Comment augmenter l’attractivité de la Ligue 1 ?
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Comment augmenter l’attractivité de la Ligue 1 ?

Bien qu'elle bénéficie de stades flambants neufs au lendemain de l’Euro 2016, et malgré un nombre record de buts inscrits cette saison, de bonnes prestations de ses clubs sur la scène européenne et une saison à suspense à tous les étages, l’affluence dans les stades de Ligue 1 ne décolle pas, le taux de remplissage ayant même tendance à baisser encore. Des réformes en profondeur sont inévitables pour parvenir à réconcilier le public français avec son football alors que de nouveaux investisseurs sont attendus la saison prochaine. Voici quelques pistes de réflexion, une liste non exhaustive de choses à améliorer pour rendre notre championnat plus attractif.

1. Mieux entretenir les pelouses

Le terrain d’expression des footballeurs étant le rectangle vert, il est logique que l’état du gazon soit une priorité absolue. Et justement, la qualité des pelouses du championnat de France continue à faire débat, saison après saison, et a même fait l’objet de vives critiques durant l’Euro 2016. Certes, la situation s’est un peu améliorée ces dernières années mais dès que l’hiver arrive, il est encore très fréquent de voir des pelouses se désagréger dès les premières minutes des matchs. La Ligue 1 est régulièrement moquée pour son manque de spectacle, le déchet technique qu’on y trouve, et la mauvaise qualité des pelouses ne va malheureusement pas aider à lui donner une image plus reluisante. Le mauvais temps n’est d’ailleurs pas le seul responsable car les pelouses brianniques sont de véritables billards tout au long de l’année malgré un climat bien plus rude que dans l’hexagone.

L’entretien d’une pelouse est une science et des gens étudient ça (demandez à Jonathan Calderwood l’ancien jardinier d’Aston Villa, recruté par le Paris Saint-Germain en 2012…), il faut les embaucher et en finir avec les jardiniers municipaux dont ce n’est pas le métier (ou alors il faut les former). Le terrain fait partie du jeu et du produit “Ligue 1″, les spectateurs qui la regardent et les chaînes qui la diffusent méritent donc mieux. Et le synthétique n’est évidemment pas une solution viable : c’est mauvais pour les appuis, les rebonds sont capricieux et l’aspect esthétique est triste. En amateur, on peut comprendre l’utilité d’un tel outil mais il est ridicule d’y recourir dans des championnats professionnels. Les dirigeants français doivent comprendre la nécessité d’investir pour obtenir une pelouse digne de ce nom. Ainsi, à partir de la Ligue 2, il faudrait augmenter le niveau d’exigence et sanctionner les clubs qui continuent d’évoluer sur des champs de patates.

Problème, l’immense majorité des clubs français ne sont pas propriétaires de leur stade, ils ont bien souvent des contrats qui leur permettent seulement d’exploiter l’enceinte. Une multiplicité des acteurs qui conduit à des situations où les enjeux politiques d’une ville prennent le pas sur l’intérêt sportif. Dans plusieurs communes, le club s’est ainsi heurté à la volonté des pouvoirs publics concernant le chauffage de sa pelouse en période hivernale. Trop couteux, trop lourd, les villes refusent le plus souvent de payer la facture, laissant cette charge aux seuls dirigeants de clubs. Propriétaires soucieuses de faire des économies, les municipalités ont donc leur part de responsabilité dans l’état des pelouses. D’un amateurisme certain, ces décisions structurelles gâchent ainsi une partie du spectacle proposé chaque week-end.

Au lieu de programmer l’essentiel des rencontres à 20 heures, en hiver, lorsque les températures sont trop basses, il y a toujours la possibilité de les déplacer après-midi. On pourrait même étendre cette pratique à toute l’année. Ca permettrait aussi d’attirer une clientèle plus familiale. C’est en Allemagne et en Angleterre que les affluences sont les plus importantes en Europe, et dans les deux cas, la plupart des rencontres ont lieu en pleine journée.

2. Améliorer la “licence club”

Depuis la saison 2012/2013, la LFP a mis en place la ”licence club”, une sorte de label récompensant justement les investissements des clubs. En retour, la Ligue attribue une part (10%) de la distribution des droits TV plus importante aux clubs titulaires de cette licence. Mais le hic c’est qu’à ce jour, tous les clubs ou presque se sont vus attribuer ce passe. Ce dispositif pourrait donc être amélioré si les exigences de la Ligue étaient plus élevées. De même si la licence impliquait le droit de figurer ou non en première division.

Dans ce domaine, outre les pelouses, il parait nécessaire de moderniser les stades. Cette suggestion pourrait paraître désuète dans la mesure où le football français semble enfin avoir pris conscience du problème. Dans le cadre de l’organisation de l’Euro 2016, la modernisation des enceintes est en effet devenue une nécessité publique. Mais la rénovation des stades ne doit pas se restreindre aux dix villes hôtes. Pour répondre aux normes exigées par la LFP, certains clubs préfèrent investir dans des sièges-baquets sur les bancs de touche. Dans bon nombre d’enceintes, l’espace réservé aux supporters adverses vise davantage à cloîtrer qu’à accueillir. D’autre part, hormis le Parc OL, tous les nouveaux stades sont financés sous le modèle du partenariat public et privé (PPP). Et comme toujours, la facture s’avère plus salée qu’annoncée. Et lorsque la rentabilité a été surévaluée, la location devient plus problématique. Associé à des relégations sportives, le PPP a coulé des clubs comme Grenoble et Le Mans. Le modèle de financement des stades est donc à revoir.

Par ailleurs, on pourrait renforcer un autre critère à l’attribution des droits télévisuels : la formation. En effet, les clubs dans lesquels évoluent régulièrement, en équipe première, des joueurs issus du centre de formation se verraient attribuer un bonus plus important de droits TV. Cela permettrait notamment de récompenser davantage les clubs qui investissent beaucoup dans ce secteur, notamment ceux qui disposent de moyens plus modestes. Les clubs de Ligue 1 seraient également poussés à conserver leurs meilleurs joueurs formés au club, convoités par des clubs étrangers, ce qui améliorerait le niveau général de la compétition.

3. Réduire le nombre de clubs en Ligue 1

Chaque année ou presque, c’est la même rengaine. Dès que le froid s’installe, que la pluie se fait drue et le vent plus sec, le bal des matchs reportés peut commencer, provoquant un classement tronqué de la Ligue 1. Dans ce contexte, il parait indispensable d’instaurer une trêve hivernale plus longue qu’elle ne l’est actuellement, à l’instar de ce qui est pratiqué en Allemagne (alors que la plupart des pelouses sont pourtant chauffées outre Rhin). Ca permettrait aussi aux organismes de récupérer et, toujours pour les joueurs, d’avoir une préparation physique optimale pour la seconde moitié de la saison. Dès lors, un championnat à 20 clubs ne serait plus forcément adapté, il faudrait donc le réduire à 18 unités.

La Ligue 1 pourrait également s’accorder une ou deux semaines de vacances supplémentaires l’été. Les supporters, qui sont pour beaucoup en congés au mois d’août, pourraient tirer profit d’un tel décalage du calendrier. Ensuite, même si elle dispose de moins d’internationaux que ses voisins, la Ligue 1 devrait permettre aussi à ses stars ayant disputé la Coupe du monde, la Coupe des confédérations, l’Euro, la Copa America ou autre… d’être prêtes pour le début du championnat. Des joueurs sont régulièrement pointés du doigt en raison d’une préparation tronquée. La Ligue 1 ne peut pas commencer sans ses têtes d’affiches pour lesquelles le diffuseur verse beaucoup d’argent. Une marge de temps de pré-saison supplémentaire permettrait également aux clubs de disputer des matchs exhibitions fort lucratifs à l’étranger. Aucun club français n’a par exemple été convié cette année à l’Emirates Cup, tournoi disputé à Wembley entre plusieurs clubs internationaux, la Ligue 1 ayant déjà repris à cette période.

Autre motif visant à réduire le nombre d’équipes, il n’y a pas suffisamment d’argent généré en France pour que tous les clubs de Ligue 1 produisent une performance de haut niveau. Il faut des affiches et il y a probablement trop de matchs aujourd’hui. Beaucoup de bons joueurs s’en vont chaque année et on a du mal à en avoir suffisamment pour être attractif en Ligue 1. Et plus on dilue les joueurs dans un grand nombre de clubs, moins il y a d’affiches. Les équipes qualifiées pour les coupes européennes seraient en outre plus aptes à disputer ces rencontres et notamment la Ligue Europa, importante pour le coefficient UEFA mais bien souvent ignorée par les pensionnaires de Ligue 1.

4. Réformer les coupes nationales

Si la Coupe de France, la plus ancienne compétition de football de notre pays, offre un parfum bien particulier début janvier lorsque certains clubs amateurs, toujours en vie après avoir franchi jusqu’à 6 ou 7 tours, défient les meilleures formations de Ligue 1, c’est loin d’être le cas de la Coupe de la Ligue, une épreuve sans saveur qui peine toujours à déplacer les foules. Hormis l’excitation qu’elle offre à l’idée de soulever un trophée et de jouer au Stade-de-France, c’est peu de dire que la Coupe de la Ligue ne passionne guère. Les matchs se déroulent en milieu de semaine dans des stades quasiment vides et avec des équipes qui ne jouent pas souvent le jeu.

La qualité première de la Coupe de France est qu’elle est ouverte à tous les clubs sans restriction, amateurs et professionnels, et qu’elle s’apparente un peu à une lutte de classe lorsque les poids lourds de Ligue 1 se rendent dans les petits villages reculés de Bretagne et de Bourgogne ou dans certaines banlieues peu habituées à accueillir de tels évènements. Les Français sont friands de ce genre de rencontres où ils espèrent souvent voir triompher le petit poucet. La Coupe de la Ligue, de son côté, n’offre rien de bien original et contribue à surcharger un calendrier déjà bien rempli. De plus, cette compétition ne repose sur aucun socle historique et n’a été créée que pour permettre au groupe France Télévision de diffuser une épreuve de football. TF1 s’étant désengagé de la Coupe de France au dépend de la chaine du service public, la “coupe moustache” n’a plus aucune raison d’être. D’autant qu’elle prive le 6ème de notre championnat d’une place en Europa League au détriment du vainqueur de cette seconde coupe nationale.

Il faut donc supprimer cette Coupe de la Ligue, qui a tendance à faire de l’ombre à sa grande sœur (celle-ci étant moins bien dotée financièrement) et, au contraire, renforcer le prestige de la Coupe de France. Pour ce faire, si le format actuel de cette épreuve peut être conservé jusqu’aux quarts de finale, les demi-finales, par souci d’équité sportive et pour mettre davantage cette compétition sous le feu des projecteurs, pourraient être disputées sur terrain neutre, à l’instar du Top 14 de Rugby (le lieu des rencontres serait choisi en fonction des affiches afin de satisfaire le plus grand nombre de supporters). Un week-end y serait ainsi entièrement consacré, la journée de championnat prévue celui-ci pouvant être décalée en milieu de semaine. La finale, quant à elle, clôturerait comme c’est le cas actuellement la saison au Stade-de-France mais en modifiant la répartition des billets (voir plus bas).

5. Respecter les maillots

Au cours de ces dernières années, les ravages du merchandising sur les maillots n’ont plus connu de limites. Impensable il y a quelques temps, toutes les fantaisies ont été permises et même encouragées, quitte à produire des absurdités. L’absence de règles bien établies par les instances du football français ont également fait s’apparenter certains joueurs à de véritables mannequins publicitaires. Si l’on peut comprendre la politique commerciale des clubs qui, par ce biais, voient leur budget s’agrandir, la tenue des joueurs ne doit pas pour autant être l’objet de tout et n’importe quoi, simplement pour des intérêts financiers.

Les maillots ne se distinguent pas uniquement par leur couleur mais aussi par leur style. Certaines tuniques sont ornées de filets verticaux, d’autres sont reconnaissables par de larges bandes horizontales ou verticales, et d’autres encore peuvent se distinguer par un scapulaire par exemple. A cette tenue s’ajoute un jeu de maillot différent qui est porté à l’extérieur lorsque l’équipe locale évolue dans les mêmes tons, afin de distinguer correctement les deux formations. Mais dans l’ère moderne, il est devenu inconcevable de conserver un modèle plus d’une saison, ce qui oblige les fabricants à recourir aux procédés les plus saugrenus pour renouveler leur gamme. Si les excentricités peuvent être “tolérées” sur le maillot de rechange, sans pour autant qu’il soit dénaturé, il est inconcevable en revanche que le maillot premier subisse des outrages. Et au milieu de tout ça est apparu en France un troisième maillot, prétexte pour faire absolument tout et n’importer quoi.

On dirait volontiers, en haussant les épaules, qu’il ne s’agit là que d’un accessoire de mode destiné à augmenter les ventes mais c’est vêtu de ces fadaises textiles que les clubs disputent bien souvent les compétitions européennes, les plus prestigieuses et médiatiques, celles dans lesquelles les clubs devraient le plus respecter leurs propres couleurs. On a ainsi vu il y a quelques années l’Olympique de Marseille évolué en orange, l’Olympique Lyonnais en jaune fluo ou encore les Girondins de Bordeaux dans un maillot bien loin du traditionnel bleu marine. On accuse les joueurs d’avoir perdu “l’amour du maillot”, mais les clubs eux-mêmes semblent l’avoir égaré, à force de malmener leur premier emblème.

Le merchandising n’est pas le seul fautif, la fédération et la ligue ont également leur part de responsabilité dans l’absence de respect du maillot. En imposant aucune réglementation contrairement à l’UEFA et à aux principales instances nationales voisines, on assiste parfois à un défilé de maillots bariolés d’un nombre invraisemblable de sponsors disgracieux. Sans aller jusqu’à exiger des maillots vierges de sponsor (cas de figure que l’on retrouve de moins en moins sur le vieux continent), un seul partenaire floqué sur la poitrine redonnerait de l’élégance à certains maillots qui, à l’image de certains, sont d’une laideur indescriptible et font souvent passer les joueurs pour de véritables hommes sandwichs.

La palme revient probablement lors des rencontres de coupes nationales où les clubs n’arborent pas leurs propres sponsors mais ceux des partenaires qui ont obtenu un accord avec la fédé ou la ligue. Impossible de les compter tant ils sont nombreux, au point de ne même plus être capable de reconnaître les équipes parfois. Il y en a partout, sur les manches, les épaules, dans le dos et mêmes sur les fesses… Seules les chaussettes sont (pour l’instant) épargnées. Et pourtant, vendre tous azimuts rapporte peu. La France fait en effet pâle figure en terme de recettes de sponsoring à côté de ses voisins européens. Contrairement à la quasi intégralité des clubs de Ligue 1, les clubs allemands, espagnols, anglais et italiens offrent leur maillot à un unique sponsor. Les marques donnent ainsi plus d’argent pour cette exclusivité. Initiative appréciée également par les équipementiers, qui ne se retrouvent plus “pollués” et couverts de logos, et par les fans. D’ailleurs, les maillots ressemblant plus à des pancartes publicitaires sont souvent décrits comme les plus laids du championnat (Nancy, Dijon, Montpellier, la liste est longue…). L’imposition d’un unique sponsor, comme l’exige l’UEFA dans les compétitions européennes, serait profitable tant en termes d’image que sur le plan financier.

6. Œuvrer pour un deuxième club francilien

Alors que toutes les grandes métropoles mondiales s’enflamment régulièrement à l’occasion de derbys entre clubs que tout oppose (classes sociales, modes de vie, objectifs sportifs), donnant une toute autre ampleur au football, la France en est privée depuis toujours ou presque. Si l’on imagine mal un deuxième club à Marseille étant donné la popularité de l’OM sur le vieux port et si la rivalité entre Lyon et Saint-Etienne peut être assimilée à un derby même si ce sont deux villes bien distinctes et séparées de 60 kms, il est en revanche aberrant que l’agglomération parisienne (12 millions d’habitants) ne dispose que d’un seul club professionnel digne de ce nom.

Si Paris peut s’enorgueillir d’être une ville épanouie, permettant à sa population de diversifier ses sorties et s’il n’est pas concevable d’un point de vue culturel de vouloir copier le modèle de Londres ou de Buenos Aires qui disposent chacune d’une dizaine d’équipes professionnelles, il n’est pas normal pour autant que notre capitale n’ait qu’un seul club en tout et pour tout. Avec un tel vivier d’amateurs de football en Ile de France, il est temps de réfléchir à la manière de créer un deuxième grand club francilien.

En effet, de nombreux habitants de la région aimeraient se passionner pour le ballon rond tous les week-ends mais tous ne se reconnaissent pas à travers le PSG et son côté nouveau riche. La plupart des habitants d’Ile de France sont d’ailleurs originaires de province et ne se sentent pas forcément parisiens et, à défaut de disposer d’un club auquel ils pourraient s’identifier, vivent leur passion par procuration à travers des clubs provinciaux ou étrangers, mais sans jamais pouvoir assister aux rencontres de l’intérieur, dans le seul endroit où se vit vraiment le football, le stade.

Après la naissance du Paris Saint-Germain en 1970, afin de relancer le football dans la capitale, un projet parallèle instauré par Jean-Luc Lagardère a bien vu le jour au début des années 80′, le Matra-Racing. Mais le club n’a jamais été une alternative crédible au PSG. Les résultats n’ont jamais été à la hauteur des ambitions de l’homme d’affaires, le public francilien n’était pas prêt à soutenir un club à qui l’on associe un nom commercial, une marque, et puis surtout il était très difficile pour les supporters de s’identifier à cette équipe qui n’a jamais eu d’accroche précise à son territoire. Le fait d’avoir vadrouillé à droite, à gauche, et partagé ensuite le Parc des Princes a été une grosse erreur, ça n’a pas permis au Racing de se démarquer suffisamment, de trouver une identité, un public à part entière qui se serait retrouvé derrière les mêmes valeurs.

Le PSG évoluant dans les beaux quartiers de l’ouest parisien, entretenant une image volontairement “bling-bling” avec la Tour Eiffel comme emblème, et affichant de grandes ambitions sportives avec un recrutement international XXL, si un deuxième club devait voir le jour dans la région, il devrait donc offrir un visage radicalement différent, basé sur la formation (et il y a de quoi faire en Ile de France), représentant davantage la classe ouvrière et la banlieue parisienne, et attirant un public ayant une autre approche du football que celle qui a court désormais au Parc des Princes.

7. Mieux répartir les revenus provenant des droits tv

La Ligue 1 possède tout de même quelques atouts. Elle est notamment louée pour le suspense qu’elle engendre chaque année ou presque. En effet, nulle part ailleurs on ne trouve une telle densité. Pas moins de 19 clubs différents ont ainsi remporté au moins un titre de champion de France depuis 1933 là où ils ne sont que 9 en Espagne, et sur les 5 dernières années, l’écart moyen entre le premier et le dernier du classement n’a été que de 55 points en France contre 67 en Liga. Une densité qui oblige les entraineurs à se montrer prudents, le moindre point pris ayant une importance dans l’optique du maintien, et favorise le faible nombre de buts inscrits lors de chaque journée (2,48 buts de moyenne par match après 19 journées – pourtant meilleur résultat depuis la saison 1999/2000 – malgré l’armada offensive de Monaco et les performances de Cavani) par rapport au championnat espagnol (2,89 buts par match), beaucoup plus disparate.

Cette particularité française (absence de clubs “institutionnels” et ouverture à un très grand nombre d’équipes – à l’instar de la Coupe de France accessible à plus de 7000 clubs chaque année quand la coupe nationale est réservée à une sorte d’élite élargie en Angleterre [762 clubs au départ] et aux seuls clubs professionnels en Italie ou en Espagne – où la compétition est disputée sous format aller-retour et réfrène un peu plus encore les surprises) a aussi contribué aux mauvais résultats européens des clubs français qui n’ont jamais su engranger l’expérience nécessaire avec un turn-over incessant en haut du classement, et l’éparpillement des meilleurs joueurs dans de nombreux clubs différents.

Du coup, il serait intéressant de répartir un peu différemment les revenus provenant des droits TV, en récompensant davantage les clubs bien classés en fin de saison, quitte à rendre le championnat moins équilibré, plus élitiste qu’il ne l’est aujourd’hui, mais afin de favoriser la prise d’initiative des entraineurs, faire (re)venir les gens au stade et briser ce manque de constance dans la hiérarchie, néfaste aux performances européennes.

De plus, une descente à l’échelon inférieur se paye cher au niveau économique. Seuls les clubs qui ont budgétisé une rétrogradation arrivent à s’en sortir sans trop de problèmes. Ceux qui investissent pour essayer de pérenniser leur équipe en première division subissent, souvent de manière brutale, une descente. Grenoble, Strasbourg et Le Mans, trois clubs ambitieux, ont déposé le bilan ces dernières années : perte du statut professionnel, de l’agrément du centre de formation et nouveau départ en DH ou en CFA. Limiter à deux places la relégation, avec un barrage contre le troisième de Ligue 2, comme l’a essayé cette saison la LFP, autoriserait les clubs à être plus ambitieux et permettrait d’élever le niveau du championnat. Mais en cas de relégation, il faudrait que le club en question conserve le montant des droits TV perçus lors de sa dernière saison en Ligue 1 afin d’amortir le choc.

8. Réformer l’arbitrage

Une chose très simple peut expliquer les erreurs d’arbitrages chaque week-end. Les arbitres de Ligue 1 ne sont pas professionnels. Ils ne sont ni salariés de la FFF ni de la LFP. Ils sont seulement “soumis à un rythme opérationnel imposé par la FFF”. Ainsi, les blâmer est une chose mais leur statut explique en partie pourquoi il leur arrive de se tromper plus qu’en Angleterre et en Italie où les arbitres sont professionnels, et qu’en Espagne où certains réussissent à se consacrer uniquement à cette activité. Même s’il est difficile de comparer avec d’autres sports, il est intéressant de constater que même dans le rugby français plusieurs arbitres du Top 14 sont devenus professionnels. Si la Ligue 1 veut élever le niveau de son jeu, elle doit élever son niveau d’exigence envers ces acteurs qui font partie intégrante du jeu et les incorporer à la ligue ou que la fédé en fasse des pros. Cela est en son pouvoir et ne nécessite pas des années de préparatifs. Les arbitres auraient ainsi de meilleurs salaires (et c’est peut-être ici que le bât blesse), pourraient se dédier entièrement à cette activité et bénéficieraient d’un cadre adapté pour préparer leurs matchs (ils s’entraînent la plupart du temps seuls aujourd’hui).

Si le changement de statut des arbitres améliorerait forcément leurs performances, il ne résoudrait pas pour autant tous les problèmes. Il est nécessaire en effet de changer notre vision globale de l’arbitrage et notre relation avec les “hommes en noir”. Car aujourd’hui les problèmes ne sont pas uniquement sur le terrain mais aussi sur le banc, dans les couloirs menant aux vestiaires et surtout dans les déclarations qui sont faites dans la presse. Des sanctions plus importantes doivent ainsi être prononcées à l’égard des présidents de clubs qui ne montrent pas plus de respect au corps arbitral. La formation des arbitres doit également être modifiée. Il faut prôner l’avantage, laisser parfois des duels un peu rugueux et privilégier la pédagogie avant de sortir les cartons, tout cela pour garantir du rythme et du spectacle. Autrement dit un arbitrage qui privilégie l’esprit du jeu à la punition.

De plus, si la France ne peut pas s’appuyer sur un patrimoine historique comme le championnat anglais par exemple pour vendre le produit “Ligue 1″, elle doit chercher à attirer en se démarquant, en innovant. Et l’innovation est plus facile à implanter et essayer dans un lieu encore jeune, dont l’identité est en formation. A partir de là, être le premier des championnats “majeurs” à recourir à la vidéo susciterait au moins la curiosité de nos voisins, pour qui la Ligue 1 ne représente quasiment rien aujourd’hui.

9. Revenir à un football populaire

Là encore, au lieu de se démarquer, de proposer autre chose que ce que les principaux championnats européens offrent aujourd’hui, la Ligue 1 s’inspire clairement du modèle anglais actuel. Un public consommateur, assis, qui paye sa place très chère, sauf qu’on n’a évidemment pas la culture footballistique des Britanniques. Il ne faut évidemment pas cautionner le comportement de certains, constatés dans les stades français ces dernières semaines ou nier l’existence d’une frange extrémiste dans certaines tribunes mais il faut faire la part des choses. Les Ultras, les tribunes populaires, tous ces jeunes qui animent les virages, c’est peut-être la dernière chose de populaire qui reste dans le football actuel. Des billets à des prix plus attractifs doivent ainsi être proposés à ce public, massé derrière les buts, et qui préfère bien souvent la chaleur d’une tribune populaire au confort des latérales. Mais la concertation avec les supporters n’est pas la priorité de la LFP, avec qui l’heure est plus à la répression qu’à l’écoute. Les interdictions de déplacements, au départ ciblées sur certains matchs à haut risque, mais qui se sont généralisées à toutes les rencontres ou presque, sont une preuve de cette dérive du “foot business” dans l’hexagone.

La mise en place de tribunes modulables, conciliant sécurité et ferveur, et que l’on peut apercevoir un peu partout en Bundesliga, mais aussi au Celtic Park et prochainement dans certains stades de Premier League, est donc une orientation à prendre pour les futurs pensionnaires de Ligue 1 qui souhaiteront se doter d’une enceinte moderne, plutôt qu’opter pour le concept Arena qui s’est multiplié ces derniers temps mais qui n’est pas forcément adapté au football. En effet, ce type de construction né aux Etats-Unis a été conçu pour le Foot US et la Base-ball car ce sont des jeux séquentiels, ce qui permet au public d’aller et venir, de s’absenter sans trop rater et perdre le fil d’une rencontre, alors que le football se joue sur deux mi-temps de quarante-cinq minutes, sans interruption.

D’autre part, la finale de la Coupe de France est un évènement majeure de la saison. Et l’an dernier, alors que l’affiche était pourtant alléchante, proposant un duel entre les deux rivaux les plus médiatiques actuels, il n’en fut pas de même en tribunes où l’ambiance était quasi inexistante et les couleurs bien ternes. Bien loin en tout cas de ce à quoi on avait pu assister le même jour à Londres, Berlin ou encore à Edimbourg. La principale raison tient dans la répartition des billets qui est faite chaque année par la fédération. Quand partout ailleurs, en dehors de quelques invitations protocolaires, l’intégralité des billets est proposée aux supporters des deux clubs présents en finale, en France seulement 20 000 billets sont vendus à chaque club, le reste étant réparti au grand public, à la famille du football (les licenciés) et offerts aux différents partenaires économiques.

Enfin, les clubs français doivent faire face à une fiscalité très contraignante qui limite leur pouvoir d’attraction. Sur ce point, il paraît difficile que la LFP puisse agir. Il faut donc trouver de nouvelles ressources publicitaires. Et pourquoi pas vers l’alcool ? La “loi Evin” qui date des années 90’, empêche sa vente dans les stades et les publicités de marques qui s’y rapportent. Pourtant, chez nos voisins européens ce n’est plus le cas depuis longtemps et cela rapporte beaucoup aux clubs. Les marques d’alcool ont investi quasiment 30 millions d’euros par an dans le sponsoring des clubs en Angleterre et en Espagne en 2014. En Allemagne cela rapportait 25 millions d’euros tandis que la vente de bière dans les stades rapporterait à elle-seule environ 40 millions d’euros par an aux clubs. Ainsi, les clubs français peuvent se sentir lésés. L’année dernière un amendement de la “loi Macron” voulait faire entrer la bière dans les stades, se justifiant notamment par le fait que ça limiterait la consommation importante d’alcool autour des stades et renforcerait la sécurité au sein des enceintes. Un amendement qui sera finalement abandonné mais l’idée fait son chemin. Et nul doute que la LFP aurait tort de ne pas se mobiliser et militer pour mettre en place un assouplissement de la “loi Evin” au vu des potentielles retombées financières.

10. Soigner l’aspect visuel de la Ligue 1

Avez-vous déjà visité le site officiel de la Ligue 1 ou plutôt de la LFP, la Ligue 1 n’ayant pas de site à elle seule ? Non, vous préférez bien entendu vous rendre sur des sites tels que L’Equipe ou France Football pour récolter des informations. Il est déjà étonnant que les amateurs de football français n’aient même pas l’idée d’aller sur le site de la LFP pour obtenir des infos sur la Ligue 1. Mais au vu de l’état du site, cela n’a finalement rien de surprenant. Pour être franc, c’est moche, peu intuitif et simpliste au possible. Rien ne donne envie d’y revenir. Et en se rendant sur le site de la Premier League ou de la Liga, la différence saute aux yeux. A une heure désormais avancée du numérique, n’importe quelle société qui vend un produit se doit d’avoir un rayonnement digne de ce nom sur la toile. Tout cela dans le but de promouvoir son image, d’attirer du monde et de pouvoir vendre plus cher son produit. Des efforts sont faits depuis quelques années, sur les réseaux sociaux notamment, mais la Ligue 1 paraît toujours avoir un train de retard, à ce niveau-là aussi, sur ses concurrents européens.

Enfin, si un designer pouvait proposer un trophée digne de ce nom pour récompenser le champion de France, on lui en serait très reconnaissant. Parce qu’entre le buste infâme soulevé par l’Olympique Lyonnais entre 2002 et 2006 et l’Hexagoal remis au Paris Saint-Germain ces dernières années, on est loin, très loin du Bouclier de Brennus tant convoité par les rugbymen, mais aussi des différents trophées remis aux vainqueurs des championnats nationaux dans le reste de l’Europe.

Voilà, bien d’autres thèmes pourraient être abordés, comme la qualité et la couleur des ballons choisis par les instances du football français (notamment sous la neige), la qualité des retransmissions télévisées ou encore l’opportunité de mettre en place un All Star Game fin décembre, là encore pour se démarquer un peu des autres. J’attends vos réactions et vos idées surtout, même si c’est avant tout aux acteurs de prendre les bonnes décisions afin de sortir le football français du néant où il se trouve plongé depuis bien trop longtemps désormais. Mais vu le niveau d’incompétence de nos dirigeants, on est malheureusement en droit de se montrer très inquiets pour l’avenir.

 

  1. avatar
    10 mai 2017 a 18 h 00 min

    Superbe revue Christian, bien argumenté.
    J’aime bien les idées visant à démarquer la Ligue 1 des autres grands championnats, notamment la vidéo qui est selon moi indispensable. Mon idée est de l’offrir de façon instantanée aux arbitres afin qu’ils puissent prendre une décision éclairée.

    • avatar
      11 mai 2017 a 10 h 12 min
      Par Cullen

      Salut Fabrice et merci du commentaire.

      Je pense aussi que la Ligue 1 doit chercher à se démarquer un peu (sans que ce soit des idées farfelues bien sûr). Contrairement à la Premier League par exemple, elle ne repose sur aucune tradition, à partir de là c’est plus facile d’innover, de tenter des choses. L’arbitrage vidéo est évidemment une piste, même si personnellement je n’ai toujours pas de jugement arrêté sur la question. D’un point de vue moral, c’est évident que ça résoudrait pas mal de choses (même s’il resterait forcément des cas litigieux), mais on se priverait aussi d’émotions intenses qui font le charme du football.

      Après, pourquoi pas organiser un All Star Game juste avant la trêve hivernale entre les meilleurs joueurs Français et les meilleurs étrangers, ou entre une sélection du nord et une autre représentant le sud de la France, même si le football ne s’y prête pas forcément. Le terrain est beaucoup plus grand qu’au Basket où les actions s’enchainent, difficile de faire quelque chose d’ultra spectaculaire à 11 contre 11 sur une telle superficie. M’enfin c’est à creuser…

  2. avatar
    11 mai 2017 a 10 h 16 min
    Par Cullen

    Sinon, il y a aussi des fausses bonnes idées qui circulent parfois. Pour favoriser le spectacle, certains proposent de recourir aux bonus offensifs lorsqu’une équipe inscrit un certain nombre de buts, un peu comme c’est appliqué pour les essais en Rugby. Je ne suis pas très favorable à ce procédé, qui dénaturerait un peu le football, et ça ne serait pas forcément efficace, d’autant qu’il peut avoir des effets pervers. En Top 14, on nous a vendu le système des bonus comme un garant de la qualité du jeu et du suspense mais depuis plusieurs saisons, on constate que la qualité du jeu est loin d’avoir progressé.

  3. avatar
    15 mai 2017 a 16 h 25 min
    Par Cullen

    Ah oui j’ai oublié un truc important dans le paragraphe concernant le foot populaire. Alors que Patrick Drahi a obtenu les droits de retransmission de la Ligue des Champions et de l’Europa League pour l’an prochain, ce qui a provoqué une vague d’indignation, il serait bien que la fédé impose à l’opérateur et aux chaines qui auront remporté l’offre pour le championnat au moins un match par journée en clair. J’ai tendance à penser que le football se vit avant tout au stade, et non devant sa tv, mais il ne doit pas pour autant devenir l’apanage de ceux qui gagnent très bien leur vie. Alors bien sur il y a toujours la solution du streaming mais ça n’est qu’un choix par défaut, ça ne rend pas suffisamment bien l’ambiance générale, l’atmosphère qui règne en tribunes.

    Et puis autre sujet, si certains veulent à tout prix que l’on conserve la coupe de la Ligue, elle pourrait devenir une compétition estivale, faire office de préparation mais sans être qualificative pour la Ligue Europa évidemment.

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