Jacquet 94-98, chemin de croix en 53 stations
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Jacquet 94-98, chemin de croix en 53 stations

Adjoint de Gérard Houllier puis nommé sélectionneur national après la débâcle du novembre 1993, Aimé Jacquet a vécu le début de son mandat à la tête de l’équipe de France avec une épée de Damoclès sur la tête. Il a fallu attendre le 11 octobre 1995, à Bucarest, pour qu’Aimé Jacquet puisse être enfin respecté de (presque) tous, et endosser un costume de sélectionneur que certains jugeaient trop grand pour lui... Jacquet pouvait attaquer 1996 prêt à affronter l’aréopage de critiques qui l’attendaient au tournant dans l’optique de l’Euro 96 puis de la Coupe du Monde 98, notamment celles du journal L’Equipe, avec une haine viscérale réciproque... Dans l’œil du cyclone, Aimé Jacquet aura une double vengeance, sur le terrain en soulevant la Coupe du Monde, face aux micros en faisant de ses accusateurs des parias. La loi du talion avait parlé…

L’Histoire commence le 8 septembre 1993. A Tampere, l’équipe de France vient de battre la Finlande par 2-0, en éliminatoires de la Coupe du Monde 1994.

Dans l’avion du retour, le champagne coule à flots, les Français ont un pied et quatre orteils aux Etats-Unis, pour la World Cup.

La génération des Papin, Cantona, Deschamps, Blanc, Sauzée, Boli avait manqué le Mondiale 1990 en Italie, les éliminatoires ayant commencé par un médiocre 1-1 contre Chypre, qui avait conduit au remplacement d’Henri Michel par Michel Platini au poste de sélectionneur.

Au milieu de ces agapes bien prématurées, une seule voix sensée s’élève, celle d’Eric Cantona : Il reste deux matches à jouer, deux matches à domicile, et un point à prendre. A nous de gagner ces deux matches.

Mais comme le Titanic en 1912, l’équipe de France ne verra pas l’Amérique… Les Bleus vont buter sur un iceberg israélo-bulgare.

L’équipe de France de Gérard Houllier est alors gangrénée par la lutte entre joueurs du PSG (Ginola, Lama, Le Guen, Roche, Guérin…) et actuels ou anciens joueurs de l’OM (Papin, Sauzée, Deschamps, Desailly, Angloma, Boli…), au paroxysme de la lutte entre Bernard Tapie, côté phocéen, et Canal +, représenté par Michel Denisot au sein du club de la capitale.

De plus, Houllier se révèle incapable de faire évoluer correctement, aussi bien humainement que tactiquement, le trio offensif Papin – Cantona – Ginola. Le premier souffre au Milan AC, Capello préférant utiliser Savicevic et Massaro, le second est la clé de voûte du système de Ferguson à Manchester United, le troisième flambe avec George Weah à la pointe de l’attaque parisienne d’Artur Jorge.

Le 13 octobre 1993, au Parc des Princes, alors que la France doit officialiser sa qualification contre Israël, équipe battue 4-0 en février à Tel Aviv, la sono du stade résume à elle seule la suffisance française… C’est avec l’Amérique de Joe Dassin que les spectateurs sont invités à patienter avant le match, qui tourne au drame. La France mène 2-1 mais perd 3-2 dans les ultimes minutes, Israël signant le plus grand exploit de son Histoire (même si le pays avait participé à la Coupe du Monde 1970 au Mexique).

Cependant, il reste un garde-fou, face à la Bulgarie, adversaire autrement plus coriace, et qui possède deux joueurs évoluant dans les meilleurs clubs européens : Hristo Stoïtchkov, chien fou du FC Barcelone, complice de Romario au sein de la Dream Team de Cruyff (considérée avec le Milan de Capello comme la meilleure équipe d’Europe) et dauphin de Marco Van Basten au Ballon d’Or 1992, et Emil Kostadinov, attaquant du FC Porto, champion du Portugal en 1993.

De plus, la Bulgarie inspire la crainte, ayant infligé à la France sa seule défaite des éliminatoires (0-2). C’était à Sofia, en septembre 1992, pour le match d’ouverture de cette campagne devant mener les Bleus vers la World Cup américaine.

Les Bulgares ont un féroce appétit de victoire, ils ont 90 minutes pour concrétiser le rêve d’une qualification pour le Mondial aux Etats-Unis.

La tension est au pinacle, le trouillomètre à zéro… Le Parc des Princes voit les Bleus marquer par Eric Cantona à la 32e (1-0), d’un tir du droit à bout portant sur une remise de la tête de Papin. Mais à la 37e, Laurent Blanc concède un corner face à Stoïtchkov. La Bulgarie égalise par Emil Kostadinov, qui marque d’une tête croisée au premier poteau, sur ce corner tiré par Balakov. Les Bleus se crispent, proposent un jeu médiocre, incapables de dominer techniquement l’équipe bulgare. A la 68e minute, Papin, qui prétend être victime de crampes, est remplacé par Ginola. La France tient son billet pour les Etats-Unis, mais dans les arrêts de jeu, un centre sans destinataire de David Ginola mène à une foudroyante contre-attaque des Bulgares, Lubo Penev sert Emil Kostadinov sur l’aile droite.

L’attaquant de Porto résiste à la défense d’Alain Roche, esquive le tacle de Laurent Blanc. Le voilà seul face au gardien français pour une balle de match. Kostadinov a le billet pour les Etats-Unis au bout du pied. Emil Kostadinov me à la dernière seconde dans la lucarne de Bernard Lama… Après le but, l’arbitre écossais, M.Mottram siffle la fin du match après dix secondes de remise en jeu. A l’ultime seconde ou presque, la France est crucifiée… Les Bleus vivront la World Cup 94 devant leur télévision, et auront des vacances prématurées après la fin de la saison en club. Seul Marcel Desailly, avec un titre européen gagné à Athènes avec le Milan de Capello, se consolera de ce désastre en cette funeste saison 1993-1994.

Ironie du sort, en souvenir de ce match qui lui permettra de disputer la Coupe du Monde (qu’il finira meilleur buteur avec 6 buts) et ainsi d’être élu Ballon d’or 1994, Hristo Stoïchkov reviendra au Trianon Palace de Versailles en mars 1995, pour un quart de finale de Coupe d’Europe entre le FC Barcelone et le Paris SG. Mais la Dream Team de Johan Cruyff, vice-championne d’Europe en titre, aura moins de réussite que la Bulgarie. Le Barça s’incline 2-1 face au PSG de David Ginola.

Ginola, justement, est dans l’oeil du cyclone après ce funeste 17 novembre 1993… Bouc-émissaire désigné de ce fiasco, il subit les foudres de Gérard Houllier, pourtant loin d’être exempt de tout reproche, le sélectionneur n’ayant jamais su arbitrer les joutes verbales entre Parisiens et Marseillais.

La génération maudite des Papin et Cantona devra patienter jusqu’à 1998, avec le Mondial organisé en France, pour disputer la Coupe du Monde. Papin avait déjà vécu un Mondial en 1986, au Mexique, après son exil à Bruges. Mais le joueur du Milan AC rate les Coupes du Monde 1990 et 1994, celles de ses plus belles années de footballeur… Idem pour Eric Cantona, qui après son expulsion contre Galatasary avec les Red Devils, vit un automne 1993 catastrophique…

Après un échec d’une telle ampleur, le président de la FFF, Jean-Fournet Fayard, démissionne. Celui qui avait remplacé, en 1984, Fernand Sastre, laisse son fauteuil de président à Claude Simonet.

Pour remplacer Houllier, la FFF nomme son adjoint, Aimé Jacquet. La nomination de l’ancien entraîneur des Girondins de Bordeaux n’est que provisoire. Jacquet, au début de son mandat, n’est que sélectionneur intérimaire, pour deux matches. Charge à un autre futur sélectionneur de nettoyer les écuries d’Augias.

Adjoint de Gérard Houllier, Jacquet doit gagner en légitimité sportive, en crédibilité. L’ancien tourneur-fraiseur de Firmy va être victime d’un véritable apartheid de la part des observateurs. Le football prôné par Jacquet, loin du caviar, du champagne et du panache attendu de tous, est peu spectaculaire. Mais il sera efficace… Il faudra cependant attendre deux ans pour que Jacquet soit vraiment respecté par une partie de l’opinion et des supporters. L’homme n’a jamais vraiment su digérer son limogeage à Bordeaux, le 13 février 1989 par Claude Bez. Aimé Jacquet, que ce soit à Montpellier ou à Nancy, n’a jamais su rebondir, avant d’être l’adjoint de Gérard Houllier en équipe de France. Jacquet ne sait pas encore qu’en 1994-1995, il ne va cesser de tomber de Charybde en Scylla, match après match… Considéré comme un has been, comme un pestiféré, Jacquet est notamment invectivé par Just Fontaine après sa nomination. L’ancien coach des Girondins de Bordeaux traîne aussi comme un boulet son statut d’adjoint de Gérard Houllier, et l’échec retentissant de l’automne 1993 contre Israël et la Bulgarie …

Le premier match de l’ère Jacquet a lieu en février 1994, à Naples. L’ancien coach des Girondins de Bordeaux, sous l’ère Claude Bez, a nommé son capitaine. C’est Eric Cantona.

Certains joueurs ne sont plus là. Ecoeuré, Franck Sauzée a dit adieu au maillot bleu après seulement 39 sélections. Laurent Blanc se pose des questions sur son avenir en sélection.

D’autres sont amenés à prendre du galon, comme Marcel Desailly, auteur d’une première saison convaincante avec le Milan AC de Capello, où il est chargé de remplacer l’exceptionnel Frank Rijkaard parti à l’Ajax Amsterdam. Mais on pense également à Bixente Lizarazu (Bordeaux) ou Bernard Lama (PSG).

Jacquet doit aussi incorporer du sang neuf avec les espoirs du football français, tel Youri Djorkaeff (Monaco), Fabien Barthez (Marseille) ou encore la jeune garde nantaise, celles des Loko, Pedros, Karembeu, Ouédec.

Face à l’Italie de Roberto Baggio, future finaliste de la World Cup, la France crée l’exploit. Les Bleus l’emportent 1-0 sur un but de Youri Djorkaeff. Par cette victoire contre les coéquipiers du virtuose de la Juventus, la France confirme son rang officieux de championne du monde des matches amicaux.

Contre le Chili, à Lyon, en mars 1994, la France enchaîne par une deuxième victoire (3-1), essentielle pour redonner confiance à un groupe encore traumatisé par l’épisode bulgare. Après deux matches, Aimé Jacquet est confirmé dans ses fonctions par la FFF, son contrat est prolongé jusqu’à l’Euro 96, qui se disputera outre Manche. Mais bientôt, il va découvrir une autre épée de Damoclès, médiatique.

Au printemps 1994, Aimé Jacquet et les Bleus disputent la Coupe Kirin au Japon. La France bat le Japon (4-1), avec un quatuor offensif intéressant Papin – Ginola – Cantona – Djorkaeff, avant de dominer l’Australie (1-0), où le gardien phocéen Barthez vit son baptême du feu en Bleu, tout comme Christophe Dugarry, l’attaquant bordelais. Jacquet a réussi à convaincre Laurent Blanc d’effectuer son retour en Bleu.

L’ère Jacquet commence donc par quatre victoires en quatre matches… Mais déjà, il faut songer à l’Euro 96 en Angleterre pour préparer l’objectif final de 1998. La France ne peut se permettre de mal figurer à sa Coupe du Monde, qu’elle organise pour la deuxième fois de son Histoire (après 1938).

Pour traverser la Manche via l’Eurostar inauguré en mai 1994 par le président Mitterrand et la reine Elizabeth, il faudra affronter cinq équipes dans un groupe relevé… Roumanie, Slovaquie, Pologne, Israël et Azerbaïdjan.

La Roumanie, épouvantail de la World Cup américaine après une victoire sensationnelle contre l’Argentine en huitièmes de finale (3-2), sera le rival le plus coriace des Français. Les Roumains sont menés par un joueur d’exception, Gheorghe Hagi, qui a été étincelant aux Etats-Unis après un purgatoire en Série B avec le club italien de Brescia pour la saison 1993-1994. Transféré au Barça, où il remplace Michael Laudrup parti au Real Madrid, le Maradona des Carpates est un virtuose, un joueur redoutable, capable du meilleur. Comme Baggio ou Savicevic, l’ancienne vedette du Steaua Bucarest peut créer l’exploit à tout moment, marquer ou faire marquer. Personne n’a oublié son lob magnifique au premier tour de la World Cup, face à la Colombie. Si Hagi et la Roumanie sont l’adversaire le plus redoutable sur le papier, il serait bien arrogant de croire que la Pologne et Israël seront des proies faciles…

Pendant l’été 1994, plusieurs joueurs de l’équipe de France changent de club : Jean-Pierre Papin, écoeuré par la concurrence au Milan AC au sein duquel Marcel Desailly s’est fait une place au soleil, rejoint le Bayern Münich. D’autres sont forcés à l’exode par la descente de l’OM en D2. Les cadres du club phocéen quittent le navire. A défaut de rejoindre le Calcio comme il en rêvait, Basile Boli s’engage avec les Glasgow Rangers, où il retrouve un autre frustré du banc milanais, le Danois Brian Laudrup. Didier Deschamps rejoint la Juventus Turin de Baggio et Vialli. Jocelyn Angloma signe au Torino, en compagnie de son ancien coéquipier à l’OM, Abedi Pelé. Eric Di Meco quitte le club de son coeur pour Monaco, accompagné en Principauté par Sonny Anderson. Seul Fabien Barthez reste à la Commanderie, désertée également par les étrangers : Rudi Völler (Leverkusen), Paulo Futre (Reggina), Dragan Stojkovic (Nagoya Grampus Eight) ou encore Rui Barros (FC Porto) quittent aussi un navire phocéen à la dérive.

Le premier match des éliminatoires de l’Euro 96 a lieu contre la Slovaquie. Pour préparer cet objectif, la France affronte à Bordeaux la République Tchèque dans le tradiionnel match du mois d’août. Menée 0-2, l’équipe de France du capitaine Cantona est loin de convaincre. Jusqu’à l’apparition d’un novice qui va sonner le réveil bleu. Au Parc Lescure de Bordeaux, antre de ses exploits, le jeune Zinédine Zidane, affublé du numéro 14 marque deux buts le soir de sa première cape et égalise dans les ultimes minutes (2-2)… Autre débutant en cette soirée girondine, le Monégasque Lilian Thuram, qui deviendra par la suite recordman des sélections en équipe de France (142 capes).

A Bratislava, en septembre 1994, la France est incapable de faire la décision contre la Slovaquie (0-0). Didier Deschamps se blesse ensuite. Le milieu défensif de la Juventus Turin sera convalescent jusqu’au printemps 1995, laissant 100 % de l’influence et du leadership dans le vestiaire au capitaine Eric Cantona. La greffe doit se faire entre le Mancunien et les jeunes espoirs français incorporés par Jacquet chez les Bleus.

A Saint-Etienne, contre la Roumanie de Hagi, l’alchimie n’opère toujours pas entre Cantona et la jeune garde nantaise, qui mène le championnat de France. Ouédec, Pedros n’ont pas plus de réussite que le fer de lance de Manchester United. La France concède le nul à domicile à Geoffroy-Guichard (0-0).

En Pologne, les Bleus profitent de leur voyage à Zabrze pour effectuer la visite du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau. Malgré le choc historique, les joueurs d’Aimé Jacquet ne parviennent pas à évacuer la pression du match de football à venir, tout relative face à l’horreur d’Auschwitz… Face à la Pologne, la France enchaîne même par un troisième match nul et vierge consécutif (0-0). Alors qu’Eric Cantona remet l’autorité du président Simonet en cause dans une joute verbale loin de passer inaperçue, les observateurs sont perplexes, doutant de la capacité du sélectionneur Jacquet et du capitaine Cantona à remettre la France sur les bons rails, vers la spirale de la victoire.

Ce n’est que contre l’Azerbaïdjan, adversaire le plus faible de ce groupe 1, que la France obtient sa première victoire (2-0), en décembre 1994. Contrainte par l’UEFA à jouer en Turquie, cette ancienne République de l’Union Soviétique est encore modeste. Les deux buts français sont l’oeuvre de Papin et Loko sur une pelouse boueuse.

En janvier 1995, la France enchaîne par une victoire à l’extérieur contre les Pays-Bas de Bergkamp, à Utrecht (1-0). Personne ne se doute alors que c’est la dernière apparition en bleu pour Jean-Pierre Papin tout comme pour Eric Cantona. Côté oranje, il s’agissait du baptême du feu pour le nouveau sélectionneur Guus Hiddink.

Une semaine plus tard, le 25 janvier 1995, la vedette de Manchester United, expulsée dans un match face à Crystal Palace, agresse un hooligan l’ayant insulté à sa sortie du terrain. Suspendu pendant huit mois de toute compétition, l’enfant des Caillols voit son avenir compromis. Le numéro 7 des Red Devils a franchi le Rubicon, mais il ignore encore quelles en seront les conséquences exactes. Alex Ferguson gardera sa confiance en Cantona, viscéralement attaché à Manchester United, mais il n’en sera pas de même en équipe de France, tant Cantona a été peu décisif lors de ses dernières sorties sous le maillot bleu.

Aimé Jacquet va donc faire un choix… Avec Djorkaeff, Zidane, Ouédec, Pedros, Loko, Dugarry, le sélectionneur dispose de beaucoup de jeunes espoirs sur le plan offensif, sans parler de l’option David Ginola, le capitaine du PSG. Le dilemme qui se pose est vite effacé : le capitaine Cantona sera sacrifié sur l’autel de la reconstruction. L’équipe de France, véritable fontaine de jouvence, sera bientôt une source d’eau miraculeuse.

A Tel Aviv, contre Israël, en mars 1995, la France concède un nouveau match nul (0-0). Avec seulement 7 points en 5 matches, la situation est critique. Il faudra faire un sans-faute pour devancer la Roumanie et la Pologne dans ce groupe 1.

Aimé Jacquet est la cible d’une campagne médiatique à son encontre. La presse réclame sa démission… Mais la FFF conserve sa confiance en Jacquet, qui voit la pression augmenter. Tel Alfred Dreyfus un siècle plus tôt, Aimé Jacquet est coupable de tous les maux. La peine du sélectionneur ne sera pas la prison sur l’île du Diable, mais une litanie d’articles au vitriol signés Gérard Ejnès ou Jérôme Bureau dans L’Equipe. Pour Ejnès et Bureau, non seulement une victoire en Coupe du Monde de la France en 1998 est utopique, mais Jacquet n’est clairement pas l’homme de la situation. En attaquant le sélectionneur à chaque occasion, les deux journalistes vont blesser l’homme. La violence des critiques de Gérard Ejnès envers Aimé Jacquet, après le match de Tel Aviv, va se retourner contre le journaliste de L’Equipe, qui prendra la vengeance du sélectionneur comme un boomerang.

En avril 1995, Nantes accueille l’équipe de France pour un match à quitte ou double. Le volcan bleu peut rentrer en éruption en cas de nouveau match nul. La victoire est impérative. Ginola et Guérin, les Parisiens, sont très convaincants, Didier Deschamps est de retour, lui qui fonce vers le Scudetto avec la Vecchia Signora de Lippi, mais c’est surtout Zinédine Zidane, qui mène le jeu français avec brio, qui impressionne tout le monde en cette soirée nantaise.
Aimé Jacquet a compris qu’il tenait avec le meneur bordelais une véritable pépite d’or, un diamant brut, qu’il va se charger de polir… L’Europe va découvrir Zidane dans les mois à venir.

La France bat donc la Slovaquie (4-0) et se relance provisoirement… Quant à Zidane, ce match brillant est pour lui l’occasion de rencontrer un certain Michel Platini. L’ancienne vedette de la Juventus adoube même Zidane comme son successeur… Le numéro 10 des Bleus semble donc promis à celui que ses intimes appellent Yazid.

Après cette victoire convaincante 4-0, Ejnès va saluer Aimé Jacquet, et bon prince, tente d’enterrer la hache de guerre en public. Le sélectionneur met son veto à la poignée de mains et humilie publiquement le chef de la rubrique foot de L’Equipe. Le camouflet est terrible pour Ejnès, une haine viscérale réciproque ne cessera de grandir crescendo entre les deux hommes jusqu’à la Coupe du Monde 1998.

La saison 1995-1996 approche… Laurent Blanc rejoint Auxerre, Youri Djorkaeff quitte Monaco pour le PSG, Fabien Barthez quitte le purgatoire de la D2 pour signer à Monaco, tandis que David Ginola quitte Paris pour Newcastle United.

Pour préparer la réception de la Pologne, la France joue en Norvège. A Oslo, les Bleus renouent avec un score nul et vierge de 0-0, Aimé Jacquet ayant rappelé Bixente Lizarazu. Deux nouveaux visages apparaissent, Frank Leboeuf (Strasbourg) et Claude Makélélé (Nantes).

Le 16 août 1995, la France accueille la Pologne au Parc des Princes. Menée 1-0 en fin de première mi-temps, la France se rue à l’attaque. Zidane, Dugarry, Djorkaeff, tous tentent de briser la forteresse polonaise. Mais le gardien polonais, Wozniak, est en état de grâce et repousse tout. Véritable mur, Wozniak repousse même un penalty de Lizarazu à moins de dix minutes de la fin du match. Cette fois, les jours d’Aimé Jacquet sont comptés. Avec cette défaite, c’est une nouvelle Berezina à venir pour les Bleus. L’Euro 96 ne sera bientôt plus qu’un mirage dans le désert du football français. Mais Youri Djorkaeff va trouver l’oasis libératrice. Le panache français va se concrétiser en but. Le néo-Parisien, dans son antre, marque sur coup franc. La France sauve les meubles (1-1) mais la voilà devant un quitte ou double à trois matches de la fin de cette campagne éliminatoire. Il faudra réaliser un grand chelem, avec trois victoires, dont une à Bucarest face à la Roumanie, l’épouvantail du groupe.

Le premier acte est le plus facile. A Auxerre, début septembre 1995, la France domine l’Azerbaïdjan. 3-0 à la mi-temps mais Aimé Jacquet et Didier Deschamps entrent dans une colère noire au repos. Les Bleus tombent, avec suffisance, dans la facilité alors qu’il faut soigner la différence de buts en vue du décompte final… L’insolente supériorité des Français devrait leur permettre d’écraser leur adversaire. L’avalanche de buts réclamée par le sélectionneur et le capitaine, qui signe là l’acte fondateur de son autorité sur le vestiaire, arrive comme une manne providentielle en seconde période. Par sept fois, le gardien azéri se retourne pour voir le ballon dans ses filets. 10-0, victoire la plus large de son histoire, la France respire.

Pour le quinzième match de l’ère Jacquet, il manque cependant un match référence, un match fondateur, celui qui emmène les hommes vers une trajectoire dorée, vers le Capitole, la colline sacrée de Rome…

Mercredi 11 octobre 1995, Bucarest, stade de Ghencea. Hagi et ses coéquipiers reçoivent la France. Laissé trop souvent sur le banc par Cruyff dans une Dream Team barcelonaise en déclin, le virtuose roumain n’en demeure pas moins une menace réelle. Mais le Maradona des Carpates sera éclipsé par le duo Zidane – Djorkaeff. Le match référence attendu par tous les supporters arrive, avec pour cerise sur le gâteau l’éclosion du tandem entre le Parisien et le Bordelais…

Ce ne sont pas onze joueurs français mais onze gladiateurs dans l’arène, prêts à mourir pour le sang bleu. Leur combativité, leur panache fait plaisir à voir…

La France oppresse la Roumanie par un pressing constant. Les rares offensives des Roumains, invaincus à domicile depuis cinq ans, sont arrêtées par un Fabien Barthez irréprochable. Gheorghe Hagi, peu inspiré ce jour là à Bucarest, évolue loin de son meilleur niveau.

Idéalement lancé par Zidane, Christian Karembeu ouvre le score à la 28e (1-0), avant que Youri Djorkaff ne double la mise en reprenant un tire de Dugarry mal repoussé par Stelea (2-0). Parti à la limite du hors-jeu, Marius Lacatus réduit l’écart (2-1) en début de seconde période. La Roumanie fait alors pression sur la France, mais s’expose au contre des Bleus, ce dont profite Zinédine Zidane, qui, d’une frappe superbe dans la lucarne de Stelea, parachève à la 75e minute le chef d’oeuvre français (3-1). La Roumanie, vaincue à domicile dans son fief de Bucarest, sera accompagnée par la France en Angleterre, les Bleus remportant leur ultime match contre Israël, à Caen (2-0).

Après seize stations, le premier chemin de croix d’Aimé Jacquet a pris fin. Provisoirement. Car en 1998, avant le Coupe du Monde, Jacquet portera à nouveau son rocher, tel Sisyphe, étant victime d’une terrible campagne de dénigrement orchestrée par les médias, dont le quotidien L’Equipe sera la figure de proue, et dont même les Guignols de l’Info se feront l’écho.

Fin 1995, le phénix français renaît de ses cendres, reste désormais à ajouter aux victoires retrouvées un football champagne digne de la génération Platini, digne de ce France – Brésil de Guadalajara en 1986. Ce n’est pas le credo de Jacquet, qui assoiera ses triomphes futurs sur une base défensive inoxydable et invincible. Roche, Di Meco et Angloma seront remplacés à terme par Blanc, Lizarazu et Thuram qui formeront avec Desailly une défense d’exception, qui restera invaincue en match officiel.

Le duo Zidane – Djorkaeff sera le ciment d’un secteur offensif en renouveau. David Ginola a beau briller de mille feux à Newcastle, Eric Cantona multiplier les exploits avec Manchester United, offrir le doublé aux Red Devils et faire son apparition au musée de cire londonien de Madame Tusseaud’s, Jacquet reste inflexible… Très critiqué, le sélectionneur ne cède pas… Cantona est persona non grata pour deux raisons. Jacquet ne veut pas contrarier l’éclosion de son joyau Zidane, et le Mancunien n’est pas en odeur de sainteté auprès des leaders que sont incontestables devenus Deschamps et Desailly. Coéquipiers en Bleus, ils sont chacun devenus des piliers en Italie. Dans le Piémont pour Deschamps, travailleur de l’ombre à la Juventus. En Lombardie pour Desailly, qui forme un milieu de terrain solide avec Boban devant la défense milanaise menée par le capitaine Baresi. Ayant pris du galon et de l’expérience, Deschamps et Desailly prennent le pouvoir du vestiaire, au sein duquel Cantona est désormais indésirable.

Malgré les pétitions, malgré son statut d’idole à Old Trafford, Eric Cantona ne reviendra jamais en Bleu. La forte personnalité du joueur mancunien aurait été source de problème pour l’introverti Zidane, clé de voûte du système offensif de Jacquet.

Quant à Jean-Pierre Papin, miné par les blessures, il a touché le fond dans un Bayern Münich qualifié de FC Hollywood par Franz Beckenbauer. Giovanni Trapattoni remplacé par Otto Rehhagel, luttes intestines entre Jürgen Klinsmann et Lothar Matthaus, l’ancien buteur de l’OM est loin de son âge d’or avec Chris Waddle sous le maillot phocéen, et même des trop rares bonheurs vécus au Milan AC sous l’ère Fabio Capello, synonyme d’une féroce concurrence entre étrangers avec Van Basten, Gullit, Rijkaard, Savicevic, Boban puis Raducioiu, Desailly ou Brian Laudrup. Pour JPP, l’équipe de France se conjugue désormais au passé…

L’équipe de France, elle, malgré l’absence de Cantona, Ginola et Papin, conjugue désormais au futur, qu’elle peut désormais regarder sans honte après son exploit du 11 octobre 1995 à Bucarest.

Le futur proche, c’est l’Euro 96, où Jacquet, malgré la demi-finale atteinte par la France, est encore l’objet de vives critiques. Son style trop défensif, mais surtout son entêtement à vouloir faire jouer Zinédine Zidane. Le stratège des Girondins de Bordeaux, victime d’un accident de voiture avant le début de la compétition, n’est pas au zénith de sa forme. Zidane sort d’une saison éreintante avec le club bordelais (Coupe Intertoto plus 14 matches de Coupe de l’UEFA, via une épopée contre le Bétis Séville, le Milan AC, le Slavia Prague et le Bayern Münich). La polémique enfle après l’élimination française par la République Tchèque, en demi-finale de l’Euro. Jacquet aurait-il du faire confiance à Corentin Martins, remplaçant direct de Zidane, meneur de jeu étincelant d’une AJ Auxerre championne de France 1996 ?

C’est faire la fine bouche. Certes le virtuose Zidane n’a pas montré son visage de nouveau Michel Platini à l’Euro anglais. Mais le Bordelais est sorti d’une saison éreintante avec les Girondins, sans parler d‘un accident de voiture juste avant le Championnat d’Europe. Difficile d’être génial dans ces conditions quand on s’appelle Zidane, surtout qu’il s’agissait de sa première grande compétition internationale. Jacquet lui avait donné les clefs du jeu français, et tout le monde attendait l’exploit de la part du futur joueur de la Juventus. Mais les prouesses réalisés par Zidane face au Betis Séville ou au Milan AC ne se sont pas reproduites outre-Manche. Gérard Ejnès fait partie de ceux qui reprochent à Jacquet de ne pas avoir utilisé son joker auxerrois, Corentin Martins, en remplacement de Zidane face aux Tchèques, alors que le fantôme de Cantona planait dans Old Trafford. Sans faire injure au meneur de jeu bourguignon, la suite de la carrière de Zidane prouvera quelle était l’envergure du virtuose d’origine kabyle, et donc que distribuer des caviars à Djorkaeff n’aurait pas été chose aisée contre les Tchèques.

Le public et la presse sont d’autant plus malhonnêtes avec Jacquet que la demi-finale à l’Euro 96 est le meilleur résultat de l’équipe de France depuis sa troisième place au Mexique lors de la Coupe du Monde 1986.

Le bilan médiocre des Bleus en compétition officielle entre 1988 et 1994 aurait du inciter la majorité des critiques à plus de modération, même si la qualité du jeu n’a pas été au rendez-vous lors des matches couperets face aux Pays-Bas et à la République Tchèque :

- Non qualification pour le Championnat d’Europe 1988 en Allemagne
- Non qualification pour la Coupe du Monde 1990 en Italie
- Elimination au premier tour Championnat d’Europe 1992 en Suède
- Non qualification pour la Coupe du Monde 1994 aux Etats-Unis

Jugé trop tendre avec Aimé Jacquet dans ses critiques durant l’Euro 96 par Jérôme Bureau, le journaliste Patrick Urbini est remplacé par Vincent Duluc comme leader de la rubrique football en charge de l’équipe de France. L’ancien journaliste du Progrès, qui suivait alors l’Olympique Lyonnais, va devenir une des clés de voûte des féroces critiques anti-Jacquet. Dans ses mémoires, le sélectionneur ne ménage pas Duluc en même temps qu’il rend hommage à Urbini, qui à la différence de sa hiérarchie avait su faire la part des choses : Le journaliste maison en charge de l’équipe de France et avec lequel j’entretenais des rapports fréquents, et j’ajouterais loyaux, se trouva soudain affecté à d’autres tâches, coupable visiblement de ne pas avoir pris une part active aux manœuvres visant à déstabiliser puis éliminer le patron des Bleus. On lui substitua, promotion à la clé, un garçon qu’en d’autres temps et d’autres lieux j’avais connu plutôt avenant et rigoureux dans l’exercice de son métier. Parvenu à ce qu’il estima peut-être le sommet de son Himalaya, emporté par l’ivresse des cimes, à moins qu’il n’ait simplement suivi la pente naturelle de sa docilité, il se mit à son tour à me chercher des poux dans la tête, sous les prétextes les plus anodins.

Reconduit en juin 1996 comme sélectionneur national jusqu’à la Coupe du Monde 1998, au grand désespoir de Bureau et d’Ejnès, Jacquet va devoir affronter deux ans de matches amicaux, traditionnel marathon du pays organisateur dans lequel il faut puiser confiance sans pour autant affronter de trop grosses équipes. Un équilibre sera trouvé par Jacquet avec des sparring-partners réguliers, et le Tournoi de France de juin 1997, avec trois rivaux de calibre : le Brésil à Lyon, l’Angleterre à Montpellier, l’Italie à Paris.

Sortis de l’Euro 96 sans perdre un match, les Bleus d’Aimé Jacquet porteront à 30 le record du nombre de matches consécutifs sans défaite d’une équipe de France. C’est le Danemark, en novembre 1996 à Copenhague, qui inflige aux Bleus leur première défaite depuis le traumatisme Kostadinov de novembre 1993.

L’Equipe a franchi le Rubicon trop de fois avec Aimé Jacquet, avec trop d’attaques gratuites, mais Raymond Kopa lui-même avait été massacré par la presse en 1963 après un match contre l’Austria Vienne, alors que les journalistes savaient que l’ancien coéquipier de Di Stefano au Real Madrid était en train de perdre son fils, victime d’une grave maladie.

Une des divergences majeures entre Jérôme Bureau et Aimé Jacquet, au-delà des résultats en dents de scie des Bleus, concerne le jeu. Fan des Brésiliens comme Pelé, Zico ou Falcao, le journaliste ne supporte pas le manque de panache dans le football de l’équipe de France estampillée Jacquet. Ce dernier privilégie l’efficacité sur la base d’une défense qui deviendra la défense de fer (Barthez, Thuram, Desailly, Blanc, Lizarazu), des récupérateurs efficaces (Deschamps, Petit), avec une attaque alimentée par un chef d’orchestre appelé Zidane et un électron libre du nom de Youri Djorkaeff. Pour Jacquet, qui a vu comme tout le monde un Brésil plus européen gagner la World Cup 1994 aux Etats-Unis, le beau jeu est une utopie. Le champagne des années Platini restera au frais jusqu’en 1998. Seule la victoire est jolie, ce sera le leitmotiv de Jacquet et de son leader de vestiaire, Didier Deschamps, au colossal appétit digne d’un Pantagruel, gavé de trophées comme une oie avec son club de la Juventus, hégémonique en Italie et en Europe entre 1995 et 1998.

Début mai 1998, Jérôme Bureau s’acharne sur Jacquet après la publication de la liste des 28 joueurs, sachant que le sélectionneur avait jusqu’au 2 juin pour communiquer ses 22 noms à la FIFA. Par principe de précaution, Jacquet a préféré garder 6 joueurs pour mobiliser tout le monde et éviter un retour en catastrophe en cas de blessure ou autre imprévu. Avec la célèbre une de L’Equipe « Et on joue à 13 », le quotidien sportif va trop loin … Mais dans l’esprit de Jacquet, Bureau et Ejnès sont coupables depuis la saison 1994-1995, celle de la série des 0-0 en éliminatoires de l’Euro 96. Je n’ai jamais frappé sur personne, mais je cognerai un jour sur Gérard Ejnès, déclara un jour Aimé Jacquet au printemps 1998. Le sélectionneur n’en voudra pas au journal cousin France Football, critique sur le jeu mais sans jamais franchir la ligne jaune. Cette ligne jaune au-delà de laquelle Bureau et Ejnès ont décidé de camper en permanence, versant dans l’irrationnel. Comme si le sentiment anti-Jacquet primaire devait tourner au plébiscite.

Journaliste à la rubrique football de L’Equipe, Marc Van Moere résumera après 1998 le sentiment au sein du journal sportif pendant les années Jacquet : C’est au fond assez simple, l’équipe de France jouait mal, elle nous emmerdait et Jacquet n’était pas charismatique. Et ce sentiment partagé par l’immense majorité de la presse a été traduit de manière exacerbée principalement par Ejnès, avec la bienveillance de Bureau.

Quelques mois après le Mondial, Gérard Ejnès gardera une partie de ses convictions en citant Rolland Courbis dans L’Equipe, comme pour montrer que la providence avait été du côté des Bleus : La France a gagné la Coupe du Monde. Je dis mission accomplie, point. Elle a eu besoin du but en or pour battre le Paraguay, elle bat l’Italie à pile ou face, l’ange gardien Thuram se réveille contre la Croatie, et on finit contre le fantôme du Brésil et Ronaldo malade.

L’objectif final de Jacquet, c’est en effet le Mondial 1998, où il faudra battre des nations d’envergure comme le Brésil, l’Italie, l’Allemagne, l’Argentine, les Pays-Bas, l’Espagne ou l’Angleterre pour décrocher le titre suprême, la couronne mondiale, la couronne des rois, dans ce Stade de France qui fait écho aux rois d’antan, ceux qui dorment pour l’éternité dans la basilique de Saint-Denis.

A Marseille, le premier match des Bleus contre l’Afrique du Sud permet à Aimé Jacquet de siffler la fin de l’apartheid qu’il subit depuis trop longtemps. La Coupe du Monde démarre sur les chapeaux de roue pour les Bleus, victoire 3-0, pour une équipe de France qui va pérenniser la victoire jusqu’en finale …
Et c’est un autre paria médiatique, Christophe Dugarry, qui marque le premier but face aux Bafana Bafana, allant narguer la tribune de presse dans la célébration de son but … Jacquet enfonce le clou en conférence de presse : Je demande au public français de prendre confiance en son équipe, même s’il a été trompé par une certaine presse.

La France va ensuite imposer sa férule à l’Arabie Saoudite (4-0) – victoire à la Pyrrhus avec l’expulsion de Zidane – puis au Danemark des frères Laudrup (2-1), au Paraguay de Chilavert (1-0), à l’Italie de Cesare et Paolo Maldini (0-0 a.p. 4-3 t.a.b.), à la Croatie de Suker (2-1), au Brésil de Ronaldo et Dunga (3-0), pour une finale en apothéose au Stade de France, nouvel écrin du sport français. Zinédine Zidane, auteur d’un doublé mythique contre la Seleçao, devient une idole nationale en ce soir du 12 juillet.

Les nouveaux rois de Saint-Denis, dont le sacre sera prononcé le 12 juillet 1998, en prenant violemment la couronne du souverain contraint d’abdiquer, le Brésil, forment le noyau dur d’une équipe de France dont le bleu brille à nouveau avec éclat : Didier Deschamps, Youri Djorkaeff, Zinédine Zidane, Laurent Blanc, Marcel Desailly, Bixente Lizazazu, bientôt rejoints par Fabien Barthez et Lilian Thuram, huit noms pour un merveilleux cocktail de puissance, de technique, de vitesse et d’intelligence, seront les artisans du plus grand exploit du football français… Aimé Jacquet, lui, tirera sa révérence de sélectionneur après cette magnifique nuit dyonisienne, ayant terrassé le Brésil (3-0) dans la ruée vers l’or de cette Coupe du Monde dont les ailes porteront la France jusqu’à d’autres triomphes, à l’Euro 2000 …

Ironie du destin, le jour où le paria Jacquet devient roi, près de la nécropole des rois de France, deux hommes deviennent parias à quelques kilomètres au sud-ouest, à Issy-les-Moulineaux, Gérard Ejnès et Jérôme Bureau. Aimé Jacquet dresse la guillotine devant les micros… Je ne pardonnerai jamais. C’est l’agonie pour les avocats à charges du quotidien L’Equipe. Leurs arguments d’un Jacquet incapable de construire un groupe, un projet, tombent en charpie devant ce triomphe en Coupe du Monde, qui plonge tout un pays dans l’euphorie. Orphelins de champagne dans le football des Bleus entre 1993 et 1998, les deux journalistes et l’ensemble de la rédaction de L’Equipe ne déboucheront aucune bouteille de champagne, sans doute le seul endroit de France à faire exception en ce soir du 12 juillet 1998.

  1. avatar
    3 octobre 2014 a 7 h 37 min

    Rarement un sélectionneur en aura autant bavé, même si Raymond Domenech plus tard cristallerisa les critiques de bon nombre d’observateurs, journalistes et fans.

    Mais Jacquet a su tenir son cap, avec 4 axes majeurs : Zidane aux dépens de Cantona, une défense de fer, Deschamps capitaine et leader du vestiaire, et une culture de groupe.

    A sa décharge, un parcours relativement facile au Mondial 98, et surtout l’arrêt Bosman qui favorisa l’exode des meilleurs joueurs français.
    A l’EUro 96, seuls Deschamps (Juventus), Angloma (Torino) et Desailly (Milan AC) ou Blanc (Naples) jouaient ou avaient joué à l’étranger. Tout le reste du groupe était encore en D1, de Zidane à Lizarazu en passant par Di Meco, Dugarry, Leboeuf, Djorkaeff, Lama, Thuram, Barthez …

  2. avatar
    3 octobre 2014 a 13 h 25 min
    Par Cullen

    J’avoue que ma came c’est plutôt les articles qui ouvrent des débats de fond mais replonger dans ces beaux souvenirs – lorsqu’ils sont si bien narrés , c’est pas désagréable. Merci Axel :-)

    • avatar
      3 octobre 2014 a 17 h 03 min

      Salut Christian,

      Je n’idolâtre pas Jacquet loin de là, mais il a construit le plus grand succès du foot français, car avant cela il n’y avait que l’Euro 84, les JO de Los Angeles toujours en 84, la C1 de l’OM en 93 et la C2 du PSG en 96.

      Soit presque rien … surtout qu’on avait manqué les Coupes du Monde 1990 en Italie et 1994 aux Etats-Unis.

      Donc sympa de se rappeler ces années là, avec ce superbe match en Roumanie en octobre 1995, qui fit naître le duo Zidane – Djorkaeff, qui ferait son ultime coup d’éclat commun à l’Euro 2000 contre l’Espagne, but de Youri et coup franc de Zizou.

  3. avatar
    3 octobre 2014 a 15 h 39 min
    Par cyril

    Salut Axel,

    Toujours un plaisir de te lire. POur l’Equipe, j’avoue être circonspect. D’abord, j’imagine volontiers que tout le monde ne partageait pas la ligne éditoriale et si Ejnès et Bureau ont cartonné Jacquet et parfois violemment, c’est aussi au départ je pense un problème de fond de jeu (au moins pour Ejnès) et c’est un avis. De plus, c’est oublier je trouve qu’à l’époque, dans ce débat, une grande partie de la presse (médias généralistes, télés, radios…) sont plutôt en phase avec l’Equipe. Si l’Equipe est sans aucun doute le premier à taper sur Jacquet, je ne suis pas si sûr que ce soit le plus sauvage et j’ai toujours trouvé savoureux le revirement de Tf1 (qui certes n’allumait pas trop sur les reportages anti-Jacquet mais critiquaient bien les matchs quand même) et Canal PLus qui a quand même récupéré Jacquet consultant alors que les Guignols n’étaient pas les derniers à se moquer de l’homme plus que du sélectionneur. Jacquet l’a bien vite oublié. Tout le monde a volé au secours de la victoire et du coup celui qui était en pointe, l’Equipe, a pris pour tout le monde. Mais si le résultat avait été différent, les gens auraient tous rejoints la cohorte des pourfendeurs de Jacquet.

    Au-delà de la presse, les gens étaient aussi très critiques sur l’équipe de France, aujourd’hui tout le monde soutenait la France en 1998 et tout le monde avait prédit la victoire finale mais c’est oublier aussi que ce n’était tout simplement pas le cas et même si Jacquet était certainement assez convaincu de ses choix en interne et avait l’adhésion des joueurs, en externe auprès du public l’image était brouillée.

    Les articles de l’Equipe ne sont pas ce qu’ils ont fait de mieux, loin de là mais aujourd’hui on a tendance à croire qu’ils ne représentaient qu’eux et leurs opinions. Au-delà encore une fois, que je pense la rédaction était sans doute un peu divisée sur la question, elle avait aussi l’adhésion du plus grand nombre.

  4. avatar
    3 octobre 2014 a 17 h 00 min

    Salut Cyril,

    Pour TF1, je regardais et j’avoue ne pas me souvenir de cassages en règle de Roland / Larqué ou des hommes de terrain (Mathoux / Jeanpierre / Hardy / Praud à l’époque).

    Pour Canal, je converge car les Guignols en effet se sont fait plaisirs sur Jacquet, sur son accent, son manque de charisme …

    Mais Jacquet a tapé sur le média symbole du foot et du sport, L’Equipe, quotidien en monopole et Bible des aficionados français du ballon rond, surtout que France Football ne franchissait pas la ligne jaune tout en restant critique.

    La rédaction était divisée, la plus part ont du suivre le dikat Bureau / Ejnès même si certains ont payé leur opposition ou leur manque de coeur à l’ouvrage (Patrick Urbini remplacé par Duluc).

    Mais le journal a fait parler de lui pour bien d’autres sujets, l’isolement de Pierre Ballester qui dénonçait l’omerta du peloton cycliste sur le dopage, la fameuse une sur l’insulte d’Anelka envers Domenech (qui conduisit au drame de Knysna 2010), et l’édito à charge de Claude Droussent sur Zidane au lendemain du carton rouge du virtuose kabyle en finale du Mondial 2006 en Allemagne (Droussent s’excusant dans l’édito du mardi sous pression du clan Zidane, ridiculisant le jorunal).

  5. avatar
    6 octobre 2014 a 13 h 28 min
    Par el_zanque

    Merci beaucoup pour cette séquence nostalgie Axel.

    Parmi les choses qu’avait fait l’Equipe à cette époque, je dois signaler l’uchronie hebdomadaire diffusée dans l’équipe mag pendant la WC 1994.

    Le mag avait imaginé que Ginola avait envoyé le coup franc fatal de France Bulgarie directement dans les tribunes. La France était donc qualifiée, mais son geste avait choqué tout le monde, notamment Houiller qui du coup avait pris Dugarry à sa place. Ginlola avait passé l’été à se défendre en disant que s’il l’avait joué, ce ballon aurait pu amener un contre et…

    ça me rappelle que FF avait fait un numéro d’anticipation en 1990, où ils imaginaient tout ce qui se passerait entre 90 et 98.

    L’OM échouait 3 fois en finale de C1 avant de la gagner, Monaco devenait la 1ère équipe qui gagnait une coupe d’Europe (la C2), et Auxerre devenait “La villageoise”, avec comme sponsor ce fameux nectar apprécié des chômeurs en fin de droit.

    et bien sûr, la France gagnait la CDM 98 contre le Brésil, 3-2, avec des buts de Djorkaeff (à l’époque à Strasbourg en L2) et d’Antoine Clerc, la nouvelle pépite française, qui mettait un doublé. Un Zidane fantasmé, quoi…

    Ah, et Platini devenait un ermite avec le look du père Fourras. Bon, on peut pas toujours avoir raison…

  6. avatar
    6 octobre 2014 a 14 h 31 min

    Mdr pour la Villageoise.

    FF était pas loin sur l’OM et Monaco, car en 1990 le club phocéen aurait du disputer la finale sans la main de Vata lors de Benfica OM, et en 1992 Monaco aurait peut être gagné la finale de C2 à Lisbonne contre le Werder, sans le drame de Furiani qui avait abattu tout le foot français.

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