Pourquoi le PSG ne doit rien changer
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Pourquoi le PSG ne doit rien changer

La défaite des Parisiens au Camp Nou fut aussi improbable et surprenante que l'était le triomphe du Parc des Princes trois semaines plutôt. Le PSG est entré dans le mauvais pan de l'histoire de la Champion's League, étant la première équipe éliminée après avoir gagné 4-0 à l'aller. A l'heure où la chasse aux sorcières du Camp des Loges fait fureur auprès des observateurs et des supporters, la réalité pourrait bien commander à la direction du club de ne rien faire... ou presque.

Inqualifiable, impardonnable, humiliante, tragique, les qualificatifs ne manquent pas quand il s’agit de commenter l’incroyable élimination du PSG sur la pelouse du Camp Nou. Comment les Parisiens ont-ils pu prendre six buts ? Comment ont-ils pu rendre possible la remontada évoquée par les Barcelonais ? Qui est fautif, quelle tête doit tomber ? Chacun y va de son analyse, sacrifiant Emery ou Thiago Silva, prédisant une lessive sans précédent au sein du club. Une fois le choc de l’élimination passé, il est pourtant bon de prendre un peu de hauteur. Et l’analyse de ce satané match retour en démontre sa complexité.

Comme beaucoup, comme tous ou presque, j’ai vécu cette échec comme un choc dépassant le cadre des seuls supporters parisiens. Le soir même, le lendemain matin, la passion procurée par le football m’a aveuglé. Il a fallu un peu de temps pour admettre, finalement, que ce scénario a bien eu lieu. Et pourtant, il a fallu une combinaison d’éléments exceptionnels pour que le FC Barcelone réussisse son coup.

Des Parisiens présents en victimes

Comment les joueurs du PSG ont-ils pu se présenter au Camp Nou dans un tel état de fébrilité ? Les premiers éléments remontent au soir du match aller, des mots d’Unai Emery lui-même. Le technicien espagnol, quelques minutes après la formidable victoire de ses joueurs, prédisait qu’il fallait s’attendre à souffrir au match retour, souffrir pendant 90 minutes. Emery annonçait la couleur, certainement encore stupéfait de l’impuissance de la MSN au Parc, estomaqué par la puissance de feu de ses joueurs, une puissance que personne n’avait vu venir, pas même lui. Il ne s’agit pas que des 4 buts marqués sans quasiment avoir encaissé la moindre occasion, il s’agit de la maîtrise du PSG face au grand FC Barcelone. Les Blaugranas n’ont rien pu faire, les Franciliens ont littéralement marché sur le statut de favori des Catalans, sur les promesses et certitudes que pouvaient représenter cette équipe. Emery, abasourdi, ne voulait pas croire que son équipe avait, enfin, pris la mesure de cet ogre qui l’a si souvent torturé. Pour le technicien, c’était clair, le retour serait terrible, les Barcelonais ne pourraient pas faire autrement que d’user de leurs innombrables munitions pour corriger un PSG qui a eu l’outrecuidance de les réduire ainsi au silence.

Trois semaines après le match aller, Unai Emery confirmait une fois encore avant match la nécessité de savoir souffrir ensemble, avec solidarité. Son discours n’a pas changé. Et tandis que Luis Enrique brandissait le spectre d’une remontada, les joueurs parisiens perdaient sans aucune raison valable la sérénité qu’aurait dû leur offrir leur large succès initial. Le PSG s’est donc présenté au Camp Nou avec le statut de victime idéale, un statut qu’il s’est lui-même infligé, comme s’il ne croyait pas en sa capacité à dominer le grand Barca. La composition d’équipe trahissait cette volonté de défendre, de contrer. Lucas, explosif et rapide, plutôt que Pastore, génie de la conservation de balle, ou Kurzawa, dont les raids sont bien plus tranchants que ceux de Maxwell, qui a l’avantage de l’expérience et de la sérénité, font partie de ces choix qui résonnent. Le message était clair, les Parisiens venaient défendre, en espérant profiter des espaces laissés par l’équipe catalane. Jamais sous l’ère QSI, le PSG n’a paru si fébrile. Dès le coup d’envoi, les Franciliens furent incapables de sortir un ballon correctement, défendant extrêmement bas, faisant des erreurs surprenantes. Visuellement, personne n’était dupe. Dès le coup d’envoi, ce PSG était tétanisé par la peur.

Des circonstances exceptionnellement défavorables

Un premier but rapide, un second contre son camp, puis un pénalty tangent… 3-0. Heureusement, Cavani, toujours déterminé à faire oublier Ibrahimovic, a marqué au bon moment, prouvant ainsi qu’on peut compter sur lui lors des échéances importantes. 3-1 à la 87ème minute, plus rien ne peut arriver au PSG. Le poteau trouvé par Cavani ou l’occasion manquée par Di Maria semblent anecdotiques. Pourtant, d’un coup-franc à un pénalty encore moins évident que le premier, le Barca pouvait croire à l’incroyable. Il suffisait d’un dernier tir, face à une équipe submergée par la trouille, pour que les Catalans réussissent l’impossible. Il est arrivé à 10 secondes du coup de sifflet final, sur la dernière tentative catalane.

La colère de l’élimination a masqué les circonstances incroyables qui ont rendu l’exploit barcelonais possible. Pointé du doigt, l’arbitre de la rencontre n’a pas été un modèle de sérénité. Hésitant sur le premier pénalty, il a oublié une main de Mascherano, un carton rouge sur Pique, puis un pénalty pour une faute du même Mascherano sur Di Maria, tout en cédant aux simulations de Neymar et Suarez en accordant un second pénalty synonyme de cinquième but catalan. Comme l’équipe parisienne, le trio arbitral a certainement perdu ses moyens face à la pression des 100 000 supporters blaugranas.

Entre une préparation psychologique discutable, un jeu famélique, une fébrilité inimaginable et un arbitrage à contre-sens, les éléments étaient réunis pour que les Catalans s’amusent. Mais il n’en fut rien, car 4 des 6 buts marqués pour les locaux furent poussifs. On est loin de la démonstration parisienne du Parc des Princes. Il aurait suffi de rien pour que le PSG se qualifie sans l’once d’une inquiétude. Mais il y a des jours comme ça où rien ne fonctionne, où tout va de travers. Les exemples footballistiques sont nombreux. Le PSG a été sorti par une équipe du FC Barcelone boiteuse ; ni Messi, ni Iniesta, ni Suarez n’ont montré qu’ils étaient dignes de leur réputation. Le seul joueur qui a évolué à un niveau stellaire fut Neymar, et ce sur les deux rencontres.

On apprend surtout de ses échecs

Il faut le rappeler, l’équipe du PSG est composée de jeunes joueurs. A part Kevin Trapp (26), Thiago Silva (32), Blaise Matuidi (29) et Edinson Cavani (30), les joueurs présents sur le terrain avait au plus 24 ans. Il ne s’agit pas de joueurs inexpérimentés, mais il leur a été plus difficile de résister à la pression précédant ce match retour. Surtout, pendant le match, ils n’étaient pas en mesure de remobiliser les troupes. Thiago Silva et Cavani ont bien tenté de réveiller leurs partenaires, mais ils étaient trop seuls. Ces joueurs ne savent pas encore user de leur vice pour jouer la montre, commettre des fautes “intelligentes”, verrouiller les transmissions avant que l’adversaire ne puisse se montrer dangereux. Sur ce plan, l’apport d’un Maxwell et d’un Thiago Motta se serait forcément fait sentir. Le constat s’étend à l’entraîneur, assez inexpérimenté en Champion’s League malgré un palmarès déjà flatteur. Emery n’a pas su insuffler à ses joueurs la confiance nécessaire pour qu’ils se souviennent que ce sont eux qui ont, trois semaines plus tôt, soumis le grand Barca. Pour tous, ce huitième de finale retour restera gravé dans les mémoires. Car personne au sein du club ne doit comprendre comment ils ont pu à ce point reculer face à une équipe qu’ils avaient éteinte.

Il ne s’agit pas de trouver des excuses, mais des explications et, surtout, des orientations pour l’avenir. Car cette équipe, ces joueurs, menés par cet entraîneur, ont marché sur le FC Barcelone comme peu ont réussi à le faire. Le talent est là, présent, incontestable. Par son niveau de jeu et ses ambitions, le PSG est à considérer comme un grand d’Europe, à savoir un club pouvant légitimement prétendre à une victoire finale dans la compétition. Comme d’autres très grands clubs, ils ont chuté lourdement. Mais la force d’un très grand club est de se relever. Et le PSG y arrivera. Si Nasser El-Khelaifi cédait à la tentation de vouloir tout changer, ce serait un coup d’arrêt bien plus sérieux que ce triste match retour. Emery doit rester, ne serait-ce que pour poursuivre la mutation d’un club qui prépare, enfin, l’après Leonardo. Le départ de Zlatan Ibrahimovic se fait oublier, le jeu prôné par Laurent Blanc fait doucement place à celui de son successeur. La direction du club semble enfin avoir compris que ni Messi, ni Neymar, ni Ronaldo n’ont envie de quitter l’Espagne pour l’Ile de France.

Surtout, Paris a montré qu’elle peut bien faire, très bien faire même, sans star emblématique. Du recrutement intelligent de Meunier ou Draxler à la qualité du centre de formation, l’approche du PSG version QSI ne se limite pas à balancer des millions à tort et à travers. Au contraire, le projet est très cohérent, de façon à ce que le club s’installe durablement dans les hautes sphères européennes. Il ne fait aucun doute que le Paris Saint-Germain ne ratera pas les prochaines échéances européennes qui se dresseront sur son parcours. La colère et l’humiliation furent telles au Camp Nou que le club dans son ensemble fera tout pour que ça ne se reproduise jamais. Le PSG a déjà prouvé sa capacité à s’appuyer sur ses échecs. Après l’élimination cruelle du club en 1/4 de finale de la Ligue des Champions face à Chelsea en 2014, les Franciliens ont eu leur revanche un an plus tard malgré des circonstances défavorables, se qualifiant à Londres après un match épique où ils furent réduits rapidement à 10, puis menés deux fois au score.

L’avenir joue pour Paris

Une victoire en Ligue des Champions ne doit rien au hasard. Elle concerne rarement une équipe qui ne peut réussir que des coups d’éclats. Chelsea ou l’Atletico Madrid peuvent témoigner de la rudesse de la tâche. Manchester City ne s’autorise même pas à penser à un sacre pour le moment. L’implantation au plus haut niveau du football européen prend du temps. Un temps nécessaire. Le PSG, par sa stratégie, s’y prend plutôt bien. Car ses concurrents considèrent aujourd’hui le club francilien comme un ténor. Un cercle de cinq, peut-être six clubs au grand maximum. Et c’est déjà énorme.

Qu’importe finalement si le PSG n’est pas champion de France cette saison, qu’importe s’il enchante ses fans tous les week-ends. Ce PSG-là est taillé pour la Ligue des Champions, s’installant au sommet du football européen. Le PSG ne doit rien changer. Le PSG doit continuer. Car ses rivaux ne se souviendront pas longtemps de la défaite 6-1 au Camp Nou. En revanche, la maîtrise totale des franciliens leur permettant de triompher du Barca de la MSN sur le score de 4-0 au Parc des Princes restera dans les mémoires. Et c’est certainement la chose la plus importante à retenir de ce huitième de finale. En Europe, avant toute chose, le PSG fait peur. Car désormais, n’importe quelle équipe peut perdre face aux franciliens, qu’elle se nomme Bayern, Real, Barca, Juve ou Atletico…

  1. avatar
    14 mars 2017 a 18 h 51 min

    Salut Jayce, merci pour l’article, le meilleur que j’aie lul à ce sujet. Content que tu soulignes le rôle non-négligeable de l’arbitrage dans le résultat final. Comment ne pas avoir des soupçons de corruption ? Les apparences sont dévastatrices. Vivement que les arbitres aient accès aux reprises vidéo afin de prendre de meilleures décisions.

    Sinon, prépares-tu un texte sur le début de saison de la F1 ? Je ne suis que de loin, mais il semble que Ferrari et peut-être Red Bull pourront potentiellement offrir plus de résistance à Mercedes.

    De mon côté je vais suivre les débuts du jeune (18 ans) et talentueux Canadien Lance Stroll, qui a été engagé chez Williams après avoir remporté le championnat de Formule 3.

    • avatar
      15 mars 2017 a 20 h 06 min
      Par Jayce

      Bonjour Fabrice Baro.

      L’arbitrage de ce match fut médiocre, mais je ne suis pas de ceux qui songent à la corruption. Je crois plutôt que la pression exercée par les Barcelonais et le public a copieusement déstabilisé le corps arbitral. Mais même avec un arbitrage défavorable, il fallait au PSG rendre une copie terriblement mauvaise pour rendre tout cela possible. Le PSG a pêché par inexpérience. Ca donne l’impression qu’il nourrissait encore au coup d’envoi un complexe d’infériorité flagrant. Complexe qui n’avait aucune raison d’exister. Nul doute que ça leur servira de leçon.

      Pour la F1, je crois que mon bilan des essais a été publié aujourd’hui.

  2. avatar
    15 mars 2017 a 15 h 19 min
    Par Cullen

    Bonjour Jayce,

    Je partage également ton point de vue. Il faut bien souvent passer par ce genre de désillusion pour atteindre le Graal. En 2005 le Milan AC menait 3-0 à la mi-temps face à Liverpool avant de se faire remonter et finalement s’incliner aux tirs aux buts. Pas sur que ça ait été moins traumatisant pour les joueurs, d’autant que ce n’était pas un simple huitième mais une finale. Deux ans plus tard, le club lombard soulevait pourtant à nouveau le trophée.

    Quand on voit la débauche d’énergie des joueurs de Leicester hier soir, on se rend compte qu’Emery n’a pas suffisamment préparé les siens à la guerre. Le pénalty accordé à Suarez aurait dû entrainer une véritable révolte et non de simples protestations, et peu importe le nombre d’expulsés que ça aurait engendré. Mais le club parisien est tellement soucieux de son image qu’il en est ridicule par moment. Par cette apathie le PSG a donné l’occasion à son adversaire du soir de lui marcher dessus.

  3. avatar
    16 mars 2017 a 17 h 24 min

    Bonjour Jayce, merci pour le retour.
    Effectivement le PSG a été extrêmement mauvais, mais sans l’arbitrage partial ils seraient tout de même passés grâce au but inscrit.

    Espérons qu’ils sauront en faire une motivation, justement en citant l’exemple de Milan contre Liverpool que Christian a rappelé.

  4. avatar
    20 mars 2017 a 4 h 05 min
    Par Nicolas

    Qu’est ce que le match contre Lyon fut chiant, à croire qu’ils se sont tous arrêter à 2-1 Monaco est largement supérieur et fait plus plaisir à voir que ce pauvre PSG

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