Ces grandes équipes qui n’ont jamais gagné la C1
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Ces grandes équipes qui n’ont jamais gagné la C1

Des clubs ont marqué l’Histoire du foot européen sans pouvoir soulever la Coupe aux Grandes Oreilles. Juge de paix de la saison des clubs sur le Vieux Continent, la finale de C1 a parfois été le Golgotha de certaines grandes équipes, leur chant du cygne dans cette compétition si darwinienne où aucune faiblesse n’est tolérée. A l’inverse de la razzia du Real Madrid, de l’AC Milan, de Liverpool, du Barça, de l’Ajax ou du Bayern, des clubs comme Arsenal, Naples, Bruges, Saint-Etienne, le Dynamo Kiev, Bordeaux, Leeds, le Torino, Everton, l’AS Rome ou le Borussia Mönchengladbach sont toujours rentrés bredouilles de leurs campagnes européennes en C1.

Arsenal des Invincibles (2004 et 2006)

Malgré des stars comme Dennis Bergkamp ou Thierry Henry, les Gunners se demanderont toujours si avec Patrick Vieira (parti en 2005 à la Juventus), ils auraient pu battre. Certes, le sous-marin jaune de Villarreal avait raté un penalty décisif en demi-finale retour via leur virtuose Juan Roman Riquelme. 2006 marque la seule finale de C1 pour Arsenal, l’année où le club londonien délaissera Highbury pour l’Emirates Stadium. Premier club de la capitale britannique à atteindre la finale de la Ligue des Champions depuis 1956, Arsenal ne sera pas le premier club de Londres à soulever la Coupe aux Grandes Oreilles, Chelsea réussissant cet exploit en 2012. Ironie du destin, Arsène Wenger complète son puzzle des finales de Coupe d’Europe perdues : après la C2 perdue en mai 1992 à Lisbonne par l’AS Monaco face au Werder Brême (au lendemain du drame de Furiani), la finale de C3 perdue en 2000 à Copenhague avec Arsenal face au Galatasaray Istanbul (le club du Bosphore s’imposant aux tirs aux buts), c’est en C1 que l’Alsacien s’incline en 2006, à Saint-Denis face au FC Barcelone mené par Ronaldinho. En 2004 déjà, l’année des Invincibles, Arsenal avait été éliminé en quart de finale par son voisin de Chelsea, laissant passer une chance historique de gagner la C1, alors que l’AC Milan s’était fait piéger au Riazor par la Corogne et que le Real Madrid avait vu Monaco lui porter l’estocade à Louis II. Sans le savoir, les Gunners de Thierry Henry, Patrick Vieira et Dennis Bergkamp avaient déjà mangé leur pain blanc en ce printemps 2004. L’odyssée européenne de 2006 ne serait qu’un baroud d’honneur, le requiem d’une équipe promise au triste crépuscule des mortels privés du festin des dieux et de leurs lauriers.

 

AS Rome maillot Barilla (1984)

Malgré Paolo Rossi, Zico, Karl-Heinz Rummenigge ou Zbigniew Boniek, c’est bien Bruno Conti qui fût le meilleur joueur de la Coupe du Monde espagnole de 1982. Le Giallorosso impressionna tellement contre le Brésil et l’Argentine qu’il fut surnommé Marazico par les journalistes sud-américains. Sur sa lancée, Conti fut la pierre angulaire du Scudetto de l’AS Rome en 1983. En 1984, la finale de la Coupe des Champions se déroule au stade olympique de Rome. Le grand Liverpool tient en échec le club italien. Aux tirs aux buts, Bruce Grobbelaar sort le bleu de chauffe. Les Reds l’emportent dans la Ville Eternelle, la Louve a laissé passer une chance unique. Elle n’est jamais repassée depuis pour la Roma, malgré un joueur de la classe de Francesco Totti, encore plus doué qu’un Bruno Conti. Le public de l’Olimpico a les yeux de Chimène pour des joueurs comme Conti et Totti, viscéralement attachés au maillot giallorosso, prêts à mourir pour leur AS Rome dans le derby contre la Lazio avec ambiance western-spaghetti. Mais il faut bien se rappeler qu’en Italie, seul le triumvirat du Nord a conquis la C1 : Milan et ses deux clubs, la Juventus Turin.

 

FC Barcelone des exilés hongrois (1956 et 1961)

Avec sa colonie d’expatriés magyars (Kubala, Czibor et Kocsis), Barcelone était le favori suprême en juin 1961 au Wankdorf de Berne. Le club blaugrana avait fait le plus dur à l’automne 1960, en sortant le quintuple champion d’Europe en titre, le Real Madrid de Puskas et Di Stefano. Les coéquipiers de Luis Suarez furent cependant vaincus dans la capitale suisse par le Benfica Lisbonne, dans ce stade maudit du Wankdorf où Zoltan Czibor et Sandor Kocsis avaient déjà connu la cruelle défaite du 4 juillet 1954 avec l’Aranycsapat hongroise contre la RFA, lors du fameux miracle de Berne. Mais c’est en 1956 que le Barça a raté le coche. Champion d’Espagne 1952 et 1953, vainqueurs des Coupes Latines 1949 et 1952, le club catalan était le meilleur en Europe après la disparition tragique du Grande Torino. C’est donc tout naturellement que le quotidien L’Equipe avait invité le FC Barcelone à la première édition de la Coupe d’Europe des Clubs Champions pour la saison 1955-1956, après un concours Lépine interne au journal dirigé par Jacques Goddet. Sous la houlette de Gabriel Hanot et Jacques Ferran, la belle idée de la Coupe d’Europe était née. Et plus que le Real Madrid, le Stade de Reims ou l’AC Milan, le FC Barcelone incarnait cet idéal aux yeux des plumes du 10 rue du Faubourg Montmartre en 1955. Déclinant l’invitation du haut de sa tour d’ivoire où il était coupé de la réalité, Pepe Samitier commit là une erreur historique monumentale, ouvrant la voie au mythe naissant du Real Madrid, porté par un joueur de génie que Barcelone avait raté en 1953 : Alfredo Di Stefano. Barcelona devra ensuite attendre 1992 pour se dépuceler en C1, à la 36e édition d’une compétition ancrée dans l’ADN madrilène, le Real étant parti comme un dragster avec cinq titres de rang entre 1956 et 1960.

 

Bayern Munich période FC Hollywood (1999)

Douze ans après la talonnade de Madjer avec Porto en 1987, Lothar Mätthaus est de nouveau battu en finale de C1 avec le FC Hollywood, alias le Bayern Munich. Le club allemand mène pourtant 1-0 face à Manchester United dès la 6e minute de jeu sur un coup franc direct de Mario Basler. En lice pour le prestigieux triplé Coupe – Championnat – Ligue des Champions de même que le club anglais, le Bayern va tout perdre en fin de match dans un scénario digne d’un film à suspense d’Alfred Hitchcock. Transcendés, les Red Devils d’Alex Ferguson vont offrir un money time d’anthologie pour cette joute barcelonaise, et donner aux (télé)-spectateurs de cette finale de légende des montagnes russes d’adrénaline. Maudit sur deux coups de patte magistraux de David Beckham au Nou Camp, le Bayern perd sa troisième finale de C1 après 1982 et 1987. Grâce à Teddy Sheringham et Ole Gunnar Solskjaer, MU a inversé le cours du destin. Les Munichois auront leur revanche en 2001 face à Valence.

 

Borussia Mönchengladbach (1977)

Avec Saint-Etienne et le Dynamo Kiev, Mönchengladbach fut le club qui résista le mieux à la férule du trio majeur Ajax / Bayern / Liverpool durant les seventies. Pour preuve, le palmarès du Borussia durant cette décennie : finale de C1 en 1977 perdue contre Liverpool, victoires en C3 en 1957 et 1979, finale de C3 perdue en 1973 déjà contre Liverpool.  La finale romaine de 1977 permit cependant au lutin danois Allan Simonsen d’être élu Ballon d’Or devant Kevin Keegan, qui serait plébiscité Ballon d’Or en 1978 et 1979 sous le maillot de Hambourg, deuxième club allemand à gagner la C1 en 1983, après le triplé du Bayern Munich entre 1974 et 1976.

 

Busby Babes de Manchester United (1957, 1958)

Duncan Edwards et les siens auraient pu arrêter l’insolente domination des intouchables Madrilènes d’Alfredo Di Stefano en 1958 voire 1959. Mais le drame aérien de Munich en décida autrement. Eliminés par le Real aux portes de la finale en 1957, les Red Devils décimés furent écartés de la finale 1958 par l’AC Milan de Liedholm et Schiaffino. Parmi les joueurs majeurs, seuls le gardien Harry Gregg et le jeune espoir Bobby Charlton avaient survécu à la tragédie de Bavière du 6 févier 1958. Pour Matt Busby, relever le club après un tel traumatisme relève des travaux d’Hercule, autant nettoyer les écuries d’Augias. Mais le légendaire coach Busby va refaire de MU un Pantagruel en quelques années. Dix ans après le crash, en mai 1968, Bobby Charlton et son complice George Best soulèveront la Coupe aux Grandes Oreilles dans le ciel de Wembley, face au Benfica Lisbonne d’Eusebio, le club qui brûla la politesse à MU comme le premier à avoir pu succéder au palmarès de la C1 au grand Real Madrid de Santiago Bernabeu, véritable totem avec son record de cinq titres consécutifs entre 1956 et 1960.

 

Club Brugge (1978)

Son buteur fétiche Raoul Lambert absent en finale lors de l’édition 1978, le FC Bruges d’Ernst Happel dut à nouveau s’incliner contre son bourreau de 1973 en C3, le grand Liverpool. Pourtant le club flamand venait de gagner son troisième championnat de Belgique consécutif. Jamais le club de la Venise du Nord ne retrouva une si belle occasion de soulever la plus prestigieuse des Coupes d’Europe. Happel, lui, déjà vainqueur en 1970 avec Feyenoord Rotterdam, retrouvera l’inégalable parfum de la victoire en 1983 avec Hambourg SV, réalisant ainsi l’exploit historique qu’il n’avait pu accomplir avec le Club Brugge : devenir le premier coach à gagner deux fois la C1 avec deux clubs différents.

 

Dynamo Kiev (1977)

Finale de la Supercoupe d’Europe 1975, Dynamo Kiev – Bayern Munich. En deux matches, Oleg Blokhine s’offre un triplé face à Sepp Maier (1-0 à Munich et 2-0 à Kiev). Vainqueur de la C2 au printemps à Bâle contre les Hongrois de Ferencvaros, le Dynamo Kiev s’offre le scalp du champion d’Europe munichois. Après une telle démonstration de force, le club ukrainien semble promis aux lauriers sur le Vieux Continent. Il n’en sera rien, avec deux défaites face à deux autres losers de la décennie : quart de finale perdu au printemps 1976 contre Saint-Etienne, demi-finale perdue en 1977 devant le Borussia Mönchengladbach. En 1999, le Dynamo Kiev, trois ans après une sombre affaire de manteaux de vison promis à un arbitre espagnol en Ligue des Champions, flirte de nouveau avec le pinacle européen. Mais le Bayern Munich d’Effenberg élimine les partenaires de Shevchenko. L’apothéose attendra encore …

Everton (1986)

En 1995, dix ans après le drame du Heysel, le gardien gallois d’Everton, Neville Southall, clame qu’Everton aurait gagné la C1 1986 haut la main. Champion d’Angleterre en 1985, les Toffees avaient aussi remporté la C2 la même année face au Rapid Vienne, après s’être offerts le scalp du Bayern Munich. De 1977 à 1985, les clubs de la Perfide Albion avaient gagné 7 Coupes des Champions sur 9 disputées, seuls Hambourg SV (1983) et la Juventus Turin (1985) venant briser l’implacable hégémonie anglaise. La Juventus victime de l’usure du pouvoir et orpheline de Boniek parti à l’AS Rome, restaient d’autres concurrents potentiels pour Everton en 1986 : le Barça de Schuster, Bordeaux ainsi que le Bayern Munich. On ne saura jamais si le deuxième club de Liverpool aurait pu l’emporter en 1986, lui qui rata une autre occasion en 1988 après le titre acquis en 1987 outre-Manche.  Mais l’épée de Damoclès de l’UEFA était tombée en 1985, faisant de l’Angleterre une île sur le plan du football, ce qui conduira un certain Gary Lineker à quitter Everton pour le Barça à l’horizon 1986. A part la mutinerie Hesperia au printemps 1988 et l’arrivée d’un messie nommé Cruyff, le strikeranglais ne connaîtra pas la réussite espérée en Catalogne, loin de Goodison Park où il  était roi.

Girondins de Bordeaux (1985)

Après un duel homérique contre Dniepropetrovsk en quart de finale (Claude Bez avait exigé en vain de se rendre en Union Soviétique via un avion d’Air France, le match étant joué à Krivoï Rog puisque Dniepr, zone de fabrication de missiles, était interdite aux étrangers en URSS), le club aquitain se voit proposer un défi colossal, face à la Juventus Turin de Michel Platini et Zbigniew Boniek. Finaliste de la C1 en 1983, lauréate de la C2 en 1984, la Vecchia Signora est la grande favorite de cette Coupe des Champions 1985 en compagnie de l’ogre de la Mersey, le grand Liverpool FC. Battus 3-0 au stadio Comunale au match aller,  Alain Giresse et ses coéquipiers prennent le taureau par les cornes au match retour au Parc Lescure. Après la débâcle piémontaise, L’Equipe titre La Juve, c’est autre chose. Claude Bez et Aimé Jacquet se servent de ça pour motiver leurs troupes. En début de match, une image donne le ton. Alain Giresse est au sol suite à une faute. Platini, bon camarade, vient aider son coéquipier chez les Bleus à se relever. Gigi l’écarte vertement du bras. Ce soir, il n’y a pas de copain. Au Stadio Communale, Jacquet avait laissé trop de liberté à Platini. Cette fois, il lui colle le sympathique Gernot Rohr en chien de garde. Après une petite demi-heure, l’autre Allemand des Girondins, Dieter Müller, ouvre le score d’une frappe en pivot. Les Girondins ont fait un tiers du chemin. A dix minutes de la fin, Patrick Battiston inscrit un but somptueux. A 2-0, la Juve ne rigole plus. C’est Verdun sur le but italien. Tigana a une balle de prolongation. Mais son tir à bout portant est repoussé par Bonini. Bordeaux est éliminé aux portes du Heysel. Mais il sort la tête haute et cette victoire ne fait qu’attiser les regrets d’une première manche trop timide. Après l’ère Claude Bez (1978-4990), le club girondin tombera de Charybde en Scylla avec une relégation adminsitrative en D2 en 1991, avant de renaître de ses cendres tel le phénix via le trio Lizarazu – Zidane – Dugarry, atteignant la finale de la Coupe de l’UEFA en 1996. La victoire du printemps 1996 sur le grand AC Milan de Capello vengeait la défaite contre l’ogre piémontais onze ans plus tôt, mais un autre colosse allait chausser ses bottes de sept lieues pour priver Bordeaux et Alain Afflelou du nirvana : le Bayern Munich, vingt ans après la terrible désillusion de Saint-Etienne à Glasgow en 1976, reprit son rôle de bourreau des clubs français en finale européenne.

Grande Torino (1949)

Le 4 mai 1949, au retour d’un jubilé du capitaine du Benfica à Lisbonne, l’avion du Grande Torino s’écrase dans le brouillard sur la colline de Superga surplombant la  capitale du Piémont. Quelques mois avant un autre drame aérien qui emportera le boxeur Marcel Cerdan et la violoniste virtuose Ginette Neveu aux Açores sur un Paris – New York, le Grande Torino tombe du Capitole à la Roche Tarpéienne en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Prévu initialement sur la liste des passagers de ce vol maudit reliant Lisbonne à Turin, Laszlo Kubala échappe à la catastrophe. Madeleine de Proust des amoureux du football italien, ce Torino était sans rival. Si la Coupe d’Europe avait existé à la fin des années 40, nul doute que le club au maillot grenat aurait surclassé la concurrence, tant il dominait les débats de façon stratosphérique dans la Botte. Le décès brutal de Valentino Mazzola et de ses coéquipiers priva aussi l’Italie d’une superbe équipe pour la Coupe du Monde 1950 au Brésil, édition pour laquelle la Squadra Azzurra fut considérablement diminuée. Cette équipe turinoise s’attirait tous les superlatifs et tutoyait véritablement la perfection, imposant sa férule de façon violente au reste de la péninsule, malgré le renfort des joueurs scandinaves révélés aux Jeux Olympiques de Londres (le Danois John Hansen à la Juventus, le trio suédois du Gre-No-Li à l’AC Milan). Sandro Mazzola, fils de Valentino, honora la mémoire de son père en gagnant deux Coupes des Champions avec l’Internazionale en 1964 et 1965.

Juventus Turin (1962)

Le départ du buteur danois John Hansen (meilleur buteur des Jeux Olympiques de Londres en 1948 avec un autre scandinave, le Suédois Gunnar Nordahl) fut compensé dès 1957 par l’arrivée de John Charles et Omar Sivori aux côtés de Giampiero Boniperti. Le trio offrit trois fois le Scudetto à la Juventus en quatre ans, en 1958, 1960 et 1961. Mais le Real Madrid se montra impitoyable avec la Vieille Dame en 1962. Elle dut attendre ses 88 ans pour gagner la C1 un triste soir de mai 1985 à Bruxelles, et ses 99 ans pour la soulever de façon euphorique, en mai 1996 à Rome, loin du drame du Heysel onze ans plus tôt …

Leeds United (1975)

1975 aurait dû être un grand cru, un millésime exceptionnel pour Leeds. Les circonstances de la finale perdue contre le Bayern Munich en font une vulgaire piquette pour les fans du club anglais avec le recul. Avec Billy Bremner à la baguette et malgré le limogeage de Brian Clough après seulement 5 matches (le futur coach de Nottingham Forest était en conflit ouvert avec le président et les supporters de Leeds, déclarant le jour de son départ C’est un jour terrible … pour Leeds United), Leeds fait honneur à son statut de champion d’Angleterre 1974. Vainqueur de la C3 en 1968 et 1971, finaliste de la C2 en 1973, le club anglais atteint logiquement la finale de la Coupe des Champions 1975. Au Parc des Princes, Leeds retrouve le champion d’Europe en titre, le grand Bayern Munich de Franz Beckenbauer, qui est loin d’atteindre la quadrature du cercle par l’ampleur de sa domination, contrairement à l’Ajax Amsterdam de Cruyff qui le précédait au palmarès. Mais cette finale parisienne va sonner le glas des espoirs du grand Leeds, loser magnifique des années 70 en C1 au même titre que Saint-Etienne, le Dynamo Kiev ou Mönchengladbach. Scandaleusement privés de la victoire par d’injustes décisions arbitrales sur la pelouse parisienne, les joueurs de Leeds jetteront de rage leurs médailles d’argent dans les vestiaires du Parc des Princes. Leurs fans, eux, se métamorphoseront en hooligans déchaînés, loups-garous créés via une lycanthropie spécifique à cette nuit parisienne à nulle autre pareille. Jamais plus Leeds ne sera plus proche du Graal européen qu’en 1975. 26 ans plus tard cependant, le club anglais échoue face à Valence. Ironie du destin, si Leeds avait battu le club espagnol au printemps 2001, il aurait retrouvé le Bayern Munich en finale, à Milan cette fois.

 

Naples (1988)

Diego Maradona piégé à Toulouse un an plus tôt au premier tour de la C3 1986-1987, Naples se venge en gagnant le Scudetto en 1987. El Pibe del Oro prend l’ascendant dans un Calcio désormais privé de Platini, tirant la quintessence de ses dons intrinsèques. Nourri par les fées du destin au nectar et à l’ambroisie, Maradona porte les espoirs de toute une ville mais du Mezzogiorno tout entier. Le doublé Coupe – Championnat de 1987 est un véritable exploit pour le sud de l’Italie, qui attendait depuis 1970 et le Scudetto du Cagliari de Luigi Riva. Mais sur la scène européenne, le club napolitain ne peut rééditer l’exploit domestique. Dès le premier tour de la C1 1987-1988, le Napoli sur un vieil habitué des joutes européennes : le Real Madrid. Face à Hugo Sanchez et consorts, les coéquipiers de Maradona s’inclinent. Mais le virtuose argentin prend sa revanche en 1989, gagnant une C3 extrêmement relevée puisque des huitièmes à la finale, Naples écarte successivement Bordeaux, la Juventus, le Bayern Munich puis le VfB Stuttgart. Tous vont passer sous les fourches caudines de ce diable de Maradona, à son climax en club en cette année 1989, trois ans après son apogée en sélection lors de la Coupe du Monde 1986 au Mexique. Plébiscité meilleur joueur du monde depuis 1986, Diego Maradona continue de pérenniser les exploits. On pourra se demander, vu le parcours de l’AC Milan en 1989 en Coupe des Champions, ce qu’aurait fait Naples contre le l’Etoile Rouge Belgrade (Milan étant sauvé par le brouillard de la capitale serbe au match retour), le Werder Brême, le Real Madrid et Steaua Bucarest si la Camorra n’avait pas contraint l’Argentin et ses coéquipiers à se faire hara-kiri en 1988 dans le money time du Calcio, offrant sur un plateau le titre au club lombard honni par les Napolitains … Car c’est un secret de polichinelle, sans les paris clandestins de la Camorra, jamais les Rossoneri n’auraient pu gagner le championnat d’Italie 1988, leur onzième Scudetto et le plus important de l’histoire du club, celui qui mènera Sacchi, Berlusconi, Capello et Baresi aux triomphes européens de l’ère 1989-1994.

 

Olympique de Marseille du trio Papin / Waddle / Mozer (1990 et 1991)

Le but miraculeux d’un Chris Waddle à moitié groggy face au grand Milan de Sacchi est rentré dans la légende du Vélodrome. Les coéquipiers de Baresi éliminés par le club phocéen, l’OM se retrouve favorite de la C1 un an après le cruel épisode de la main de Vata qui avait empêché le champion de France de croiser le fer avec la Dream Team lombarde en mai 1990 à Vienne. L’épouvantail milanais au tapis, Marseille se débarrasse ensuite du Spartak Moscou en demi-finale. C’est la première finale de C1 d’un club français depuis 1976. A Bari dans les Pouilles, Marseille se fourvoie face à l’Etoile Rouge de Belgrade, qui dresse la guillotine face au favori phocéen. Le champion de Yougoslavie garde sa cage inviolée et l’emporte aux tirs aux buts. Dix ans après l’épopée des Minots du printemps 1981, le symbole aurait été beau pour Tapie et Goethals. Ils prendront leur revanche en 1993 à Munich, contre le Milan de Capello.

Real Madrid de la Quinta del Buitre (1987,1988,1989)

Dans les années 80, un vautour a régné sur le Real Madrid, au point que sur surnom a inspiré celui d’un quintet de joueurs du club merengue : El Buitre alias Emilio Butragueno était le leader d’un groupe de joueurs, la Quinta del Buitre, également composée de Michel, Rafael Martin Vazquez, Manuel Sanchis et Miguel Pardeza. Cette équipe régna sur la péninsule ibérique avec cinq titres consécutifs de champion d’Espagne mais tomba presque systématiquement sur le futur vainqueur : Bayern Munich en demi-finale de l’édition 1987 (Bayern finaliste contre le FC Porto), PSV Eindhoven en demi-finale de l’édition 1988 (PSV vainqueur), AC Milan en demi-finale de l’édition 1989 (AC Milan vainqueur), AC Milan en huitième de finale de l’édition 1990 (AC Milan vainqueur). Contrairement à la génération des Juanito et des Carlos Santillana, le Real du vautour n’atteignit jamais la finale de C1, après celle de 1981 perdue à Paris contre le grand Liverpool de Kenny Dalglish. L’esprit de Juanito avait pourtant aidé Butragueno et consorts à gagner deux Coupes de l’UEFA consécutives en 1985 et 1986, après des remontadaslégendaires contre Anderlecht, l’Inter Milan ou encore Mönchengladbach. L’arrivée de joueurs  étrangers de grand talent (Jorge Valdano en 1984, Hugo Sanchez en 1985, Bernd Schuster en 1988, Oscar Ruggeri en 1988) ne fut pas suffisante à ce Real pour retrouver le chemin de la victoire en C1, attendue depuis le sixième sacre de 1966. Le duel perdu au printemps 1989 contre l’AC Milan de Sacchi fut particulièrement. Après le match aller au Bernabeu (1-1), Silvio Berlusconi déclare sans gêne : J’ai trouvé que Schuster était très lent et que Michel était mal en point. Le match retour en Lombardie est une démonstration de force du club transalpin : 5-0. La finale gagnée 4-0 par l’AC Milan face au Steaua Bucarest montre que le Real Madrid n’a pas de regrets à avoir, le meilleur club européen était bien les Rossoneri en ce printemps 1989.

Saint-Etienne (1976)

Sorte de Poulidor du football européen des années 70, Saint-Etienne a fait du maillot vert un mythe national en France. Le sphinx Robert Herbin et ses joueurs défilent sur les Champs-Elysées malgré la cruelle défaite de Glasgow. Beaucoup se demandent encore si l’issue de cette finale contre le grand Bayern Munich aurait été différente si les poteaux d’Hampden Park n’avaient pas été carrés. Ce n’était pas le combat de David contre Goliath, malgré la défaite stéphanoise du printemps 1975 aux portes de la finale … Après 17 ans de jachère pour les clubs français à ce stade de la compétition, Saint-Etienne redonne en ce printemps 1976 de l’espoir à l’Hexagone, meurtri par le double échec du Stade de Reims face au Real Madrid en 1956 et 1959. Le club castillan cannibalisait alors l’Europe entière du football. Après l’ASSE, d’autres clubs français vont atteindre une finale européenne, jusqu’à la délivrance marseillaise du 26 mai 1993 : Bastia (1978 en C3), Marseille (1991 et 1993 en C1, 1999 et 2004 en C1), Monaco (1992 en C2, 2004 en C1), Paris (1996 et 1997 en C2), Bordeaux (1996 en C3).

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    9 mai 2017 a 7 h 46 min

    Espérons que la Juventus Turin des Buffon, Chiellini et Bonucci n’aura pas à se rajouter à cette liste d’équipes maudits en C1, tant l’actuelle Vecchia Signora impressionne en Italie comme en Europe.

    Mais il faudra battre le Real Madrid de Zidane et C. Ronaldo du côté de Cardiff, pas une mince affaire …

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    9 mai 2017 a 15 h 54 min

    Une fois de plus, article riche en infos, toujours un plaisir de vous lire. Pour la finale 2017 on va(on devrait) vraiment avoir droit à une opposition de style bien sympa à regarder, et une victoire finale des Italiens me ferait le plus grand plaisir pour Buffon mais aussi pour remettre le foot Italien de club sur le devant de la scène Européenne….

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      10 mai 2017 a 8 h 57 min

      Salut Sportif du Dimanche,

      Oui la Juventus mériterait un titre. Finale en 2015 face au Barça, elimination face au Bayern en 2013 et 2016, la Vieille Dame tourney autour depuis 3-4 ans et c’est l’année ou jamais pour Buffon.

      Il faut se souvenir qu’après la défaite de Berlin contre le Barça voici 2 ans, le vestiaire turinois avait conclu un pacte d’honneur pour tout tenter en 2016 et 2017 en Ligue des Champions.
      Certains n’ont pas signé ce pacte et sont partis en 2015 comme Tevez ou Pirlo, d’autres ont rompu le pacte comme Paul Pogba parti à Manchester United en 2016.

      Si la Juve gagne la C1 dans 3 semaines, Pogba pourra s’en mordre les doigts …

      Et puis quel recrutement intelligent depuis 2 ans entre Dybala, Higuain, Pjanic, Alves, Khedira, Mandzukic, Benatia …

      Mais qu’on ne s’y trompe pas le Calcio est mort, la Juventus est l’arbre qui cache la forêt comme l’était le grand Inter de Mourinho en 2010.

      Depuis le Calciopoli, la Série A a somber en Europe. Les dauphins de la Vecchia Signora, la Louve (AS Rome) et le Napoli, sont pour moi nettement en dessous de Monaco et du PSG, d’ailleurs la Roma a cédé contre Lyon (4e de Ligue 1) en C3 …

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    9 mai 2017 a 15 h 56 min

    Tu enterres déjà Monaco et l’Atlético :) ?

    Quel gardien ce Buffon, déjà 22 saisons professionnelles, il a remporté tous les titres majeurs (Calcio, C1, CDM) sauf l’Euro (2 finales).

    Son transfert à 53 ME en 2001 a pu paraître cher, mais finalement pas tant que ça :)

    Aussi je viens de découvrir Lorenzo Buffon qui est le cousin du grand-père de Gianluigi.

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      9 mai 2017 a 16 h 18 min

      Disons que je serais surpris d’une qualif de Monaco ou de l’Atletico….mais ça donnerait des matchs retour fantastique.

      Par contre Buffon n’a jamais remporté la C1(2 fois finaliste 2003/2015) et j’ai envie de dire que c’est cette année ou jamais.

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      9 mai 2017 a 21 h 28 min

      Ah, je me suis trompé pour la C1. Ça serait une belle histoire que de la remporter cette année, donc, surtout face à un Real à nouveau habitué aux grands honneurs européens !

      Parlant du Real, Sportif, Axel, quel est votre avis sur “coach” Zidane ? Bien sûr il a un effectif pléthorique, mais remporter la C1 puis enchaîner avec une demie (et potentiellement une nouvelle finale)… faut-il lui reconnaître la réussite de sa reconversion ?

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        10 mai 2017 a 9 h 07 min

        Salut Fabrice,

        Oui je ne crois pas du tout en la remontada de l’Atletico ce mercredi pas plus que je ne croyais en celle de Monaco tant la maîtrise de la Juventus et du Real sont grandes.

        Tout le monde n’est pas le PSG, seule équipe capable de naufrages pareils au Camp Nou, en passant de 1-3 à 1-6 après un trou noir de 5 minutes.

        Pour coach Zidane, déjà attendons la fin de saison 2017, sa première année complete sur le banc merengue.
        Si le Real perd la C1 et la Liga (moins probable), il sera très critique car ses hommes auront tout perdu mentalement dans le money time de la saison.

        Mais bon je vois mal Madrid laisser filer la Liga face au Barça avec leur match en retard face au Celta Vigo qui leur laisse un joker dans leur lutte contre le rival catalan.

        Ce serait la première couronne de champion d’Espagne depuis 2012 avec José Mourinho, une éternité du côté de la Casa Blanca …

        Pour la C1, s’ils doublent la mise, ce serait du jamais vu depuis l’enchaînement 1989-1990 du Milan AC d’Arrigo Sacchi.

        Auquel cas il faudrait s’incliner devant Zidane comme devant Pep Guardiola en 2011, un entraîneur débutant qui gagne deux C1.

        Mais attention, ZZ devrait confirmer hors du cocon madrilène, car Guardiola n’a pas vraiment réussi au Bayern Munich (3 Bundesligas c’est le minimum syndical vu l’effectif de l’ogre bavarois) et connait une adaptation difficile au foot anglais avec Manchester City.

        Pour moi Zidane a du charisme sur son vestiaire, du sens tactique, après de là à en faire le nouveau Johan Cruyff (seul grand joueur à avoir vraiment réussi comme coach), il faut encore attendre quelques années …

        Mais c’est déjà bien mieux que Di Stefano, Maradona ou Van Basten, autres légendes du football à avoir voulu diriger des equipes.

        Un dernier mot sur Buffon, oui 53 millions d’euros largement amortis côté Juve depuis 2001, s’il gagne la C1 à Cardiff le gardien italien aura tout connu à Turin, de la Série B au toit de l’Europe, et il sera le plus grand joueur de tous les temps dans le Piémont, malgré Platini, Baggio, Scirea, Zoff, Sivori, Nedved ou encore Del Piero.

        En tout cas Kylian Mbappé pourra dire qu’il a marqué un but à ce géant du football qu’est Buffon, sans doute le meilleur gardien vu depuis l’immense Lev Yachine, désolé pour Maier, Zoff, Schmeichel, Chilavert, Kahn, Van der Sar, Barthez et autres Casillas.

        Derrière, la relève est très forte avec Neuer, Courtois ou De Gea mais il faudra durer au sommet pendant des années, il faut bien realizer que Gigi Buffon réalisé des miracles à 39 ans !! Sa carrier a débuté en novembre 1995 à Parme.

        Et je pense que Buffon sera (avec Dybala voire Higuain) l’un des favoris au prochain BO en cas de victoire de la Juve au Pays de Galles. Sinon, ce sera encore CR7 pour son 5e trophée, il égalerait alors son rival Leo Messi.

      • avatar
        10 mai 2017 a 21 h 46 min

        Oui, ça serait bien que Buffon soit récompensé avec le Ballon d’Or en cas de victoire en C1, il serait seulement le 2e gardien après Lev Yachine justement.

        Parlant de BO, je réalise que Messi et Ronaldo sont dans le top 3 depuis 2007 (sauf 2010 pour CR) avec une victoire de l’un d’eux sans interruption depuis 2008 ! Kaka est le dernier vainqueur différent, en 2007.

        • avatar
          11 mai 2017 a 9 h 45 min

          Buffon élu Ballon d’Or 2017, ce serait aussi un beau pied de nez aux abrutis qui avaient zappé Buffon dans la liste des 23 nominés du BO 2015 …

  4. avatar
    11 mai 2017 a 10 h 22 min
    Par Cullen

    Salut Axel,

    Il manque peut-être 2, 3 équipes (Anderlecht fin 70’-début 80’, Valence début 2000’) mais la plupart sont là. Le vrai scandale dans cette liste, c’est Leeds. En comparaison, la main de Vata c’était de la roupie de sansonnet. Après, l’équipe qui aurait vraiment “mérité” de s’imposer c’est M’Gladbach. On cite souvent l’Ajax ou le Barça comme référence mais le Borussia sous les ordres de Weisweiler c’est une des équipes qui a développé le plus “beau” jeu de l’Histoire. Basé sur un rythme très élevé et une circulation rapide du ballon, leur jeu c’était la synthèse de tous les talents et de toutes les qualités qu’exige le football moderne. Les “Fohlen” (surnom donné en raison de leur vitesse de jeu justement) ont simplement manqué de pragmatisme, dont les Allemands ne manquent pourtant pas, mais qui était plutôt du côté du Bayern à l’époque. Merci pour ce récap.

    • avatar
      11 mai 2017 a 17 h 15 min

      Salut Cullen,

      Oui l’Anderlecht période Rensenbrink était une belle équipe mais c’était surout Bruges qui dominait le championnat belge à l’époque avec Ernst Happel sur le banc et Raoul Lambert en pointe, le buteur brugeois manquant à Wembley face à Liverpool en finale de la C1 1978 (0-1).

      Leeds en effet gros scandale, et quand on y regarde de plus près, le Bayern Munich a eu 3 fois de la chance en finale : égalisation à l’utlime seconde en 1974 contre l’Atletico avant match d’appui, arbitrage super favorable en 1975 à Paris, poteaux carrés de Glasgow en 1976 face aux Verts stephanois …

      Pour Monchengladbach, un des losers de la C1 des 70s avec Kiev, Sainté et Leeds en effet.

      Concernant Valence, ils ne m’ont jamais enthousiasmé meme si grosses performances en 2000 à Mestalla (5-2 contre la Lazio Rome, 4-1 face au Barça).

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