Révolution culturelle en Angleterre
Photo Panoramic

Révolution culturelle en Angleterre

Tandis que le montant des droits tv va exploser en Angleterre lors des trois prochaines saisons, passant de 2,3 milliards d’euros par an à 3,8 milliards, risquant de faire de la Premier League une sorte de NBA européenne du football, de nombreuses autres décisions ont profondément modifié le paysage footballistique anglais depuis près de 30 ans. Le berceau du kick n’ rush est aujourd’hui en pleine mutation, et si certains mécènes se frottent les mains, c’est loin de réjouir tout le monde outre-Manche.

Le 15 avril 1989 eut lieu la demi-finale de FA Cup entre Liverpool et Nottingham Forest dans le vieux stade d’Hillsborough, où jouait habituellement le club de Sheffield Wednesday. A cette époque, en raison du hooliganisme qui sévit en Angleterre, et dont la sinistre illustration fut le drame du Heysel quatre ans plus tôt, des grillages étaient placés tout autour du terrain et au sein même des tribunes pour compartimenter la foule. De plus, tradition britannique oblige, certaines tribunes n’étaient pas équipées de places assises. C’était le cas de la tribune Ouest, située derrière les buts et dévolue aux supporters de Liverpool, la tribune Leppings Lane End. En raison d’embouteillages entre Liverpool et Sheffield, dus à des travaux sur l’autoroute, plusieurs milliers de supporters arrivèrent aux abords du stade quelques minutes avant le coup d’envoi et s’agglutinèrent devant l’enceinte. La police décida alors d’ouvrir des accès supplémentaires, mais sans se rendre compte que la zone centrale de la tribune Ouest était déjà saturée. L’arrivée massive des supporters dans cette zone provoqua alors bousculade et panique, et les spectateurs déjà présents furent comprimés contre les grillages ou tentèrent de s’échapper par les tribunes supérieures. La police observa sans réagir ces mouvements de foule, croyant avoir affaire à des actes de hooligans. Le match avait commencé depuis 6 minutes lorsque l’arbitre se rendit compte de ce qui se passait dans les gradins et interrompu la rencontre. Toute l’ampleur de la tragédie apparut alors. On dénombra 96 morts et 766 blessés ce jour-là.

En 1990, un premier rapport établit que la catastrophe avait été provoquée par une défaillance dans le contrôle de la police. De son côté, celle-ci avait préféré pointer du doigt les supporters de Liverpool, allant jusqu’à dire que certains pseudo-hooligans avaient volé des portefeuilles sur les cadavres, pissé sur les policiers et battu des secouristes. Pour bien comprendre, il faut se remémorer la période pendant laquelle ce drame s’est produit. Nous sommes en 1989, et les autorités anglaises sont encore sous le choc du Heysel où, le 29 mai 1985, des hooligans avaient chargé les supporters italiens lors de la finale de Coupe d’Europe des clubs champions opposant Liverpool à la Juventus. Ce jour-là, il y avait eu 39 morts et l’Angleterre avait été mise au ban de l’Europe, et interdite de compétitions européennes pendant 5 ans. Dans son deuxième rapport, rendu public en janvier 1990, le Lord Taylor préféra du coup émettre 76 recommandations afin d’améliorer la sécurité dans les stades anglais plutôt que pointer les fautes graves des forces de l’ordre ce jour-là. En 2012, un rapport rendu par une commission indépendante avait pourtant permis d’affirmer que ces faux témoignages de policiers avaient eu pour unique but de faire porter l’entière responsabilité de l’événement sur les épaules des fans des Reds, provoquant un immense scandale.

Poussées par le gouvernement Thatcher, les instances dirigeantes de la Football Association (FA) vont trouver la solution à plusieurs niveaux. La première fut une accentuation de la “sécurisation” des enceintes sportives, par le biais de la vidéo surveillance, des contrôles d’identité et des interdictions de stade. Ce mouvement était déjà en marche depuis le Heysel, mais, à compter du rapport Taylor, il y eut une véritable montée en puissance pour éradiquer totalement le phénomène du hooliganisme dans et aux abords des stades anglais. L’autre mesure fut structurelle et beaucoup moins liée à la tragédie d’Hillsborough : en avril 1991, la FA annonça la création d’un nouveau championnat, avec son organe propre, en remplacement de la première division, la Premier League. Celle-ci n’était pas seulement une nouvelle appellation du Championnat d’Angleterre, c’était l’organe exécutif qui allait gérer celui-ci et, en premier lieu, qui allait commercialiser son image.

Car cette politique de la Football League visant à sécuriser les stades à l’extrême fut également renforcée plus tard, à l’aube du XXIème siècle, par l’essor de ce que l’on appelle vulgairement – parfois sans pouvoir lui attribuer une définition précise – “le football moderne”. Un football où le capitalisme et les stratégies à échelle internationale sont de mise et priment bien souvent sur l’aspect purement sportif. Les clubs devinrent de vulgaires “machines à sous”, et certains milliardaires n’hésitèrent pas à injecter de l’argent dans un club, comme on achète un portefeuille d’actions. Simplement investir au lieu de s’investir. Au début des années 80’, la Football League prélevait ainsi 4 % sur la billetterie des quelques 2028 matchs de la saison pour les redistribuer équitablement aux 92 clubs des quatre divisions professionnelles. Le grand Liverpool, quadruple champion d’Angleterre sur les dernières années (1976, 77, 79, 80) et double champion d’Europe 1977 et 78, était donc logé à la même enseigne que les anonymes Hereford ou Aldershot. Un système collectiviste anachronique qui s’apprêtait à être percuter de plein fouet par les Eighties matérialistes de Margaret Thatcher.

Durant l’été 1984, les velléités séparatistes des clubs majeurs furent subtilement encouragées par la FA qui voyait d’un mauvais œil la “concurrence” grandissante de la Football League. De surcroît, les tensions et divergences de vue entre l’élite et les trois autres divisions devenaient de plus en plus ingérables. Un “club des cinq” se constitua naturellement qui allait désormais se réunir régulièrement. Il fut composé du Big Five de l’époque : Arsenal, Everton, Liverpool, Manchester United et Tottenham (représentés respectivement par David Dein, Philip Carter, Noel White, Martin Edwards et Irving Scholar). Et ces clubs allaient naturellement accélérer le processus de mise en place de la Premier League.

Les stades anglais étant devenus plus sûrs du fait de leur rénovation, les hooligans ayant disparu de la circulation, c’est une nouvelle population de supporters qui apparut, principalement composée de classes moyennes, au détriment des classes populaires, associées (à tort) au hooliganisme et à un faible pouvoir d’achat. Cette mutation fut “facilitée” par la hausse vertigineuse du prix des places : quand, en 1990, un billet pour voir un match de première division coûtait 5£, il était maintenant presque impossible d’accéder à un stade de Premier League à moins de 40£… La FA, par le biais de la Premier League, put alors commercialiser son image au prix fort, aidée en cela par la dérégulation du marché des footballeurs qui permit d’attirer les meilleurs joueurs d’Europe sans qu’il n’y ait plus de quotas d’étrangers dans les équipes (à partir de l’arrêt Bosman en 1995), tout en faisant gonfler les sommes déjà astronomiques perçues pour les retransmissions télévisées. L’un nourrissant l’autre, le football devint peu à peu une activité purement économique et capitaliste, ce qui ne manqua pas d’engendrer l’arrivée d’investisseurs dans le football, qui contribuèrent eux-aussi à faire monter les prix…

Mais de nombreux fans sont nostalgiques aujourd’hui, regrettant une atmosphère bien plus terne, bien moins passionnée, dans les différents stades de Premier League. Aujourd’hui la fédération des supporters de football (FSF) réclame ainsi le retour des “terrasses”, ces tribunes entières où les supporters pouvaient auparavant s’entasser debout. Une solution qui impliquerait la mise en place de rails sécurisés pour permettre aux supporters de s’adosser derrière et de se tenir devant. Le modèle est très utilisé en Allemagne, notamment dans le Westfalenstadion du Borussia Dortmund, qui peut accueillir 80.000 personnes. Le Celtic sera le premier club “britannique” à se doter prochainement d’une section composée de places dites “debout” et plusieurs clubs de Premier League se sont montrés intéressés même si ces derniers sont tellement dopés aux revenus des droits tv qu’ils ne se soucient pas beaucoup de tout ça et préfèrent mettre leur énergie dans la machine “public relations” chargée de faire passer le message que le public de Premier League est exceptionnel…

L’ambiance dans les stades est devenue au fil du temps une composante incontournable du football, surtout dans la culture british, qui porte en ses gênes l’ADN même du folklore. Les chants de fans au visage hilare et (souvent) rougi par quelques verres d’avant-match, les drapeaux agités et autres chorégraphies à taille humaine venaient ajouter un doux parfum de fête dans les écrins britanniques. Mais ce constat a malheureusement un goût de nostalgie. Depuis, le football moderne est arrivé, balayant cette ferveur populaire, voire “sauvage”, pour la remplacer par des places assises, numérotées, où la sélection se fait bien souvent par les prix pratiqués et les politiques drastiques en matière de sécurité. Les supporters deviennent spectateurs et l’on assiste à une “épuration” naturelle en somme, qui transforme peu à peu le football en sport de businessman dépourvu de chaleur humaine. La Premier League illustre malheureusement très bien cette tendance.

A Manchester United, place forte du football anglais, si certains fans chantent encore à tue-tête et s’évertuent à faire le spectacle, d’autres, très souvent non-originaires de la ville – exode professionnel oblige – restent de simples spectateurs, sans compter les nombreux touristes fortunés asiatiques, dociles clients des larges boutiques jouxtant les stades. En d’autres termes, la relation viscérale qui unissait autrefois les fans et l’équipe est beaucoup moins présente de nos jours, notamment à cause de l’internationalisation des clubs. Pire encore, certains fans ont carrément laissé tomber leur abonnement chez les Red Devils pour créer de toute pièce le FC United (D7 anglaise, 1 618 spectateurs de moyenne), fondé en 2005 par des supporters en désaccord avec l’acquisition de Manchester United par Malcolm Glazer, homme d’affaires américain, décédé récemment. D’autres sont restés plus softs, portant simplement les couleurs jaune et verte historiques du club à Old Trafford pour manifester leur mécontentement.

Beaucoup regrettent l’aseptisation du football – et de la société en général. L’architecture des nouveaux stades et une clientèle différente sont deux des principales explications à cette perte d’identité et d’humanité. Désormais, les nouvelles arènes se ressemblent toutes et n’acceptent pas une différence. On est dans le beau, le grandiose et les télévisions prennent soin de placer les micros près des fans (adverses la plupart du temps car ils font souvent plus de bruit) afin d’entretenir le mythe des ambiances extraordinaires de Premier League. Un exemple concret, celui d’Arsenal. Une pelouse remplie de Frenchies, une équipe populaire dans l’hexagone et une enceinte qui se rapproche plus du Stade de France que des forteresses encrées dans la capitale anglaise, l’Emirates Stadium à tout pour plaire aux consommateurs de football Français. Coté ambiance en revanche, on repassera, l’Emirates est un véritable cimetière. Pour avoir connu les deux enceintes à vingt ans d’intervalle, on est bien loin de l’atmosphère d’Highbury, autrefois baigné par les chants anglais et les vapeurs d’oignons émanant des rues voisines. Il est même arrivé d’apercevoir une Ola faire le tour du stade, chose impensable en Angleterre…

Heureusement, certains clubs de l’élite résistent encore et toujours à l’envahisseur et conservent un semblant d’âme. Parmi eux, Newcastle United évidemment. Après la saison – et le jeu pratiqué – catastrophique des Magpies, la Toon Army a été exemplaire. St James’ Park et ses quelques 55 000 places ont trouvé preneurs à chaque match et les chants ont fait trembler l’écrin du Tyne and Wear toute l’année. Lorsque l’on parle de stades avec une ferveur particulière, impossible de ne pas citer également Stoke City. Preuve de l’attachement réciproque, le club finance les déplacements de supporters cette saison encore, le fan des Potters devant uniquement s’acquitter du prix de la place. Belle preuve de la bonne entente entre tout ce joyeux monde. D’ailleurs, le club des Midlands n’a pas augmenté le tarif des tickets depuis 2008 et l’ascension du club en Premier League.

Bien sûr, l’Angleterre reste une terre de football et l’atmosphère dans tous les stades de Premier League reste malgré tout, bien plus respectueuse et bruyante que dans la plupart des stades de Ligue 1. Mais quand vous pénétrez à Selhurst Park ( Crystal Palace ), ce sanctuaire de briques rouges et de bois vrillé, c’est le poids de l’histoire qui vous tombe dessus, pas celui de la consommation forcée. Vous voyez ces familles portant fièrement les couleurs de Palace et entonner le magnifique hymne du club. Vous vous laissez transporter par ces excités de l’Arthur Wait Stand, où se trouve l’unique groupe Ultra qui ait été maintenu en Premier League, les “Holmesdale Fanatics”, qui passeront toute la rencontre debout à chanter et applaudir. Vous contemplez les stadiers rigoler avec des fans et s’embrasser à chaque but des Eagles. Et là, vous prenez une putain de claque.

Autre club londonien avec une véritable ambiance digne de ce nom : West Ham. Les Hammers qui évoluent à Upton Park, ont un rival connu, Millwall qui évolue désormais en League One. Une rivalité mise en avant par le film “Green Street Hooligan”. En 1976, un fan de Millwall est passé sous un train après une rixe avec les fans de West Ham, à la gare de New Cross. Le lendemain, des tracts furent distribués dans le stade de Millwall. En gros caractères : “Un fan de West Ham doit mourir pour venger sa mort !”. Ambiance… Aujourd’hui, vous pouvez descendre à la station Upton Park en toute sécurité, comme dans tous les stades anglais, le calme est de retour. Plusieurs raisons peuvent vous pousser à aller voir un match à Upton Park qui peut accueillir environ 35 000 personnes mais surtout l’atmosphère à l’entrée des joueurs avec un chant repris à chaque rencontre à domicile : “I’m forever blowing bubbles” accompagné d’un lâché de bulles de savon. Autant en profiter si vous êtes de passage à Londres car en août prochain, les Hammers vont délaisser leur enceinte et déménager au Stade Olympique. Après la disparition d’Highbury en 2006, c’est un autre stade typiquement anglais qui va bientôt couler…

Mais cette révolution ne s’arrête pas au déficit d’ambiance observé dans les travées. Sous l’influence des nombreux joueurs et entraîneurs étrangers de son championnat, le football anglais a revu également sa philosophie de jeu. Qu’il semble loin le “kick n’ rush”… Chelsea, Liverpool, Tottenham, voilà des noms qui, s’ils ont écrit quelques belles pages de l’histoire du football anglais, n’ont pas forcément marqué les esprits par la qualité de leur jeu. Inutile de revenir des décennies en arrière pour trouver trace du dernier exploit en mode “fighting spirit” du football anglais. Nul n’a encore oublié la performance de Chelsea face au Barça en Ligue des Champions en 2012. Largement inférieurs à leurs adversaires, les Blues avaient réalisé le coup de force d’éliminer les Catalans en “refusant” le jeu pendant 180 minutes, la fameuse tactique de l’autobus. Une philosophie de jeu qui avait valu aux Blues bien des critiques de la part des adeptes du “beau jeu”.

Fort de son succès tant attendu en Ligue des Champions, le Chelsea d’Abramovitch aurait pu décider de continuer sur cette lignée initiée par José Mourinho, celle d’une équipe solide physiquement, intraitable dans les duels et d’un réalisme froid porté par un attaquant star. A l’heure du grand honneur, il n’en fut rien lors du mercato. Avec Eden Hazard, Marko Marin, Oscar et César Azpilicueta pour ne citer qu’eux, les Blues n’ont pour une fois pas fait dans le bulldozer, mais plutôt dans la fine lame. A l’heure où le football espagnol domine plutôt l’échiquier européen, l’idée de recruter des joueurs avant tout techniques pouvait paraitre somme toute logique. Mais elle l’est beaucoup moins dans un pays culturellement à l’opposé de cette façon de jouer. Les Blues ne sont par ailleurs pas les seuls à avoir opéré ce changement. Comment oublier le passage de Brendan Rodgers à Swansea, un club qui nous avait historiquement habitué à moins de chichi dans sa manière de jouer. Avec leur jeu de possession en une touche de balle et en passes courtes, les Gallois étaient en effet à des années-lumière du style anglais, longtemps fait de duels aériens et de jeu direct. Ce virage à 180° n’est pas sans rappeler également la fin du “Boring Arsenal” il y a une quinzaine d’années.

Le jeune fan d’Arsenal qui a découvert les exploits des Gunners grâce à Christian Jeanpierre en regardant Téléfoot ne s’en doute peut-être pas, mais le club d’Arsène Wenger n’a pas toujours pratiqué ce football chatoyant, lui valant d’ailleurs parfois ce statut de loser magnifique. Dans les années 80-90, avant l’arrivée de l’ancien entraîneur de Monaco, il était de notoriété publique outre-Manche que le club du nord de Londres pratiquait l’un des “pires” football du royaume. Un jeu des plus soporifiques décidé par l’entraîneur écossais George Graham et mené par le mythique buteur Ian Wright qui offrira quelques titres à Arsenal, notamment le championnat lors de la saison 1988-1989. Illustre inconnu à son arrivée en 1996, Arsène Wenger ne va pas trainer pour changer en profondeur la façon de jouer de son club, grâce notamment à la génération dorée des Bergkamp, Vieira, Petit et Henry, avec le succès que l’on connait encore aujourd’hui.

Incontestablement, le succès de Wenger chez les Gunners a fait des émules outre-Manche, et ouvert les frontières de la Premier League aux joueurs et entraîneurs étrangers, et donc à un football différent. On ne compte désormais plus le nombre de joueurs non-britanniques sur les terrains du championnat. Les plus taquins souligneront d’ailleurs que les grosses équipes comptent bien plus d’étrangers que de locaux. Petit à petit, ces joueurs à la culture football forcément différente ont apporté plus de variété technique à un championnat parfois stéréotypé. Un changement radical à l’image de celui fait par le football allemand depuis une dizaine d’années, autant applaudi par les uns que critiqué par les autres. L’une des grandes forces du football qui était de proposer des oppositions de style en fonction des pays, des villes et des cultures qui le pratiquent, disparaît en effet peu à peu face à cette mondialisation du football. Mais ce n’est malheureusement ni la première, ni la dernière fois que le football fait passer spectacle avant identité.

Certains clubs de Premier League comme Stoke City sont encore très marqués par le kick n’ rush mais d’une manière générale, pour trouver du jeu typiquement britannique et des chants ininterrompus, c’est à l’étage inférieur qu’il faut se rendre. Pendant que le clasico Barcelone – Real Madrid vampirise désormais l’attention de la sphère footballistique mondiale, il reste heureusement des endroits authentiques où l’on trouve des ambiances enfiévrées avec de vrais passionnés. La deuxième division du football anglais ne ressemble en rien à ses équivalents européens. N’ayons pas peur des mots, le Championship est une des ligues les plus prestigieuses du vieux continent. Il se dispute dans des stades magnifiques et souvent bondés. En terme d’affluence, ce championnat n’est d’ailleurs devancé, en moyenne de spectateurs par rencontres, que par la Premier League, la 1.Bundesliga et la Liga espagnole. Les diffusions tv présentent le même classement, et ce à l’échelle de la planète. La Série A et notre Ligue 1 dépassés par un championnat de D2, qui l’eut cru ?

La plupart des gros clubs de seconde division ont un nombre d’abonnés supérieur à certains clubs de l’étage au-dessus. Il faut dire qu’en Championship la compétition fait rage. Au moins la moitié des équipes en lice avaient comme objectif en début de saison l’une des deux premières places, synonymes d’accession directe. Pour ceux qui terminent entre la troisième et la sixième place, le festin n’est pas terminé. Les barrages, traditionnellement disputés à Wembley, sont l’un des rendez-vous phare du football anglais. L’heureux vainqueur empoche en outre un bonus de quelques cinquante millions d’euros. Des stades pleins, des clubs en bonne santé… Non, décidément, le Championship n’a plus grand-chose à envier à sa grande soeur aujourd’hui.

  1. avatar
    11 janvier 2016 a 22 h 01 min
    Par blackcat

    Je prends toujours énormément de plaisir à feuilleter vos articles mais je ne m’étais encore jamais inscrit sur ce site. J’ai décidé de franchir le pas aujourd’hui afin de vous adresser toutes mes félicitations pour celui-ci qui reflète parfaitement la situation actuelle, et décrit parfaitement les différentes étapes qui ont permis d’en arriver là. Je sais le travail de recherche que ça implique, le temps que ça prend de trouver de la documentation, je réitère donc mes compliments en espérant que vous trouviez d’autres passionnés de foot anglais avec qui débattre car ce qui enrichit les blogs, c’est l’échange de points de vue, et c’est un peu ce qui manque sur celui-ci je dois dire. Au plaisir de vous lire à nouveau en tout cas.

    • avatar
      12 janvier 2016 a 10 h 22 min
      Par Cullen

      Merci beaucoup, ça fait chaud au cœur car j’avoue avoir ressenti un peu de frustration hier soir, en découvrant que personne n’avait réagi. Car comme vous le dites très bien, pour un rédacteur, un article sans débat c’est un peu comme un festin sans fromage, il manque un petit quelque chose :-)

      Au passage, je m’adresse aux éditorialistes pour savoir où sont passés tous vos lecteurs ? De jour en jour, le nombre d’entre eux ne cesse de baisser. Lorsque je me suis inscrit en 2013 il était fréquent de voir des milliers de personnes lire chaque article, désormais seules quelques dizaines nous font cet honneur alors que la plateforme a changé et est censée être plus médiatique. J’ai bien du mal à comprendre.

      Parenthèse refermée, merci encore pour votre contribution et comme vous semblez apprécier à la fois le football anglais et mes écrits, si vous n’avez pas encore lu celui-ci, je vous laisse le lien : http://yourzone.beinsports.fr/football-histoire-angleterre-8921/

  2. avatar
    13 janvier 2016 a 10 h 10 min

    Hello Christian!

    Bien sur qu’on t’as lu. Je ne me doutais même pas qu’il y avait eu un drame encore pire que le Heysel peu de temps après.

    Après, nos visions différentes sur le fait que les choses ont changé n’ont plus besoin d’être évoqué à chacun de tes articles. Je tiens quand même à préciser que je t’ai trouvé plus factuel que d’habitude et moins enjôleur de l’ancien temps.

    Il y a une chose que j’ai vraiment beaucoup apprécié lire, pas seulement parce que je suis d’accord, mais c’est le fait de dire que si on veut retrouver le climat d’antan, il faut retourner dans les divisions inférieures. Et oui, c’est pourtant si simple, il y a tout un monde amateur vraiment intéressant et quand des amis m’ont poussé à aller voir le red stard en national l’an dernier plusieurs fois, j’ai vraiment beaucoup apprécié, même plus qu’un match au parc. Il n’a pas disparu totalement l’ancien esprit, c’est juste que ce n’est plus lui qui règne sur le football et de nouvelles strates se sont créées au-dessus, pour le bonheur de certain.

    Je vais être honnête, le PSG ne m’intéresse plus tellement en championnat, c’est comme manger du foie gras tous les jours, je préfère mater du rugby, du tennis, etc, … ou des échelons inférieurs. Seul les matchs de ligue des champions gardent mon intérêt et permettent de sortir les habits de fêtes ;-).

    Pour le nombre de lecteurs, c’est normal mon cher! Ils ont corrigé un bug et ils tracent le nombre d’IP différentes (je pense) maintenant. Avant, il suffisait de cliquer 20 fois sur la page pour que cela fasse 20 lectures, d’où les compteurs qui explosaient, maintenant c’est plus dur!

    • avatar
      13 janvier 2016 a 11 h 52 min
      Par Cullen

      Salut Alcazar !

      Non seulement il y a eu cette tragédie à Hillsborough mais quelques jours avant le Heysel, il y a eu un autre drame, un incendie dû à un mégot mal éteint et qui a fait 56 morts à Bradford en D3. https://www.youtube.com/watch?v=EJjsjF1t3pc

      Pour le reste, je partage ton sentiment sur l’atmosphère très sympa qui règne à Bauer, je milite d’ailleurs comme tu le sais pour le développement d’un deuxième club francilien de ce genre en Ligue 1. Parce que contrairement au Championship et aux deux divisions inférieures en Angleterre qui sont professionnelles et qui drainent plusieurs dizaines de milliers de spectateurs chaque week-end, en France, dès qu’on quitte la L1 on est plongé dans un no man’s land. Et un environnement comme celui de Bauer avec des vendeurs de merguez aux abords du stade, des buvettes traditionnelles à l’intérieur et des groupes Ultras pour animer les tribunes, le tout devant 20 000 personnes à chaque fois, ce serait autre chose que les kiosques porte d’Auteuil qui vendent des produits dérivés du PSG et l’ambiance totalement dépassionnée qui règne désormais au Parc.

      Sinon, bien vu pour la comptabilisation du nombre de lecteurs, j’avais jamais fait gaffe à ça mais j’ai quand même l’impression qu’il y a bien moins de monde qu’avant.

    • avatar
      13 janvier 2016 a 12 h 16 min

      Alerte radicalisation !

      Le petit Ramon Zarate, autrefois proche du libéralisme et de Vladimir Poutine arbore désormais une étoile rouge comme avatar, et va voir les matches du Red Star dans le 9-3.

      Il paraît qu’il s’est acheté un vinyle de Jean Ferrat, que sur sa sonnerie il a mis une chanson d’Isabelle Aubret, et on l’aurait vu réserver une place à la fête du travailleur alpin à Saint-Martin d’Hères. Il porterait le collier de barbe et fumerait la pipe. Sur la dernière photo de lui connue, il porte une veste en velours marron, un pantalon en velours bordeaux, des sandales avec des chaussettes blanches. Il se déplace dans une simca 1000. il n’est pas dangereux, sauf si vous lui parlez du coup de Prague.

      Si vous croisez Ramon, sur un marché du XIXème ou près du conseil général du Val de Marne, qui distribue l’Huma en comparant les mérites de Marx et Engels et en appelant à, je cite, “pendre le dernier curé avec les tripes du dernier patron”, appelez sa famille.

      Signé : ses anciens amis des jeunes pops

  3. avatar
    19 janvier 2016 a 15 h 43 min

    Merci Cullen pour l’article, toujours un plaisir.
    Fascinant d’apprendre que la “deuxième division” comporte autant de passion et de gros clubs avec plein de fans !

    D’ailleurs au regard de cette passion généralisée pour le foot, c’est d’autant plus dommage et incompréhensible que le niveau médiocre de l’équipe nationale depuis de nombreuses années.

    Je sais que le sujet a maintes fois été rebattu, notamment l’argument que la Premier League attire les plus grands talents mondiaux (et cela va S’amplifier avec la manne des droits TV en hausse), laissant peu de place aux joueurs locaux.

    Je ne suis pas convaincu. Si les joueurs son bons, ils vont finir par percer. Est-ce un problème de formation au niveau néo-professionnel ?

    Peut-être que l’équipe nationale suscite moins de passion que le championnat ? Vu les primes attribuées, peut-être.

    • avatar
      19 janvier 2016 a 16 h 58 min
      Par Cullen

      Salut Fabrice et merci pour ton commentaire ( même si je t’ai un peu forcé la main :-))

      Question ferveur, c’est certain qu’on ne boxe pas dans la même catégorie. Pour se faire une idée, la moyenne des supporters à suivre leur club lors de ses déplacements est de 1 000 en League 2 ( la quatrième division ! ) alors que les pouvoirs publics ont toutes les peines du monde à encadrer les quelques dizaines d’ultras qui osent se prêter à ce petit jeu en France… Bon, faut dire que les démarches sont largement facilitées en Angleterre, des trains low coast sont spécialement affrétés pour ça, les fameux Football Specials.

      Sinon, sur le manque de résultats de l’équipe nationale d’Angleterre, on est bien obligé de faire le parallèle avec les soucis actuels du XV de France dont les causes sont à peu près similaires. Les jeunes n’ont plus les moyens de s’aguerrir aux côtés des meilleurs joueurs, du coup pour avoir du temps de jeu ils sont obligés de descendre un ou deux échelons en dessous et dans ces conditions, difficile de mettre en place une équipe compétitive. Il y a peut-être d’autres raisons, bien sur, et pour rester sur ce qui est évoqué dans l’article, notamment le fait de jouer contre nature depuis de nombreuses années. Bien sur le kick n’ rush ça peut paraitre rudimentaire mais ça faisait ressortir chez eux des qualités naturelles, en lien direct avec leur identité culturelle. Aujourd’hui, on leur demande de garder le ballon au sol, en faisant des passes courtes, à l’espagnol en somme, et ça, ça n’est pas dans leur sang.

  4. avatar
    20 janvier 2016 a 12 h 49 min

    Salut Cullen,

    Très bon article.
    Plusieurs sujets selon moi à évoquer quand je lis ton papier.

    1/ Sur la ferveur
    L’Angleterre est le berceau du football, et pluie, neige ou vent, le ferveur ne se dement pas …
    Disons que c’est le public à la fois le plus passionné, assidu et respectueux, car de l’assiduité on en trouve aussi en Allemagne, en Ecosse, de la passion en Grèce et en Turquie.
    Ferveur magnifique, chants, les stades anglais sont à part c’est vrai, et je n’oublierai jamais mon passage à Anfield en novembre 2014 pour un Liverpool – Chelsea.

    2/ Sur la Premier League
    La manne providentielle ne servira à rien sans vraie réforme du calendrier. Les Anglais doivent faire un choix, ou alors ils continueront de voir Barcelone, Real Madrid et Bayern Munich (voire PSG et Juventus Turin à court / moyen terme) se partager les C1 pendant longtemps :
    - P1 – Suppression de la League Cup
    - P2 – FA Cup conservée mais fin du système de matches rejoués
    - P3 – Conservation du Boxing Day et du 1er janvier en matches joués, mais instauration d’une mini-trêve hivernale comme en Bundesliga
    - P4 – Passage de 38 à 34 matches de Premier League
    Avec tout cela, Manchester City, Arsenal et Manchester United, voire Liverpool et Chelski, pourront espérer soulever la C1 à terme.

    3/ Sur les Three Lions
    Il faudra un jour que les Anglais se décident à limiter le pouvoir de leurs clubs s’il veulent gagner un Euro ou regagner une Coupe du Monde un jour. C’est d’autant plus grand après le gâchis monumental de la génération dorée des Rooney, Lampard, Gerrard, Rio Ferdinand, Ashley Cole, qui avait suivie celle des Owen, Beckham, Scholes … Stones, Walcott, Shaw, Sturridge et Sterling risquent de connaître les memes désillusions si rien n’est fait.

    4/ Sur la sécurité
    Le Heysel et plus encore Hillsborough ont tout change outre Manche, et l’UEFA a eu raison de donner l’Euro 96 aux Anglais pour les responsabiliser.

    5/ Sur le prix des places
    Nivellement par le haut qui a supprimé le hooliganisme mais aussi constraint nombre d’ouvriers à suivre les matches au pub et non plus au stade, comme l’évoque Ken Loach dans “Looking for Eric”

    • avatar
      20 janvier 2016 a 16 h 18 min
      Par Cullen

      Merci Axel.

      Je reviens brièvement sur certains points.

      1/Tant mieux si tu as de bons souvenirs d’Anfield, je n’ai pas eu l’occasion de m’y rendre, difficile du coup de me faire une opinion objective mais je suis persuadé malgré tout que ça n’a plus rien à voir avec le Kop, le vrai, celui du temps où les gens s’entassaient debout à plus de 15 000 dans cette tribune. D’ailleurs, ça fait plusieurs années que l’on entend davantage la tribune visiteurs, preuve qu’Anfield n’est plus tout à fait la forteresse que ça a pu être dans le passé. Pour frissonner sur YNWA, mieux vaut désormais se rendre à Celtic Park ( là je peux en témoigner… ) voire même à Dortmund.

      2/Sur le calendrier, crois-tu réellement que les dirigeants anglais cherchent à optimiser les chances de leurs clubs en Ligue des Champions ? Non, bien au contraire, avec l’explosion des revenus médias dont ils vont bientôt bénéficier, ils vont faire en sorte de minimiser l’importance de la coupe d’Europe pour faire de la PL une sorte de NBA du ballon rond. Et ils en ont les moyens, rappelle-toi en 1986, privés de coupes d’Europe, la finale de la Cup entre Everton et Liverpool avait été bien plus crédible et spectaculaire que celle entre le Steaua et le Barça, preuve que les Anglais se suffisent à eux-mêmes et qu’à l’époque c’est plus la coupe d’Europe qui avait perdu au change en étant privée des clubs anglais.

      Ils ont eu beaucoup de mal à accepter de passer de 22 à 20 clubs, et aujourd’hui encore dans les divisions inférieures il y a 24 clubs soit 46 journées plus les barrages – interminables – je n’imagine donc pas un seul instant une Premier League à 18 clubs. Pas plus qu’il ne sera facile d’en finir avec le replay en FA Cup, véritable institution outre-Manche.

      3/L’Angleterre pratique un “football de clubs” contrairement à la France par exemple qui privilégie l’équipe nationale et où les décisions majeures proviennent de la Fédé. Ca n’a rien de très étonnant, la vitrine du football français c’est les Bleus ( bien que le public se mobilise bien moins derrière son équipe que les Bifs ), le reste n’intéresse qu’une frange très limitée de la population tandis qu’en Angleterre, tradition oblige, le championnat domestique fait partie intégrante de la culture locale, les Three Lions étant au final assez secondaire ( sauf s’il venaient à gagner quelque chose bien sur :-))

      • avatar
        20 janvier 2016 a 17 h 30 min

        Salut Christian,

        1/ Oui Anfield ne vaut certainement pas Celtic Park mais en tant que fan des Beatles, j’ai fait mon pèlerinage à Liverpool si l’on peut dire, après avoir vu la Beatles Platz de Hambourg (pas vu le HSV jouer en revanche). Et puis c’était un Liverpool – Chelsea tout de meme !

        2/ Pour 1986 oui la FA Cup était plus sexy et plus relevée que la finale de C1 et oui l’Angleterre a manqué à l’Europe durant 5 ans (1985-1990). Oui je pense que le nombrilisme anglais va augmenter sur la Premier League mais c’est dommage en ces temps de Brexit … La C1 c’est le must absolu du foot européen, et chaque ligue du Big Four (Espagne, Angleterre, Allemagne, Italie) devrait faire en sorte de se battre pour le Graal. Les Italiens doivent avoir la nostalgie des années 80 et surtout 90. Quant aux fans de Manchester United, ils doivent se souvenir du kif absolu que fut Barcelone 1999 et cette victoire à l’arraché sur le Bayern. Idem pour Liverpool en 2005 contre l’AC Milan d’Ancelotti, ça valait tous les titres de champion d’Angleterre !
        Après oui je pense que le replay et les 38 journées de PL ont encore de beaux jours devant eux, mais c’est dommage car City, MU et Arsenal seront encore des punching-balls pour le Barça, le Bayern ou le Real, voier meme le PSG ou la Juve.

        3/ Oui en effet comme le Portugal ou comme l’Espagne (pendant longtemps jusqu’en 2010), l’Angleterre est un football de clubs mais le role d’une Fédé est d’essayer de rendre les deux compétitifs, comme en Italie ou en Allemagne, les seuls pays qui ont réussi en meme temps à gagner sur les deux tableaux (Coupe du Monde 1982 et C1 1985 pour l’Italie / Juventus, Euro 72, Coupe du Monde 1974 et triple C1 1974-75-76 pour RFA / Bayern). Si jamais l’Angleterre applique le Brexit, pourquoi ne pas imaginer un quota pour les joueurs anglais ?

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Retrouvez Your Zone sur

Compatible Smartphone & Tablette

Iphone & iPad

Abonnez-vous à la Newsletter