Le plan de jeu de Bilbao : Etat des lieux
Photo Panoramic

Le plan de jeu de Bilbao : Etat des lieux

Dans un groupe à sa portée en Ligue des Champions, l'Athletic Bilbao a tous les atouts pour se qualifier pour la phase à élimination directe. Voici décrite en quelques lignes la façon dont son jeu s'articule.

Sans aucun doute (oui quand je n’ai pas d’idée d’introduction, je reprends les titres d’émissions de Julien Courbet au cours desquelles des gens se font agresser au téléphone, pendant que la caméra s’attarde sur une dame qui pleure au premier rang), l’Athletic Bilbao est l’une des attractions européennes de ce début de saison. Et je ne dis pas ça uniquement parce que je suis en charge de ça sur Horsjeu, qu’allez-vous imaginer ? Il y a aussi eu la victoire sans appel contre Naples en barrages de la Ligue des Champions (1-1 ; 3-1). Les puristes, surtout les cinglés de l’arbitrage vidéo, retiendront pour leur part le but du gardien Iraizoz, injustement refusé dans les arrêts de jeu du match contre Malaga. Enfin, il y a eu ce match dominé de la tête et des épaules contre Levante, pour une victoire 3 buts à zéro qui a motivé en grande partie la rédaction de ces lignes.

L’idée est donc d’essayer de vous expliquer comment fonctionne cette équipe, ce qui fait sa spécificité et son efficacité. Petit aparté pour rappeler que les supporters Bilbainos sont les plus heureux au monde : grâce (ou à cause de, c’est selon) à la politique de la Cantera, l’immense majorité des joueurs sur le pré sont Basques, le club ne dépense quasiment rien sur le marché des transferts et pratique malgré tout un très beau football, découlant des deux saisons effectuées sur le banc par un certain Loco.

Le Onze de départ 

Cette saison, l’équipe-type est peu ou prou la suivante :

Les rares changements opérés dans ce onze de départ depuis le début de la saison concernent le poste de latéral droit, confié à Iraola contre Malaga pour faire souffler De Marcos, celui de défenseur central droit, où Mikel San Jose a effectué une pige intéressante contre Levante et les ailes, qui voient Ibai Gomez, Muniain et Susaeta se partager deux places. Du côté de la tactique, ce schéma volontairement forcé vous permet de voir qu’on a affaire à un 4-1-4-1, avec Iturraspe dans un rôle de sentinelle, Mikel Rico un peu plus haut qui tente de faire oublier Ander Herrera (après deux premiers matches médiocres, il a su s’imposer) et Beñat qui évolue presque dans un rôle de numéro 10.

La Construction

Pour faire simple, depuis quelques années, l’Athletic a abandonné un jeu très « anglo-saxon » (coucou Juan Andoni Goikoetxea) pour un jeu collectif léché, basé sur la possession de balle et la circulation rapide, essentiellement au sol.

Lors des phases de relance, los Leones adoptent le même type de relance que le Bayern et le BVB Dortmund lors de la saison 2012-2013 (voir  )

Sur cette capture contre Levante, Iturraspe est redescendu à hauteur de ses deux centraux, Aymeric Laporte et Mikel San Jose (le schéma est le même quand Carlos Gurpegi est sur la pelouse), lesquels se sont excentrés pour offrir des solutions latérales, pendant que Mikel Rico (le chauve) reste disponible et que les latéraux, Balenziaga et De Marcos (absent de l’image) prennent la profondeur dans leurs couloirs. Lors de ces phases, Aritz Aduriz vient peser sur les défenseurs, profitant de son jeu de tête exceptionnel. Beñat navigue entre lui et Mikel Rico, toujours prêt à offrir une solution. Lorsque les Bilbotarras relancent dans l’axe, Beñat est systématiquement sollicité pour servir de rampe de lancement à De Marcos ou ses ailiers Muniain et Ibai Gomez ou Susaeta. D’ailleurs, ces derniers se comportent rarement comme des ailiers de débordement ou « bouffeurs de craie » mais permutent beaucoup et se positionnent pour offrir des solutions au porteur de balle.

La relance de l’Athletic repose sur trois maillons essentiels : Aymeric Laporte, Ander Iturraspe et Beñat. Chacun de ces trois hommes, par la qualité de son jeu de passes (qu’elles soient courtes ou longues) est une garantie et effectuent l’essentiel du travail de relance. Sur l’action capturée, Iturraspe distille une merveille de passe longue pour lancer Ibai Gomez côté gauche, dont le centre de l’extérieur du droit (si si) trouvera la tête d’Aduriz.

Du fait des qualités offensives de De Marcos et de son activité, qui ferait passer Henri Bedimo pour un fainéant, le jeu basque penche quelque peu côté droit en phase de construction (45% des actions contre Napoli sont passées de ce côté). Pour équilibrer, Iturraspe couvre, Balenziaga monte peu et l’ailier droit (Muniain ou Susaeta) en profite pour se recentrer, pour le plus grand malheur des défenses, obligées d’être extrêmement vigilantes. Ce n’est pas un hasard si l’Athletic a ouvert le score à Naples sur un débordement de De Marcos et un centre en retrait de ce dernier au point de pénalty pour Muniain.

Le pressing

C’est peut-être l’héritage le plus marquant d’un certain « Loco », Marcelo Bielsa de son petit nom. Tout le monde participe au pressing Bilbaino. Constant, hargneux et étouffant sont les qualificatifs les plus pertinents pour décrire cet étau.

Comme on peut le voir sur cette capture, le pressing se déclenche dès la perte de balle, pour empêcher toute velléité de contre adverse. Si Aduriz, Mikel Rico et Ibai Gomez ont été aspirés par l’action, Muniain accompagne le repli de son vis-à-vis et s’apprête à couper un circuit de passe, Beñat ferme l’axe tandis que Balenziaga suit le mouvement de l’ailier de Levante. Enfin, Iturraspe se place quasiment à hauteur de Beñat pour interdire toute percée axiale. Sept joueurs dans le camp adverse, cela oblige l’adversaire à réaliser une action de grande classe pour ressortir proprement. Ou à balancer devant, au petit bonheur la chance.

On a ici un autre exemple lors du match contre le Napoli, après une touche pour les visiteurs. Beñat vient agresser le porteur de balle, Aduriz rôde en cas de passe en retrait. Le couloir est fermé par Muniain et Mikel Rico, tandis que Susaeta est venu depuis son aile droite pour apporter le surnombre. Devant l’absence de solution, le joueur napolitain tentera une ouverture désespérée pour Callejon, sans succès.

Question organisation, le pressing de Bilbao repose sur l’activité intense du duo Beñat/Mikel Rico dans l’axe, qui harcèlent continuellement la relance adverse, tout en étant coordonnés dans leurs efforts. Lorsque l’adversaire tente une relance au sol, Aduriz sort régulièrement sur les centraux, pendant que ses ailiers en profitent pour remonter et agresser les latéraux, Beñat et Rico bloquant l’axe. Le risque majeur de cette tactique est de rendre l’équipe vulnérable en cas d’erreur de l’un des axiaux (c’est d’ailleurs arrivé à Mikel Rico lors des deux premiers matches de la saison) mais derrière, que ce soit en termes d’intelligence tactique ou de volume de jeu, un Iturraspe vaut bien trois joueurs. Surtout qu’après, il y a aussi Aymeric Laporte pour faire le ménage, comme il l’a si bien fait contre Levante. En dernier recours, il y a Iraizoz, dont les sorties « Neueresques » font le bonheur des supporters basques.

L’action d’école

Plutôt qu’un long et barbant discours sur comment ça attaque à Bilbao, je préférais vous montrer l’action qui symbolise le mieux l’Athletic, le 3ème but contre Levante. Pas le but en lui-même hein, sa construction .

En contre-attaque, Iturraspe a lancé De Marcos dans son couloir. Le latéral s’engouffre dans ce qui est, il faut bien le dire, un boulevard. Muniain, Beñat et Aduriz prennent chacun un appel dans une direction différente, ce qui offre trois possibilités au porteur de balle.

D’un petit extérieur tout sauf immonde, De Marcos lance Aduriz, dont l’appel va faire voler en éclats la défense et lui offrir une position de frappe. Beñat et Muniain poursuivent leur effort, pendant qu’Ibai Gomez se dirige déjà vers le deuxième poteau. La frappe d’Aduriz sera repoussée mais Muniain, plus prompt que toute l’arrière-garde adverse, finira le travail. Quand on voit le nombre de possibilités offertes au porteur de balle sur un contre, ça laisse rêveur tous ceux qui ont essayé en vain de mettre ça en place sur Football Manager. Et on comprend mieux la détresse de Marcelo Bielsa devant l’encadrement phocéen

Conclusion

Le jeu des Basques est évidemment perfectible. Muniain se prend trop souvent pour le sauveur, l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous, Mikel Rico a tendance à dribbler à 30m de ses buts, dans l’axe et Gurpegi n’est pas au niveau en ce début de saison. Mais ce sont des failles individuelles dans un collectif huilé et parfaitement soudé. Dans un groupe H (comme Hispter ?) à leur portée, los Leones ont, sauf blessures, toutes les armes en main pour en sortir qualifiés.

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