Que reproche-t-on à Bruno Génésio ?
Photo Panoramic

Que reproche-t-on à Bruno Génésio ?

La saison 2015-2016 de l’Olympique Lyonnais démarre mal : à la mi-saison, Lyon n’est que dans le ventre mou du championnat. Le président Jean-Michel Aulas décide alors de limoger l’entraîneur, Hubert Fournier, pour le remplacer par son adjoint, Bruno Génésio. Pari réussi, puisque l’OL parvient alors à finir 2ème du championnat, décrochant donc une qualification directe pour la prochaine Ligue des Champions. Génésio se voit conforté après 6 premiers mois réussis et peu sont les personnes qui remettent en question sa place à la tête du club. Aujourd’hui, les choses ont bien changé pour l’entraîneur Lyonnais, critiqué par la quasi-totalité de ses supporters…

Les résultats

C’est avec des formules telles que « Génésio démission » ou « Génésio Out » que certains supporters lyonnais affichent très régulièrement leur mécontentement sur les réseaux sociaux. Car s’il a été récemment confirmé comme l’entraîneur pour la saison 2017-2018 par Aulas, Génésio n’en est pas moins critiqué par les supporters qui jugent qu’il n’est pas l’homme de la situation. Surnommé ironiquement « Pep » Génésio par certains supporters en référence au talentueux entraîneur catalan Pep Guardiola, l’entraîneur lyonnais démarre pourtant bien la saison, avec deux victoires assez simples à Nancy (3-0) et contre Caen (2-0). C’est après que les soucis commencent côté Rhodanien : une défaite 4-2 chez le promu Dijon voit pour la première fois la charnière centrale Yanga-M’Biwa / N’Koulou faillir. Cette défense centrale va vite devenir un casse-tête pour Génésio. Au bout de 10 journées, les Lyonnais n’ont pris que 13 points, et les premières critiques envers Génésio émergent. Il faut dire que Lyon sort d’une lourde défaite à domicile face aux modestes Guingampais (1-3), déjà la 5ème en Ligue 1, et les souvenirs du début de la saison précédente reviennent. Très vite Lyon prend du retard sur ses principaux rivaux, loin du podium déjà occupé par Nice, Paris et Monaco. L’objectif minimum de l’OL en Ligue 1, le podium, est déjà loin à la fin de l’année 2016. Mais en plus d’une première partie de championnat décevante, les Lyonnais sont déjà éliminés de la Coupe de la Ligue, à cause d’une nouvelle défaite au Parc OL face à Guingamp, et ont fini 3ème de leur groupe de la Ligue des Champions, derrière la Juve et Séville, synonyme de Ligue Europa pour la deuxième partie de saison. Déjà trop décevant pour des supporters Lyonnais qui réclament pour la plupart un changement d’entraîneur.

Aulas affiche alors son ambition de gagner la Ligue Europa, qui devient le principal objectif de la saison lyonnaise. Après s’être régalés de l’AZ Alkmaar (11-2 sur l’ensemble des deux matchs), les lyonnais se préparent à affronter l’AS Roma, un des favoris de la compétition, en huitièmes de finale. Les Lyonnais souffrent mais parviennent tout de même à s’offrir une prestigieuse qualification face à la Roma, grâce à une victoire 4-2 à l’aller au Parc OL et malgré une défaite 2-1 au retour. En quarts de finale, Lyon retrouve le champion de Turquie, Beşiktaş. C’est à Istanbul que Lyon se qualifie, au terme d’une longue séance de tirs au but suite à une victoire 2-1 des Lyonnais à l’aller et à une défaite sur le même score au retour. Mais en demi-finale, Lyon prend l’eau face à la jeune équipe de l’Ajax Amsterdam : une claque 4-1 à l’aller aux Pays-Bas. L’écart est trop grand pour se qualifier malgré une victoire lyonnaise 3-1 au retour . La déception est grande même si cette demi-finale de Ligue Europa reste la seule légère satisfaction des supporters lyonnais. Car cette saison, pas de miracle en Ligue 1 : Lyon finit 4ème très (trop) loin derrière Nice, 3ème. Et ne comptez pas sur la Coupe de France pour combler le dépit des supporters : l’OL est éliminé dès les 16ème de finale face au rival Marseillais.
Mais si seuls les résultats étaient décevants, les critiques envers Génésio seraient probablement beaucoup moins nombreuses. Génésio a donc été décevant, voir même incompréhensible sur de nombreux points.

Le flou du début de saison

Expliquer le schéma tactique de l’OL pendant une grosse moitié de la saison est tout simplement impossible. Un 4-3-3 pour les 4 premières journées de Ligue 1, puis le 5-4-1 et le 3-5-2 alternent sans véritable succès, avant de tenter un 4-4-2, auquel succède de nouveau le 4-3-3 ou même le 4-2-3-1 : un véritable casse-tête. Aucun système ne s’avère vraiment être celui qui convient à l’OL, et les résultats le confirment pendant cette année 2016. Des questions se posent alors : comment un joueur peut-il être performant quand sa formation change tous les 3 matchs ? Que veut installer Génésio ? Quelle « équipe-type » pour l’OL ? Des questions auxquelles on ne peut répondre qu’à partir de la deuxième partie de saison, trop tard. Et dans ce bazar, une dizaine de défenses différentes sont testées, sans forcément prendre compte des performances de celles-ci : Morel, parfois replacé dans l’axe, Diakhaby, Mammana, Nkoulou, Yanga-M’Biwa, Jallet un jour, Rafael l’autre… Toutes s’avèrent décevantes, et le manque d’automatismes est évident. Pour autant l’équipe qui se stabilise en deuxième partie de saison fait encore débat…

Schémas tactiques  Nombre d’utilisations
3-5-2 3
4-4-2 8
5-4-1 5
4-3-3 26
4-2-3-1 11

 

L’incontournable « double pivot »

Le 4-3-3, parfois ajusté en 4-2-3-1, devient incontournable dans la deuxième partie de saison. Dans ce milieu à 3 s’installent deux n°6 peu créatifs : le capitaine Maxime Gonalons et le jeune Lucas Tousart (20 ans en avril dernier). Censé renforcer une défense en perdition, ce système n’a rien apporté si ce n’est limité la créativité des lyonnais . Car là où un club comme Manchester City a pu par le passé aligner un « double pivot » avec deux milieux complémentaires comme Yaya Touré et Fernandinho, l’un est plus relanceur et apte à se projeter vers l’avant tandis que l’autre a plus un travail de récupérateur, Génésio aligne deux milieux défensifs purs, peu créatifs et qui ne se projettent presque jamais vers l’avant. Mais pourquoi aligner alors cette paire au milieu de terrain ?
La réponse est simple : Génésio voulait aligner le prometteur Tousart qui avait fait quelques premières apparitions prometteuses durant une longue suspension de Gonalons, mais avait aussi la peur de mettre son capitaine sur le banc. Car la saison de Gonalons est peut-être la pire de sa carrière, mais Génésio n’a jamais fait de choix fort en le mettant sur le banc, ne serait-ce que pour quelques matchs . Les performances de Gonalons ne se sont pour le moins pas améliorées avec le « double pivot », et beaucoup mettent les performances et le départ du capitaine en partie sur le dos de « Pep » Génésio.

Une gestion de certains joueurs étonnante

Car si la gestion de Gonalons, intouchable pour son entraîneur, a pu faire débat, ce n’est qu’un cas parmi tant d’autres au sein de l’effectif rhodanien.

Nabil Fekir : On peut l’accorder à Génésio : il n’est jamais facile de gérer un joueur qui revient d’une longue blessure comme Nabil Fékir. Mais Génésio n’a jamais vraiment su quoi faire de Fékir : d’abord ailier droit, puis faux n°9 avant d’être n°10 ou de revenir sur le flanc droit sur certains matchs. On peut dire par là que Génésio endosse une partie de l’irrégularité de l’international français. Et si Génésio a préféré le mettre sur le banc dans certains matchs comme face à la Roma car « il n’est pas prêt à faire les efforts sur le côté », la titularisation d’autres joueurs à sa place a été un échec, et on peut aussi se demander si ce défaut de Fekir est en partie du au manque de confiance que lui accorde son entraîneur.

Maxwell Cornet : C’est souvent sur lui que Génésio a compté sur le flanc droit de l’attaque lyonnaise à la place de Nabil Fekir. Il est aussi l’autre grand bouc-émissaire de la saison lyonnaise, avec son entraîneur. Pourtant, il est évident que Maxwell Cornet n’a pas encore les moyens d’être un titulaire régulier dans une équipe qui vise le podium en Ligue 1 et la victoire en Europa Ligue. C’est pourtant le choix de Génésio qui lui a toujours fait confiance malgré des performances trop souvent catastrophiques, notamment dans les grands matchs, avec en point d’orgue un match retour face à l’Ajax tragique conclu par une reprise de volée qui passe à quelques centimètres des cages d’Onana.

Rachid Ghezzal : probablement le lyonnais qui s’est fait le plus sifflé de la saison. Un soulagement pour beaucoup au 1er juillet dernier lorsque son contrat expirait et qu’il n’était pas reconduit. Il faut dire que « Rachon » a refusé de prolonger malgré des propositions alléchantes à l’été 2016 mais a aussi refusé de quitter le club à la même période. Déjà de quoi attirer de nombreuses critiques. Le seul moyen de les éviter aurait été de réussir sa saison. Bilan : une quarantaine de matchs toutes compétitions confondues pour trois petits buts. Brouillon, égoïste sur le terrain, nonchalant, il n’a presque jamais rien apporté au jeu lyonnais, sans pourtant que sa place dans la rotation ne soit remise en question par Bruno Génésio. On peut comprendre le soulagement chez certains, le 1er juillet dernier…

Sergi Darder et Jordan Ferri : les grands perdants du fameux « double pivot ». Revenons d’abord sur le premier : souvent titulaire en début de saison, il n’a pas toujours été à son meilleur niveau, comme presque tous les lyonnais finalement. Mais pourquoi donc est-ce lui qui a le plus disparu de la rotation, alors que son profil de joueur très technique avec une grande vision du jeu aurait pu beaucoup apporter à l’OL ? Génésio a préféré titulariser un milieu moins technique, moins créatif, mais plus physique : tout l’inverse de Sergi Darder. Ce choix énerve beaucoup, surtout quand Génésio compare l’espagnol à Xabi Alonso sur beIN SPORTS en mars dernier : « Il ressemble un petit peu à Xabi Alonso dans son intelligence de jeu, dans sa faculté à trouver des passes difficiles, dans son anticipation ». Serait-ce vraiment raisonnable de mettre Xabi Alonso, titulaire indiscutable au Bayern, sur le banc à Lyon ?
Jordan Ferri, lui, a encore moins joué que son coéquipier espagnol : 27 matchs en Ligue 1, et une bonne moitié débutés sur le banc. Pourtant un élément fort de l’équipe depuis quelques saisons, Ferri n’a pas convaincu Génésio. Pourtant, sa générosité et sa détermination auraient pu rendre bien des services à un OL qu’on a souvent vu à bout de souffle entre l’Europa Ligue et la Ligue 1.

Emmanuel Mammana : Annoncé comme une pépite en Argentine, Mammana déboule à Lyon l’été dernier pour environ 8M d’euros. Pourtant, pendant de longues semaines, il reste en tribune au profit de Nkoulou ou Yanga-Mbiwa, très souvent décevants. On pense qu’il s’impose en 2017 aux côtés de Diakhaby comme la nouvelle charnière centrale de l’OL. Mais cette paire très jeune va faire quelques non-matchs et Mammana est très vite de nouveau écarté. Pourtant il apparaît pour beaucoup comme plus talentueux que Diakhaby qui reste dans l’équipe-type aux cotés de Nicolas Nkoulou. Cette charnière ne marche pas mais finit la saison devant Mammana qui est même souvent en tribune. Incompréhensible.

Nicolas N’koulou : Attention, on atteint là des sommets dans l’incompréhension. Arrivé libre l’été dernier après une saison compliquée à Marseille, le Camerounais est quand même considéré comme une valeur sûre de Ligue 1. Pourtant, ses premières apparitions avec Yanga-Mbiwa sont catastrophiques. Et la patience avec les recrues ne semble pas être un point fort de Génésio. N’koulou n’aura pendant longtemps pas de deuxième chance, devenant le 4ème défenseur central dans la hiérarchie. Pendant qu’il est titulaire dans le Cameroun vainqueur de la CAN au début de l’année, la charnière Diakhaby-Mammana s’installe, s’impose. A son retour, il est donc logiquement derrière les deux jeunes défenseurs centraux, qui parviennent tant bien que mal à éliminer la Roma. Entre l’aller et le retour des quarts de finales, il joue les premières minutes du fameux match à Bastia : sans doute pour faire reposer la défense Diakhaby-Mammana, se dit-on, en essayant d’être logique. Mais non, à Istanbul, Nkoulou est titulaire à la place de Mammana, comme par magie. Un match médiocre sauvé par la victoire de l’OL au tirs aux buts ne remet pas en question sa place, et il s’installe comme un titulaire indiscutable en fin de saison. Comme une évidence, son manque de rythme et d’automatismes fragilise encore plus une défense de l’OL déjà bien perméable. A partir de son retour, l’OL ne réussit aucune clean-sheet et en prend 4 à Amsterdam en demi-finale de l’Europa Ligue… Merci Génésio !

La gestion des jeunes

Au delà de Diakhaby qui est devenu titulaire dans le schéma de Génésio, les autres joueurs du centre de formation lyonnais n’ont presque pas joué cette saison. Deux cas ont fait débat chez les supporters : ceux de Jordy Gaspar et d’Houssem Aouar. Le premier a effectué des débuts encourageants à l’automne 2016, pour combler des blessures sur le flanc droit de la défense lyonnaise. Pour un joueur qui avait alors 19 ans, on pouvait imaginer qu’il aurait plus de temps de jeu au profit d’un Jallet vieillissant et d’un Rafael pas épargné par les blessures. D’autant que Gaspar peut aussi évoluer à gauche, là où un Morel souvent médiocre a joué presque tous les matchs. Finalement, Gaspar a préféré signer son contrat pro à Monaco, déçu par le traitement que lui a accordé Génésio.
Houssem Aouar apparaît lui comme la nouvelle pépite du centre de formation lyonnais. Pourtant, malgré un calendrier chargé et deux entrées encourageantes face à l’AZ Alkmaar, le milieu offensif n’a presque pas foulé les pelouses de Ligue 1 cette année. De plus, Génésio la très souvent pris dans le groupe pour l’envoyer en tribune, l’empêchant donc de gratter quelques précieuses minutes en équipe première et de jouer avec l’équipe réserve en CFA…
On espère donc que Génésio fera plus confiance à son centre de formation l’an prochain, que ce soit à Houssem Aouar ou à d’autres comme Amine Gouiri. 

Une com’ catastrophique

Si la sortie médiatique sur Darder évoquée plus haut peu paraître étonnante, ce n’est qu’une partie de la communication de Génésio qui est vue comme « la cerise sur le gâteau », le petit détail qui titille des supporters déjà ennuyés par les différents points expliqués auparavant. Cela commence peu après la mi-saison, quand Génésio affirme que Lyon peut encore songer au titre, alors que tous savaient que le podium ne changerait pas et que Lyon devait assurer la 4ème place.

Mais surtout, Génésio n’a jamais expliqué ses choix tactiques, son plan de jeu, ses décisions au cours de la saison. S’il a reconnu ses erreurs par moment, notamment après le derby perdu à Geoffroy Guichard, il a le plus souvent au mieux réfuté les critiques, ou, au pire, il s’est énervé. C’est d’ailleurs ce qu’il a fait dès le début de la saison, après la défaite à Dijon (2-4) : « De toute façon, quand on gagne, c’est grâce au stade, au public ou aux joueurs. Et quand on perd, c’est à cause de moi car je ne suis pas un entraîneur suffisamment expérimenté.[…]  Ou alors je devrais m’appeler Ramirez ou Sanchez », insinuant que des entraîneurs sud-américains comme Bielsa ou Emery sont moins critiqués. Puis au cours de la saison, il s’agace de nouveau : « J’en ai assez d’être remis en question sans arrêt sur tout ce que je fais ».

Génésio a donc déçu tout au long de la saison sur de nombreux points, sans jamais donner des réponses aux questions que se posaient les sceptiques

  1. avatar
    6 juillet 2017 a 7 h 34 min
    Par PENICAUD Jacques

    Et que dire de Mapou ?
    Les meilleures équipes européenne ont de très bonnes défenses,
    l’OL à été une passoire !!!
    Il fallait garder encore 1 année Umttiti et préparer la relève

    • avatar
      6 juillet 2017 a 11 h 26 min

      C’est clair que Mapou a été cata, mais sa gestion m’a semblé plus logique que celle de N’koulou, c’est pourquoi j’ai décidé de ne pas en parler plus longuement dans l’article.

      En ce qui concerne Umtit, je suis d’accord, mais difficile de retenir un joueur quand le Barça est dessus…

  2. avatar
    6 juillet 2017 a 22 h 40 min

    Le problème est que justement le départ de Umtiti n’a pas vraiment été préparé en amont. Nkoulou devait arrivé en tant que cadre confirmé pour remplacer l’efficace Umtiti, sauf que justement il sortait d’une saison difficile à l’OM.
    Et j’ajouterais aussi que les problèmes avec Fekir, Ghezzal et Cornet sont aussi dûs à 2 autres facteurs : Valbuena, censé jouer à gauche comme Depay, a parfois glissé à droite pour aligner ces joueurs en forme en même temps (mais bon, Valbuena à droite…). Et le fait que Lacazette n’ait pas de doublure a été un problème aussi car quand il devait souffler, Fekir était utilisé en 9, ce qui était problématique comme tu l’as dit.

    En tout cas, un article très complet, bravo !

    • avatar
      7 juillet 2017 a 8 h 58 min

      Tout d’abord merci.

      Je pense en effet que la source des problèmes remonte au mercato 2016 où il n’y a pas eu de défenseurs du niveau d’Umtiti recrutés ni de doublure à Lacazette (enfin si, Mateta mais bon…)

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