Villarreal, la vuelta
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Villarreal, la vuelta

Splendide une décennie durant au début du siècle, Villarreal a connu par la suite une période incertaine mais courte caractérisée par une relégation en seconde division. Toutefois, depuis quelques saisons le club est de retour au sommet, et peut désormais voir en grand. Très grand.

En août dernier, Marcelino quittait Villarreal prématurément, délaissant le sous-marin où il a obtenu un grand succès. Remplacé, le lendemain de sa démission à la barre du navire par Fran Escriba qui restait sur un échec à Getafe, laissant ainsi imaginer que le club serait condamné à une saison anonyme. Pourtant, dix mois après, Villarreal a achevé la saison à une solide cinquième place de la Liga, à 9 points du podium et se trouve donc qualifié directement pour l’Europa League la saison prochaine. Analyse des trois facteurs décisifs dans le retour constant au sommet du club valencian.

 

La philosophie de Marcelino

En 2012, le sous-marin jaune sombre en Liga Adelante, et la machine a urgemment besoin d’un nouveau capitaine de navire. Marcelino sent bien le défi, aux sources de la seconde division, il prend le temps de connaître son club et ses soldats, reconstruit son équipe en partant d’une épave et construit son navire submersible. Sous ses ordres, Villarreal est remonté en Liga et est redevenu un des meilleurs clubs du championnat. Trois saisons dans l’élite en finissant aux termes de celles-ci de façon impressionnante : sixième, sixième et quatrième respectivement. Et malgré un relatif anonymat, Villarreal, ville du bord de mer méditerranéen, connaît certaines des plus belles années de son histoire. La relégation en seconde division a donc permis une reconstruction profonde de l’équipe et le retour au sommet en Liga, sous l’égide et les idées d’un homme, Marcelino Toral, qui a réussi à rallumer la flamme du club.

Pourtant, Marcelino prône un football très pragmatique. Bien loin de la philosophie très offensive prônée par Manuel Pellegrini qui a connu un succès sans précédent avec le club (2nd de Liga et demi-finales de Ligue des Champions). Bien loin également de l’archétype de l’équipe espagnole aimant redoubler les passes courtes au milieu de terrain, l’équipe de Marcelino est en réalité redoutable de pragmatisme. Organisés en 4-4-2, dispositif très cher à l’entraîneur, elle passe plus de temps sans le ballon, puisque le plan de jeu de l’entraîneur espagnol veut qu’ils soient très performants lorsque l’adversaire possède le cuir, en défense placée. A contrario de l’Atléti de Simeone (contre-pressing), l’équipe de Marcelino, plus proche du Borussia Mönchengladbach de Lucien Favre, procède à un repli défensif à la perte du ballon et à un positionnement bas du bloc défensif bas avec très peu d’espace. Elle accepte donc de délaisser la possession à l’adversaire et de concéder des occasions. Mais le travail défensif de l’équipe est tel, qu’elle se trouve peu souvent mise en danger et contradictoirement elle met la pression sur l’équipe adverse. Marcelino, incarne avant tout une méthode intransigeante, disciplinée, perfectionniste et rigoureuse. Celle d’un investissement sans faille demandé à ses joueurs placés au service total du collectif. Rigueur est le mot qui incarne le mieux Villarreal avec Marcelino. Une structure rigide, une animation défensive structurée, comme sur transition offensive. Discipline donc. Beaucoup de concentration et d’énergie sont demandés aux joueurs dans le but de s’organiser méthodiquement pour empêcher l’adversaire de prendre la moindre vitesse, le moindre espace. Et de justement créer de l’espace dans l’animation adverse, et profiter de ces possibilités de contres. Une force collective forte, à tel point que l’on aime voir Villarreal défendre, parce qu’ils le font ensemble en équipe. Discipline et intelligence, toujours. Une équipe qui joue bien sans le ballon, avec intelligence tactique, expérience et le collectif poussé à l’extrême. Un maillot aux couleurs exotiques qui sent fort le soleil et la mer, quelques joueurs frissons et un style de jeu très souvent loué par le passé : Villarreal possède l’image d’une équipe joueuse, héritée d’une époque passée. Toutefois sous la directive de Marcelino, les joueurs détiennent très peu le ballon, se reposent sur une très bonne structure, très dure à manœuvrer, qui pose des problèmes : une stratégie défensive qui est la clé du succès de Villarreal.

Cette philosophie pragmatique a été décisive pour remettre Villarreal sur de bons rails et surtout lui permettre de remonter dans l’élite espagnole dès l’année suivant la relégation ainsi que d’y retrouver sa place dans le top 6 constamment trois saisons durant. Les hommes de Marcelino se sont aussi hissés en demi-finales devenues épiques de Ligue Europa contre le Liverpool de Klopp. Petit à petit, lentement, mais surtout dans l’indifférence la plus totale du grand public qui ne s’intéressait qu’au duel fratricide Barcelone/Real Madrid et à l’explosion de l’Atléti de Simeone, le sous-marin jaune à quitter les eaux troubles, pour remonter à la surface et se rapprocher des grands paquebots espagnols.

 

L’évolution sous Fran Escriba

Mais à l’aube de la saison 2016/2017 qui dans la continuité des précédentes, s’annonçait passionnante, Villarreal a renvoyé Marcelino. Encore une fois, tout le progrès qu’ils avaient fait ces dernières années semblait être en danger. Peur sur la ville. « Faites-nous confiance » déclara alors le président du club, Fernando Roig. Pourtant, lorsque Fran Escriba est nommé, la peur est toujours présente. Être dans la continuité de l’histoire récente du club et du succès de son ancien manager, les attentes étaient élevées pour l’ancien d’Elche et de Getafe. Cependant, dans cette transition de coach, il s’agit bien d’une nouvelle leçon dans la façon de gérer ce qui se compare à un début de crise de la part de Villarreal.

De fait, le club a confortablement maintenu sa position dans le top de la Liga cette saison : cinquième à neuf points du podium et cinq points de Séville qualifié au tour préliminaire de Ligue des Champions. Ancien assistant de Quique Sánchez Flores pendant plusieurs années, Escriba a su entretenir le sous-marin jaune à la surface du bord de la méditerranée, grâce à un management réussi. Et l’aide du destin. Sur le terrain, il n’y a pas eu de révolution, mais il y a eu une évolution. En 3 temps. Tout d’abord, puisqu’il n’a pas délaissé l’excellent travail de Marcelino, non, il s’est appuyé sur ce fort héritage. Former un bloc compact lorsque l’adversaire détient le cuir, puis se muer en redoutables stratèges offensifs à la récupération est toujours la tactique. Et à ce 4-4-2, sa structure défensive, sa patience, son art de coulisser, l’intelligence de déplacement des milieux axiaux et la concentration de l’ensemble des joueurs, Fran Escriba à apporter la capacité de construire le jeu sur attaque placée. Une qualité et surtout un plan de jeu qui n’était pas de rigueur avec Marcelino, lui qui prônait plus les contres attaques rapides (idée qui n’est pas abandonnée par Escriba). Mais avec ce dernier, l’équipe a beaucoup plus d’aisance à se créer des occasions à partir d’attaques placées. On peut par ailleurs constater que l’équipe de Marcelino était celle qui réalisait le moins de passes clés en Liga l’an passé, alors que cette saison elle était la douzième de Liga. Preuve que la qualité de son jeu offensif s’est embellie. Et que la force du sous-marin ne se trouve plus que dans ses performances défensives comme ce fut principalement le cas sous Marcelino. Mais aussi et par-dessus-tout, d’avoir reconduit la même tactique de jeu en ajoutant quelques modifications, le potentiel de l’effectif n’a alors connu qu’une amélioration cette saison : plus de possession (51% pour 47% l’an passé), efficacité offensive (56 buts marqués pour 44) et défensive (33 buts concédés pour 35) améliorée. Ou encore avec l’arrivée de joueurs qui s’inscrivent parfaitement dans l’approche de jeu (Sansone, R. Soriano). Enfin et d’autant plus grâce à l’apport psychologique de l’arrivée d’Escriba, qui a décontracté un effectif et des joueurs sous « beaucoup de tension », de « stress » et « désespérés » des règles ultra-strictes de la méthode de management considéré « sévère » de Marcelino par les joueurs. Un cocktail entre des joueurs talentueux, récupérés émotionnellement et une tactique défensive redoutable, qui n’a fait que rayonné tout au long de la saison (5 victoires, 4 nuls, 3 défaites face aux membres du Top 7) malgré une élimination fâcheuse face à la Roma en seizième de finale de Ligue Europa.

Le sous-marin jaune à traverser des montagnes russes en début de saison : mélange d’optimisme de la nouvelle saison et de la déception du renvoi de Marcelino. Avant que les périodes de turbulences ne cessent et que Fran Escriba replace l’institution en eaux plus calmes. Et réalise une transition incroyablement fluide en profitant de l’héritage fort de son prédécesseur, apportant quelques modifications au plan de jeu et tirant le meilleur parti de ses joueurs. Villarreal s’est réaffirmé par son jeu à la philosophie pragmatique et intrépide, qui dispose peu d’équivalents en Europe, comme une des puissances du championnat espagnol. Aucun doute à présent.

 

B.Soriano & Trigueros

Dans une équipe aussi rigoureuse et disciplinée, il est essentiel d’avoir dans son effectif quelques joueurs solides, capables de limiter les prises de risques des coéquipiers les plus doués techniquement. Des joueurs consistants, qui font toujours le boulot, qui ne commettent que très rarement des erreurs. Des joueurs d’une intelligence tactique élevée. Jaume Costa à gauche, le duo des excellents Víctor Ruiz et Álvaro González en défense centrale (ou Musacchio lorsqu’il n’était pas blessé) et Mario Gaspar à droite, assurent la dernière et principale ligne défensive d’une équipe complètement soudée. Avec l’avantage d’avoir derrière : Sergio Asenjo. Considéré comme le meilleur gardien de Liga durant une longue partie de la saison avant sa quatrième rupture des ligaments croisés en février. Portier spectaculaire fort nécessaire à une équipe de Villarreal qui accepte de concéder les offensives adverses. Sans problème, son remplaçant, Andrés Fernández a entretenu le sous-marin-jaune à la surface durant la fin de saison. Mais également, des joueurs rapides, fins techniquement, capable de profiter le moindre espace. Des joueurs rigoureux qui œuvrent à la solidité du bloc, au nom de l’équipe. S.Castillejo (ou R.Soriano) à gauche, Jonathan dos Santos à droite de la seconde ligne ainsi que Bakambu, Sansone ou encore Soldado en attaque. Les premiers permettent à la ligne du milieu de coulisser dynamiquement, repoussant l’adversaire très efficacement. Les seconds œuvrent véritablement comme un premier rideau intégré au bloc (dont le travail de l’ombre est primordial). Des joueurs offensifs qui participent donc à la solidité défensive de l’équipe et qui s’en trouvent récompensés par la suite : Fran Escriba leur laisse une grande liberté d’action, de Castillejo à Jonathan dos Santos, de Bakambu à Sansone. Des joueurs qui ont l’audace de frapper des 30 mètres, l’audace et la technique de chercher des combinaisons compliqué plutôt que de garder le ballon dans les pieds, la vision du jeu et l’audace d’essayer une passe en profondeur impossible plutôt que de ralentir le tempo avec une passe en retrait. Et ses joueurs en profitent. Cédric Bakambu (11 buts) s’est acquis une légitimité et profite le plus de cette approche de jeu par sa vitesse et ses déplacements. Plus que Sansone (8 buts), arrivé l’été dernier et qui s’est révélé impressionnant. Roberto Soriano (9 buts, 5 passes décisives) est rapidement devenue essentiel au jeu de Villarreal. Alors que Castillejo et Jonathan dos Santos n’hésitent jamais à défier leur adversaire en un contre un et chacun des deux se sont montrés merveilleux. Des couteaux devenus épées avec l’aide d’un plan de jeu qui s’adapte mieux aux forces de l’effectif.

Une obsession collective comme la clé principale du succès de Villarreal. Une obsession débordante et contrôlée. Cette maîtrise collective est magnifiée par la capacité du double pivot au milieu de terrain à réagir dynamiquement aux solutions de passe de l’adversaire, à transiter vers l’avant. A ce rôle, Bruno Soriano et Manu Trigueros, une paire très complémentaire dans le cœur du jeu, brillent communément depuis cinq saisons. Le premier est un pur produit de la formation de Villarreal et y performe depuis 2006. Le second évolue dans l’équipe principale de Villarreal depuis 2012 lors de la saison en Liga Adelante. A 32 ans, Soriano, capitaine et joueur le plus capé de l’histoire du club évolue au top de sa forme depuis plusieurs années. Il est la véritable pierre angulaire de l’équipe (90% de passes précises et 2,5 récupérations par match cette saison). Exceptionnel d’intelligence dans son positionnement défensif, dur sur l’homme et avec un grand esprit de sacrifice. Pour l’équipe, toujours. Ses performances, si subtilement intelligentes et précieuses ainsi que son statut de cadre à Villarreal lui ont assuré une place dans les 23 espagnols lors de l’Euro 2016. Alors bien sûr, avec les pieds qu’il a (et surtout le pied gauche), il se permet aussi de lancer les attaques de son équipe, mais cette tâche est confiée généralement à Manu Trigueros, qui avec le départ de Tomás Pina l’été dernier, a trouvé cette saison une place de titulaire indiscutable aux côtés de Bruno Soriano. Encore une fois cette saison, Bruno a fait du Bruno et parallèlement à lui, Trigueros a été superbe. Le joueur de 24 ans, titulaire à 37 reprises, s’est converti en l’un des meilleurs et remarquables centrocampista de la Liga et meilleur joueur de la saison selon les supporters de Villarreal. Playmaker aussi discret que talentueux, Manu Trigueros est un véritable distributeur de caviars. Bruno Soriano agit comme une colle entre l’action défensive et offensive, la gestion du rythme et de la vision du jeu sont traitées par Trigueros. Libre de la double responsabilité offensive-défensive, chacun des joueurs de ce double pivot viennent de réaliser certainement la meilleure saison de leur carrière.

Bruno Soriano et Trigueros amènent donc l’expérience, la solidité et la technique nécessaire pour permettre au dispositif de Villarreal de bien fonctionner et de lutter pour les places européennes. En absolu, ce ne sont pas des top players, mais exactement les joueurs qu’il faut pour élever le niveau de jeu et les attentes au futur Estadio de la Cerámica.  Exactement les joueurs qui au regard des autres membres de l’effectif, ont une implication totale dans le collectif, mettant en évidence la primauté de l’équipe comme recette du succès. Cette année, Villarreal a su profiter de la hausse de régime des Séville, Real Sociedad, Athletic Bilbao pour rehausser davantage son niveau et se réinsérer dans le top 5. Cette réussite constante n’est pas un acte isolé ou une coïncidence mais elle est bel et bien le résultat de la sacralisation du collectif qui habite Villarreal, dont la réussite n’est pas incarnée par un seul joueur, mais par le groupe. Siempre.

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