Sécuriser un résultat : quelle est la bonne solution ?
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Sécuriser un résultat : quelle est la bonne solution ?

Le 16 février 2011, l'Europe avait les yeux rivés sur le district d'Islington où Arsenal recevait le FC Barcelone pour ce qui s'annonçait comme l'un des matchs de l'année. Après l'exceptionnel duel que s'étaient livrés les deux clubs la saison précédente, Arsène Wenger et Pep Guardiola se retrouvaient à nouveau pour une orgie de football.

Si les Catalans ont semblé maîtriser la rencontre pendant une heure, profitant de l’avance au score donnée par David Villa, Pep Guardiola a vu les Gunners se créer des situations dangereuses à répétition à partir de la soixantième minute. Pour protéger son avance au score et ainsi aborder le match retour en position favorable l’Espagnol, médaille d’or aux Jeux Olympiques de 1992, prit la décision de faire entrer Seydou Keita à la place de David Villa et de la même façon de modifier son organisation tactique.

Avec Iniesta maintenant décalé sur l’aile gauche et Keita au milieu du terrain, le Barça ne pressait plus les Gunners avec la même intensité et abandonnait peu à peu la maîtrise du match aux locaux. Par ailleurs, Wenger avait lui aussi procéder à un coaching remplaçant Song et Walcott par Arshavin et Bendtner. La suite est connue : sur une action anodine (mais découlant d’un mauvais pressing), Van Persie, d’un tir puissant, trouve un angle incroyable et profite du mauvais placement de Valdés pour égaliser. Puis sur un contre supersonique (découlant d’une absence de pressing de Keita), les Anglais venaient battre Valdés pour la seconde fois de la soirée.

Giflé, le Barça dominera le match retour mais ce match aller amène à se poser une question : est-il réellement avisé de faire entrer un joueur défensif pour protéger une avance au tableau d’affichage ? Si le choix de Guardiola ce soir-là semble relever du « coaching perdant », cette réaction est très répandue face à ce scénario. L’absence de statistiques poussées empêche de juger réellement de l’efficacité de ce choix, néanmoins il paraît parfaitement logique.

Parce qu’il n’y a pas meilleur défenseur qu’un défenseur

Avec un seul but d’avance, dans un match serré où l’adversaire est capable de revenir à tout moment, il est clairement ambitieux de ne pas changer d’approche ou de faire des changements poste pour poste. Ambitieux et très fortement risqué puisqu’en jouant l’attaque, l’équipe devant au tableau d’affichage peut se découvrir défensivement et concéder un but voire plus. Il paraît donc plus avisé de procéder à des changements défensifs dans cette configuration. Faire entrer un joueur défensif au profit d’un joueur offensif permet de sécuriser sa défense et donc d’envisager la fin du match plus sereinement. Si ce genre de changement implique nécessairement une modification de l’organisation tactique (passage d’un 4-3-3 à un 4-2-3-1 par exemple), il semble adéquat pour éviter toute réduction du score ou égalisation de l’équipe adverse.

Un joueur défensif supplémentaire, c’est une capacité d’annihiler les occasions adverses plus grande. Lorsqu’il entraînait le Real Madrid, José Mourinho a souvent mis en oeuvre cette logique. De 2010 à 2013, il n’était pas rare de voir Pepe ou Coentrao entrer en cours de seconde mi-temps. Dans des matchs où le Real, devant au score, voyait peu à peu son emprise sur le match s’atténuer, « The Special One » n’hésitait pas à faire sortir ces joueurs du banc pour remplacer Mesut Ozil notamment. Le fantasque meneur de jeu allemand n’est pas une garantie défensive suffisante et, pour mieux répondre à une pression croissante, le cinquantenaire portugais procédait à ce changement à l’occasion. Mais si avec des joueurs de la qualité de ceux du Real Madrid face à des oppositions moindres, cela ne se produisait pas, en Ligue des Champions ce genre de tactique peut être rapidement puni.

Remplaçant With Attitude, la fausse-bonne idée

Dans le cas de Guardiola, le passage d’une première ligne à deux « morts de faim » capables de harceler une défense à un seul a été fatal. En effet Villa sorti, le Barça n’avait plus de pointe pouvant peser sur la défense centrale et libérer Messi pour que celui-ci participe aux phases de possession. Par ailleurs, sans ballon, la Pep Team n’asphyxiait plus le back-four d’Arsenal et laissait donc les locaux ressortir le ballon avec plus d’aisance.

Sur le but de van Persie, Clichy est totalement libre de remonter le ballon dans la moitié de terrain catalane et pour cause : Pedro venait de quitter son couloir pour aller compenser l’absence de pressing de Messi sur la charnière centrale londonienne (compensation qu’effectuait David Villa). Xavi et Messi ne suppléent pas le pressing sur Clichy et Arsenal parvient à créer le but depuis cette aile. Le second but arrive suite à une nouvelle défaillance au pressing. Keita, au lieu d’aider à enfermer Koscielny (qui tente alors de relancer proprement) recule et laisse le défenseur français trouver une solution qui entraîne la contre-attaque que finalisera Arshavin.

Ce cas précis illustre bien ce qui arrive plus souvent qu’on ne le pense lorsqu’un entraîneur tente de protéger une avance au score. En faisant un changement fondamentalement défensif (sortie de Villa pour Keita, d’Ozil pour Pepe ou encore d’Obi Mikel pour Oscar contre West Brom récemment), l’équipe qui mène recule presque inévitablement. En effet s’il est rare (doux euphémisme) de voir un entraîneur envisager de faire rentrer un joueur défensif à un poste avancé pour que celui-ci accentue le pressing, il est courant de voir ce joueur participer à la perte d’influence de son équipe sur le match.

Un milieu défensif comme Obi Mikel sera forcément moins à l’aise dans la conservation du ballon et dans l’exploitation de l’espace qu’un meneur de jeu comme Oscar. De fait, cela rend le travail de pressing de l’équipe adverse plus simple car ce joueur plus faible techniquement peut être ciblé pour forcer un dégagement ou une perte de balle dans une zone dangereuse. Ce genre de scénario se produit souvent dans le championnat anglais. En effet, les fins de match renversantes de la Premier League sont la plupart du temps dues à un renoncement de toute velléité offensive de l’équipe meneuse, ce qui permet et encourage l’équipe menée à prendre possession du ballon et devenir maîtresse du jeu.

Comparatif entre les zones de jeu de Chelsea dans les 70 premières minutes et les 20 dernières contre West Bromwich Albion (11 février 2014). On constate le nette recul des blues et la perte de la possession du ballon. Source : Squawka.com.

Un changement si explicitement défensif que le spectateur moyen le remarque (l’attendant parfois depuis plusieurs minutes) ne passe forcément pas inaperçu aux yeux du coach adverse. L’entrée de Keita eut lieu en même temps que celle d’Arshavin pour Song et c’est Bendtner qui fit son apparition quelques minutes plus tard. Intelligemment, Wenger a profité de ce recul du Barça pour avancer sur le terrain en ajoutant deux éléments offensifs à la place notamment d’un milieu défensif.

Outre le fait de modifier l’organisation initiale, d’affaiblir techniquement la relance et d’indiquer à l’adversaire qu’il a le champ libre pour attaquer, ce remplacement influe sur la mentalité des dix autres joueurs de l’équipe en tête. Le message est clair : « on joue la protection du résultat, on ne part plus trop à l’attaque ». Or, toutes les situations ne sont pas forcément à risque et en refusant de marquer le but du break, Chelsea est resté exposé à l’égalisation qui est finalement intervenu à la 87ème minute. Si, pour José Mourinho, jouer la carte défensive est valorisée, pour d’autres coachs il s’agit en revanche d’un reniement d’une philosophie.

Mourir oui mais de la bonne façon

Si les données statistiques manquent afin d’appuyer cette idée, il semble que procéder à ce type de changement ne soit pas gage de victoire. Il représenterait peut-être même plus de danger que de sécurité pour l’équipe qui le réalise. Danger qui peut décider de l’histoire (à court terme) d’un club.

C’est le cas du FC Valence. Finaliste de la Ligue des Champions pour la deuxième année consécutive, Héctor Cúper voit son équipe prendre l’avantage sur le Bayern Munich dès la deuxième minute grâce à un pénalty de Mendieta. Toujours devant à la mi-temps, Cúper décide de faire sortir son meneur de jeu argentin, Pablo Aimar, au profit d’un jeune milieu défensif à l’époque : David Albelda. Par crainte de voir son équipe perdre ce précieux avantage, Cúper opta pour un changement profondément défensif quand dans le même temps Ottmar Hitzfeld faisait sortir Willy Sagnol pour ajouter du poids en attaque avec Carsten Jancker. Deux changements au retour des vestiaires qui allaient conditionner la décennie à venir pour le FC Valence.

Car cinq minutes après la pause, Stefan Effenberg remettait les deux équipes à égalité avant qu’Oliver Kahn n’offre le Graal au Bayern Munich aux tirs au but. Un exemple de coaching perdant s’il en est. Ces divers exemples (analysés sous ce prisme qui peut être réducteur à la vue des nombreux facteurs qui influe sur un match, je le concède) laissent penser que face à un tel scénario, il vaudrait mieux conserver sa ligne de conduite. Ne pas tenter de sécuriser un résultat par l’addition de joueurs défensifs comme si le football était une opération mathématique mais continuer à jouer au football. En somme : être proactif et non réactif.

Pour ce faire, il n’y a pas d’autre moyen que de maintenir un milieu fort, ce qui veut dire garder les milieux à vocation offensive (ou plus simplement capables de conserver le ballon) sur le terrain et pourquoi pas retirer des joueurs de couloir pour faire entrer un milieu central supplémentaire. Le but recherché ici est évidemment de conserver au maximum le ballon loin de son propre but en pressant l’adversaire et en maintenant le ballon dans la moitié de terrain adverse.

« C’est ce que j’appelle défendre vers l’avant. Qu’obtient-on avec ceci ? À la perte du ballon, on le perd dans le camp adverse. Ainsi, la moitié de l’équipe est derrière. Beaucoup de joueurs en couverture et beaucoup de distance à parcourir pour l’adversaire. [...] Mais, en sachant qu’une défaillance est toujours possible, l’erreur peut être fatale si elle a lieu dans ton propre camp. »

C’est sur ce principe de Johan Cruyff que s’appuie le Barça, spécialement depuis 2008 et l’arrivée de Pep Guardiola (ce qui montre à quel point son choix lors du déplacement à l’Emirates relève du reniement). Posséder le ballon dans la moitié de terrain adverse empêche sans contestation l’adversaire de le posséder et de se créer des occasions. La condition est donc de poursuivre avec la même philosophie et donc de ne pas jouer d’un coup « défensivement » comme a pu le faire Héctor Cúper. Si cette solution n’est en rien miraculeuse, présentant elle aussi ses défauts, elle invite néanmoins à ne pas renoncer à ce qu’il y a de plus beau : le jeu.

  1. avatar
    25 février 2014 a 14 h 14 min
    Par Maxime

    Vous avez a priori raison dans le cas où le match est encore équilibré, ou si l’équipe en tête domine.
    Mais dans le cas où l’équipe qui mène est déjà (archi) dominée il vaut peut être mieux faire entrer des joueurs qui savent défendre.

    • avatar
      25 février 2014 a 21 h 51 min
      Par jAX

      Je pense toujours que non (enfin ç

    • avatar
      25 février 2014 a 21 h 57 min
      Par jAX

      Je pense toujours que non même si ça peut marcher. Pour exemple les Barça-Inter (1-0) et Barça-Chelsea (2-2) de ces dernières années ont donné raison aux équipes repliées au final mais à quoi ça s’est joué ? Lors du Barça-Inter, le Barça n’a réussi à marquer uniquement parce que l’Inter était totalement replié laissant donc au Barça tout le loisir de s’approcher des buts intéristes. C’est un exemple très extrême mais au final le Barça a mis deux buts dans ce match (un, valable, de Bojan refusé) et s’est crée beaucoup de situations dangereuses. Face à Chelsea c’est pareil, les blues sont sortis victorieux mais le Barça a mis deux buts, a obtenu un péno et s’est crée énormément d’occasions parce que Chelsea était replié et défendait un avantage.

      Ce qu’il faut retenir, je pense, c’est qu’en effectuant ces changements défensifs, on accepte de souffrir et de laisser l’adversaire créer ses opportunités de but. Naturellement à un moment le bloc va craquer, donc pour éviter ça il faudrait tenter de faire le jeu le plus loin possible de son propre but.

  2. avatar
    27 février 2014 a 10 h 12 min

    C’est difficile de tirer un enseignement sur un seul changement. Et un remplacement qui parait défensif sur le papier peut avoir l’effet inverse et donner plus de possibilité offensive.

    Exemple récent, Remis-OL. Remi Garde qui es tloin d’être le roi du coaching décide à la 75e de sortir Lacazette pour mettre Koné. Passant d’un 442 losange à un 5-4-1.

    Sur le papier c’est du bétonnage. A ce moment l’OL mène 1-0 mais est dominé complètement par Reims n’arrive plus a ressortir la balle et les occasions se multiplient.

    Et bien a partir de ce moment la, ce fut fini. L’OL remet le pied sur la balle, et redevient dominateur sur le terrain, et va même finir par inscire un 2nd but 9 minute plus tard.

    Ici l’entrée d’un défenseur supplémentaire à eu un impact et défensif et offensif. Ce qui pour moi est de toute facon étroitement lié.

    En conclusion, je dirai que tout dépend du match, de la configuration tactique, de l’état physique des 22 joueurs, des possibilité sur le banc, des forces et faiblesses.

    Dans le meilleurs des mondes tous le monde serait capable de tenir la balle, de faire la passe à 10. mais ce n’est possible que si tactiquement et techniquement tu domine l’adversaire. Parfois, tu es moins bon, et tu dois faire d’autre choix.

    Merci pour l’article, c’est un sacré boulot.

  3. Pingback: L’attitude défensive de Seydou Keita | entre deux

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