Tous en Bleu ?
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Tous en Bleu ?

Tandis que l’Euro démarre vendredi, que beaucoup s’inquiètent de la défense des Bleus ou de la titularisation de Giroud en pointe, une autre source d’appréhension provient cette fois-ci des tribunes. Entre les sifflets adressés à l'encontre de l’attaquant des Gunners (inconcevables partout ailleurs) et la propension du public français à lancer des "olas" en toutes circonstances, on peut en effet se demander quel rôle va jouer le douzième homme. Dans un climat social très tendu, l’union sacrée demandée par le sélectionneur est-elle possible ? Même dans un contexte plus favorable, une telle communion est-elle compatible avec le tempérament français et son manque de "culture football" ?

Le 21 mai dernier se jouaient les finales de coupes nationales dans plusieurs pays d’Europe. Si en France l’affiche était alléchante, proposant un duel entre les deux rivaux les plus médiatiques actuels, et si sur le pré la rencontre fut à peu près à la hauteur, il n’en fut pas de même en tribunes où l’ambiance était quasi inexistante et les couleurs bien ternes. Bien loin en tout cas de ce à quoi on a pu assister le même jour à Londres, Berlin ou encore à Glasgow. La principale raison tient dans la répartition des billets qui a été faite par la fédération. Quand en Angleterre, en dehors de quelques invitations protocolaires, l’intégralité des billets était proposée aux supporters des deux clubs présents en finale (ce fut également le cas en demi-finale, en coupe de la ligue et lors des barrages d’accession à la Premier League, tous disputés à Wembley), en France seulement 20 000 billets ont été vendus à chaque club, le reste ayant été réparti ainsi : 18 000 au grand public, 14 000 à la famille du football et 6 000 aux différents partenaires économiques. Mais si la FFF procède toujours ainsi (il arrive même que le quota réservé aux supporters soit plus faible), c’est que (en dehors de l’aspect sécuritaire, le supporter étant encore largement perçu comme une menace dans l’hexagone), sans la présence en finale de clubs très médiatiques comme le Paris Saint-Germain et l’Olympique de Marseille, il est illusoire pour elle d’espérer vendre 40 000 tickets à n’importe quel autre club ou presque. Un constat qui atteste d’une chose, la France est plus un pays de spectateurs que de supporters.

Pour affirmer de tels propos, il faut déjà savoir différencier les deux. La façon de s’intéresser au football peut en effet largement varier d’un individu à l’autre. D’abord, certains se contentent de regarder les matchs retransmis en clair à la télévision, d’autres souscrivent des abonnements à des chaines payantes mais ne se rendent jamais au stade, certains y vont mais très occasionnellement, d’autres enfin sont plus assidus et s’y rendent toute l’année pour assouvir leur passion. Ensuite, le centre d’intérêt peut également diverger. Certains s’intéressent au jeu en lui-même, aux choix tactiques mis en place, d’autres sont davantage attirés par un joueur en particulier, une partie vibre avant tout pour un club et une dernière frange est surtout fascinée par l’ambiance des tribunes. D’une manière générale, le spectateur paye une prestation et attend donc un spectacle de qualité, sans forcément se soucier de l’équipe qui le lui offre. Le supporter, lui, désire avant tout une victoire des siens, quelle que soit la qualité de la rencontre, et tente d’infléchir le cours du match par ses encouragements.

Evidemment, il serait très simpliste de ranger l’ensemble du public dans l’une de ces deux catégories. Rares sont en effet les supporters insensibles à la qualité du jeu et à l’actualité générale du football. A l’inverse, les esthètes uniquement attirés par les grandes envolées sans jamais se préoccuper du score ne sont pas légions. Sans prendre fait et cause pour l’une des équipes, un match de football devient beaucoup plus fade. Pour vibrer, ressentir des émotions, il est en effet indispensable d’être un minimum partisan. En fait, les trois motivations principales pour se rendre au stade (l’intérêt pour le jeu, pour un club/joueur et pour l’ambiance des tribunes) s’entremêlent, à des degrés divers. Tout amateur de football est plus ou moins spectateur, plus ou moins supporter. Et cette posture évolue selon les circonstances. Une même personne peut ainsi être supportrice acharnée d’un club et devenir simple spectatrice lorsqu’elle suit un match à la télévision où son club n’est pas impliqué, et sa manière d’aborder la rencontre est dès lors très différente.

De nombreux amateurs de football s’intéressent tantôt à une équipe, tantôt à une autre, même si pour certaines le favoritisme est moins marqué que d’autres. Mais pour acquérir le statut de “vrai supporter”, il faut démontrer, dans la durée, son attachement à un club exclusif en lui demeurant fidèle, même (et surtout) quand celui-ci connaît des périodes compliquées. S’il est très difficile de quantifier les émotions, celles ressenties par le supporter assidu dépassent de loin, en intensité et dans le temps, celles du spectateur occasionnel. Ainsi, le supporter “pur et dur” ne considère pas le football comme une simple distraction, un passe-temps parmi d’autres. Il accorde une grande importance à son engagement envers un club et son statut de supporter fait bien souvent partie intégrante de son identité.

Les supporters peuvent aussi adopter des attitudes très différentes. Certains sont debout derrière les buts, chantant régulièrement, d’autres, plus modérés, et qui veulent suivre et analyser confortablement la rencontre, préfèrent bien souvent restés assis en tribune latérale. Dans les virages, les fameux “kops” comme on les appelle (même si le terme vient en réalité de Liverpool et a été donné à une tribune en hommage aux soldats originaires de la ville, morts durant la guerre des Boers sur une plaine appelée justement Spion Kop), plusieurs courants culturels s’expriment pour soutenir les joueurs. Même si chaque nation a ses spécificités, on peut en distinguer deux particulièrement. D’une part, l’influence britannique qui repose sur la ferveur des chants, l’appartenance informelle à une tribune et la spontanéité de l’ambiance. D’autre part, l’influence latine qui se caractérise par son organisation. Les supporters sont structurés en groupes (les fameux Ultras), avec des meneurs pour lancer les chants et encadrer l’ambiance. Ces associations ont vu le jour en Italie dans les années 60 pour influer sur les choix du club lorsque, sous le poids du professionnalisme, des distances s’étaient creusées entre dirigeants, joueurs et supporters. Pour mesurer la valeur de ces associations ou des tribunes qui les abritent, plusieurs critères sont pris en compte : les tifos (spectacles confectionnés à l’avance et réalisés à l’entrée des joueurs), les encouragements proférés derrière l’équipe pendant la rencontre et le nombre de supporters à suivre régulièrement leur club en déplacement. Soucieux de défendre leur territoire face aux supporters adverses, certains de ces groupes sont parfois confrontés à des problèmes de violence mais si pour certains le football reste au centre des préoccupations, pour d’autres, souvent proches de mouvances extrémistes de tous bords, le football et sa forte médiatisation sont surtout utilisés pour en faire des tribunes politiques.

En France, l’immense majorité des supporters se contente de montrer sa satisfaction ou sa déception devant la prestation des joueurs, par des applaudissements ou des huées. A l’instar de ceux qui ont investi le Parc des Princes depuis l’arrivée des Qataris, ils se comportent avant tout en consommateurs. Ils attendent de leurs joueurs un jeu de qualité et qu’ils se montrent combatifs, et ils s’estiment en droit de signifier leur mécontentement si leurs souhaits ne sont pas comblés. Mais ils ne s’investissent pas davantage, ils ne cherchent pas particulièrement à mettre en valeur le club à travers l’élaboration de tifos, leur participation aux chants ou encore en le suivant dans ses déplacements, ce qui nécessite un investissement personnel plus important, aussi bien au niveau du temps que sur l’aspect financier.

Dans ce domaine, tandis que dans toute l’Europe ou presque, on assiste chaque week-end à un phénomène de transhumances très importantes, des tribunes de 3 à 5 000 places réservées aux fans adverses étant régulièrement remplies, en France les déplacements de supporters sont un phénomène encore très méconnu voire jugé farfelu pour beaucoup, et restent l’apanage presque exclusif des groupes Ultras qui, lorsque les pouvoirs publics le leur autorisent – ce qui est de plus en plus rare – sont quelques dizaines ou centaines par match à se prêter à ce jeu et ainsi suivre leur club chaque week-end. Pour atténuer un peu ce constat, il faut tout de même rappeler que la France est l’un des plus grands pays d’Europe par sa superficie, et que ces déplacements sont dès lors plus longs et onéreux pour un supporter de Rennes que pour un fan de West Ham ou de Stuttgart. D’autant qu’en Angleterre et en Allemagne de nombreux clubs de l’élite sont concentrés dans une région bien précise, à Londres, dans le Lancashire ou dans le bassin industriel de la Ruhr, ce qui limite la distance de ces déplacements.

Ceci dit, la superficie de la France n’explique pas à elle seule le nombre si faible de supporters à se rendre régulièrement à l’autre bout du pays pour assouvir leur passion. On se souvient notamment de la démonstration de force des fans de l’Eintracht Francfort, débarquant à Bordeaux à 12 000 pour un simple match de poule d’Europa League disputé un jeudi soir d’octobre 2013, et qui n’avaient pas été effrayés par les 1 000 kms séparant les deux cités alors que le public bordelais n’avait, lui, pas daigné se rendre au stade. Même chose quelques années plus tôt de la part des fans du Celtic et du Borussia Dortmund, qui avaient fait du Parc des Princes leur jardin durant 90 minutes.

L’équipe nationale – pour en revenir à l’actualité et à l’Euro – n’est évidemment pas épargnée. Les supporters (ou plutôt spectateurs) du Stade de France sont symptomatiques de ce manque d’engouement populaire. Aphones ou presque, sifflant les joueurs à la moindre occasion, ils font pâle figure face à la Tartan Army écossaise ou la marée Oranje néerlandaise et ce, malgré les petits drapeaux régulièrement distribués par la fédération. Même en 1998, année faste pour le football français, les joueurs avaient dénoncé ce manque d’enthousiasme du public, vêtu pour l’essentiel en costumes de tous les jours.

Outre le peu de manifestations festives dans les rues de Paris, Lyon ou Marseille lors de chaque grande compétition internationale, les supporters français brillent également par leur absence régulière sur le lieu des rencontres de phase finale. En 2010, 4 000 billets seulement avaient ainsi été vendus par la FFF quand les Anglais avaient débarqué à plus de 100 000 en Afrique du Sud, les Allemands à 40 000 et les Hollandais à 25 000. Si la distance (10 000 kms), la barrière de la langue, la crise économique ou encore les problèmes d’insécurité relayés dans les médias pouvaient expliquer ces chiffres très faibles, ces facteurs étaient pourtant à peu près les mêmes pour nos voisins européens… Au final, même le Gabon avait vendu davantage de billets à ses supporters avec 9 000 tickets écoulés.

Alors les Français sont-ils moins voyageurs, moins polyglottes, moins fortunés et moins courageux que leurs homologues européens ou sont-ils simplement moins passionnés par le football ? L’absence de popularité de Raymond Domenech, le comportement des joueurs, jugés trop distants avec leurs fans, et la qualification acquise dans des conditions particulières (la fameuse main d’Henry) pourraient également expliquer ce désintérêt du peuple français à l’époque. Sauf que ce constat avait déjà été dressé il y a plusieurs années, dans un contexte bien plus favorable cette fois, les Bleus ayant remporté la Coupe du Monde et le Championnat d’Europe peu de temps avant.

En 2004 exactement, pour son entrée en lice à l’Euro portugais, la France était opposée à l’Angleterre, un match marqué par le doublé de Zidane dans les dernières minutes du match, mais aussi par l’impression d’avoir disputé cette rencontre à Wembley. En effet ce soir-là, pas moins de 60 000 fans anglais – drapeaux déployés tout autour du stade – avaient investi l’Estadio da Luz à Lisbonne contre une poignée (5 000 exactement) de tricolores, parqués dans un petit coin du stade. Quatre ans plus tard, comme cela s’était déjà produit à l’Euro 96 en Angleterre, la France avait affronté les Pays-Bas en match de poule, et cette fois encore c’est une marée orange à laquelle on avait assisté, dans les rues de Berne d’abord, avec pas moins de 150 000 néerlandais sur place (la plupart sans billets), puis dans l’arène du Wankdorfstadion où 90% du public était drapé de orange.

L’Euro 2016 démarre donc dans quelques jours et si, comme en 1998, les stades devraient être copieusement garnis, les Français étant davantage friands d’évènements ponctuels comme celui-ci où la majorité de l’assistance est neutre que du quotidien du championnat et la défense du club local (ce qui confirme cette tendance du public français à être davantage spectateur que supporter), pas sûr que les Bleus puissent vraiment compter sur le douzième homme. Si le fait de jouer à domicile est en principe un avantage, la France ayant d’ailleurs remporté ses deux premiers titres internationaux sur son sol, ça n’est pas pour autant une garantie même lorsque le public joue pleinement son rôle (le Brésil peut en témoigner, éliminé 7-1 par l’Allemagne il y a deux ans en demi-finale de sa Coupe du Monde malgré un stade entièrement jaune et en totale osmose avec son équipe). Mais en affichant fièrement leurs couleurs à travers une tenue vestimentaire adéquate (un simple maillot bleu ou, pour le folklore, une tenue de Gaulois, un uniforme napoléonien ou encore un costume de d’Artagnan) et le déploiement de drapeaux en tribunes avec l’inscription sur celui-ci du club soutenu ou de la ville dont sont originaires les fans), les supporters français offriraient enfin l’image d’un pays soudé.

Cela peut paraître dérisoire pour certains mais aux yeux des nombreux passionnés du monde entier, dont certains seront présents sur le territoire français durant l’Euro, ce rituel a pourtant bien plus d’importance encore que le résultat final de leur équipe. Les Français se mettront-il enfin au diapason ? Le match de préparation disputé à Metz samedi dernier est de ce point de vue assez encourageant même si le contexte fut particulièrement favorable (victoire 3-0, doublé de Giroud, aucun tir adverse…). Réponse vendredi soir…

  1. avatar
    7 juin 2016 a 17 h 54 min

    Salut Cullen,

    Superbe article merci. Toujours le même thème en filigrane.

    Je pense que le problème est qu’il est difficile pour les Français de seulement réaliser la situation.

    Il faut avoir voyagé et vécu l’expérience d’une vraie culture de foot pour prendre conscience.

    Même lors des compétitions en France, ils vont voir les supporters étrangers débarquer, mais tout le monde va imaginer qu’il y a autant de Français qui se déplacent à l’étranger, alors que ce n’est clairement pas le cas, les chiffres que tu cites sont éloquents.

    Ici en Amérique du nord je ne pense pas que les supporters se déplacent beaucoup non plus. Par contre l’argument de la distance a plus de poids puisqu’à de rares exceptions près, les distances sont continentales.

    Le Canadien de Montréal a des supporters à divers endroits à travers la ligue mais ce sont des locaux, et non des Montréalais qui se déplacent. En Floride il y a beaucoup de Québécois qui hivernent, et dans l’ouest canadien ce sont juste des locaux.

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      8 juin 2016 a 10 h 39 min
      Par Cullen

      Merci Fabrice.

      C’est vrai qu’en France c’est un phénomène qui est totalement passé sous silence. Les émissions tv ou radio consacrées au football ne manquent pourtant pas (la plupart de piètre qualité d’ailleurs) mais l’angle d’attaque est toujours le même, mieux vaut il aligner Pierre ou Paul ? Faut-il-opter pour un 4-3-3 ou un 4-4-2 ? Etc… Mais tout l’environnement du football, son Histoire, son rôle et son utilité sur le plan social sont complètement ignorés.

      Qui connait aujourd’hui les liens qui ont existé entre Franco et le Barça ? La raison pour laquelle la Juventus joue en noir et blanc ? Ce qui différencie les fans du Celtic et du Rangers – à part les conneries habituelles (cathos vs protestants) ? Pourquoi dit-on Atlético Madrid et Athlétic Bilbao ? Y a qu’à voir le nombre de personnes sur les forums qui continuent à écrire Athlético Madrid d’ailleurs… Bref, tout ce qui permet de comprendre le passé, comment les clubs sont arrivés là où ils sont aujourd’hui, pourquoi il y a tant de ferveur derrière certains d’entre eux échappe totalement à l’immense majorité du public français.

      Sinon, je ne suis pas grand spécialiste du sport nord-américain mais il me semble que la notion de spectacle a toujours été plus importante là-bas que l’appartenance, l’identification d’un peuple, d’une ville, d’une région à son équipe. Le nombre de franchises à avoir changé de lieux sans que ça ne suscite d’émoi particulier est d’ailleurs assez éloquent, ça n’est pas quelque chose d’imaginable en Europe.

  2. avatar
    8 juin 2016 a 20 h 02 min

    > (la plupart de piètre qualité d’ailleurs)
    Oui, c’est quelque chose qui me choque depuis que je suis établi ici au Québec (depuis près de 20 ans à présent !). J’écoute parfois les évènements avec les commentaires de France, et je suis souvent choqué par la médiocrité et surtout le chauvinisme… Je me souviens il ya quelques années, j’écoutais la radio de Roland Garros sur leur site web, et j’étais vite passé aux commentaires en British, qui étaient bien mieux !

    > il me semble que la notion de spectacle a toujours été plus importante là-bas que l’appartenance, l’identification d’un peuple, d’une ville, d’une région à son équipe. Le nombre de franchises à avoir changé de lieux sans que ça ne suscite d’émoi particulier est d’ailleurs assez éloquent

    Le spectacle et surtout “la” (comme on dit ici :) ) business, ont une importance plus marquée. Les 5 grandes ligues (en ordre décroissant: NFL, MLB, NBA, NHL et maintenant MLS) sont avant tout des entreprises, et la distribution des franchises répond généralement à une logique d’affaires.

    L’exemple que je connais le mieux est l’expansion récente (20-30 dernières années sous l’impulsion du commissaire Gary Bettman) de la LNH dans des marchés non traditionnels comme la Californie, l’Arizona, la Floride, avec plus ou moins de succès. Par exemple, les Kings de LA, sous l’impulsion de Gretzky notamment, se sont bien établis, et ont même remporté la Coupe Stanley en 2012 et 2014. De même, le Lightning de Tamba Bay a quand même pas mal de succès populaire et sur la glace aussi (Coupe en 2004).

    À contrario, les Coyotes de l’Arizona sont sous respirateur artificiel depuis de nombreuses années, et les Panthères de la Floride n’attirent pas les foules.

    Cela dit, les franchises historiques, surtout les 6 originales (Montréal, Toronto, Boston, Chicago, New York Rangers) et bien d’autres sont viscéralement attachées et associées à leur ville, avec une base de partisans passionnés (cependant il l’y a pas de culture de stade/aréna comparable à ce qu’on voit en Europe).

    D’ailleurs, ces franchises représentent la majorité des revenus totaux de la ligue, les Canadiens, Rangers et Maple Leafs rapportant 50% du total à eux trois. Ces trois franchises ont aussi la valeur la plus élevée avec plus de 1G$ chacune, les Blackhawks et les Bruins les suivant au classement.

    Les déménagements de franchises se produisent, mais pas très fréquemment. Et dans bien des cas, le vide laissé finit par être comblé en raison de la demande populaire (et donc le succès commercial de la franchise).

    Par exemple les Minnesota North Stars avaient déménagé à Dallas, et une nouvelle équipe a été créée par la suite, le Wild du Minnesota.

    Pareillement, les Jets de Winnipegs avaient déménagé à Phoenix pour devnir les Coyotes, mais récemment, les Thrashers d’Atlanta, une franchise créée dans la logique d’expansion citée plus haut, ont justement déménagé à Winnipeg en 2011 pour devnir les nouveaux Jets.

    Dernier exemple, les Nordiques de Québec ont déménagé au Colorado en 1995 avant de gagner la Coupe à la fin de leur première saison avec leurs nombreux joueurs de grand talent comme Patrick Roy, Joe Sakic et Peter Forsberg, laissant une plaie béante à Québec qui plus de 20 ans après n’est toujours pas refermée. Il se vend encore beaucoup de chandails des Nordiques, et on en voit toujours au domicile des Canadiens de Montréal (le centre Bell).

    Depuis quelques années il y a de nombreuses rumeur d’expansion de la LNH, et Québec est en tête de liste avec notamment Las Vegas (???… $$$). D’ailleurs la ville de Québec a construit un aréna multifonctionnel de calibre LNH l’année dernière. En attendant la venue éventuelle d’une équipe de la LNH, il sert de domicile à l’équipe de hockey junior (très populaire) et à des spectacles.

    Le sport nord-américain est donc un mélange entre équipes viscéralement attachées à leur ville et leurs partisans, et d’autres qui répondent plus à une vision stratégique continentale.

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      9 juin 2016 a 9 h 13 min
      Par Cullen

      Merci pour ces précisions très enrichissantes. Pour ma part, je me rappelle d’un cas de figure en NBA, quand les Sonics ont quitté Seattle pour s’implanter à Oklahoma. Je n’arrive pas à comprendre comment un tel procédé peut être accepté, ni même toléré par les amateurs. Déjà que je supporte de moins en moins les délocalisations en Top 14 ou en coupe d’Europe de Rugby…

      Quand c’est dans le même périmètre géographique, pour des évènements exceptionnels, histoire d’accueillir plus de monde, pourquoi pas (encore que pour moi un club est associé à un stade unique…) mais quand je vois le Stade Français vadrouiller au Havre, au Mans ou même à Bruxelles, pour trouver un public occasionnel qui n’a aucune sensibilité pour la ville de Paris ou même pour le Rugby, juste histoire de vendre des maillots, je me dis que les considérations commerciales ont désormais bien plus de poids que la passion des supporters, conséquence du professionnalisme encore très récent en Rugby.

  3. avatar
    9 juin 2016 a 15 h 16 min

    > Je n’arrive pas à comprendre comment un tel procédé peut être accepté, ni même toléré par les amateurs.

    Malheureusement les amateurs ont peu à dire. Les franchises sont possédées par une personne ou un groupe restreint. Si le propriétaire vend la franchise pour X ou Y raison, le nouvel acheteur peut décider de relocaliser la franchise, et les amateurs n’ont aucun mot à dire. Mais généralement ce cas de figure se produit quand le soutien populaire est faible.

    Je pense qu’il faut voir ce re/délocalisations comme des stratégies d’évangléisation afin de créer de l’engouement là où il n’y en avait pas. Dans certains cas ça marche, dans d’autres pas.

    Mais je suis d’accord que c’est tristement froid pour les passionnés qui se voient privés de leur équipe.

    L’autre aspect à considérer est l’inflation des salaires, qui in fine sont payés par les amateurs. Et ceci se vérifie des deux côtés de l’Atlantique, car comme tu sais en Angleterre les prix des places ont été augmentés drastiquement afin de repousser les hooligans. Mais la conséquence est que les classes moyennes à basses ne peuvent plus se permettre d’aller au stade.

    Et même à la télé ce n’est guère mieux car il faut un abonnement payant pour suivre son équipe dans bien des cas. C’est moins cher mais ça s’accumule…

    Peut-être qu’il s’agit d’une bulle qui grossit lentement et qui éclatera au moment où les gens seront écoeurés de payer toujours plus. Il y aura alors un réajustement à la baisse des droits TV et du salaire des joueurs (et des bénéfices des propriétaires).

  4. avatar
    9 juin 2016 a 15 h 18 min

    Fabrice,

    Tu ne peux pas dire que les Nordiques auraient gagner vu que tu dois sans doute savoir que Patrick Roy n’aurait jamais pu signer à Québec, mais à Colorado ça lui posait pas de problèmes car ce n’était plus dans la rivalité Montreal/Quebec. Et sans Patrick Roy, tous bons Québecois te dira que les Avalanches n’auraient pas gagné la coupe Stanley.

    Sinon pour l’article, oui, on est pas des gros passionnés en France. Tu as sans doute oublié de parler (pour une fois) de l’aspect multi-culturo-sportif des Français. On est très dispersé, avec une commune = un sport et = (bien souvent comme tu le disais) un club. Donc pas de rivalité locale, ni même de sports en communs…

    Cela devient difficile dans ces cas là de créer une émulation. Il faut ajouter la part importante de la critique dans notre culture et mode de vie. On conteste, on critique et on est pas insensible à certaines choses d’un point de vue philosophique. D’où ce manque de “culture” sport, que je préfèrerais appeler ce manque de “passion” sport, car on relativise, on se dit que c’est pas si important que ça, que c’est pas grave, qu’il y a d’autres choses prioritaires, etc… Remettre les choses en relief, en questionnement, est une composante importante de notre société française je pense. Et du coup, ceci traduit un détachement et un manque de fusion certain pour certaines activités “non vitales” dans notre code de valeur.

    Parce qu’au final, c’est vrai que c’est pas fondamental le football. Les moments de détente, les mouvements partisans sportifs sont importants bien sur, mais le football n’a pas le “monopole du coeur” en France, et au final, on le remet un peu “à sa place” culturellement : – un sport parmi tant d’autres qui ne devrait pas croire qu’il a acquis ses lettres de noblesses comparativement aux disciplines artistiques qui, elles, les possèdent chez nous.

    Oui, on juge mal le foot ou les footeux, c’est certain, mais parce qu’ils n’ont pas acquis leur lettre de reconnaissance, leur droit au panthéon de la culture et des arts fondamentaux. Et cet état de fait, se justifie souvent quand on réfléchit à froid à ce qu’est le foot : un sport parmi tant d’autres, qui ne devrait pas les écraser et constitué le seul intérêt. Au final, et si nous étions dans le vrai et les autres dans un délire? Y avait un gars qui disait : “quand je suis d’accord avec la majorité, je crois alors que je dois me tromper…”.

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      10 juin 2016 a 8 h 36 min
      Par Cullen

      Salut Général,

      La France est un pays de football, c’est indéniable, il suffit de voir le nombre de licenciés, les résultats de l’équipe nationale, les grands joueurs qu’elle a mis au monde ou encore les compétitions internationales dont elle est à l’origine. Pour autant, on ne peut pas dire que la culture foot y soit très développée. Les principales raisons on les connait. Là où le football a été utilisé très tôt comme instrument de propagande, en France il n’a jamais dépassé le simple rôle de loisir. Il jouit d’ailleurs toujours d’une image assez ringarde auprès des élites. Ensuite, l’absence de derbys qui mettent aux prises partout dans le monde des clubs que tout oppose sur le plan social, culturel ou politique et ont donné dans ces pays-là une toute autre dimension au football. Et puis comme tu le soulignes très justement, la concurrence d’autres disciplines, et notamment celle du Rugby qui n’a cessé de se développer depuis qu’il est devenu professionnel.

      Maintenant, si le quotidien des Français n’est pas dicté par le football (voir l’affluence très faible dans les stades de Ligue 1 et d’ailleurs), et si l’on peut en effet se réjouir que l’on ait d’autres centres d’intérêts, les mauvais résultats des clubs français en coupes d’Europe – pour maintes raisons – devraient justement permettre à l’équipe nationale de rassembler un maximum de personnes derrière elle, passionnées ou non, et un peu “frustrées” le reste de l’année, au moins le temps d’une phase finale de Coupe du Monde ou d’un Championnat d’Europe. Mais non… Les Anglais, eux, ont beau se passionner toute l’année pour leur championnat national, lorsque l’équipe des “three lions” est en lice, ils sont systématiquement des dizaines de milliers à la suivre alors qu’ils pourraient se montrer blasés.

      Reste le tempérament français que j’évoque en introduction et que tu reprends dans ton commentaire, qui empêche effectivement ce consensus, cet union national. Alors si l’on ne peut que se réjouir du sens critique des Français, qu’ils ne soient pas des moutons, c’est dommage tout de même que ce côté râleur et protestataire nous prive de moments de partage, de communion que des pays organisateurs comme les Pays-Bas en 2000, la Corée du Sud et le Japon en 2002, l’Allemagne en 2006 ou encore le Brésil en 2014 ont eu la chance de connaitre, eux. Mais j’espère me tromper et avoir une agréable surprise dès ce soir…

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        10 juin 2016 a 15 h 08 min

        Salut Cullen, très bonne intervention, en plein dans le mille.

        > Reste le tempérament français que j’évoque en introduction et que tu reprends dans ton commentaire, qui empêche effectivement ce consensus, cet union national. (…) c’est dommage tout de même que ce côté râleur et protestataire nous prive de moments de partage, de communion que des pays organisateurs comme les Pays-Bas en 2000, la Corée du Sud et le Japon en 2002, l’Allemagne en 2006 ou encore le Brésil en 2014 ont eu la chance de connaitre, eux. Mais j’espère me tromper et avoir une agréable surprise dès ce soir…

        Quand même, en 1998 vers les derniers tours et après la victoire finale, la ferveur était quand même au rendez-vous. L’ensemble de la population a embarqué dans l’ambiance, et de nombreux footix sont apparus justement.

        Alors oui, c’est peut-être moins fervent que chez nos voisins, mais ce n’est pas comme si la population avait boudé la compétition et le résultat exceptionnel de l’équipe nationale :)

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        13 juin 2016 a 8 h 44 min
        Par Cullen

        En 98 j’étais sur les Champs après le quart de finale remporté aux tirs aux buts face à l’Italie, bah c’était pas franchement la liesse populaire que ça aurait mérité justement. Alors bien sur aujourd’hui on retient la finale, le doublé de Zidane, son portrait projeté sur l’Arc de Triomphe, “et 1, et 2 et 3-0″ (assez ridicule au passage) mais re-visionne les images des tribunes à chaque match des Bleus et tu vas te rendre compte que ça n’avait vraiment rien d’une atmosphère de Coupe du Monde, même les joueurs – Barthez en tête – s’étaient d’ailleurs émus à l’époque de ce manque d’effervescence. Et malheureusement ça semble être encore le cas cette année…

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        13 juin 2016 a 15 h 37 min

        Salut Cullen, en fait j’avais en tête la liesse sur les Champs après la victoire finale, 1 million de personnes si je me souviens bien, record depuis la Libération.

        Moi j’étais à Toulouse, et c’était la folie dans toute la ville.

        Mais effectivement, si ça prend une victoire en Coupe du Monde pour soulever les passions à grande échelle… Enfin, tout ce que tu dis est vrai. Je ne sais pas si ça a une chance de changer à long terme. En attendant profitons de la ferveurs de nos amis étrangers :)

  5. avatar
    9 juin 2016 a 19 h 04 min

    Salut Général, bien vu pour Patrick Roy, il est peu probable qu’il eût été échangé à Québec en raison de la rivalité de division.

    Et effectivement c’est un gardien de premier plan, un des tous meilleurs de l’histoire, et il a eu un rôle déterminant dans les 2 coupes gagnées par l’Avalanche (et les 2 avec le Canadien, qui sont aussi les 2 dernières de ce club :( ).

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      11 juin 2016 a 20 h 53 min

      Salut les gars, je rappelle que grâce au système des franchises, on a quand même droit au plus grand non-sens de l’histoire nord-américaine : les Utah Jazz.

      La musique racine de toute la musique noire des années 1880 à nos jours accolée a l’état mormon.

      Je vois pas un équivalent en France. Même pas en Europe. C’est comme si l’équipe nationale d’Arabie Saoudite était sponsorisée par Valstar et Youporn.

  6. avatar
    12 juin 2016 a 23 h 34 min
    Par Cullen

    Bon bah voilà, pas de miracle, ce que je “redoutais” un peu s’est produit vendredi dernier. Un Stade de France aphone ou presque, rempli de badauds (en dehors des “Irréductibles Français”, l’association officielle de la fédé) et bien loin en tout cas du bleu vif tant espéré. Pour redonner une âme et des couleurs à ce stade, heureusement qu’il y avait la tribune réservée aux Roumains (entièrement jaune et pleine de drapeaux suspendus). Même chose le lendemain et le surlendemain avec ce qu’ont offert les supporters des autres nations engagées.

    Alors bien sur dans le tas il y a eu des dérapages, de gros dérapages même sur certains sites et qui sont évidemment à condamner, mais pour en arriver là, contrairement à ce qu’on peut lire ou entendre depuis 2, 3 jours, et notamment que ces gens ne s’intéressent absolument pas au football, il faut de la ferveur, de la passion, car c’est la montée d’adrénaline – et un peu d’alcool – qui provoque souvent de tels dérapages. Et là où certains peuvent être rassurés, c’est qu’avec le peu d’engouement populaire qu’il y a derrière les Bleus, ce genre de scène ne risque pas d’arriver avec la France… On se console comme on peut.

  7. avatar
    13 juin 2016 a 14 h 44 min

    Non mais, niveau ferveur et respect, on battra pas les gallois, qui d’après ce que j’ai entendu sur RMC était entre 30 et 40 000 à se déplacer à Bordeaux pour le match et qui ont été d’une sympathie exemplaire d’après les micro-trottoirs en direct de certains supporteurs français, et qui auraient même pris des photos amicalement avec les slovaques du match du soir.

    C’est donc possible d’avoir : – de l’ambiance et pas de casse.

    Maintenant, je maintiens que comme la greffe “football” a prise trop tardivement chez nous et sans le sponsoring de l’état comme tu le soulignes, et bien on ne peut pas s’étonner que dans un climat socialement difficile, les gens s’inquiètent plus des manifs, grèves ou bas salaires plutôt que du football. Il faut rajouter à cela qu’en Brittany, ils sont habitués à gagner pas une thune et de trouver normal que des mecs plus “brillants” qu’eux (sportivement ou autres) gagnent démesurément plus qu’eux, en France c’est pas le cas. On aime bien le sportif, mais pas trop payé. C’est pour ça que les JO sont des brasiers de passions, car les gars qui y participent vivent encore un peu “notre quotidien”, ils ne sont plus hors sol financièrement.

    Là où outre-manche on se dit “putain il a réussi, il mérite”, on peut plutôt réfléchir à se dire ici “putain, qui il a volé ou baisé pour avoir tout ce pognon”. Les deux points de vues sont partiellement bons bien sur, mais ce qui est triste c’est que le sport est d’autant plus mis en exergue pour “abus public de salaire” alors que paradoxalement aux autres hauts salaires (pdg, etc,…) ce sont les footeux qui montrent le plus leurs compétences dans un milieu très concurrentiel avec des preuves à fournir toutes les semaines. Les hauts salaires des footeux sont ptets les moins honteux dans le sens moral à mes yeux.

    Après Chirstian, concernant l’anecdote des champs en quart de finale… on passe aux pénos, ras la touffe, en pleine après-midi sous un gros cagnard… heu, j’ai envie de te dire, c’était ptet pas le meilleur endroit non? ni la meilleure des qualifs. Tu dis surtout “essayons de passer le tour prochain, parce que là on a juste eu chaud au cul…”.

    • avatar
      13 juin 2016 a 15 h 32 min
      Par Cullen

      La Suisse n’a pas non plus une énorme culture football que je sache, pourtant ils étaient des dizaines de milliers à Lens, et TOUS en rouge. Idem pour les Albanais, les Slovaques, les Polonais, les Nord-Irlandais, les Allemands, qui là encore ont TOUS déployé des dizaines de drapeaux autour du terrain. Et sera le cas également aujourd’hui de la Suède, de l’Irlande, de la Belgique et dès demain de toutes les autres nations présentes en France, sauf nous…

      Quant au scénario de France-Italie 98, je ne sais pas ce qu’il te faut de plus pour vibrer. C’est justement quand la victoire est acquise dans la douleur, à la dernière seconde après être passé par tous les états que les émotions sont les plus intenses. Pour ma part, même si j’ai forcément de grands souvenirs de France-Brésil puisque c’était une finale, la première pour nous, j’ai davantage ressenti d’excitations lors de cette fameuse séance de tirs aux buts.

  8. avatar
    13 juin 2016 a 15 h 32 min

    > on battra pas les gallois, qui d’après ce que j’ai entendu sur RMC était entre 30 et 40 000 à se déplacer à Bordeaux pour le match et qui ont été d’une sympathie exemplaire d’après les micro-trottoirs en direct de certains supporteurs français, et qui auraient même pris des photos amicalement avec les slovaques du match du soir.

    Ça c’est super, et c’est exactement mon “rêve”, fonder une association de supporters dont le but est spécifiquement de sympathiser avec les supporters adverses.

    Après tout quand on y pense c’est un réflexe normal d’être un peu hostile à “l’autre”, mais quand on y pense, c’est “juste” un sport, et tout le monde partage la même passion.

    C’est donc bien de voir que cela se produit déjà :)

  9. avatar
    14 juin 2016 a 10 h 14 min

    Décidément tu n’as pas le sens de la fête mon cher christian. je trouve normal de ne pas pavoiser quand on passe en demi-finale (rien de gagné encore) après un quart extrêmement compliqué face aux italiens.

    J’ai ressenti de la tension, de la pression, de la douleur et une libération plus sous forme de soulagement qu’autre chose. Le genre de soulagement ou tu trembles encore et que tu tiens pas bien sur tes guiboles et qui te dit : “bon bah quelques bières pour fêter ça puis, à la sieste…”.

    Pour le coup, c’est ton point de vue d’ultra que je ne trouve pas compréhensible pour la majorité des mortels. Supporter une équipe ne veut pas dire : exploser de joie de manière immodérée à chaque fois qu’elle gagne. Ce n’est pas ma définition. Partager les bons moments, tenir le cap dans la souffrance de cette séance de tir aux buts, ok … Mais cela ne doit nous dépouiller en rien du sens critique de base : est-ce qu’on peut se vanter? heu non, je crois pas, … est-ce qu’on a bien joué, pris du plaisir à regarder ? heu non, je crois pas… du coup en tant que supporteur/spectateur (et non un ultra), on peut tout à fait se sentir soulagé et attendre soit la victoire finale soit une vraie victoire avant de la ramener.

    Parce qu’il faut pas oublier que dans l’histoire, on espérait tous gagner la coupe, et qu’on était pas le slavia prague ou l’eag guingamp qui a réussi à se qualifier en 1/8ème la première fois de son histoire et qui pouvait légitimement sauter de joie pour un exploit unique et inespéré. Nos supporters espéraient la victoire finale christian, et cela à l’immense majorité. Alors à ce moment précis, et dans ce contexte, je ne vois pas ce qui aurait pu générer une scène de liesse.

    Moi, le 3-0, c’était énorme, parce qu’on a été soulagé très vite et qu’on a pu respirer tout le match avec les deux buts d’avance. On a pu prendre du plaisir et surtout c’était la victoire finale.

    Mais, avant tout, c’est le but de thuram face à la Croatie et celui de blanc face au paraguay. C’était surtout les deux gros “coups” que je retiendrais.

    Bref,… l’émotion, la réaction d’un public, c’est pas un contrat d’obligation de résultat, c’est pas parce que certains font la teuf à n’importe quelle raison, que ce sont eux qui ont raison et qu’il faut imiter. Je préfère qu’on sache garder le sens de la mesure et qu’on fête ce qui “mérite” de l’être.

    Concernant les albanais, les slovaques et les nord-irlandais… et bien, quand tu vas au bal une fois tous les 10 ans (comme les gallois) et bah t’en profites, parce que ce ne sont que des petits qui font l’exploit d’être là et qui espèrent gagner un match. de plus, dans ces états, la culture sport ou foot est présente, on ne rien dire contre ça (des brittons et des anciens pays de l’Est…). C’est pour ma part logique. Et je rappelle que la France est en plus un super pays d’accueil, plus ou moins facile d’accès pour tous (faut pas déconner, niveau transport c’est open chez nous).

    Les allemands, on le savait déjà, pas besoin de le noyer dans la masse. J’ai vu un (pas comme toi plusieurs) seul match de L2 allemande à Nuremberg : 35000 personnes et superbe ambiance… bon, mais là, on le sait christian, ce sont des énormes footeux.

    Dire que la Suisse n’a pas une culture foot… c’est vraiment une allégation gratuite. Dans un état cantonal au multiples cultures, doit y avoir à mon avis un paquet de raison de se rivaliser. de plus, j’ajouterais quand même qu’ils ont : plus que le niveau de vie vis à vis de l’euro pour se déplacer (comme les anglais) et que Lens ou n’importe quel endroit sur la transversale ferroviaire leur est accessible en peu de temps… bref, pourquoi se priver??? je rappelle encore une fois, qu’en plus, la France est un pays qui fait envie à visiter.

    “Sauf nous”. Bah oui, c’est bien d’ailleurs le symbole de l’exception culturelle française. Tu peux aussi bien dire que tout le monde est allé en Irak sauf “nous” et qu’on est que des rabats-joies (je te l’accorde, c’est gratuit comme argument). Et justement, ce constat devrait t’attirer la puce à l’oreille sur le fait qu’il est normal pour tous les autres pays de venir à l’euro car c’est rentré dans la culture européenne très fortement et partout, sauf en France, où on résiste encore et toujours… etc. Et toi qui regrette la diversité des surfaces au tennis, apprécie de voir qu’il y a de la diversité de “supporteurs” dans le monde du foot. On est pas aussi bourré que les anglais à chaque match, ou sympa que les gallois, broyeurs d’os professionnels comme les russes (ah ça ils sont venus…), gominés que les portugais, fiers comme les spanishs, ambianceurs comme les suisses/slovaques/tchèques/belges, ripailleurs que les allemands avant/pendant/après le match, excités que les turques, rageux que les italiens (victoire ou défaite), etc… mais on est comme ça, c’est dur de nous faire bouger ou de réunir tous, mais c’est encore plus beau quand ça arrive. Les jours post-12 Juillet, c’était quand même ciel bleu sur toute la France et dans tous les coeurs.

    PS : Zancky, je peux pas riposter, je m’étais toujours poser la question sur le Jazz, l’absurdité du truc a été très bien pointée par tes soins.

    • avatar
      14 juin 2016 a 14 h 00 min
      Par Cullen

      C’est toi qui n’a pas le sens de la fête mon cher :-) On n’est pas sans cesse obligé d’analyser les choses, de décortiquer chaque action quand on va au stade, ça tu peux le faire à froid, une fois que le match est terminé et que la pression est retombée. Mais avant et pendant la rencontre, surtout lors d’un grand évènement comme l’Euro, le côté folklorique ne doit surtout pas être mis de côté.

      Je ne sais pas si tu as visionné Irlande-Suède hier au Stade de France, on disait tous que ce stade n’était pas fait pour le football, que les tribunes étaient trop éloignées du terrain, que la caisse de résonnance n’était pas bonne, alors qu’en fait c’est juste le public français qui n’a jamais su le sublimer, parce qu’hier après-midi, entre les chansons d’ABBA reprises fraternellement par des petits groupes de supporters des deux camps, des travées colorées comme jamais (pas un spectateur qui ne soit pas en vert ou en jaune…) et le “Field of Athenry” des Irlandais, le Stade de France était juste magnifique et on est vraiment trop cons de se priver de tout ça.

      On n’a pas la même Histoire, la même culture que les Tchèques, les Suédois, les Turcs ou les Gallois, il n’est donc pas indispensable de faire comme eux, mais sans vouloir copier ces modèles-là dans un stade, on pourrait apporter quelque chose de personnel, de propre à la France, sans tomber pour autant dans la médiocrité.

    • avatar
      15 juin 2016 a 15 h 34 min

      Ah comme c’est beau les débats qui restent civilisés messieurs Cullen et Alcazar. Tellement beau que je suis en gros d’accord avec vos deux points de vues :D

  10. avatar
    15 juin 2016 a 16 h 57 min
    Par Cullen

    Pour clôturer le débat, une dernière petite anecdote. 20 000 Islandais étaient présents hier soir face au Portugal, soit 6% de la population !!! Rapporté à la France, ça ferait 4 millions de personnes à se rendre sur le lieu d’une phase finale. A l’arrivée, même en 2006 et 2008, alors que la compétition avait lieu à notre porte (Allemagne et Suisse), on n’a jamais réussi à déplacer plus de 5 000 fans, soit le plus faible contingent de supporters à chaque fois…

  11. avatar
    17 juin 2016 a 9 h 53 min

    Ahahah, merci de nous lire Fabrice.

    Mister CC, alors l’Islande serait les meilleurs supporteurs de foot dans ton classement???

    Oui, on se déplace peu, c’est historique, on est casanier, contrairement aux britishs qui ont toujours eu la volonté de sortir de leur île.

    • avatar
      5 juillet 2016 a 15 h 35 min
      Par Cullen

      Les meilleurs peut-être pas, personne ne battra les Irlandais dans ce domaine. Après, faut pas oublier que c’est la première fois qu’ils participent à une phase finale, c’est donc un évènement exceptionnel pour eux, ce qui peut expliquer cette mobilisation extraordinaire et les audiences record (98% des téléspectateurs islandais devant le match face à l’Angleterre !) alors que nous, on est un peu plus habitué à ce genre d’occasions. Il est plus facile également de rassembler 300 000 personnes sous la même bannière que 70 millions.

      Néanmoins, quand on voit qu’ils étaient TOUS en bleu dimanche dernier (et pas nous alors que nos joueurs ont pour surnom “les Bleus”) et qu’ils faisaient plus de bruit alors qu’ils étaient menés 4-0, on peut en effet se poser pas mal de questions…

  12. avatar
    17 juin 2016 a 16 h 00 min

    Général, je n’étais pas du tout sarcastique. Des commentaires éclairés (tiens tiens) et civilisés comme cela sont très instructifs, et aussi intéressants que l’article lui-même.

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