SL Benfica, roi du Portugal
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SL Benfica, roi du Portugal

Champion avec cinq points d’avance sur le FC Porto, second et vainqueur de la Coupe du Portugal face au Vitória Guimarães, le Benfica de Rui Vitória vole sur une superbe deuxième saison. Et surtout, il a su continuer à grandir, porté par de grands espoirs et tout un peuple qui rêvait que son équipe écrive l’histoire du club : l’épatant et premier « Tetra ».

Hégémonie. Domination souveraine conférant une autorité à quelqu’un, quelque chose sur les autres, et ce au terme d’un événement. Cet événement, long d’une saison de football, c’est le championnat portugais. Et depuis quatre ans, le peuple Benfiquista, au terme de la 34ème journée, ou même précédemment, se retrouve sur la place du Marquês de Pombal pour fêter la domination de leur club, du Benfica Lisbonne de Jorge Jesus deux saisons durant puis de Rui Vitória les deux dernières saisons qui viennent de s’écouler. Comme un symbole, celui de la réussite de la reconstruction de la ville fut un temps par le Marquis, et celui de la réussite d’un club entamée, il y a quelques années par un changement d’horizon.

Humiliation, renaissance et lifting

Dans une période de gloire, de souveraineté, on retrouve nécessairement un événement qui est venu ébranler un orgueil, assombrir une identité, événement qui d’une manière générale impose un changement de rythme, une entrée dans une nouvelle temporalité et de nouveaux principes d’intelligibilité, en d’autres termes qui impose un avant et après. Dans le cas du succès de Benfica depuis quatre saisons, on trouve cet épisode du 11 mars 2013. C’est alors l’avant-dernière journée de championnat et aussi un énorme déboire : le Brésilien Kelvin du FC Porto fait vivre une tragédie au Benfica Lisbonne en marquant le but de la victoire (Porto 2-1 Benfica) dans les ultimes secondes de la rencontre. Benfica sera condamné quelques jours plus tard à se satisfaire de la seconde place. Et ainsi de voir son ennemi du Nord soulever le trophée devant soi. Une humiliation pour les Benfiquistas. Un rêve s’échappe mais un autre d’une tout autre dimension se crée alors. L’humiliation est création. L’humiliation fait mal. Elle fait mal parce qu’elle s’attaque à la fierté, à celle de tout un peuple et au sentiment d’appartenance. Une telle humiliation ne s’oublie pas : elle se vit, se souffre, cicatrise mais reste là pour toujours. Depuis ce soir-là, la digestion lente de cet événement hantant, quelque chose s’est créé. Une émotion, un sentiment inexplicable, mais qui se ressent, se vit. Tiraillé par un amour identitaire et un esprit revanchard exubérant. Décuplé après coup par le décès de la légende Eusebio. C’était l’avant. Et puis…

E pluribus unum (« De plusieurs, un » en VF) récite le motto du club rouge et blanc de la capitale portugaise. L’unité, la cohésion, le courage, ont toujours fait partie de l’ADN de cette équipe. Les saisons moyennes du début des années 2000 ne rendaient pas honneur à la mythique histoire de Benfica. Néanmoins depuis plusieurs années, les Aguías font de leur mental et de leur solidarité leur atout numéro un pour triompher. Ainsi que ce sentiment inestimable. Une gloire et une renaissance pour ce club dont la prééminence et la recrudescence font débat. Et surtout, enviée. Lors des quatre dernières saisons, Benfica a gagné onze titres nationaux, dont les quatre derniers championnats. L’aigle encarnado, royal par son autorité, s’accorde souveraineté sur ce championnat, qu’il s’approprie comme terrain de chasse. L’institution est bien sur le toit du Portugal. Et en plus de cela, elle se renouvelle continuellement. A contrario de ses adversaires qui tentent chaque année de stopper cette suprématie. Tantôt en investissant lourdement, tantôt en ratiboisant un cadre de l’effectif ou bien le coach. Des échecs. Le Benfica Lisbonne ne s’est pas seulement tenu de se modifier, il s’est régénéré en profondeur.

Une revitalisation, qui représente avant tout une nécessité pour le club lisboète. Endetté à plusieurs centaines de millions d’euros, Benfica a alors deux chemins possibles. Rester dans le même modèle de gestion et insister sur sa dette. Ou changer de paradigme : travailler avec humilité à partir d’un projet de jeu basé sur la jeunesse de leur centre de formation. Le second chemin sera emprunté, au pas de course. Une opération qui plaît aux socios et profite à l’image du président Luís Filipe Vieira, mais sa finalité est d’une tout autre envergure : assainir le club financièrement. Un changement de cap en se fondant davantage sur le Caixa Futebol Campus et en se distançant des TPO. Un projet à moyen et long terme mais surtout un lifting qui fonctionne : l’équipe première s’est vue être garnie de jeunes de l’académie et la salle des trophées s’est enrichie. Les Benfiquistas font plus d’efforts pour créer de nouveaux bijoux : André Gomes, Bernardo Silva, Ivan Cavaleiro, Hélder Costa, João Cancelo, Renato Sanches, Gonçalo Guedes, Ederson et Victor Lindelöf ont tous représenté le club, plus ou moins durablement, fait vibrer les supporters, plus ou moins intensément et ont d’ores et déjà rapporté plus de deux cents millions d’euros au club. Ces diplômés de l’académie de Seixal ont été rejoints par une liste de recrues intelligentes, jeunes et bon marché qui ont intégré directement l’équipe principale : le majestueux latéral gauche Alex Grimaldo qui a signé pour seulement 1,5 million d’euros en provenance de Barcelone. De même que Franco Cervi (4,1 millions), André Horta (400,000), Andrija Živković (gratuit), Carrillo (gratuit) et Rafa Silva pour 16,4 millions. Tandis que d’autres récentes recrues (M. Hermes, P.Pereira, le génial F.Krovinović) et une nouvelle promotion de jeunes de l’équipe B (D.Gonçalves, J.Carvalho, Pêpê, Rúben Dias entre autres) devraient rejoindre l’effectif de Rui Vitória la saison prochaine. Une renaissance impérative donc pour l’institution lisboète, harmonisant les valeurs patriotiques des supporters aux besoins financiers du club avec pour fruit une suprématie nationale.

« Tetra » historique

À la fin de chaque saison depuis quatre ans, les sentiments qui dominent durant l’été, précédant la prochaine saison, sont mitigés. D’une part, et c’est le sentiment le plus concret, le Benfica conserve son élan de domination. Mais, d’autre part, le club vermelho e branco donne l’impression de pouvoir exploser : avec la vente de ces plus grands talents. À l’été 2016, le SLB vient d’être sacré tricampeão (champion pour la troisième fois consécutive) après une reviravoltaimpressionnante mais à vue partir Renato Sanches,  grande promesse et El Mago Nicolás Gaitán, cadre offensif de l’effectif. Ailleurs, le Sporting Portugal se renforce à différents postes (Bas Dost, Alan Ruiz, Coates). Tandis que le FC Porto change l’entraîneur (Nuno Espírito) et investit rudement. Avec pour objectif de mettre un terme à la suprématie rouge et blanche et de retrouver de leur prestige. Toutefois, depuis 2013, à l’été, côté Benfiquista, les joueurs changent, l’entraîneur également mais pas l’ambition, ni l’élan.

Dans la lancée des saisons précédentes, Benfica démarre comme une Ferrari. Rui Vitória aux commandes de son inamovible 4-4-2, associe cadres, jeunes talents maison et un recrutement de coups s’avérant réussis. Et le cocktail est gagnant : après quelques mois remarqués en fin de saison 2015/2016, Ederson est de retour dans les cages. O CapitãoLuisão est entouré de trois talents en défense (Lindelöf, Semedo, Grimaldo) et la ligne du milieu est  un savoureux mélange de rigueur et de verticalité. Avec le comandante Pizzi se révélant précieux (33 titularisations, 10 buts, 8 passes décisives), un Fejsa excellent d’abattage physique et de récupération qui poursuit sur sa lancée de la saison précédente, un Salvio qui continue de dynamiser son aile droite et un Cervi qui exhale sa virtuosité. Devant, un Kostas Mitroglou efficace est assisté par Gonçalo Guedes jusqu’à la trêve hivernale avant le départ de ce dernier au PSG et le retour de blessure d’un Jonas malicieux et toujours aussi tranchant pour la seconde partie de saison (19 matchs, 13 buts, 4 passes décisives). Derrière et puisque la force de l’effectif Benfiquista se trouve aussi dans sa profondeur, la patte gauche de la pépite Serbe Andrija Živković a épaté, Samaris l’alternance de Fejsa est plaisante, le produit maison André Horta s’est montré captivant en début de saison. Rafa Silva a dévoilé quelques fragments de son talent sans prouver véritablement. André Carrillo a été sacré champion. Enfin, le Mexicain Raúl Jiménez, admirable de volonté et de qualité fait bien plus que rendre des services. Un marathon collectif à l’allure ardente et impressionnante jusqu’au début du mois de janvier. Quasi à fond depuis le début de saison (13 victoires, 2 nuls, 1 défaite), en tête de course sur une route dégagée, il arrive un moment où la Ferrari manque de gasoil. À ce moment, Benfica possède sept points de plus que Porto, second du championnat. Une avance signifiante et agréable pour les lisboètes, compte tenu de la guerre annoncée et attendue en début de saison. Mais trois matchs plus tard, à la fin de ce même mois de janvier, suite à une défaite et un match nul, le Dragon du nord s’est rapproché à un point de Benfica. Le temps de se faire rattraper, faire le plein du supercar rouge et avec la quête d’écrire l’histoire du club, de repartir avec un orgueil immodéré en direction de ce rêve. Surtout, ne pas le laisser fuir, comme autrefois. Un souvenir pressant. De quoi mêler des passions toutes disparates autour de cette course finale. Mais l’atteindre, le prendre en main, l’orner de rouge et de blanc, le soulever haut, très haut.

 

En fait, le bolide a repris sa route vers son destin, avec des saveurs princières et romantiques. Une attitude royale, puisque c’est toute la Liga NOS qui passe à table. Excepté lorsque l’équipe lâche l’accélérateur (4 matchs nuls). Mais aussi si romantique : de la revanche, du dépassement de soi et de la légende, le tout avec élégance et sensibilité. Une manière de jouer séduisante et de batailler sans relâche avec une appétence et détermination singulière qui a marqué les esprits. Pour un S.L. Benfica gravé en lettres majuscules sur la coupe, une quatrième fois de suite. Un prestige. Puisque après 29 journées sur 33 passées en tête du classement et le sacre final, c’est la concrétisation d’une nouvelle partie de l’histoire grandiose de l’institution BenfiquistaTetracampeão. Une réalisation et un couronnement qui ne fut jamais accompli auparavant et surtout, qui sera dorénavant, conté pour toujours. L’une des plus belles prouesses de l’histoire du club, marquant une ère unique. C’est la belle saga de Benfica. Une nouvelle page de la légende de Luisão. C’est également le dernier conte de l’institution lisboète. En attendant le nouveau Tome. National ou européen. Une partie de l’histoire du club ainsi que du championnat portugais, marqué de griffes, dominé non pas par le mariage de différentes couleurs, mais d’un uniforme et vif rouge.

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