Faust Havelange et Mephisto Dassler, l’axe FIFA – ISL
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Faust Havelange et Mephisto Dassler, l’axe FIFA – ISL

En 1974, Horst Dassler, successeur de l’empire Adidas, vit l’élection de Joao Havelange à la tête de la FIFA comme une opportunité. Succédant à Stanley Rous à Zürich, le Brésilien allait accélérer la mutation politique et économique de la FIFA, gangrenée par sa dépendance financière envers les grands sponsors, tels Adidas et Coca-Cola.

L’Histoire commence en 1948, dans le village bavarois d’Herzogenaurach, qui verra naître un certain Lothar Matthaus en 1961.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les frères Dassler décident de fonder chacun leur marque de chaussures. Adolf Dassler fondera Adidas, son frère Rudolf fondera Puma. Alliés avant la guerre, les deux frères se livreront une terrible rivalité commerciale.

Adi et Rudolf installent leurs usines l’une en face de l’autre, sur chaque rive de l’Aurach, la rivière qui traverse leur village natal. Excellent cordonnier, Adolf n’avait cependant pas les qualités de vendeur son frère Rudolf.

Preuve que leur rivalité va bien au-delà du simple leadership sur le marché de la chaussure, Rudolf fera circuler l’horrible rumeur que son neveu Horst n’était pas le fils de son frère Adolf, mais le sien…

L’affrontement entre Adi et Rudi rappelle celui entre Romulus et Remus, à la différence près que Rudi n’est pas mort sur l’Aventin, colline sacrée de Rome… Adidas et Puma deviennent deux empires commerciaux gigantesques. En 1954, Adidas avait lancé la première chaussure à crampons. Adolf Dassler mourra en 1978, mais son fils Horst lui avait succédé à la fin des années 60. L’oncle de Horst, Rudolf, meurt lui en 1974, l’année où sa marque, Puma réussit un superbe coup marketing grâce à Johan Cruyff. Virtuose en chef de la sélection oranje équipée par Adidas, Cruyff ne porte que deux bandes sur son maillot car il est personnellement sous contrat avec Puma… Cruyff est l’exception et ne porte donc pas la troisième bande estampillée Adidas.

Entre 1948 et 1974, Adidas et Puma sont devenues les plus grandes marques de chaussures sportives du monde, avant qu’en 1972, un Américain du nom de Phil Knight ne lance Nike, marque inspirée du nom de la déesse grecque de la Victoire, Niké.

En 1974, alors que la dixième édition de la Coupe du Monde se déroule en Allemagne de l’Ouest, la FIFA change de président. L’Anglais Stanley Rous, dont le mandat avait commencé en 1961, passe le flambeau au Brésilien Joao Havelange (né en 1916 à Rio de Janeiro).

Havelange est un personnage complexe. En 1912, quatre ans avant sa naissance, son père faillit prendre le Titanic. D’origine belge, Havelange a été nominé pour le Prix Nobel de la Paix en 1989, finalement attribué au dalaï-lama. Si le comité Nobel avait su ne serait-ce que 10 % de la biographie cachée du président de la FIFA, ce dernier n’aurait jamais été nominé, encore moins envisagé pour une élection. En 1988, le congrès de la FIFA avait décidé à l’unanmité de présenter la candidature de Joao Havelange pour le Prix Nobel de la Paix.

Havelange, par son statut de président de la FIFA, a cotôyé pendant 24 ans de nombreux chefs d’Etat, au point de se croire l’un d’entre eux… Le pape Jean-Paul II, Boris Eltsine, le roi Fahd d’Arabie Saoudite, le roi Albert II de Belgique, Jacques Chirac, le roi Hassan II du Maroc, tous ont rencontre un jour Havelange.

La rencontre entre Hassan II et Joao Havelange révèle une anecdote intéressante. A Madrid, le roi du Maroc était reçu par Juan Carlos, le roi d’Espagne, la réunion prenant du retard. Le rendez-vous avec Joao Havelange fut donc décalé de deux heures… Le courroux du président de la FIFA eut pour conséquence d’anéantir toutes les chances du dossier marocain en vue de l’organisation de la Coupe du Monde 1998, finalement accordée à la France, le 2 juillet 1992. Des businessmen tels que Rupert Murdoch ou Mark McCormack ont également subi les foudres du président Havelange.

Egalement membre du CIO, Joao Havelange avait été surpris en 1985 par Jacques Chirac, venu défendre la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques de 1992 au congrès de Berlin, en flagrant délit de corruption. Invité par Felipe Gonzalez, chef du gouvernement espagnol et Sa Majesté Juan Carlos, à un somptueux dîner, Havelange avait été menacé par le maire de Paris. Jacques Chirac informa le président de la FIFA qu’il userait de son influence en Afrique pour le priver d’une prochaine réélection, s’il poursuivait ces manoeuvres de corruption. Mais Havelange ne tint pas compte des menaces de Jacques Chirac. Il franchissit le Rubicon, fut réélu président de la FIFA, et Barcelone priva Paris des Jeux Olympiques de 1992.

Pourtant, treize ans plus tard, à l’occasion de la Coupe du Monde 1998, Chirac décorait Havelange de la Légion d’Honneur, l’élevant au rang suprême de Grand-Croix de l’ordre. Havelange avait aussi reçu des récompenses en Espagne, en Suède, au Portugal et au Brésil.

Membre du CIO de par sa qualité de président de la FIFA, Joao Havelange fut élu de façon étrange en 1974. L’origine des fonds qui ont aidé sa campagne est plus que floue.
Président de la CBF entre 1958 et 1974, Havelange aurait détourné des millions de dollars. Officiellement, les comptes de la CBF pour cette période accusent une perte inexpliquée de 6.6 millions de dollars… Officieusement, on se doute que ce chiffre est bien plus important.

L’argent qui a aidé Havelange à se faire élire vient aussi d’un certain Carlos de Andrade. Ami d’Havelange, ce dernier était propriétaire de loteries clandestines, parrain d’un cartel de drogues au Brésil, en relation avec les cartels de Cali en Colombie. L’argent blanchi par Andrade profita, entre autres, à Havelange.

La troisième source de revenus de Joao Havelange provient de la société Orwec, qui commercialisait des produits chimiques et des explosifs. En 1972, alors que le dictateur portugais Antonio Salazar était mort, son ancien Ministre des Finances Luis Maria Teixeira Pinto racheta Orwec pour cinq millions de cruzeiros (un million de dollars à l’époque).

Mais l’argent ne fut pas le seul atout d’Havelange. En 1971 et 1972, Havelange emmena le roi Pelé en Afrique pour une campagne de lobbying en vue de sa prochaine élection. Havelange estimait que Pelé avait une dette envers lui, depuis 1958. Le dirigeant avait été un des rares à soutenir la sélection du roi Pelé pour la Coupe du Monde 1958 en Suède. Havelange avait aussi convaincu Pelé de revenir en sélection brésilienne pour le Mundial mexicain de 1970. Pourtant, Pelé avait annoncé dès 1966, après la World Cup anglaise, qu’il ne disputerait plus de Coupe du Monde.

Pour inverser le rapport de force en sa faveur, puisqu’il était simple challenger de Sir Stanley Rous, Havelange s’appuya sur un socle de soutiens en Amérique du Sud. En 1971, les présidents des Fédérations argentine et uruguayenne se rendirent à Rio de Janeiro pour convaincre Havelange de se constituer candidat à la présidence de la FIFA.

Sachant qu’il a besoin des voix des pays africains et asiatiques pour se faire élire, Havelange promet aux deux continents d’augmenter le quota de places dévolues, en Coupe du Monde, à ces deux parents pauvres du football mondial. Pour ne pas léser la puissante Europe, il faudra donc augmenter le nombre de places total, fixe à seize pour le Mondial 1974 organisé en RFA.

Havelange promet aussi aux pays africains de suspendre l’Afrique du Sud de la FIFA. Le régime de Johannesburg serait ainsi coupable, aux yeux du monde, de sa politique raciale d’apartheid.

Avec son argent, Havelange offrit un troisième cadeau aux dirigeants du Tiers Monde. A l’époque, les Fédérations des pays pauvres, en pleine ère du football amateur, ne disposaient pas des capitaux nécessaires pour envoyer leurs dirigeants aux congrès de la FIFA, à la fois pour couvrir les frais liés aux billets d’avion et aux chambres d’hôtel. Havelange offrit bien plus aux dirigeants africains et asiatiques. Le dirigeant éthiopien Tessima, en plus de la couverture totale par la FIFA de ses frais de transports et d’hébergement pour le congrès de Francfort en 1974, reçut plus de 300 000 francs suisses.

Dès lors, l’élection d’Havelange ne faisait plus l’ombre d’un doute… Lors du premier scrutin de ce congrès de Francfort, en juin 1974, Joao Havelange et Sir Stanley Rous étaient en ballottage, le Brésilien menant cependant 62 à voix à 56. Mais la majorité absolue ne suffisait pas pour un premier scrutin, il fallait obtenir une majorité de deux tiers des voix (soit 79 votes). Lors du second scrutin, le challenger Havelange obtint 68 voix, contre 52 au président sortant. Certains membres de la FIFA, dont son vice-président sortant, ne croyaient pas si bien dire en affirmant que l’instance allait changer d’ère… Né sous l’époque victorienne, fils d’un épicier, Sir Stanley Rous n’avait rien de commun avec son successeur.

Les noces entre la FIFA et les grandes marques, dont Adidas et Coca-Cola sont l’aigle bicéphale, furent célébrées le 11 juin 1974 à Francfort. Dans l’ombre, un faiseur de couronnes, Horst Dassler, principal bénéficiaire de cette idylle politico-commerciale. La lune de miel se fera sur fond de signatures de juteux contrats… Pourtant, en 1973, le premier contact entre Havelange et Dassler fut bref, Havelange refusant d’accorder à Adidas des contrats pour la Fédération brésilienne. Dassler offrit alors son soutien à Stanley Rous pour le congrès électif de 1974. Mais sentant le vent tourner avant le congrès, Dassler invita Havelange à dîner. Le machiavélique président d’Adidas avait manoeuvré aussi habilement qu’une girouette, et allait faire du futur président son pantin pendant des années.
Ancien nageur olympique en 1936 à Berlin, puis joueur de water-polo aux Jeux Olympiques de 1952 à Helsinki, titulaire d’un doctorat en droit (mais il n’exerça jamais le métier d’avocat), Joao Havelange va révolutionner la FIFA… L’instance de Zürich va évoluer à vitesse foudroyante, et le football entrera de plain-pied dans l’ère du business.

Depuis 1970 et le Mundial organisé par le Mexique, Adidas fournit les ballons de la Coupe du Monde de football. Cette année là, les audiences du Mundial explosent à la télévision. Le Brésil de Pelé, Gerson, Carlos Alberto propose un football de rêve, et torpille l’Italie (4-1) en finale, au stade Aztec de Mexico. Porté en triomphe, le roi Pelé gagne sa troisième Coupe du Monde, apothéose d’une carrière fabuleuse. Cependant, en plus de son incontestable virtuosité technique, du panache permanent dont elle a fait preuve, la Seleçao a bénéficie d’une préparation physique de très haut niveau, financée par Joao Havelange, président de la CBF. Un entraînement scientifique inspiré de celui des astronautes de la NASA avait permis aux joueurs auriverde d’arriver au Mexique en pleine possession de leurs moyens physiques et mentaux.

Conscient du virage médiatico-financier qui est en train de s’amorcer au sommet du football international, Havelange se fait donc élire président de la FIFA en 1974, grâce aux voix des pays africains et asiatiques. En contrepartie, l’ancien président de la Fédération brésilienne (CBF) augmentera donc le quota des places réservées à ces deux continents en Coupe du Monde, alors réduites à peau de chagrin.

Havelange va vite se rapprocher d’un homme, Horst Dassler. Le fils et héritier d’Adi est également le fondateur d’Arena. En 1972, impressionné par les performances exceptionnelles de l’Américain Mark Spitz aux Jeux Olympiques de Münich, Horst Dassler lance en 1973 cette marque de maillots de bains de compétition.

Associé à un certain Patrick Nally, qui amène l’argent de Coca-Cola, Horst Dassler va influencer Joao Havelange. C’est ainsi que le géant d’Atlanta, via Patrick Nally, obtient l’organisation de la Coupe du Monde 1978 en Argentine, quelques mois après l’arrivée de la junte militaire au pouvoir. La FIFA ne bronche pas quand un mouvement international appelle au boycott de ce Mundial 1978 organisé en Argentine. Et dire qu’à l’origine Coca-Cola était aux antipodes du profit, inventé par un pharmacien d’Atlanta, John Pemberton, en 1886, comme médicament…

Coca-Cola s’imposa rapidement face à son rival, Pepsi. En 1975, Havelange rencontra à New York les dirigeants de Pepsi. Mais ces derniers ne donnèrent jamais suite à ces premiers contacts avec la FIFA. Coca-Cola et Patrick Nally avaient gagné la partie. Et rien ne put alors empêcher la Coupe du Monde 1978 de se tenir en Argentine, malgré la dictature du général Videla, instaurée en 1976.

Qu’aurait-fait Havelange si le 23 février 1981, le coup d’Etat en Espagne d’Antonio Tejero, lieutenant-colonel de la Guardia Civil, avait renversé la démocratie monarchique du roi Juan Carlos de Bourbon ?

Rien, probablement… Le Mundial 1982 aurait quand même eu lieu dans la péninsule ibérique, sept ans après la mort de Franco en 1975, qui mettait fin à une dictature commencée en 1939 après trois ans d’une terrible guerre civile.

En 1978, le vice-président de la FIFA, Herman Neuberger avait refusé de recevoir un rapport détaillé d’Amnesty International au sujet des meurtres et des tortures perpetrés par la junte militaire de Videla en Argentine.

L’influence de la FIFA et d’Havelange, dont l’éminence grise est Dassler, sur les pays organisateurs est colossale. Pour faire accepter à l’Espagne le passage de 16 à 24 équipes dans le cadre du Mundial 1982, Havelange use d’un chantage odieux, énoncé au roi Juan Carlos en personne. Si le pays consent à céder sur ce point crucial à double titre (primo pour offrir plus d’espaces publicitaires aux sponsors, secundo pour récompenser les pays africains et asiatiques de leur soutien en 1974), alors Joao Havelange s’engage à fournir les voix du pays du Tiers Monde pour faire élire Juan Antonio Samaranch à la tête du CIO. Ce sera chose faite le 16 octobre 1980, après que le comité espagnol d’organisation du Mundial 1982 ait enteriné l’augmentation du nombre d’équipes engagées en phase finale. Havelange peut respirer. En 1978, il avait échoué à augmenter le nombre d’équipes pour l’édition argentine. Cette fois, c’est chose faite pour l’édition espagnole de la Coupe du Monde. En cas de second échec, la réélection d’Havelange à la tête de la FIFA aurait pu être fortement compromise…

Une autre preuve de l’emprise d’Adidas sur Havelange est la nomination de son propre gendre, Ricardo Teixeira, à la tête de la CBF… Le prédécesseur de Teixeira, Giulite Soutinho, commit l’erreur fatale de ne pas renouveler le contrat de la CBF avec Adidas. L’appel d’offres émis par Soutinho profita alors à la marque Topper. Les représailles de Dassler, par l’entremise d’Havelange, furent fatales au mandat de Soutinho, dirigeant dont les conceptions du management d’une Fédération sportive, qu’elle soit nationale ou mondiale, étaient aux antipodes de celles d’Havelange.

En 1983, Horst Dassler fonde ISL (International Sports and Leisure), société dédiée au démarchage de sponsors pour les grandes compétitions d’audience mondiale (Jeux Olympiques d’été, Coupe du Monde de football…). ISL sera la face émergée de l’iceberg, la vitrine d’un empire financier bien plus opaque, dont Dassler tirera les ficelles, aidé par deux hommes : André Guelfi… et Sepp Blatter. En effet, Patrick Nally vient d’être doublé par Horst Dassler, son ancien associé et complice en affaires… Nally a été court-circuité par Dassler pour deux raisons. Primo, ce dernier a trouvé deux nouveaux hommes de confiance avec Guelfi et Blatter. Secundo, cet avatar moderne de Machiavel a trouvé en Dentsu, géant japonais, un partenaire bien plus puissant que Nally… Dassler possède 51 % d’ISL, tandis que Dentsu, conglomérat publicitaire, s’est arrogé les 49 % restants.

Pour la Coupe du Monde 1982, les dix sponsors de catégorie 1, parmi lesquels Coca-Cola ou Canon, ont chacun déboursé 40 millions de dollars pour appartenir à ce club très restreint.

Juan Antonio Samaranch, au CIO, et Joao Havelange, à la FIFA, sont séduits par les idées de Horst Dassler, encore plus redoutable commercial que feu son oncle Rudi. La publicité va exploser sur leurs évènements sportifs, ce qui leur permettra de faire monter les enchères auprès des chaînes de télévision, au moment où le sport est devenu lié aux tubes cathodiques. Dassler multiplie les déplacements, Lausanne et Zürich deviennent pour lui des ports d’attache.

Basée à Lucerne (dans le canton suisse éponyme) mais possédant des bureaux à New York, Paris, Tokyo, Londres et Münich, ISL devient rapidement le n°1 du sport business. Intermédiaire entre les fédérations mondiales et les entreprises multinationales désireuses de s’offrir un espace publicitaire idéal, ISL devient très vite incontournable.

Parmi ces multinationales, Coca-Cola, Sanyo, Mastercard, Fujifilm, Seiko, JVC, Carlsberg, Opel, Budweiser, Canon, Philips, Energizer, Camel ou encore McDonald’s…

La contrepartie du soutien financier de ces marques au CIO et à la FIFA est évidente : espace publicitaire mondial, allocation de places VIP dans les stades hôtes des grandes compétitions…

En 1975, Dassler démarche un certain Sepp Blatter, alors directeur du chronométrage sportif et des relations publiques chez Longines. Membre du club de Neuchâtel Xamax depuis 1970, Blatter devient directeur technique du plan de développement du football, jusqu’en 1981, plan sponsorisé par l’aigle bicéphale qui sert d’éminence grise à la FIFA, le couple infernal Adidas – Coca-Cola. Horst Dassler et Patrick Nally arrangent ce contrat de sponsoring via une société joint-venture fondée en 1975 et implantée à Monte-Carlo, la SMPI (Société Monégasque de Promotion Internationale). Horst Dassler possède 55 % des parts de la SMPI. Patrick Nally, via la société West Nally (co-fondée avec l’ancien commentateur Peter West), est détenteur des 45 % restants. En 1981, Blatter change de fonction et entre à la FIFA…

Virtuose du relationnel et du marketing, polyglotte, Joseph Blatter fait très vite fructifier cet argent. La manne providentielle qui vient financer les Coupes du Monde de la FIFA permettent à Joao Havelange de faire construire le nouveau siège de la FIFA à Zürich. Un palace émerge alors, très loin des bureaux exigüs où Stanley Rous et deux secrétaires étaient confinés !! Zürich, Atlanta, Münich constituent les sommets du nouveau triangle des Bermudes du football mondial…

Deux décisions symbolisent plus que tout l’influence du tout puissant sponsoring, notamment celui de Coca-Cola, sur les choix du CIO et de la FIFA pour l’organisation respective des Jeux Olympiques et de la Coupe du Monde de football.

En 1990, Juan Antonio Samaranch annonce qu’Atlanta, la ville de Coca-Cola, décroche l’organisation des Jeux Olympiques du Centenaire, cent ans après ceux de 1896 à Athènes, décidés par Pierre de Coubertin. Ironie du sort, la ville de Géorgie devance la capitale grecque. L’Acropole doit s’incliner face à la ville de Coca, 51 à 35, lors de la 96e session du CIO, le 18 septembre 1990 à Tokyo.

Quatre ans après le lobbying efficace de Samaranch pour sa ville, Barcelone, qui, en 1986, avait largement devancé Paris dans l’optique des Jeux Olympiques de 1992, le choix de la ville hôte est une nouvelle fois biaisé. A une raison politique succède une raison financière… Le choix de Barcelone répondait à une certaine logique pour Samaranch, en tant qu’ancien gouverneur de la province de Barcelone en 1973. L’ancien secrétaire des Sports de Franco (nommé par le dictateur en 1967) n’avait eu aucun mal à convaincre une majorité de membres du CIO à voter pour la candidature barcelonaise.

Quant à la FIFA, elle offre la World Cup 1994, pour le plus grand bonheur de Coca-Cola et Adidas, aux Etats-Unis, déjà candidats pour l’édition 1986 du Mondial, après que la Colombie, faute de moyens, ait du abdiquer en 1983, trois ans avant le début du tournoi. Mais les dés étaient pipés en 1986. Dès 1974, Horst Dassler avait fait part à Havelange de son hostilité à l’organisation de la Coupe du Monde 1986 par la Colombie, décidée avant l’élection du Brésilien. Mais malgré sa fonction suprême, Havelange ne pouvait infléchir sur une décision aussi cruciale. Les deux hommes avaient en tête le Mexique, marché plus juteux et qui offrait l’avantage de disposer d’un parc de stades modernes depuis 1970, date à laquel le pays avait déjà accueilli l’évènement majeur du ballon rond. Après la finale du Mundial 1982, jouée entre l’Italie et la RFA à Santiago Bernabeu, Joao Havelange prit l’avion pour Mexico, dans le jet privé du businessman mexicain Emilio Azcarraga, propriétaire de TV Mexicana. Sur ce vol Madrid – Mexico, Havelange et Azcarraga étaient accompagnés par Guillermo Cañedo, ancien président de la Fédération mexicaine de football. Horst Dassler et Joao Havelange étaient prêts à saisir la moindre opportunité pour offrir l’édition 1986 à la nation aztèque. Quand la Colombie jeta l’éponge en 1983, quatre candidatures émergaient : Brésil, Canada, Etats-Unis et Mexique. Malgré un beau plaidoyer d’Henry Kissinger pour la candidature américaine, la FIFA offrit au Mexique l’organisation du Mundial 1986, que le pays put assurer malgré un terrible séisme survenu en septembre 1985 dans sa capitale, Mexico.

Pour satisfaire les sponsors, Havelange avait augmenté le nombre d’équipes dès 1982. La Coupe du Monde espagnole avait accueilli 24 équipes au lieu de 16 pour l’édition 1978 en Argentine. En 1994, Havelange décidera de passer à 32 équipes dans l’optique du Mondial 1998, organisé en France.

Avec son gendre Ricardo Teixeira, Havelange tente de torpiller la loi soumise au Parlement Brésilien par Pelé, ministre sous le président Henrique Cardoso. Il s’agissait pour le roi Pelé de nettoyer le football brésilien de l’opacité dans laquelle Havelange et Teixeira l’avaient plongé, de nettoyer ces nouvelles écuries d’Augias. Brandissant la menace d’exclure le Brésil de la Coupe du Monde 1998, Havelange fit donc pression sur Pelé… Autre manoeuvre d’intimidation, en 1993, Ricardo Teixeira tenta de corrompre la Fédération bolivienne pour éviter que le Brésil ne joue un match de qualification pour la World Cup contre la Bolivie, à la Paz, capitale la plus haute du monde, à 3600 mètres d’altitude. Offrant 100 000 dollars américains, montant les enchères jusqu’à 300 000 dollars, Teixeira se vit opposer un veto. La Seleçao se rendit à la Paz, le 25 juillet 1993, et essuya une défaite sans appel, sur le score de 2-0. En 1998, Havelange invita tous les cadres dirigeants de la FIFA au somptueux hôtel Bristol, à Paris, pendant toute la durée de la Coupe du Monde. Le roi Havelange et sa Cour occupaient donc ce palace (5 étoiles) pour 3500 livres par jour, soit 147 000 livres sterling pour la durée du tournoi, preuve que l’argent d’ISL coulait à flot à la FIFA, véritable tonneau des Danaïdes moderne !

Après la mort d’Horst Dassler en 1987, ISL continue de prospérer, obtenant en 1996 les droits de retransmission des Coupes du Monde 2002 et 2006 pour des montants astronomiques (1.2 milliard de $), en association avec le groupe de Leo Kirch.

En 2001, cependant, le conglomérat ISL fait faillite… un nouveau scandale éclate à la FIFA. Sepp Blatter, successeur de son mentor Joao Havelange, reprend le boomerang de Faust et Mephistopheles en pleine face …

Elu en 1998 à la tête de la FIFA, à la veille de la Coupe du Monde organisée en France, sur laquelle veille Michel Platini, son futur conseiller spécial à Zürich, Sepp Blatter rencontre de gros ennuis en 2001. Le scandale ISL éclate…

Une fronde menée par le Suédois Lennart Johansson, président de l’UEFA depuis 1990, et candidat malheureux en 1998 face à Blatter lors de l’élection pour la succession de Joao Havelange à la tête de la FIFA (111 voix pour Blatter, 90 pour Johansson), somme Blatter de s’expliquer sur ses liens passés avec ISL, Dassler et Adidas…

Blatter et l’empire FIFA contre-attaquent au printemps 2001 en déposant plainte contre plusieurs dirigeants d’ISL, coupables, selon le Suisse, d’avoir détourné vers une caisse noire, environ 328 millions de francs versés par la chaîne brésilienne TV Globo et la chaîne japonaise Dentsu, pour les droits de retransmission des Coupes du Monde 2002 et 2006. Transmittant une liste de nom d’anciens cadres d’ISL aux autorités judiciaires du canton de Zoug, Blatter oubliait volontairement le nom d’un certain Jean-Marie Weber, héritier du livre noir de Dassler, architecte moderne de la corruption du football international…

Sepp Blatter se voit reprocher par les médias internationaux ses liens très étroits avec Adidas et son ancien PDG Horst Dassler, mort en 1987. Cette relation privilégiée a été confirmée en 2001 par un proche du défunt : C’est Dassler qui a fait nommer Blatter secrétaire général de la Fifa en 1981, Horst avait toute confiance en lui, alors on a fait ce qu¹il fallait pour l’imposer, affirme André Guelfi, le richissime entrepreneur et courtier mis en cause dans l’affaire Elf.

A l’époque, ce Corse, ami de Charles Pasqua, venait de racheter le Coq sportif, avant d’en céder officiellement 49 % à Horst Dassler. Les deux hommes s’entendent rapidement et s’associent. André Guelfi est notamment chargé de racheter West Nally, qui détenait 55 % des parts de la SMPI. La trajectoire de Guelfi est incroyable. Né en 1919 au Maroc, il participe en 1958 au Grand Prix de F1 du Maroc, couru à Casablanca. C’est pendant les années 50 qu’il rencontre Charles Pasqua, alors employé chez Pernod Ricard. Entre 1971 et 1975, l’ancien pilote acquiert une immense fortune à Paris, dans l’immobilier, suite à son mariage avec une nièce de Georges Pompidou. En effet, celui qu’on surnomme Dédé la Sardine devient un empereur de l’immobilier, avec plus de cent immeubles dans la Ville Lumière… En 1975, Guelfi déménage à Lausanne, où il rencontre rapidement Horst Dassler. En 1993, André Guelfi revendra sa maison, qui surplombait le Lac Léman et la Riviera vaudoise, au CIO, qui faisait partie de ses relations de par son appartenance à la nébuleuse ISL.

Avec Horst, on faisait ce qu’on voulait dans le milieu du sport et rien ne se faisait sans nous, assure André Guelfi. Mais Horst ne s’entendait pas bien avec le secrétaire général de la FIFA, le docteur Helmut Käser. Il m¹a demandé d¹agir pour l’écarter. J’ai réussi à convaincre Käser de partir et nous avons fait nommer Blatter. Pour moi, il n¹y a pas le moindre doute : Blatter travaillait pour Dassler et les intérêts d’Adidas. En 2001, Sepp Blatter nia catégoriquement cette version des faits, par l’intermédiaire de son porte-parole, Markus Ziegler : Monsieur Blatter a été nommé dans des conditions parfaitement normales au secrétariat général de la FIFA, fin 1981. Helmut Käser et quelques cadres de la FIFA s’étaient révoltés contre l’autorité de Joao Havelange, qui les a chassés. Blatter a été choisi quelques mois après. Voilà la véritable histoire. André Guelfi raconte n¹importe quoi.

La vérité se situe entre les deux versions de Guelfi et Ziegler. En 1980, après un congrès de la FIFA à Rome, Havelange notifia à Käser de nouvelles directives pour son poste de secrétaire général de la FIFA. Helmut Käser avait découvert les comptes bancaires occultes du président Havelange, ouverts à la Chase Manhattan Bank, à la banque Pictat de Genève ou dans d’autres banques, notamment à Zürich. Ecrivant une lettre précisant les nouvelles attributions du poste de Käser, Havelange contraignait ce dernier à une démission forcée. L’humiliation était terrible pour Käser, qui avait collaboré avec trois présidents de la FIFA…

Ironie du sort, l’homme qui lui succéda comme secrétaire général de la FIFA, Sepp Blatter, épousa en 1983 Barbara, la propre fille d’Helmut Käser, sans que ce dernier ne soit invité au mariage ! Décédant le 11 mai 1994, le docteur Helmut Käser ne verrait heureusement pas son “gendre” prendre les rênes de la FIFA en 1998, après Joao Havelange, l’homme qui avait construit le personnage de Blatter, après qu’il fut imposé par Dassler et Nally dès 1975. De Longines à la FIFA en passant par Adidas, la trajectoire dorée de Sepp Blatter ressemble à un cocktail explosif.

Quelques faits font pourtant écho aux troublantes révélations émises par Guelfi. Lorsqu’il a pris ses fonctions à la Zürich, Sepp Blatter est ainsi resté pendant plusieurs mois dans son bureau de Landersheim, en Alsace, au siège d¹Adidas France. A quel titre ? Son entourage n’a jamais véritablement éclairci la question… Son élection à la tête de la Fifa en 1998 a également beaucoup fait jaser. D’après ses détracteurs, elle devait beaucoup au travail de lobbying actif que Jean-Marie Weber,­ directeur général d’ISL, où il a succédé à André Guelfi , aurait effectué auprès des fédérations africaines et asiatiques.

Au début des années 80, Horst Dassler se vantait de faire la pluie et le beau temps lors des élections du CIO et de ses organisations satellites. Trois noms sont depuis longtemps associés à celui du fils d’Adolf Dassler : le Brésilien João Havelange, président de la Fifa de 1974 à 1998, son successeur, Sepp Blatter, et le Catalan Juan Antonio Samaranch, président du CIO de 1980 à 2001. Les liens du marquis de Samaranch avec Guelfi sont de notoriété publique et, bien que certains membres du CIO aient conseillés à l’Espagnol de prendre ses distances, Samaranch n’a jamais renié cette amitié.

En revanche, André Guelfi reproche à Sepp Blatter ses pertes de mémoire et son ingratitude lorsqu’il a été incarcéré à la Prison de la Santé, en 2003, suite au procès Elf, qui condamna aussi Loïc Le Floch-Prigent et Alfred Sirven pénalement. L’ancien cadre de Longines a vite oublié celui qui pendant tant d’années, fut son pourvoyeur de fonds…

Des médias suisses et allemands avaient révélé, en 2001, l’existence d’une fondation basée au Liechtenstein (célèbre paradis fiscal), baptisée­ Nunca­, alimentée par ISL dans le but de corrompre de hauts dirigeants sportifs. Seulement, ce n’était pas Nunca, basée à Vaduz, qui amenait l’argent, mais une autre société, Sunbow, implantée aux Iles Vierges Britanniques…

Le magazine suisse germanophone Bilanz, à l’origine des révélations sur Nunca, citait le nom de Robert Louis-Dreyfus, le patron de l’OM et avant-dernier PDG d’Adidas : lors du rachat de la société à Bernard Tapie, il aurait découvert dans les comptes l’existence d’un système de rémunération des principaux patrons du sport mondial, dont Sepp Blatter. D’après Bilanz, Louis-Dreyfus aurait mis un terme à cette pompe à finances. Alerté en 2001, le patron de l’OM aurait immédiatement téléphoné à Sepp Blatter et à Michel Platini (alors conseiller de Blatter à la FIFA), en pleine Coupe des Confédérations, organisée cette année là au Japon,­ pour démentir farouchement les propos qui lui étaient prêtés.

En mai 2005, le procureur suisse Thomas Hildbrand ouvre une enquête à l’encontre d’ISL et de ses cadres, dont son grand argentier Jean-Marie Weber. Le chef d’accusation est le détournement de 70 M€ aux dépens de la FIFA, somme déboursée par TV Globo et Dentsu, introuvable après la banqueroute d’ISL en 2001 ! Hildbrand organise même en novembre 2005 une perquisition au siège de la FIFA, à Zürich !

Cependant, en 2014, Sepp Blatter est toujours l’indéboulonnable président de la FIFA. Il vient de présider sa cinquième Coupe du Monde, au Brésil, malgré le capharnaüm sonore des vuvuzelas, après les éditions de 1998 (France), 2002 (Corée du Sud et Japon), 2006 (Allemagne) et 2010 (Afrique du Sud). Il est possible que Sepp Blatter sera encore au sommet de la pyramide FIFA pour la vingt-et-unième Coupe du Monde, en 2018, en Russie. Blatter, président d’une instance qui a offert sur un plateau la Coupe du Monde 2018 à la Russie, là où l’Angleterre aurait mérité de recevoir l’évènement, et le Mondial 2022 au Qatar. Quarante-deux ans après la World Cup 1966, la Coupe du Monde ne retournera au pays de Sir Stanley Rous, dernier président d’une FIFA transparente, avant que cette dernière ne ressemble comme deux gouttes d’eau aux écuries d’Augias…

  1. avatar
    1 janvier 2015 a 12 h 03 min

    Bonne année à tous sur le forum. La FIFA n’a pas attendu Sepp Blatter, loin de là, pour magouiller, Havelange et Dassler (avec l’aide de Guelfi et Blatter) avaient initié le mouvement dès le milieu des années 70, le fils d’Adi faisant de même avec Samaranch au CIO bien entendu.

  2. avatar
    5 janvier 2015 a 19 h 08 min

    Ça donne hâte aux prochains Jeux Olympiques et à la prochaine Coupe du monde… NOT!

    En 2002 je me rappelle encore l’épopée des sud-coréens, avec l’arbitre qui avait refusé au moins 2 buts aux italiens…

  3. avatar
    6 janvier 2015 a 16 h 31 min

    Tu peux rajouter l’Espagne comme victime collatérale des décisions arbitrales favorables à la Corée du Sud en 2002.
    Heureusement que l’Allemagne d’Oliver Kahn et Michael Ballack arreta les imposteurs de Guus Hiddink, qui n’auraient jamais du passer les 1/8e de leur Mondial voilà douze ans.

    • avatar
      9 janvier 2015 a 19 h 00 min

      Oui il y avait l’Espagne aussi. Mais c’était plus flagrant encore contre les ritaux.

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