Lyon : la fin d’une génération
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Lyon : la fin d’une génération

L’Olympique Lyonnais tourne une page. Alexandre Lacazette parti à Arsenal, Corentin Tolisso au Bayern Munich, Maxime Gonalons à l’AS Rome : la symbolique est forte. Après le départ de Samuel Umtiti au FC Barcelone l’été dernier, l’OL compte définitivement renouveler son identité, marquant la fin d’une génération.

C’est sous les ordres de Rémi Garde que cette génération est née. Lors de sa nomination à l’été 2011, l’OL est dans un tournant. Finies les grosses dépenses sur le marché des transferts, il faut désormais se serrer la ceinture afin d’assurer le financement du nouveau stade prévu pour 2016. Pour cela, Jean-Michel Aulas a décidé de s’appuyer sur les jeunes du centre de formation.

L’avènement sous Remi Garde (2011-2013)

Parmi eux, Samuel Umtiti, Clément Grenier, Maxime Gonalons,  Jordan Ferri, Alexandre Lacazette. Ils ont permis à l’OL de rester la tête hors de l’eau en participant grandement au maintien de l’OL dans le Top 5 de Ligue 1 malgré le fait que le club ne parvienne plus à se stabiliser sur le podium et à enchainer les qualifications en Ligue des Champions. Avec cette génération, Rémi Garde a remporté une Coupe de France et un Trophée des Champions l’année même de sa nomination. Deux trophées qui restent, pour l’heure, les deux derniers dans le palmarès du club.

Mais sous Rémi Garde tout n’a pas été parfait, loin de là. Les éliminations laborieuses face à Nicosie en 8e de finale de Ligue des Champions, face à Epinal en 32e de finale de Coupe de France et en barrages de Ligue des Champions face à la Real Sociedad ont été révélatrices de la fragilité de cette jeunesse pour le haut niveau. Néanmoins, la sensation d’avoir « bricolé » avec de purs produits locaux a laissé aux supporters lyonnais de très bons souvenirs de son passage : on peut citer les épopées européennes achevées face à Tottenham (en 2013) et la Juventus (en 2014) ou encore le derby remporté en 2013 à la dernière minute à Geoffroy-Guichard grâce au fameux but de Jimmy Briand.

Même avec les départs de cadres comme Toulalan (en 2011), Cris et Lloris (en 2012) et Lisandro (en 2013), Garde a réussi à colmater les brèches avec les Gonalons, Umtiti, Lopes et Lacazette. Maxime Gonalons est devenu capitaine, Samuel Umtiti a bousculé petit à petit la hiérarchie des centraux pour devenir en peu de temps le patron de la défense, Anthony Lopes a été propulsé n°1 suite à la blessure au genou de Rémy Vercoutre et enfin Alexandre Lacazette, repositionné dans l’axe, est devenu le leader de l’attaque. Même Corentin Tolisso, le « petit nouveau », a grappillé du temps de jeu, en profitant de sa polyvalence pour jouer aussi bien en défense qu’au milieu.

Que de regrets tout de même…

La suite avec Hubert Fournier puis Bruno Genesio a été beaucoup plus décevante. Il y a d’abord eu une première saison sans Europe, pour la première fois depuis 1997, suite à l’élimination désastreuse en barrages d’Europa League face à l’Astra. Heureusement, l’OL s’est refait une santé en Ligue 1 en luttant pour le titre avec le PSG jusqu’à la 36e journée (défaite 3-0 à Caen) grâce notamment à la révélation Nabil Fekir. C’est au cours de cette saison que les jeunes pousses de l’OL ont semblé arriver à maturité. Problème, Jean-Michel Aulas a bridé le potentiel de cette équipe en maintenant Hubert Fournier en poste et en refusant de donner les clefs à un entraineur de standing international. Résultat, Fournier a été limogé à la trêve et remplacé par Bruno Genesio.

En redevenant attractif sur le marché des transferts (60M€ investis en 2 saisons) et en se refixant des objectifs européens, l’OL aurait dû se tourner en priorité vers un entraineur capable de faire progresser l’ensemble de ses jeunes. Seuls Alexandre Lacazette, Samuel Umtiti et Corentin Tolisso ont eu une progression exponentielle en portant l’équipe sur leurs épaules. Maxime Gonalons, Jordan Ferri, Nabil Fekir et à degré moindre Anthony Lopes n’ont jamais réussi à retrouver le niveau qu’ils avaient en 2015. Avec des joueurs aujourd’hui dans les plus grands clubs européens, la déception est grande de n’avoir rien gagné de plus qu’une Coupe de France et un Trophée des Champions l’année où ils étaient encore au tout début de leurs carrières respectives… l’hégémonie parisienne ne justifie pas tout.

Enormes pertes

C’est une fois qu’ils sont partis que le manque se fait ressentir, accentuant encore plus les regrets de ne pas avoir su tirer plus d’une équipe composée de ces éléments-là. Alexandre Lacazette restera à jamais dans l’histoire de l’OL : avec pas moins de 129 buts en 276 matchs (dont seulement 23 pénaltys !), il est le 4e meilleur buteur de l’histoire du club derrière Fleury Di Nallo (222), Bernard Lacombe (149) et Serge Chiesa (134). Arrivé à l’âge de 12 ans à l’OL, il est le seul joueur à avoir dépassé la barre des 20 buts en Ligue 1 durant 3 saisons d’affilée !

Maxime Gonalons, arrivé en 2000 dans les catégories jeunes du club, a disputé 350 matchs avec les pros et est le seul joueur de l’OL à avoir disputé deux demi-finales de Coupe d’Europe avec le maillot rhodanien (une de Ligue des Champions en 2010 face au Bayern, une autre cette saison face à l’Ajax en Europa League). Sur la pente descendante depuis 2015, il était temps pour lui de découvrir autre chose.

Pour Corentin Tolisso, l’appel du pied du Bayern suite au départ à la retraite de Xabi Alonso était une opportunité trop importante pour ne pas être saisie. Il a laissé à l’OL la trace d’un joueur capable d’évoluer à presque tous les postes du terrain (97 matchs en relayeur, 23 devant la défense, 15 en tant qu’arrière droit, 8 au poste de latéral gauche, 7 au poste de milieu offensif). Egalement arrivé dès son plus jeune âge à l’OL (en 2007), il a joué 160 matchs avec les professionnels pour 29 buts, faisant de l’ex-“couteau suisse” lyonnais l’un des joueurs les plus prolifiques à son âge et à son poste. Reste à voir désormais comment l’OL va se remettre de ses pertes et si oui on non, ces joueurs vont être remplacés numériquement. Une chose est sûre, ils seront difficiles à oublier.

Gros retours sur petits investissements

Etant tous formés aux clubs, ils n’ont presque rien coûté à l’OL mais leurs ventes rapportent très gros, récompensant le formidable travail des formateurs lyonnais depuis quelque temps maintenant. Lacazette est ainsi devenu la plus grosse vente de l’histoire de l’OL (53M€ + 7M€ de bonus) dont voici le Top 5 :

1/ Lacazette 53M€ à Arsenal en 2017
2/ Tolisso 41,5M€ au Bayern en 2017
3/ Essien 38M€ à Chelsea en 2005
4/ Benzema 35M€ au Real Madrid en 2009
5/ Diarra 26M€ au Real Madrid en 2006

Parmi les 5 plus grosses ventes de l’histoire de l’Olympique Lyonnais, trois sont donc issues de l’Académie, révélant la qualité des joueurs formés par l’OL. Depuis 2015, la vente de joueurs formés au club a rapporté 142M€ (Lacazette 53M€, Gonalons 5M€, Tolisso 41,5M€, Umtiti 25M€, N’Jie 14M€, Bahlouli 3,5€).

Le début d’une nouvelle génération ?

Anthony Lopes, Nabil Fekir, Clément Grenier et Jordan Ferri sont aujourd’hui les seuls rescapés de l’ère Remi Garde. S’il revoit sa stratégie de développement, l’OL ne délaisse pas complètement l’idée d’avoir beaucoup de joueurs formés au club dans le groupe pro. Le 1er match amical de la saison face à Bourg-Péronnas (victoire 3-1) l’a rappelé puisque deux des trois buteurs sont issus de l’académie : Willem Geubbels (15 ans !) et Alan Dzabana (20 ans). Ils sont avec Houssem Aouar, Amine Gouiri, Myziane Maolida, Gédéon Kalulu et Christopher Martins Pereira ces jeunes joueurs lyonnais sur lesquels le club va s’appuyer dans les années à venir.

A 15 ans et 326 jours, Willem Geubbels est devenu le plus jeune joueur depuis Joël Fréchet (15 ans et 320 jours) à disputer un match professionnel avec l’OL. Alan Dzabana sort lui d’une très grosse saison en CFA avec 15 buts inscrits. Houssem Aouar va très certainement avoir sa chance en tant que doublure de Nabil Fekir au poste de milieu offensif. Avec un contrat stagiaire signé récemment, Amine Gouiri va lui surfer sur son Euro U17 prodigieux, terminé en tant que meilleur buteur avec 9 buts marqués, pour enchainer les entrainements avec l’équipe A avant pourquoi pas d’être lancé dès cette saison.  Myziane Maolida et Christopher Martins Pereira devraient eux profiter des départs de Rachid Ghezzal, Mathieu Valbuena, Corentin Tolisso et Maxime Gonalons pour bénéficier de temps de jeu. En revanche, rien n’est moins sûr pour Gédéon Kalulu. Le défenseur droit repositionné dans l’axe voit son horizon bouché par une forte concurrence : Morel, Diakhaby, M’Biwa, N’koulou passent pour le moment devant lui dans l’esprit de Bruno Genesio.

En cédant Alexandre Lacazette, Corentin Tolisso et Maxime Gonalons, l’OL se sépare de son ossature des dernières saisons. Une ossature au parfum très local qui donnait à l’OL une identité. Les renforts estivaux confirment l’intention de la direction de renouveler l’effectif par des joueurs confirmés, expérimentés et surtout extérieurs au cocon lyonnais.

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