Le Onze de Légende de La Réunion
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Le Onze de Légende de La Réunion

Etincelant lors de l’Euro 2016, Dimitri Payet a définitivement contribué à placer son île natale sur la carte du football hexagonal. Pourtant, bien qu’il en soit aujourd’hui devenu la principale figure de proue, le feu follet de West Ham n’est ni le seul ni le premier ambassadeur du ballon rond réunionnais...

Petite île d’une superficie équivalente à celle du Luxembourg, La Réunion a longtemps vécu dans l’ombre de ses cousines antillaises (Guadeloupe et Martinique), grandes pourvoyeuses  de talents sur le plan footballistique. La situation tend néanmoins à se rééquilibrer au fil du temps via l’émergence de nombreux joueurs natifs ou originaires de ce ravissant bout de France de l’océan indien. De quoi composer une équipe d’un très bon niveau (avec, notamment, un très joli quatuor offensif) qui pourrait sans problème rivaliser avec la plupart des autres régions historiques françaises. Découvrons donc ici les portraits, poste par poste, des meilleurs footballeurs de l’Histoire du 974.

1.  Claude BARRABÉ (Gardien, né le 19/11/1966)

Le nom de Claude Barrabé fleure bon la Ligue 1 des années 1990. Formé à l’INF Vichy (l’ancêtre de Clairefontaine), puis engagé comme doublure de Joël Bats au PSG, ce gardien sobre et efficace est sacré champion d’Europe espoirs en 1988 avec les Bleuets (emmenés par Cantona). Promu dans l’élite avec le Stade Brestois, puis recruté par Louis Nicollin à Montpellier pour remplacer le vétéran Albert Rust en 1990, ses prestations lui valent même d’être un temps considéré comme le potentiel successeur de Bruno Martini chez les Bleus. Malheureusement, sa boulette en quart de Coupe des Coupes 1991 contre Manchester United lui collera longtemps à la peau… au point de lui coûter sa place à l’Euro 1992 (où Platini lui préfèrera Gilles Rousset et Pascal Olmeta). Vainqueur de la Coupe de la Ligue d’été en 1992 et finaliste de la Coupe de France 1994 avec le MHSC, puis champion de D2 avec Caen en 1996, le portier Saint-Pierrois est ensuite devenu entraineur des gardiens de l’équipe de France de foot… de plage !

2.  Didier AGATHE (Latéral droit, né le 16/08/1975)

L’histoire de Didier Agathe est celle d’un miraculé, celle d’un homme qui a frôlé la mort suite à une appendicite détectée tardivement, ou encore après s’être endormi au volant de sa voiture (un accident dont il sortira in fine sans graves séquelles), mais aussi celle d’un footballeur qui n’aurait théoriquement jamais dû passer professionnel à cause d’une absence (héréditaire) de cartilage dans son genou droit ! Non conservé par Montpellier suite à la découverte de ce défaut de ménisque, Didier déprime… Sa sortie de route lui fera finalement l’effet d’un électrochoc ! Le natif de Saint-Pierre partira alors tenter sa chance en Ecosse. Milieu droit percutant, il explosera à Hibernian avant de filer au Celtic Glasgow. Progressivement reconverti arrière latéral, c’est sur son île d’adoption qu’il vivra alors les plus belles heures de sa carrière avec 3 titres de champion et 3 Coupes d’Ecosse ainsi qu’une finale de C3 en 2003. Ultime revanche sur le destin, ce rescapé dirige désormais sa propre académie des sports à La Réunion.

3.  Benoît TRÉMOULINAS (Latéral gauche, né le 28/12/1985)

Considéré (à juste titre) comme le digne successeur de Lizarazu dans le couloir gauche de la défense girondine, Benoît pousse Jurietti sur le banc aquitain afin d’intégrer le onze-type du dernier grand cru footballistique bordelais à ce jour, à savoir celui de 2009, année durant laquelle le FCGB réalisera un triplé (Ligue 1-Coupe de la Ligue-Trophée des Champions). Devenu international en 2012, puis vainqueur de la Coupe de France 2013, le natif de Bordeaux quitte son club formateur (après 6 années pros sous le maillot marine et blanc) pour un intermède sans lumière au Dynamo Kiev. Prêté à Saint-Etienne début 2014, il s’engage l’été suivant en faveur du FC Séville. Avec le club andalou, il sera double vainqueur de la Ligue Europa en 2015 et 2016 (sans jouer la finale pour cause de blessure) devenant ainsi le premier Réunionnais à gagner une coupe d’Europe. Attaquant de formation, Trémoulinas est un arrière latéral offensif, déjà auteur d’une dizaine de buts et d’une trentaine de passes décisives en carrière.

4.  Jérémy MOREL (Défenseur, né le 02/04/1984)

Breton d’ascendance réunionnaise, le jeune Jérémy fait ses premiers pas de footeux en herbe du côté de Quimperlé avant de rejoindre l’école lorientaise dès l’âge de 10 ans. Lui aussi attaquant à ses débuts, il reculera au fil des saisons pour s’imposer en tant que latéral gauche. Devenu capitaine sous la houlette de Christian Gourcuff, il quitte les Merlus pour Marseille en 2011. A peine débarqué sur la Canebière, il y glane d’emblée son premier titre : le Trophée des Champions. Vainqueur de la Coupe de la Ligue 2012, puis vice-champion de France 2013 en Provence, Morel y découvre également les joies de la Champions League. Replacé en défense centrale sous la férule du fantasque Marcelo Bielsa, il s’affirme (malgré son petit gabarit) comme l’une des valeurs sûres de la L1 à son nouveau poste. Le président lyonnais Jean-Michel Aulas lui offre alors un nouveau challenge en 2015. Un défi que Morel relèvera avec brio en s’imposant dès sa première saison au sein du onze de base de la formation rhodanienne.

5.  Jean-Sébastien JAURÈS (Défenseur, né le 30/09/1977)

Préformé à Tours, Jaurès rejoint les rangs de l’académie auxerroise à 14 ans. Le Tourangeau y franchira un à un les paliers vers le haut niveau avant de passer pro en 1996 (au lendemain du doublé coupe-championnat de l’AJA). La même année, il sera aussi sacré champion d’Europe des moins de 19 ans avec Henry, Trezeguet, Anelka, etc. Arrière gauche de métier (encore un!), capable d’évoluer dans l’axe, Jean-Seb disputera ensuite plus de 300 matchs avec le club bourguignon (dont une quarantaine en Coupe d’Europe). Pendant plus d’une décennie, aux côtés des Mexès, Boumsong et autres Djibril Cissé, il prendra ainsi part à quelques uns des plus grands moments de l’histoire des Ajaïstes via un podium en Ligue 1 (2002) et 2 Coupes de France (2003 et 2005). Après une dernière expérience en Bundesliga (Mönchengladbach), il raccrochera suite à une blessure au genou. Bien que né en métropole, il s’est depuis installé à Saint-Paul où il est devenu coach, comme son ancien mentor, un certain Guy Roux.

6.  Francis COQUELIN (Milieu récupérateur, né le 13/05/1991)

C’est le benjamin de cette équipe virtuelle. Repéré très tôt (à 17 ans) par Arsène Wenger lorsqu’il évoluait chez les juniors du Stade Lavallois, la trajectoire du jeune Francis aurait pu ressembler à celle de Damien Plessis (un autre milieu de terrain et grand espoir réunionnais passé, lui, par Liverpool). A savoir celle d’un gamin prometteur qui n’aurait jamais confirmé tout son potentiel… Car le champion d’Europe des moins de 19 ans (en 2010) a pris son temps pour s’imposer à Londres. D’abord cantonné à la réserve, puis successivement prêté à Lorient, Fribourg et Charlton, c’est finalement fin 2014 (et suite à une cascade de blessures chez les Gunners) que le manager alsacien finira par lui donner vraiment sa chance. Devenu titulaire dans un rôle de sentinelle juste devant la défense, Francis remporte alors la Coupe d’Angleterre 2015, puis le Community Shield (2015) ainsi qu’une place de vice-champion en 2016. Ancien international espoirs, à 25 ans, il tape maintenant à la porte de l’équipe de France.

7.  Florent SINAMA-PONGOLLE (Attaquant, né le 20/10/1984)

Joueur surcoté ou talent sous-exploité ? Les 2 hypothèses se tiennent quand on évoque Sinama. Arrivé précocement au Havre en provenance de la Saint-Pierroise à seulement 12 ans, Florent fera parler de lui par le biais du sacre des teenagers tricolores lors du Mondial des moins de 17 ans en 2001, un tournoi duquel il finira meilleur buteur (9 buts en 6 matchs) tout en étant également élu MVP (meilleur joueur) ! Engagé par Gérard Houiller à Liverpool en compagnie de son compère Anthony Le Tallec, Pongolle glanera la Supercoupe d’Europe 2005 avec les Reds, avant d’enchainer les clubs : Blackburn, Huelva, Atlético, Sporting, Saragosse, Saint-Etienne, Rostov, Chicago et enfin Dundee, sans jamais totalement démontrer en sénior ce que ses performances chez les juniors pouvaient laisser augurer… Avant-centre ou ailier droit véloce, vainqueur de la Coupe de Russie en 2014, l’ancien Bleu (une sélection) cherche aujourd’hui à donner un dernier souffle à une carrière qui aurait sans doute pu être bien meilleure.

8.  Fabrice ABRIEL (Milieu relayeur, né le 06/07/1979)

Formé au PSG avec son pote Nicolas Anelka, le natif de Suresnes (en manque de temps de jeu dans la capitale) s’exile d’abord au Servette Genève avant de s’installer durablement en L2, à Amiens puis Guingamp. Ce n’est finalement qu’à 27 ans, au sein du FC Lorient en 2006, qu’il sera lancé dans le grand bain de la L1 par Christian Gourcuff. Pièce maîtresse du druide breton chez les Merlus, ce travailleur de l’ombre doté d’une bonne technique y effectue 3 saisons pleines (120 matchs, 12 buts) et sera même élu 2 fois meilleur joueur du club (2007 et 2008). Abriel signe alors en faveur de l’OM en même temps que Didier Deschamps. Sous les ordres du technicien phocéen, le Réunionnais garnira sa vitrine par le gain de 2 Coupes de la Ligue (2010 et 2011), 1 Trophée des Champions (2010) et surtout un titre de champion de France 2010, avant de découvrir la Ligue des Champions. Egalement passé par Nice et Valenciennes, cet ex-international militaire aspire désormais à une carrière d’entraineur.

9.  Guillaume HOARAU (Avant-centre, né le 05/03/1984)

Auteur de 15 buts lors de sa première saison en sénior à la Saint-Pierroise, c’est (comme pour Sinama) grâce au partenariat liant la JSSP au HAC que cet attaquant longiligne, excellent de la tête, atterrit en Normandie en 2003. Il faudra alors 3 ans au Saint-Louisien pour s’adapter en métropole, mais suite à un bon passage par Gueugnon, Guillaume explosera. Scorant 28 fois pour le compte du club doyen en 2007-08, Hoarau s’octroie le titre de meilleur buteur de L2. Enrôlé par le PSG pour remplacer Pauleta, il ne déçoit pas, trouvant le chemin des filets à 17 reprises (3e buteur de L1) en 2009, avant d’inscrire le but de la victoire en Coupe de France en 2010. Moins performant par la suite, l’attaquant international (5 capes) quitte Paris sur un titre de champion de France en 2013. Après une expérience (lucrative) en Chine et une parenthèse bordelaise, celui que l’on compare à Trezeguet (tant pour son style de jeu que sa morphologie) a depuis retrouvé toutes ses sensations de goléador aux Young Boys de Berne (Suisse).

10.  Dimitri PAYET (Milieu offensif, né le 29/03/1987)

Aussi doué soit-il, Dimitri Payet (prononcé « paillette ») a bien failli ne jamais connaître le haut niveau… Lui aussi détecté par Le Havre alors qu’il évolue à Saint-Pierre, son apprentissage normand se termine hélas par un retour au bercail. Ce fan de Thierry Henry se résout alors à signer une licence amateur à l’AS Excelsior… en D1 réunionnaise ! Vainqueur de la Coupe de La Réunion 2004 (le seul trophée de sa carrière !), Dimitri fait le plein de confiance et part retenter sa chance au FC Nantes. Passé pro chez les Canaris, il alterne par la suite le bon et le moins bon à Saint-Etienne, puis à Lille et à l’OM. Mais en 2015, à West Ham, son talent explose (enfin) à la face du monde. Sur les flancs ou dans l’axe, c’est dans un rôle d’électron libre (à la Djorkaeff) que Slaven Bilic tire la quintessence de ce joueur brillant mais jusque-là inconstant. Bon dribbleur et redoutable frappeur de coup-franc, le vice-champion d’Europe 2016 est le 1er Réunionnais à s’être imposé en Bleu lors d’une compétition majeure. Sur son île, la star, c’est lui !

11.  Laurent ROBERT (Ailier gauche, né le 21/05/1975)

Aîné d’une fratrie de footballeurs (ses frères Bertrand et Fabien seront eux aussi pros), Laurent fait ses 1ères armes à l’US Bénédictine. Repéré par Brest, il s’envole pour le Finistère mais le club fait faillite… Robert rejoint alors Montpellier où il évoluera avec son « compatriote » Agathe. Rapide et technique sur son aile, le natif de Saint-Benoit fait son trou au sein de l’effectif languedocien. Recruté par le PSG, il est vice-champion de France 2000, puis signe sa saison la plus prolifique avec 15 buts (5e buteur de L1) en 2001. Une période faste qui le propulse en équipe de France, devenant ainsi le 1er Réunionnais à revêtir le maillot floqué du coq ! Vainqueur de la Coupe des Confédérations 2001, en bisbille au PSG avec Luis Fernandez, ce tireur de coup-franc à la frappe lourde s’exile alors à Newcastle. Chouchou de St James’ Park, il montera même une fois sur le podium de la Premier League avec les Magpies (2003). Après d’ultimes piges, notamment au Benfica, puis au Canada et en Grèce, « Laulau » se retire en 2009.

Coach : Jean-Pierre BADE (Entraineur, né le 18/03/1960)

Pionnier des Réunionnais à fréquenter les pelouses de Ligue 1, ce latéral gauche jovial passera par le Red Star, Lens, Marseille, Nantes, Strasbourg, le Racing Paris et les Girondins de Bordeaux. Vice-champion de France 1987 (OM), champion de D2 en 1992 (FCGB) et triple finaliste malheureux de la Coupe de France (1986, 1987, 1990), « JPB » sera également membre des équipes de France espoirs, olympique et A’. De retour au bled en 1992, Bade y conclut son parcours de joueur, puis entame une carrière d’entraineur à succès qui le mènera de la Saint-Lousienne à la Saint-Pierroise en passant par la Tamponnaise. Fort d’un palmarès conséquent (10 fois champion et 9 fois vainqueur de la Coupe de La Réunion, soit comme joueur, soit comme coach), il prend en 2009 les rênes de la sélection « nationale » de l’île, avec laquelle il s’adjuge notamment la Coupe de l’Outre-Mer en 2012 aux dépends de la Martinique. A Saint-Denis, d’aucuns imaginent volontiers ce gourou créole s’assoir un jour sur le banc d’un club métropolitain.

Actuellement, avec plus de 30 000 footballeurs (sans compter la diaspora métropolitaine), La Réunion représente environ un tiers des quelques 100 000 joueurs recensés sur l’ensemble des DOM-TOM, soit plus que le nombre cumulé de licenciés en Guadeloupe et en Martinique confondues (plus ou moins 25 000). Dans le futur, avec un tel vivier à disposition, gageons donc que bon nombre de pépites d’origine ou d’ascendance réunionnaises viendront encore garnir les rangs de la Ligue 1 et même des Bleus.

Lionel Ladenburger

 

 

 

  1. avatar
    18 août 2016 a 12 h 22 min
    Par Guga57

    Pour compléter l’article, je me permets également de citer pêle-mêle quelques-uns des nombreux autres joueurs réunionnais qui auraient aussi pu figurer dans cette dream-team (liste non-exhaustive) : Laurent Courtois, David et Willy Grondin, Samuel Neva, Laurent Courtois, Christophe Mandanne, Samuel Souprayen, Romain Métanire, Guillaume Plessis, Ronny Rodelin, Jimmy Mainfroi, Samuel Piètre, Zacharie Boucher, Wilfried Moimbé, Jean-Pascal et Thomas Fontaine, Eric Assati, Thierry Robert, etc.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quipe_de_La_R%C3%A9union_de_football
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Football_%C3%A0_La_R%C3%A9union

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