Faut-il conserver le Ballon d’Or ?
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Faut-il conserver le Ballon d’Or ?

Dans quelques jours sera remis le 61ème Ballon d’Or de l’Histoire, une distinction honorifique qui devrait logiquement revenir à Cristiano Ronaldo sans que, pour une fois, cela fasse polémique. Car contrairement aux années précédentes, ce ne sera pas seulement pour ses triplés et quadruplés réussis en Liga mais aussi parce qu'il a gagné les plus beaux titres qui étaient en jeu cette année (Ligue des Champions et Euro). Malgré tout, on peut s’interroger sur la pertinence d’une telle récompense dans un sport collectif et ce, même si l’organisation du scrutin est revenue cette année dans les mains de son créateur.

A voir les réactions suscitées ici ou là, le monde du football semble s’en réjouir. Le Ballon d’or, créé en 1956 par l’hebdomadaire France Football, et passé sous le giron de la FIFA depuis 2010, va retrouver son visage d’antan puisque le partenariat entre la fédération internationale et le magazine s’est terminé le 16 septembre dernier. Au-delà de ce changement de propriétaire, ce sont les règles et les modalités d’attribution qui ont été à nouveau modifiées. Petit retour dans le passé.

D’abord octroyée au meilleur joueur européen, la distinction ne fut attribuée que bien plus tard (1995) au meilleur joueur, toutes nationalités confondues, évoluant dans un club du vieux continent (ce dont profita immédiatement le libérien Georges Weah). La récompense évolua encore en 2007 puisqu’elle fut alors attribuée au meilleur joueur du monde, sans aucune distinction (même si, au final, aucun des joueurs terminant sur le podium depuis lors n’a évolué ailleurs qu’en Angleterre, en Espagne, en Allemagne ou en Italie). Mais en 2010 intervint une vraie rupture. Tandis que le Ballon d’or était jusque-là une distinction attribuée par un “organisme” indépendant, la FIFA se mit en tête de racheter le label pour en faire une récompense maison. Et alors que la distinction était accordée jusqu’alors par un panel de 50 journalistes européens, ce furent désormais un joueur, un entraîneur et un journaliste de chacun des 209 pays membres de la FIFA qui votèrent. Quant aux critères d’attribution, là aussi ils furent rénovés. L’article 9 du règlement stipule que le Ballon d’Or est attribué en fonction de quatre critères principaux :

a) Ensemble des performances individuelles et collectives (palmarès) pendant l’année considérée
b) Classe de joueur (talent intrinsèque + fair play)
c) Carrière
d) Personnalité, rayonnement.

Mais quand cette récompense est passée sous le giron de la FIFA, ces références ont quelque peu volées en éclat, autrement dit, était davantage désigné le “meilleur joueur du monde” en absolu que le véritable “joueur de l’année”, celui qui a apporté une vraie plus-value à son équipe, que ce soit en club ou en équipe nationale.

Alors bien sur ce retour à l’ancienne formule (celle qui a eu court de 2007 à 2009) est plutôt un soulagement. Sous la présidence de la FIFA, le Ballon d’Or était devenu un vulgaire objet marketing. On peut d’ailleurs se demander pourquoi la fédération internationale avait acheté une telle “récompense”, son rôle étant davantage d’organiser le football que de distinguer des joueurs particuliers. La réponse est très simple : la FIFA devenue une marque en plus d’être une structure organisatrice de spectacle sportif cherchait à accroître ses recettes. Tout comme on ne doit plus dire “la Coupe du Monde de football” mais “la Coupe du Monde de la FIFA”, il ne fallait plus parler de “Ballon d’or”, mais de “Ballon d’or de la FIFA”. L’intérêt de tout cela était de pouvoir vendre le plus cher possible, à des éditeurs de jeux video en particulier, le droit d’utilisation de la marque FIFA. L’éditeur américain EA Games, dont le produit le plus profitable est le jeu FIFA, savait que ce dernier perdrait une grande part de son attractivité s’il ne pouvait plus faire figurer sur l’écran (faute d’en détenir le droit) les vedettes du ballon rond. Le label FIFA est non seulement la garantie pour le joueur que ses idoles seront présentes mais aussi une marque à laquelle il est supposé associer le plaisir qu’il éprouve en jouant devant son écran. Ensuite, comme pour toute marque, la promotion passe par des événements relayés par les media internationaux. La cérémonie du Ballon d’or en est une. Elle devait plaire à ce jeune public adepte de jeux vidéo. Il n’était donc pas utile qu’elle soit le triomphe du bon goût et du raffinement : il fallait surtout du clinquant.

Autant dire que l’article 9 qui décrit les conditions d’attribution avait peu de chance d’être scrupuleusement respecté, au risque de désespérer de nombreux fans : Xavi Hernandez et Andres Iniesta n’étaient pas assez bling bling pour prétendre au Ballon d’or. En revanche, le plus “m’as tu vu” des pousseurs de citrouille, le modestissime Cristiano Ronaldo avait le profil idéal. Peu importe que sa performance lors de la dernière Coupe du Monde ait été poussive, que ses coéquipiers portugais aient joué avec la peur au ventre de ne pas tenir convenablement leur rôle de “faire valoir”… Dans sa course effrénée au nombre de buts inscrits dans l’année qu’il livre avec Messi, le footballeur portugais gominé avait marqué des points. Mais du côté de la FIFA, le principal était d’avoir accentué la starisation de ses deux têtes de gondole : si Ronaldo eut le Ballon d’or, c’est un Lionel Messi pourtant fantomatique qui fut désigné meilleur joueur de la Coupe du Monde…

Un an plus tôt, en 2013, sans être le meilleur joueur du monde, Ribéry était assurément celui de l’année. Pourquoi ? Parce que ses accomplissements individuels avaient permis au Bayern de rafler la mise, en Ligue des champions notamment. Pourtant, là encore c’est le Portugais qui avait gagné le trophée tant convoité. La polémique avait déjà gonflé avant la remise du prix quand la FIFA avait changé les règles en cours de route. Le vote avait en effet été étendu du 15 au 29 novembre, ce qui permettait d’inclure le très médiatique triplé de CR7 en barrage retour du Mondial 2014. Un porte-parole de la Fifa avait alors expliqué à l’AFP que trop peu de réponses du collège de votants étaient parvenues à temps… Bah voyons.

Avec l’ancien système, d’autres joueurs comme Wesley Sneijder, qui avait tout gagné en 2010 (sauf la finale de Coupe du monde), et Andrés Iniesta, principal artisan du sacre de la Roja à l’Euro 2012, auraient probablement été récompensés. Les journalistes les avaient alors privilégiés aux dépens des autres candidats. Le détail de leurs votes le démontre. Pourquoi ? Parce que, historiquement et dans les choix des journalistes, le poids de la Coupe du monde et de l’Euro a toujours pesé lourd. C’est pour ça que Sneijder, plus que Messi, avait été préféré par le collège journalistique. Ces derniers avaient même classé l’Argentin 4e, derrière le Néerlandais, et les Espagnols Iniesta et Xavi.

En remportant le Ballon d’Or 2014, Neuer aurait également laissé une trace indélébile dans l’Histoire du football. Ce qu’il a apporté au poste de gardien de but, et à l’influence que cela a eu dans le jeu, aurait clairement marqué. Il est fort probable en effet qu’à l’avenir, les gardiens de but soient formés sur le modèle de l’Allemand. Et plus forcément sur celui de Casillas, de Buffon ou de Cech, pour ne citer que les plus grands de ces dernières années. Car, avec Neuer, c’était une vision différente du poste de gardien de but que nous tenions là. On ne cherchera plus un portier capable uniquement d’être très fort sur sa ligne ainsi que dans les sorties aériennes. On voudra qu’il puisse relancer correctement, couper des trajectoires loin de ses buts et définir le plan de jeu de son équipe. Avec Neuer, les intentions d’une équipe sont claires : un bloc très haut pour étouffer l’adversaire et une construction par l’arrière. Soit un joueur capable tout autant que les dix autres de caractériser et d’influencer le jeu d’une équipe. Mais là encore, la dictature des statistiques entre Messi et Ronaldo a eu le dernier mot.

Que le Ballon d’Or sorte du giron de la FIFA, c’est aussi l’assurance de ne plus revoir les votes copinages des joueurs ou de certains sélectionneurs. L’an dernier, entre Neymar et Cristiano Ronaldo, Lionel Messi avait choisi Luis Suarez. Le jeune Brésilien venait en deuxième position et Ivan Rakitic, le milieu Croate, en troisième. Pour donner des points à des compatriotes ou des coéquipiers, certains ont carrément zappé Lionel Messi du podium, c’était le cas de Schweinsteiger, Lewandowski, Godin ou encore… Cristiano Ronaldo. Ibrahimovic lui n’avait donné aucun point à CR7, lui préférant les Barcelonais Messi, Suarez et Neymar. Enfin, Eden Hazard pouvait remercier son capitaine chez les Diables Rouges. Devant Messi, Vincent Kompany avait placé l’ailier Belge de Chelsea, ainsi que Kevin De Bruyne, son autre compatriote.

Globalement, c’est donc une bonne chose que France Football ait récupéré son joujou. Mais l’idéal serait encore de le supprimer purement et simplement. Le fait de récompenser une individualité dans un sport collectif est contraire aux règles les plus élémentaires du football. Inconsciemment ou non, un joueur va avoir tendance à privilégier sa prestation individuelle à celle du collectif. En sport co, ce qui compte c’est la corrélation entre les joueurs, la dynamique de groupe, le sens du sacrifice et les échanges avec les partenaires, c’est donc totalement absurde de glorifier le travail d’un seul homme. Evidemment, la critique n’est pas nouvelle. L’aberration d’une récompense individuelle dans un sport collectif a été maintes fois relevée ici et là. Pourquoi les autres disciplines le font elles alors ? En Rugby, il existe bien un prix équivalent, remis par l’IRB, mais il ne date que de 2001, est très peu médiatisé et surtout, il ne déclenche pas les débats puériles et hystériques du Ballon d’Or. En Basket, c’est un peu différent, les distinctions individuelles sont très nombreuses, notamment en NBA, mais si le Basket est un sport collectif, la performance individuelle de chaque joueur est tellement décortiquée (nombre de points inscrits, de passes décisives délivrées, de rebonds offensifs et défensifs obtenus, % de réussite à 3 points, aux lancers francs…) qu’il est bien plus facile et naturel de ressortir un nom plutôt qu’un autre.

De plus, le Ballon d’Or récompense toujours les joueurs à vocation offensive. Peut-on exister autrement qu’en empilant les buts aux yeux des jurés ? En scrutant le palmarès, il faut croire que non. Sur les 60 lauréats, on compte 37 attaquants, 18 milieux, 4 défenseurs et 1 gardien de but. Au moment où la parité est élevée au rang d’enjeu national, nous avons là un déséquilibre criant, scandaleux, et finalement absurde. En considérant qu’une équipe compte généralement 1 gardien de but, 4 défenseurs, 3 ou 4 milieux, et 2 ou 3 attaquants, on pourrait s’attendre à trouver dans le palmarès un peu plus de défenseurs que de milieux, et un peu plus de milieux que d’attaquants. Ce que l’on constate est bien loin de cette logique, et en retenant un quota moyen de 2.5 attaquants par équipe, la proportion d’attaquants dans le palmarès est presque 15 fois plus élevée que celle des défenseurs ou des gardiens (le ratio de 1 gardien pour 4 défenseurs étant à l’opposé parfaitement harmonieux).

Certains préconisent du coup la mise en place d’un Ballon d’Or par poste. A la limite, pourquoi pas même si une telle multiplication risque d’atténuer le prestige de cette récompense, le banaliser. Aujourd’hui, chacun est capable de dire qui a été récompensé en 1977 ou en 1993, mais avec quatre lauréats par an, pas sur que l’on retienne le nom de tous les vainqueurs aussi bien. Et puis parmi les milieux de terrain qui ont été sacrés, il faut aussi noter qu’il s’agit très majoritairement de milieux offensifs. Platini (3 fois), Zidane, Gullit, Rivaldo, Figo ne sont pas à proprement parler des milieux récupérateurs. Inutile de dire que Deschamps, formidable meneur d’hommes, dont on connait l’impact qu’il a eu dans les succès du football français entre 1993 et 2000, n’a jamais été pressenti pour ne serait-ce que monter sur le podium. Dès lors, il faudrait récompenser un latéral droit, un latéral gauche, un défenseur central, un stoppeur, un latero, un milieu récupérateur, un milieu relayeur, un meneur de jeu, un ailier droit, un ailier gauche, un attaquant de soutien et un attaquant de pointe, ce qui reviendrait à dresser une équipe-type, équipe que nous concocte chaque année la FIFA et qui est bien souvent très déséquilibrée. Et puis un joueur peut très bien occuper un poste particulier en club et un autre en sélection, ou même évoluer au sein de son club, selon les choix tactiques de son entraineur ou les blessures/suspensions de ses partenaires.

Autre souci, dans un sport qui ne connaît que les saisons de juillet à mai, le Ballon d’Or récompense le travail d’un joueur sur une année civile. Un décalage curieux, presque insensé, qui oblige les statisticiens à revoir tous leurs chiffres. On parle donc de buts marqués sur une année, sans considérer les classements traditionnels, ce qui signifie aussi qu’un joueur peut être récompensé pour ses prestations en club sous deux maillots différents. Mais la raison est finalement assez simple à comprendre. Le Ballon d’Or a surtout la vocation d’occuper un espace inoccupé sur le plan médiatique en fin d’année.

Ensuite, le fait que jusque-là, seuls les journalistes aient eu le droit de voter n’était pas une garantie pour autant. Avant que la FIFA ne réalise son OPA sur le Ballon d’Or, nombre d’entre eux ont en effet déjà choisi un joueur en fonction de la couleur de leur drapeau et certaines élections ont laissé pantois. Le poids croissant pris par les pays de l’est ou d’Europe centrale quand ceux-ci ont petit à petit accédé à leur indépendance au cours des années 90’ a facilité les victoires de Pavel Nedved en 2003 ou d’Andreï Shevchenko en 2004. D’ailleurs, les polémiques d’une manière générale ne datent pas de 2010 et la prise en main de la FIFA. A la fin des années 90’, Silvio Berlusconi avait largement utilisé son réseau pour permettre à ses joueurs de se faire couronner. Certes, le Milan d’Arrigo Sacchi avait réussi à l’époque ce qu’aucun autre club n’a su faire depuis, remporter la Ligue des Champions (ex-coupe d’Europe des clubs champions) deux années de suite, mais certaines qualifications avaient été très poussives, et la manière loin de faire l’unanimité. Le Ballon d’Or offert à Gullit en 1987 fut ainsi très contestable, de même que les deux triplés réussis par des joueurs milanais en 1988 et 1989, et que dire du titre remporté par Van Basten en 1992 pour un (simple) quadruplé face à l’IFK Göteborg alors que le Barça avait remporté la C1, le Werder Breme la C2, l’Ajax la C3 et le Danemark le championnat d’Europe.

Enfin, les règles d’attribution n’ont cessé de changer depuis 1956, ce qui décrédibilise là encore cette liste de nominés. Combien en auraient remporté Pelé, Garrincha, Kempes, Zico ou Maradona s’ils avaient eu droit de concourir ? En appliquant les mêmes critères depuis 1956 (ceux évoqués dans l’article 9), en rendant accessible cette distinction à n’importe quel joueur de la planète, et en tenant compte de ce qui a été écrit jusque-là, voici le vote que j’aurai probablement effectué si j’avais été convié chaque année depuis 1956.

1955/1956 1 Di Stefano 2 Kopa 3 Schiaffino

1956/1957 1 Di Stefano 2 Edwards 3 Didi

1957/1958 1 Didi 2 Kopa 3 Pelé

1958/1959 1 Di Stefano 2 Pelé 3 Kopa

1959/1960 1 Puskas 2 Pelé 3 Suarez

1960/1961 Pelé 2 Sivori 3 Garrincha

1961/1962 1 Garrincha 2 Pelé 3 Djalma Santos

1962/1963 1 Pelé 2 Yachin 3 Rivera

1963/1964 1 Suarez 2 Pelé 3 Law

1964/1965 1 Eusebio 2 Pelé 3 Facchetti

1965/1966 1 Charlton 2 Eusebio 3 Moore

1966/1967 1 Albert 2 Charlton 3 Johnstone

1967/1968 1 Best 2 Eusebio 3 Dzajic

1968/1969 1 Rivera 2 Pelé 3 Cruyff

1969/1970 1 Pelé 2 Müller 3 Jarzinho

1970/1971 1 Cruyff 2 Tostao 3 Best

1971/1972 1 Beckenbauer 2 Cruyff 3 Müller

1972/1973 1 Cruyff 2 Zoff 3 Müller

1973/1974 1 Cruyff 2 Beckenbauer 3 Rivelino

1974/1975 1 Blockin 2 Figueroa 3 Beckenbauer

1975/1976 1 Rensenbrink 2 Beckenbauer 3 Figueroa

1976/1977 1 Zico 2 Simonsen 3 Keegan

1977/1978 1 Kempes 2 Rensenbrink 3 Dalglish

1978/1979 1 Keegan 2 Zico 3 Krol

1979/1980 1 Rummenigge 2 Schuster 3 Platini

1980/1981 1 Zico 2 Rummenigge 3 Maradona

1981/1982 1 Socrates 2 Rossi 3 Zico

1982/1983 1 Zico 2 Platini 3 Socrates

1983/1984 1 Platini 2 Falcao 3 Rush

1984/1985 1 Platini 2 Elkjaer 3 Maradona

1985/1986 1 Maradona 2 Lineker 3 Belanov

1986/1987 1 Maradona 2 Futre 3 Madjer

1987/1988 1 Van Basten 2 Maradona 3 Gullit

1988/1989 1 Maradona 2 Van Basten 3 Baresi

1989/1990 1 Matthaüs 2 Schillaci 3 Maradona

1990/1991 1 Papin 2 Matthaüs 3 Savicevic

1991/1992 1 Stoïchkov 2 Van Basten 3 Raï

1992/1993 1 Baggio 2 Romario 3 Bergkamp

1993/1994 1 Romario 2 Stoïchkov 3 Maldini

1994/1995 1 Weah 2 Litmanen 3 Klinsmann

1995/1996 1 Ronaldo 2 Sammer 3 Cantona

1996/1997 1 Ronaldo 2 Zidane 3 Bergkamp

1997/1998 1 Zidane 2 Ronaldo 3 Suker

1998/1999 1 Rivaldo 2 Beckham 3 Batistuta

1999/2000 1 Zidane 2 Figo 3 Rivaldo

2000/2001 1 Raul 2 Figo 3 Owen

2001/2002 1 Ronaldo 2 Roberto Carlos 3 Ballack

2002/2003 1 Maldini 2 Henry 3 Nedved

2003/2004 1 Ronaldinho 2 Deco 3 Shevchenko

2004/2005 1 Ronaldinho 2 Lampard 3 Gerrard

2005/2006 1 Cannavaro 2 Henry 3 Buffon

2006/2007 1 Kaka 2 Cristiano Ronaldo 3 Messi

2007/2008 1 Cristiano Ronaldo 2 Messi 3 Casillas

2008/2009 1 Messi 2 Cristiano Ronaldo 3 Xavi

2009/2010 1 Sneijder 2 Iniesta 3 Xavi

2010/2011 1 Messi 2 Xavi 3 Iniesta

2011/2012 1 Iniesta 2 Messi 3 Cristiano Ronaldo

2012/2013 1 Ribery 2 Cristiano Ronaldo 3 Messi

2013/2014 1 Neuer 2 Cristiano Ronaldo 3 Messi

2014/2015 1 Messi 2 Cristiano Ronaldo 3 Neymar

Pour conclure, loin de contester le niveau de jeu stratosphérique de Messi et Cristiano Ronaldo, il serait peut-être quelque peu intéressant de se demander quelle trace, dans l’histoire du football, laissera le palmarès de ces dernières années. Des récompenses de l’Argentin transparaîtra sans doute le football de possession de Guardiola et, peut-être, de celles du Portugais une idée de jeu tout en vitesse et explosivité. Mais ce palmarès nous rappellera aussi une période où le jeu basé sur un collectif est dominé par un autre centré sur les individualités. Une époque où les suiveurs aiment les joueurs plus que les équipes et ne sont bercés par des actions de jeu que si elles mettent en valeur leur préféré. Probablement que cette évolution va dans le sens de l’Histoire, qu’elle se fond à merveille dans le contexte sociétal qui lui sert de cadre. Mais le football, s’il s’est toujours accommodé des évolutions socio-politiques, a aussi souvent rempli son rôle d’exutoire permettant, un match durant, de faire l’impasse sur les réalités quotidiennes. Comme lorsque, en pleins totalitarismes italien ou soviétique, le peuple retrouvait sa liberté une fois parvenu dans les tribunes.

Ainsi, si l’Histoire doit mettre en avant l’individu, le football peut redonner de l’importance au jeu d’équipe et consacrer ses évolutions. On le voit bien, les multiples titres individuels de Messi et Ronaldo ne disent plus rien, ou alors très peu, sur l’évolution récente du jeu collectif. Si tant est que le Ballon d’Or veuille continuer à mettre en exergue les apôtres des “charts”, ne serait-il pas temps alors que soit mise en place une nouvelle distinction dans le monde du football ? Une distinction qui, elle, à défaut de suivre le cours de l’Histoire, chercherait simplement à aller dans le sens du jeu et de ce qui se passe sur le terrain. Et laisser la part belle à ceux qui y réfléchissent, qui innovent, qui cherchent des solutions pour se défaire des routines et surprendre leurs adversaires.

  1. avatar
    5 décembre 2016 a 17 h 20 min
    Par Cullen

    Pas terrible l’illustration, vous auriez pu faire un effort :-)

    Sinon, une (petite) coquille s’est glissée dans l’article. En 2002, sachant que Ronaldo a manqué l’essentiel de la saison, je ne peux décemment pas lui accorder la récompense et ce, même s’il a réussi ensuite une formidable Coupe du monde. Je mettrais donc plutôt Roberto Carlos en 1, Ballack en 2 et Ronaldo en 3. C’est anecdotique au regard de la requête formulée dans l’article mais bon…

  2. avatar
    5 décembre 2016 a 17 h 30 min
    Par La Redac

    Comment ça, elle n’est pas belle cette photo de Ronaldo ? :)

    • avatar
      5 décembre 2016 a 17 h 59 min
      Par Cullen

      Oh je n’ai rien contre Cristiano Ronaldo (même si l’homme ne m’inspire pas grand-chose…) mais l’article est davantage consacré au Ballon d’Or, la récompense en elle-même, qu’à ce joueur en particulier, et on ne voit que lui ou presque sur la photo. Ceci-dit c’est pas bien grave hein :-) Et merci pour la publication.

  3. avatar
    8 décembre 2016 a 15 h 52 min
    Par J. Legros

    Vraiment un excellent papier.J’ai particulièrement aimé la conclusion et la relation faite entre ce qui se passe sur les terrains et dans la vie quotidienne.Dans ce domaine, c’est de plus en plus « chacun pour soi », pas étonnant qu’on retrouve ça sur les pelouses, le football n’étant au final que le reflet de la société.Quant à votre palmares virtuel revisité, pas grand-chose à ajouter, il fallait y penser.

    • avatar
      9 décembre 2016 a 11 h 29 min
      Par Cullen

      Et oui aujourd’hui, d’une manière générale, on est dans la sacralisation de l’individualisme. Et pour en revenir à ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, le football, tout le monde ou presque est capable de retenir le nom des joueurs marquants mais beaucoup moins celui des équipes qui ont brillé ou apporté quelque chose de neuf. Ou alors juste celles dont les médias nous abreuvent à longueur de temps, sans que ce soit toujours mérité d’ailleurs (cf l’Ajax de Rinus Michels, le Milan d’Arrigo Sacchi, le Barça de Guardiola, etc…) mais quid du Arsenal de Chapman et son WM, de l’Inter d’Herrera et le catenaccio, du grand Moenchengladbach sous les ordres de Weismeiler, du Leeds de Don Revie, du Brésil de Tele Santana ou encore de l’Etoile Rouge de Belgrade à la fin des années 80′-début des années 90′, et dont l’essor n’a été stoppé que par la guerre des Balkans.

      Merci pour le commentaire en tout cas, ce sera peut-être bien le seul :-)

    • avatar
      9 décembre 2016 a 11 h 29 min
      Par Cullen

      Et oui aujourd’hui, d’une manière générale, on est dans la sacralisation de l’individualisme. Et pour en revenir à ce qui nous intéresse plus particulièrement ici, le football, tout le monde ou presque est capable de retenir le nom des joueurs marquants mais beaucoup moins celui des équipes qui ont brillé ou apporté quelque chose de neuf. Ou alors juste celles dont les médias nous abreuvent à longueur de temps, sans que ce soit toujours mérité d’ailleurs (cf l’Ajax de Rinus Michels, le Milan d’Arrigo Sacchi, le Barça de Guardiola, etc…) mais quid du Arsenal de Chapman et son WM, de l’Inter d’Herrera et le catenaccio, du grand Moenchengladbach sous les ordres de Weismeiler, du Leeds de Don Revie, du Brésil de Tele Santana ou encore de l’Etoile Rouge de Belgrade à la fin des années 80′-début des années 90′, et dont l’essor n’a été stoppé que par la guerre des Balkans.

      Merci pour le commentaire en tout cas, ce sera peut-être bien le seul :-)

  4. avatar
    9 décembre 2016 a 16 h 53 min

    Bonjour Cullen, merci pour l’article.
    Ton palmarès virtuel semble bien équilibré.

    Moi je pense que l’on devrait créer des récompenses pour les gardiens, les défenseurs, milieux et attaquants, en plus du ballon d’or global.

    Comme dans d’autres sports (j’ai le hockey en tête), ce sont les attaquants qui attirent toute la lumière, donc des ballons d’or par ligne seraient bons pour mettres les joueurs plus défensifs en lumière.

    La LHN par exemple remet entre autres un trophée pour le meilleur gardien et le meilleur défenseur qui sont prisés. Il y a également un trophée pour le meilleur attaquant à vocation défensive, rôle essentiel en hockey, mais qui ne marquent forcément pas autant de points que les meilleurs marqueurs.

    Concernant le fait de distinguer des individualités dans un sport collectif, ce n’est pas un non sens à mon avis. Les récompenses collectives sont constituées par les titres, il faut une équipe talentueuse et surtout cohésive pour atteindre le graal. Cependant il y a toujours certains joueurs qui brillent et tirent leur équipe vers le haut, sans nécessairement remporter de titre. Ce sont ces joueurs-là que l’on cherche à identifier.

    • avatar
      10 décembre 2016 a 17 h 05 min
      Par Cullen

      Salut Fabrice et merci pour ta contribution.

      Je ne suis pas trop favorable à l’instauration d’un Ballon d’Or par poste. Déjà, parce que même au sein d’une même ligne, les rôles sont très différents et les qualités requises également. Comment comparer l’apport d’un latéral et celui d’un défenseur central ? Pire, quel rapport y a-t-il entre le travail d’un milieu récupérateur et celui d’un meneur de jeu. Aucun et comme je l’ai écrit dans l’article, dans un tel cas de figure, le milieu offensif serait toujours davantage mis en avant que le besogneux travailleur de l’ombre.

      La seule proposition qui aurait un minimum de sens (en dehors de celle que j’évoque à la fin du texte) serait de récompenser une équipe d’or, dans laquelle les meilleurs à chaque poste seraient couronnés. Mais il faudrait alors respecter un certain équilibre, et ne pas aligner 6 ou 7 joueurs à tendance offensive comme le fait la FIFA depuis qu’elle élit son équipe-type.

      Et puis ça n’aurait de toute façon pas le même impact auprès du grand public car dans nos sociétés de plus en plus hyper-individualisées (on se demande même comment le football a pu être choisi comme sport roi… et on comprends mieux du coup pourquoi le ballon d’or a été inventé et pourquoi il a pris une telle importance au fil du temps…), récompenser un ensemble de personnes et plus un individu isolé, le filtre médiatique actuel est malheureusement incapable de le comprendre.

  5. avatar
    14 décembre 2016 a 13 h 21 min
    Par Cullen

    Bon, pas de surprise, Cristiano Ronaldo a bien reçu son 4ème Ballon d’Or, celui qu’il mérite probablement le plus (avec celui de 2008). Sinon, petite question aux modérateurs… Comment choisissez-vous les “articles préférés” svp ? Les miens ne figurent jamais ou presque, et il me semble – sans prétention aucune – qu’ils sont pourtant bien souvent plus approfondis que certains qui sont dans cette rubrique et mériteraient donc peut-être une meilleure exposition. Ca m’intrigue en tout cas ;-)

  6. avatar
    20 décembre 2016 a 16 h 05 min

    Salut Cullen,

    Pour moi le Ballon d’Or est légitime, même subjectif car c’est bien le problème de toute récompense.

    Kubrick n’a jamais eu l’Oscar. Et alors ? Il reste un mythe pour les cinéphiles.
    Et rappelons nous la célèbre pirouette de Johan Cruyff sur sa défaite avec les Oranje en 1974 contre la RFA

    Malgré la défaite, les gens se rappellent de la Hollande comme de l’équipe qui jouait le plus beau football du monde. C’est le plus beau trophée qu’on puisse recevoir.

    On peut reprocher 2 choses au BO. Son monolithisme trop long pour autoriser les non Européens à se faire élire. Il aura fallu ajouter aux injustices de 1986 et 1987 (Maradona) voire 1989 et 1990 toujours pour El Pibe, celle de Romario en 1994.

    Un BO par poste ? Aucun sens car l’idée est d’élire une individualité, qui fait rêver les gosses, tels Stoïtchkov fasciné en 1978 par Kevin Keegan élu BO.

    L’équipe d’or ? Pourquoi pas … Cela n’empêchera pas la subjectivité quand on pense que Buffon n’était pas sur la liste du BO fin 2015 côté gardiens !

  7. avatar
    20 décembre 2016 a 16 h 08 min

    Le 2e reproche étant la fusion avec le FIFA World Player entre 2010 et 2015 qui a privé injustement Sneijder ou Xavi d’un BO en 2010, et Robben ou Neuer en 2014 (je ne parle pas de Ribéry car perso j’aurais voté CR7 en 2013).

    Le BO est subjectif par nature et Cannavaro s’était bien défendu en 2006, car n’oublions pas qu’il avait été élu FIFA World Player en plus de son BO polémique.

    Perso j’aurais voté 1 Zidane 2 Buffon 3 Eto’o 4 Ronaldinho 5 Cannavaro en 2006

    • avatar
      29 mars 2017 a 20 h 25 min
      Par Cullen

      Le cinéma et le football sont difficilement comparables. Le joueur de foot est avant tout jugé sur sa capacité à valoriser son équipe, autrement dit influencer la qualité du jeu qu’elle propose et surtout la faire gagner. Et ça se mesure de manière assez objective via les titres remportés. Au cinéma, les récompenses sont beaucoup plus subjectives. Un acteur est surtout rémunéré en fonction de sa propension à attirer les spectateurs dans les salles. Ca peut être dû à la qualité de son jeu mais pas uniquement. Son physique, son charisme, comptent énormément. Et puis transposé au football, Stanley Kubrick que tu cites en exemple serait plus dans le rôle de l’entraineur, celui qui donne ses directives dans la manière de jouer, de contrer l’adversaire. Et ce qui me chagrine un peu dans la cérémonie du ballon d’or, c’est que l’acteur est bien plus mis en valeur que le réalisateur.

      Pour le reste, pas grand-chose à ajouter à ton commentaire, je suis globalement en phase. Juste un mot peut-être sur ton classement de 2006 mais cette année-là, aucun joueur n’avait vraiment fait l’unanimité. Ronaldinho avait probablement été le meilleur en club mais était totalement passé au travers de la Coupe du Monde, Zidane c’est le contraire, tout le monde l’avait enterré après sa saison au Real Madrid (les Espagnols en premier lieu qui avaient annoncé sa retraite avant le huitième de finale face à la France) et il avait ressuscité au Mondial. Henry avait surement été le plus constant avec Arsenal et les Bleus mais sans jamais vraiment être décisif. Au final, récompenser Cannavaro ou Buffon pour leur titre de champions du monde n’était pas un scandale comme ça a souvent été jugé.

  8. avatar
    30 mars 2017 a 12 h 16 min
    Par Cullen

    D’ailleurs, quand on voit l’équipe-type 2016 que nous a mijoté la FIFA, ça ne fait que confirmer mes propos. Des joueurs bling-bling, tous ou presque pensionnaires du Barça ou du Real (9/11) et dont certains ne sont même plus titulaires dans leur club. Un minutieux travail d’abrutissement des masses, comme le décor carton-pâte de la Champions League version d’aujourd’hui, bien plus critiquable à mon sens que l’ouverture faite par la FIFA au reste du monde pour les prochains Mondiaux, qui n’est en réalité qu’une évolution naturelle des choses.

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