou Suker, l’aréopage des sages triés sur le volet par la FIFA a élu le meilleur produit marketing. A Rio de Janeiro, alors que Copacabana, Ipanema et le Corcovado contemplent le Maracaña, la Mannschaft fait enfin de l’Amérique un Eldorado pour une nation européenne. Depuis 1930, le Vieux Continent était maudit outre-Atlantique, avec quatre défaites en finale : la Tchécoslovaquie devant le Brésil en 1962 à Santiago du Chili, l’Italie face au Brésil en 1970 à Mexico, les Pays-Bas contre l’Argentine en 1978 à Buenos Aires, la RFA devant l’Argentine en 1986 à Mexico et enfin l’Italie face au Brésil en 1994 à Los Angeles … Grâce à un but de Mario Götze qui sonne l’hallali pour l’Albiceleste en prolongation, l’Allemagne conjure le sort, et rejoint l’Italie au panthéon avec un quatrième titre mondial, son premier depuis la réunification en 1990. C’est plus que mérité, après quatre présences consécutives dans le dernier carré du Mondial depuis 2002, exploit inédit. Gary Lineker avait bien raison en 1990 à Turin, le football est un jeu qui se joue à onze et dans lequel les Allemands finissent toujours par gagner …

    C’est en 2018, en Russie, que l’Allemagne remettra son titre en jeu, dans une Coupe du Monde privée de l’Italie pour la première fois depuis 1958. Mais le géant allemand devra se souvenir qu’aucun lauréat de la Coupe des Confédérations n’a ensuite gagné le Mondial : le Brésil quadruple lauréat en 1997, 2005, 2009 et 2013 a échoué quatre fois par la suite (1998, 2006, 2010 et 2014), la France en 2001 aussi n’a pas su transformer l’essai en 2002. L’Allemagne devra affronter une autre statistique défavorable : seuls deux champions du monde ont conservé leur titre, l’Italie en 1938 et le Brésil en 1962. Vladimir Poutine devra lui composer avec le contexte du hooliganisme russe vu à Marseille de l’Euro 2016, et du terrorisme international, qui depuis 2015 a frappé de Paris à New York en passant par Bruxelles, Copenhague, Londres, Barcelone, Berlin, Nice, Manchester ou encore Stockholm. L’idéologie djihadiste s’est propagée, profitant des réseaux sociaux et du manque de coordination des pays occidentaux, particulièrement en Europe. Le président russe pourra recevoir le monde entier, après les Jeux Olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi, qui avaient vu une trêve lors de l’annexion de la Crimée par la Russie au détriment de l’Ukraine. Contrairement aux Jeux Olympiques d’été de 1980 à Moscou, le Kremlin ne subira pas de boycott politique en 2018. Exclu du G8, Vladimir Poutine recevra des nations d’un monde chamboulé : élection de Donald Trump aux Etats-Unis (dans laquelle le Kremlin est suspecté d’avoir joué un rôle par le biais de la cybercriminalité d’Etat), élection d’Emmanuel Macron dans une France divisée en quatre (gauche populiste et eurosceptique de la France Insoumise, droite populiste et europhobe du Front National, droite républicaine libérale, centre pro-européen et libéral), sécession de la Catalogne en Espagne sous l’égide de l’indépendantiste Carles Puigdemont, Brexit en Grande-Bretagne voté en 2016 deux ans après le non au référendum d’indépendance écossaise, menace nucléaire de la Corée du Nord … Cette Coupe du Monde 2018 représentera l’ultime occasion pour Lionel Messi et Cristiano Ronaldo de soulever le trophée mondial. La pression sera sur l’Argentin, le Portugais ayant gagné l’Euro 2016 avec sa sélection. D’autres voudront détrôner les deux monstres après une décennie d’annexion du Ballon d’Or. Quoi de mieux qu’une victoire en Coupe du Monde pour y parvenir, même si la Ligue des Champions est un levier de plus en plus important pour y parvenir ? Parmi les vedettes attendues, Neymar pour le Brésil, Eden Hazard pour la Belgique, Alvaro Morata pour l’Espagne, Luis Suarez pour l’Uruguay, Antoine Griezmann et Kylian Mbappé pour la France, Manuel Neuer pour l’Allemagne, Robert Lewandowski pour la Pologne, Luka Modric pour la Croatie ou encore Harry Kane pour l’Angleterre. Réponse le dimanche 15 juillet au stade Lénine, pour savoir qui soulèvera le trophée mondial dans le ciel moscovite, face à Vladimir Poutine et Gianni Infantino, l’homme qui était censé nettoyer les écuries d’Augias de la FIFA après les désastreuses ères Havelange et Blatter.

    Sinon, il faudra attendre 2022 au Qatar, en plein mois de décembre, entre la dinde de Thanksgiving et celle de Noël. Une chose est sûre, on voit mal comment la Premier League pourra disposer de toutes ses stars pour le Boxing Day du lundi 26 décembre 2022, avec une finale à Doha le dimanche 18 décembre.

    Quant à l’édition 2026, que le président de la FIFA Gianni Infantino rêve de porter à 48 équipes qualifiées dans un Mondial format XXL, elle attire toutes les convoitises. Chine, Australie, Canada, Etats-Unis, Inde voire candidature de petits pays européens, difficile de savoir qui emportera la mise … L’Amérique du Nord attend depuis 1994, l’Europe (hors Russie) depuis 2006, l’Extrême-Orient depuis 2002 et l’Océanie n’a jamais reçu le microcosme du ballon rond …

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