Les maux bleus du duo Henry – Trezeguet
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Les maux bleus du duo Henry – Trezeguet

Alors qu'ils ont été deux des attaquants les plus prolifiques d'Europe à la même période, ces deux grands joueurs à la complémentarité évidente jamais su (pu ?) s'exprimer ensemble sous le maillot de l'Equipe de France.

Lorsque David Trezeguet écrit sa biographie, la préface est réalisée par Thierry Henry. Lorsque l’ex numéro 20 des bleus éclate en larme sur le bus des Bleus après la coupe du monde 2006, c’est le meilleur buteur des Bleus qui le prend dans ses bras. Les deux joueurs se sont découvert sur les terrains de la Turbie, au centre de formation de Monaco au milieu des années 1990. Alors que Trezeguet apprend le français et les coutumes locales, Thierry Henry et son père lui propose de lui faire découvrir la région et la langue de Molière. À partir de là, les deux joueurs seront inséparables, et développeront une grande amitié et un profond respect l’un envers l’autre. Un titre de champion de France avec Monaco, puis un titre de champion du Monde avec les Bleus marqueront le début de l’ascension des deux buteurs jusqu’au sommet du football mondial.

 

Abondance de bien en attaque

Après le succès en 1998, l’Equipe de France surfe sur la nouvelle génération dorée, Lizarazu, Zidane, Henry, Trezeguet. Offensivement, Roger Lemerre, nouveau sélectionneur des Bleus dispose d’une armada que peu d’équipes mondiales peuvent se vanter de posséder. Outre les deux joueurs formés à Monaco, on retrouve Christophe Dugarry champion du Monde, Sylvain Wiltord champion de France avec Bordeaux et la nouvelle pépite parisienne, Nicolas Anelka. Un embouteillage se crée alors à la pointe de l’attaque, d’autant plis que Roger Lemerre ne joue alors qu’avec une seule pointe. Une volonté tactique de faire de la place aux deux créateurs des Bleus, Zinédine Zidane et Youri Djorkaeff. Le milieu de terrain étant la force des Bleus depuis plusieurs années, il reste la priorité des sélectionneurs et du staff technique de l’équipe de France. Cette volonté première ne permet pas aux deux attaquants d’évoluer ensemble. Thierry Henry est alors préféré car plus complet, capable de prendre la profondeur, de déborder, mais également de jouer en pivot. Physiquement moins en verbe que son compère, David Trezeguet doit se contenter d’un rôle de joker de luxe.

Un rôle de joker qui lui réussi plutôt bien, puisque le buteur de la Juventus réalise des entrées remarquées.Une situation qui convient alors aux différents sélectionneurs, la question de l’association des deux joueurs pouvant être évitée. Sur l’ensemble de ses 71 sélections sous la tunique bleue, David Trezeguet n’a été titularisé que 29 fois, pour un total de 4110 minutes de jeu au cumulé. Un temps de jeu moyen de 58 minutes par rencontre. Des statistiques bien loin de Thierry Henry (9090 minutes de jeu pour 123 sélections), mais qui reste dans la lignée des autres attaquants français de cette génération. Nicolas Anelka qui a débuté l’Euro 2000 comme titulaire à la place de Trezeguet, totalise 69 sélections, tandis que Sylvain Wiltord, capable de dépanner sur un côté, à lui totaliser 92 sélections. Enfin Djibril Cissé, gêné par deux graves blessures, a été vu à 41 reprises avec le maillot bleu. Engluer dans cette concurrence et pénalisé par son style de jeu, David Trezeguet a souvent eu du mal à se démarquer des autres attaquants français.

 

Une complémentarité remise en question

Lorsque l’on parle de la complémentarité entre les deux joueurs, c’est Thierry Henry qui en parle mieux. Dans le livre de David Trezeguet, Bleu Ciel, il se livre à sa propre analyse de la situation « Les gens nous associaient en permanence, à tel point qu’on finissait par nous confondre. (…) Petit à petit, l’imaginaire collectif à commencer à voir Trezeguet – Henry comme un duo inséparable. La question de savoir si on pouvait jouer ensemble revenait sans cesse dans les médias. Je me susi toujours demandé pourquoi les gens posaient cette question. Evidemment qu’on était fait pour évoluer ensemble ! Ce n’était pas comme si ça me dérangeait de tourner autour de lui. Je n’étais pas un attaquant statique qui restait planté dans la surface. (…) Malheureusement, notre tandem n’a pas été assez reconduit en sélection alors que nous étions parfaitement complémentaires. »

Si l’on devait ressortir une performance que les deux attaquants ont réussi en affichant une grande complémentarité, ce serait le 3-0 infligé à l’Allemagne en 2003. Un match où paradoxalement, la France a débuté en 4-4-2 à plat, délaissant un 4-2-3-1 qui avait failli en 2002. Un milieu Dacourt – Makelele, avec Pires et Zidane sur les ailes. L’équilibre est alors assuré, et l’équipe Allemande a beaucoup de mal à lutter. Les deux attaquants qui sont alors meilleur buteur de leur championnat respectif survole les débats. Henry marquera une fois, tandis que Trezeguet mettra un doublé dont un but sur une passe du gunner. Ce match sera le point de départ de la volonté de Jacques Santini d’associer les deux joueurs en pointe. Durant les qualifications, la France joue un football très intéressant. Durant les éliminatoires de l’Euro 2004, la France terminera première de son groupe (Slovénie ; Chypre ; Malte et Israël) avec 8 victoires en 8 matchs et 29 buts inscrits. Une campagne qui verra Henry et Trezeguet mettre respectivement 6 et 5 buts.

On se dit alors que les deux joueurs ont la maturité et l’expérience pour pouvoir se fondre dans le collectif, et porter l’équipe de France lors de l’Euro 2004 au Portugal. Lors du premier match face à l’Angleterre, les deux attaquants se marchent dessus. À tel point qu’il faudra un doublé miracle de Zidane dans les arrêts de jeu pour permettre aux bleus de s’imposer. Lors des trois matchs qui suivront, il seront encore alignés ensemble. Les deux joueurs marqueront, mais uniquement le turinois sera remplacé systématiquement à un quart d’heure de la fin du match. L’aventure s’arrêtera en quart pour les bleus, tout comme l’association entre les numéros 12 et 20 des bleus. Le sélectionneur qui suivra, Raymond Domencech privilégiera un système à une pointe basée sur une bonne assise défensive et un jeu rapide vers l’avant. Tout ce qui n’est pas propice à David Trezeguet.

 

2006, fracture définitive

Sous le mandat de Domenech, Trezeguet n’est qu’un remplaçant. Thierry Henry occupe la pointe de l’attaque, d’une équipe qui sans le retour de Zidane, Makelélé et Thuram aurait eu beaucoup de difficultés à voir la Coupe du Monde en Allemagne. Durant ce tournoi, le turinois ne jouera que 91 minutes, dont le tiers en finale contre l’Italie. Une mise à l’écart que Henry et Zidane conteste en interne. Rien ne changera, même les apparitions de Trezeguet dans la presse, comme cette interview au JDD, en 2006, « Seules trois ou quatre équipes au monde ont la possibilité d’aligner autant d’attaquants que nous. Pourtant, on préfère d’abord mettre l’équipe bien en place en défense et voir comment ça va évoluer. Moi, je pense qu’on a les qualités pour faire mieux »

Après la défaite en finale, le tir au but manqué, les larmes sur les Champs-Elysée, l’absence du buteur turinois dans le groupe des 23 n’est plus qu’une question de temps. Il ne lui restera au final que des bouts de matchs pour 2 petits buts.

Dans son livre Tout Seul, l’ancien sélectionneur des Bleus explique sa position concernant ce dossier, « Je l’ai laissé sur le terrain en pensant qu’il pourrait au moins une fois profiter d’un cafouillage et d’un ballon qui traîneMais rien, pas même une demi-occasion ». Il fait alors référence aux deux matchs face à l’Ecosse, durant lesquels David Trezeguet n’a jamais su être dangereux face à une équipe qui défendait à 10 dans la surface.

Une fin en eau de boudin pour deux des trois meilleurs buteurs de l’histoire des Bleus jusqu’à présent. Une complémentarité n’a jamais été trouvée, ou seulement durant quelques mois. On ne peut pas refaire l’histoire, mais nul doute qu’elle aurait été bien différente si ces deux joueurs avait pu bénéficier de la confiance nécessaire à la formation d’un duo prolifique.

 

  1. avatar
    6 juin 2017 a 16 h 39 min

    Effectivement dans le cas de Trezeguet on ne peut s’empêcher de penser à un gâchis un niveau de l’équipe nationale, et pour une fois ce ne semblait pas être principalement de la faute du joueur, contrairement à d’autres attaquants de la même période.

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