La genèse des clubs
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La genèse des clubs

Bien que le football fasse partie intégrante de la culture populaire aujourd’hui, peu de supporters connaissent pourtant l’origine du nom de chaque club. Pourquoi ont-ils pris l’appellation Racing Club ou Association Sportive ? Ces préfixes, auxquels on prête souvent peu d’attention, sont pourtant très rarement donnés au hasard, et reflètent la plupart du temps une histoire politique, culturelle, sociale, ou religieuse.

Influence anglo-saxonne vs noms traditionnels

C’est en Angleterre, du temps de la reine Victoria, que les premiers clubs de football ont vu le jour. Au départ, l’usage voulait qu’ils adoptent le nom de la ville où ils étaient implantés, auquel on ajoutait simplement un préfixe rappelant la notion de compétition sportive : Football Club (FC), Athlétic Club (AC) ou encore Sporting Club (SC). Les Anglais ayant exporté ce jeu un peu partout dans le monde, et la langue de Shakespeare étant alors très chic, les clubs nés à la fin du XIXème siècle ont souvent adopté le même principe. A noter que le préfixe “Racing” ( très british ) a été repris par de nombreux clubs étrangers mais curieusement aucun en Angleterre où il désignait davantage des courses (qu’elles soient à pied, cyclistes ou autres).

Certains clubs ont poussé le vice plus loin encore, en adoptant un nom à consonance anglophone. Au nord de Paris, Jules Rimet et son frère ont ainsi dénommé leur club le Red Star. A Anvers, le club a conservé le nom anglais de la ville, Antwerp. En Suisse, la ville de Berne a baptisé son club les Young Boys et celle de Zürich les Grasshoppers. Enfin, en Amérique du Sud, on a nommé certains clubs Corinthians (Sao Paulo) ou encore River Plate (Buenos Aires).

Dans une catégorie opposée, celle aux noms “patriotiques”, le préfixe FC ou RC a été remplacé par Association Sportive (France) ou Sport Verein (Allemagne). On retrouve également dans cette catégorie des clubs comme l’Espanyol Barcelone, créé par des nationalistes qui en avaient réservé l’accès aux joueurs locaux, en réaction au FC Barcelone, fondé par un Suisse du canton de Bâle (d’où les couleurs bleu et grenat du club), dont l’effectif était très international.

Outre-Rhin, il y a toute une série de clubs appelés Borussia (qui rappellent les origines prussiennes de certains clubs allemands) comme Dortmund ou Moënchengladbach. A Paris, après la fondation du Racing Club de France par des étudiants britanniques de l’université de Cambridge (d’où les bandes bleu ciel), le Stade Français (au nom volontairement plus “gaulois”) vit le jour et adopta les couleurs de la capitale. Ce terme francisé sera repris par d’autres clubs de football et de rugby de l’hexagone : le Stade Rennais ou le Stade Toulousain notamment.

Noms de quartiers, de régions et références culturelles

Dans certaines grandes métropoles, les clubs ont préféré emprunté le nom de leur quartier. Le cas le plus typique est celui de Londres, qui compte une multitude de clubs, dont une quinzaine de professionnels. Chose qui peut paraitre étonnante vu de chez nous, aucun ne mentionne le nom de la capitale britannique. Ils ont préféré s’appeler Chelsea, Fulham, Tottenham, West Ham ou encore Millwall. D’autres quartiers sont également devenus célèbres grâce à leur équipe de football : Anderlecht (Bruxelles), Feyenoord (Rotterdam), Everton (Liverpool), Aston Villa (Birmingham), Benfica (Portugal), Schalke (Gelsenkirchen), Boavista (Porto), Rosenborg (Trondheim), Servette (Genève), Boca Juniors (Buenos Aires), Penarol (Montevideo) etc…

D’autres clubs ont choisi d’adopter le nom de leur région : la Lazio (Italie), le Bayern (Bavière en Allemand), Twente (Pays-Bas), le Betis (dérivé du nom romain “Baetica” pour définir l’Andalousie) voire les Girondins de Bordeaux.

Dans les années 90’, en France, le nom de la région ou du département s’est fréquemment ajouté au nom du club, pour des raisons purement économiques, les conseils généraux acceptant de subventionner leurs clubs phares en échange d’un droit de cité. Les noms de Montpellier-Hérault, FC Nantes-Atlantique, CS Sedan-Ardennes ou ES Troyes-Champagne sont des exemples de cette spécificité française.

Plus qu’une région, le Celtic FC et le Celta Vigo affichent par leur nom leur identité celte. Le club écossais fut ainsi crée en 1888 par des immigrés irlandais venus s’implanter à Glasgow. Le Celta Vigo rappelle quant à lui que la Galice est fortement marquée par cette culture.

Politique, travail et corporations

Le football, dont la popularité a explosé au début du XXème siècle, ne tarda pas à être récupéré à des fins politiques. En Italie, le régime fasciste de Mussolini effectua une nationalisation des noms des clubs. Le terme football devint Calcio (que l’on assimile souvent à tort à la Série A), et le Milan Cricket & Football Club se transforma en Milan Associazione Calcio. En Espagne, sous la dictature de Franco, l’Athlétic Club de Madrid, alors emblème de l’armée de l’air, devint l’Atlético de Madrid. Au Brésil, au plus fort de la seconde guerre mondiale, le gouvernement décida de changer les couleurs du Palestra (fondé par la communauté italienne) et de le renommer Palmeiras, l’Italie étant alors sous régime fasciste.

D’autres clubs font référence à l’endroit où ils ont vu le jour, principalement dans les lieux de travail. Ainsi, Arsenal a été fondé en 1886 à Londres par les employés de la Woolwish Arsenal, l’usine d’armement du gouvernement britannique.

Enfin, dans les pays de l’ancien bloc soviétique, les clubs étaient souvent l’émanation d’une institution étatique, d’où la fréquence de noms tels que CSKA ou Steaua, représentant l’armée, ou Lokomotiv pour les compagnies de chemin de fer. Les termes de Dynamo et de Spartak étaient également très utilisés par d’autres corporations (police et syndicats).

Foot Business

Lorsqu’en 1987, la firme Matra, qui avait investi le Racing Club de Paris, décida de rebaptiser Matra-Racing le club parisien, on hurla au sacrilège et déplora l’intrusion de la publicité jusque dans la terminologie des clubs. C’était vite oublier que depuis de nombreuses années, certains clubs portaient déjà le nom des firmes par lesquelles ils étaient financés, voire même crées : le Phillips Sport Vereniging (PSV), à Eindhoven, existait depuis 1913 et le Bayer Leverkusen depuis 1904.

En 1920, lorsqu’il créa son propre club à Saint-Etienne, Geoffroy Guichard, patron des magasins Casino, voulut appeler son club l’AS Casino, ce à quoi la fédération française s’opposa fermement. Pour l’anecdote, qui dit casino, dit tapis vert, d’où la couleur adoptée par l’AS Saint-Etienne.

Le nom d’une firme-sponsor est désormais très courant dans le football, notamment dans les pays asiatiques.

Mythologie et personnages historiques

La mythologie grecque est une source inépuisable de noms originaux (et libres de droit…). L’Ajax ( du nom d’un célèbre guerrier de la guerre de Troie ) et l’Atalanta (athlète élevée par une ourse après avoir perdu ses parents) ont puisé leur nom dans cette mythologie. Deux clubs ont pris la dénomination Sparta (Prague et Rotterdam), en référence aux spartiates, guerriers de la Grèce antique, réputés pour être capables de mourir sur un champ de bataille.

A Rio de Janeiro, un club s’appelle purement et simplement Vasco de Gama, en référence au célèbre navigateur portugais (1469-1524) qui ouvrit le premier la route de l’Inde en contournant l’Afrique. Dans la ville néerlandaise de Tilburg, le club a été baptisé Willem II (Guillaume II) en hommage au prince d’Orange qui devint roi des Pays-Bas et grand duc du Luxembourg de 1840 à 1849, et qui avait établi ses quartiers généraux dans la ville. En Bulgarie, le Levski (Sofia) a pris son nom de l’idéologue nationaliste Vasil Levski.

Et aussi…

A Buenos Aires, un magasin anglais refusait de faire jouer ses employés argentins dans l’équipe de l’entreprise, réservée aux seuls sujets britanniques. Les exclus décidèrent alors de fonder leur propre équipe. Ils la nommèrent Independiente. Est-il besoin de traduire ?

L’Inter, contraction de Internazionale, indique que le club accueille des joueurs de toutes nationalités. En ces temps d’arrêt Bosman, un tel nom peut paraitre incongru, mais en 1908, le club fut crée par les démissionnaires du Milan CFC (futur Milan AC), lequel avait décidé de ne recruter que des joueurs italiens. Le terme a été repris par de nombreux clubs, notamment à Bratislava.

Juventus veut dire Jeunesse en latin. Il est à noter que dans ses statuts, le club turinois s’appelle “Juventus FC” et non pas “Juventus Turin” comme on le désigne fréquemment. C’est la raison pour laquelle, périodiquement, les dirigeants de la “Juve”, aiment faire savoir que rien ne les lie à la ville de Turin, et qu’ils peuvent très bien jouer dans une autre ville quand bon leur semble.

Le Hertha Berlin porte de son côté le nom d’un bateau. Fritz Lindner, le créateur du club, avait en effet été séduit par son escapade à bord du “Hertha”, un bateau à vapeur dont la cheminée était peinte en bleu et blanc, les couleurs du club.

Xamax est le nom du club de Neuchâtel (Suisse), sans doute l’un des plus curieux. Il aurait pour origine l’un des joueurs qui créa le club, l’international Max Abegglen, que ses amis surnommaient Xam ou… Xamax.

Heart of Midlothian est un des rares clubs dont le nom provient d’un roman. En fait, le club a été crée près d’une prison qui elle-même portait le nom du roman de Sir Walter Scott.

Crystal Palace a adopté ce superbe nom en hommage au palais de verre de Hyde Park qui fut la grande attraction de l’Exposition Universelle de Londres en 1851. Cet édifice fut malheureusement détruit par un incendie en 1936.

Les fondateurs de Sheffield Wednesday avaient quant à eux l’habitude de se retrouver pour jouer au football le mercredi. Tout simplement. Ceux de Port Vale se réunissaient à Stoke-on-Trent dans un pub nommé Port Vale House.

Le Panathinaïkos est un club qui se veut fédérateur. Etymologiquement, son nom signifie “Tous les Athéniens”.

Galatasaray de son côté tient son nom d’une école d’Istanbul.

A Rosario, Newell’s Old Boys a été crée par des étudiants qui ont baptisé le club en hommage à leur professeur d’anglais, Isaac Newell.

D’autres mots ont fréquemment été utilisés dans l’appellation des clubs. En France, le terme Olympique (Lille, Marseille ou Lyon) a souvent été adopté en hommage au Baron Pierre de Coubertin, instigateur des Jeux Olympiques de l’ère moderne. Le préfixe Real (Madrid, Saragosse ou Sociedad notamment) est une distinction utilisée en Espagne pour les clubs qui ont été anoblis par la monarchie en place. Le même procédé existe en Belgique avec le terme Royal (Anderlecht, Antwerp).

Il existe de très nombreuses autres dénominations (Rapid, Partizan, Cercle, Viking, Sampdoria, Werder, Hajduk, Chievo, Standard, United, City, Slovan, Zenit, Union, Vitesse, Armenia, Rangers, Rajah, Slavia, Austria, Deportivo, Energie, Hellas, National, Eintracht, Fortuna, Maritimo, etc…) qui rappellent – dans une société où le football est devenu un vulgaire produit de consommation – et alors que la tendance actuelle est à la starisation à outrance – qu’un club de football n’est pas constitué seulement de onze joueurs, ses remplaçants et son encadrement mais possède bien souvent une identité à part entière, représentant un ensemble de valeurs et derrière lesquelles une partie de la population se rassemble.

  1. avatar
    7 mai 2014 a 17 h 17 min

    Merci! Excellent article!

  2. avatar
    8 mai 2014 a 0 h 30 min

    Bravo !

  3. avatar
    8 mai 2014 a 9 h 18 min

    J’ai appris plein de choses. J’espère en retenir quelques unes pour me la péter ;-)

  4. avatar
    25 juin 2014 a 14 h 30 min
    Par SebGir

    Vraiment un excellent article, j’ai appris beaucoup de choses ! Merci !

  5. avatar
    16 mars 2017 a 9 h 16 min
    Par Cullen

    Merci à tous… avec un peu de retard :-)

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