Il était une fois… la bataille de Bordeaux
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Il était une fois… la bataille de Bordeaux

L'inauguration du stade Municipal de Bordeaux en 1938 fut le théâtre d'un des matchs le plus mythiques de l'histoire de la Coupe du Monde.

Il existe différentes catégories de rencontres de football. Certaines sont intéressantes, d’autres moins, d’autres encore sont spectaculaires et enfin, de très rares sont mythiques. Parmi ces quelques spécimens, certains le sont par leur côté artistique, la mise en exergue de la beauté du football, comme par exemple le célèbre Angleterre-Hongrie de 1953. Quelques autres sont, elles, retenues pour leur aspect scénaristique, dramatique, comme la finale de la Ligue des Champions 1999 qui verra Ole Gunnar Solskjaer devenir éternel. Enfin, une dernière catégorie est placée sous le signe de l’affrontement. Ici, ce n’est pas le beau jeu, ni les retournements de situation qui sont mis en valeur. Il s’agit uniquement du combat entre 22 guerriers prêts à laisser leur peau dans cette bataille. Et la Bataille de Bordeaux fait partie de cette classe de rencontres.

1938. Au mois de juin se déroule la 3e Coupe du Monde de l’histoire, la première organisée en France. Pour accueillir dignement cet évènement, des enceintes de haut standing étaient nécessaires. Dix villes furent donc choisies pour avoir l’insigne honneur d’héberger une rencontre du Mondial. Et parmi ces villes, il y a Bordeaux, muni de son tout nouveau stade en attente d’inauguration, le Stade Municipal, qui sera par la suite renommé Parc Lescure. Et quoi de mieux pour l’inauguration du stade que l’affrontement entre deux des meilleures nations de l’époque : la Tchécoslovaquie et le Brésil.

Le Brésil intriguait les suiveurs avec notamment sa star Leônidas, dit le Diamant noir. Au premier tour, il s’était difficilement défait de la Pologne, s’imposant 6-5 après prolongations grâce, entre autres, à un triplé de sa star. D’ailleurs, le 3e but de Leônidas fut inscrit pieds nus, sa chaussure droite étant restée coincée dans la boue du Stade de la Meinau. En face des Brésiliens se dressait la Tchécoslovaquie, difficile vainqueur, elle aussi, des Pays-Bas au tour précédent ( 3-0 après prolongations).

Ainsi, le 12 juin 1938 devait être une belle fête du football pour l’inauguration du stade entre deux équipes réputées pour leur beau jeu. Mais il n’en fut rien. Cette rencontre fut le théâtre d’une véritable bataille, avec de nombreuses blessures et des fautes à répétition. Dès la 14e minute, Zezé Procópio commet une grosse faute au milieu de terrain sur la star tchécoslovaque Oldřich Nejedlý et, fait très rare à l’époque, est exclu. Et les fautes s’enchainent sans que l’arbitre hongrois de ce match, M. Pál von Hertzka, ne réussisse à calmer le jeu et à tenir son match.

En première mi-temps, les joueurs brésiliens se mettent à deux pour sécher František Plánička, le gardien star de la Tchécoslovaquie, dans les airs. Du côté du jeu, Leônidas met le Brésil devant au tableau d’affichage avant de lui aussi prendre un vilain coup juste avant la mi-temps. On pouvait penser que la mi-temps allait permettre aux esprits de se calmer mais ce n’est pas le cas.

Dès la reprise, Domingos da Guia est enturbanné après un duel. Et ce qui devait arriver arriva, à la 70e, soit 5 minutes après avoir égalisé sur pénalty, un défenseur auriverde brise la jambe de Nejedlý et ce dernier doit sortir. Seulement quelques minutes plus tard, après un choc avec Perácio, Plánička se fracture le bras. Mais l’immense gardien qu’il est réussit malgré tout à finir le match avec un bras en miettes. Et comme si cela ne suffit pas, Košťálek, Leônidas et Perácio ne peuvent finir les prolongations, tandis que Říha et Machado sont exclus après une échauffourée. Les 2 équipes étant à 9 avec des blessés sur le terrain, aucun but n’est inscrit en prolongations et les deux équipes se quittent sur le score de 1-1.

Le match à rejouer deux jours plus tard vit la victoire du Brésil 2-1 avec seulement 8 joueurs sur les 22 titulaires au premier match présents sur le terrain. Le Brésil, par la suite, a payé le prix fort de ce violent affrontement en reposant Leônidas en demi-finale et, ainsi, subissant la loi italienne.

Cette rencontre, qui devait être une ode au football, ne fut qu’un champ de bataille avec au total trois joueurs expulsés, les deux meilleurs joueurs tchécoslovaques gravement blessés et de nombreux autres blessés.

D’après Bernard Guiraudon, « c’était la première fois qu’il y avait un grand match à Bordeaux ». Et on ne peut que lui donner raison car c’est ainsi que cette rencontre est inscrite à jamais dans le grand livre de l’histoire du football au chapitre des affrontements sanguinaires avec ses héros, ses valeureux guerriers, une bataille dont personne n’est sorti indemne, mais dont tout le monde fut grandi.

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