Football : la fête (re)commence
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Football : la fête (re)commence

Début août, c’est la reprise de nombreux championnats de notre très jeune continent. Certaines équipes ont déjà commencé la saison. Et en connaisse un peu plus sur son dénouement. Tandis que d’autres attendent encore leur première. Bref, le jeu du ballon rond reprend, tu l’attendais, tu t’y es préparé. Et c’est parti.

L’heure a sonné. A cette époque, les arbres sont chargés de fleurs, les journées battent encore les nuits et le soleil est présent. Mais cela est bientôt fini. Un bonheur s’éteint doucement, un autre bien plus pressé nous est offert. La saison commence. Depuis juin dernier, tu as appris à sortir les samedi soir, à connaitre quelques noms en t’intéressant au football de l’hémisphère sud et aux compétitions jeunes en Europe. Mais depuis quelques semaines, calendrier de la saison appris par cœur, date du derby gravé dans l’esprit, une sensation d’une tout autre espèce t’anime. C’est la phase du rêve du supporter de la majorité des clubs européens. Une affiche qui capte l’attention de tout le continent, qui concerne tout le monde. Tous euphoriques à l’approche de cet événement. La saison débute. Elle va être longue, quel que soit son déroulement. Et tu es heureux.

 

La foi et la raison

Puisque si le retour du jeu nous fait sourire, c’est bien car le printemps agit comme une pilule de propranolol, il a tout effacé dans la mémoire. En ce qui concerne la saison passée du moins. La place en championnat de juin dernier, c’est de l’histoire ancienne. La coupe, on ne s’en souvient même plus. Les faiblesses insurmontables de l’équipe démontrées toute la saison passée et les fautes impardonnables des dirigeants ont été oubliées ou cachées. Tous sont tombés dans les abîmes de l’oubli. Le souvenir est toujours présent mais la souffrance n’est plus. « Le temps adoucit tout » écrivait Voltaire. Cette privation de compétition, de jeu durant l’été fait revenir tous les adultes en enfance. Ils attendent alors tous avec impatience, la reprise. Un besoin qui transcende les âges, les civilisations et cela à toutes les échelles du jeu. Du supporter avec son planning de déplacement à réaliser à travers le pays et l’au-delà, au joueur dans son nouveau club à séduire, en passant par l’entraîneur et le dirigeant, jusqu’au président.

 

Le football est grandiose par sa surprise. Alors, en août, lorsque le championnat débute, les portes des stades s’ouvrent à nouveau, les murs des allées tendent l’oreille à toutes les discussions, les gradins se remplissent de maillots presque identiques, l’enthousiasme revient au galop. Et les espoirs fous refont surface. C’est un véritable droit au rêve. Le moment des premiers vœux d’un long pèlerinage. Ainsi, à chaque fois, une belle victoire se transforme en espoirs sans limite et les premières minutes sont une délectation pour laquelle on retrouve très vite l’habitude. En football, on ne sait jamais. D’où ce charme enivrant. À ce moment de la saison, le destin n’est qu’un vide, la sphère footbalistique s’emballe. C’est la nuit qui tombe. Et le début de la fête. Où les femmes séduites seront des victoires, les longs dialogues des démonstrations de séduction, possession non-abouties.

 

L’appel de l’enjeu

Mais comme tout jeu, comme la vie, le football vit de la survie de l’enjeu. Lorsque celui-ci fuit, le jeu n’est plus que règles et lois. Ainsi au printemps, alors que la période hivernale sera doucement passée, les journées écourtées eux, bien plus rapidement, les journées du championnat se seront écoulées et l’espoir, lui sera, pour beaucoup,  perdu. Le football perdu d’avance est bien d’une tristesse inouïe. Alors en automne, lorsque le dénouement deviendra immuable, que tout sera fait, que les clubs, éliminés de toutes les coupes, recalés à l’entrée de boite de nuit, seront dans leur grande majorité invités à errer dans leur championnat respectif jusqu’à la fin de saison. Le supporter, lui, sera condamné à assister avec impuissance à la perpétuelle réduction au néant des lignes des classements des championnats dans lequel repose tous ces espoirs, rêves. Le cœur du supporter bat, mais ne vibre plus. Et certains passionnés se sentiront certainement un peu déprimés, c’est le rhume du football. Une grippe très contagieuse qui s’étend rapidement. Le résultat de tout ça : une minorité d’euphoriques éparpillés dans un amas de désespoir. Pour peu, l’envie, l’excitation du résultat final de la saison se remettra à bourgeonner. Pour la grande majorité, ces sensations n’auront pas pris racine. Un long voyage nocturne après cet hiver rude s’initie donc jusqu’en août prochain. Pour la minorité, il s’agira d’une courte excursion. Où le championnat nous emmène à la fin du mois de mai qui décernera tous les vainqueurs. Les saisons sont longues pour tout le monde oui, mais pas pour les mêmes raisons. Car pour la majorité, le printemps est le début de la fin. L’enjeu comme la pierre philosophale du jeu, capable de transformer la joie en frustrations. L’imprévisibilité est le charme du football. Mais lorsque ce charme meurt, quand le calcul de nombre de point atteint une limite, on se rend compte que la nuit a gagné et que la fête est déjà finie.

 

 

Le justicier

Dans ce monde où les clubs via la recherche des victoires continuelles, la conquête constante, veulent dominer pour rester dans les mémoires. Et comme de grands conquérants, ils se lancent dans une quête de suprématie et de reconnaissance par les trophées. Ceux-ci seront toujours conservés dans les vitrines, mais dans nos esprits, ils finiront par prendre la poussière. À moins que la manière d’y parvenir -ou pas- soit si belle, au point de l’admirer jusqu’à ce qu’elle se grave dans la mémoire de nos esprits. C’est la morale du justicier Marcelo Bielsa. Et surtout l’histoire d’un homme qui donne sa vie pour produire chez des supporters des émotions. « Envers le public, nous avons des devoirs, jamais des droits. Je me demande seulement ce que nous devons offrir, et pas l’inverse » aime-t-il rappeler. Il ne fait pas du football pour satisfaire sa passion mais pour assouvir celle du misérable mendiant dont nous sommes tous, selon le principe intangible d’être moral. Marcelo ne cherche pas à faire du football pour gagner des titres, mais pour pratiquer un jeu moral source d’émotions et de bonheur auprès de celui-ci qui le regarde. Pour cause, il s’est imposé le devoir de donner du plaisir à autrui par l’intermédiaire du football. Il offre sa science du jeu à certains supporters au destin injuste d’équipes à l’ombre. Chez de nombreux entraîneurs, là où la possession de balle ou marquer des buts ne sont que des moyens amenant à la victoire liés à une réflexion raisonnée. Chez Bielsa, ce sont des choix moraux ; on pratique un football offensif pour l’émotion qu’il transmet.  Alors, lorsque la saison est finie pour de nombreux clubs, dont les supporters oublient le calendrier appris auparavant par cœur, se permettant même de sortir les soirs de matchs. Chez les fans de Bielsa ou les adorateurs de football, le cœur bat mais surtout vibre toujours, en hiver et même à la fin du printemps.

 

 

L’anaphore silencieuse

Mais alors que le voyage nocturne s’initie, il laisse une grande place à l’ennui, si précieux pour enrichir son imaginaire. Durant ce voyage et la privation de jeu, le manque s’accentue, et s’intensifie la nécessité de revoir ce jeu pour se soulager. Pis, la saison ensoleillée et chaleureuse encourage le retour au plus vite de cet univers de partage et de bonheur. Tout au long de la période estivale, l’estomac quotidiennement, se contracte un peu plus à l’approche de la rentrée. Comme à n’importe quel jeu. Cette période, celle où les participants se mettent à rêver, imaginer. Ou rien n’est fait et justement tout reste à faire. Aussi bien pour les gros requins, que pour les petits poissons, l’odeur du coup de feu de départ à la même odeur pour tout le monde. Et on ne sait jamais, en particulier à cette période. Alors lorsque l’on ne sait rien, que le calcul de nombre de points n’atteint pas de limite, le charme du football nous dépasse. C’est quelque peu irrationnel, mais inévitable. Pour le supporter, comme un homme en quête d’ivresse : c’est se plonger dans un univers trouble, rempli de rêves et de réminiscences. Pour le club, comme une personne en attente absolu de la prochaine fête : c’est d’inédites rencontres et des verres qui se remplissent à nouveau. Pour tout le monde, comme uneénième partie de jeu entre amis qui s’éternise : les cartes sont redistribuées et les dés peuvent être relancés. La partie reprend. Les matchs se doivent alors d’être à nouveau jouer pour combler les cases vides du classement depuis peu effacé. Et chaque saison, chaque été, c’est le même scénario. Un éternel recommencement, la saison de football ressemble sévèrement aux fleurs de la vie. Une roue libre qui ne peut s’empêcher de revenir au même endroit. Mais qui peut s’accélérer, comme à la fin de l’été. Où le jeu se plonge alors dans une inexorable anaphore et son lot de petites surprises que l’on ne peut dominer. Et parce que la passion l’emporte sur la raison, continuellement nous acceptons de suivre cet implacable recommencement.

 

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