RC Lens : récit d’un cauchemar
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RC Lens : récit d’un cauchemar

Sept défaites en huit matchs de Ligue 2, un changement d'entraîneur, des supporters excédés... Le RC Lens est bien loin de ses ambitions initiales en ce début de championnat et le succès acquis contre Quevilly-Rouen ne peut sauver la face. Retour sur cinq mois pour le moins mouvementés en Artois.

Un échec inattendu

Le 19 mai 2017 restera gravé à jamais dans l’histoire de la Ligue 2. En cette dernière journée de la saison 2016-2017, six équipes (!) peuvent mathématiquement prétendre à une montée en Ligue 1. Quatrième avant cet ultime match, Lens a fait ce qu’il fallait en s’imposant 3-1 contre Niort et pensait bien jouer le barrage. Mais un but inscrit par Amiens au bout du temps additionnel allait changer la donne. Pour un point, les sang et or échouaient au pied du podium. Une immense désillusion pour le Racing, cité comme l’un des grands favoris et supplanté dans la course à la L1 par un promu de National.

Un organigramme new-look

Cet été, le RC Lens a vu son organigramme quelque peu modifié. Joseph Oughourlian, actionnaire majoritaire de la société Solferino (propriétaire du club), s’est exprimé cet été concernant la manière dont le club sang et or l’a séduit et sur ses ambitions : “Ce club était un géant endormi, avec un stade flambant neuf, des supporters incroyables, de vraies compétences, comme sa formation. Avec un peu de rigueur dans la gestion, ça pouvait être un très bel investissement (…). J’ai été séduit. Ce club vous prend aux tripes. Quand vous entrez dans ce stade avec la tribune Marek qui chante pendant tout le match, ça vous fait quelque chose. On est très ambitieux pour LensOn va s’impliquer sur la durée. (…) Le but est l’autosuffisance à moyen terme. Et la remontée en L1 le plus rapidement possible”

L’homme d’affaires est à l’origine de l’arrivée au club d’Arnaud Pouille en qualité de directeur général. Ce dernier est l’homme de confiance d’Oughourlian. Pouille a notamment mis en place un nouveau conseil d’administration composé de lui-même, Gervais Martel, Joseph Oughourlian ainsi que deux autres membres de Solferino et deux représentants de l’Atlético Madrid, actionnaire minoritaire des sang et or.

Un recrutement hasardeux

La première grande décision de l’été concernant le sportif est le maintien d’Alain Casanova à la tête de l’équipe première, un choix qui a fait parler chez les supporters. Le coach lensois avait promis que le mercato sang et or serait bouclé à l’entame de la saison. Cependant, cette promesse ne sera pas tenue.

Pour compenser de nombreux départs (Lala, Bourigeaud, Habibou…), la politique de recrutement menée par le directeur sportif Jocelyn Blanchard a été la même que la saison dernière : prospecter des championnats de moindre renommée, en espérant renouveler des coups à l’image des Bostock, Lopez ou Hafez. Signent ainsi dans le nord Mouaad Madri, Christos Tasoulis, Dankler, Alvaro Lemos ou encore Ivan Lendric.

Hélas, suite aux premiers résultats (voir ci-dessous), de nouveaux renforts débarquent en Artois tels l’expérimenté Clément Chantôme et Karim Hafez, de retour sous le maillot sang et or. Dans les tous derniers jours du mercato, cinq joueurs supplémentaires viennent garnir les rangs sang et or : Filip Markovic, Frédéric Duplus, Souleymane Diarra, Cyrille Bayala et Moussa Maazou. Le temps que tous ces joueurs prennent leur marques ne va pas aider Alain Casanova puis Eric Sikora (voir par ailleurs).

Zéro pointé et exit Casanova

Plus gros budget de Ligue 2, le RC Lens aborde ce championnat dans la peau du grand favori. Lors de la première journée, les sang et or se déplacent à Auxerre, un autre favori. Malgré une belle prestation, les artésiens repartent bredouilles de Bourgogne (1-0). La semaine suivante, c’est Nîmes qui se présente au stade Bollaert-Delelis. Lens démarre tambour battant en marquant rapidement dans la partie grâce à Cristian Lopez. Mais le public de Bollaert va rapidement déchanter. Mouaad Madri, l’un des hommes en forme de l’équipe lensoise, se blesse gravement et, le tibia en morceaux, voit sa saison s’achever (très) prématurément. Puis en toute fin de rencontre, les gardois marquent à deux reprises et empochent les trois points (1-2).

L’état de crise est décrété à l’issue d’un troisième revers en trois journées, à Sochaux. Menés 3-0, les sang et or connaissent une réaction d’orgueil leur permettant de revenir à 3-2, mais cela est insuffisant et ne peut combler d’importantes lacunes défensives entrevues. Après le match, on assiste à des échanges tendus entre joueurs et supporters. L’étau se resserre autour d’Alain Casanova. Malgré un succès lors du premier tour de la Coupe de la Ligue, ce dernier sait qu’il joue son avenir sur le banc lensois lors de la réception de Brest.

Lors de ce match, l’équipe lensoise prend un bon départ, ouvre le score mais s’effondre par la suite pour finalement s’incliner quatre buts à deux. Ce nouveau revers est fatal à Casanova, pris en grippe par les supporters tout au long de la rencontre. Le lendemain, lui et son staff sont dispensés d’activité.

Mais l’ex-coach de Toulouse n’était plus en odeur de sainteté en Artois, si l’on en croît La Dépêche du midi : « Selon nos informations, Casa serait mécontent du “mercato” réalisé par ses dirigeants, sachant que le budget du Racing avoisine les 41 millions d’euros. Une somme bien supérieure, par exemple, à celle du Toulouse FC (environ 35 millions d’euros). Par ailleurs, Casanova ne ferait plus l’unanimité en interne. “Ses relations avec la direction sont cordiales. Mais moins avec le nouveau directeur général, Arnaud Pouille”, nous confie un proche du club. »

En outre, Daniel Moreira n’a pas hésité à critiquer Casanova sur la préparation d’avant-saison : « Alain Casanova et son staff ont essayé une autre méthode de préparation qui a fait ses preuves mais qui, là, n’a pas fonctionné. Même lorsque les joueurs ont exprimé le souhait de travailler physiquement, lui ne voulait pas. Pour moi, cela se traduit aussi par une question de confiance, de doute, les gars ne frappent pas au but. Il faut qu’ils déclenchent plus, être malin dans le geste. Et quand il y a doute, ça s’engueule entre joueurs, il faut arrêter ça. »

Eric Sikora, l’homme (providentiel) du RC Lens

Dans l’urgence, Eric Sikora, entraîneur de l’équipe réserve, vient au chevet de l’équipe professionnelle, assisté de Robert Duverne et Daniel Moreira. Sikora est une icône du RC Lens. Celui qui a effectué toute sa carrière de joueur avec le maillot sang et or a écrit les plus belles pages de l’histoire du club artésien. Il est en outre resté très populaire auprès des supporters, qui avaient réclamé sa nomination. La volonté de celui qui avait déjà effectué un intérim lors de la saison 2012-2013 était, lors de son intronisation, de “Redonner confiance aux joueurs !”

Encore des difficultés mais quelques progrès

Eric Sikora n’a pas le temps de gamberger puisque dès le lendemain de son intronisation, Lens affronte Lorient dans le cadre du second tour de la Coupe de la Ligue. Au Moustoir, les lensois sombrent durant la première demi-heure de jeu, encaissent trois buts et montrent des signes très inquiétants. Deux réalisations de Koukou et Lopez permettent d’atténuer la claque (3-2). Le lundi suivant, le Racing retrouve le championnat lors d’un déplacement à Orléans qui se solde par un nouveau revers (2-0). Ce match symbolise les maux artésiens : Lens a eu une importante possession de balle mais ne s’est quasiment pas montré dangereux.

Cependant, on peut constater des progrès dans l’équipe lensoise depuis la nomination de Sikora. Lors de la 6ème journée, lensois et lorientais se retrouvent à Bollaert. Face au leader de la Ligue 2, les sang et or montrent un beau visage mais des décisions arbitrales défavorables les privent d’un point qui aurait été plus que mérité (2-3). Cependant, Lens concède sa sixième défaite en championnat, une première en 110 ans d’existence. Plus solide défensivement, la formation artésienne ne trouve pourtant pas la solution et s’incline de nouveau, cette fois-ci dans le derby l’opposant à Valenciennes (1-0). Le Racing ne compte aucun point après les sept journées inaugurales. Cela est tout simplement une première depuis 1993 et le passage à la poule unique en Ligue 2.

La fronde des supporters

“38 matchs, 38 finales. Objectif L1, non négociable” Dès les matchs de préparation les supporters sang et or ont annoncé la couleur avec cette banderole. Encore marqués par l’échec de la saison passée, ils ont tenu à savoir qu’un nouveau loupé ne passerait pas. Les matchs et les mauvais résultats s’enchaînant, la colère et l’incompréhension de ces derniers n’a cessé de croître envers Alain Casanova et la direction.

Lors de la rencontre Lens – Brest, de très nombreuses banderoles ont été déployées, portant les messages suivants : “Flash info. La L2 a débuté. Bougez-vous !” - “Martel, Blanchard, Casanova : dehors !” ou encore “Solferino, à force d’éviter le péage, on se retrouve sur la nationale”. Après le troisième but breton, certains supporters, au paroxysme de l’énervement, quittent les tribunes et rentrent sur le terrain, ce qui génère une interruption de 20 minutes. Cet épisode sera à l’origine d’une autre banderole, au message ironique, réalisée à l’occasion de Lens – Lorient : “Faites comme nous. Entrez sur le terrain !”.

Ces manifestations vont encore plus loin. Au lendemain du revers à Valenciennes, environ 80 supporters s’introduisent à La Gaillette et interrompent l’entraînement à huis-clos. Puis certains prennent la parole pour reprocher aux joueurs leur attitude “très insuffisante”. Le débat entre les deux parties est décrit comme “constructif” et “cordial”. Eric Sikora revient sur cet épisode :

« Ça a été un peu chaud au début mais ils sont restés très corrects. Il n’y a pas eu d’insulte. Ils ont demandé aux joueurs d’en faire plus sur le terrain. [...] Il y a de la détermination chez les supporters. Mais il faut aussi retenir qu’il n’y a pas eu de mauvais geste, que ce n’est pas allé à l’affrontement. Ils veulent des victoires, des mecs qui mouillent le maillot. On ne peut pas leur reprocher, c’est normal même si on n’a pas toujours la même vision en fonction de sa position. Il ne faut pas croire, les joueurs ne s’en tapent pas »

Lundi dernier, les sang et or ont évolué dans une ambiance irrationnelle à Bollaert-Delelis. Lors de la réception de Quevilly-Rouen, les supporters se sont mis en grève. A leur entrée sur la pelouse, les joueurs lensois ont été hués par leur public. Plus inimaginable encore, on aura uniquement entendu les fans normands ayant fait le déplacement durant les 90 minutes. Bollaert silencieux, c’est très rare. Malheureusement, ceci est la conséquence directe des mauvais résultats de son équipe favorite.

Enfin le déclic ?

Malgré tout, dans ce match pas comme les autres, le RC Lens a empoché ses premiers points et son premier succès de la saison en Ligue 2. Timorés en première période, les sang et or ont passé la vitesse supérieure lors du second acte et ont trouvé le chemin des filets à deux reprises par l’intermédiaire de Jean-Ricner Bellegarde et Moussa Maazou. Ce dernier nous a appris que l’ambiance n’est pas encore au beau fixe dans le vestiaire : “On ne va pas se la péter. Même le cri de la victoire, on ne l’a fait qu’à moitié. Nous nous sommes dit que nous ne le ferions pas tant que nous ne serions pas sortis de cette zone (les trois dernières places) car le club ne mérite pas ça.”

Pour quitter le bas de classement, le RC Lens va devoir rapidement enchaîner les résultats positifs alors que se profilent un déplacement à Clermont et la réception du Gazélec Ajaccio avant la trêve internationale. Lens va-t-il réussir à retrouver une place plus digne de son standing ? Affaire à suivre…

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