Le fabuleux destin du football anglais
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Le fabuleux destin du football anglais

Les quatre clubs de Premier League engagés cette saison en Ligue des Champions disputeront à partir de mardi les huitièmes de finale de l’épreuve, confirmant ainsi la bonne santé actuelle des clubs anglais. L’occasion d’évoquer ce qui fait la force du Football d’outre-Manche en retraçant les grandes lignes de son Histoire, et mieux comprendre ainsi l’aura dont il bénéficie dans le monde. Si l’argument financier est souvent mis en avant pour expliquer ces bons résultats, bien d’autres facteurs peuvent pourtant être pris en compte pour déchiffrer ce phénomène.

L’argent est souvent le nerf de la guerre, et le football ne fait bien sûr pas exception. Dans ce domaine, entre les revenus des droits télévisés de la Premier League qui s’élèvent désormais à plus de 2 milliards d’euros, dont un tiers provient de l’étranger (le championnat anglais étant aujourd’hui largement diffusé en Amérique du Nord, en Asie et en Océanie), le merchandising et les gains générés par la billetterie (le taux de remplissage des stades britanniques n’ayant jamais baissé malgré des tarifs en constante augmentation depuis le drame d’Hillsborough et la refonte du football anglais), la Premier League, avec un chiffre d’affaires proche des 3 milliards d’euros, domine outrageusement l’Europe sur le plan économique. Mais si la Premier League attire autant aujourd’hui, c’est aussi et surtout parce que le football anglais s’appuie sur un patrimoine historique vieux de près d’un siècle et demi, une période durant laquelle la passion pour le ballon rond n’a cessé de croître dans l’île, au point de faire partie intégrante de la culture nationale.

Tout a démarré en 1871 avec le lancement de la FA Cup, première compétition nationale de l’Histoire, huit ans après la création de la Football Association. Pour cette première édition, les clubs écossais étaient invités à participer, et l’un d’entre eux, le Queen’s Park, allait atteindre les demi-finales. La rencontre, disputée à Glasgow face aux Wanderers, se termina sur un score nul, mais les Ecossais, dans l’incapacité de se rendre dans la capitale britannique pour rejouer la rencontre, laissèrent leur adversaire accéder à la finale. Les Wanderers ne laissèrent pas passer leur chance en battant les Royal Engineers au Kennington Oval de Londres.

Les clubs londoniens allaient ainsi dominer les premières années, bien aidés par les nombreux avantages qui leur étaient accordés, jusqu’au début des années 1880 et l’arrivée des puissants clubs nordistes. L’explication de cette soudaine progression des clubs du Yorkshire et du Lancashire est assez simple. En 1874, un “boom” prodigieux absorba en un rien de temps tout l’excédent de main d’oeuvre à des emplois divers, dans les mines, la métallurgie ou la sidérurgie notamment. L’Angleterre s’industrialisait et, désormais délivrés du souci de leur avenir immédiat, de la hantise de leur subsistance pour certains, les ouvriers se tournèrent vers d’autres préoccupations ; la voie était libre pour le football.

Le développement du football au Nord dépassa tout ce qu’on avait vu dans le Sud. Les équipes comprenaient beaucoup d’Ecossais, et pratiquaient le “passing game” pour surpasser le “dribbling game” pratiqué par les clubs sudistes. Le professionnalisme se développa, sans l’accord de la FA. Ainsi en 1884, West Ham, l’un des grands clubs londoniens, attaquait Preston North End pour “usage de joueurs rémunérés”. La fédération donna raison aux Londoniens et exclut Preston de la Cup. Mais sous la pression des clubs du Lancashire, qui menacèrent de créer une fédération indépendante de la FA, le professionnalisme allait finalement être admis.

Cette décision allait provoquer la colère de la ligue d’Ecosse, qui interdit aussitôt à tous les joueurs évoluant au nord de la frontière de percevoir le moindre penny pour exercer leurs talents de footballeur. En 1887, elle alla plus loin encore en interdisant à tous les clubs relevant de son autorité d’être affiliés simultanément à une autre fédération. Ce qui revint à dire qu’elle interdisait purement et simplement aux clubs écossais de participer à la FA Cup. La nouvelle fit beaucoup de bruits, d’autant que lors des deux années précédentes, le fameux Queen’s Park de Glasgow s’était par deux fois hissé en finale de l’épreuve. Le rêve d’une fédération britannique était mort.

Le football anglais était donc devenu professionnel. Mais comment ? Car qui dit joueurs rémunérés dit argent et qui dit argent dit recettes, celles laissées au guichet. Or, si les spectateurs étaient de plus en plus nombreux pour les matchs de Cup, la coupe, elle, ne revenait qu’une fois par an. Le 2 mars 1888, William McGregor, président d’Aston Villa, envoya une lettre à ses homologues de Blackburn, Bolton, Preston et West Bromwich, où il proposa la mise en place d’une compétition régulière. La lettre fut accueillie avec enthousiasme et trois semaines plus tard à Londres, avait lieu une réunion pour déterminer les modalités de la future compétition. L’assemblée se donna le nom de “Football League”.

Preston allait dominer les deux premières années de compétition, mais rapidement, la Football League, devant le nombre croissant de candidats à vouloir y accéder, allait changer de visage. De douze représentants, elle allait passer à quatorze, puis rapidement à seize. En quelques années, une deuxième division vit le jour, puis une troisième et enfin une quatrième, si bien qu’au début du XXème siècle, le Football anglais présentait déjà, trait pour trait, le visage qu’on lui connait aujourd’hui, tandis qu’en France, ni le championnat, ni la coupe et encore moins le professionnalisme n’existaient encore…

Pendant ce temps, la FA Cup connaissait un succès populaire que rien ne semblait pouvoir endiguer. En 1901, plus de 110 000 personnes s’étaient rendus à Crystal Palace pour voir Tottenham, le club sudiste, enfin ramener le trophée dans la capitale. Il faut dire que l’accession des Spurs à la finale méritait bien une telle curiosité. Le club de la banlieue nord de Londres n’appartenait pas à l’élite du football d’outre-Manche, ne faisant pas partie de la Football League. Tottenham disputait la Southern League, calquée sur le modèle des clubs du nord, à ceci près que les équipes qui la disputaient étaient sous statut amateur. Les Londoniens s’imposèrent 3-1 face à Sheffield United, et cette victoire, la première pour un club amateur, eut l’effet d’une gifle donnée à ces orgueilleux provinciaux, qui venaient chaque année se faire couronner dans la capitale, au nez et à la barbe des clubs locaux. Mais l’un des derniers bastions du football amateur n’allait pas tarder à rejoindre à son tour la Football League, suivi par ses voisins de Chelsea et Arsenal.

Devant ce nombre croissant de candidats spectateurs, aucune enceinte ne semblait suffisamment armée pour accueillir la finale de la FA Cup, ce qui allait conduire à la construction d’un monument du football, qui en deviendra même son “Temple”. Au lendemain de la Grande Guerre, l’Empire Britannique vieillissant voulait montrer au monde qu’il était encore la première puissance économique et coloniale du monde. Pour ce faire, le pays érigea un joyau de 130 000 places qui aura nécessité l’intervention de 5 000 ouvriers pendant près d’un an. Wembley fut inauguré le samedi 28 avril 1923 par la quarante-huitième finale de Cup. 126 000 billets furent vendus, mais ce sont plus de 200 000 personnes qui se rendirent au stade, forçant les barrières et envahissant la pelouse. La catastrophe fut évitée de peu et, après trois quart d’heure de retard, la rencontre opposant Bolton à West Ham put avoir lieu. La légende était en route.

Sur le terrain, la finale de Cup opposant Arsenal à Huddersfield en 1930 résuma à elle seule l’histoire du football anglais que le répit entre les deux guerres mondiales accorda aux hommes entre 1918 et 1939. Huddersfield était devenu le premier club à enlever trois titres de champion consécutivement (1924, 1925 et 1926). Neuf ans plus tard, Arsenal allait renouveler cet exploit en s’adjugeant les titres de 1933, 1934 et 1935. A la tête des deux équipes, au moment de leur gloire respective, un homme, le même : Herbert Chapman. Et entre les deux périodes, comme un trait d’union, une finale de Cup entre Huddersfield l’ancien, et Arsenal, le nouveau club de l’Ecossais, que bien sûr les Gunners remportèrent.

Premier grand manager de l’Histoire, Chapman modernisa complètement le jeu en introduisant un nouveau schéma tactique, le W-M, adaptation liée à la modification de la loi du hors-jeu. Il fut aussi l’inventeur des crampons et des protège-tibias, fit inscrire un numéro au dos de chaque joueur afin que le public puisse rapidement les identifier et, jugeant trop commune la couleur rouge unie du maillot des Gunners, décida de le distinguer en faisant blanchir les manches. Mais la principale qualité de l’Ecossais consista à sélectionner des joueurs non en fonction de leur réputation, mais par la faculté qu’il leur supposait de fondre dans le collectif leurs qualités individuelles. Et dans ce domaine, Herbert Chapman, remarquable sondeur d’âmes, était quasi infaillible.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la passion pour le ballon rond s’était répandue sur l’ensemble du vieux continent, et une compétition internationale de clubs vit le jour en 1955, la coupe d’Europe des clubs champions. Après que les clubs anglais aient boycotté l’épreuve inaugurale, la Football Association ne reconnaissant pas l’existence de cette compétition, Manchester United, champion en titre, se mit en tête de la remporter en 1958. Mais l’Angleterre du Football allait faire face à une tragédie (la première d’une longue série) le 6 février 1958. Au retour d’un quart de finale de coupe d’Europe disputé à Belgrade, les joueurs de Manchester United, le staff ainsi que quelques journalistes firent escale à Munich. L’avion, rechargé en carburant, tenta de redécoller. Il n’en fut rien. Celui-ci s’en alla mourir en bout de piste, emportant avec lui 23 personnes.

Dix ans plus tard, si plusieurs clubs anglais avaient conquis entre temps quelques compétitions européennes annexes, Tottenham en 1963 et West Ham en 1965 s’octroyant la C2, la coupe aux grandes oreilles restait globalement une affaire de latins. Les Red Devils rêvaient d’être les premiers à ramener le trophée en Angleterre. A Wembley, Manchester United était opposé à Benfica, déjà deux fois vainqueur de l’épreuve. Mais le club de Lisbonne n’était plus vraiment la sémillante équipe du début des années soixante. Ce jour-là, les deux formations eurent recours à la prolongation durant laquelle le Nord-Irlandais George Best se mit en valeur en donnant l’avantage aux Mancuniens. Un avantage concrétisé une minute plus tard par Brian Kidd, aussitôt imité par Bobby Charlton. Après la Coupe du Monde en 1966 et le succès du Celtic FC dans cette même coupe d’Europe des clubs champions en 1967, Manchester United poursuivit la belle éclaircie du football britannique (si tant est qu’on puisse considéré le Celtic comme tel). Matt Busby, l’entraineur qui avait miraculeusement échappé à la mort dix ans plus tôt à Munich, n’était pas homme à se laisser envahir par l’émotion. Mais ce 29 mai 1968, il pleura. Sans un mot, ils pensèrent à leurs amis disparus. Cette victoire, c’était avant tout la leur.

En 1975, après qu’un nouveau drame ait frappé le football britannique avec la mort de 66 personnes dans une bousculade à Ibrox Park lors d’un “Old Firm” en 1971, Leeds United atteignit à son tour la finale de l’épreuve, en éliminant au passage le Barça de Johan Cruyff. Les supporters anglais, déçus par la défaite des leurs concédée dans une finale – il est vrai – très controversée face au Bayern de Franz Beckenbauer, se firent tristement remarquer ce jour-là, en participant à de nombreuses exactions autour du Parc des Princes. Mais il fallut attendre deux ans de plus pour assister au véritable envol du football britannique, marqué par une série impressionnante de succès anglais dans la principale coupe d’Europe. Une série dont le point de départ fut la rencontre entre Liverpool et l’AS Saint-Etienne en 1977.

A Geoffroy Guichard, le match aller avait vu la victoire des Verts 1-0. Lors du match retour, Anfield était plein à craquer. A l’échauffement, les Stéphanois furent impressionnés par l’ambiance. S’ils pensaient avoir tout vu après avoir roulé leur bosse aux quatre coins de l’Europe, s’ils pensaient que leur chaudron était ce qui se faisait de plus chaud en Europe, ils s’aperçurent qu’ils ne connaissaient pas encore le “Kop”, la tribune légendaire d’Anfield. Situé derrière un but, il ne comportait que des places debout. Il prit ce nom en hommage au “Spion Kop”, une plaine d’Afrique du Sud où, pendant la guerre des Boers, un bataillon de soldats originaires de Liverpool fut massacré.

Après que Dominique Bathenay ait répondu à l’ouverture du score de Kevin Keegan, les Reds devaient inscrire deux buts. A l’heure de jeu, sur un centre de Phil Neal, le Gallois John Toshack détourna le ballon pour Ray Kennedy, lequel ne laissa aucune chance à Curkovic. Dans une arène en ébullition, où les mouvements de foule étaient incessants, tant la concentration de spectateurs était dense, Bob Paisley décida alors d’utiliser son joker, le jeune David Fairclough, surnommé “Super Sub”, pour avoir déjà marqué de nombreux buts après son entrée en jeu. Le super remplaçant fut à la hauteur de sa réputation et, d’une frappe du droit, trompa à nouveau Curkovic. Anfield Road, littéralement embrasé par ce but qui qualifiait Liverpool, se laissa aller et put dès lors entonner le célébrissime “You’ll never walk alone”.

Cette rencontre, que certains considèrent comme le plus grand match européen disputé par les Reds, marqua le début de l’hégémonie des clubs anglais sur la scène internationale. La coupe aux grandes oreilles ne quitta pas la Perfide Albion de 1977 à 1982. Liverpool la remporta trois fois, Nottingham Forest, sous les ordres de Brian Clough, deux fois et Aston Villa une fois. Mais comme dans les histoires les plus tragiques, celui qui touche le sommet est souvent frappé par le destin. Il en alla de même pour le football anglais qui, après un quatrième succès des Reds en 1984, fut rattrapé par le hooliganisme et les drames divers.

Les Reds furent témoins de deux catastrophes en peu de temps, au Heysel en 1985 où leurs fans provoquèrent la mort de 39 personnes, essentiellement des tifosis italiens, supporters de la Juventus, et quatre ans plus tard à Hillsborough, où 96 fans perdirent la vie à la suite d’un mouvement de panique dans une tribune. Mais à l’image du Manchester United des années soixante, le football anglais se releva encore plus fort après ces différentes tragédies.

Au lendemain du drame du Heysel, Liverpool et tous les clubs anglais furent exclus des compétitions internationales pendant cinq ans. Cette décision profita au club roumain du Steaua qui s’adjugea à la surprise générale la coupe aux grandes oreilles l’année suivante. Mais sans cette tragédie, on peut imaginer que l’affiche de la finale de la FA Cup cette même saison entre Everton, champion d’Angleterre et vainqueur de la coupe des coupes en 1985, et son rival voisin de Liverpool, aurait également pu être celle de la coupe des clubs champions. Les deux équipes produisirent un match de très grande qualité, démontrant que banni des compétitions européennes, le football anglais se suffisait à lui-même. Si les clubs anglais furent privés de coupes d’Europe, on n’est pas loin de se demander si, après tout, ce n’était pas davantage les coupes d’Europe qui furent privés des clubs anglais…

La catastrophe d’Hillsborough quant à elle fut celle de trop pour les autorités britanniques qui décidèrent, suite au rapport du Lord Taylor, de prendre des décisions radicales. Tout en conservant le charisme des stades anglais, et notamment cette proximité si particulière des tribunes avec la pelouse, les grillages qui avaient été mis en place pour faire face au hooliganisme furent progressivement supprimés, et les places assises rendues obligatoires. Pour éradiquer la violence à l’intérieur des enceintes, les contrôles furent renforcés, des caméras de surveillance furent mises en place, des dispositifs qui aboutirent à de très nombreuses interdictions de stade. Parallèlement à cela, l’augmentation brutale du prix des billets attira progressivement une clientèle plus aisée. Une fois les enceintes rénovées et débarrassées de leurs plus violents supporters, souvent issus des classes populaires, la fédération anglaise décida la création d’un nouvel organisme indépendant pour gérer et commercialiser l’image de l’élite du football anglais ; la “Premier League” était née.

Sur le plan sportif, les clubs anglais ont d’abord éprouvé beaucoup de difficultés à se remettre de cette longue interdiction d’exercer sur la scène européenne. Si Manchester United en 1991 et Arsenal en 1994 ont remporté chacun leur tour la défunte coupe des coupes, les représentants anglais en Champion’s League (qui avait fait place entre temps à la coupe d’Europe des clubs champions) butèrent régulièrement contre leurs homologues du vieux continent.

Il fallut attendre 1999 et la victoire miraculeuse des Red Devils à Barcelone pour voir à nouveau le football anglais à son apogée. Ce soir-là, le Bayern réalisa une démonstration de force en ouvrant la marque dès la 6ème minute par Mario Basler, puis en maitrisant la rencontre de bout en bout. Mais alors que Lothar Matthaüs s’apprêtait à brandir le trophée, les protégés de Sir Alex Ferguson allaient inscrire deux buts coup sur coup dans les arrêts de jeu, du jamais vu en finale de Ligue des Champions. Par ce retournement de situation rocambolesque, United remporta la seconde coupe aux grandes oreilles de son histoire et réalisa un fantastique triplé Coupe-Championnat-Ligue des Champions que seuls le Celtic, l’Ajax et le PSV avaient réussi avant lui.

Cependant, quelques années plus tard, une finale au scénario toujours plus invraisemblable allait encore davantage marquer les esprits. En 2005 à Istanbul, après avoir éliminé la Juventus dans un quart de finale empreint de beaucoup d’émotions, vingt ans après le drame du Heysel, les Reds de Liverpool furent opposés à un autre club italien, l’AC Milan. Les joueurs anglais furent rapidement menés au score, encaissant un but de Paolo Maldini dès la 52ème seconde, puis un doublé de l’Argentin Hernan Crespo pour finalement rentrer aux vestiaires sur le score de 3-0. Mais les hommes de Rafael Benitez, soutenus par plus de 50 000 supporters anglais, allaient réussir un incroyable come-back en seconde période, inscrivant trois buts en l’espace de sept minutes par l’intermédiaire de Steven Gerrard, Vladimir Smicer et Xabi Alonso avant de s’imposer au terme d’une haletante séance de tirs aux buts.

Depuis, la domination des clubs anglais n’a cessé de s’intensifier en Ligue des Champions, la Perfide Albion plaçant trois de ses représentants dans le dernier carré de la compétition en 2007, 2008 et 2009, avec en point d’orgue la finale de Moscou en 2008 qui vit le troisième sacre européen de Manchester United face aux Londoniens de Chelsea. Enfin, dernière victoire en date pour un club anglais dans la plus prestigieuse des compétitions européennes, celle des Blues de Roman Abramovitch en 2012 qui déjouèrent tous les pronostics qui donnaient vainqueur le Bayern Munich dans son antre. Au total, en dépit des nombreuses tragédies qui ont émaillé le football anglo-saxon, auxquelles on pourrait rajouter celle de Bradford en 1985 qui fit 56 victimes à la suite d’un incendie dans une tribune, ce ne sont pas moins de treize clubs anglais différents qui ont un jour soulevé un trophée européen, en plus des trois clubs écossais à avoir remporté une coupe d’Europe eux aussi, ce qui démontre l’incroyable densité du football britannique. A titre de comparaison, seuls 6 clubs espagnols ont eu ce privilège par exemple.

Mais les performances européennes des clubs anglais n’expliquent pas à elles seules l’engouement extraordinaire pour le football outre-Manche. Ce qui passionne avant tout les foules en Angleterre, ce sont les rivalités de quartiers, ce que les Anglais ont appelé les “derbys”. Ces derniers revêtent souvent un caractère sociologique intéressant à décrypter puisque l’affrontement de deux clubs géographiquement proches fait souvent apparaître un rapport de domination économique ou des divergences culturelles. Une concentration unique pour l’un des grands championnats européens, six des vingt clubs étant situés dans la capitale londonienne (Arsenal, Chelsea, Fulham, Tottenham, West Ham et Crystal Palace), quatre dans le bassin du Lancashire (Everton, Liverpool, Manchester City et Manchester United), et trois autour de la deuxième ville du pays, Birmingham (Aston Villa, Birmingham City et West Bromwich Albion).

Pour conclure, bien qu’ayant évolué dès le plus jeune âge dans le milieu du rugby, un monde dans lequel la guerre de cent ans semble parfois toujours d’actualité, et bien que peu envieux de nos voisins britanniques sur bien des domaines (climat, gastronomie – beurk ! -, mode vestimentaire, etc…), force est de constater qu’en matière de football, les Anglais ont plusieurs longueurs d’avance sur nous, que ce soit dans la manière de le traiter (qualités des stades, des pelouses, des maillots, des retransmissions tv, etc…), sur l’Histoire qu’ils entretiennent avec ce sport, ou encore la ferveur que celui-ci véhicule au quotidien (des dizaines de milliers de fans prêts à suivre leur club aux quatre coins du pays chaque week-end en dépit des prix prohibitifs des billets). Et si l’on ne peut attribuer la paternité du football qu’à l’Angleterre, il faut au moins lui reconnaître le mérite d’avoir fait de ce jeu ce qu’il est aujourd’hui. Espérons simplement que l’arrivée massive d’investisseurs étrangers, attirés par cette énorme manne financière, ne détruise pas complètement l’identité culturelle du football anglais, faite de chants devenus cultes, de duels aériens et de jeu direct, le fameux “kick n’ rush”. Mais pour ça, il est probablement déjà trop tard…

  1. avatar
    18 février 2014 a 11 h 11 min
    Par sebtheouf

    Sacré boulot. Bravo et merci Cullen.

    Ce récit qui suit un fil historique me fait penser un peu à Forest Gump, d’autant plus que les rosbeef sont bon qu’a courir comme Forest.

    • avatar
      18 février 2014 a 13 h 03 min
      Par Cullen

      Salut Seb, content de te lire à nouveau, ça fait un bail qu’on te voyait plus par ici. T’as peut-être fini par trouver un vrai boulot remarque ;-)

      Sinon, j’aurai bien aimé développer un peu plus certains épisodes méconnus du grand public comme celui du Leeds Utd sous Brian Clough mais difficile de tout évoquer en quelques lignes, l’Histoire du football anglais étant tellement riche.

  2. avatar
    18 février 2014 a 18 h 44 min
    Par Pennarbed

    à chaque fois que j’tombe sur un de tes articles, je m’sens obligé de laisser un com’ tellement j’suis bluffé… merci encore et au plaisir d’en lire bien d’autres !!!

  3. avatar
    19 février 2014 a 12 h 55 min
    Par Gaston

    Woha, entre ça et l’article sur le Tournoi, tu nous gâtes ces temps Cullen !

    Et dire que je passe mon temps à troller les articles du PSG pour faire la nique aux quelques Lyonnais du site, alors que j’aurai pu lire ça bien avant…

    Sinon je suis impressionné, Le football est pro depuis la fin du XIXe en Angleterre ? Je suis bluffé !

    Merci pour cette lecture, j’espère que y’en aura d’autres.

    • avatar
      19 février 2014 a 15 h 27 min

      pro… les anglais ont une vision du professionnalisme un peu différente de la notre.

      Si être alcolo et gros c’est être pro dans ce cas je postule au ballon d’or.

  4. avatar
    19 février 2014 a 14 h 29 min

    A y est j’ai tout lu mister CC!

    C’était long, mais c’était bieng. J’ai appris l’origine du mot “Kop”, que je n’imaginais même pas… Comme quoi, ce sont vraiment des nazes les mecs qui ont nommé le “kop” of boulogne à Paris. copier ce nom qui a une signification très spécifique, c’est vraiment tout nul. Je dis ça après coup, mais j’ai immédiatement pensé à ça.

    Après, pas vraiment de commentaires sur ce récit historique. Ce qui me bluffe pour être honnête au niveau du football anglais, c’est la concentration du public autour de ce sport. En france, la diversité de tous le pays, quel soit climatique, régional, etc… a poussé a diversifié ses amours. On pratique de nombreux sports et on en apprécie beaucoup. Ce qui me sidère, c’est cet espère de monothéisme footballistique en angleterre. C’est le sport roi qui écrase tout, qui est omniprésent. A une époque, la boxe déplaçait des foules populaires considérables en angleterre (quelques siècles déjà…), mais ceci s’est nettement calmé. Par contre, le football est en pleine forme et en situation de quasi monopole.

    Je n’envie vraiment pas le fanatisme footballistique anglais. C’est beau, c’est sur, mais cette vision jusqu’au bout-iste de supporter, plus passif qu’actif (regarde plus le football qui ne le pratique…) ne m’attire pas. Mais pour autant, je trouve un je ne sais quoi de marrant dans leur “excentricité” footballistique.

  5. avatar
    19 février 2014 a 17 h 11 min
    Par Cullen

    Salut les gars, j’ai failli attendre :-)

    Bon, merci pour vos commentaires, ça fait toujours plaisir mais je ne sais pas si j’aurai l’occasion d’en écrire un autre tout de suite, obligations familiales et professionnelles oblige… Et puis il faut aussi que je trouve un thème mais promis j’essaierai.

  6. avatar
    19 février 2014 a 18 h 17 min

    Bonjour
    Merci encore pour ce superbe article très documenté !!
    J’émettrais une seule réserve, quand vous dites “depuis la domination des clubs anglais n’a cessé de s’intensifier en ligue des champions”.
    Je pense quand même que malgré la victoire d’un Chelsea porté par un Drogba monstrueux en 2012, la domination anglaise s’effrite depuis 2 ou 3 ans sur la scène européenne!

    Mais vraiment encore bravo pour ce bel article. Je vois qu’en plus d’être un fin connaisseur de rugby vous l’êtes également de football anglais, je serai ravi que vous veniez me donner votre avis sur mon dernier article:
    “Manchester United: Un héritage ambivalent pour David Moyes”

    Sportivement

    • avatar
      20 février 2014 a 12 h 27 min
      Par Cullen

      Salut, et merci du compliment. Je viens de lire ton article et je l’ai trouvé très bien aussi ( j’ai d’ailleurs mis un petit cœur :-)). Mais je ne sais pas si c’est parce que j’ai toujours été plus proche du Celtic et que Fergie était un fan des Gers, mais j’ai souvent eu tendance à relativiser l’impact de l’Ecossais sur les résultats de United.

      Bon, on est d’accord, en voyant les difficultés actuelles de Moyses, c’est évident que Ferguson n’est pas complètement étranger à la période dorée des Red Devils, mais le contexte dans lequel il a exercé ( arrêt Bosman, changement de format des coupes européennes, impact des droits tv, etc… ) était quand même bien plus favorable pour lui qui était surtout un grand manager, s’appuyant sur des joueurs de caractères ( Keane, Cantona ), qu’un vrai tacticien.

      J’accorde bien plus de crédit à des hommes comme Bill Shankly ( Ecossais lui aussi ) ou Bob Paisley pour ce qu’ils ont fait à Liverpool où la concurrence était bien plus féroce à l’époque avec Everton, Leeds, Tottenham entre autres, et où il était surtout bien plus difficile de perdurer au sommet.

      Merci pour la lecture.

    • avatar
      20 février 2014 a 13 h 57 min

      (je me suis autorisé une relecture tant l’article est passionnant)
      A cette occasion j’ai remarqué une faute de frappe:
      lorsque vous écrivez
      “… Champion’s League (qui avait fait place entre temps à la coupe d’Europe des clubs champions)… ”
      J’imagine que vous vouliez plutôt dire :
      “… Champion’s League (qui avait entre temps REMPLACé la coupe d’Europe des clubs champions)”

      Je suis tatillon, mais cela prouve avant tout que je n’ai pu m’empêcher de relire votre article :)

      • avatar
        20 février 2014 a 18 h 10 min
        Par Cullen

        Oh tu sais, en cherchant bien, tu risques d’en trouver d’autres :-)

        Mais effectivement j’avais pas fait attention à celle-ci, merci d’avoir corrigé.

  7. avatar
    15 mars 2014 a 16 h 43 min

    hello ! SUPER article, pour la tragédie de manchester, c’est d’ailleurs Liverpool qui a donné 5 joueur de l’équipe A, et le real qui a gagné cette année qui a voulu donner la coupe a man utd mais refusé (c’est compréhensible) il leurs ont donc dédié et fait des match amicaux avec eux en leur laissant les recettes, man city leur a donné de l’argent pour se relancer aussi !! Manchester united doit beaucoup a ses deux plus grand rivaux :)

  8. avatar
    7 juillet 2017 a 14 h 59 min
    Par Cullen

    Un autre de mes articles traitant de cette discipline : http://yourzone.beinsports.fr/football-premier-league-championship-revolution-culturelle-en-angleterre-101190/

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