Le consultant football : expertise et polémique
Photo Panoramic

Le consultant football : expertise et polémique

Dorénavant incontournable du football français, le consultant est devenu un acteur majeur que les fans, observateurs, joueurs et dirigeants suivent et commentent. L'analyse cède la place de plus en plus à la polémique. Comment en est-on arrivé à ce stade ? Quelques éléments de réponse.

La dernière sortie verbale de Patrice Evra a déchainé les polémiques et entrainé un buzz rarement atteint ces derniers temps.

Un des acteurs de cette histoire est le fameux consultant.

Dans l’histoire du football français le consultant a toujours connu une place importante pour tous les suiveurs hexagonaux. Leurs avis sont suivis, commentés à foison et permettent à tous les supporters de refaire le match.

Il s’agit ici de s’intéresser à l’évolution de ce métier dans le temps et à travers l’histoire moderne du foot français.

Revenons un peu (beaucoup) en arrière.

L’épopée des verts de Saint-Etienne en 1976 les ayant menés vers la finale de la Coupe des Clubs Champions (Ligue des Champions aujourd’hui) a enchanté la France du foot. Les Verts ont fait un parcours remarquable en coupe d’Europe arrêté en finale par le Bayern et les fameux poteaux carrés. Rocheteau était l’ange vert, le merchandising battait son plein avec leur disque « qui c’est les plus fort ? », la montée des Champs-Elysées était triomphale.

Pas d’internet à l’époque, que 3 chaines de télévision, le buzz a fonctionné et a pris une ampleur non artificielle. La France du foot était verte.

Et un joueur de cette grande équipe est devenu consultant et commentateur : Jean-Michel Larqué.

Le duo formé alors avec Thierry Roland a marqué l’histoire de la télévision. C’était le premier consultant hype sorti directement du milieu du football et qui n’était pas journaliste.

Jean-Michel Larqué, jeune retraité faisait prévaloir son expertise pendant les matchs, « sentait les coups ». Qui ne se souvient pas de son « en retrait pour Giresse, en retrait pour Giresse » adressé à Didier Six pour le 3ème but français face à l’Allemagne lors du traumatisme de Séville 1982 ?

Pendant une quinzaine d’années, les matchs de football étaient peu diffusés à la télévision, les parcours français en coupe d’Europe étaient souvent faméliques hormis quelques exploits.

Donc pour un match diffusé à la télévision, on écoutait l’expert Jean-Michel Larqué et on s’amusait de ce tandem cocasse, devenu légendaire avec le regretté Thierry Roland.

On regardait notre émission hebdomadaire du dimanche matin sur les deux chaines publiques, en prenant le maximum d’images, mais on laissait peu de temps à l’analyse et aux commentaires.

Jean-Michel Larqué a traversé le temps, fait aujourd’hui de la radio, de la télé, débat avec les auditeurs. Il représente toujours cette France du foot, celles des fameuses valeurs qu’on nous présente souvent sans réellement les définir. Mais avec le temps, sa parole étant devenue presque d’évangile, elle s’est concentrée vers des cas individuels, et ce pendant la diffusion des matchs.

Une intonation, des onomatopées à répétition, un soupir sur une passe ratée, Jean-mimi donnait parfois l’impression de trouver sa tête de turc et de ne plus lâcher le marquage jusqu’au coup de sifflet final du match.

Ginola, Bernard Mendy, Ben Arfa en ont pris pour leur grade !

Pas plus tard qu’à l’Euro 2012, on sentait la colère monter contre Jeremy Menez qui a eu la bonne idée de marquer contre l’Ukraine pour éviter à ce moment-là de se faire d’avantage « lapider » sur la place publique.

Son parcours, sa légitimité, son expertise parlent pour lui. Les quotidiens et hebdomadaires sportifs donnaient les notes des matchs, effectuaient l’analyse tactique et individuelle. Mais Jean-Michel Larqué a été pendant longtemps le premier avis, le premier à nommer et à commenter les performances des joueurs, publiquement et en direct. Et cet avis était celui qu’on répétait généralement le lendemain matin au café du coin. Parce que c’était celui de l’expert, parce qu’on était profane, ou alors parce que c’était tendance.

Le tournant majeur dans le métier de consultant expert du foot a été la Coupe du Monde 98. La France a gagné. Fini donc, le football sport de beauf en France. Les hommes se rasent les cheveux et s’embrassent le front, Gloria Gaynor est dansée jusqu’à l’écoeurement, les pubs télé sont envahies de joueurs de foot qui deviennent beaux gosses, se marient avec des mannequins etc.

On arrive à l’époque du people, l’explosion de Loft Story, le fameux non connaisseur de foot appelé footix apparait. Et ces champions du monde devenus symbole de réussite, la télévision va se les approprier, que dis-je, se les arracher dès leurs retraites sportives.

Ils sont champions du monde et d’Europe, et leur avis sera intouchable pendant une bonne dizaine d’années.

Franck Leboeuf publie dans le Times, Emmanuel Petit intervient sur le service public, Desailly commente les matchs de Premier League, Aimé Jacquet puis Dugarry commentent les matchs de ligue 1, Zidane effectue quelques piges et analyses de temps en temps.

Le temps passe ceci dit, de 1998 à 2013, c’est déjà 15 ans. Et le côté intouchable est moins présent.

Dugarry en janvier 2013 à l’occasion d’un match de championnat entre Bordeaux et le PSG descend sans discontinuer la qualité de jeu du PSG, mais au moment où il insiste et insiste encore, le PSG marque un but par Ibrahimovic.

C’est le jeu du direct ma petite lucette, me direz-vous. Mais aujourd’hui tout va plus vite, beaucoup plus vite, tout est tweeté et retweeté, liké, tout est commenté de plus en plus fort, de plus en plus dur.

Les internautes se défoulent parfois avec une virulence qui prend de vitesse les modérateurs.

Je lisais les commentaires des internautes à l’occasion de ce moment télévisuel, Dugarry n’était plus intouchable. On pouvait être d’accord ou pas d’accord avec sa façon de commenter les matchs, le fait est que l’expert, s’il garde sa liberté, n’est plus parole d’évangile.

Le cas Dugarry est vraiment paradoxal, lui qui a connu la douleur d’être la « tête de turc » des médias et des supporters avant de marquer son but contre l’Afrique du Sud, et qui se retrouve en première ligne des commentateurs.

Daniel Bravo est un autre exemple. Comme Dugarry, il a eu également des moments délicats à gérer dans sa carrière. Il déclarait lorsqu’il était joueur en parlant du Parc des Princes à une époque précise que si les 40 000 spectateurs du parc avaient des flèches, ils les auraient tirés sur lui à la place des sifflets qu’il subissait.

Comme Dugarry, Daniel Bravo a renversé la situation, et s’est ensuite fait acclamer avec notamment des parcours exemplaires en coupe d’Europe avec le PSG, et un repositionnement au poste de milieu défensif ou il brilla.

Toujours est-il que dans son rôle de consultant, Bravo est plus en nuance, sans doute influencé par sa propre histoire. Il ne veut pas « descendre » un joueur parce que c’est la mode du moment. Il cherche l’analyse tactique, et privilégie des explications plus rationnelles que des titres racoleurs ou exagérés tels que « un malaise Gignac » ou à « un PSG peut-il gagner la Ligue des Champions ? ».

Chaque consultant a donc sa propre méthode. On peut être certain par exemple qu’un Ludovic Giuly qui débute dans le métier sur les antennes de BeINsport restera aussi jovial et passionné pour le football qu’il l’a été dans sa grande carrière de joueur.

Enfin, comment ne pas finir sur les consultants issus du milieu journalistique et qui sont archi-suivis tels que Daniel Riolo ou Pierre Menes.

Pierre Menes n’hésite pas à taper là ou ça fait mal, à dire des vérités, à débattre avec Jean-Michel Aulas, à faire des concours de jongle avec Evra. Avec humour, dérision et sa passion du foot, Menes peut passer un coup de gueule aussi bien sur un tacle abominable qu’une décision arbitrale, s’en prendre aux grandes instances de la fédé sur telle aberration de calendrier mais il n’hésitera pas à s’extasier un but magnifique de l’En Avant Guingamp.

Daniel Riolo est plus pince-sans-rire, plus subversif encore. Auteur du livre Racaille Football Club, il témoigne du changement d’attitude du joueur français quitte à faire grincer des dents des supporters, des joueurs, et des observateurs du ballon rond.

Riolo a récemment tweeté après l’élimination honteuse de Saint-Etienne en barrage de Ligue Europa contre les Suédois d’Ejsberg. Ce tweet est resté en travers de la gorge des Stéphanois, et Riolo s’est vu refuser la promotion de son livre lors de la fête du livre de Saint-Etienne le 18 octobre dernier. Tout ça pour un tweet presque anodin.

Le consultant est aujourd’hui en première ligne. Et le supporter a besoin de son avis pour corroborer ou pas sa propre vision d’un match.

Quant à Patrice Evra, il a choisi d’ouvrir peut-être la boite de Pandore en répondant de manière publique lors de cette fameuse interview.

La voie a été pourtant montrée par Daniel Bravo et Dugarry : répondre d’abord sur le terrain et y être exemplaire, et après, peut-être après, qui sait, Evra deviendra consultant ? Et peut-être qu’un jour Florian Thauvin l’insultera à son tour ?

Un cercle vicieux en somme.

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter